Nino Ferrer
Un homme libre
Henry Chartier rend justice Ă lâĆuvre de Nino Ferrer par une analyse qui embrasse toute sa complexitĂ© et va au-delĂ des classiques.
Entre âMirzaâ , âLe TĂ©lĂ©fonâ ou âLe Sudâ, Nino Ferrer a illuminĂ© les annĂ©es soixante en recrĂ©ant un rhythmânâblues Ă la française, puis sâest lancĂ© dans les annĂ©es soixante-dix dans une musique ambitieuse mĂ©langeant rock progressif et dĂ©bridĂ©. Cas Ă part dans lâunivers musical français, il est un paradoxe Ă lui seul : rares sont les artistes Ă avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© toute leur carriĂšre dâune telle notoriĂ©tĂ©, en ayant connu une aussi longue traversĂ©e du dĂ©sert. Un cas dâĂ©cole car peu de musiciens de ce calibre ont choisi de bĂątir leur carriĂšre en sâexonĂ©rant de la charge qui incombe Ă un artiste populaire. Ă partir des interviews donnĂ©es par Nino Ferrer, de rencontres avec sa famille et certains tĂ©moins essentiels, cet ouvrage retrace le parcours dâun homme libre et replace son Ćuvre dans la grande histoire de la pop music, au-delĂ de ses tubes.
Revue de presse
- Nino Ferrer Guillaume Lebouis Radio VassiviÚre // Accords/désaccords 3 novembre 2018
- Nino Ferre Jean-Louis Lemarchand L'Académie du jazz 29 septembre 2018
- Nino Francis Hébert La route aux quatre chansons 11 septembre 2018
- Nino Ferrer homme libre hors norme ! Franck dit Bart AgoraVox 8 septembre 2018
- Un homme libre⊠Alain Vollerin Blog des Arts 1 septembre 2018
- Nino Ferrer, le jazzman qui chamboula la chanson Bruno Pfeiffer LibĂ©ration // Ăa va jazzer 2 septembre 2018
- Z'avez pas vu Nino? Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 27 août 2018
Nino Ferrer : un chanteur drÎle et mélancolique
Vingt ans aprĂšs la disparition de Nino Ferrer, France 2 revient sur lâhistoire de la chanson Mirza et la carriĂšre du chanteur.
Nino Ferrer a trouvĂ© sa voix grĂące Ă un chien perdu. Inconnu du public dans les annĂ©es 1960, il se rĂ©vĂšle en une soirĂ©e. Mais entre Nino Ferrer et la chanson Mirza, câest Ă la fois lâhistoire dâun triomphe et dâune souffrance. En 1965, il est dĂ©jĂ un musicien surdouĂ©, virtuose de la contrebasse jazz. Il aime le rythmân blues, il admire Ray Charles, Ottis Redding et le tout jeune Stevie Wonder. Au cĆur de lâĂ©tĂ©, il se retrouve sur scĂšne Ă La Playa Ă Saint-Tropez (Var) et fait une petite blague. âLe propriĂ©taire (âŠ) a perdu son chien et comme Nino est sur scĂšne, on lui demande de faire passer le message. Au lieu de faire un appel classique, on joue un fond musical et il se lance dans une improvisationâ, raconte son biographe Henry Chartier. Il entonne ainsi un air de Stevie Wonder quâil reprend dans la chanson.
Un tube dix ans aprĂšs
DĂšs lors, Nino Ferrer fabrique du ârigoloâ puisquâon lui en demande, comme avec Le TĂ©lĂ©fon ou encore Les Cornichons. Mais ce qui fait rire le public rend le chanteur mĂ©lancolique. âSa maison de disque le poussait un petit peu dans ce sens-lĂ , et puis mĂȘme le public. Ses belles chansons, ses ballades, ça marchait moins bienâ, explique Georges Chatelain, producteur, musicien et ami du chanteur. Déçu, Nino Ferrer sâĂ©loigne de la scĂšne, part Ă la campagne et peint. Dix ans aprĂšs Mirza Ă©merge un nouveau tube, une chanson qui ressemble enfin Ă son auteur : Le Sud. Mais le chanteur considĂšre que son succĂšs entachera sa qualitĂ©. Comme pour se rĂ©concilier avec Mirza, il rĂ©enregistrera plus tard la chanson en gospel.
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Cette biographie de plus de 200 pages, nous livre un portrait complet dâun personnage que lâon peut qualifier dâiconoclaste dans lâhistoire de la chanson française.
Artiste, compositeur et musicien autodidacte surdouĂ© Nino Ferrer, dont les rapports en mode âJe tâaime moi non plusâ avec les mĂ©dias pourraient ĂȘtre comparĂ©s avec ceux entretenus par un certain Jean Louis Murat (dont Il Francese, son dernier album sera chroniquĂ© dans notre prochaine Ă©mission), nâa jamais rĂ©coltĂ© de son vivant la reconnaissance quâil aurait pu mĂ©riter.
AdulĂ© dans les annĂ©es 60 pour son rĂ©pertoire rythm & blues, qui derriĂšre la gaudriole et le pastiche (« Mirza »; « Ho, hĂ©, hein, bon »; « Je veux ĂȘtre noir »; et bien sĂ»r le âTĂ©lĂ©phonââŠ), constitue sans aucun doute ce qui se faisait de mieux dans les annĂ©es soixante; avec les premiers albums de Dutronc, Polnareff; Nino Ferrer a connu une incroyable traversĂ©e du dĂ©sert partiellement occultĂ©e par les succĂšs de âLa Maison prĂšs de la fontaineâ et bien sĂ»r de lâimmense carton de la chanson âle Sudâ qui sâest vendue Ă lâĂ©poque Ă plus dâun million dâexemplairesâŠ
Le drame de Nino Ferrer est quâil ait Ă©tĂ© surtout reconnu et acclamĂ© pour ses singles; un peu Ă la maniĂšre des Kinks en quelque sorte; et que la libertĂ© et la crĂ©ativitĂ© de ses albums nâont jamais Ă©tĂ© soulignĂ©s⊠Le travail de Henry Chartier met en avant les alĂ©as quâĂ rencontrĂ© Nino Ferrer avec les maison de disques (9 durant sa carriĂšre), ses humeurs et parfois ses colĂšres (citons en vrac: guitares cassĂ©es de rage lors de concerts, Ă©chauffourĂ©es avec le public breton ou autres organisateurs, producteurs, musiciens ; brouilles avec des amisâŠ), on y descelle Ă©galement une certaine distance avec les courants musicaux et les modes; un mĂ©pris des mĂ©dias⊠Cet ouvrage permet de mieux comprendre les Ă©lĂ©ments de âdysfonctionnementâ ou de caractĂšres dâautodestruction liĂ©s Ă lâartiste.
De mĂȘme, la qualitĂ© de ses albums des annĂ©es 80 et 90, que lâauteur qualifient de passables ou mĂ©diocres ; et pour lesquels lâartiste Ă©tait quasiment autoproduit ; donnent Ă©galement des Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension.
Nino Ferrer, malgrĂ© son talent nâaura pas gravĂ© son Nougayork ou son « Aux armes etcetera », lui assurant une reconnaissance tardive ou une renaissance commerciale.
Pour conclure, je citerai justement les quelques mots de Claude Nougaro au lendemain de la mort de Nino Ferrer. Rappelons que lâartiste sâest suicidĂ© dâune balle de carabine tirĂ©e en plein le cĆur, dans un champ prĂšs de sa villa de La Taillade :â Nino Ferrer Ă©tait un homme qui mâa toujours plu parce que câĂ©tait un esthĂšte. Il avait un cĂŽtĂ© aristocratique de la beautĂ©, de lâart. Il Ă©tait pur. Entre nous, il y avait quand mĂȘme une sorte de filiation profonde au point de vue du rythme. CâĂ©tait un passionnĂ© de rythme et un grand Ă©crivain du rythme. CâĂ©tait un noble profond. Il avait le sang bleu de lâĂąme. Je trinque avec une larme.â
Une trĂšs belle biographie, dâun artiste majeur de la chanson française.
Voici 20 ans quâen plein Ă©tĂ©, le 13 aoĂ»t, Nino Ferrer sâest donnĂ© la mort en se tirant une balle en plein cĆur dans un champ. Une fin tragique pour un chanteur qui aura signĂ© quelques-uns des tubes les plus populaires des annĂ©es 60-70, âMirzaâ, âLe tĂ©lĂ©fonâ, âles cornichonsâ, âOh ! HĂ© ! Hein ! Bonâ ! , des titres sensibles devenus des standards (âLe Sudâ, âLa maison prĂšs de la fontaineâ), sans oublier des morceaux engagĂ©s marquĂ©s par le rhythmânâblues, au premier rang desquels âJe veux ĂȘtre noirâ, oĂč il rend hommage Ă James Brown et Wilson Pickett.
Dans cette biographie passionnante, Henry Chartier retrace le parcours dâun musicien libre, auteur Ă succĂšs qui a coupĂ© les ponts avec le show-business et nâa jamais oubliĂ© le jazz de ses dĂ©buts professionnels comme contrebassiste dans un groupe dĂ©diĂ© au style New Orleans (les Dixie Cats). AssurĂ©ment, il faut réécouter Nino Ferrer, nĂ© Agostino Arturo Maria Ferrari le 15 aoĂ»t 1934 Ă GĂȘnes, dâun pĂšre italien et dâune mĂšre française originaire de Nouvelle-CalĂ©donie.
Ă lâĂ©tĂ© 1998, Nino Ferrer dĂ©cidait de nous quitter, pour de bon cette fois, aprĂšs avoir fui le grand public et le milieu artistique. Il voulait vivre en marge, et il nous laisse une brassĂ©e de grandes chansons mĂ©lancoliques (Ma vie pour rien ; Câest irrĂ©parable ; La rua Madureira ; Oerythia ; Lâinexpressible ; etc.) et des microsillons prodigieux (pour les meilleurs, citons « Enregistrement public » 1966; son chef-dâĆuvre de rock progressif « MĂ©tronomie »; « Nino Ferrer & Leggs »; « Nino and Radiah »; « Blanat »; et enfin « Ex-libris »). Et ne boudons pas nos plaisirs primaires avec des bulles de savon humoristiques comme Les cornichons; Oh! HĂ©! Hein! Bon!; Madame RobertâŠ
Ă lâoccasion de ce funeste anniversaire, lâĂ©diteur « Le mot et le reste » publie Nino Ferrer : un homme libre. Câest la deuxiĂšme fois quâHenry Chartier consacre un ouvrage au chanteur. Chartier nâest pas Ă proprement parler un expert en chanson française. Il se prĂ©sente plutĂŽt comme « spĂ©cialiste des musiques actuelles ». On lui doit des livres sur John Lennon, Serge Gainsbourg, Kurt Cobain, Christophe ou sur⊠le rock satanique. Ce qui peut faire peur, admettons-le. Au bout du compte, il analyse le travail de Nino de maniĂšre parfois fine, avec force dĂ©tails (quelques fois trop), et en dâautres occasions superficiellement, multipliant les rĂ©fĂ©rences culturelles pĂ©dantes et surtout inutiles. Et on ne parle mĂȘme pas des comparaisons boiteuses entre Ferrer et ses collĂšgues.
Cependant, lâimportant est ailleurs: dans lâĂ©nergie et la passion que met Chartier pour nous faire redĂ©couvrir et approfondir le parcours de Nino. Il dĂ©crit la vie privĂ©e du chanteur, jusque dans des dĂ©tails trĂšs intimes sur ses mĆurs amoureuses. Mais ça aide Ă comprendre lâhomme et lâĆuvre. Il sâappuie sur de nombreuses entrevues et textes de Ferrer ainsi que sur des entretiens rĂ©alisĂ©s avec ses proches et collaborateurs. Il explore longuement la carriĂšre internationale de lâartiste, particuliĂšrement en Italie. On retrouve Ă©galement une discographie trĂšs riche, mais qui oublie quand mĂȘme de citer le cd hommage Ă Nino Ferrer enregistrĂ© par des artistes quĂ©bĂ©cois (ma critique dâorigine ici).
Touffu, son bouquin est un bon complĂ©ment Ă la bio de rĂ©fĂ©rence («Nino Ferrer, du noir au sud» de Christophe Conte et Joseph Ghosn, quâon aimerait bien voir rééditĂ©e en poche, actualisĂ©e).
Chartier dresse le portrait dâun artiste fantasque et colĂ©rique, amusĂ© et dĂ©sabusĂ©.
Lire la chronique sur le blog de Francis Hébert
Nino fut bouffĂ© tout cru par ses quelques tubes, qui gommĂšrent toute son Ćuvre riche et variĂ©e, aux frontiĂšres du jazz, du rhythmânâblues et du rockânâroll sur des paroles trĂšs actuelles et visionnaires pour son Ă©poque. Henry Chartier dans son livre rend hommage Ă toutes ses activitĂ©s crĂ©atives et dresse le portrait dâun homme libre, Ă©corchĂ© vif rĂ©voltĂ© et bon vivant malgrĂ© tout.
Vous avez peut-ĂȘtre vous aussi remarquĂ© lors dâune Ă©poque morose oĂč la culture de bas Ă©tage ruisselle la miĂšvrerie aux gondoles de la consommation, les industries du disque se repaissent sur les cadavres des auteurs compositeurs interprĂštes qui avaient des tripes et un certain talent anticonformiste.
Ainsi, cet automne, on fĂȘtera, on festoiera sur les restes de Jacques Brel, qui quarante dĂ©jĂ Ă©tait passĂ© de vie Ă trĂ©pas. Au point quâune revue trĂšs sĂ©rieuse telle Le nouveau Magazine littĂ©raire lui consacre un dossier en septembre 2018. A nous faire prendre des lanternes pour des Ă©toiles au firmament dâun Brel qui aurait Ă©tĂ© « un grand rockeur mĂ©connu » ! Ah bon, ça mâavait Ă©chappĂ© !
Jâai hĂąte de considĂ©rer sous quel regard le pĂšre Nino Ferrer (nĂ© le 15 aout 1934 Ă GĂȘnes en Italie / et dĂ©cĂ©dĂ© le 13 aoĂ»t 1998 Ă Saint-Cyprien dans le Lot) sera traitĂ©, suite justement Ă la parution de sa biographie et dont je vais me faire un plaisir de vous repaitre. Dâautant plus que « Vingt ans aprĂšs », on pourrait le dire en paraphrasant Dumas, Nino Ferrer est toujours vivant par son Ćuvre multifacette, trĂšs riche et subversive.
Henri Chartier, lâauteur de « Nino Ferrer un homme libre » aux Ă©ditions Le mot et le reste lui redonne vie. Contrairement Ă son blaze câest un homme de lettres fĂ©ru de musiques ouvertes et textuelles. Capable Ă lui tout seul de jeter des ponts entre Lennon, Gainsbourg, Cobain, Christophe, le rock et la politique et mĂȘme le rock satanique, Ă qui il a dĂ©jĂ consacrĂ© des ouvrages.
DĂ©jĂ , pour les Ă©ditions Au bord de lâeau, au trĂ©molo tout prĂšs de Bordeaux, il sâĂ©tait penchĂ© sur le pĂšre Nino en 2007.
Marseille lâa pris sous son aile et câest tout naturellement que les Ă©ditions Le mot et le reste lui ont ouvert leurs pages. Dâautant que cet Ă©diteur Ă consonance musicale actuelle et littĂ©raire reprĂ©sentait le parangon idĂ©al pour porter Nino Ă sa juste dĂ©mesure, tant son Ćuvre digresse toutes les catĂ©gories musicales oĂč on a voulu lâenfermer.
NâĂ©tait-ce pas Monsieur Boris Vian qui caractĂ©risait le tube comme un morceau creux ? Nino pourtant pas nĆud nĆud sâĂ©tait pris les pieds dedans et toute sa vie durant, on a voulu le parquer dans le carcan des « Mirza », « Le TĂ©lĂ©fon » ou « Le sud », qui au demeurant ne sont pas des raves !
Nino exprime son amertume pour ses fameuses chansons « Ces chansons (Mirza, Le TĂ©lĂ©fon ect) traversent les annĂ©es parce quâelles ont Ă©tĂ© matraquĂ©es en radio. Le show-biz a fait ce quâil fallait pour les faire entrer dans la tĂȘte des gens. « Mirza », câest un blues en mineur sur tempo rapide, rien de plus. « Le TĂ©lĂ©fon, câest un texte rigolo qui aurait sĂ»rement fait rire Max Jacob ou Alfred Jarry. Mais leur rĂ©alisation musicale et technique Ă©tait Ă©pouvantable ». (page 39)
Câest encore Boris Vian flanquĂ© dâHenry Salvador et Michel Legrand qui ont importĂ© le rockân roll en France (il y est fait dâailleurs une lĂ©gĂšre allusion dans le livre), comme une farce et ode Ă la dĂ©rision pour se bidonner. Lorsquâils se sont sâaperçus que la sauce prenait, ils ont trĂšs vite retirĂ© leurs billes du jeu de massacre. Dâautres aprĂšs eux beaucoup plus sĂ©rieux se sont enfournĂ©s dans la brĂšche pour recevoir les pĂ©pettes. Je prĂ©fĂšre taire leurs noms !
Nino quant Ă lui Ă ses dĂ©buts nâĂ©tait pas encore le « Tâes rock coco » dâun LĂ©o FerrĂ©, mais un crĂ©ateur de rhythmânâblues Ă la française. Tenant ses sources musicales dans le jazz. France Musique lui a consacrĂ© un temps dâantenne de qualitĂ© pour cerveau ouvert et accessible intitulĂ© « Nino Ferrer, lâenfant du jazz » et ce nâest sans doute pas un hasard.
Accompagnateur Ă la contrebasse de la chanteuse Nancy Halloway, puis du batteur Richard Bennet, il est passĂ© du jazz, au blues, au rhythmânâblues au rockân roll. Car durant toute son existence, il sâest jouĂ© des styles musicaux pour effectuer une mue constante, une sorte de synthĂšse de diffĂ©rentes musiques quâil affectionnait.
« Adolescent mal dans sa peau, appartenant Ă une famille bourgeoise dĂ©classĂ©e et dĂ©racinĂ©e, la musique est un moyen de sâĂ©vader : « Ca mâa permis de dĂ©coller vers un autre monde » confiera-t-il ». (page 19)
Il a essayĂ© plĂ©thore dâinstruments avant de jeter son dĂ©volu sur une guitare basse Fender. « La basse a Ă©tĂ© trĂšs importante pour moi. Je suis illettrĂ© en matiĂšre de musique, mais joue de la basse, ça mâa appris Ă dĂ©composer les harmonies, ça mâa permis finalement de composer et dâarranger ». (page 19)
« IllettrĂ© en musique », câest vite dit Nino ! Eclectique, il tire ses influences aussi diverses chez Mozart Ă Rachmaninov, de Brassens Ă FerrĂ©, de la bossa nova, des Beatles, Doors, Santana⊠mais aussi du regrettĂ© Jacques Higelin, qui dans les annĂ©es 70 influencera son mode dâĂ©criture de ses textes mis en musique. Mais aussi Ă©videmment de la musique noire amĂ©ricaine blues ou jazz (Armstrong, Modern Jazz Quartet, et ensuite du rhythmânâblues (Ray Charles, Otis ReddingâŠ)
Sans oublier un James Brown qui chantait en 1968 : « Je suis noir et jâen suis fier » et associait musique et revendication des noirs. Quant Ă Nino, il nous signifiait : « Je veux ĂȘtre noir ».
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Dans une collection publiĂ©e avec le concours de la RĂ©gion Sud Provence-Alpes CĂŽte dâAzur. Henry Chartier, spĂ©cialiste des musiques actuelles, est un biographe confirmĂ©. Il a Ă©crit Ă propos de Serge Gainsbourg, Kurt Cobain, John Lennon, et, Christophe. Cette biographie est la seconde quâil consacre Ă lâitinĂ©raire de Nino Ferrer. Saviez-vous que Nino Ferrer Ă©tait nĂ© italien ? A lâorigine, il se nomme Ferrari, et fit une longue partie de sa tumultueuse carriĂšre, en Italie. La lecture de ce texte nâest pas aisĂ©e. Henry Chartier dĂ©tenait une importante quantitĂ© dâinformations. Tant mieux ! HĂ©las, il en fait un mauvais usage pour le lecteur, en abusant des rĂ©pĂ©titions, des redites, des retours en arriĂšre. Câest vraiment trĂšs pĂ©nible, dâautant plus que lâĂ©diteur a fait le choix dâun caractĂšre trop petit. Nino Ferrer avait de trĂšs mauvais rapports avec la presse, et avec la tĂ©lĂ©vision, en particulier. Henry Chartier, nous rappelle que son opinion Ă©tait proche de celle de Pierre Bourdieu : « Comme lâa fort bien notĂ© Bourdieu, ĂȘtre « bien vu » des journalistes « implique bien des compromis et des compromissions » ce que Ferrer nâĂ©tait, depuis des annĂ©es, plus prĂȘt Ă faire. » Serge Halimi lui, parlait « des chiens de garde ». Aujourdâhui, rien nâa changĂ©, la situation, sâest encore dĂ©gradĂ©e, les artistes Ă©tant dâaccord pour accepter tous les outrages, au nom de lâargent roi. On peut dire que les multiples «sautes dâhumeur » de Nino Ferrer Ă©taient souvent justifiĂ©es. Nino Ferrer Ă©tait un homme gĂ©nĂ©reux, un crĂ©ateur engagĂ© dans des projets avec ses amis musiciens, qui le mettaient en difficultĂ©s financiĂšres, pour les combler, il donnait de nombreux concerts, assez tourmentĂ©s. Il Ă©tait capable dâinsulter le public, lorsquâil le trouvait indigne. Henry Chartier parle dâune cinquantaine de dates par an, entre 1981 et 1984. Nino Ferrer Ă©tait un passionnĂ© de jazz, et avant tout, un musicien. Nâa tâil pas Ă©crit : « Je veux ĂȘtre noir ». Pas de doute, il aurait partagĂ© le chagrin des millions dâindividus qui pleurĂšrent la mort dâAretha Franklin. Nino Ferrer Ă©tait aussi peintre, et prĂ©senta ses Ćuvres Ă la Coupole (qui organisait des expositions, portĂ©e par le souvenir des cĂ©lĂ©britĂ©s qui firent sa rĂ©putation), en 1994. Il sera par la peinture nommĂ© officier des Arts et des Lettres. Nino Ferrer se donna la mort, le 13 aoĂ»t 1998, vers 13 heures, en se tirant une balle dans le cĆur. La meilleure façon de lui rendre hommage, câest dâacheter ses disques, et surtout, pas seulement ses tubes. Il faut Ă©couter, et entendre les textes de Nino Ferrer, ils sont souvent une longue protestation. Un de ses derniers titres Ă©tant : la dĂ©sabusion. Une intelligente idĂ©e de cadeau !
Lire le billet sur le Blog des Arts
Agostino Arturo Maria Ferrari, naĂźt en Italie le 15 aoĂ»t 1934. La mĂšre française et le pĂšre gĂȘnois sâĂ©taient rencontrĂ©s en Nouvelle-CalĂ©donie. Vingt ans aprĂšs son suicide, un ouvrage fouillĂ© (Un Homme Libre) â signĂ© Henry Chartier â et un coffret avec inĂ©dits (Et toujours en Ă©tĂ©) honorent lâartiste.
Hasard malencontreux, les Ferrari se rendent en vacances en Italie en 1939. Inspirons-nous pour le personnage de Nino du travail de Henry Chartier, lâauteur de la somme Un homme Libre. Surpris par la guerre, impossible de retourner en Nouvelle-CalĂ©donie. Nino a 5 ans. Il grandira dans la maison de famille, entre Ligurie et PiĂ©mont. Celui qui composera Le Sud rapportera : « il y avait la guerre partout.» Les Ferrari Ă©migrent Ă Paris en 1947. A lâĂ©cole, Nino sera en but au racisme quotidien des camarades de classe et des professeurs. Le soir, il Ă©coute le poste. Le jazz retient lâattention de lâhyper-sensible. Une rĂ©vĂ©lation. Il jette le dĂ©volu sur un banjo. En 1953, par une rencontre dans un bar de la place de lâOdĂ©on, la voie sâouvre. Le batteur Richard Bennett Ă©tudie au LycĂ©e Louis-le-Grand; Nino Ferrari Ă la Sorbonne. Ils vont jouer leur passion, le jazz de Louis Armstrong, au jardin du Luxembourg, et sous le Pont-Neuf. Entreprise lucrative. Les compĂšres forment les Dixie Cats. DĂ©crochent le concours de la revue Jazz Hot en 1956, jouent au club lĂ©gendaire du Vieux Colombier, Ă©cument les bals des grandes Ă©coles, se retrouvent en studio en 1959 derriĂšre le trompettiste Bill Coleman. Le 45 tours sort. Il sâintitule Boom (sic) HEC 1959 â Bill Coleman presents Richard Bennett et ses Dixie Cats. Je suis tombĂ© adolescent sur la pĂ©pite. Câest un bijou. Bill est dĂ©cĂ©dĂ© Ă Toulouse en 1981. Un gĂ©ant mineur du jazz, comme on dirait dâAlexandre Vialatte quâil est un gĂ©ant mineur de la littĂ©rature française. Jâavais rencontrĂ© Lily, lâĂ©pouse â adorable â du trompettiste Ă Marciac en 1990. Les plus grands noms ont sollicitĂ© lâAmĂ©ricain : Fats Waller, Count Basie, Lester Young, Django Reinhardt, etc. Son solo titanesque sur Blues for Teddy â 2 minutes 46 de bonheur â accroche immĂ©diatement, bouleverse. Quel improvisateur! Le premier titre de Boom HEC figure sur Youtube. Ecoutez-le! Louis Armstrong nâaurait pas hĂ©sitĂ© Ă saluer le discours de Coleman. Pour son premier vĂ©ritable enregistrement, chance inouĂŻe, Nino tombe sur la perle rare. Selon ses termes, de surcroĂźt, Bill se montre «un type merveilleux». La jeune formation poursuit avec enthousiasme lâaventure. Nino passe du banjo Ă la basse. Le voilĂ sur orbite. Câest sans compter sur le contexte. La vague yĂ©-yĂ© percute la France. Ecarte brutalement le jazz des scĂšnes. Les Dixie Cats cherchent Ă sâadapter. PrĂȘts Ă sauter du ternaire (jazz), au binaire (rock, rythmânâblues). A lâaffĂ»t, ils sĂ©duisent Nancy Holloway. La chanteuse les engage. ScotchĂ©e par la voix de Nino, la diva lui cĂšde parfois le micro. Nancy : «Nino a toujours chantĂ© avec moi, mĂȘme au dĂ©but. Jâaimais bien sa voix, jâaimais comme il chantait. On faisait beaucoup de duos».
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âLisez lâintĂ©gralitĂ© du billet de Bruno Pfeiffer sur son blogâ=http://jazz.blogs.liberation.fr/2018/09/02/nino-ferrer-le-jazzman-qui-chamboula-la-chanson/
Nino Ferrer a disparu il y a 20 ans, en 1998. Ă cette occasion, un coffret hommage Et toujours en Ă©té⊠par Barclay et une biographie Nino Ferrer un homme libre signĂ©e Henry Chartier viennent de paraĂźtre. Lâartiste, souvent incompris, est au programme de âPop & Coâ ce lundi.
Ăcoutez la chronique sur le site de France Inter