New York State of Mind
Une anthologie du rap new-yorkais
Grandmaster Flash, Wu-Tang Clan, Nas, Notorious B.I.G., Mos Def, les Beastie Boys, Jay-Z, Action Bronson etc, tous les incontournables du rap new-yorkais.
De la fiĂšvre des premiĂšres block parties du Bronx de la fin des annĂ©es 1970 au succĂšs mondial des rappeurs de la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1990, la ville de New York sâest affirmĂ©e comme le berceau du hip-hop. GrĂące Ă un bouillonnement crĂ©atif hors norme, le rap new-yorkais a gĂ©nĂ©rĂ© une quantitĂ© impressionnante dâartistes (Wu-Tang Clan, Jay-Z, Grandmaster Flash, Beastie Boys, Nas, Public Enemy, Notorious B.I.G. etc) et dâalbums incontournables passĂ©s Ă la postĂ©ritĂ©, tĂ©moins de la richesse crĂ©ative qui a longtemps animĂ© les ghettos du Queens, Brooklyn, Harlem et du Bronx. Cette musique incarne un style unique fait de fantasmes et de provocations, de rĂ©alisme social et dâengagement politique, sans tourner le dos au libĂ©ralisme amĂ©ricain. Ă travers cent albums, ce livre vous propose une rĂ©trospective, des pĂšres fondateurs aux rĂ©manences actuelles en passant par les grands albums new-yorkais ayant rĂ©volutionnĂ© le rap.
Revue de presse
- PIERRE-JEAN CLERAUX - New York State of Mind codotusylv FAKE FOR REAL 6 mars 2018
- Livres, BD, vinyles, CD : offrez du Rap et du Hip Hop pour les fĂȘtes de NoĂ«l Julien Fnac Montparnasse 4 dĂ©cembre 2017
- New York State Of Mind Muzul 90bpm.com 16 juin 2017
- Comment Pierre-Jean Cléraux a sélectionné les 100 meilleurs albums du rap new-yorkais ? Rémi The BackPackerz 29 mai 2017
- « New York State Of Mind » : Quel rap pour la grosse pomme? Jean Rouzaud Nova Planet 25 avril 2017
- Le rap new-yorkais en 100 albums indie-guides.com 19 avril 2017
Peu de maisons dâĂ©dition focalisĂ©es sur la musique peuvent se targuer dâun catalogue dâune telle qualitĂ© que Le mot et le reste. On fait rĂ©guliĂšrement Ă©tat de leurs sorties dans ces pages, dont rĂ©cemment lâimpeccable Mixtapes de Sylvain Bertot. Le principe est bien souvent le mĂȘme une sĂ©lection des disques majeurs dâun courant musical, chacun chroniquĂ© sur deux pages, agrĂ©mentĂ©e de conseils dâĂ©coute pour creuser une sous-Ă©cole particuliĂšre, le tout prĂ©cĂ©dĂ© bien-sĂ»r dâune longue intro qui replace lâensemble dans son contexte historique. Gros morceau auquel sâattaque dans cette nouvelle livraison Pierre-Jean ClĂ©reaux, qui doit couvrir rien moins que 40 piges de musique issue de ce qui fut bien longtemps lâĂ©picentre du rap mondial, tant semblait indiscutable lâhĂ©gĂ©monie du style new-yorkais. Ce quâon appelle encore aujourdâhui â sans doute Ă tort dâailleurs â le âgolden ageâ renvoie directement Ă cette deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1990 oĂč les 5 burroughs rĂ©gnaient sans partage sur lâesthĂ©tique du hip-hop planĂ©taire. Le rap français, qui sâest longtemps targuĂ© dâĂȘtre le plus acĂ©rĂ© fer de lance hors USA du mouvement, sembla longtemps ne sâabreuver quâĂ cette seule source new-yorkaise, pillant sans vergogne les rythmiques brutales et les samples soulful de ses rues incandescentes, de KRS-One Ă Nas, de Mobb Deep au Wu-Tang Clan, assumant ce qui sâapparentait mĂȘme parfois Ă du plagiat pur et simple. Et avant le raz-de-marĂ©e Internet, il Ă©tait difficile pour les fans de rap de dĂ©vier des routes tracĂ©es par lâindustrie et la critique et de trouver autre chose Ă glisser dans le Walkman que ce boom-bap austĂšre de la cĂŽte Est. Câest pourquoi on est rarement surpris en tournant les pages du bouquin, tant nous sont connus les disques choisis par lâauteur ; câest comme si les classiques officiels du rap des annĂ©es 1980-1990 provenaient tous de la Grosse Pomme. Mais lâĂ©criture de Pierre-Jean ClĂ©reaux transpire lâamour de ces Ćuvres qui nâen sont pas moins majeures, bien quâon ait pu depuis relativiser leur indĂ©trĂŽnable statut il se passait beaucoup de choses, dĂ©jĂ Ă lâĂ©poque, dans le Sud et Ă lâOuest, des rĂ©volutions musicales dont les dĂ©flagrations se font encore sentir aujourdâhui, et les scĂšnes locales Ă©taient dâautant plus audacieuses quâelles se dĂ©veloppaient dans lâombre immense projetĂ©e par la Grosse Pomme, contre elle, mĂȘme. Cela nâenlĂšve rien Ă la qualitĂ© du livre qui ne ment pas sur son objet et en fait le tour avec gourmandise. Pour autant, lâauteur semble lui-mĂȘme trĂšs habitĂ© par cette idĂ©e que ce qui sâest fait de mieux dans le rap sâest fabriquĂ© Ă New York avant les annĂ©es 2000 et sa sĂ©lection le dit bien, qui ne retient que bien peu de disques du prĂ©sent millĂ©naire, la plupart marquĂ©s par cette nostalgie du bon vieux temps, empreints dâun classicisme qui commence Ă sĂ©rieusement sentir la naphtaline. Câest dâautant plus regrettable quâaprĂšs avoir longtemps ronchonnĂ© sur un prĂ©tendu dĂ©voiement du âvrai rapâ et rabĂąchĂ© jusquâĂ plus soif ses vieilles formules, New York se rĂ©invente depuis quelques annĂ©es et nous offre rĂ©guliĂšrement de bien belles sorties qui sonnent âactuellesâ tout en ne perdant rien de la saveur ârueâ qui fait depuis toujours tout le sel de ses meilleures productions.
New-York, New-York. Voici un nom qui, pendant longtemps, a Ă©tĂ© indissociable du rap. Cette ville fut son berceau, elle fut son phare. Elle est lâendroit qui a permis la naissance puis lâessor mĂ©diatique de la culture hip-hop. MĂȘme dans les annĂ©es 90, alors quâon le disait menacĂ© par son rival californien, le rap new-yorkais demeurait en fait hĂ©gĂ©monique. Câest lui qui vendait le plus de disques. Câest lui qui suscitait le plus dâengouement critique et public, reprenant dĂšs 1993 lâascendant sur le rap West Coast, le long dâun vĂ©ritable Ăąge dâor parsemĂ© de chefs-dâĆuvre. Câest de lui que viendrait une formule, le boom bap, aujourdâhui synonyme de classicisme rap.
A cela, il faut ajouter la fascination de la France pour New-York. Depuis les dĂ©buts du rap, des pionniers comme Bernard Zekri, Sophie Bramly et Laurence Touitou ont jetĂ© des ponts entre notre pays et la scĂšne hip-hop de cette ville. Quoi quâon ait pu dire sur lâopposition entre les scĂšnes parisienne et marseillaise, elles avaient toutes les deux le regard rivĂ© vers la Grosse Pomme, elles Ă©taient en fait des dĂ©clinaisons de son rap. Plus tard, Ă la fin des annĂ©es 90, câest dâun groupe new-yorkais, Mobb Deep, dont sâinspiraient 90% des Français. Les nouveaux sons et les nouvelles postures imposĂ©es par lâOuest puis le Sud des Etats-Unis nâeurent, pour la premiĂšre, quâune influence minimale, et pour la seconde, quâun impact tardif. Et mĂȘme encore aujourdâhui, la France demeure une place forte pour les intĂ©gristes du boom bap, et pour tous les puristes du rap de rue âlyricalâ Ă la new-yorkaise.
Il Ă©tait logique, donc, quâun livre se consacre tout entier au rap new-yorkais, et quâil soit lâĆuvre dâun Français, en lâoccurrence le blogueur rennais Pierre-Jean ClĂ©raux. Celui-ci nous dit tout dans New-York State of Mind (pour les nĂ©ophytes : câest le titre dâun morceau de Nas â et avant lui de Billy Joel). Il le fait le long dâune soixantaine de pages sur lâhistoire du rap new-yorkais, des dĂ©buts, oĂč elle se confond entiĂšrement avec celle du rap tout court, jusquâĂ nos jours oĂč, victime de la dĂ©ferlante sudiste, elle est passĂ©e au second plan, en passant par cette glorieuse dĂ©cennie 90 oĂč la mĂ©galopole nous offrait classique aprĂšs classique. Il le fait aussi, comme lâensemble des anthologies musicales publiĂ©es chez Le Mot et le Reste, par la sĂ©lection dâune centaine dâalbums emblĂ©matiques du rap de lĂ -bas.
Ils sont tous lĂ , les classiques de Run-D.M.C, de KRS-One, dâEric B. & Rakim, de Public Enemy, des Native Tongues, de Gangstarr, du Wu-Tang Clan, du Boot Camp Click, de Biggie, de Mobb Deep, de Jay-Z, de DMX, des Diplomats et jâen passe. Pierre-Jean ClĂ©raux, toutefois, sâautorise des surprises. Souvent, il cite un autre album que celui qui sâimpose, par exemple le Business Never Personal dâEPMD au lieu de lâun des prĂ©cĂ©dents, De La Soul Is Dead Ă la place de 3 Feet High & Rising, Wrath of the Math, de Jeru the Damaja, plutĂŽt que The Sun Rises in the East. Et Fluorescent Black, lâalbum du comeback dâAntipop Consortium, est prĂ©fĂ©rĂ© Ă ceux de leurs dĂ©buts. Il est vrai, cependant, que beaucoup de ces disques avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© abordĂ©s dans des publications antĂ©rieures sorties chez le mĂȘme Ă©diteurâŠ
New-York State of Mind nâen offre pas moins un panorama complet du rap new-yorkais, de ses constantes comme de ses Ă©volutions, avec du recul, de lâexactitude et peu dâerreurs. Ces derniĂšres sont rares, et toutes accessoires (non, Audio Two nâĂ©taient pas les demis-frĂšres de MC Lyte, câest en 1988 quâest paru Straight Outta Compton, pas en 1989, et le nom de la chanteuse Mary J Blige sâĂ©crit sans âdâ). Câest ailleurs, en fait, quâil faut trouver le seul reproche Ă adresser Ă ce livre : son refus dâapporter un peu plus de recul historique Ă ce paysage new-yorkais.
Par sa sĂ©lection, par ses propos, New-York State of Mind aurait pu ĂȘtre un livre Ă©crit au tout dĂ©but des annĂ©es 2000. Sa sĂ©lection contient les albums qui, dĂ©jĂ , Ă©taient sacralisĂ©s Ă cette Ă©poque. Il accorde aussi une place toute particuliĂšre Ă cette scĂšne rap underground qui nous est chĂšre et qui a fait lâobjet par chez nous dâun certain Rap IndĂ©pendant (Ă propos, merci pour la citation !), mais qui a subi une dĂ©cote depuis. La partie sur les annĂ©es 2000 et 2010 est courte, elle semble se rĂ©sumer Ă raconter la relĂ©gation du rap new-yorkais en deuxiĂšme division, et la plupart des albums ou mixtapes rĂ©cents qui sont citĂ©s (Ă lâexception notable du Live.Love.A$AP dâA$AP Rocky), ceux de Joey Badass, Roc Marciano, Ka et Action Bronson, aussi rĂ©ussis soient-ils, sont de nature essentiellement revivaliste.
Il y aurait pourtant sans doute dâautre chose Ă dire du rap new-yorkais rĂ©cent ou contemporain. Un petit mot, par exemple, aurait pu ĂȘtre glissĂ© sur Max B et French Montana. Dâautres personnes que le trĂšs scolaire Joey Badass et son Pro Era, regroupĂ©s eux aussi sous le nom de mouvement Beast Coast, auraient pu ĂȘtre analysĂ©s, comme les Flatbush Zombies ou les Underachievers. On aurait Ă©galement pu parler, cas Ă part, de Ratking et de Wiki. Et mĂȘme si leur style nâest plus ancrĂ© dans le passĂ© de New-York, quelques autres personnes en vue viennent de cette ville, dont celle qui, depuis une dĂ©cennie, est la rappeuse amĂ©ricaine numĂ©ro 1 : Nicki Minaj. Le rap new-yorkais a perdu de sa superbe, certes, mais en en prĂ©sentant un panthĂ©on figĂ© il y a quinze ans, on enfonce un clou de plus dans son cercueil, alors quâune personne encore bien vivante est enfermĂ©e dedans.
New York State of Mind est en fait, une ode nostalgique Ă un passĂ© glorieux. Sans doute trop vite, il entĂ©rine la fin du rap new-yorkais, prenant une relĂ©gation pour un coma. Mais il nous replonge aussi dans son Ă©popĂ©e. Aux nĂ©ophytes, il signale des albums increvables. Aux vĂ©tĂ©rans, il redonne envie de se replonger dans des Ćuvres plus Ă©coutĂ©es depuis longtemps. Il rappelle lâexistence de disques dont, autrefois, on a peut-ĂȘtre un peu trop parlĂ©, ignorant honteusement quâautre chose se passait aux Etats-Unis, mais quâil ne faudrait surtout pas oublier aujourdâhui.
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Avec une approche et une mĂ©thode qui rappelle le travail des chercheurs en musicologie et autres folkloristes portĂ©s sur lâhistoire des musiques populaires amĂ©ricaines, P.J Cleraux prĂ©sente un travail Ă©rudit sur le Rap made in New York City, berceau incontestable du genre musical. Autour dâune sĂ©lection de 100 albums (de Grand Master Flash Ă Action Bronson pour rĂ©sumer), ce sont des anecdotes, des tĂ©moignages et des analyses pertinentes qui vous font comprendre que lâinfluente Ă©cole New Yorkaise reste sans Ă©quivalent.
Retrouver la sélection de Julien sur le site de la Fnac
Câest en position âRetour Vers Le Futurâ, que Grand Wizzard PidjĂ©ci sâest installĂ© aux commandes de son insalubre mĂ©tro gris dĂ©foncĂ© de graffiti et parfumĂ© Ă la pisse. Sa rame couinante, Peter-John Cle-Ri-O lâa fait rouler jusquâau Bronx des annĂ©es 70 pour patiemment la faire revenir en 2010 et quelques, quadrillant sur son passage les 5 boroughs, inspectant les cages dâescaliers des projects, soulevant la plus petite des grilles dâaĂ©ration pour sâassurer quâaucun MC ne sây est planquĂ©, prolongeant les rails jusquâau ferry pour Staten Island.
100 albums qui ont marquĂ©/fondĂ© le rap New-Yorkais, voilĂ ce quâa ramenĂ© P. Jean.
Cent albums venus de La Mecque, de lĂ oĂč tout est parti. Cent albums et pratiquement que des classiques. Brutaux, secs, politisĂ©s, funky, urbains, braillards, soul, sombres, glaçants, oppressants, hostiles, rĂ©volutionnaires mais surtout novateurs et indestructibles. Car quelle quâest pu ĂȘtre la violence des attaques portĂ©es contre elle, lâĂ©cole New-Yorkaise, mĂȘme aprĂšs avoir mis un genou Ă terre sous les coups de flingues du gangsta-rap, sâest toujours relevĂ©e, enfantant elle-mĂȘme des sous-genres que Master P-Jay The Original sâest appliquĂ© Ă dĂ©cortiquer dans une longue et passionnante sĂ©quence dâintroduction.
Pluie dâanecdotes Ă chaque page, et pas la peine de sâoffusquer sur lâabsence de telle ou telle rĂ©fĂ©rence : lâexercice est restrictif donc chacun aura matiĂšre Ă la ramener.
Mais, enfin, oĂč sont les Lords Of The Underground ???!!!
Retrouvez cette chronique sur le site 90bpm
RĂ©dacteur passionnĂ© sur plusieurs mĂ©dias rap depuis la fin des annĂ©es 90 (Rap2k.com, Neoboto.com, Ofive) Pierre-Jean ClĂ©raux est Ă©galement le fondateur du webzine Buggin.fr. AprĂšs avoir usĂ© sa plume Ă chroniquer des dizaines de disques rap US sur des mĂ©dias web, ce Rennais a voulu passer au papier en se lançant lâambitieux dĂ©fi de crĂ©er une anthologie du rap new yorkais. TrĂšs sensible Ă ce genre dâinitiatives, la team TBPZ est partie Ă la rencontre de ce passionnĂ© du rap de la Grosse Pomme.
Bonjour Pierre-Jean, tout dâabord, peux tu nous retracer ton parcours ?
A la base, jâai commencĂ© Ă Ă©crire des chroniques sur lâancienne mouture du site Rap2k.com, avant quâil ne soit totalement refondu et quâil ne devienne ce quâil est aujourdâhui⊠CâĂ©tait une plateforme assez riche et dynamique au dĂ©but des annĂ©es 2000, et extrĂȘmement rĂ©active. En parallĂšle jâai aussi Ă©tĂ© bloggeur. Je recevais des albums chez moi. Je les chroniquais. Ensuite, jâai Ă©tĂ© contactĂ© pour participer Ă lâouverture du site Neoboto.com en 2010. Lâaventure a durĂ© quelques annĂ©es. MĂȘme si nous avions des divergences musicales au sein de la rĂ©daction, nous avons rĂ©alisĂ© beaucoup de contenus. Dans la foulĂ©e, jâai participĂ© Ă la rĂ©daction des premiers numĂ©ros du magazine Ofive mag. Par la suite jâai quittĂ© Neoboto. Jâai alors co-fondĂ© avec des amis de la rĂ©daction le site Buggin.fr, qui est alimentĂ© selon nos envies.
Quel a Ă©tĂ© lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur de ce livre ?
En premier lieu, je lâai Ă©crit par amour du rap, de lâĂ©criture et de la recherche. Dâautre part, jâai un Master 2 de recherches en histoire des relations internationales. Pendant mes Ă©tudes, jâai appris Ă prendre goĂ»t Ă la recherche de sources. Cet ouvrage sur le rap new-yorkais Ă©tait dans un coin de ma tĂȘte depuis quelques temps. Jâavais envie dâĂ©crire sur cette musique, qui a Ă©tĂ© pour moi une grosse claque. Enfin, je ne trouvais pas de livre en français, qui parlait des albums que jâai pu adorer comme ceux de Gang Starr, Pete Rock & CL Smooth, Smif-N-Wessun, Nas, Show & A.G. ou encore des Beatnuts. Il fallait aussi trouver un Ă©diteur. Pour moi Le Mot et le Reste Ă©tait une Ă©vidence. Jâai donc fait une proposition Ă son Ă©diteur, Yves Jolivet. Nous en avons discutĂ©. Finalement le projet a abouti.
âNew York State Of Mind correspond parfaitement Ă lâesthĂ©tique new-yorkaise des 90âs, celle qui est passĂ©e Ă la postĂ©ritĂ©.â
Le titre du livre est une rĂ©fĂ©rence au morceau de Nas du mĂȘme nom sur lâalbum de rĂ©fĂ©rence Illmatic. Cette chanson rĂ©sume-tâelle lâhistoire du rap de New York ?
Le titre est clairement une rĂ©fĂ©rence au morceau de Nas pour plusieurs raisons. La premiĂšre est dâun point de vue musical. Le morceau correspond parfaitement Ă lâesthĂ©tique new-yorkaise des 90âs, celle qui est passĂ©e Ă la postĂ©ritĂ©. Lâutilisation des deux samples de Joe Chambers et de Donald Byrd donne un cĂŽtĂ© cinĂ©matographique et une sorte de tension sublimĂ©e par lâĂ©criture et le flow. La deuxiĂšme raison rĂ©side dans les lyrics du morceau. Nas raconte le New York des ghettos noirs des annĂ©es 1990. La pĂ©riode, qui suit la « crack era ». Celle qui a laissĂ© de profondes traces sur la jeune gĂ©nĂ©ration de cette pĂ©riode. Ce morceau contient aussi cette culture de la violence trĂšs prĂ©sente avec les rĂ©fĂ©rences au film Scarface. Dâune certaine maniĂšre, ce morceau rĂ©sume une partie de lâHistoire tout en faisant partie de lâHistoire.
Quels ont été tes critÚres pour le choix des albums de cette anthologie ?
Ils ont Ă©tĂ© doubles. A la fois lâimpact historique, câest-Ă -dire ce que lâalbum a de reprĂ©sentatif dâun groupe, dâune Ă©poque et dâun style. Et puis, jâassume un choix subjectif. La chance a fait que certains albums cumulaient les deux. RĂ©sumer le rap new-yorkais en 100 albums câest se confronter Ă des choix difficiles. Mais câest ce qui demeurait intĂ©ressant dans cette dĂ©marche. Certains choix nâĂ©taient pas Ă©vidents. Jâai modifiĂ© un nombre incalculable de fois la sĂ©lection. Car jâavais envie dâen mettre cinquante de plus. Il a fallu recadrer, mettre des albums, qui pour moi Ă©taient moins Ă©vidents. Jâai volontairement Ă©cartĂ© certains opus comme le Get Rich or Die Tryinâ de 50 Cent au profit dâun album Ă mon sens mieux produit comme Beg 4 Mercy du G-Unit. Cet album est le reflet de lâimpact dâun rappeur sur une pĂ©riode, mais aussi le symbole de lâemprise dâun groupe sur lâindustrie.
Dâautre part, Sylvain Bertot avait dĂ©jĂ publiĂ© chez le mĂȘme Ă©diteur deux ouvrages sur le rap, dans lequel de nombreux albums figuraient dĂ©jĂ . Jâai lĂ aussi parfois essayĂ© dâĂ©viter les doublons, dans la mesure du possible. Mais comment parler du rap new-yorkais sans Ă©voquer The Infamous de Mobb Deep ?
Le premier album de ta sĂ©lection est lâalbum The Message de Grand Master Flash and The Furious Five. Pourtant, dans la premiĂšre partie du livre, tu cites les prĂ©curseurs du rap new-yorkais comme Sugar Hill Gang, Kurtis Blow et mĂȘme Gil Scott Heron ou The Last Poets. Pourquoi ne pas les avoir mis dans ta sĂ©lection ?
Pour moi, savoir avec quel album jâallais commencer cette sĂ©lection a Ă©tĂ© une vĂ©ritable torture. Jâai volontairement Ă©cartĂ© le premier Sugar Hill Gang. Car lâalbum repose essentiellement sur Rapperâs Delight. Pour Kurtis Blow, Sylvain Bertot avait dĂ©jĂ chroniquĂ© le premier album. Je me suis alors dit que The Message de Grandmaster Flash & The Furious Five pouvait parfaitement inaugurer cette sĂ©lection. Dans la mesure, oĂč il intĂšgre une certaine conscience sociale et un groupe emblĂ©matique qui sâest rodĂ© au terrain. En ce qui concerne Gil Scott ou les Last Poets, beaucoup les considĂšrent Ă juste titre comme des sources dâinspiration. Mais on ne peut pas les considĂ©rer comme des rappeurs. Ils ont nĂ©anmoins jouĂ© un rĂŽle fondamental dans la prise de conscience sociale au sein de la communautĂ© afro-amĂ©ricaine.
âMethod Man se moquait des types cherchant Ă rassembler lâargot utilisĂ© dans le rap. Il disait que chaque coin de New York avait son propre argot. Il Ă©tait inutile de rĂ©fĂ©rencer ces langages, tant tout allait vite en terme de nĂ©ologisme.â
Tu cites à de nombreuses reprises les différents quartiers de New York, déterminants dans le développement du rap comme le Bronx ou le Queensbridge⊠Cette diversité artistique liée à ces différents quartiers a-t-elle joué en faveur du rap new yorkais ?
Oui tout Ă fait, cette spĂ©cificitĂ© est essentielle dans la construction du rap new-yorkais. Le rap new-yorkais sâest polarisĂ© gĂ©ographiquement autour dâarrondissements prĂ©cis. Le Bronx en particulier qui lâa vu naĂźtre, mĂȘme si une autre thĂ©orie circule sur sa naissance Ă Brooklyn. Ce qui est intĂ©ressant avec cette polarisation est que chaque coin de New York avait une identitĂ© marquĂ©e. Le Bronx comme berceau historique dĂ©fendu par le Boogie Down Ă la fin des 80âs avec un mĂ©lange de gangsta et de prise de conscience sociale. Le Queens autour du Juice Crew chapeautĂ© par Marley Marl, qui sâest Ă©largi gĂ©ographiquement par la suite. Long Island a bousculĂ© les codes avec Public Enemy, Rakim, EPMD. Certains rappeurs sont les hĂ©ritiers de ce âslow flowâ de Long Island comme Roc Marciano. Il faut citer Staten Island avec le Wu, mais aussi plusieurs quartiers de Brooklyn.
AprĂšs ma sĂ©lection ne sâest pas seulement limitĂ©e Ă NYC. Jâai Ă©tendu la recherche Ă lâensemble de lâEtat de New York. De cette maniĂšre, on retrouve des artistes comme Grand Puba, DMX, les Doppelgangaz. Les quartiers ont leur propre identitĂ©, leur slang. Chacun possĂšde une vĂ©ritable richesse. Je me rappelle dâune interview de Method Man, qui se moquait des types cherchant Ă rassembler lâargot utilisĂ© dans le rap. Il disait que chaque coin de New York avait son propre argot. Il Ă©tait inutile de rĂ©fĂ©rencer ces langages, tant tout allait vite en terme de nĂ©ologisme.
Rakim, Guru et RZA en solo ou avec leurs groupes respectifs sont les rares artistes Ă avoir plusieurs albums citĂ©s dans ta sĂ©lection. Ce fait est-il du Ă leur rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans lâhistoire du rap new-yorkais ?
RĂŽle prĂ©pondĂ©rant ou pas, la symbolique rentre Ă©galement en jeu. En solo ils ont continuĂ© Ă dĂ©velopper leur art, mais dans une certaine limite. Car, par exemple, jâaime peu les solos de RZA. En revanche son boulot sur la B.O. (import Japonais) de Ghost Dog est fabuleux. Il a su ainsi dĂ©placer lâesprit du Wu vers le 7Ăšme art. Pour Rakim, durant toute la premiĂšre moitiĂ© des 90âs qui se situe avant son 18th Letter, la majoritĂ© pensait quâil Ă©tait dĂ©passĂ©. Mais son album se rĂ©vĂšle superbe. Par contre, jâai moins dâaffinitĂ© avec The Master. En ce qui concerne Guru, je considĂšre le premier volume de Jazzmatazz comme un concept extrĂȘmement intĂ©ressant. Car il va au bout de son concept. Cet album ne ressemble en rien Ă un opus de Gang Starr.
Tu fais souvent rĂ©fĂ©rence au rap de la West Coast dans lâouvrage. Certains artistes californiens se sont inspirĂ©s des tendances new-yorkaises pour dĂ©velopper leur style. Es-tu de cet avis ?
Oui effectivement, au niveau des sonoritĂ©s ce constat est assez flagrant. MĂȘme Ice Cube sâest frottĂ© aux productions du Bomb Squad, tant leurs productions Ă©taient absolument monumentales. Elles correspondaient Ă un ton, qui collait Ă un propos. Je pense aussi Ă un type comme The Alchemist, originaire de Bevery Hills, qui a Ă©tĂ© nourri au rap new-yorkais. Il a fini par intĂ©grer le giron de Mobb Deep grĂące Ă Infamous Mobb. Lâimpact de New York a Ă©tĂ© gigantesque.
âLe titre de King Of New York est un pur titre mĂ©diatique basĂ© notamment sur les ventes dâalbums et la renommĂ©e.â
Né dans les Block Parties des années 70, la culture du beef est une constante majeure du rap new yorkais. A-t-elle aidée à construire la légende de New York et celle de son titre tant convoité de King of New York ?
La culture du beef est Ă mon avis une culture dĂ©rivĂ©e de celle des gangs. Elle a Ă©tĂ© transposĂ©e sur le plan du duel verbal. Le beef avec le temps a pris une ampleur mĂ©diatique Ă partir du milieu des annĂ©es 1990. Cette popularitĂ© lui a donnĂ© son importance aux yeux du public. MĂȘme si ce nâest quâune posture. De fait, sâest créé un titre de âKing Of New Yorkâ, qui est un pur titre mĂ©diatique basĂ© notamment sur les ventes dâalbums et la renommĂ©e. Ce titre a contribuĂ© Ă crĂ©er des tensions entre rappeurs. NĂ©anmoins il a aussi agrĂ©mentĂ© la lĂ©gende de New York, capitale du rap et de lâargent. Câest aussi une ville, dont lâarchitecture est liĂ©e au concept de verticalitĂ© avec une base et un sommet. Le sommet Ă©tant occupĂ© par ceux, qui ont le mieux rĂ©ussi. Ces Ă©lus se rapprochent ainsi du pouvoir, dâoĂč le titre de King Of New York. Jâessaie vraiment dâĂ©viter le plus possible ce concept. Il reprĂ©sente rĂ©ellement lâĂ©tat dâesprit dans lequel un artiste peut se situer Ă New York, quand un rappeur atteint un tel niveau dans le game.
Tu Ă©voques aussi le style Mafioso Rap amorcĂ© par des artistes comme Kool G Rap, puis dĂ©veloppĂ© plus tard par Notorious Big et Jay Z. Ce style a-t-il dĂ©naturĂ© lâĂ©tat dâesprit puriste du rap new yorkais ? Etait-il une rĂ©ponse au Gangsta Rap de Los Angeles ?
Je ne pense pas que cette tendance ait dĂ©naturĂ© le rap. Au contraire elle fait partie intĂ©grante de ce quâon peut appeler le purisme dans le rap. Un album comme Only Built 4 Cuban Linx de Raekwon est adulĂ© par les puristes. Je pense que câest une Ă©volution, peut-ĂȘtre une rĂ©action au Gangsta Rap de L.A. et de la Bay Area. Mais dĂ©jĂ Ă lâĂ©poque, New York opposait au Gangsta Rap de la West Coast une alternative plus positive, ironique et plus identitaire comme ont pu le faire les Native Tongues et mĂȘme Public Enemy. Câest la mĂȘme Ă©nergie, qui part dâun mĂȘme constat, mais qui sâexprime diffĂ©remment. Avec le Mafioso Rap, le rap new-yorkais a rĂ©ussi Ă trouver une ambiance plus cinĂ©matographique, moins basĂ©e sur lâimage du mac et plus sur celle du gangster et du player. Il y a un cĂŽtĂ© trĂšs mobster italien agrĂ©mentĂ© dâune identitĂ© trĂšs proche du ghetto.
Certains artistes new-yorkais ont essayĂ© de lancer de nouvelles tendances dans les 90âs comme lâHorrorcore avec Gravediggaz ou Flatlinerz. NĂ©anmoins ces styles nâont pas su perdurer. New York nâest il pas prisonniĂšre de ses propres codes ?
Il est clair que lâHorrorcore Ă New York nâa pas perdurĂ©. Dâailleurs les Flatlinerz ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme des opportunistes Ă lâĂ©poque. Car Redrum Ă©tait en fait le neveu de Russell Simmons, qui a signĂ© le groupe chez Def Jam. Les deux albums sont sortis la mĂȘme annĂ©e Ă quelques mois dâintervalle. Le terme horrorcore a Ă©tĂ© popularisĂ© Ă New York. On trouve dĂ©jĂ chez les Geto Boys les jalons de ce style.
Le rap new yorkais peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme prisonnier de ses propres codes dans la mesure oĂč son esthĂ©tique est devenue acadĂ©mique au final. Face Ă lâarrivĂ©e du Sud au dĂ©but des annĂ©es 2000, une partie de la scĂšne new yorkaise est devenue de plus en plus permĂ©able et opportuniste.
âLe rap new-yorkais a vu son style conservĂ© dans du formol au fil du temps. Il est parfois devenu caricatural. Notamment chez les anciens, qui avaient du mal Ă tourner la page.â
Ă ce propos, tu cites Kool Keith, qui pensait que âLe rap Ă New York Ă©tait bien trop rĂ©trograde pour Ă©voluer dans le tempsâ. Pourquoi affirme t il cela ?
Cette citation rĂ©sume en partie le personnage. Il est trĂšs provocateur quand il affirme cela. Il se place ainsi au dessus de la mĂȘlĂ©e. De cette maniĂšre, il affirme son cĂŽtĂ© excentrique, notamment aprĂšs avoir sorti des albums totalement Ă contre-courant. Je pense Ă Dr Octagonecologyst et Black Elvis Lost In Space. Dâun certain point de vue, il existe une part de vĂ©ritĂ© dans ce quâil dit. Le rap new-yorkais a vu son style conservĂ© dans du formol au fil du temps. Il est parfois devenu caricatural. Notamment chez les anciens, qui avaient du mal Ă tourner la page.
La fin des annĂ©es 2000 et le dĂ©but de cette dĂ©cennie ont Ă©tĂ© marquĂ©s par la percĂ©e de sonoritĂ©s issues dâautres rĂ©gions amĂ©ricaines. New York a-t-il subi plus ces influences que su renouveler sa propre musique ?
Câest difficile Ă dire. Mais il est clair que le Sud est devenu le nouvel Eldorado. A dĂ©faut dâĂȘtre pourvoyeur dâun nouveau style de rap, New York sâest emparĂ© de lâengouement pour le rap sudiste en 1999 sur « Big Pimpin » de Jay-Z avec les UGK. Câest malin de la part de Jay-Z, tout comme le fait de rĂ©cupĂ©rer Scarface sur Def Jam en 2002 pour crĂ©er la succursale Def Jam South. Depuis avec la Trap, le son sâest lissĂ© Ă New York et dans le monde entier. Un type comme A$ap Rocky, qui a Ă©tĂ© nourri Ă la Three 6 Mafia dĂšs son plus jeune Ăąge, sâest mis Ă la page. Lâassociation entre El-P et Killer Mike avec Run The Jewels reste un bon exemple dâhybridation entre sons traditionnels et dâautres sonnant plus South, le tout avec un engagement politique. Il reste encore le versant trĂšs traditionnel avec Roc Marciano, qui sĂšme un revival trĂšs Ă©purĂ©, ciselĂ© et plein de mĂ©taphores.
Aujourdâhui New York revient sur le devant de la scĂšne grĂące notamment Ă lâarrivĂ©e des artistes de la Best Coast comme Joey Bada$$, Flatbush Zombies ou The Underachievers. Nâest ce pas la redĂ©couverte du style boom-bap par une nouvelle gĂ©nĂ©ration ?
Oui en partie. Tous ne versent pas entiĂšrement dans le boom-bap. Par exemple, les Underachievers ont un univers assez Ă©clectique, qui emprunte autant au sud quâau style new-yorkais, un mĂ©lange de tradition agrĂ©mentĂ© de psychĂ©dĂ©lisme. je trouve ce mĂ©lange intĂ©ressant.
Action Bronson conserve ce cĂŽtĂ© boom-bap aussi. Il possĂšde un cĂŽtĂ© Gargantua et Biz Markie, plus une recherche de samples diffĂ©rents apportĂ©s par des types comme Alchemist, Oh No ou Party Supplies. Avec New York câest « chasse le naturel, il revient toujours au galop ». Le boom-bap fait partie de lâADN du rap new-yorkais. Tout comme on observe un retour des grands collectifs de rappeurs.
Quel avenir vois tu pour le rap Ă New York ?
MĂȘme si je trouve que son identitĂ© est moins marquĂ©e quâavant, je pense quâil y aura toujours des artistes pour se revendiquer de cette ville, de son passĂ© et de sa lĂ©gende.
Une fois que lâon a compris que le rap new-yorkais, portĂ© au dĂ©part par des JamaĂŻcains Ă©migrĂ©s (comme Kool Herc) qui ont tentĂ© (et rĂ©ussi) de transplanter lâidĂ©e de leurs Sound Systems insulaires dans les faubourgs de New York, alors on peut assister Ă la floraison ininterrompue du genre.
Danseurs sur la tĂȘte et look de banlieue
Et comme, justement, le systĂšme jamaĂŻcain est nĂ© par obligation, avec de petits sounds itinĂ©rants, nĂ©cessitant matĂ©riel, puis un DJ et un MC toaster, les premiĂšres Block Parties de NY refaisaient, Ă la belle saison, leur « harangue de rue », avec disques et Platines. Et ce fut le Hip Hop, « fresh » et juvĂ©nile, avec danseurs sur la tĂȘte et look de banlieue : 1977-1980.
On sortait du Funk, mais aussi du Disco et du Punk ! Ce mĂ©lange chaud, dansant et violent allait ajouter une couche de duretĂ© et dâefficacitĂ©. Avec le Sample, exit les instruments chers et les cours de solfĂšge. Le Collage allait rĂ©gner.
Ă la tĂȘte du truc, NY
New York prit la tĂȘte du truc et des hordes de chanteurs, danseurs, breakeurs, allaient fondre sur ce systĂšme D, avec leurs codes locaux, persos, leur culture urbaine de quartiers, mais aussi une concurrence bientĂŽt frĂ©nĂ©tique.
NY prend lâavantage au dĂ©part, Ă lâamĂ©ricaine, il faut produire sans cesse, beaucoup, et aprĂšs les pionniers, ce fut des « concepts » ou style, comme Public Enemy, criard et politique, ou au contraire De La Soul, fantaisiste et souple.
LâĂ©pisode gangsta de la cĂŽte est, dĂ©bouchant sur deux stars abattues (Biggie et Tupac), un point partout , affirme le boulet de violence propre aux bas quartiers oĂč tout peut dĂ©gĂ©nĂ©rer avec ou sans raison.
Les Ăditions Le Mot et Le Reste sortent 267 pages dâhistorique, avec 100 albums clĂ©s, dans la chronologie de cette histoire un peu folle, signĂ© Pierre-Jean ClĂ©raux, qui nous dĂ©taille le truc. Il ne manque pas un nom et Ă eux seuls, ils sonnent comme une nouvelle langue : celle du Rap, phonĂ©tique, slang, Cut-upâŠ
Fantasme, élément du rap
AprĂšs les Dillinger et Al Capone jamaĂŻcains, voici les Furious, Wu-Tang, Mobb Deep, selon votre degrĂ© de rĂ©fĂ©rence aux truands, Kung Fu ou tout simplement mĂ©galo du moment. Car le fantasme est un Ă©lĂ©ment du Rap, comme dans les contes de fĂ©es, et tous les dĂ©lires vont y passer : de la violence Ă la puissance, puis de lâargent Ă la mode Bling, sans distinction, sexe compris.
VoilĂ comment une gĂ©nĂ©ration hippy, habillĂ©e rĂ©tro, cheveux longs et cool attitude, va voir ses contradicteurs, vĂȘtus de sportswear sur-taillĂ©, cheveux rasĂ©s et un flingue en tĂȘte, prendre sa place au hit-parade, en 10 ans. Lâinverse absolu !
Câest ce qui explique quâune gĂ©nĂ©ration de jeunes blancs en rupture va se prendre dâintĂ©rĂȘt pour des voyous blacks qui en rajoutent dans lâaffreux : un amour tordu (comme leurs grands-parents dans les annĂ©es trente avec les gangsters). Nique ta mĂšre. Les rappeurs pillent le systĂšme Ă la Robin des bois ?
NY dur, LA entortillé
Plus fou, aprĂšs la montĂ©e des annĂ©es 80 et lâestablishment Rap des 90, partagĂ© en deux styles : N.Y.plus dur et cassant L.A. entortillĂ© de Moog Gangsta, voici venir le Sud mĂ©prisĂ© et bouseux (Atlanta ?), qui sera la dĂ©chirure de demain, si les grands frĂšres lui laissent une chance ?
Cette planĂšte ghetto, qui a trouvĂ© son rythme et quelques paroliers douĂ©s, des poĂštes inspirĂ©s et des producteurs Ă©clairĂ©s, tous pris dans un corset R n B de base, a su intĂ©grer des cas uniques (Eminem, RakimâŠ), quelques filles condamnĂ©es Ă lâauto-caricature (Foxy Brown, Lil KimâŠ) et des capitalistes grand teint (50 Cent, Jay-ZâŠ)
Ă force de fusions, dâinfluences, de travail et de lissage, le Rap prend le chemin dâune Pop Black, starisĂ©e Ă lâextrĂȘme, exactement comme dans les annĂ©es 60, quand la Soul se maria au Rock et au Jerk.
De la fiĂšvre des premiĂšres blocks parties du Bronx Ă la fin des annĂ©es 70 au succĂšs mondial des rappeurs de la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 90, Pierre-Jean ClĂ©raux retrace lâhistoire du rap Ă New York, berceau du hip-hop. Interview de lâauteur de âNew York State Of Mindâ et sĂ©lection choisie de morceaux dâanthologie.
Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa, Run DMC, Wu-Tang Clan, Jay-Z, Public Enemy, A Tribe Called Quest, Action Bronson, Beastie Boys : Pierre-Jean ClĂ©raux remonte le fil de lâhistoire du rap new-yorkais en 100 albums emblĂ©matiques dans son ouvrage New York State Of Mind â Une anthologie du rap new-yorkais, qui vient de paraĂźtre chez lâĂ©diteur Le Mot et le Reste.
Blogueur et historien de formation, Pierre-Jean ClĂ©raux est passionnĂ© par la musique sous toutes ses formes et plus particuliĂšrement de rap depuis la fin des annĂ©es 90. Il revient avec nous sur les raisons qui lâont conduites Ă Ă©crire cet ouvrage et plonge dans lâhistoire du rap new-yorkais. Une interview Ă lire en musique en dĂ©couvrant sa sĂ©lection musicale Ă la fin de cet article.
POURQUOIAVOIRĂCRIT UN OUVRAGESUR LE RAPNEW-YORKAIS ?
Tout simplement parce que câest le style de rap que jâaime le plus et que jâai le plus Ă©coutĂ©. Câest via le rap new-yorkais que jâai dĂ©couvert le rap avec des groupes comme Public Enemy, le Wu-Tang Clan, De La Soul. Au dĂ©part, mon idĂ©e Ă©tait dâĂ©crire sur le rap new-yorkais des annĂ©es 90 car câest celui-lĂ qui mâa bercĂ©, mais Yves (NDLR : Yves Jolivet, le fondateur et directeur des Ă©ditions Le Mot et le Reste) voulait Ă©largir la pĂ©riode. Nous avons donc convenu de partir sur quelque chose de plus synthĂ©tique sur lâhistoire du rap new-yorkais Ă travers des albums importants, aussi bien pour leurs qualitĂ©s artistiques que pour leur impact historique. Câest vraiment passionnant et incroyablement diversifiĂ©. Aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste, ce sujet nâavait pas encore Ă©tĂ© Ă©voquĂ© en dĂ©tails, câest ce que je leur ai proposĂ© de faire.
QUELLEIMPORTANCE A LA SCĂNENEW-YORKAISEDANS LâHISTOIRE DU RAP ?
Son importance est capitale. Dâun point de vue historique tout dâabord parce que le rap est nĂ© Ă New-York et plus prĂ©cisĂ©ment dans le Bronx. Câest lĂ que tout a commencĂ©. Donc, par essence, le rap est new-yorkais.
Câest justement ce rap qui a influencĂ© les autres scĂšnes aux Etats-Unis mais aussi en Europe, notamment en France. Câest la scĂšne rap new-yorkaise qui a vĂ©hiculĂ© toute lâimagerie hip-hop avec le break, le graff et son mĂ©tro dĂ©foncĂ©. Câest aussi elle qui a fourni les premiers contingents de rappeurs cĂ©lĂšbres comme Run DMC, les Beastie Boys, LL Cool J, Public Enemy et puis les grandes stars du rap comme Notorious B.I.G., Jay-Z, Nas avec un mĂ©lange des genres entre rappeur et entrepreneur comme Puff Daddy, 50 Cent pour ne citer que les exemples les plus connus. Cette double casquette de MC et dâhomme dâaffaires nâest pas forcĂ©ment propre Ă New York mais, dans une ville qui symbolise la puissance de lâargent, lâĂ©vocation est dâautant plus forte. Ce nâest pas pour rien que New York est surnommĂ© La Mecque du hip-hop.
TONOUVRAGEEXPLORECHRONOLOGIQUEMENT LâHISTOIRE DU RAPNEW-YORKAIS EN 100 ALBUMS. COMMENT LE RAPNEW-YORKAIS A-T-IL ĂVOLUĂ AU FILDESANNĂES ? QUâEST-CE QUI LE DISTINGUE, LE RENDCARACTĂRISTIQUE ?
A New York dans les annĂ©es 70, le mouvement hip-hop et en particulier le rap a permis de passer de la culture de la violence Ă une nouvelle forme de culture, beaucoup plus positive et crĂ©ative mais qui a su conserver lâĂ©tat dâesprit de rivalitĂ© issu de la culture des gangs. Câest exactement ce quâa fait Afrika Bambaataa avec la Zulu Nation. DĂ©tourner la violence vers quelque chose de plus sain. Ceci nâa bien sĂ»r pas anĂ©anti la violence dans les quartiers pauvres du Bronx ou de Harlem, mais un mouvement a pris forme avec ses codes issus de la rue et ses propres rĂ©fĂ©rences.
De maniĂšre trĂšs schĂ©matique, si on grossit le trait, le rap new-yorkais a beaucoup Ă©voluĂ© dans le temps. Les annĂ©es 80 et 90 ont Ă©tĂ© une pĂ©riode extrĂȘmement faste pour le rap Ă New York. Câest lĂ quâil sâest construit puis affirmĂ© en tant quâart et industrie mais aussi en tant que vecteur dâun discours politique basĂ© sur les valeurs pro-noires.
A partir de la fin des annĂ©es 90, le rap parvient Ă sa maturitĂ© commerciale ce qui entraĂźne aussi beaucoup de dĂ©rives musicales. LâĂ©poque est Ă la rĂ©ussite, favorise le matĂ©rialisme Ă lâĂ©cran, ce qui pousse la vague indĂ© Ă se dĂ©velopper. Les annĂ©es 2000, malgrĂ© les succĂšs de Jay-Z et du G-Unit, le rap new-yorkais doit faire fasse aux influences venues du Sud des Etats-Unis et qui, malgrĂ© quelques rĂ©sistances, a littĂ©ralement gagnĂ© la ville et presque lissĂ© le son aujourdâhui.
La scĂšne new-yorkaise est aussi importante de part son style. Dans les annĂ©es 90, le rap new-yorkais est arrivĂ© avec quelque chose de mĂ»r, notamment grĂące Ă la culture du sample et grĂące ou Ă cause des moyens techniques mis Ă disposition (sampleurs, boĂźtes Ă rythmes, etc.). Câest aussi la grande Ă©poque des studios dâenregistrement. Le son venu de New York possĂšde alors une couleur, une texture volontairement poisseuse que lâon recherche absolument et qui est lâexact opposĂ© du son gangsta venu de la cĂŽte Ouest.
Il y a aussi toute une Ă©cole de la rime et du flow symbolisĂ©e par des rappeurs du cru comme Rakim, Kool G Rap, Big Daddy Kane, KRS One, O.C., Nas, Biggie, Jay-Z, Big L, Big Pun. Le rap new yorkais possĂšde son propre panthĂ©on de lyricistes lĂ©gendaires. Et puis, il y a cette diversitĂ© absolument gĂ©niale. Si on creuse bien il nây a pas un rap new-yorkais mais une multitude de styles : Public Enemy nâest pas le X-Clan, Mobb Deep nâest pas le D.I.T.C., le Boogie Down nâest pas le Juice Crew. MĂȘme encore aujourdâhui, il y a ceux qui ne cachent pas leur influences sudistes (A$AP Rocky, The Underarchievers) et ceux qui restent fidĂšles Ă un son plus traditionnel (Roc Marciano, Joey Badass). Actuellement, lâidentitĂ© rap new-yorkaise est totalement Ă©clatĂ©e, presque noyĂ©e dans le lissage quâa imposĂ© le son du Sud devenu une norme.
QUANDESTPOURTOI « LâĂGE DâOR » DU RAPNEW-YORKAIS ?
Question difficile ! Il y a eu beaucoup dâinterprĂ©tations de ce fameux Golden Age. Certains, comme le journaliste Paul Edwards, le situent entre 1986 et 1994, voire 1996. Dâautres le font commencer Ă partir de 1992 et le font terminer en 1998. Pour ma part, un Ăąge dâor correspond Ă une pĂ©riode donnĂ©e oĂč tous les marqueurs sont arrivĂ©s Ă leur plus haut niveau de maturitĂ© et finissent par converger, câest-Ă -dire entre 1993 et 1996 voire 1997. Entre ces dates, le rap new-yorkais a vĂ©cu une rĂ©volution musicale et commerciale avec lâarrivĂ©e du Wu-Tang Clan qui a reconfigurĂ© lâapproche du rap et de son business et câest une pĂ©riode qui voit arriver aussi les tĂȘtes de gondole comme Biggie, Jay-Z, Nas. Tout le monde doit donc se mettre Ă niveau dâun point de vue artistique. Câest la grande Ă©poque des studios avec le travail de grands ingĂ©nieurs du son. Lâindustrie se met aussi en place, les clips tournent en boucle Ă la tĂ©lĂ©vision, les publicitaires sâemparent de lâimage des rappeurs pour vendre, on commercialise des produits dĂ©rivĂ©s, etc. A cette Ă©poque, le rap new-yorkais possĂšde un style trĂšs identifiable, Ă tel point que lâon parlera de rap East Coast par opposition Ă la West Coast. Certains groupes, mĂȘme Ă lâOuest, se rĂ©clament de cette influence comme Souls Of Mischief, The Nonce, Freestyle Fellowship, The PharcydeâŠ
AUJOURDâHUI, DANSLESANNĂES 2010, AS-TU LâIMPRESSION QUE LE RAPNEW-YORKAIS A TOUJOURSUNEPLACEAUSSICENTRALE QUâAUX DĂBUTS DU RAP ?
Aujourdâhui, avec lâĂ©clatement des scĂšnes aux Etats-Unis, notamment Ă cause de lâinfluence sudiste qui est dominante depuis presque quinze ans, le dĂ©veloppement de la musique sur internet qui a dĂ©localisĂ© le rap de son terrain originel, le rap new-yorkais peine Ă trouver sa place. Il a clairement Ă©tĂ© dĂ©classĂ© par rapport aux annĂ©es 80-90. Câest en partie dĂ» au fait quâil a pendant longtemps reposĂ© sur ses acquis. Les vĂ©tĂ©rans des annĂ©es 90 ont voulu conserver cette aura en surfant sur le succĂšs de leurs classiques, mais les nouvelles gĂ©nĂ©rations vont trĂšs vite et sâadaptent rapidement. Pour survivre, le rap new-yorkais peut se rĂ©inventer tout en restant fidĂšle Ă sa tradition. Câest le cas des Action Bronson, Joey Badass, Roc Marciano, WestSide Gunn⊠ou en multipliant les projets collaboratifs qui associent un artiste new-yorkais Ă un artiste dâune autre scĂšne, comme El-P et Killer Mike dans le cadre de leur duo Run The Jewels. Mais le rap new-yorkais reste pour tout amateur de rap qui se respecte comme une rĂ©fĂ©rence, un phare dans la nuit. Il est au rap ce que la Bourgogne est au vin.
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