Musiques savantes Tome III
De John Zorn à la fin du monde, et aprÚs⊠1990-2015
Le troisiĂšme et dernier tome dâune oeuvre essentielle pour dĂ©crypter les tendances les plus reprĂ©sentatives de la musique de notre temps.
Aux portes de lâan 2000, la mondialisation balaye les certitudes esthĂ©tiques en mĂȘme temps que les derniĂšres utopies du XX^e^ siĂšcle. Câest la mort des avant-gardes, au profit de parcours artistiques individuels et Ă©clectiques. Au cours des vingt-cinq derniĂšres annĂ©es, sept tendances majeures se dĂ©gagent dans la composition musicale : le mĂ©tissage planĂ©taire et lâinfluence des rĂ©seaux ; lâhĂ©ritage de la musique spectrale ; la pĂ©rennitĂ© de lâĂ©criture et des codages complexes ; la persistance du minimalisme ; la technologie au service de la culture du son ; la transversalitĂ© entre savant et populaire, formes, styles et langages artistiques ; lâimmuable vague nostalgique aux visages multiples, souvent qualifiĂ©s de « nĂ©o ». Comme dans les deux tomes prĂ©cĂ©dents, Guillaume Kosmicki guide le lecteur dans la dĂ©couverte dâun rĂ©pertoire Ă la richesse considĂ©rable et sâattache Ă croiser histoire et esthĂ©tique afin de dĂ©crypter les musiques de cette pĂ©riode encore en cours dâĂ©criture, au travers dâun panel multigĂ©nĂ©rationnel de compositeurs : de Zorn Ă Saariaho, de Lachenmann Ă Björk, dâAperghis Ă Benjamin, en passant par Aphex Twin, MĂąche, Escaich, Eötvös, Toeplitz, Manoury, Xu Yi et tant dâautresâŠ
Revue de presse
- Découvrir la musique contemporaine Thierry Vagne Musique classique & Co 1 décembre 2017
- Interview Guillaume Kosmicki - Musica 2017 Arnaud Merlin France Musique // Le Concert du soir 25 octobre 2017
- Entretien - 121 minutes jusqu'à la fin du monde Raphaëlle Tchamitchian Hors-Série 30 septembre 2017
- Musiques savantes Tome III Keyboards Recording 1 septembre 2017
- Interview de Guillaume Kosmicki - Au-delĂ du son avec Eliane Radigue Matthieu Conquet France Culture // Continent Musiques 30 septembre 2017
- Musiques savantes Tome III Laurent Bergnach Anaclase 20 septembre 2017
- Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la musique moderne Jean Huber Musique contemporaine 28 août 2017
- TroisiÚme tome de Musiques savantes par Guillaume Kosmicki MichÚle Tosi ResMusica 12 août 2017
- 5 bouquins pour l'été Olivier Pernot Trax juillet-août 2017
- Guillaume Kosmicki à Musicalame Sébastien Broquet Le Petit Bulletin 13 juin 2017
Terminus, veuillez descendre dans le calme, voici la fin du mondeâŠ. Et il reste encore pas mal de chemin Ă parcourir ! Si le sous-titre du troisiĂšme et dernier volume de Musiques savantes, la somme du musicologue Guillaume Kosmicki, est De John Zorn Ă la Fin du Monde et aprĂšs⊠, il nây a lĂ ni pessimisme, ni rĂ©signation : le prĂ©cĂ©dent volume sâarrĂȘtait Ă la chute du Mur. Celui dâavant Ă lâaube de lâĂšre atomique, alors que pourrait-il se passer dâautre quâun renouveau ? Câest ce qui traverse ce livre, de Charlemagne Palestine Ă Heiner Goebels ; les trajectoires se croisent et annoncent de nouvelles approches, de nouvelles techniques (lâinformatique prend une importance dĂ©cisive) et in fine de nouvelles grammaires. Tout est dĂ©crit avec prĂ©cision et didactisme, comme on nous attraperait la main dans un paysage de plus en plus complexe, les Trois SĆurs de PĂ©ter EĂłtvĂłs font cohabiter rĂ©fĂ©rences monteverdiennes et dispositifs sonores de hauts-parleurs, et Georges Aperghis annonce Un avis de tempĂȘte oĂč lâĂ©lectronique joue le rĂŽle des bourrasques.
Et le jazz dans tout ça ?
Il est prĂ©sent depuis le premier volume, il prenait son essor dans le second, et le voici en force, avec John Zorn ou *Anthony Braxton*âŠ
Mais comme les autres rĂ©fĂ©rences abordĂ©es, il se mutine, se questionne sur sa propre identitĂ©, sâinstalle en incontournable (nombreux sont les compositeurs qui ont approchĂ© le jazz ou lâaiment, comme Samuel Sighicelli ou Pascal Dusapin). Il en va de mĂȘme pour le rock, ou lâĂ©lectronique que Björk et Aphex Twin incarnent presque naturellement. Des rĂ©fĂ©rences que nombre de musiciens de Jazz partagent Ă©galement et qui influencent durablement ceux qui cherchent, se questionnent et se remettent en cause. La pĂ©riode le commande : dĂ©sinvestissement des mĂ©cĂšnes institutionnels, Ă©clatement des formes Ă lâinstar dâun Emmanuel Nunes qui interroge lâĂ©lectronique dĂ©s le dĂ©but des annĂ©es 70 et se passionne pour lâimprovisation, et globalisation qui fait apparaĂźtre dans le livre dâautres pĂŽles que la musique Ă©crites occidentales, vers lâOrient notamment.
Il nâest pas toujours aisĂ© de tirer des bilans historiques dâune pĂ©riode en cours, câest pour cela que la fin du recueil se transforme en une interview polyphonique dâacteurs contemporains, Ă commencer par JoĂ«lle LĂ©andre. La richesse de Kosmicki est dâavoir su justement tracer des lignes directrices et des transversales communes Ă certaines lames de fond qui irriguent la musique crĂ©ative de cet entre-deux-siĂšcles et dont les noms et les sigles ne sont plus totalement Ă©trangers aux amateurs de jazz et de musiques improvisĂ©es. Techniques Ă©tendues, IRCAM ou encore compositions instantanĂ©es ou alĂ©atoires.
En dĂ©butant son livre par le dĂ©roulement trĂšs pertinent dâune frise temporelle dâĂ©vĂ©nements marquants, politiques et sociĂ©taux qui induisent la pĂ©riode actuelle, Guillaume Kosmicki met fin Ă une trilogie indispensable. Elle mĂȘle explications pĂ©dagogiques et documentation pointue qui Ă©clairera une pĂ©riode oĂč la musique savante semble disparaitre au profit du clinquant et du mĂ©diocre, comme le spectre audio dĂ©clinant sur la couverture pourrait le laisser songer. Il nâen est rien. Il suffit juste dâallumer la lumiĂšre.
Ce troisiĂšme tome est un fameux interrupteur.
Pour accĂ©der Ă lâarticle cliquez ici
Cet ouvrage â le 3^e^ dâune sĂ©rie â est en trois parties :
Une longue introduction â aussi dense quâalerte â qui met en regard les Ă©volutions culturelles, sociologiques, politiques et scientifiques avec celles des musiques savantes.
Un bel effort de synthĂšse au travers de sept tendances : le mĂ©tissage planĂ©taire et lâinfluence des rĂ©seaux ; lâhĂ©ritage de la musique spectrale ; la pĂ©rennitĂ© de lâĂ©criture et des codages complexes ; la persistance du minimalisme ; la technologie au service de la culture du son ; la transversalitĂ© entre savant et populaire, formes, styles et langages artistiques ; lâimmuable vague nostalgique aux visages multiples, souvent qualifiĂ©s de « nĂ©o ».
43 fiches monographiques de compositeurs diffĂ©rents, par ordre chronologique de composition de lâĆuvre choisie, avec dans chacune un rĂ©sumĂ© biographique, la prĂ©sentation dâune Ćuvre Ă©ditĂ©e en CD et une proposition dâĂ©coutes complĂ©mentaires, trĂšs pertinentes
(ainsi en regard de Manoury propose-t-il Stockhausen, Boulez et Harvey et pour Hersant : Fauré, Greif, Florentz, Bacri, Dutilleux ou Matchuel).
Enfin un dialogue entre sept personnalitĂ©s, de BenoĂźt Duteurtre Ă JoĂ«lle LĂ©andreâŠ
La sĂ©lection des compositeurs a le mĂ©rite de ne pas ĂȘtre franco-française et de faire appel Ă des musiques diverses (BjörkâŠ). On peut ĂȘtre surpris de la prĂ©sence de certains et surtout de lâabsence de nombreux autres dâesthĂ©tiques pourtant affirmĂ©es (Campo, HurelâŠ), mais câest le lot de toute sĂ©lection contrainte en volume.
Rappelons lâouvrage fondamental de Jean-NoĂ«l von der Weid, La musique du XXe siĂšcle, qui sâarrĂȘte donc en 2000.
(Thierry Vagne a listĂ©, par ordre alphabĂ©tique, les 43 composit.eurs.rices retenu.s.es par lâauteur et a Ă©toffĂ© cette liste de liens audio et vidĂ©o.)
Lire la chronique sur le blog de Thierry Vagne
Musica 2017 : le quatuor Danel interprÚte le Quatuor n°16 en fa Maj. de Beethoven. Henri Demarquette interprÚte la Sonate pour violoncelle seul de Ligeti. Ensemble, ils interprÚtent le Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles de Bruno Mantovani.
AprĂšs-concert : Interview de Guillaume Kosmicki pour la sortie du troisiĂšme tome de ses Musiques savantes.
Ăcouter lâĂ©mission sur le site de France Musique
La journaliste Raphaëlle Tchamitchian reçoit Guillaume Kosmicki pour un entretien vidéo consacré aux trois tomes des Musiques savantes.
Ăa fait des annĂ©es que, dans mes articles pour la presse musicale, jâĂ©cris que les styles sont dorĂ©navant obsolĂštes, que les frontiĂšres entre les genres nâont plus lieu dâĂȘtre et que les musiciens se nourrissent de toutes les influences qui sont Ă leur portĂ©e indiffĂ©remment de leur provenance. Autour de moi, câest un fait acquis pour tout le monde. Pourtant, on ne cesse de (se) le rĂ©pĂ©ter, et ce depuis au moins 10 ans, ce qui prouve que ça ne doit pas ĂȘtre si Ă©vident que ça. En effet, lâinstitution semble Ă la traĂźne â beaucoup de musiciens doivent se battre pour exister parce quâils ne cochent pas les bonnes cases, ou parce quâils en cochent trop Ă la fois â et, parfois, ce sont les artistes eux-mĂȘmes qui sâenferment dans des chapelles (le jazz en est un exemple particuliĂšrement friand).
En proposant un Ă©largissement de la dĂ©finition des âmusiques savantesâ, le musicologue Guillaume Kosmicki ajoute sa pierre Ă lâĂ©difice. Comme il lâexplique longuement dans lâentretien, de la dĂ©finition originale il ne retient quâune partie, afin de pouvoir intĂ©grer dans le tiroir des musiques dâart, Ă cotĂ© de Debussy, Steve Reich et John Cage, des artistes aussi divers que Pink Floyd, John Coltrane, Björk ou John Zorn. Certains ont pu le lui reprocher, ici nous le saluons. Et si la musique Ă©crite domine son ouvrage, nous avons volontairement choisi dâĂ©voquer aussi quelques artistes dits de âmusique populaireâ issus de sa sĂ©lection, pour contribuer encore un peu plus Ă faire tomber ces maudites barriĂšres. Notre (longue) discussion dessine ainsi une vue dâensemble de la musique occidentale du XXe siĂšcle, forcĂ©ment incomplĂšte, mais, je lâespĂšre, stimulante.
*Rendez-vous sur Hors-SĂ©rie pour voir lâentretien avec G. Kosmicki
AprĂšs avoir abordĂ© les pĂ©riodes 1882-1962, puis 1963-1989, voici le troisiĂšme tome de la saga, soit 1990 Ă 2015, Ă©crit par le journaliste Guillaume Kosmicki autour des musiques inclassables, celles de lâexpĂ©rimentation et de lâintellect, et titrĂ© pour plus de facilitĂ© Musiques savantes. Musicologue, Guillaume ne peut sâen cacher, et câest avec passion et anecdotes quâen 50 pages lâauteur dĂ©marre par un panorama complet des bouleversements sociologiques et technologiques apparus depuis 25 ans. Le reste de lâouvrage va se consacrer Ă la mise en avant dâun artiste, dâun album et plus globalement dâun parcours. Le grand Ă©cart improbable devient alors Ă©vident, faisant se cĂŽtoyer Steve Reich, Aphex Twin, John Zorn, Bjork ou encore Georges Aperghis, Pascal Dusapin ⊠Index, bibliographie, lexique complĂštent cet ouvrage dĂ©sormais rĂ©fĂ©rence.
Rencontre inĂ©dite avec la compositrice Eliane Radigue: portrait dâune indĂ©pendante, Ă la dĂ©marche inclassable et radicale, Ă lâinstar des musiques savantes inventoriĂ©es par le musicologue Guillaume Kosmicki.
Musicologue et confĂ©rencier, spĂ©cialiste des musiques Ă©lectroniques (auteur de Musiques Ă©lectroniques: des avants gardes aux dancefloors, aux Ă©ditions Le mot et le reste Guillaume Kosmicki a consacrĂ© ses recherches Ă la notion de musiques savantes au travers trois tomes dont le dernier sâintitule Musiques savantes, de John Zorn Ă la fin du monde et aprĂšs (1990-2015) aux Ă©ditions Le mot et le reste. Entretien avec un spĂ©cialiste pour qui âIl nây a pas de musiques inutilesâ.
En seconde partie, plongĂ©e dans lâĆuvre dâEliane Radigue, rencontrĂ©e chez elle Ă Paris, Ă lâoccasion de son dernier album Occam ocean 1 (paru sur le label Shiiin).
PionniĂšre de la musique Ă©lectro-acoustique, elle a fait ses premiers pas avec Pierre Schaeffer au Studio dâEssai et Ă©voluĂ© aux cĂŽtĂ©s de Pierre Henry. Elle sâest ensuite dĂ©marquĂ©e pour crĂ©er sa propre musique, aux variations infimes et minimalistes, avec son propre matĂ©riel, le synthĂ©tiseur ARP 2500, son instrument de prĂ©dilection avec lequel elle a pu tout expĂ©rimenter, tout au long dâune carriĂšre qui dĂ©buta dans les annĂ©es 1960, jalonnĂ©e de rencontres, depuis les Nouveaux RĂ©alistes jusquâĂ Xavier Veilhan, Ă la Biennale de Venise 2017.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de France Culture
En Ă©voquant le mur de Berlin et la fin de la guerre froide dans le titre des prĂ©cĂ©dents ouvrages de sa trilogie [lire nos critiques du volume 1 et du volume 2, Guillaume Kosmicki affichait clairement quâil analyserait la musique du XX^e^ siĂšcle Ă lâaune dâĂ©vĂ©nements gĂ©opolitiques essentiels. Comment expliquer autrement la fuite vers lâOuest de musiciens hostiles au bolchĂ©visme, au nazisme, au communisme ? Comment justifier sinon lâenvie de dĂ©fricher de jeunes crĂ©ateurs que la Seconde Guerre mondiale a rapprochĂ©s dâautant plus quâon aurait voulu quâils se dĂ©testent ?
Pour la pĂ©riode 1990-2015, le musicologue annonce dâemblĂ©e « des cendres, des illusions, des espoirs ». Les Ătats-Unis raflant la mise aprĂšs lâeffondrement de lâURSS, un monde sans transcendance voit le jour, oĂč triomphe lâindividualisme. Pourtant, la rĂ©sistance sâorganise sur tous les continents, favorisĂ©e par lâessor dâinternet et des rĂ©seaux sociaux (Nation arc-en-ciel, Printemps arabe, altermondialisme, etc.). Culturellement, le mĂ©cĂ©nat privĂ© pallie la dĂ©mission des gouvernements, alors mĂȘme que des pays autrefois fermĂ©s, comme la Chine, se passionnent pour lâart occidental.
En Europe, le sĂ©rialisme agonise, avec la tradition des manifestes et chefs de file. La musique cherche sa voie dans lâhĂ©ritage moderne (AdĂšs, Dusapin, Eötvös, Mantovani, Pintscher, Rihm), spectral (Benjamin, Fedele, Jarrell, Saariaho) ou romantique, dans le pire des cas (Escaich, Hersant) ; elle prolonge le minimalisme (Mulhy, Reich, Aphex Twin), fouille les extrĂȘmes (Cendo, Furrer, Lachenmann, Sciarrino) et explore une transversalitĂ© savant/populaire (Neuwirth, Romitelli) â quand ils renoncent Ă lâabrutissement des masses, le jazz (Braxton, Zorn) et la pop (Björk) peuvent ĂȘtre un pont en sens inverse.
Ainsi que dans les deux premiers volumes, Guillaume Kosmicki prĂ©sente une Ćuvre gravĂ©e â Ă lâexception de celle de Poppe, disponible grĂące Ă un concert filmĂ© â et rĂ©sume de façon toujours remarquable la carriĂšre et lâesthĂ©tique de son auteur. Sensible aux musiques Ă©lectroniques auxquelles il a consacrĂ© un livre en 2009 [lire notre critique de lâouvrage], il choisit des piĂšces mixtes signĂ©es Aperghis, Goebbels, MĂąche, Manoury, Matalon, Moultaka, Sighicelli, Toeplitz, Xu et ZanĂ©si. Aux noms mentionnĂ©s plus haut sâajoutent ceux dâHaddad, Hosokawa, Huber, Kyburz, Nunes, Palestine, Posadas et Stroppa.
En dix pages, lâauteur conclut son travail par une rĂ©flexion sur lâavenir, complĂ©tĂ©e par des entretiens rĂ©alisĂ©s entre 2012 et 2014, comme garde-fou pour ne pas sâĂ©garer en chemin. Responsables dâinstitutions (Madlener, Marcel-Berlioz, ZanĂ©si), organisateurs (Duteurtre, Köhler) et musiciens (Harrington, LĂ©andre, Morlet) livrent leurs pensĂ©es concernant le besoin de nouveautĂ© et celui dâune diffusion le plus efficace possible, entre crainte et optimisme. « Il y aura toujours des gens qui se questionnent, dit la cĂ©lĂšbre contrebassiste, qui rĂ©veillent, qui provoquent, qui rĂ©vĂšlent dâautres maniĂšres de voir, dâentendre⊠». Envers et contre tout, oui.
Retrouvez la chronique sur le site Anaclase
Un triple livre sur la musique moderne et contemporaine, câest une aubaine tellement rare que lâon est tentĂ© de fermer les yeux et de recommander lâinitiative (de surcroĂźt avec un petit Ă©diteur aventureux).
Le premier volume paru il y a dĂ©jĂ presque 5 ans paraissait attractif mais comme il concernait essentiellement la pĂ©riode dâavant celle couverte par le prĂ©sent site web, jâai prĂ©fĂ©rĂ© attendre de connaĂźtre le projet complet et je remercie son auteur Guillaume Kosmicki de lâavoir compris et dâavoir Ă©tĂ© patient.
Voici les titres des 3 volumes dans lâordre anti-chronologique :
Musiques savantes Tome III, de John Zorn Ă la fin du monde, et aprĂšs⊠1990-2015 (parution : 15/06/2017, 336 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome II, de Ligeti Ă la fin de Guerre Froide 1963-1989 (parution : 20/11/2014, 400 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome I, de Debussy au mur de Berlin 1882-1962 (parution : 18/10/2012, 432 pages, 23 âŹ)
Disons-le dâemblĂ©e, notamment pour les gens pressĂ©s qui ne liront pas la suite, lâachat des 3 volumes (ou seulement du 3Ăšme volume qui vient de sortir, si vous possĂ©dez les 2 premiers) peut ĂȘtre engagĂ© les yeux fermĂ©s, et en tout cas, cet achat pour soi ou en cadeau (pour faire dĂ©couvrir cette musique de notre temps, notre musique, la musique de nos crĂ©ateurs) est ici vivement recommandĂ©.
AprÚs une courte interview de son auteur (réalisée fin Juin), les fondements de ce soutien objectif seront détaillés et argumentés (en relief et en creux), mais, auparavant, voici 4 séries de raisons express pour emporter votre décision :
â lâauteur a un sens remarquable de la bonne vulgarisation didactique (rendre accessible un sujet difficile au plus grand nombre, tout en restant exact et solide)
- la sĂ©lection de compositeurs et de piĂšces emblĂ©matiques est certes engagĂ©e-assumĂ©e et personnelle, mais Ă large spectre, consensuelle, rĂ©aliste, et sans biais-partialitĂ© majeurs (dâailleurs, pour Ă©largir le champs des possibles, Ă la fin de chaque compositeur-piĂšce choisi, sont listĂ©es dâautres pistes dâĂ©coute possible, dâautres approches transverses, souvent attractives)
la sĂ©lection est astucieusement complĂ©tĂ©e par des chapitres de respiration consacrĂ©s aux mouvements socio-politiques, culturels ou esthĂ©tiques des arts de la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, ou Ă la grande et petite Histoire (des dimensions qui influencent fortement lâinspiration des compositeurs et des artistes en gĂ©nĂ©ral) - lâauteur ne fait clairement pas partie du microcosme parisianiste car son style est vivant et direct (pas ampoulĂ©, pas allusif au second degrĂ©, pas hermĂ©tique-savant), sans dĂ©tour, sans aplomb vertical-doctoral, sans pĂ©dantisme et sans jargon, maniant agrĂ©ablement lâanecdote pimpante, le dĂ©tail colorĂ© et les faits rĂ©alistes, ou les explications claires (il y a quand mĂȘme un glossaire en fin de volume)
Voici, maintenant, les réponses à 3 questions posées à Guillaume Kosmicki (le 28 Juin 2017) :
MCI : «Comment ĂȘtes-vous venu Ă la musique ?»
G.K. : «Je nâai pas un parcours classique, car je ne suis pas issu dâune famille de musiciens (mes parents nous ont offert lâopportunitĂ© de nous intĂ©resser Ă de nombreuses activitĂ©s, sport, peinture, musique etc. Pour ma part, jâai commencĂ© avec passion lâĂ©tude du violon Ă 6 ans et plus tard la guitare en autodidacte) ; ensuite câest un Bac option C, et trĂšs tĂŽt un objectif musicologie (ethnomusicologie, anthropologie, sociologie de la musique, sĂ©miologie, hermĂ©neutique musicale) Ă lâUniversitĂ© dâAix-en-Provence (mĂȘme si aujourdâhui je suis un Breton dâadoption, solidement ancrĂ© dans le Morbihan) ; enfin, mes recherches universitaires ont portĂ© sur la techno, lâĂ©lectro, les Free Parties et les Raves ; au final, ma carriĂšre professionnelle correspond Ă mes choix de jeunesse, car je donne essentiellement des confĂ©rences en freelance dans les conservatoires, les universitĂ©s (Aix-en-Provence, Metz, Paris VIII), les mĂ©diathĂšques, pour des associations dâamateurs dâarts, des festivals, des salles de concert etc. et puis je continue ma pratique musicale en amateur (dans un orchestre de chambre, Ă Vannes et pour la musique de scĂšne dans une troupe de théùtre Ă Pontivy), et bien sĂ»r jâai aussi un site Internet personnel, ICI»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous venu Ă Ă©crire ce triple volume dĂ©diĂ© Ă la musique moderne-contemporaine ?»
G.K. : «certainement, par passion, par expĂ©rience transversale et par raison professionnelle ; ma premiĂšre chance est dâavoir Ă©tĂ© contactĂ© par le mĂȘme Ă©diteur pour Ă©crire un premier livre sur les musiques Ă©lectroniques (intitulĂ© Musiques Ă©lectroniques : Des avant-gardes aux dance floors, 2009) ; il mâa ensuite interrogĂ© sur lâopportunitĂ© dâun autre livre dĂ©veloppant le sujet des musiques savantes du XXe siĂšcle, dĂ©jĂ abordĂ© dans le prĂ©cĂ©dent ouvrage⊠et câĂ©tait parti ; ensuite, par passion, la musique câest ma vie, professionnelle et personnelle (mes confĂ©rences mâaident beaucoup Ă affiner ma communication auprĂšs de publics trĂšs variĂ©s et me servent Ă dĂ©finir la bonne formulation en terme de vulgarisation didactique dans mes Ă©crits) ; et enfin, Ă©crire un livre est pour moi apporter modestement ma contribution Ă lâĂ©difice de la connaissance, un regard, un point de vue, un angle diffĂ©rent ; il ne sâagit pas de remĂącher banalement ce qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dit ; il faut pour cela convaincre son Ă©diteur, les mĂ©dias mais surtout ses lecteurs (en mĂȘme temps, mes livres servent de complĂ©ments durables aux participants Ă mes confĂ©rences)»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous arrivĂ© Ă ces choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (en nombre limitĂ© sur les 3 volumes) ?»
G.K. : «tout dâabord je voudrais dire quâau dĂ©part il ne devait y avoir quâun seul livre (un seul volume) et puis comme ma sĂ©lection sâenrichissait de plus en plus, jâai Ă©crit, jâai Ă©crit tant et plus, et il y a eu 2 livres au programme, puis 3 ! (et je veux saluer ici la souplesse infinie de mon Ă©diteur face Ă ma prolixitĂ©) ; et au sein de ce projet, mon objectif Ă©tait de parler sans les survoler des musiques des 25 derniĂšres annĂ©es (aprĂšs 1990), encore trĂšs peu abordĂ©es (le volume 3) ; ensuite, jâai travaillĂ© sur une base limitĂ© de compositeurs incontournables par leur personnalitĂ©, par leurs choix visionnaires (trĂšs peu de compositeurs sont citĂ©s plus dâune fois⊠VarĂšse, bien sĂ»r, Webern, Ligeti, Boulez, Chostakovitch), avant dâĂ©largir avec Ă©clectisme et sans a priori (et en rapport avec les repĂšres historiques) ; enfin, je me suis fixĂ© des rĂšgles dans mes choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce, Ă savoir la volontĂ© de ne pas ĂȘtre uniquement Franco-Français, ni trop Allemand, Italien ou AmĂ©ricain), et aussi la nĂ©cessitĂ© dâun Ă©quilibre au niveau des genres choisis (depuis lâopĂ©ra jusquâaux oeuvres pour instrument soliste en passant par lâĂ©lectroacoustique et la musique mixte), afin de disposer dâun panel large, et enfin du prĂ©-requis que tous les choix soient disponibles Ă lâĂ©coute en CD (il nây a quâune exception, et elle est dans la tendance actuelle, le choix de la piĂšce dâEnno Poppe est seulement disponible Ă lâĂ©coute sur Internet)»
Voici, maintenant, une analyse critique (en relief et en creux) des 3 volumes, aprÚs lecture attentive, renouvelée :
Tout dâabord, sur les choix fondamentaux.
Commençons par une incongruitĂ©-incohĂ©rence majeure entre le titre mĂȘme des livres et le contenu dĂ©taillĂ© des choix : les 3 volumes sont titrĂ©s «Musiques savantes» et lâon sâattend Ă des choix et des analyses exclusivement sur la musique dite classique pendant la pĂ©riode des 20Ăšme et 21Ăšme siĂšcles ; or, mĂȘme si les Ă©carts sont Ă la marge (autour de 10%), il nâen est rien car inclure des compositeurs comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis, Cathy Berberian, The Beatles (mais pas The Rolling Stones !), Archie Shepp, Pink Floyd, Björk fait tiquer le lecteur car ils appartiennent Ă la Pop ou au Jazz ou Ă lâImpro, donc Ă des musiques populaires, non savantes (sans dĂ©nigrement), mĂȘme si ces compositeurs, plus souvent mĂ©lodistes et arrangeurs accomplis, sont tout Ă fait respectables et quâils ont mĂȘme innovĂ© Ă leur maniĂšre (je pense ici Ă Thelonious Monk pour les rythmes asynchrones, Ă Miles Davis pour les libertĂ©s de timbres et de rythmes et pour les contructions-coordinations vertigineuses dans lâimprovisation) [note : lâauteur mâa alors demandĂ© comment je dĂ©finierais les musiques non savantes⊠et jâai rĂ©pondu que historiquement au moins les musiques non savantes, quelles quâelles soient, sâĂ©teignaient avec leur temps, ou peu aprĂšs] ; Ă©galement, malgrĂ© la fiĂšvre quâils ont apportĂ© aux hits-parade en leur temps, les choix de Gordon Mumma, Morton Subotnick, Meredith Monk, John Zorn, Charlemagne Palestine, Nico Muhly, Kasper Toeplitz paraissent excessifs, eu Ă©gard Ă leur notoriĂ©tĂ© en Europe et Ă leur musique que je jugerai ~~mais câest personnel~~ assez peu composĂ©e et bien moins savante et inspirĂ©e que des compositeurs qui semblent avoir Ă©tĂ© injustement oubliĂ©s (cf. plus loin).
Ensuite, sur la construction de chaque volume, il faut noter un choix fondĂ© de commencer, pour expliquer la destinĂ©e de la musique moderne, en remontant assez loin dans le temps, en substance Wagner (chromatisme), Franck (improvisations) et le dernier Liszt (atonalitĂ©), il faut noter une variĂ©tĂ© de bonne aloi dans la construction de chaque volume (dans le volume 1, câest surtout lâintroduction historico-esthĂ©tique qui est longue, suivie de courtes respirations qui sont priviliĂ©giĂ©es entre les sĂ©lections, dans le volume 2, Ă lâimage de cette pĂ©riode assez indĂ©cise sur le plan historique et musical, câest plutĂŽt 2 intros assez longues avant les sĂ©lections et des explications sur les expĂ©rimentations musicales prolifĂ©rantes, dans le volume 3, Ă lâimage dâun monde plus stable et plus trivial, il y a une longue introduction (due Ă la diversitĂ© des esthĂ©tiques musicales), avant un important post-sriptum et des interviews de personnalitĂ©s musicales qui apportent une vision extĂ©rieure, voire transversale, une autre perspective Ă lâensemble) ; le volume 1, câest une extraordinaire profusion stylistique (compensĂ©e par le retour au passĂ© avec le nĂ©oclassicisme) ; le volume 2, câest les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales, parallĂšlement au progressisme issu de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente ; le volume 3, câest le parcours individuel avec synthĂ©tisme multiples (mĂ©tissage planĂ©taire, influence des rĂ©seaux, post-spectraux, gĂ©nĂ©ralisation de lâinformatique au service de la culture du son, persistance du minimalisme, transversalitĂ© entre formes artistiques et vague nostalgique souvent prĂ©fixĂ©e de «nĂ©o»).
Enfin, sur les sĂ©lections principales compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (au total, 168, chacune avec 3 Ă 6 pages dâanalyse, sans compter les pistes supplĂ©mentaires ; commençons par souligner la diversitĂ© esthĂ©tique (rien de majeur oubliĂ©) et de nationalitĂ© (bien sĂ»r il y a un biais inĂ©vitable en faveur des compositeurs Français ~~sur le prĂ©sent site web MCI, aussi !~~ car en concert sur le vif ou Ă la radio, on Ă©coute en France en prioritĂ© des compositeurs Français vivants, et la distribution des disques en France suit la mĂȘme dĂ©marche) ; dans le dĂ©tail, dans le 1er volume, peu de commentaires (le temps a dĂ©jĂ marquĂ© sa trace) sauf pour sâĂ©tonner, comme point de couture entre les siĂšcles, de la prĂ©sence de FaurĂ© (regard vers le passĂ© ?) et de Puccini (Ă©galement passĂ©iste, mais selon lâauteur, il sâagit ici de saluer les livrets anticipateurs du cinĂ©ma et la musique prĂ©monitrice des B.O.F.), puis dans les 2Ăšme et 3Ăšmes volumes, de la prĂ©sence de la rock-star Frank Zappa (certes adoubĂ© par Boulez) et du jazzman Anthony Braxton, qui ont tous deux Ă©margĂ© Ă la musique contemporaine, mais qui objectivement sont des compositeurs (en terme de technique compositionnelle) de deuxiĂšme choix (voire un brin amateurs) ; et Ă lâinverse de lâabsence de Luigi Russolo et des premiers micro-tonaux (ou, plus tard, de Ivan Wyschnegradsky), puis pour la pĂ©riode de la guerre, de lâoubli des compositeurs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (selon les Nazis) et qui ont pĂ©ri avec la Shoah (par exemple, Ullmann) ; dâailleurs de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et câest une tendance gĂ©nĂ©rale aujourdâhui, on peut parler, pour les compositeurs correspondant aux annĂ©es 1960-75, vĂ©ritablement de «gĂ©nĂ©ration oubliĂ©e» (post-sĂ©rielle, anti-sĂ©rielle, et autour), avec les oublis discutables de (par ordre alphabĂ©tique) Gilbert Amy, de Friedrich Cerha, de Nguyen-Thien Dao, de James Dillon, de Roberto Gerhard, dâAlberto Ginastera, de Karel Goeyvaerts, dâAndrĂ© Jolivet, de Xavier Montsalvatge, de Luis de Pablo, dâHenri Pousseur, dâEliane Radigue, de Horatiu Radulescu, de Valentyn Silvestrov, de Mathias Spahlinger, de Michael Tippett, de Claude Vivier, etc. (mais il fallait faire des choix et le temps leur donnera peut-ĂȘtre raison, et il oubliera certains de ceux sĂ©lectionnĂ©s Ă leur place) ; enfin, et plus important, cĂŽtĂ© injustice, il manque cruellement des compositeurs qui ont innovĂ© magistralement et dont la personnalitĂ© musicale est forte (et la musique prĂ©gnante, objectivement) : Galina Ustvolskaya (radicale), Conlon Nancarrow (rythmes superposĂ©s, qui ont tant influencĂ© Ligeti, derniĂšre maniĂšre), le regrettĂ© Christophe Bertrand (rythmes en spirale), MichaĂ«l Levinas (1er spectralisme, puis rĂ©sonance et polyrythmies complexes), Thierry PĂ©cou (sons et couleurs exotiques, avec rythmes asynchrones), Rebecca Saunders (rĂ©sonance en fuite), Hans Abrahamsen (dissonances imbriquĂ©es), Georg Friedrich Haas (microtonalitĂ© pulsĂ©e), sans oublier les 2 compĂšres saturateurs Yann Robin et Franck Bedrossian (de RaphaĂ«l Cendo, seul sĂ©lectionnĂ©, hĂ©las), et pourquoi pas les 3 professeurs Français de composition du CNSMDP, figures de prou de la modernitĂ© actuelle (FrĂ©dĂ©ric Durieux, Yan Maresz, GĂ©rard Pesson), notamment en informatique musicale.
En rĂ©sumĂ©, certainement, un must-achat de 3 livres incontournables (bravos Ă lâauteur !) par leur didactisme, par leur prosĂ©litisme Grand-Public, par lâaudience trĂšs large visĂ©e⊠les mĂ©lomanes du rĂ©pertoire, les curieux de la Musique Contemporaine (comme pour ce site web MCI !) et tous les autres qui aiment dĂ©couvrir des musiques, notamment celles des compositeurs des annĂ©es 2000, accessibles Ă tous, Ă partir, pourquoi pas, du Rock, du Jazz, de lâimpro, de la Pop, de lâĂlectro populaire (etc.)⊠et pour terminer en guise de conclusion temporaire, un souhait un peu fou, celui de voir publier dans un futur indĂ©terminĂ© (lâauteur a le temps devant lui, il nâa que 43 ans) un 4Ăšme volume (au moins !) qui Ă©clairera les nouvelles tendances, les nouveaux compositeurs Ă©mergents de demain (encore inconnus) et mĂȘme dâaujourdâhui quâil nâa pas sĂ©lectionnĂ©s (ils sont nombreux), et qui rĂ©parera les quelques oublis-injustices majeurs soulignĂ©s ici !
Addendum : Guillaume Kosmicki a aimablement acceptĂ© dâinclure, en exclusivitĂ© pour les lecteurs de cet Ă©dito, la liste des compositeurs-piĂšces sĂ©lectionnĂ©s dans ce triptyque, avec lâannĂ©e de composition (pas lâannĂ©e de crĂ©ation, comme dans MCI) ; le lecteur attentif la comparera, sur le prĂ©sent site web, Ă la SĂLECTION de piĂšces-compositeurs (pas lâinverse, comme dans les 3 livres) et au XXL-SCOPE de MCI, et constatera Ă©normĂ©ment de points communs et quelques diffĂ©rences (complĂ©mentaritĂ©s) dont il fera son mielâŠ
Franz Liszt, âLa Lugubre Gondoleâ (1882) | CĂ©sar Franck, âChoral n°3â (1890) | Gabriel FaurĂ©, âPrisonâ (1894) | Scott Joplin, âRagtimesâ (1899-1909) | Giacomo Puccini, âToscaâ (1900) | Claude Debussy, âPellĂ©as et MĂ©lisandeâ (1902) | Leos Janacek, âJenufaâ (1903) | Anton Webern, âLangsamer Satzâ (1905) | Claude Debussy, âImages, Livres 1 et 2â (1905-1907) | Richard Strauss, âSalomĂ©â (1905) | Gustav Mahler, âSymphonie n°8â (1906) | Maurice Ravel, âGaspard de la nuitâ (1908) | BĂ©la BartĂłk, âQuatuors Ă cordesâ (1909-1939) | Alexandre Scriabine, âPromĂ©thĂ©e ou Le PoĂšme du feuâ (1910) | Arnold Schoenberg, âPierrot lunaireâ (1912) | Henry Cowell, âPiano Musicâ (1912-1930) | Igor Stravinski, âLe Sacre du printempsâ (1913) | Charles Ives, âConcord Sonataâ (1915) | Erik Satie, âParadeâ (1917) | Darius Milhaud, âLe BĆuf sur le toitâ (1919) | Jean Cocteau et le Groupe des Six, âLes MariĂ©s de la Tour Eiffelâ (1921) | Paul Hindemith, âKammermusikâ (1921-1927) | Alban Berg, âWozzeckâ (1922) | Manuel De Falla, âLe Retable de MaĂźtre Pierreâ (1923) | Arthur Honegger, âMouvements symphoniques 1-3â (1923-1932) | George Antheil, âBallet mĂ©caniqueâ (1925) | Alexandre Mossolov, âZavod (Les Fonderies dâacier)â (1926) | Igor Stravinski, âOedipus Rexâ (1927) | Louis Armstrong, âWest End Bluesâ (1928) | Kurt Weill, âLâOpĂ©ra de Quatâsousâ (1928) | Maurice Ravel, âBolĂ©roâ (1928) | Heitor Villa-Lobos, âBachianas Brasileiras 1-9â (1930-1945) | Edgar VarĂšse, âIonisationâ (1931) | Arnold Schoenberg, âMoĂŻse et Aronâ (1932) | Dimitri Chostakovitch, âLady Macbeth de Mzenskâ (1932) | Edgar VarĂšse, âEcuatorialâ (1934) | Paul Hindemith, âMatis der Malerâ (1935) | George Gershwin, âPorgy and Bessâ (1935) | Alban Berg, âConcerto Ă la mĂ©moire dâun angeâ (1935) | BĂ©la BartĂłk, âMusique pour cordes, percussion et cĂ©lestaâ (1936) | Samuel Barber, âQuatuor Ă cordesâ (1936, revisĂ© 1943) | Anton Webern, âQuatuor Ă cordes op. 28â (1938) | SergueĂŻ Prokofiev, âAlexandre Nevskiâ (1938) | John Cage, âImaginary Landscapes 1-5â (1939-1952) | Duke Ellington, âKo-koâ (1940) | Luigi Dallapiccola, âCanti di prigioniaâ (1941) | Dimitri Chostakovitch, âSymphonie n°7 «Leningrad»â (1941) | Harry Partch, âBartsowâ (1941, revisĂ© 1968) | Ernst Krenek, âLamentatio Jeremiae Prophetiaeâ (1942) | Aaron Copland, âFanfare for the Common Manâ (1942) | SergueĂŻ Prokofiev, âSonate pour piano n°7â (1942) | Thelonious Monk, ââRound Midnightâ (1944) | Benjamin Britten, âPeter Grimesâ (1945) | Pierre Schaeffer, âCinq Ă©tudes de bruitsâ (1948) | Olivier Messiaen, âTurangalĂźla-Symphonieâ (1948) | John Cage, âSonatas and Interludes for Prepared Pianoâ (1948) | Pierre Schaeffer et Pierre Henry, âSymphonie pour un homme seulâ (1950) | Karlheinz Stockhausen, âKreuzspielâ (1951) | Jean BarraquĂ©, âSonate pour pianoâ (1952) | Bruno Maderna, âMusica su due dimensioniâ (1952) | Iannis Xenakis, âMetastasisâ (1954) | Pierre Boulez, âLe Marteau sans maĂźtreâ (1954) | Edgard VarĂšse, âDĂ©sertsâ (1954) | Leonard Bernstein, âWest Side Storyâ (1957) | Miles Davis, âAscenseur pour lâĂ©chafaudâ (1957) | Francis Poulenc, âLa Voix humaineâ (1958) | Olivier Messiaen, âCatalogue dâoiseauxâ (1958) | Luciano Berio, âSequenza I-XIVâ (1958-2002) | Giacinto Scelsi, âQuattro pezzi su una notaâ (1959) | Krzysztof Penderecki, âThrĂšne Ă la mĂ©moire des victimes dâHiroshimaâ (1960) | Hans Werner Henze, âElegie fĂŒr junge Liebendeâ (1961) | György Ligeti, âAventuresâ (1962) | Benjamin Britten, âWar Requiemâ (1962) | Bernd AloĂŻs Zimmermann, âDie Soldatenâ (1963, 1965) | Terry Riley, âIn Câ (1964) | Luigi Nono, âLa Fabbrica illuminataâ (1964) | Betsy Jolas, âQuatuor IIâ (1964) | John Coltrane, âA Love Supremeâ (1964) | La Monte Young, âWell-Tuned Pianoâ (1964-20??) | Cathy Berberian, âStripsodyâ (1966) | The Beatles, âSgt. Pepperâs Lonely Hearts Club Bandâ (1967) | Gordon Mumma, âHornpipeâ (1967) | Morton Subotnick, âSilver Apples of the Moonâ (1967) | Archie Shepp, âThe Magic of Ju-Juâ (1967) | Maurice Ohana, âSyllabaire pour PhĂšdreâ (1967) | AndrĂ© Boucourechliev, âArchipel I Ă IV, Anarchipelâ (1967-1970) | Iannis Xenakis, âPolytopesâ (1967-1978) | Karlheinz Stockhausen, âStimmungâ (1968) | György Ligeti, âContinuumâ (1968) | Pierre Henry, âLâApocalypse de Jeanâ (1968) | Luciano Berio, âSinfoniaâ (1968-1969) | Frank Zappa, âUncle Meatâ (1969) | François Bayle, âJeĂźta ou Murmure des eauxâ (1970) | Pink Floyd â Ron Geesin, âAtom Heart Motherâ (1970) | Mauricio Kagel, âAcusticaâ (1970) | George Crumb, âBlack Angelsâ (1970) | Henri Dutilleux, âTout un monde lointainâŠâ (1970) | Luc Ferrari, âPresque rien n°1 Ă 4â (1970-1998) | Toru Takemitsu, âIn an Autumn Gardenâ (1973, â1979) | GĂ©rard Grisey, âLes Espaces acoustiquesâ (1974-1985) | Bernard Parmegiani, âDe Natura Sonorumâ (1975) | Steve Reich, âMusic for Eighteen Musiciansâ (1976) | Philip Glass et Bob Wilson, âEinstein on the Beachâ (1976) | Henryk Gorecki, âSymphonie n°3â (1976) | Alfred Schnittke, âConcerto grosso n°1â (1977) | Arvo PĂ€rt, âTabula rasaâ (1977) | John Chowning, âStriaâ (1977) | Meredith Monk, âDolmen Musicâ (1979) | Olivier Greif, âSonate de requiemâ (1979, rĂ©visĂ© 1992) | György KurtĂĄg, âMessages de feu Demoiselle R.V. Troussovaâ (1980) | Sofia GoubaĂŻdoulina, âOffertoriumâ (1980) | Pierre Boulez, âReponsâ (1981-1984) | Jonathan Harvey, âBhaktiâ (1982) | Tristan Murail, âDĂ©sintĂ©grationsâ (1982) | Witold Lutoslawski, âSymphonie n°3â (1983) | Morton Feldman, âString Quartet IIâ (1983) | Michel Redolfi, âSonic Waters #2â (1983-1989) | Jean-Claude Risset, âSudâ (1985) | Magnus Lindberg, âKraftâ (1985) | György Ligeti, âĂtudes pour pianoâ (1985-2001) | Brian Ferneyhough, âString Quartet n°3â (1987) | John Adams, âNixon in Chinaâ (1987) | John Tavener, âThe Protecting Veilâ (1988) | John Zorn, âNaked Cityâ (1990) | Thierry Escaich, âEsquisses 1-4â (1990-1993) | François-Bernard MĂąche, âKengirâ (1991) | Marco Stroppa, âMiniature estroseâ (1991-2001) | Hanspeter Kyburz, âCellsâ (1994) | Philippe Manoury, âEn Ă©choâ (1994) | Michael Jarrell, âCassandreâ (1994) | Kaija Saariaho, âChĂąteau de lâĂąmeâ (1995) | Wolfgang Rihm, âJagden und Formenâ (1995-2001) | Christian ZanĂ©si, âArkheionâ (1995-1996) | PĂ©ter Eötvös, âTrois SĆursâ (1997) | Thomas AdĂšs, âAsylaâ (1997) | Xu Yi, âLe Plein du Videâ (1997) | Pascal Dusapin, âDona eisâ (1997) | Charlemagne Palestine, âSchlongo!!!daLUVdroneâ (1998) | Fausto Romitelli, âProfessor Bad Trip, Lessons I-IIIâ (1998-2000) | Olga Neuwirth, âClinamen â Nodusâ (1999) | Bruno Mantovani, âLa Morte Meditataâ (1999) | Helmut Lachenmann, âQuatuor Ă cordes n°3 Gridoâ (2001) | Toshio Hosokawa, âRe-turningâ (2001) | Aphex Twin, âDrukqsâ (2001) | Steve Reich â Beryl Korot, âThree Talesâ (2002) | Emmanuel Nunes, âImprovisation II â Portraitâ (2003) | Georges Aperghis, âAvis de tempĂȘteâ (2004) | Klaus Huber, ââŠĂ lâĂąme de descendre de sa monture et aller sur ses pieds de soieâŠâ (2004) | Björk, âMedullaâ (2004) | Martin Matalon, âTraces I-VIIâ (2004-2008) | Nico Muhly, âBright Mass with Canonsâ (2005) | Samuel Sighicelli, âMarĂ©e noireâ (2005) | Saed Haddad, âLes Deux Visages de lâOrientâ (2006) | RaphaĂ«l Cendo, âDĂ©combresâ (2006) | Heiner Goebbels, âStifters Dingeâ (2007) | Beat Furrer, âConcerto pour pianoâ (2007) | Ivan Fedele, âEn archĂšâ (2008) | Alberto Posadas, âLiturgia Fractalâ (2008) | Matthias Pintscher, âsonic eclipseâ (2010) | Zad Moultaka, âZajalâ (2010) | Anthony Braxton, âComposition n°272â (2011) | Salvatore Sciarrino, âCantiere del poemaâ (2011) | Kasper T. Toeplitz, âInoculate?â (2011) | Philippe Hersant, âInstants limitesâ (2012) | George Benjamin, âWritten on Skinâ (2012) | Enno Poppe, âFilzâ (2014)
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Suite et fin dâun projet dâenvergure en trois volumes menĂ© avec autoritĂ© par Guillaume Kosmicki (Tome 1 et Tome 2), qui aura couvert quelques 130 annĂ©es de « Musiques savantes », en allant de Claude Debussy Ă John Zorn. FidĂšle Ă sa mĂ©thode dâapproche, lâauteur aborde dans ce tome ultime la frange des vingt-cinq derniĂšres annĂ©es qui butent sur 2015.
« Des cendres, des illusions, des espoirs » : voilĂ le titre donnĂ© Ă la premiĂšre partie de cet ouvrage. En une cinquantaine de pages plutĂŽt denses, lâauteur tente de brosser avec un bel esprit de synthĂšse, un « Ă©tat des lieux » Ă lâĂ©chelle mondiale, de la chute de la mur de Berlin Ă nos jours, tant gĂ©opolitique quâesthĂ©tique. Dans cet itinĂ©raire croisĂ©, lâĂ©vĂ©nementiel est mis en rĂ©sonance avec le monde des idĂ©es, « lâesprit du temps » appelant ses « rĂ©ponses artistiques » dans lâunivers des musiques savantes auxquelles, rappelons-le, lâauteur inclut le jazz. Comme dans les prĂ©cĂ©dents volumes, Guillaume Kosmicki sĂ©lectionne une Ćuvre pour 43 compositeurs diffĂ©rents, disponible Ă lâĂ©coute et ancrĂ©e dans la pĂ©riode considĂ©rĂ©e. La prĂ©sentation est strictement chronologique, de John Zorn (Naked City, 1990) Ă Enno Poppe (Filz, 2014), chaque personnalitĂ© donnant lieu Ă une biographie, un aperçu esthĂ©tique de son travail et une lecture attentive de la partition, accessible au plus grand nombre. Un glossaire pour le vocabulaire spĂ©cialisĂ© est proposĂ© en fin de volume pour complĂ©ter la lecture. IntĂ©ressante Ă©galement, au terme de chaque prĂ©sentation, une rubrique « Ă Ă©couter aussi » propose dâĂ©largir lâunivers du compositeur par dâautres Ă©coutes liant lâhĂ©ritage au rĂ©pertoire dâaujourdâhui : les Dichterliebe de Robert Schumann avec La morte meditata de Bruno Mantovani, Avoaha de Maurice Ohana avec Zajal de Zad Moultaka ou encore TV Cello de Nam June Paik et Charlotte Moorman avec Three Tales de Steve Reich et Beryl Korot. Le panorama est riche, Ă©clectique et forcĂ©ment subjectif, mais toujours percutant.
La nouveautĂ© de ce troisiĂšme volume rĂ©side dans une postface passionnante prĂ©sentĂ©e sous forme dâentretiens avec sept personnalitĂ©s du monde de la musique, interprĂštes, penseurs, compositeurs et directeurs dâinstitution. Lâexpression â en lâoccurrence pleinement assumĂ©e par lâauteur â de « musiques savantes » est mise en question. Politique, nouvelles technologies, mondialisation, pessimisme et optimisme⊠autant de « tendances » du XXI^e^ siĂšcle y sont Ă©galement dĂ©battues au fil dâun propos argumentĂ© et pimentĂ© par le verbe haut de JoĂ«lle LĂ©andre. « On rĂ©siste » dit-elle in fine, sâaccordant avec le plaidoyer Ă©clairĂ© de lâauteur qui, dans une conclusion rĂ©gĂ©nĂ©rante, invite à « balayer le consensuel au profit dâun esprit dâaventure et de dĂ©couverte » !
Lire la chronique sur le site de ResMusica
Le musicologue Guillaume Kosmicki continue lâexploration des musiques savantes avec ce troisiĂšme volume consacrĂ© Ă la pĂ©riode la plus rĂ©cente. Il balaie les tendances actuelles majeures, dont le mĂ©tissage planĂ©taire, la persistance du minimalisme, la technologie au service de la culture du son ou la transversalitĂ© entre savant et populaire. Plusieurs albums, bien connus des lecteurs de Trax, sont dĂ©cryptĂ©s comme Drukqs dâAphex Twin et MedĂșlla de Björk, au milieu de disques plus obscurs signĂ©s John Zorn, Charlemagne Palestine ou Christian ZanĂ©si.
Le livre dĂ©bute par John Zorn et son mythique Naked City. Et parcourt au fil des pages 25 ans de musiques de traverses, incendiaires, innovantes, compliquĂ©es⊠savantes, dit lâauteur, Guillaume Kosmicki, qui clĂŽture ainsi une trilogie consacrĂ©e, donc, aux Musiques Savantes. De la musique spectrale Ă la toujours trĂšs riche scĂšne minimale, des pas de cĂŽtĂ© de Björk Ă Xu Yi ou Aphex Twin, câest une somme essentielle qui se dessine lĂ pour les fĂ©rus dâarchĂ©ologie discographique. Guillaume Kosmicki, musicologue, prĂ©sentera son ouvrage Ă la librairie Musicalame le jeudi 15 juin Ă 19h30.
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