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Parution : 20/11/2014
ISBN : 9782360541553
400 pages (14,8 x 21)

Musiques savantes Tome II

De Ligeti Ă  la fin de Guerre Froide 1963-1989

Un outil d’une rare valeur pour comprendre et mettre en perspective la multitude du XX^e^ siùcle.

Franpi Barriaux – Citizen Jazz

Au passage des annĂ©es 1960, les musiques savantes occidentales ne voient pas se tarir l’extraordinaire profusion stylistique qui les a caractĂ©risĂ©es dĂšs le dĂ©but du siĂšcle. Bien au contraire, les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales continuent de cĂŽtoyer les hĂ©ritages historiques en un labyrinthe sonore phĂ©nomĂ©nal : minimalisme, collage, happening, théùtre musical, alĂ©atoire, improvisation
 Puis, aprĂšs l’élan rĂ©volutionnaire de 1968, l’histoire va changer la donne. Les mĂ©tissages, la pop music, le free jazz, la world music et la mondialisation brouillent la lecture d’un paysage musical qui se cherche alors que l’Occident voit sa position considĂ©rablement remise en question dans le monde.
Comme dans le premier volume, Guillaume Kosmicki s’attache Ă  dĂ©crypter simplement et au travers d’un choix d’Ɠuvres emblĂ©matiques du rĂ©pertoire les tendances les plus reprĂ©sentatives de la musique de notre temps. C’est toujours Ă  la lumiĂšre de l’histoire qu’il explique les esthĂ©tiques musicales abordĂ©es. De Nono Ă  Adams, de Parmegiani Ă  Coltrane, en passant par Boucourechliev, Reich, Xenakis, Pink Floyd, Grisey, Lindberg et tant d’autres


Revue de presse

- Entretien - 121 minutes jusqu'à la fin du monde Raphaëlle Tchamitchian Hors-Série 30 septembre 2017
- Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la musique moderne Jean Huber Musique contemporaine 28 août 2017
- Découvrir la musique du 20e siÚcle Laurent Mettraux Revue Musicale Suisse-Romande Décembre 2015
- Musiques savantes Tome II Franpi Barriaux Citizen Jazz 7 septembre 2015
- Musiques savantes Tome II Jean-Marc Warszawski musicologie.org 5 septembre 2015
- Invité : Guillaume Kosmicki Thomas Baumgartner France Culture // L'Atelier du son 24 avril 2015
- Musiques savantes Tome II Noé Gaillard Daily Books 10 mars 2015
- L'Ăąge des utopies Franck Mallet Classica Mars 2015
- Trois bouquins pour les fĂȘtes Olivier Pernot Trax DĂ©cembre / Janvier 2015
- La saga des musiques savantes : de l'électronique à la pop Maxence Grugier Le Sucre 5 janvier 2015
- Musiques savantes et autres avec Guillaume Kosmicki MichĂšle Tosi ResMusica 6 janvier 2015
- Interview de Guillaume Kosmicki Dominique Janvrey Radio Campus OrlĂ©ans // Émission des littĂ©ratures 5 janvier 2014
- L'Objet sonore Laurent Bergnach Anaclase 05 janvier 2015

- Entretien - 121 minutes jusqu'Ă  la fin du monde

La journaliste Raphaëlle Tchamitchian reçoit Guillaume Kosmicki pour un entretien vidéo consacré aux trois tomes des Musiques savantes.

Ça fait des annĂ©es que, dans mes articles pour la presse musicale, j’écris que les styles sont dorĂ©navant obsolĂštes, que les frontiĂšres entre les genres n’ont plus lieu d’ĂȘtre et que les musiciens se nourrissent de toutes les influences qui sont Ă  leur portĂ©e indiffĂ©remment de leur provenance. Autour de moi, c’est un fait acquis pour tout le monde. Pourtant, on ne cesse de (se) le rĂ©pĂ©ter, et ce depuis au moins 10 ans, ce qui prouve que ça ne doit pas ĂȘtre si Ă©vident que ça. En effet, l’institution semble Ă  la traĂźne — beaucoup de musiciens doivent se battre pour exister parce qu’ils ne cochent pas les bonnes cases, ou parce qu’ils en cochent trop Ă  la fois — et, parfois, ce sont les artistes eux-mĂȘmes qui s’enferment dans des chapelles (le jazz en est un exemple particuliĂšrement friand).

En proposant un Ă©largissement de la dĂ©finition des “musiques savantes”, le musicologue Guillaume Kosmicki ajoute sa pierre Ă  l’édifice. Comme il l’explique longuement dans l’entretien, de la dĂ©finition originale il ne retient qu’une partie, afin de pouvoir intĂ©grer dans le tiroir des musiques d’art, Ă  cotĂ© de Debussy, Steve Reich et John Cage, des artistes aussi divers que Pink Floyd, John Coltrane, Björk ou John Zorn. Certains ont pu le lui reprocher, ici nous le saluons. Et si la musique Ă©crite domine son ouvrage, nous avons volontairement choisi d’évoquer aussi quelques artistes dits de “musique populaire” issus de sa sĂ©lection, pour contribuer encore un peu plus Ă  faire tomber ces maudites barriĂšres. Notre (longue) discussion dessine ainsi une vue d’ensemble de la musique occidentale du XXe siĂšcle, forcĂ©ment incomplĂšte, mais, je l’espĂšre, stimulante.

*Rendez-vous sur Hors-SĂ©rie pour voir l’entretien avec G. Kosmicki

Raphaëlle Tchamitchian
Hors-Série 30 septembre 2017

- Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la musique moderne

Un triple livre sur la musique moderne et contemporaine, c’est une aubaine tellement rare que l’on est tentĂ© de fermer les yeux et de recommander l’initiative (de surcroĂźt avec un petit Ă©diteur aventureux).
Le premier volume paru il y a dĂ©jĂ  presque 5 ans paraissait attractif mais comme il concernait essentiellement la pĂ©riode d’avant celle couverte par le prĂ©sent site web, j’ai prĂ©fĂ©rĂ© attendre de connaĂźtre le projet complet et je remercie son auteur Guillaume Kosmicki de l’avoir compris et d’avoir Ă©tĂ© patient.
Voici les titres des 3 volumes dans l’ordre anti-chronologique :

Musiques savantes Tome III, de John Zorn à la fin du monde, et aprùs
 1990-2015 (parution : 15/06/2017, 336 pages, 23 €)
Musiques savantes Tome II, de Ligeti à la fin de Guerre Froide 1963-1989 (parution : 20/11/2014, 400 pages, 23 €)
Musiques savantes Tome I, de Debussy au mur de Berlin 1882-1962 (parution : 18/10/2012, 432 pages, 23 €)

Disons-le d’emblĂ©e, notamment pour les gens pressĂ©s qui ne liront pas la suite, l’achat des 3 volumes (ou seulement du 3Ăšme volume qui vient de sortir, si vous possĂ©dez les 2 premiers) peut ĂȘtre engagĂ© les yeux fermĂ©s, et en tout cas, cet achat pour soi ou en cadeau (pour faire dĂ©couvrir cette musique de notre temps, notre musique, la musique de nos crĂ©ateurs) est ici vivement recommandĂ©.
AprÚs une courte interview de son auteur (réalisée fin Juin), les fondements de ce soutien objectif seront détaillés et argumentés (en relief et en creux), mais, auparavant, voici 4 séries de raisons express pour emporter votre décision :
– l’auteur a un sens remarquable de la bonne vulgarisation didactique (rendre accessible un sujet difficile au plus grand nombre, tout en restant exact et solide)

  • la sĂ©lection de compositeurs et de piĂšces emblĂ©matiques est certes engagĂ©e-assumĂ©e et personnelle, mais Ă  large spectre, consensuelle, rĂ©aliste, et sans biais-partialitĂ© majeurs (d’ailleurs, pour Ă©largir le champs des possibles, Ă  la fin de chaque compositeur-piĂšce choisi, sont listĂ©es d’autres pistes d’écoute possible, d’autres approches transverses, souvent attractives)
    la sĂ©lection est astucieusement complĂ©tĂ©e par des chapitres de respiration consacrĂ©s aux mouvements socio-politiques, culturels ou esthĂ©tiques des arts de la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, ou Ă  la grande et petite Histoire (des dimensions qui influencent fortement l’inspiration des compositeurs et des artistes en gĂ©nĂ©ral)
  • l’auteur ne fait clairement pas partie du microcosme parisianiste car son style est vivant et direct (pas ampoulĂ©, pas allusif au second degrĂ©, pas hermĂ©tique-savant), sans dĂ©tour, sans aplomb vertical-doctoral, sans pĂ©dantisme et sans jargon, maniant agrĂ©ablement l’anecdote pimpante, le dĂ©tail colorĂ© et les faits rĂ©alistes, ou les explications claires (il y a quand mĂȘme un glossaire en fin de volume)

Voici, maintenant, les réponses à 3 questions posées à Guillaume Kosmicki (le 28 Juin 2017) :

MCI : «Comment ĂȘtes-vous venu Ă  la musique ?»
G.K. : «Je n’ai pas un parcours classique, car je ne suis pas issu d’une famille de musiciens (mes parents nous ont offert l’opportunitĂ© de nous intĂ©resser Ă  de nombreuses activitĂ©s, sport, peinture, musique etc. Pour ma part, j’ai commencĂ© avec passion l’étude du violon Ă  6 ans et plus tard la guitare en autodidacte) ; ensuite c’est un Bac option C, et trĂšs tĂŽt un objectif musicologie (ethnomusicologie, anthropologie, sociologie de la musique, sĂ©miologie, hermĂ©neutique musicale) Ă  l’UniversitĂ© d’Aix-en-Provence (mĂȘme si aujourd’hui je suis un Breton d’adoption, solidement ancrĂ© dans le Morbihan) ; enfin, mes recherches universitaires ont portĂ© sur la techno, l’électro, les Free Parties et les Raves ; au final, ma carriĂšre professionnelle correspond Ă  mes choix de jeunesse, car je donne essentiellement des confĂ©rences en freelance dans les conservatoires, les universitĂ©s (Aix-en-Provence, Metz, Paris VIII), les mĂ©diathĂšques, pour des associations d’amateurs d’arts, des festivals, des salles de concert etc. et puis je continue ma pratique musicale en amateur (dans un orchestre de chambre, Ă  Vannes et pour la musique de scĂšne dans une troupe de théùtre Ă  Pontivy), et bien sĂ»r j’ai aussi un site Internet personnel, ICI»

MCI : «comment en ĂȘtes-vous venu Ă  Ă©crire ce triple volume dĂ©diĂ© Ă  la musique moderne-contemporaine ?»
G.K. : «certainement, par passion, par expĂ©rience transversale et par raison professionnelle ; ma premiĂšre chance est d’avoir Ă©tĂ© contactĂ© par le mĂȘme Ă©diteur pour Ă©crire un premier livre sur les musiques Ă©lectroniques (intitulĂ© Musiques Ă©lectroniques : Des avant-gardes aux dance floors, 2009) ; il m’a ensuite interrogĂ© sur l’opportunitĂ© d’un autre livre dĂ©veloppant le sujet des musiques savantes du XXe siĂšcle, dĂ©jĂ  abordĂ© dans le prĂ©cĂ©dent ouvrage
 et c’était parti ; ensuite, par passion, la musique c’est ma vie, professionnelle et personnelle (mes confĂ©rences m’aident beaucoup Ă  affiner ma communication auprĂšs de publics trĂšs variĂ©s et me servent Ă  dĂ©finir la bonne formulation en terme de vulgarisation didactique dans mes Ă©crits) ; et enfin, Ă©crire un livre est pour moi apporter modestement ma contribution Ă  l’édifice de la connaissance, un regard, un point de vue, un angle diffĂ©rent ; il ne s’agit pas de remĂącher banalement ce qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit ; il faut pour cela convaincre son Ă©diteur, les mĂ©dias mais surtout ses lecteurs (en mĂȘme temps, mes livres servent de complĂ©ments durables aux participants Ă  mes confĂ©rences)»

MCI : «comment en ĂȘtes-vous arrivĂ© Ă  ces choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce Ă  Ă©couter (en nombre limitĂ© sur les 3 volumes) ?»
G.K. : «tout d’abord je voudrais dire qu’au dĂ©part il ne devait y avoir qu’un seul livre (un seul volume) et puis comme ma sĂ©lection s’enrichissait de plus en plus, j’ai Ă©crit, j’ai Ă©crit tant et plus, et il y a eu 2 livres au programme, puis 3 ! (et je veux saluer ici la souplesse infinie de mon Ă©diteur face Ă  ma prolixitĂ©) ; et au sein de ce projet, mon objectif Ă©tait de parler sans les survoler des musiques des 25 derniĂšres annĂ©es (aprĂšs 1990), encore trĂšs peu abordĂ©es (le volume 3) ; ensuite, j’ai travaillĂ© sur une base limitĂ© de compositeurs incontournables par leur personnalitĂ©, par leurs choix visionnaires (trĂšs peu de compositeurs sont citĂ©s plus d’une fois
 VarĂšse, bien sĂ»r, Webern, Ligeti, Boulez, Chostakovitch), avant d’élargir avec Ă©clectisme et sans a priori (et en rapport avec les repĂšres historiques) ; enfin, je me suis fixĂ© des rĂšgles dans mes choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce, Ă  savoir la volontĂ© de ne pas ĂȘtre uniquement Franco-Français, ni trop Allemand, Italien ou AmĂ©ricain), et aussi la nĂ©cessitĂ© d’un Ă©quilibre au niveau des genres choisis (depuis l’opĂ©ra jusqu’aux oeuvres pour instrument soliste en passant par l’électroacoustique et la musique mixte), afin de disposer d’un panel large, et enfin du prĂ©-requis que tous les choix soient disponibles Ă  l’écoute en CD (il n’y a qu’une exception, et elle est dans la tendance actuelle, le choix de la piĂšce d’Enno Poppe est seulement disponible Ă  l’écoute sur Internet)»

Voici, maintenant, une analyse critique (en relief et en creux) des 3 volumes, aprÚs lecture attentive, renouvelée :

Tout d’abord, sur les choix fondamentaux.
Commençons par une incongruitĂ©-incohĂ©rence majeure entre le titre mĂȘme des livres et le contenu dĂ©taillĂ© des choix : les 3 volumes sont titrĂ©s «Musiques savantes» et l’on s’attend Ă  des choix et des analyses exclusivement sur la musique dite classique pendant la pĂ©riode des 20Ăšme et 21Ăšme siĂšcles ; or, mĂȘme si les Ă©carts sont Ă  la marge (autour de 10%), il n’en est rien car inclure des compositeurs comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis, Cathy Berberian, The Beatles (mais pas The Rolling Stones !), Archie Shepp, Pink Floyd, Björk fait tiquer le lecteur car ils appartiennent Ă  la Pop ou au Jazz ou Ă  l’Impro, donc Ă  des musiques populaires, non savantes (sans dĂ©nigrement), mĂȘme si ces compositeurs, plus souvent mĂ©lodistes et arrangeurs accomplis, sont tout Ă  fait respectables et qu’ils ont mĂȘme innovĂ© Ă  leur maniĂšre (je pense ici Ă  Thelonious Monk pour les rythmes asynchrones, Ă  Miles Davis pour les libertĂ©s de timbres et de rythmes et pour les contructions-coordinations vertigineuses dans l’improvisation) [note : l’auteur m’a alors demandĂ© comment je dĂ©finierais les musiques non savantes
 et j’ai rĂ©pondu que historiquement au moins les musiques non savantes, quelles qu’elles soient, s’éteignaient avec leur temps, ou peu aprĂšs] ; Ă©galement, malgrĂ© la fiĂšvre qu’ils ont apportĂ© aux hits-parade en leur temps, les choix de Gordon Mumma, Morton Subotnick, Meredith Monk, John Zorn, Charlemagne Palestine, Nico Muhly, Kasper Toeplitz paraissent excessifs, eu Ă©gard Ă  leur notoriĂ©tĂ© en Europe et Ă  leur musique que je jugerai ~~mais c’est personnel~~ assez peu composĂ©e et bien moins savante et inspirĂ©e que des compositeurs qui semblent avoir Ă©tĂ© injustement oubliĂ©s (cf. plus loin).

Ensuite, sur la construction de chaque volume, il faut noter un choix fondĂ© de commencer, pour expliquer la destinĂ©e de la musique moderne, en remontant assez loin dans le temps, en substance Wagner (chromatisme), Franck (improvisations) et le dernier Liszt (atonalitĂ©), il faut noter une variĂ©tĂ© de bonne aloi dans la construction de chaque volume (dans le volume 1, c’est surtout l’introduction historico-esthĂ©tique qui est longue, suivie de courtes respirations qui sont priviliĂ©giĂ©es entre les sĂ©lections, dans le volume 2, Ă  l’image de cette pĂ©riode assez indĂ©cise sur le plan historique et musical, c’est plutĂŽt 2 intros assez longues avant les sĂ©lections et des explications sur les expĂ©rimentations musicales prolifĂ©rantes, dans le volume 3, Ă  l’image d’un monde plus stable et plus trivial, il y a une longue introduction (due Ă  la diversitĂ© des esthĂ©tiques musicales), avant un important post-sriptum et des interviews de personnalitĂ©s musicales qui apportent une vision extĂ©rieure, voire transversale, une autre perspective Ă  l’ensemble) ; le volume 1, c’est une extraordinaire profusion stylistique (compensĂ©e par le retour au passĂ© avec le nĂ©oclassicisme) ; le volume 2, c’est les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales, parallĂšlement au progressisme issu de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente ; le volume 3, c’est le parcours individuel avec synthĂ©tisme multiples (mĂ©tissage planĂ©taire, influence des rĂ©seaux, post-spectraux, gĂ©nĂ©ralisation de l’informatique au service de la culture du son, persistance du minimalisme, transversalitĂ© entre formes artistiques et vague nostalgique souvent prĂ©fixĂ©e de «nĂ©o»).

Enfin, sur les sĂ©lections principales compositeur-piĂšce Ă  Ă©couter (au total, 168, chacune avec 3 Ă  6 pages d’analyse, sans compter les pistes supplĂ©mentaires ; commençons par souligner la diversitĂ© esthĂ©tique (rien de majeur oubliĂ©) et de nationalitĂ© (bien sĂ»r il y a un biais inĂ©vitable en faveur des compositeurs Français ~~sur le prĂ©sent site web MCI, aussi !~~ car en concert sur le vif ou Ă  la radio, on Ă©coute en France en prioritĂ© des compositeurs Français vivants, et la distribution des disques en France suit la mĂȘme dĂ©marche) ; dans le dĂ©tail, dans le 1er volume, peu de commentaires (le temps a dĂ©jĂ  marquĂ© sa trace) sauf pour s’étonner, comme point de couture entre les siĂšcles, de la prĂ©sence de FaurĂ© (regard vers le passĂ© ?) et de Puccini (Ă©galement passĂ©iste, mais selon l’auteur, il s’agit ici de saluer les livrets anticipateurs du cinĂ©ma et la musique prĂ©monitrice des B.O.F.), puis dans les 2Ăšme et 3Ăšmes volumes, de la prĂ©sence de la rock-star Frank Zappa (certes adoubĂ© par Boulez) et du jazzman Anthony Braxton, qui ont tous deux Ă©margĂ© Ă  la musique contemporaine, mais qui objectivement sont des compositeurs (en terme de technique compositionnelle) de deuxiĂšme choix (voire un brin amateurs) ; et Ă  l’inverse de l’absence de Luigi Russolo et des premiers micro-tonaux (ou, plus tard, de Ivan Wyschnegradsky), puis pour la pĂ©riode de la guerre, de l’oubli des compositeurs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (selon les Nazis) et qui ont pĂ©ri avec la Shoah (par exemple, Ullmann) ; d’ailleurs de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et c’est une tendance gĂ©nĂ©rale aujourd’hui, on peut parler, pour les compositeurs correspondant aux annĂ©es 1960-75, vĂ©ritablement de «gĂ©nĂ©ration oubliĂ©e» (post-sĂ©rielle, anti-sĂ©rielle, et autour), avec les oublis discutables de (par ordre alphabĂ©tique) Gilbert Amy, de Friedrich Cerha, de Nguyen-Thien Dao, de James Dillon, de Roberto Gerhard, d’Alberto Ginastera, de Karel Goeyvaerts, d’AndrĂ© Jolivet, de Xavier Montsalvatge, de Luis de Pablo, d’Henri Pousseur, d’Eliane Radigue, de Horatiu Radulescu, de Valentyn Silvestrov, de Mathias Spahlinger, de Michael Tippett, de Claude Vivier, etc. (mais il fallait faire des choix et le temps leur donnera peut-ĂȘtre raison, et il oubliera certains de ceux sĂ©lectionnĂ©s Ă  leur place) ; enfin, et plus important, cĂŽtĂ© injustice, il manque cruellement des compositeurs qui ont innovĂ© magistralement et dont la personnalitĂ© musicale est forte (et la musique prĂ©gnante, objectivement) : Galina Ustvolskaya (radicale), Conlon Nancarrow (rythmes superposĂ©s, qui ont tant influencĂ© Ligeti, derniĂšre maniĂšre), le regrettĂ© Christophe Bertrand (rythmes en spirale), MichaĂ«l Levinas (1er spectralisme, puis rĂ©sonance et polyrythmies complexes), Thierry PĂ©cou (sons et couleurs exotiques, avec rythmes asynchrones), Rebecca Saunders (rĂ©sonance en fuite), Hans Abrahamsen (dissonances imbriquĂ©es), Georg Friedrich Haas (microtonalitĂ© pulsĂ©e), sans oublier les 2 compĂšres saturateurs Yann Robin et Franck Bedrossian (de RaphaĂ«l Cendo, seul sĂ©lectionnĂ©, hĂ©las), et pourquoi pas les 3 professeurs Français de composition du CNSMDP, figures de prou de la modernitĂ© actuelle (FrĂ©dĂ©ric Durieux, Yan Maresz, GĂ©rard Pesson), notamment en informatique musicale.

En rĂ©sumĂ©, certainement, un must-achat de 3 livres incontournables (bravos Ă  l’auteur !) par leur didactisme, par leur prosĂ©litisme Grand-Public, par l’audience trĂšs large visĂ©e
 les mĂ©lomanes du rĂ©pertoire, les curieux de la Musique Contemporaine (comme pour ce site web MCI !) et tous les autres qui aiment dĂ©couvrir des musiques, notamment celles des compositeurs des annĂ©es 2000, accessibles Ă  tous, Ă  partir, pourquoi pas, du Rock, du Jazz, de l’impro, de la Pop, de l’Électro populaire (etc.)
 et pour terminer en guise de conclusion temporaire, un souhait un peu fou, celui de voir publier dans un futur indĂ©terminĂ© (l’auteur a le temps devant lui, il n’a que 43 ans) un 4Ăšme volume (au moins !) qui Ă©clairera les nouvelles tendances, les nouveaux compositeurs Ă©mergents de demain (encore inconnus) et mĂȘme d’aujourd’hui qu’il n’a pas sĂ©lectionnĂ©s (ils sont nombreux), et qui rĂ©parera les quelques oublis-injustices majeurs soulignĂ©s ici !

Addendum : Guillaume Kosmicki a aimablement acceptĂ© d’inclure, en exclusivitĂ© pour les lecteurs de cet Ă©dito, la liste des compositeurs-piĂšces sĂ©lectionnĂ©s dans ce triptyque, avec l’annĂ©e de composition (pas l’annĂ©e de crĂ©ation, comme dans MCI) ; le lecteur attentif la comparera, sur le prĂ©sent site web, Ă  la SÉLECTION de piĂšces-compositeurs (pas l’inverse, comme dans les 3 livres) et au XXL-SCOPE de MCI, et constatera Ă©normĂ©ment de points communs et quelques diffĂ©rences (complĂ©mentaritĂ©s) dont il fera son miel

Franz Liszt, “La Lugubre Gondole” (1882) | CĂ©sar Franck, “Choral n°3” (1890) | Gabriel FaurĂ©, “Prison” (1894) | Scott Joplin, “Ragtimes” (1899-1909) | Giacomo Puccini, “Tosca” (1900) | Claude Debussy, “PellĂ©as et MĂ©lisande” (1902) | Leos Janacek, “Jenufa” (1903) | Anton Webern, “Langsamer Satz” (1905) | Claude Debussy, “Images, Livres 1 et 2” (1905-1907) | Richard Strauss, “SalomĂ©â€ (1905) | Gustav Mahler, “Symphonie n°8” (1906) | Maurice Ravel, “Gaspard de la nuit” (1908) | BĂ©la BartĂłk, “Quatuors Ă  cordes” (1909-1939) | Alexandre Scriabine, “PromĂ©thĂ©e ou Le PoĂšme du feu” (1910) | Arnold Schoenberg, “Pierrot lunaire” (1912) | Henry Cowell, “Piano Music” (1912-1930) | Igor Stravinski, “Le Sacre du printemps” (1913) | Charles Ives, “Concord Sonata” (1915) | Erik Satie, “Parade” (1917) | Darius Milhaud, “Le BƓuf sur le toit” (1919) | Jean Cocteau et le Groupe des Six, “Les MariĂ©s de la Tour Eiffel” (1921) | Paul Hindemith, “Kammermusik” (1921-1927) | Alban Berg, “Wozzeck” (1922) | Manuel De Falla, “Le Retable de MaĂźtre Pierre” (1923) | Arthur Honegger, “Mouvements symphoniques 1-3” (1923-1932) | George Antheil, “Ballet mĂ©canique” (1925) | Alexandre Mossolov, “Zavod (Les Fonderies d’acier)” (1926) | Igor Stravinski, “Oedipus Rex” (1927) | Louis Armstrong, “West End Blues” (1928) | Kurt Weill, “L’OpĂ©ra de Quat’sous” (1928) | Maurice Ravel, “BolĂ©ro” (1928) | Heitor Villa-Lobos, “Bachianas Brasileiras 1-9” (1930-1945) | Edgar VarĂšse, “Ionisation” (1931) | Arnold Schoenberg, “MoĂŻse et Aron” (1932) | Dimitri Chostakovitch, “Lady Macbeth de Mzensk” (1932) | Edgar VarĂšse, “Ecuatorial” (1934) | Paul Hindemith, “Matis der Maler” (1935) | George Gershwin, “Porgy and Bess” (1935) | Alban Berg, “Concerto Ă  la mĂ©moire d’un ange” (1935) | BĂ©la BartĂłk, “Musique pour cordes, percussion et cĂ©lesta” (1936) | Samuel Barber, “Quatuor Ă  cordes” (1936, revisĂ© 1943) | Anton Webern, “Quatuor Ă  cordes op. 28” (1938) | SergueĂŻ Prokofiev, “Alexandre Nevski” (1938) | John Cage, “Imaginary Landscapes 1-5” (1939-1952) | Duke Ellington, “Ko-ko” (1940) | Luigi Dallapiccola, “Canti di prigionia” (1941) | Dimitri Chostakovitch, “Symphonie n°7 «Leningrad»” (1941) | Harry Partch, “Bartsow” (1941, revisĂ© 1968) | Ernst Krenek, “Lamentatio Jeremiae Prophetiae” (1942) | Aaron Copland, “Fanfare for the Common Man” (1942) | SergueĂŻ Prokofiev, “Sonate pour piano n°7” (1942) | Thelonious Monk, “‘Round Midnight” (1944) | Benjamin Britten, “Peter Grimes” (1945) | Pierre Schaeffer, “Cinq Ă©tudes de bruits” (1948) | Olivier Messiaen, “TurangalĂźla-Symphonie” (1948) | John Cage, “Sonatas and Interludes for Prepared Piano” (1948) | Pierre Schaeffer et Pierre Henry, “Symphonie pour un homme seul” (1950) | Karlheinz Stockhausen, “Kreuzspiel” (1951) | Jean BarraquĂ©, “Sonate pour piano” (1952) | Bruno Maderna, “Musica su due dimensioni” (1952) | Iannis Xenakis, “Metastasis” (1954) | Pierre Boulez, “Le Marteau sans maĂźtre” (1954) | Edgard VarĂšse, “DĂ©serts” (1954) | Leonard Bernstein, “West Side Story” (1957) | Miles Davis, “Ascenseur pour l’échafaud” (1957) | Francis Poulenc, “La Voix humaine” (1958) | Olivier Messiaen, “Catalogue d’oiseaux” (1958) | Luciano Berio, “Sequenza I-XIV” (1958-2002) | Giacinto Scelsi, “Quattro pezzi su una nota” (1959) | Krzysztof Penderecki, “ThrĂšne Ă  la mĂ©moire des victimes d’Hiroshima” (1960) | Hans Werner Henze, “Elegie fĂŒr junge Liebende” (1961) | György Ligeti, “Aventures” (1962) | Benjamin Britten, “War Requiem” (1962) | Bernd AloĂŻs Zimmermann, “Die Soldaten” (1963, 1965) | Terry Riley, “In C” (1964) | Luigi Nono, “La Fabbrica illuminata” (1964) | Betsy Jolas, “Quatuor II” (1964) | John Coltrane, “A Love Supreme” (1964) | La Monte Young, “Well-Tuned Piano” (1964-20??) | Cathy Berberian, “Stripsody” (1966) | The Beatles, “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band” (1967) | Gordon Mumma, “Hornpipe” (1967) | Morton Subotnick, “Silver Apples of the Moon” (1967) | Archie Shepp, “The Magic of Ju-Ju” (1967) | Maurice Ohana, “Syllabaire pour PhĂšdre” (1967) | AndrĂ© Boucourechliev, “Archipel I Ă  IV, Anarchipel” (1967-1970) | Iannis Xenakis, “Polytopes” (1967-1978) | Karlheinz Stockhausen, “Stimmung” (1968) | György Ligeti, “Continuum” (1968) | Pierre Henry, “L’Apocalypse de Jean” (1968) | Luciano Berio, “Sinfonia” (1968-1969) | Frank Zappa, “Uncle Meat” (1969) | François Bayle, “JeĂźta ou Murmure des eaux” (1970) | Pink Floyd – Ron Geesin, “Atom Heart Mother” (1970) | Mauricio Kagel, “Acustica” (1970) | George Crumb, “Black Angels” (1970) | Henri Dutilleux, “Tout un monde lointain
” (1970) | Luc Ferrari, “Presque rien n°1 Ă  4” (1970-1998) | Toru Takemitsu, “In an Autumn Garden” (1973, “1979) | GĂ©rard Grisey, “Les Espaces acoustiques” (1974-1985) | Bernard Parmegiani, “De Natura Sonorum” (1975) | Steve Reich, “Music for Eighteen Musicians” (1976) | Philip Glass et Bob Wilson, “Einstein on the Beach” (1976) | Henryk Gorecki, “Symphonie n°3” (1976) | Alfred Schnittke, “Concerto grosso n°1” (1977) | Arvo PĂ€rt, “Tabula rasa” (1977) | John Chowning, “Stria” (1977) | Meredith Monk, “Dolmen Music” (1979) | Olivier Greif, “Sonate de requiem” (1979, rĂ©visĂ© 1992) | György KurtĂĄg, “Messages de feu Demoiselle R.V. Troussova” (1980) | Sofia GoubaĂŻdoulina, “Offertorium” (1980) | Pierre Boulez, “Repons” (1981-1984) | Jonathan Harvey, “Bhakti” (1982) | Tristan Murail, “DĂ©sintĂ©grations” (1982) | Witold Lutoslawski, “Symphonie n°3” (1983) | Morton Feldman, “String Quartet II” (1983) | Michel Redolfi, “Sonic Waters #2” (1983-1989) | Jean-Claude Risset, “Sud” (1985) | Magnus Lindberg, “Kraft” (1985) | György Ligeti, “Études pour piano” (1985-2001) | Brian Ferneyhough, “String Quartet n°3” (1987) | John Adams, “Nixon in China” (1987) | John Tavener, “The Protecting Veil” (1988) | John Zorn, “Naked City” (1990) | Thierry Escaich, “Esquisses 1-4” (1990-1993) | François-Bernard MĂąche, “Kengir” (1991) | Marco Stroppa, “Miniature estrose” (1991-2001) | Hanspeter Kyburz, “Cells” (1994) | Philippe Manoury, “En Ă©cho” (1994) | Michael Jarrell, “Cassandre” (1994) | Kaija Saariaho, “ChĂąteau de l’ñme” (1995) | Wolfgang Rihm, “Jagden und Formen” (1995-2001) | Christian ZanĂ©si, “Arkheion” (1995-1996) | PĂ©ter Eötvös, “Trois SƓurs” (1997) | Thomas AdĂšs, “Asyla” (1997) | Xu Yi, “Le Plein du Vide” (1997) | Pascal Dusapin, “Dona eis” (1997) | Charlemagne Palestine, “Schlongo!!!daLUVdrone” (1998) | Fausto Romitelli, “Professor Bad Trip, Lessons I-III” (1998-2000) | Olga Neuwirth, “Clinamen – Nodus” (1999) | Bruno Mantovani, “La Morte Meditata” (1999) | Helmut Lachenmann, “Quatuor Ă  cordes n°3 Grido” (2001) | Toshio Hosokawa, “Re-turning” (2001) | Aphex Twin, “Drukqs” (2001) | Steve Reich – Beryl Korot, “Three Tales” (2002) | Emmanuel Nunes, “Improvisation II – Portrait” (2003) | Georges Aperghis, “Avis de tempĂȘte” (2004) | Klaus Huber, “
à l’ñme de descendre de sa monture et aller sur ses pieds de soie
” (2004) | Björk, “Medulla” (2004) | Martin Matalon, “Traces I-VII” (2004-2008) | Nico Muhly, “Bright Mass with Canons” (2005) | Samuel Sighicelli, “MarĂ©e noire” (2005) | Saed Haddad, “Les Deux Visages de l’Orient” (2006) | RaphaĂ«l Cendo, “DĂ©combres” (2006) | Heiner Goebbels, “Stifters Dinge” (2007) | Beat Furrer, “Concerto pour piano” (2007) | Ivan Fedele, “En archù” (2008) | Alberto Posadas, “Liturgia Fractal” (2008) | Matthias Pintscher, “sonic eclipse” (2010) | Zad Moultaka, “Zajal” (2010) | Anthony Braxton, “Composition n°272” (2011) | Salvatore Sciarrino, “Cantiere del poema” (2011) | Kasper T. Toeplitz, “Inoculate?” (2011) | Philippe Hersant, “Instants limites” (2012) | George Benjamin, “Written on Skin” (2012) | Enno Poppe, “Filz” (2014)

Lisez l’article sur le site Musique Contemporaine

Jean Huber
Musique contemporaine 28 août 2017

- Découvrir la musique du 20e siÚcle

Faire dĂ©couvrir la diversitĂ© des oeuvres importantes du 20^e^ siĂšcle, tel est le but des deux premiers tomes d’un ouvrage qui en comprendra trois, parus aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Dans ses présentations, en général sur trois à six pages, de 123 oeuvres emblématiques des années 1882 à 1962 (tome 1) et 1963
Ă  1989 (tome 2), Guillaume Kosmicki ne se contente pas seulement d;une approche vivante des compositeurs et des oeuvres choisies, il les replace Ă©galement dans leur Ă©poque et en relation tant avec le passĂ© qu’avec le futur. Pensant que “tout artiste est forcĂ©ment le fruit de son Ă©poque et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il s’inscrit ou refuse de s’inscrire”, il fait preuve d’ouverture d’esprit face aux diffĂ©rentes esthĂ©tiques qui forment la richesse de la musique du 20e siĂšcle. Le but de l’auteur n’est pas l’exhaustivitĂ© (on n’y trouvera par exemple ni Sibelius, ni Szymanowski, ni Nancarrow), mais de brosser un vaste panorama (de Liszt Ă  Tavener, de Joplin Ă  Pan, en passant
par Cage, Xenakis, Ligety ou Grisey) d’un siĂšcle oĂč la musique s’est diversifiĂ©e Ă  l’extrĂȘme. Un Ă©quilibre a Ă©tĂ© recherchĂ© dans le premier volume entre les diffĂ©rents genres prĂ©sentĂ©s : opĂ©ra, ballet, musique de chambre, musique symphonique, oeuvres pour piano, oeuvres vocales. Le second volume reflĂšte Ă©galement l’éclatement des genres et l’ouverture progressive des frontiĂšres vers d’autres musiques.

Aucune analyse froide ou hermĂ©tique, car le but recherchĂ© reste de faire dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir des jalons essentiels de la musique savante occidentale, et cela aussi bien aux musiciens ou mĂ©lomanes qu’aux nĂ©ophytes.
Pour ces derniers, un glossaire des principaux termes musicaux utilisĂ©s se trouve Ă  la fin de l’ouvrage. AprĂšs avoir mis l’eau Ă  la bouche du lecteur, Guillaume Kosmicki propose une version sur disque de chaque piĂšce analysĂ©e ainsi qu’un choix complĂ©mentaire d’oeuvres Ă  Ă©couter. Dans de vastes introductions Ă  chaque pĂ©riode, l’auteur fait preuve de talent pour dĂ©crire le contexte historique, sociologique et culturel, de mĂȘme que les grands mouvements sous-jacents qui tissent la trame dans laquelle s’insĂšrent les compositeurs et leurs oeuvres.

Laurent Mettraux
Revue Musicale Suisse-Romande Décembre 2015

- Musiques savantes Tome II

Auteur en 2012 du premier tome de Musiques savantes, sous-titrĂ© De Debussy au Mur de Berlin (1882-1962), Guillaume Kosmicki propose chez son fidĂšle Ă©diteur Le Mot et le Reste la suite de cette aventure du XXe siĂšcle vue par le prisme des Ɠuvres et des compositeurs. De Ligeti Ă  la fin de la Guerre froide s’intĂ©resse au mĂȘme rapport intime entre l’Ɠuvre, son auteur et son cadre historique, et reprend le fil de l’histoire lĂ  oĂč l’auteur s’était arrĂȘtĂ© – dans un monde bipolaire excitĂ© par les prĂ©mices de la pop culture et guidĂ© par une foi quasi aveugle en une science Ă©clairĂ©e et toute puissante, dĂ©barrassĂ©e de la barbarie. C’est ainsi que dans la premiĂšre partie du livre, non sans avoir contextualisĂ© Ă  nouveau les enjeux politiques et culturels des annĂ©es 60, Kosmicki prĂ©sente des artistes en rupture avec l’ancien monde qui tentent, dans la mondialisation naissante, de s’affranchir des unitĂ©s de temps et de lieu. Quitte Ă  chercher l’inspiration dans la musique ancienne, Ă  l’autre bout du monde ou mĂȘme au cƓur des machines.

Certains sont Ă  la recherche de nouveaux langages, comme Terry Riley ou Luigi Nono. D’autres se servent de leur assise populaire pour tenter toutes les expĂ©rimentations. Les Beatles ou Pink Floyd figurent Ă  leur juste place entre Pierre Henry ou La Monte Young. Quelques-uns enfin se dĂ©saffilient du sĂ©rialisme ambiant pour aller fouiller au cƓur des sons (GĂ©rard Grisey, dont l’auteur de Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes au dance-floor martĂšle Ă  juste titre l’importance).

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Un outil d’une rare valeur pour comprendre et mettre en perspective la multitude du XX^e^ siùcle.

Lire l’article sans son intĂ©gralitĂ© sur le site de Citizen Jazz

Franpi Barriaux
Citizen Jazz 7 septembre 2015

- Musiques savantes Tome II

Voici donc la suite d’un premier volume (de Debussy au mur de Berlin : 1882-1962) publiĂ© il y deux ans, qui conforte la bonne impression que nous avons de la dĂ©marche, mais aussi l’irrĂ©solution des questions, disons Ă©pistĂ©mologiques, qu’elle soulĂšve.

Une dĂ©marche originale, qui Ă  travers la description de 50 Ɠuvres (quelques-unes de jazz et de rock), dresse une chronique en forme de fresque longue de 26 ans ayant comme sujet la musique savante, concept assez flou qui en fin de compte, malgrĂ© examen (voir premier volume), marque une ligne de dĂ©marcation entre ce qui est admis dans les cercles Ă©clairĂ©s des initiĂ©s et le peuple paĂŻen (au moyen-Ăąge, on disait les « simples »).

C’est une entreprise personnelle qui sort des sentiers battus et dresse un panorama musical pertinent, mĂȘme si le lecteur Ă  tout coup regrettera de ne pas trouver telle ou telle Ɠuvre, Ă  la place de telle ou telle autre. Dans ce cas, ce livre ne lui sera pas vraiment utile, dans la mesure oĂč la connaissance lui est dĂ©jĂ  acquise.

Du cĂŽtĂ© des problĂ©matiques, on relĂšve celle des pĂ©riodisations qui n’est pas abolie par le choix original qui est fait ici. D’abord, parce que les dates de 1963 et de 1989, ne tiennent pas compte des compositeurs dont l’Ɠuvre crĂ©ative est dĂ©veloppĂ©e en amont et aval de ces frontiĂšres, mais aussi du fait qu’une Ɠuvre ne vaut pas seulement par son origine, elle vaut par son influence et sa durĂ©e de vie des envies des musiciens et des mĂ©lomanes. Ainsi, Johann Sebastian Bach, mort en 1750, renaĂźt littĂ©ralement en 1827, grĂące aux efforts de Fanny et FĂ©lix Mendelssohn, et reste de nos jours un compositeur de premier plan, Ă©clatant ainsi sa propre chronologie et les pĂ©riodisations artificielles des histoires acadĂ©miques de la musique.

Sans vouloir couper les cheveux en quatre, il manque dans ce panorama, des choses relativement importantes, comme l’engouement pour la musique du moyen-Ăąge, du plain-chant, pour les musiques des XVIIe-XVIIIe siĂšcles. De Solesmes Ă  William Christrie et autres, il faut bien parler ici de crĂ©ation contemporaine (en rĂ©action au romantisme, et interrogation sur le jeu instrumental), et dans le mĂȘme ordre d’idĂ©e pour les musiques des lointains horizons, comme la dĂ©couverte des musiques de Bali ou des PygmĂ©es (et donc la gĂ©nĂ©ralisation du disque microsillon qui est aussi un Ă©vĂ©nement musical de l’époque).

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Nous espĂ©rons que ce livre rĂ©flĂ©chi, qui n’est pas un amas d’érudition aveugle, fera rĂ©flĂ©chir. Au passage, une mention pour Le mot et le reste, une belle et constante maison d’édition.

Retrouvez la chronique dans son intégralité sur le site musicologie.org

Jean-Marc Warszawski
musicologie.org 5 septembre 2015

- Invité : Guillaume Kosmicki

Guillaume Kosmicki est opiniĂątre et passionnĂ©, soit le bon cocktail pour fabriquer des livres savants et multiples. C’est le cas du 2e tome de Musiques savantes, sous-titrĂ© : De Ligeti Ă  la fin de la Guerre froide 1963-1989 (Ă©d. Le mot et le reste). La pĂ©riode traitĂ©e nous amĂšne dans un moment de renouveau de l’avant-garde. Le “labyrinthe sonore est phĂ©nomĂ©nal”, Ă©crit Kosmicki. “Minimalisme, collage, happening, théùtre musical, alĂ©atoire, improvisation
” L’auteur sait raconter et choisir. Il passe en revue certaines piĂšces fondamentales, et les met en regard de l’histoire sociale et politique. Pas de lien de cause Ă  effet, mais des Ă©chos, des rĂ©sonances. Bernd Alois Zimmermann et Terry Riley ouvrent le bal. John Coltrane n’est pas oubliĂ©. Subotnick en papy Ă©lectro, Zappa en mogul virtuose, Phil Glass bien sĂ»r
 Le kaleidoscope donne le tournis, mais l’auteur tient son affaire et nous confie au final une somme qui fera rĂ©fĂ©rence. Mais jusqu’oĂč s’arrĂȘtera Kosmicki ? Pas Ă  ce livre, puisque le tome 3 est en prĂ©paration avancĂ©e.

ÉCOUTER LE PODCAST DE L’ÉMISSIONSUR LE SITE DE L’ATELIER DU SON

Thomas Baumgartner
France Culture // L'Atelier du son 24 avril 2015

- Musiques savantes Tome II

La lecture de ce livre m’a fait mesurer Ă  quel point j’avais eu tort de ne pas m’intĂ©resser au premier volume. Sans doute l’expression « musiques savantes » revĂȘt-elle un aspect par trop didactique, prĂ©cieux qui renvoie Ă  « musique classique ». Je crois surtout que malgrĂ© quelques profs de musique ayant tentĂ© de nous initier Ă  Camille Saint SaĂ«ns et mĂȘme Erik Satie, j’ai plus souvent dĂ» supporter Beethoven, Bach et Mozart alors que la radio diffusait AndrĂ© Claveau et Bourvil
 En revanche je me suis un peu rattrapĂ© et je connais une bonne partie des musiciens citĂ©s dans ce livre pour les avoir Ă©coutĂ©s et presque dans le temps donnĂ© par l’auteur.

Mais avant de reparler de musique je dois vous signaler la qualitĂ© des rappels historiques prĂ©sentĂ©s ici. C’est brillant, Ă  mon humble avis d’une grande justesse et parfois un peu ironique. En matiĂšre de musique on parle parfois de « pont » et Edgar Morin voudrait que l’on fasse des ponts entre les matiĂšres, les disciplines, les arts etc
 l’auteur y rĂ©ussit fort bien.

Vous connaissez le principe : il s’agit d’une sĂ©lection d’albums de musique savante (utilisant les techniques nouvelles) commentĂ©s, explicitĂ©s et mis en perspectives. On notera des choses qui pourraient surprendre : la prĂ©sence de Sergent Pepper Lonely Heart Club Band, de Love Supreme de John Coltrane, un Pink Floyd et un Franck Zappa Uncle Meat et aussi le fait que l’auteur choisit/glisse dans la liste des albums Ă  Ă©couter souvent des albums de musique classique. Enfin, ne vous inquiĂ©tez pas si vous n’avez pas trouvĂ© l’album de votre musicien prĂ©fĂ©rĂ©, regardez bien les listes de « complĂ©ments » d’écoute, il m’étonnerait que vous ne le dĂ©couvriez pas.

Le genre de livre qui vous occupe en plus deux ou trois demi-journĂ©es de recherche et d’écoute en mĂ©diathĂšque


Bonne écoute.

LIRE L’ARTICLESUR LE SITE DE DAILYBOOKS

Noé Gaillard
Daily Books 10 mars 2015

- L'Ăąge des utopies

Le second volet de cette encyclopĂ©die consacrĂ©e aux musiques savantes du XXe siĂšcle aborde les annĂ©es 1960, pĂ©riode cruciale oĂč, aprĂšs la cĂ©sure des annĂ©es 1950, l’éclatement stylistique bat son plein. Ainsi, l’auteur nous entraĂźne vers la musique concrĂšte, la pop, le free jazz et la world music, tout en faisant apparaĂźtre de nouvelles personnalitĂ©s, car c’est moins le choc des confrontations que l’art du mĂ©tissage et des nouvelle tendances, oĂč se dĂ©tachent Ă  la fois Coltrane et Stockhausen, les Beatles et Ligeti, Pink Floyd et les rĂ©pĂ©titifs amĂ©ricains, mais aussi les spectraux français, Nono, Kagel, Schnittke, Gorecki, Arvo PĂ€rt


Franck Mallet
Classica Mars 2015

- Trois bouquins pour les fĂȘtes

AprĂšs un premier volume qui couvrait la pĂ©riode 1882 Ă  1962, le musicologue Guillaume Kosmicki dĂ©crypte les musiques savantes dans une seconde partie plus contemporaine (1963 Ă  1989). La dĂ©nomination de musiques savantes, parfois contestĂ©e, se dĂ©finit en opposition aux musiques traditionnelles et populaires. Dans la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, elle embrasse de nouveaux courants : jazz, musique contemporaine, musique expĂ©rimentale et certains versants de la musique Ă©lectronique. Guillaume Kosmicki, par ailleurs auteur du remarquable Free Party chez le mĂȘme Ă©diteur, analyse ainsi des Ɠuvres et des artistes emblĂ©matiques comme John Coltrane, Bernard Parmegiani, Pink Floyd et Steve Reich.

Olivier Pernot
Trax Décembre / Janvier 2015

- La saga des musiques savantes : de l'électronique à la pop

AprĂšs Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dancefloors et Free Party, une histoire, des histoires, le musicologue et confĂ©rencier Guillaume Kosmicki a repris du service en dĂ©cembre pour un deuxiĂšme volet qui explore la saga des musiques savantes, de l’avant-garde Ă©lectronique aux musiques improvisĂ©es, en passant par le minimalisme, les musiques alĂ©atoires et autres expĂ©riences sonores inouĂŻes.

Si dans Musiques savantes, de Debussy au mur de Berlin, Guillaume Kosmicki s’attachait Ă  dĂ©crypter l’évolution des musiques dites “d’avant-garde” du dĂ©but du XXe siĂšcle, avec ce deuxiĂšme volume titrĂ© Musiques savantes, de Ligeti a la fin de la guerre froide, le musicologue et essayiste se concentre sur le moment oĂč les musiques savantes occidentales affrontent – ou s’ouvrent – au monde extĂ©rieur, font l’expĂ©rience du mĂ©tissage et rencontrent, de maniĂšre souvent fructueuse, la pop music, le free jazz et les musiques Ă©lectroniques (entre autres).

Avec ce second volume, Guillaume Kosmicki Ă©tudie minutieusement, point par point – et avec des exemples concrets (Ɠuvres emblĂ©matiques a l’appui), les diffĂ©rentes Ă©coles et Ă©tapes de l’histoire de musiques qui, pour ĂȘtre « savantes » n’en sont pas moins inscrites dans l’histoire des musiques d’aujourd’hui, pionniĂšres mĂȘme parfois, de genres dĂ©sormais assimilĂ©s aux musiques populaires : qu’il s’agisse de pop, de rock psychĂ©dĂ©lique, de jazz, de musique acousmatique, de techno ou d’electronica.

Des premiĂšres Ɠuvres minimalistes de Terry Riley et La Monte Young, aux musiques rĂ©pĂ©titives de Steve Reich (qui tous, de prĂšs ou de loin, furent prĂ©curseurs de la techno) en passant par les textures granuleuses de Morton Subotnick (compositeur du fameux “Silver Apples Of The Moon” qui propulsa les sons Ă©lectroniques dans les charts dĂšs 1967) et les constructions Ă©lectroniques de Karlheinz Stockhausen, ou celle de L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry, sans oublier l’iconoclaste et futĂ© Uncle Meat de Frank Zappa (mais aussi le Sgt. Peppers Lonely Heart Club Band des Beatles), c’est tout simplement l’éventail complet de l’hĂ©ritage des musiques d’aujourd’hui qui transparaĂźt en filigrane dans ce livre clair et synthĂ©tique, extrĂȘmement bien Ă©crit et parfaitement documentĂ©.

Au final, en plus d’ĂȘtre un tour de force (thĂ©matique ? synthĂ©tique ? historique ?) Musiques savantes, de Ligeti Ă  la fin de la guerre froide, s’avĂšre Ă©galement un vrai trĂ©sor et une mine d’infos pour les curieux et les amateurs de musiques actuelles dĂ©sireux d’en savoir plus sur les Ă©volutions qui prĂ©cĂ©dĂšrent les musiques que nous Ă©coutons. De fait, il est clair que Guillaume Kosmicki devrait ĂȘtre inscrit d’office au programme de toutes les facs de musicologie, ainsi qu’aux catalogues de tous les centres de documentation de l’hexagone, pas moins !

CONSULTER L’ARTICLESUR LE SITE DU MAGAZINE LE SUCRE

Maxence Grugier
Le Sucre 5 janvier 2015

- Musiques savantes et autres avec Guillaume Kosmicki

Il y a aujourd’hui plĂ©thore d’ouvrages spĂ©cialisĂ©s couvrant la crĂ©ation musicale de la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. C’est pourtant cette pĂ©riode que rĂ©investit Guillaume Kosmicki, pĂ©dagogue et confĂ©rencier, dans le tome II de Musiques savantes mais en traitant la question autrement.

C’est la seconde Ă©tape d’un work in progress qui a dĂ©butĂ© en 2012 (Musiques savantes, de Debussy au Mur de Berlin) et qui sera augmentĂ© d’un troisiĂšme tome poussant l’investigation jusqu’au XXIĂšme siĂšcle. Dans cette Ă©tude des musiques savantes (celle des musiques Ă©crites qui n’exclut ni le jazz ni les musiques Ă©lectroacoustiques), Guillaume Kosmicki prend le parti de contextualiser la crĂ©ation sonore en procĂ©dant Ă  un chassĂ©-croisĂ© pertinent entre recension historico-politique et vie artistique.

La pĂ©riode des vingt-six annĂ©es couverte ici est scindĂ©e en deux : 1963-1973 d’une part, sous-titrĂ©e « Les sens d’un labyrinthe »; 1974-1989 d’autre part, qu’il intitule « Le vol des certitudes »: deux Ă©tapes au sein desquelles l’auteur brosse un panorama aussi condensĂ© qu’éclairant de l’histoire Ă©vĂ©nementielle du monde. Concernant la crĂ©ation artistique, tous les modes d’expression y sont abordĂ©s, de la littĂ©rature aux arts plastiques, du cinĂ©ma Ă  la photographie, de la musique pop Ă  la chorĂ©graphie, jusqu’aux sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es (celle de Dallas notamment), articulant ainsi un vaste rĂ©seau de donnĂ©es qui campent une Ă©poque et restituent un climat. L’auteur sĂ©lectionne ensuite une petite trentaine de compositeurs pour chacune des parties, pointant autant d’Ɠuvres phares (Les Soldats de Zimmermann, Les espaces acoustiques de Grisey, Einstein on the Beach de Glass/Wilson, les Polytopes de Xenakis
) qui jalonnent ces annĂ©es et en constituent les pierres d’angle.

La lecture en est toujours aisĂ©e et le propos bien argumentĂ© sans jamais verser dans l’analyse technique. Un glossaire Ă  la fin de l’ouvrage permet d’assimiler les notions de base du vocabulaire musical. L’étudiant comme le mĂ©lomane y trouveront matiĂšre Ă  connaissance autant qu’à rĂ©flexion.

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MichĂšle Tosi
ResMusica 6 janvier 2015

- Interview de Guillaume Kosmicki

Guillaume Kosmicki Ă©tait l’invitĂ© de Radio Campus OrlĂ©ans pour parler du second tome de ses Musiques savantes. Une heure d’émission Ă  réécouter.

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Dominique Janvrey
Radio Campus OrlĂ©ans // Émission des littĂ©ratures 5 janvier 2014

- L'Objet sonore

Convaincu que la musique permet de comprendre le monde – et nous-mĂȘmes, par ricochet –, le musicologue Guillaume Kosmicki (nĂ© en 1974) nous fut d’emblĂ©e sympathique par son intĂ©rĂȘt pour l’histoire des musiques Ă©lectroniques lire notre critique de l’ouvrage, puis celle des musiques savantes. Il y a un an sortait un premier tome sous-titrĂ© De Debussy au mur de Berlin (1882-1962) lire notre critique de l’ouvrage. Comme promis le deuxiĂšme tome prolonge avec brio l’analyse de 1963 Ă  1989, soit De Ligeti Ă  la fin de la guerre froide.

Aujourd’hui encore, l’auteur choisit d’explorer son sujet annĂ©e par annĂ©e, en ralentissant l’allure sur celle qui est nettement faste (1964 rĂ©unit les noms de Riley, Nono, Jolas, Coltrane et Young). Il fractionne la pĂ©riode auscultĂ©e en plusieurs parties introduites par quelques pages d’histoire politico-artistique qui ravivent le contexte social de l’époque. On en comptait cinq dans le premier tome, elles sont deux ici – 1963-1973 : Les sens d’un labyrinthe et 1974-1989 : Le vol des certitudes.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, alors que les premiers conflits du XXe siĂšcle ont cimentĂ© des interactions internationales, chaque Ă©vĂ©nement trahit la rivalitĂ© entre USA et URSS, que soit abattu un Ă©tudiant anonyme ou un leader politique. Soutenus par ces gĂ©ants cyniques, les peuples colonisĂ©s revendiquent l’autonomie – donnant lieu, pour le contexte français, aux guerres d’Indochine (1946-1954) et d’AlgĂ©rie (1954-1962) –, tandis que des dictatures apparaissent sur divers continents – Kosmicki dĂ©nombre vingt-huit coups d’État rĂ©ussis en Afrique, entre 1964 et 1975.

S’affirmant toujours plus face Ă  l’Europe, les Nord-amĂ©ricains cherchent leur inspiration vers le Sahara (Reich, Riley) ou le Gange (Glass, Young), Ă  travers un minimalisme qui combine agitation et philosophie. L’art sonore s’ouvre Ă  l’Autre (Ă©trangers, interprĂštes, etc.), Ă  la rigueur technologique (Bayle, Chowning, Ferrari, Henry, Parmegiani, Risset) comme Ă  l’improvisation. Pour certains, cela implique de rejeter le sĂ©rialisme (Boucourechliev, Dutilleux, Landowski, Ohana, Xenakis) et, plus largement, la tabula rasa ou la chapelle (Berberian, Kagel, Nono, Zappa).

Sans grand risque, nous avions prĂ©dit le retour de Berio, Boulez et Ligeti – Sinfonia, RĂ©pons, Continuum et Études pour piano sont analysĂ©s en quelques pages chacun, selon le principe du livre. Ces maĂźtres cĂŽtoient dĂ©sormais des confrĂšres tournĂ©s vers l’hĂ©donisme (Grisey, Lindberg, Murail) ou la mystique (GĂłrecki, GoubaĂŻdoulina, Harvey, PĂ€rt, Schnittke, Taverner). Alors que Berlin retrouve son intĂ©gritĂ©, la notion d’avant-garde est moribonde. Mais d’autres courants apparaissent (saturationniste, extra-occidentaux, etc.), qui feront l’objet d’un troisiĂšme et dernier volume. Prenons rendez-vous !

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Laurent Bergnach
Anaclase 05 janvier 2015