Musiques savantes Tome II
De Ligeti Ă la fin de Guerre Froide 1963-1989
Un outil dâune rare valeur pour comprendre et mettre en perspective la multitude du XX^e^ siĂšcle.
Franpi Barriaux â Citizen Jazz
Au passage des annĂ©es 1960, les musiques savantes occidentales ne voient pas se tarir lâextraordinaire profusion stylistique qui les a caractĂ©risĂ©es dĂšs le dĂ©but du siĂšcle. Bien au contraire, les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales continuent de cĂŽtoyer les hĂ©ritages historiques en un labyrinthe sonore phĂ©nomĂ©nal : minimalisme, collage, happening, théùtre musical, alĂ©atoire, improvisation⊠Puis, aprĂšs lâĂ©lan rĂ©volutionnaire de 1968, lâhistoire va changer la donne. Les mĂ©tissages, la pop music, le free jazz, la world music et la mondialisation brouillent la lecture dâun paysage musical qui se cherche alors que lâOccident voit sa position considĂ©rablement remise en question dans le monde.
Comme dans le premier volume, Guillaume Kosmicki sâattache Ă dĂ©crypter simplement et au travers dâun choix dâĆuvres emblĂ©matiques du rĂ©pertoire les tendances les plus reprĂ©sentatives de la musique de notre temps. Câest toujours Ă la lumiĂšre de lâhistoire quâil explique les esthĂ©tiques musicales abordĂ©es. De Nono Ă Adams, de Parmegiani Ă Coltrane, en passant par Boucourechliev, Reich, Xenakis, Pink Floyd, Grisey, Lindberg et tant dâautresâŠ
Revue de presse
- Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la musique moderne Jean Huber Musique contemporaine 28 août 2017
- Découvrir la musique du 20e siÚcle Laurent Mettraux Revue Musicale Suisse-Romande Décembre 2015
- Musiques savantes Tome II Franpi Barriaux Citizen Jazz 7 septembre 2015
- Musiques savantes Tome II Jean-Marc Warszawski musicologie.org 5 septembre 2015
- Invité : Guillaume Kosmicki Thomas Baumgartner France Culture // L'Atelier du son 24 avril 2015
- Musiques savantes Tome II Noé Gaillard Daily Books 10 mars 2015
- L'Ăąge des utopies Franck Mallet Classica Mars 2015
- Trois bouquins pour les fĂȘtes Olivier Pernot Trax DĂ©cembre / Janvier 2015
- La saga des musiques savantes : de l'électronique à la pop Maxence Grugier Le Sucre 5 janvier 2015
- Musiques savantes et autres avec Guillaume Kosmicki MichĂšle Tosi ResMusica 6 janvier 2015
- Interview de Guillaume Kosmicki Dominique Janvrey Radio Campus OrlĂ©ans // Ămission des littĂ©ratures 5 janvier 2014
- L'Objet sonore Laurent Bergnach Anaclase 05 janvier 2015
La journaliste Raphaëlle Tchamitchian reçoit Guillaume Kosmicki pour un entretien vidéo consacré aux trois tomes des Musiques savantes.
Ăa fait des annĂ©es que, dans mes articles pour la presse musicale, jâĂ©cris que les styles sont dorĂ©navant obsolĂštes, que les frontiĂšres entre les genres nâont plus lieu dâĂȘtre et que les musiciens se nourrissent de toutes les influences qui sont Ă leur portĂ©e indiffĂ©remment de leur provenance. Autour de moi, câest un fait acquis pour tout le monde. Pourtant, on ne cesse de (se) le rĂ©pĂ©ter, et ce depuis au moins 10 ans, ce qui prouve que ça ne doit pas ĂȘtre si Ă©vident que ça. En effet, lâinstitution semble Ă la traĂźne â beaucoup de musiciens doivent se battre pour exister parce quâils ne cochent pas les bonnes cases, ou parce quâils en cochent trop Ă la fois â et, parfois, ce sont les artistes eux-mĂȘmes qui sâenferment dans des chapelles (le jazz en est un exemple particuliĂšrement friand).
En proposant un Ă©largissement de la dĂ©finition des âmusiques savantesâ, le musicologue Guillaume Kosmicki ajoute sa pierre Ă lâĂ©difice. Comme il lâexplique longuement dans lâentretien, de la dĂ©finition originale il ne retient quâune partie, afin de pouvoir intĂ©grer dans le tiroir des musiques dâart, Ă cotĂ© de Debussy, Steve Reich et John Cage, des artistes aussi divers que Pink Floyd, John Coltrane, Björk ou John Zorn. Certains ont pu le lui reprocher, ici nous le saluons. Et si la musique Ă©crite domine son ouvrage, nous avons volontairement choisi dâĂ©voquer aussi quelques artistes dits de âmusique populaireâ issus de sa sĂ©lection, pour contribuer encore un peu plus Ă faire tomber ces maudites barriĂšres. Notre (longue) discussion dessine ainsi une vue dâensemble de la musique occidentale du XXe siĂšcle, forcĂ©ment incomplĂšte, mais, je lâespĂšre, stimulante.
*Rendez-vous sur Hors-SĂ©rie pour voir lâentretien avec G. Kosmicki
Un triple livre sur la musique moderne et contemporaine, câest une aubaine tellement rare que lâon est tentĂ© de fermer les yeux et de recommander lâinitiative (de surcroĂźt avec un petit Ă©diteur aventureux).
Le premier volume paru il y a dĂ©jĂ presque 5 ans paraissait attractif mais comme il concernait essentiellement la pĂ©riode dâavant celle couverte par le prĂ©sent site web, jâai prĂ©fĂ©rĂ© attendre de connaĂźtre le projet complet et je remercie son auteur Guillaume Kosmicki de lâavoir compris et dâavoir Ă©tĂ© patient.
Voici les titres des 3 volumes dans lâordre anti-chronologique :
Musiques savantes Tome III, de John Zorn Ă la fin du monde, et aprĂšs⊠1990-2015 (parution : 15/06/2017, 336 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome II, de Ligeti Ă la fin de Guerre Froide 1963-1989 (parution : 20/11/2014, 400 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome I, de Debussy au mur de Berlin 1882-1962 (parution : 18/10/2012, 432 pages, 23 âŹ)
Disons-le dâemblĂ©e, notamment pour les gens pressĂ©s qui ne liront pas la suite, lâachat des 3 volumes (ou seulement du 3Ăšme volume qui vient de sortir, si vous possĂ©dez les 2 premiers) peut ĂȘtre engagĂ© les yeux fermĂ©s, et en tout cas, cet achat pour soi ou en cadeau (pour faire dĂ©couvrir cette musique de notre temps, notre musique, la musique de nos crĂ©ateurs) est ici vivement recommandĂ©.
AprÚs une courte interview de son auteur (réalisée fin Juin), les fondements de ce soutien objectif seront détaillés et argumentés (en relief et en creux), mais, auparavant, voici 4 séries de raisons express pour emporter votre décision :
â lâauteur a un sens remarquable de la bonne vulgarisation didactique (rendre accessible un sujet difficile au plus grand nombre, tout en restant exact et solide)
- la sĂ©lection de compositeurs et de piĂšces emblĂ©matiques est certes engagĂ©e-assumĂ©e et personnelle, mais Ă large spectre, consensuelle, rĂ©aliste, et sans biais-partialitĂ© majeurs (dâailleurs, pour Ă©largir le champs des possibles, Ă la fin de chaque compositeur-piĂšce choisi, sont listĂ©es dâautres pistes dâĂ©coute possible, dâautres approches transverses, souvent attractives)
la sĂ©lection est astucieusement complĂ©tĂ©e par des chapitres de respiration consacrĂ©s aux mouvements socio-politiques, culturels ou esthĂ©tiques des arts de la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, ou Ă la grande et petite Histoire (des dimensions qui influencent fortement lâinspiration des compositeurs et des artistes en gĂ©nĂ©ral) - lâauteur ne fait clairement pas partie du microcosme parisianiste car son style est vivant et direct (pas ampoulĂ©, pas allusif au second degrĂ©, pas hermĂ©tique-savant), sans dĂ©tour, sans aplomb vertical-doctoral, sans pĂ©dantisme et sans jargon, maniant agrĂ©ablement lâanecdote pimpante, le dĂ©tail colorĂ© et les faits rĂ©alistes, ou les explications claires (il y a quand mĂȘme un glossaire en fin de volume)
Voici, maintenant, les réponses à 3 questions posées à Guillaume Kosmicki (le 28 Juin 2017) :
MCI : «Comment ĂȘtes-vous venu Ă la musique ?»
G.K. : «Je nâai pas un parcours classique, car je ne suis pas issu dâune famille de musiciens (mes parents nous ont offert lâopportunitĂ© de nous intĂ©resser Ă de nombreuses activitĂ©s, sport, peinture, musique etc. Pour ma part, jâai commencĂ© avec passion lâĂ©tude du violon Ă 6 ans et plus tard la guitare en autodidacte) ; ensuite câest un Bac option C, et trĂšs tĂŽt un objectif musicologie (ethnomusicologie, anthropologie, sociologie de la musique, sĂ©miologie, hermĂ©neutique musicale) Ă lâUniversitĂ© dâAix-en-Provence (mĂȘme si aujourdâhui je suis un Breton dâadoption, solidement ancrĂ© dans le Morbihan) ; enfin, mes recherches universitaires ont portĂ© sur la techno, lâĂ©lectro, les Free Parties et les Raves ; au final, ma carriĂšre professionnelle correspond Ă mes choix de jeunesse, car je donne essentiellement des confĂ©rences en freelance dans les conservatoires, les universitĂ©s (Aix-en-Provence, Metz, Paris VIII), les mĂ©diathĂšques, pour des associations dâamateurs dâarts, des festivals, des salles de concert etc. et puis je continue ma pratique musicale en amateur (dans un orchestre de chambre, Ă Vannes et pour la musique de scĂšne dans une troupe de théùtre Ă Pontivy), et bien sĂ»r jâai aussi un site Internet personnel, ICI»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous venu Ă Ă©crire ce triple volume dĂ©diĂ© Ă la musique moderne-contemporaine ?»
G.K. : «certainement, par passion, par expĂ©rience transversale et par raison professionnelle ; ma premiĂšre chance est dâavoir Ă©tĂ© contactĂ© par le mĂȘme Ă©diteur pour Ă©crire un premier livre sur les musiques Ă©lectroniques (intitulĂ© Musiques Ă©lectroniques : Des avant-gardes aux dance floors, 2009) ; il mâa ensuite interrogĂ© sur lâopportunitĂ© dâun autre livre dĂ©veloppant le sujet des musiques savantes du XXe siĂšcle, dĂ©jĂ abordĂ© dans le prĂ©cĂ©dent ouvrage⊠et câĂ©tait parti ; ensuite, par passion, la musique câest ma vie, professionnelle et personnelle (mes confĂ©rences mâaident beaucoup Ă affiner ma communication auprĂšs de publics trĂšs variĂ©s et me servent Ă dĂ©finir la bonne formulation en terme de vulgarisation didactique dans mes Ă©crits) ; et enfin, Ă©crire un livre est pour moi apporter modestement ma contribution Ă lâĂ©difice de la connaissance, un regard, un point de vue, un angle diffĂ©rent ; il ne sâagit pas de remĂącher banalement ce qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dit ; il faut pour cela convaincre son Ă©diteur, les mĂ©dias mais surtout ses lecteurs (en mĂȘme temps, mes livres servent de complĂ©ments durables aux participants Ă mes confĂ©rences)»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous arrivĂ© Ă ces choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (en nombre limitĂ© sur les 3 volumes) ?»
G.K. : «tout dâabord je voudrais dire quâau dĂ©part il ne devait y avoir quâun seul livre (un seul volume) et puis comme ma sĂ©lection sâenrichissait de plus en plus, jâai Ă©crit, jâai Ă©crit tant et plus, et il y a eu 2 livres au programme, puis 3 ! (et je veux saluer ici la souplesse infinie de mon Ă©diteur face Ă ma prolixitĂ©) ; et au sein de ce projet, mon objectif Ă©tait de parler sans les survoler des musiques des 25 derniĂšres annĂ©es (aprĂšs 1990), encore trĂšs peu abordĂ©es (le volume 3) ; ensuite, jâai travaillĂ© sur une base limitĂ© de compositeurs incontournables par leur personnalitĂ©, par leurs choix visionnaires (trĂšs peu de compositeurs sont citĂ©s plus dâune fois⊠VarĂšse, bien sĂ»r, Webern, Ligeti, Boulez, Chostakovitch), avant dâĂ©largir avec Ă©clectisme et sans a priori (et en rapport avec les repĂšres historiques) ; enfin, je me suis fixĂ© des rĂšgles dans mes choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce, Ă savoir la volontĂ© de ne pas ĂȘtre uniquement Franco-Français, ni trop Allemand, Italien ou AmĂ©ricain), et aussi la nĂ©cessitĂ© dâun Ă©quilibre au niveau des genres choisis (depuis lâopĂ©ra jusquâaux oeuvres pour instrument soliste en passant par lâĂ©lectroacoustique et la musique mixte), afin de disposer dâun panel large, et enfin du prĂ©-requis que tous les choix soient disponibles Ă lâĂ©coute en CD (il nây a quâune exception, et elle est dans la tendance actuelle, le choix de la piĂšce dâEnno Poppe est seulement disponible Ă lâĂ©coute sur Internet)»
Voici, maintenant, une analyse critique (en relief et en creux) des 3 volumes, aprÚs lecture attentive, renouvelée :
Tout dâabord, sur les choix fondamentaux.
Commençons par une incongruitĂ©-incohĂ©rence majeure entre le titre mĂȘme des livres et le contenu dĂ©taillĂ© des choix : les 3 volumes sont titrĂ©s «Musiques savantes» et lâon sâattend Ă des choix et des analyses exclusivement sur la musique dite classique pendant la pĂ©riode des 20Ăšme et 21Ăšme siĂšcles ; or, mĂȘme si les Ă©carts sont Ă la marge (autour de 10%), il nâen est rien car inclure des compositeurs comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis, Cathy Berberian, The Beatles (mais pas The Rolling Stones !), Archie Shepp, Pink Floyd, Björk fait tiquer le lecteur car ils appartiennent Ă la Pop ou au Jazz ou Ă lâImpro, donc Ă des musiques populaires, non savantes (sans dĂ©nigrement), mĂȘme si ces compositeurs, plus souvent mĂ©lodistes et arrangeurs accomplis, sont tout Ă fait respectables et quâils ont mĂȘme innovĂ© Ă leur maniĂšre (je pense ici Ă Thelonious Monk pour les rythmes asynchrones, Ă Miles Davis pour les libertĂ©s de timbres et de rythmes et pour les contructions-coordinations vertigineuses dans lâimprovisation) [note : lâauteur mâa alors demandĂ© comment je dĂ©finierais les musiques non savantes⊠et jâai rĂ©pondu que historiquement au moins les musiques non savantes, quelles quâelles soient, sâĂ©teignaient avec leur temps, ou peu aprĂšs] ; Ă©galement, malgrĂ© la fiĂšvre quâils ont apportĂ© aux hits-parade en leur temps, les choix de Gordon Mumma, Morton Subotnick, Meredith Monk, John Zorn, Charlemagne Palestine, Nico Muhly, Kasper Toeplitz paraissent excessifs, eu Ă©gard Ă leur notoriĂ©tĂ© en Europe et Ă leur musique que je jugerai ~~mais câest personnel~~ assez peu composĂ©e et bien moins savante et inspirĂ©e que des compositeurs qui semblent avoir Ă©tĂ© injustement oubliĂ©s (cf. plus loin).
Ensuite, sur la construction de chaque volume, il faut noter un choix fondĂ© de commencer, pour expliquer la destinĂ©e de la musique moderne, en remontant assez loin dans le temps, en substance Wagner (chromatisme), Franck (improvisations) et le dernier Liszt (atonalitĂ©), il faut noter une variĂ©tĂ© de bonne aloi dans la construction de chaque volume (dans le volume 1, câest surtout lâintroduction historico-esthĂ©tique qui est longue, suivie de courtes respirations qui sont priviliĂ©giĂ©es entre les sĂ©lections, dans le volume 2, Ă lâimage de cette pĂ©riode assez indĂ©cise sur le plan historique et musical, câest plutĂŽt 2 intros assez longues avant les sĂ©lections et des explications sur les expĂ©rimentations musicales prolifĂ©rantes, dans le volume 3, Ă lâimage dâun monde plus stable et plus trivial, il y a une longue introduction (due Ă la diversitĂ© des esthĂ©tiques musicales), avant un important post-sriptum et des interviews de personnalitĂ©s musicales qui apportent une vision extĂ©rieure, voire transversale, une autre perspective Ă lâensemble) ; le volume 1, câest une extraordinaire profusion stylistique (compensĂ©e par le retour au passĂ© avec le nĂ©oclassicisme) ; le volume 2, câest les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales, parallĂšlement au progressisme issu de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente ; le volume 3, câest le parcours individuel avec synthĂ©tisme multiples (mĂ©tissage planĂ©taire, influence des rĂ©seaux, post-spectraux, gĂ©nĂ©ralisation de lâinformatique au service de la culture du son, persistance du minimalisme, transversalitĂ© entre formes artistiques et vague nostalgique souvent prĂ©fixĂ©e de «nĂ©o»).
Enfin, sur les sĂ©lections principales compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (au total, 168, chacune avec 3 Ă 6 pages dâanalyse, sans compter les pistes supplĂ©mentaires ; commençons par souligner la diversitĂ© esthĂ©tique (rien de majeur oubliĂ©) et de nationalitĂ© (bien sĂ»r il y a un biais inĂ©vitable en faveur des compositeurs Français ~~sur le prĂ©sent site web MCI, aussi !~~ car en concert sur le vif ou Ă la radio, on Ă©coute en France en prioritĂ© des compositeurs Français vivants, et la distribution des disques en France suit la mĂȘme dĂ©marche) ; dans le dĂ©tail, dans le 1er volume, peu de commentaires (le temps a dĂ©jĂ marquĂ© sa trace) sauf pour sâĂ©tonner, comme point de couture entre les siĂšcles, de la prĂ©sence de FaurĂ© (regard vers le passĂ© ?) et de Puccini (Ă©galement passĂ©iste, mais selon lâauteur, il sâagit ici de saluer les livrets anticipateurs du cinĂ©ma et la musique prĂ©monitrice des B.O.F.), puis dans les 2Ăšme et 3Ăšmes volumes, de la prĂ©sence de la rock-star Frank Zappa (certes adoubĂ© par Boulez) et du jazzman Anthony Braxton, qui ont tous deux Ă©margĂ© Ă la musique contemporaine, mais qui objectivement sont des compositeurs (en terme de technique compositionnelle) de deuxiĂšme choix (voire un brin amateurs) ; et Ă lâinverse de lâabsence de Luigi Russolo et des premiers micro-tonaux (ou, plus tard, de Ivan Wyschnegradsky), puis pour la pĂ©riode de la guerre, de lâoubli des compositeurs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (selon les Nazis) et qui ont pĂ©ri avec la Shoah (par exemple, Ullmann) ; dâailleurs de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et câest une tendance gĂ©nĂ©rale aujourdâhui, on peut parler, pour les compositeurs correspondant aux annĂ©es 1960-75, vĂ©ritablement de «gĂ©nĂ©ration oubliĂ©e» (post-sĂ©rielle, anti-sĂ©rielle, et autour), avec les oublis discutables de (par ordre alphabĂ©tique) Gilbert Amy, de Friedrich Cerha, de Nguyen-Thien Dao, de James Dillon, de Roberto Gerhard, dâAlberto Ginastera, de Karel Goeyvaerts, dâAndrĂ© Jolivet, de Xavier Montsalvatge, de Luis de Pablo, dâHenri Pousseur, dâEliane Radigue, de Horatiu Radulescu, de Valentyn Silvestrov, de Mathias Spahlinger, de Michael Tippett, de Claude Vivier, etc. (mais il fallait faire des choix et le temps leur donnera peut-ĂȘtre raison, et il oubliera certains de ceux sĂ©lectionnĂ©s Ă leur place) ; enfin, et plus important, cĂŽtĂ© injustice, il manque cruellement des compositeurs qui ont innovĂ© magistralement et dont la personnalitĂ© musicale est forte (et la musique prĂ©gnante, objectivement) : Galina Ustvolskaya (radicale), Conlon Nancarrow (rythmes superposĂ©s, qui ont tant influencĂ© Ligeti, derniĂšre maniĂšre), le regrettĂ© Christophe Bertrand (rythmes en spirale), MichaĂ«l Levinas (1er spectralisme, puis rĂ©sonance et polyrythmies complexes), Thierry PĂ©cou (sons et couleurs exotiques, avec rythmes asynchrones), Rebecca Saunders (rĂ©sonance en fuite), Hans Abrahamsen (dissonances imbriquĂ©es), Georg Friedrich Haas (microtonalitĂ© pulsĂ©e), sans oublier les 2 compĂšres saturateurs Yann Robin et Franck Bedrossian (de RaphaĂ«l Cendo, seul sĂ©lectionnĂ©, hĂ©las), et pourquoi pas les 3 professeurs Français de composition du CNSMDP, figures de prou de la modernitĂ© actuelle (FrĂ©dĂ©ric Durieux, Yan Maresz, GĂ©rard Pesson), notamment en informatique musicale.
En rĂ©sumĂ©, certainement, un must-achat de 3 livres incontournables (bravos Ă lâauteur !) par leur didactisme, par leur prosĂ©litisme Grand-Public, par lâaudience trĂšs large visĂ©e⊠les mĂ©lomanes du rĂ©pertoire, les curieux de la Musique Contemporaine (comme pour ce site web MCI !) et tous les autres qui aiment dĂ©couvrir des musiques, notamment celles des compositeurs des annĂ©es 2000, accessibles Ă tous, Ă partir, pourquoi pas, du Rock, du Jazz, de lâimpro, de la Pop, de lâĂlectro populaire (etc.)⊠et pour terminer en guise de conclusion temporaire, un souhait un peu fou, celui de voir publier dans un futur indĂ©terminĂ© (lâauteur a le temps devant lui, il nâa que 43 ans) un 4Ăšme volume (au moins !) qui Ă©clairera les nouvelles tendances, les nouveaux compositeurs Ă©mergents de demain (encore inconnus) et mĂȘme dâaujourdâhui quâil nâa pas sĂ©lectionnĂ©s (ils sont nombreux), et qui rĂ©parera les quelques oublis-injustices majeurs soulignĂ©s ici !
Addendum : Guillaume Kosmicki a aimablement acceptĂ© dâinclure, en exclusivitĂ© pour les lecteurs de cet Ă©dito, la liste des compositeurs-piĂšces sĂ©lectionnĂ©s dans ce triptyque, avec lâannĂ©e de composition (pas lâannĂ©e de crĂ©ation, comme dans MCI) ; le lecteur attentif la comparera, sur le prĂ©sent site web, Ă la SĂLECTION de piĂšces-compositeurs (pas lâinverse, comme dans les 3 livres) et au XXL-SCOPE de MCI, et constatera Ă©normĂ©ment de points communs et quelques diffĂ©rences (complĂ©mentaritĂ©s) dont il fera son mielâŠ
Franz Liszt, âLa Lugubre Gondoleâ (1882) | CĂ©sar Franck, âChoral n°3â (1890) | Gabriel FaurĂ©, âPrisonâ (1894) | Scott Joplin, âRagtimesâ (1899-1909) | Giacomo Puccini, âToscaâ (1900) | Claude Debussy, âPellĂ©as et MĂ©lisandeâ (1902) | Leos Janacek, âJenufaâ (1903) | Anton Webern, âLangsamer Satzâ (1905) | Claude Debussy, âImages, Livres 1 et 2â (1905-1907) | Richard Strauss, âSalomĂ©â (1905) | Gustav Mahler, âSymphonie n°8â (1906) | Maurice Ravel, âGaspard de la nuitâ (1908) | BĂ©la BartĂłk, âQuatuors Ă cordesâ (1909-1939) | Alexandre Scriabine, âPromĂ©thĂ©e ou Le PoĂšme du feuâ (1910) | Arnold Schoenberg, âPierrot lunaireâ (1912) | Henry Cowell, âPiano Musicâ (1912-1930) | Igor Stravinski, âLe Sacre du printempsâ (1913) | Charles Ives, âConcord Sonataâ (1915) | Erik Satie, âParadeâ (1917) | Darius Milhaud, âLe BĆuf sur le toitâ (1919) | Jean Cocteau et le Groupe des Six, âLes MariĂ©s de la Tour Eiffelâ (1921) | Paul Hindemith, âKammermusikâ (1921-1927) | Alban Berg, âWozzeckâ (1922) | Manuel De Falla, âLe Retable de MaĂźtre Pierreâ (1923) | Arthur Honegger, âMouvements symphoniques 1-3â (1923-1932) | George Antheil, âBallet mĂ©caniqueâ (1925) | Alexandre Mossolov, âZavod (Les Fonderies dâacier)â (1926) | Igor Stravinski, âOedipus Rexâ (1927) | Louis Armstrong, âWest End Bluesâ (1928) | Kurt Weill, âLâOpĂ©ra de Quatâsousâ (1928) | Maurice Ravel, âBolĂ©roâ (1928) | Heitor Villa-Lobos, âBachianas Brasileiras 1-9â (1930-1945) | Edgar VarĂšse, âIonisationâ (1931) | Arnold Schoenberg, âMoĂŻse et Aronâ (1932) | Dimitri Chostakovitch, âLady Macbeth de Mzenskâ (1932) | Edgar VarĂšse, âEcuatorialâ (1934) | Paul Hindemith, âMatis der Malerâ (1935) | George Gershwin, âPorgy and Bessâ (1935) | Alban Berg, âConcerto Ă la mĂ©moire dâun angeâ (1935) | BĂ©la BartĂłk, âMusique pour cordes, percussion et cĂ©lestaâ (1936) | Samuel Barber, âQuatuor Ă cordesâ (1936, revisĂ© 1943) | Anton Webern, âQuatuor Ă cordes op. 28â (1938) | SergueĂŻ Prokofiev, âAlexandre Nevskiâ (1938) | John Cage, âImaginary Landscapes 1-5â (1939-1952) | Duke Ellington, âKo-koâ (1940) | Luigi Dallapiccola, âCanti di prigioniaâ (1941) | Dimitri Chostakovitch, âSymphonie n°7 «Leningrad»â (1941) | Harry Partch, âBartsowâ (1941, revisĂ© 1968) | Ernst Krenek, âLamentatio Jeremiae Prophetiaeâ (1942) | Aaron Copland, âFanfare for the Common Manâ (1942) | SergueĂŻ Prokofiev, âSonate pour piano n°7â (1942) | Thelonious Monk, ââRound Midnightâ (1944) | Benjamin Britten, âPeter Grimesâ (1945) | Pierre Schaeffer, âCinq Ă©tudes de bruitsâ (1948) | Olivier Messiaen, âTurangalĂźla-Symphonieâ (1948) | John Cage, âSonatas and Interludes for Prepared Pianoâ (1948) | Pierre Schaeffer et Pierre Henry, âSymphonie pour un homme seulâ (1950) | Karlheinz Stockhausen, âKreuzspielâ (1951) | Jean BarraquĂ©, âSonate pour pianoâ (1952) | Bruno Maderna, âMusica su due dimensioniâ (1952) | Iannis Xenakis, âMetastasisâ (1954) | Pierre Boulez, âLe Marteau sans maĂźtreâ (1954) | Edgard VarĂšse, âDĂ©sertsâ (1954) | Leonard Bernstein, âWest Side Storyâ (1957) | Miles Davis, âAscenseur pour lâĂ©chafaudâ (1957) | Francis Poulenc, âLa Voix humaineâ (1958) | Olivier Messiaen, âCatalogue dâoiseauxâ (1958) | Luciano Berio, âSequenza I-XIVâ (1958-2002) | Giacinto Scelsi, âQuattro pezzi su una notaâ (1959) | Krzysztof Penderecki, âThrĂšne Ă la mĂ©moire des victimes dâHiroshimaâ (1960) | Hans Werner Henze, âElegie fĂŒr junge Liebendeâ (1961) | György Ligeti, âAventuresâ (1962) | Benjamin Britten, âWar Requiemâ (1962) | Bernd AloĂŻs Zimmermann, âDie Soldatenâ (1963, 1965) | Terry Riley, âIn Câ (1964) | Luigi Nono, âLa Fabbrica illuminataâ (1964) | Betsy Jolas, âQuatuor IIâ (1964) | John Coltrane, âA Love Supremeâ (1964) | La Monte Young, âWell-Tuned Pianoâ (1964-20??) | Cathy Berberian, âStripsodyâ (1966) | The Beatles, âSgt. Pepperâs Lonely Hearts Club Bandâ (1967) | Gordon Mumma, âHornpipeâ (1967) | Morton Subotnick, âSilver Apples of the Moonâ (1967) | Archie Shepp, âThe Magic of Ju-Juâ (1967) | Maurice Ohana, âSyllabaire pour PhĂšdreâ (1967) | AndrĂ© Boucourechliev, âArchipel I Ă IV, Anarchipelâ (1967-1970) | Iannis Xenakis, âPolytopesâ (1967-1978) | Karlheinz Stockhausen, âStimmungâ (1968) | György Ligeti, âContinuumâ (1968) | Pierre Henry, âLâApocalypse de Jeanâ (1968) | Luciano Berio, âSinfoniaâ (1968-1969) | Frank Zappa, âUncle Meatâ (1969) | François Bayle, âJeĂźta ou Murmure des eauxâ (1970) | Pink Floyd â Ron Geesin, âAtom Heart Motherâ (1970) | Mauricio Kagel, âAcusticaâ (1970) | George Crumb, âBlack Angelsâ (1970) | Henri Dutilleux, âTout un monde lointainâŠâ (1970) | Luc Ferrari, âPresque rien n°1 Ă 4â (1970-1998) | Toru Takemitsu, âIn an Autumn Gardenâ (1973, â1979) | GĂ©rard Grisey, âLes Espaces acoustiquesâ (1974-1985) | Bernard Parmegiani, âDe Natura Sonorumâ (1975) | Steve Reich, âMusic for Eighteen Musiciansâ (1976) | Philip Glass et Bob Wilson, âEinstein on the Beachâ (1976) | Henryk Gorecki, âSymphonie n°3â (1976) | Alfred Schnittke, âConcerto grosso n°1â (1977) | Arvo PĂ€rt, âTabula rasaâ (1977) | John Chowning, âStriaâ (1977) | Meredith Monk, âDolmen Musicâ (1979) | Olivier Greif, âSonate de requiemâ (1979, rĂ©visĂ© 1992) | György KurtĂĄg, âMessages de feu Demoiselle R.V. Troussovaâ (1980) | Sofia GoubaĂŻdoulina, âOffertoriumâ (1980) | Pierre Boulez, âReponsâ (1981-1984) | Jonathan Harvey, âBhaktiâ (1982) | Tristan Murail, âDĂ©sintĂ©grationsâ (1982) | Witold Lutoslawski, âSymphonie n°3â (1983) | Morton Feldman, âString Quartet IIâ (1983) | Michel Redolfi, âSonic Waters #2â (1983-1989) | Jean-Claude Risset, âSudâ (1985) | Magnus Lindberg, âKraftâ (1985) | György Ligeti, âĂtudes pour pianoâ (1985-2001) | Brian Ferneyhough, âString Quartet n°3â (1987) | John Adams, âNixon in Chinaâ (1987) | John Tavener, âThe Protecting Veilâ (1988) | John Zorn, âNaked Cityâ (1990) | Thierry Escaich, âEsquisses 1-4â (1990-1993) | François-Bernard MĂąche, âKengirâ (1991) | Marco Stroppa, âMiniature estroseâ (1991-2001) | Hanspeter Kyburz, âCellsâ (1994) | Philippe Manoury, âEn Ă©choâ (1994) | Michael Jarrell, âCassandreâ (1994) | Kaija Saariaho, âChĂąteau de lâĂąmeâ (1995) | Wolfgang Rihm, âJagden und Formenâ (1995-2001) | Christian ZanĂ©si, âArkheionâ (1995-1996) | PĂ©ter Eötvös, âTrois SĆursâ (1997) | Thomas AdĂšs, âAsylaâ (1997) | Xu Yi, âLe Plein du Videâ (1997) | Pascal Dusapin, âDona eisâ (1997) | Charlemagne Palestine, âSchlongo!!!daLUVdroneâ (1998) | Fausto Romitelli, âProfessor Bad Trip, Lessons I-IIIâ (1998-2000) | Olga Neuwirth, âClinamen â Nodusâ (1999) | Bruno Mantovani, âLa Morte Meditataâ (1999) | Helmut Lachenmann, âQuatuor Ă cordes n°3 Gridoâ (2001) | Toshio Hosokawa, âRe-turningâ (2001) | Aphex Twin, âDrukqsâ (2001) | Steve Reich â Beryl Korot, âThree Talesâ (2002) | Emmanuel Nunes, âImprovisation II â Portraitâ (2003) | Georges Aperghis, âAvis de tempĂȘteâ (2004) | Klaus Huber, ââŠĂ lâĂąme de descendre de sa monture et aller sur ses pieds de soieâŠâ (2004) | Björk, âMedullaâ (2004) | Martin Matalon, âTraces I-VIIâ (2004-2008) | Nico Muhly, âBright Mass with Canonsâ (2005) | Samuel Sighicelli, âMarĂ©e noireâ (2005) | Saed Haddad, âLes Deux Visages de lâOrientâ (2006) | RaphaĂ«l Cendo, âDĂ©combresâ (2006) | Heiner Goebbels, âStifters Dingeâ (2007) | Beat Furrer, âConcerto pour pianoâ (2007) | Ivan Fedele, âEn archĂšâ (2008) | Alberto Posadas, âLiturgia Fractalâ (2008) | Matthias Pintscher, âsonic eclipseâ (2010) | Zad Moultaka, âZajalâ (2010) | Anthony Braxton, âComposition n°272â (2011) | Salvatore Sciarrino, âCantiere del poemaâ (2011) | Kasper T. Toeplitz, âInoculate?â (2011) | Philippe Hersant, âInstants limitesâ (2012) | George Benjamin, âWritten on Skinâ (2012) | Enno Poppe, âFilzâ (2014)
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Faire dĂ©couvrir la diversitĂ© des oeuvres importantes du 20^e^ siĂšcle, tel est le but des deux premiers tomes dâun ouvrage qui en comprendra trois, parus aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Dans ses présentations, en général sur trois à six pages, de 123 oeuvres emblématiques des années 1882 à 1962 (tome 1) et 1963
Ă 1989 (tome 2), Guillaume Kosmicki ne se contente pas seulement d;une approche vivante des compositeurs et des oeuvres choisies, il les replace Ă©galement dans leur Ă©poque et en relation tant avec le passĂ© quâavec le futur. Pensant que âtout artiste est forcĂ©ment le fruit de son Ă©poque et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il sâinscrit ou refuse de sâinscrireâ, il fait preuve dâouverture dâesprit face aux diffĂ©rentes esthĂ©tiques qui forment la richesse de la musique du 20e siĂšcle. Le but de lâauteur nâest pas lâexhaustivitĂ© (on nây trouvera par exemple ni Sibelius, ni Szymanowski, ni Nancarrow), mais de brosser un vaste panorama (de Liszt Ă Tavener, de Joplin Ă Pan, en passant
par Cage, Xenakis, Ligety ou Grisey) dâun siĂšcle oĂč la musique sâest diversifiĂ©e Ă lâextrĂȘme. Un Ă©quilibre a Ă©tĂ© recherchĂ© dans le premier volume entre les diffĂ©rents genres prĂ©sentĂ©s : opĂ©ra, ballet, musique de chambre, musique symphonique, oeuvres pour piano, oeuvres vocales. Le second volume reflĂšte Ă©galement lâĂ©clatement des genres et lâouverture progressive des frontiĂšres vers dâautres musiques.
Aucune analyse froide ou hermĂ©tique, car le but recherchĂ© reste de faire dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir des jalons essentiels de la musique savante occidentale, et cela aussi bien aux musiciens ou mĂ©lomanes quâaux nĂ©ophytes.
Pour ces derniers, un glossaire des principaux termes musicaux utilisĂ©s se trouve Ă la fin de lâouvrage. AprĂšs avoir mis lâeau Ă la bouche du lecteur, Guillaume Kosmicki propose une version sur disque de chaque piĂšce analysĂ©e ainsi quâun choix complĂ©mentaire dâoeuvres Ă Ă©couter. Dans de vastes introductions Ă chaque pĂ©riode, lâauteur fait preuve de talent pour dĂ©crire le contexte historique, sociologique et culturel, de mĂȘme que les grands mouvements sous-jacents qui tissent la trame dans laquelle sâinsĂšrent les compositeurs et leurs oeuvres.
Auteur en 2012 du premier tome de Musiques savantes, sous-titrĂ© De Debussy au Mur de Berlin (1882-1962), Guillaume Kosmicki propose chez son fidĂšle Ă©diteur Le Mot et le Reste la suite de cette aventure du XXe siĂšcle vue par le prisme des Ćuvres et des compositeurs. De Ligeti Ă la fin de la Guerre froide sâintĂ©resse au mĂȘme rapport intime entre lâĆuvre, son auteur et son cadre historique, et reprend le fil de lâhistoire lĂ oĂč lâauteur sâĂ©tait arrĂȘtĂ© â dans un monde bipolaire excitĂ© par les prĂ©mices de la pop culture et guidĂ© par une foi quasi aveugle en une science Ă©clairĂ©e et toute puissante, dĂ©barrassĂ©e de la barbarie. Câest ainsi que dans la premiĂšre partie du livre, non sans avoir contextualisĂ© Ă nouveau les enjeux politiques et culturels des annĂ©es 60, Kosmicki prĂ©sente des artistes en rupture avec lâancien monde qui tentent, dans la mondialisation naissante, de sâaffranchir des unitĂ©s de temps et de lieu. Quitte Ă chercher lâinspiration dans la musique ancienne, Ă lâautre bout du monde ou mĂȘme au cĆur des machines.
Certains sont Ă la recherche de nouveaux langages, comme Terry Riley ou Luigi Nono. Dâautres se servent de leur assise populaire pour tenter toutes les expĂ©rimentations. Les Beatles ou Pink Floyd figurent Ă leur juste place entre Pierre Henry ou La Monte Young. Quelques-uns enfin se dĂ©saffilient du sĂ©rialisme ambiant pour aller fouiller au cĆur des sons (GĂ©rard Grisey, dont lâauteur de Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes au dance-floor martĂšle Ă juste titre lâimportance).
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Un outil dâune rare valeur pour comprendre et mettre en perspective la multitude du XX^e^ siĂšcle.
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Voici donc la suite dâun premier volume (de Debussy au mur de Berlin : 1882-1962) publiĂ© il y deux ans, qui conforte la bonne impression que nous avons de la dĂ©marche, mais aussi lâirrĂ©solution des questions, disons Ă©pistĂ©mologiques, quâelle soulĂšve.
Une dĂ©marche originale, qui Ă travers la description de 50 Ćuvres (quelques-unes de jazz et de rock), dresse une chronique en forme de fresque longue de 26 ans ayant comme sujet la musique savante, concept assez flou qui en fin de compte, malgrĂ© examen (voir premier volume), marque une ligne de dĂ©marcation entre ce qui est admis dans les cercles Ă©clairĂ©s des initiĂ©s et le peuple paĂŻen (au moyen-Ăąge, on disait les « simples »).
Câest une entreprise personnelle qui sort des sentiers battus et dresse un panorama musical pertinent, mĂȘme si le lecteur Ă tout coup regrettera de ne pas trouver telle ou telle Ćuvre, Ă la place de telle ou telle autre. Dans ce cas, ce livre ne lui sera pas vraiment utile, dans la mesure oĂč la connaissance lui est dĂ©jĂ acquise.
Du cĂŽtĂ© des problĂ©matiques, on relĂšve celle des pĂ©riodisations qui nâest pas abolie par le choix original qui est fait ici. Dâabord, parce que les dates de 1963 et de 1989, ne tiennent pas compte des compositeurs dont lâĆuvre crĂ©ative est dĂ©veloppĂ©e en amont et aval de ces frontiĂšres, mais aussi du fait quâune Ćuvre ne vaut pas seulement par son origine, elle vaut par son influence et sa durĂ©e de vie des envies des musiciens et des mĂ©lomanes. Ainsi, Johann Sebastian Bach, mort en 1750, renaĂźt littĂ©ralement en 1827, grĂące aux efforts de Fanny et FĂ©lix Mendelssohn, et reste de nos jours un compositeur de premier plan, Ă©clatant ainsi sa propre chronologie et les pĂ©riodisations artificielles des histoires acadĂ©miques de la musique.
Sans vouloir couper les cheveux en quatre, il manque dans ce panorama, des choses relativement importantes, comme lâengouement pour la musique du moyen-Ăąge, du plain-chant, pour les musiques des XVIIe-XVIIIe siĂšcles. De Solesmes Ă William Christrie et autres, il faut bien parler ici de crĂ©ation contemporaine (en rĂ©action au romantisme, et interrogation sur le jeu instrumental), et dans le mĂȘme ordre dâidĂ©e pour les musiques des lointains horizons, comme la dĂ©couverte des musiques de Bali ou des PygmĂ©es (et donc la gĂ©nĂ©ralisation du disque microsillon qui est aussi un Ă©vĂ©nement musical de lâĂ©poque).
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Nous espĂ©rons que ce livre rĂ©flĂ©chi, qui nâest pas un amas dâĂ©rudition aveugle, fera rĂ©flĂ©chir. Au passage, une mention pour Le mot et le reste, une belle et constante maison dâĂ©dition.
Retrouvez la chronique dans son intégralité sur le site musicologie.org
Guillaume Kosmicki est opiniĂątre et passionnĂ©, soit le bon cocktail pour fabriquer des livres savants et multiples. Câest le cas du 2e tome de Musiques savantes, sous-titrĂ© : De Ligeti Ă la fin de la Guerre froide 1963-1989 (Ă©d. Le mot et le reste). La pĂ©riode traitĂ©e nous amĂšne dans un moment de renouveau de lâavant-garde. Le âlabyrinthe sonore est phĂ©nomĂ©nalâ, Ă©crit Kosmicki. âMinimalisme, collage, happening, théùtre musical, alĂ©atoire, improvisationâŠâ Lâauteur sait raconter et choisir. Il passe en revue certaines piĂšces fondamentales, et les met en regard de lâhistoire sociale et politique. Pas de lien de cause Ă effet, mais des Ă©chos, des rĂ©sonances. Bernd Alois Zimmermann et Terry Riley ouvrent le bal. John Coltrane nâest pas oubliĂ©. Subotnick en papy Ă©lectro, Zappa en mogul virtuose, Phil Glass bien sĂ»r⊠Le kaleidoscope donne le tournis, mais lâauteur tient son affaire et nous confie au final une somme qui fera rĂ©fĂ©rence. Mais jusquâoĂč sâarrĂȘtera Kosmicki ? Pas Ă ce livre, puisque le tome 3 est en prĂ©paration avancĂ©e.
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La lecture de ce livre mâa fait mesurer Ă quel point jâavais eu tort de ne pas mâintĂ©resser au premier volume. Sans doute lâexpression « musiques savantes » revĂȘt-elle un aspect par trop didactique, prĂ©cieux qui renvoie à « musique classique ». Je crois surtout que malgrĂ© quelques profs de musique ayant tentĂ© de nous initier Ă Camille Saint SaĂ«ns et mĂȘme Erik Satie, jâai plus souvent dĂ» supporter Beethoven, Bach et Mozart alors que la radio diffusait AndrĂ© Claveau et Bourvil⊠En revanche je me suis un peu rattrapĂ© et je connais une bonne partie des musiciens citĂ©s dans ce livre pour les avoir Ă©coutĂ©s et presque dans le temps donnĂ© par lâauteur.
Mais avant de reparler de musique je dois vous signaler la qualitĂ© des rappels historiques prĂ©sentĂ©s ici. Câest brillant, Ă mon humble avis dâune grande justesse et parfois un peu ironique. En matiĂšre de musique on parle parfois de « pont » et Edgar Morin voudrait que lâon fasse des ponts entre les matiĂšres, les disciplines, les arts etc⊠lâauteur y rĂ©ussit fort bien.
Vous connaissez le principe : il sâagit dâune sĂ©lection dâalbums de musique savante (utilisant les techniques nouvelles) commentĂ©s, explicitĂ©s et mis en perspectives. On notera des choses qui pourraient surprendre : la prĂ©sence de Sergent Pepper Lonely Heart Club Band, de Love Supreme de John Coltrane, un Pink Floyd et un Franck Zappa Uncle Meat et aussi le fait que lâauteur choisit/glisse dans la liste des albums Ă Ă©couter souvent des albums de musique classique. Enfin, ne vous inquiĂ©tez pas si vous nâavez pas trouvĂ© lâalbum de votre musicien prĂ©fĂ©rĂ©, regardez bien les listes de « complĂ©ments » dâĂ©coute, il mâĂ©tonnerait que vous ne le dĂ©couvriez pas.
Le genre de livre qui vous occupe en plus deux ou trois demi-journĂ©es de recherche et dâĂ©coute en mĂ©diathĂšqueâŠ
Bonne écoute.
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Le second volet de cette encyclopĂ©die consacrĂ©e aux musiques savantes du XXe siĂšcle aborde les annĂ©es 1960, pĂ©riode cruciale oĂč, aprĂšs la cĂ©sure des annĂ©es 1950, lâĂ©clatement stylistique bat son plein. Ainsi, lâauteur nous entraĂźne vers la musique concrĂšte, la pop, le free jazz et la world music, tout en faisant apparaĂźtre de nouvelles personnalitĂ©s, car câest moins le choc des confrontations que lâart du mĂ©tissage et des nouvelle tendances, oĂč se dĂ©tachent Ă la fois Coltrane et Stockhausen, les Beatles et Ligeti, Pink Floyd et les rĂ©pĂ©titifs amĂ©ricains, mais aussi les spectraux français, Nono, Kagel, Schnittke, Gorecki, Arvo PĂ€rtâŠ
AprĂšs un premier volume qui couvrait la pĂ©riode 1882 Ă 1962, le musicologue Guillaume Kosmicki dĂ©crypte les musiques savantes dans une seconde partie plus contemporaine (1963 Ă 1989). La dĂ©nomination de musiques savantes, parfois contestĂ©e, se dĂ©finit en opposition aux musiques traditionnelles et populaires. Dans la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, elle embrasse de nouveaux courants : jazz, musique contemporaine, musique expĂ©rimentale et certains versants de la musique Ă©lectronique. Guillaume Kosmicki, par ailleurs auteur du remarquable Free Party chez le mĂȘme Ă©diteur, analyse ainsi des Ćuvres et des artistes emblĂ©matiques comme John Coltrane, Bernard Parmegiani, Pink Floyd et Steve Reich.
AprĂšs Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dancefloors et Free Party, une histoire, des histoires, le musicologue et confĂ©rencier Guillaume Kosmicki a repris du service en dĂ©cembre pour un deuxiĂšme volet qui explore la saga des musiques savantes, de lâavant-garde Ă©lectronique aux musiques improvisĂ©es, en passant par le minimalisme, les musiques alĂ©atoires et autres expĂ©riences sonores inouĂŻes.
Si dans Musiques savantes, de Debussy au mur de Berlin, Guillaume Kosmicki sâattachait Ă dĂ©crypter lâĂ©volution des musiques dites âdâavant-gardeâ du dĂ©but du XXe siĂšcle, avec ce deuxiĂšme volume titrĂ© Musiques savantes, de Ligeti a la fin de la guerre froide, le musicologue et essayiste se concentre sur le moment oĂč les musiques savantes occidentales affrontent â ou sâouvrent â au monde extĂ©rieur, font lâexpĂ©rience du mĂ©tissage et rencontrent, de maniĂšre souvent fructueuse, la pop music, le free jazz et les musiques Ă©lectroniques (entre autres).
Avec ce second volume, Guillaume Kosmicki Ă©tudie minutieusement, point par point â et avec des exemples concrets (Ćuvres emblĂ©matiques a lâappui), les diffĂ©rentes Ă©coles et Ă©tapes de lâhistoire de musiques qui, pour ĂȘtre « savantes » nâen sont pas moins inscrites dans lâhistoire des musiques dâaujourdâhui, pionniĂšres mĂȘme parfois, de genres dĂ©sormais assimilĂ©s aux musiques populaires : quâil sâagisse de pop, de rock psychĂ©dĂ©lique, de jazz, de musique acousmatique, de techno ou dâelectronica.
Des premiĂšres Ćuvres minimalistes de Terry Riley et La Monte Young, aux musiques rĂ©pĂ©titives de Steve Reich (qui tous, de prĂšs ou de loin, furent prĂ©curseurs de la techno) en passant par les textures granuleuses de Morton Subotnick (compositeur du fameux âSilver Apples Of The Moonâ qui propulsa les sons Ă©lectroniques dans les charts dĂšs 1967) et les constructions Ă©lectroniques de Karlheinz Stockhausen, ou celle de LâApocalypse de Jean de Pierre Henry, sans oublier lâiconoclaste et futĂ© Uncle Meat de Frank Zappa (mais aussi le Sgt. Peppers Lonely Heart Club Band des Beatles), câest tout simplement lâĂ©ventail complet de lâhĂ©ritage des musiques dâaujourdâhui qui transparaĂźt en filigrane dans ce livre clair et synthĂ©tique, extrĂȘmement bien Ă©crit et parfaitement documentĂ©.
Au final, en plus dâĂȘtre un tour de force (thĂ©matique ? synthĂ©tique ? historique ?) Musiques savantes, de Ligeti Ă la fin de la guerre froide, sâavĂšre Ă©galement un vrai trĂ©sor et une mine dâinfos pour les curieux et les amateurs de musiques actuelles dĂ©sireux dâen savoir plus sur les Ă©volutions qui prĂ©cĂ©dĂšrent les musiques que nous Ă©coutons. De fait, il est clair que Guillaume Kosmicki devrait ĂȘtre inscrit dâoffice au programme de toutes les facs de musicologie, ainsi quâaux catalogues de tous les centres de documentation de lâhexagone, pas moins !
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Il y a aujourdâhui plĂ©thore dâouvrages spĂ©cialisĂ©s couvrant la crĂ©ation musicale de la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Câest pourtant cette pĂ©riode que rĂ©investit Guillaume Kosmicki, pĂ©dagogue et confĂ©rencier, dans le tome II de Musiques savantes mais en traitant la question autrement.
Câest la seconde Ă©tape dâun work in progress qui a dĂ©butĂ© en 2012 (Musiques savantes, de Debussy au Mur de Berlin) et qui sera augmentĂ© dâun troisiĂšme tome poussant lâinvestigation jusquâau XXIĂšme siĂšcle. Dans cette Ă©tude des musiques savantes (celle des musiques Ă©crites qui nâexclut ni le jazz ni les musiques Ă©lectroacoustiques), Guillaume Kosmicki prend le parti de contextualiser la crĂ©ation sonore en procĂ©dant Ă un chassĂ©-croisĂ© pertinent entre recension historico-politique et vie artistique.
La pĂ©riode des vingt-six annĂ©es couverte ici est scindĂ©e en deux : 1963-1973 dâune part, sous-titrĂ©e « Les sens dâun labyrinthe »; 1974-1989 dâautre part, quâil intitule « Le vol des certitudes »: deux Ă©tapes au sein desquelles lâauteur brosse un panorama aussi condensĂ© quâĂ©clairant de lâhistoire Ă©vĂ©nementielle du monde. Concernant la crĂ©ation artistique, tous les modes dâexpression y sont abordĂ©s, de la littĂ©rature aux arts plastiques, du cinĂ©ma Ă la photographie, de la musique pop Ă la chorĂ©graphie, jusquâaux sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es (celle de Dallas notamment), articulant ainsi un vaste rĂ©seau de donnĂ©es qui campent une Ă©poque et restituent un climat. Lâauteur sĂ©lectionne ensuite une petite trentaine de compositeurs pour chacune des parties, pointant autant dâĆuvres phares (Les Soldats de Zimmermann, Les espaces acoustiques de Grisey, Einstein on the Beach de Glass/Wilson, les Polytopes de XenakisâŠ) qui jalonnent ces annĂ©es et en constituent les pierres dâangle.
La lecture en est toujours aisĂ©e et le propos bien argumentĂ© sans jamais verser dans lâanalyse technique. Un glossaire Ă la fin de lâouvrage permet dâassimiler les notions de base du vocabulaire musical. LâĂ©tudiant comme le mĂ©lomane y trouveront matiĂšre Ă connaissance autant quâĂ rĂ©flexion.
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Guillaume Kosmicki Ă©tait lâinvitĂ© de Radio Campus OrlĂ©ans pour parler du second tome de ses Musiques savantes. Une heure dâĂ©mission Ă réécouter.
RĂĂCOUTER LâĂMISSIONDESLITTĂRATURES DU 05/01/15
Convaincu que la musique permet de comprendre le monde â et nous-mĂȘmes, par ricochet â, le musicologue Guillaume Kosmicki (nĂ© en 1974) nous fut dâemblĂ©e sympathique par son intĂ©rĂȘt pour lâhistoire des musiques Ă©lectroniques lire notre critique de lâouvrage, puis celle des musiques savantes. Il y a un an sortait un premier tome sous-titrĂ© De Debussy au mur de Berlin (1882-1962) lire notre critique de lâouvrage. Comme promis le deuxiĂšme tome prolonge avec brio lâanalyse de 1963 Ă 1989, soit De Ligeti Ă la fin de la guerre froide.
Aujourdâhui encore, lâauteur choisit dâexplorer son sujet annĂ©e par annĂ©e, en ralentissant lâallure sur celle qui est nettement faste (1964 rĂ©unit les noms de Riley, Nono, Jolas, Coltrane et Young). Il fractionne la pĂ©riode auscultĂ©e en plusieurs parties introduites par quelques pages dâhistoire politico-artistique qui ravivent le contexte social de lâĂ©poque. On en comptait cinq dans le premier tome, elles sont deux ici â 1963-1973 : Les sens dâun labyrinthe et 1974-1989 : Le vol des certitudes.
Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, alors que les premiers conflits du XXe siĂšcle ont cimentĂ© des interactions internationales, chaque Ă©vĂ©nement trahit la rivalitĂ© entre USA et URSS, que soit abattu un Ă©tudiant anonyme ou un leader politique. Soutenus par ces gĂ©ants cyniques, les peuples colonisĂ©s revendiquent lâautonomie â donnant lieu, pour le contexte français, aux guerres dâIndochine (1946-1954) et dâAlgĂ©rie (1954-1962) â, tandis que des dictatures apparaissent sur divers continents â Kosmicki dĂ©nombre vingt-huit coups dâĂtat rĂ©ussis en Afrique, entre 1964 et 1975.
Sâaffirmant toujours plus face Ă lâEurope, les Nord-amĂ©ricains cherchent leur inspiration vers le Sahara (Reich, Riley) ou le Gange (Glass, Young), Ă travers un minimalisme qui combine agitation et philosophie. Lâart sonore sâouvre Ă lâAutre (Ă©trangers, interprĂštes, etc.), Ă la rigueur technologique (Bayle, Chowning, Ferrari, Henry, Parmegiani, Risset) comme Ă lâimprovisation. Pour certains, cela implique de rejeter le sĂ©rialisme (Boucourechliev, Dutilleux, Landowski, Ohana, Xenakis) et, plus largement, la tabula rasa ou la chapelle (Berberian, Kagel, Nono, Zappa).
Sans grand risque, nous avions prĂ©dit le retour de Berio, Boulez et Ligeti â Sinfonia, RĂ©pons, Continuum et Ătudes pour piano sont analysĂ©s en quelques pages chacun, selon le principe du livre. Ces maĂźtres cĂŽtoient dĂ©sormais des confrĂšres tournĂ©s vers lâhĂ©donisme (Grisey, Lindberg, Murail) ou la mystique (GĂłrecki, GoubaĂŻdoulina, Harvey, PĂ€rt, Schnittke, Taverner). Alors que Berlin retrouve son intĂ©gritĂ©, la notion dâavant-garde est moribonde. Mais dâautres courants apparaissent (saturationniste, extra-occidentaux, etc.), qui feront lâobjet dâun troisiĂšme et dernier volume. Prenons rendez-vous !
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