Musiques savantes Tome I
De Debussy au mur de Berlin 1882-1962
Avec ce type de lecture ludique et ingĂ©nieuse, la multiplicitĂ© des musiques dites savantes ne sâimpose pas comme un kalĂ©idoscope complexe mais comme un puzzle sonore facile Ă composer et Ă comprendre. Une belle rĂ©ussite.
FrĂ©dĂ©ric Isoletta â Zibeline
La musique du XXe siĂšcle se caractĂ©rise par une diversitĂ© stylistique sans prĂ©cĂ©dent. Cette derniĂšre est favorisĂ©e par la mondialisation galopante, la rĂ©volution de lâenregistrement et les crises majeures que traverse lâhumanitĂ©, qui remettent totalement en question notre vision du monde. Les musiques savantes vont embrasser un champ de recherche trĂšs Ă©tendu, empruntant une multitude de chemins entre des voies extrĂȘmes.
Au fil de la prĂ©sentation dâĆuvres emblĂ©matiques choisies dans ce rĂ©pertoire immense, et Ă lâaide dâintroductions historiques traitant des Ă©vĂ©nements du siĂšcle, des compositeurs remarquables, des courants majeurs et des Ă©coles, cet ouvrage offre une approche synthĂ©tique des recherches musicales tous azimuts de la premiĂšre moitiĂ© du siĂšcle, jusquâaux portes des annĂ©es soixante. Surtout, il prĂ©sente un regard pertinent sur la maniĂšre dont lâhistoire des hommes agit directement sur les compositions et comment, en retour, les Ćuvres en offrent une relecture passionnante au travers du prisme musical.
Loin de prĂ©senter une somme exhaustive, souvent dĂ©courageante, il propose une porte dâentrĂ©e Ă tous les amateurs curieux de musique mais encore timides vis-Ă -vis de ce monde musical singulier, en leur ouvrant de nombreuses pistes pour aller plus loin.
Un second volume prĂ©sentera la suite du parcours, des annĂ©es soixante Ă nos jours, en sâinterrogeant aussi sur les horizons possibles.
De Debussy Ă Boulez, de Stravinski Ă Stockhausen, de BartĂłk Ă Messiaen en passant par Milhaud, VarĂšse, Copland, Britten, Bernstein, Schaeffer, Henry, Cage et tant dâautresâŠ
Revue de presse
- Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la musique moderne Jean Huber Musique contemporaine 28 août 2017
- Découvrir la musique du 20e siÚcle Laurent Mettraux Revue Musicale Suisse-Romande Décembre 2015
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki Eric Darsan Ericdarsan.blogspot.com 1 Avril 2015
- Guillaume Kosmicki Musiques savantes â De Debussy au mur de Berlin (1882-1962) Laurent Bergnach Anaclase
- Musiques savantes T.2 - Ă venir Le Mensuel du Golfe Octobre - Novembre 2013
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki Jean-Marc Warszawski Musicologie.org 31 janvier 2013
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki Christophe Bourseiller France Musique // La Matinale 30 janvier 2013
- Premier XXe Frédéric Isoletta Zibeline Février 2013
- Musiques savantes 1882-1962 Pierre Massé Classica février 2013
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki Franpi Barriaux Citizen Jazz 21 Janvier 2013
- Guide de survie dans la jungle du XXe siÚcle Luca Sabbatini Le Courrier 22 décembre 2012
- MUSIQUES SAVANTES, PORTE D'ENTRĂE FRANCESCA GUERRASIO RES MUSICA 21 DĂCEMBRE 2012
- Livres de fin d'année Raymond Sérini Nouvelle Vague 14 novembre 2012
- Wake Up Call - La Matinale Juliana CANAL B 1er NOVEMBRE 2012
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki ADRIEN LANDIVIER Le Mouv' // Glitch 27 OCTOBRE 2012
- Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki Jordan SAĂSSET VENTILO N°306 16 OCTOBRE 2012
La journaliste Raphaëlle Tchamitchian reçoit Guillaume Kosmicki pour un entretien vidéo consacré aux trois tomes des Musiques savantes.
Ăa fait des annĂ©es que, dans mes articles pour la presse musicale, jâĂ©cris que les styles sont dorĂ©navant obsolĂštes, que les frontiĂšres entre les genres nâont plus lieu dâĂȘtre et que les musiciens se nourrissent de toutes les influences qui sont Ă leur portĂ©e indiffĂ©remment de leur provenance. Autour de moi, câest un fait acquis pour tout le monde. Pourtant, on ne cesse de (se) le rĂ©pĂ©ter, et ce depuis au moins 10 ans, ce qui prouve que ça ne doit pas ĂȘtre si Ă©vident que ça. En effet, lâinstitution semble Ă la traĂźne â beaucoup de musiciens doivent se battre pour exister parce quâils ne cochent pas les bonnes cases, ou parce quâils en cochent trop Ă la fois â et, parfois, ce sont les artistes eux-mĂȘmes qui sâenferment dans des chapelles (le jazz en est un exemple particuliĂšrement friand).
En proposant un Ă©largissement de la dĂ©finition des âmusiques savantesâ, le musicologue Guillaume Kosmicki ajoute sa pierre Ă lâĂ©difice. Comme il lâexplique longuement dans lâentretien, de la dĂ©finition originale il ne retient quâune partie, afin de pouvoir intĂ©grer dans le tiroir des musiques dâart, Ă cotĂ© de Debussy, Steve Reich et John Cage, des artistes aussi divers que Pink Floyd, John Coltrane, Björk ou John Zorn. Certains ont pu le lui reprocher, ici nous le saluons. Et si la musique Ă©crite domine son ouvrage, nous avons volontairement choisi dâĂ©voquer aussi quelques artistes dits de âmusique populaireâ issus de sa sĂ©lection, pour contribuer encore un peu plus Ă faire tomber ces maudites barriĂšres. Notre (longue) discussion dessine ainsi une vue dâensemble de la musique occidentale du XXe siĂšcle, forcĂ©ment incomplĂšte, mais, je lâespĂšre, stimulante.
*Rendez-vous sur Hors-SĂ©rie pour voir lâentretien avec G. Kosmicki
Un triple livre sur la musique moderne et contemporaine, câest une aubaine tellement rare que lâon est tentĂ© de fermer les yeux et de recommander lâinitiative (de surcroĂźt avec un petit Ă©diteur aventureux).
Le premier volume paru il y a dĂ©jĂ presque 5 ans paraissait attractif mais comme il concernait essentiellement la pĂ©riode dâavant celle couverte par le prĂ©sent site web, jâai prĂ©fĂ©rĂ© attendre de connaĂźtre le projet complet et je remercie son auteur Guillaume Kosmicki de lâavoir compris et dâavoir Ă©tĂ© patient.
Voici les titres des 3 volumes dans lâordre anti-chronologique :
Musiques savantes Tome III, de John Zorn Ă la fin du monde, et aprĂšs⊠1990-2015 (parution : 15/06/2017, 336 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome II, de Ligeti Ă la fin de Guerre Froide 1963-1989 (parution : 20/11/2014, 400 pages, 23 âŹ)
Musiques savantes Tome I, de Debussy au mur de Berlin 1882-1962 (parution : 18/10/2012, 432 pages, 23 âŹ)
Disons-le dâemblĂ©e, notamment pour les gens pressĂ©s qui ne liront pas la suite, lâachat des 3 volumes (ou seulement du 3Ăšme volume qui vient de sortir, si vous possĂ©dez les 2 premiers) peut ĂȘtre engagĂ© les yeux fermĂ©s, et en tout cas, cet achat pour soi ou en cadeau (pour faire dĂ©couvrir cette musique de notre temps, notre musique, la musique de nos crĂ©ateurs) est ici vivement recommandĂ©.
AprÚs une courte interview de son auteur (réalisée fin Juin), les fondements de ce soutien objectif seront détaillés et argumentés (en relief et en creux), mais, auparavant, voici 4 séries de raisons express pour emporter votre décision :
â lâauteur a un sens remarquable de la bonne vulgarisation didactique (rendre accessible un sujet difficile au plus grand nombre, tout en restant exact et solide)
- la sĂ©lection de compositeurs et de piĂšces emblĂ©matiques est certes engagĂ©e-assumĂ©e et personnelle, mais Ă large spectre, consensuelle, rĂ©aliste, et sans biais-partialitĂ© majeurs (dâailleurs, pour Ă©largir le champs des possibles, Ă la fin de chaque compositeur-piĂšce choisi, sont listĂ©es dâautres pistes dâĂ©coute possible, dâautres approches transverses, souvent attractives)
la sĂ©lection est astucieusement complĂ©tĂ©e par des chapitres de respiration consacrĂ©s aux mouvements socio-politiques, culturels ou esthĂ©tiques des arts de la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, ou Ă la grande et petite Histoire (des dimensions qui influencent fortement lâinspiration des compositeurs et des artistes en gĂ©nĂ©ral) - lâauteur ne fait clairement pas partie du microcosme parisianiste car son style est vivant et direct (pas ampoulĂ©, pas allusif au second degrĂ©, pas hermĂ©tique-savant), sans dĂ©tour, sans aplomb vertical-doctoral, sans pĂ©dantisme et sans jargon, maniant agrĂ©ablement lâanecdote pimpante, le dĂ©tail colorĂ© et les faits rĂ©alistes, ou les explications claires (il y a quand mĂȘme un glossaire en fin de volume)
Voici, maintenant, les réponses à 3 questions posées à Guillaume Kosmicki (le 28 Juin 2017) :
MCI : «Comment ĂȘtes-vous venu Ă la musique ?»
G.K. : «Je nâai pas un parcours classique, car je ne suis pas issu dâune famille de musiciens (mes parents nous ont offert lâopportunitĂ© de nous intĂ©resser Ă de nombreuses activitĂ©s, sport, peinture, musique etc. Pour ma part, jâai commencĂ© avec passion lâĂ©tude du violon Ă 6 ans et plus tard la guitare en autodidacte) ; ensuite câest un Bac option C, et trĂšs tĂŽt un objectif musicologie (ethnomusicologie, anthropologie, sociologie de la musique, sĂ©miologie, hermĂ©neutique musicale) Ă lâUniversitĂ© dâAix-en-Provence (mĂȘme si aujourdâhui je suis un Breton dâadoption, solidement ancrĂ© dans le Morbihan) ; enfin, mes recherches universitaires ont portĂ© sur la techno, lâĂ©lectro, les Free Parties et les Raves ; au final, ma carriĂšre professionnelle correspond Ă mes choix de jeunesse, car je donne essentiellement des confĂ©rences en freelance dans les conservatoires, les universitĂ©s (Aix-en-Provence, Metz, Paris VIII), les mĂ©diathĂšques, pour des associations dâamateurs dâarts, des festivals, des salles de concert etc. et puis je continue ma pratique musicale en amateur (dans un orchestre de chambre, Ă Vannes et pour la musique de scĂšne dans une troupe de théùtre Ă Pontivy), et bien sĂ»r jâai aussi un site Internet personnel, ICI»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous venu Ă Ă©crire ce triple volume dĂ©diĂ© Ă la musique moderne-contemporaine ?»
G.K. : «certainement, par passion, par expĂ©rience transversale et par raison professionnelle ; ma premiĂšre chance est dâavoir Ă©tĂ© contactĂ© par le mĂȘme Ă©diteur pour Ă©crire un premier livre sur les musiques Ă©lectroniques (intitulĂ© Musiques Ă©lectroniques : Des avant-gardes aux dance floors, 2009) ; il mâa ensuite interrogĂ© sur lâopportunitĂ© dâun autre livre dĂ©veloppant le sujet des musiques savantes du XXe siĂšcle, dĂ©jĂ abordĂ© dans le prĂ©cĂ©dent ouvrage⊠et câĂ©tait parti ; ensuite, par passion, la musique câest ma vie, professionnelle et personnelle (mes confĂ©rences mâaident beaucoup Ă affiner ma communication auprĂšs de publics trĂšs variĂ©s et me servent Ă dĂ©finir la bonne formulation en terme de vulgarisation didactique dans mes Ă©crits) ; et enfin, Ă©crire un livre est pour moi apporter modestement ma contribution Ă lâĂ©difice de la connaissance, un regard, un point de vue, un angle diffĂ©rent ; il ne sâagit pas de remĂącher banalement ce qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dit ; il faut pour cela convaincre son Ă©diteur, les mĂ©dias mais surtout ses lecteurs (en mĂȘme temps, mes livres servent de complĂ©ments durables aux participants Ă mes confĂ©rences)»
MCI : «comment en ĂȘtes-vous arrivĂ© Ă ces choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (en nombre limitĂ© sur les 3 volumes) ?»
G.K. : «tout dâabord je voudrais dire quâau dĂ©part il ne devait y avoir quâun seul livre (un seul volume) et puis comme ma sĂ©lection sâenrichissait de plus en plus, jâai Ă©crit, jâai Ă©crit tant et plus, et il y a eu 2 livres au programme, puis 3 ! (et je veux saluer ici la souplesse infinie de mon Ă©diteur face Ă ma prolixitĂ©) ; et au sein de ce projet, mon objectif Ă©tait de parler sans les survoler des musiques des 25 derniĂšres annĂ©es (aprĂšs 1990), encore trĂšs peu abordĂ©es (le volume 3) ; ensuite, jâai travaillĂ© sur une base limitĂ© de compositeurs incontournables par leur personnalitĂ©, par leurs choix visionnaires (trĂšs peu de compositeurs sont citĂ©s plus dâune fois⊠VarĂšse, bien sĂ»r, Webern, Ligeti, Boulez, Chostakovitch), avant dâĂ©largir avec Ă©clectisme et sans a priori (et en rapport avec les repĂšres historiques) ; enfin, je me suis fixĂ© des rĂšgles dans mes choix de sĂ©lection compositeur-piĂšce, Ă savoir la volontĂ© de ne pas ĂȘtre uniquement Franco-Français, ni trop Allemand, Italien ou AmĂ©ricain), et aussi la nĂ©cessitĂ© dâun Ă©quilibre au niveau des genres choisis (depuis lâopĂ©ra jusquâaux oeuvres pour instrument soliste en passant par lâĂ©lectroacoustique et la musique mixte), afin de disposer dâun panel large, et enfin du prĂ©-requis que tous les choix soient disponibles Ă lâĂ©coute en CD (il nây a quâune exception, et elle est dans la tendance actuelle, le choix de la piĂšce dâEnno Poppe est seulement disponible Ă lâĂ©coute sur Internet)»
Voici, maintenant, une analyse critique (en relief et en creux) des 3 volumes, aprÚs lecture attentive, renouvelée :
Tout dâabord, sur les choix fondamentaux.
Commençons par une incongruitĂ©-incohĂ©rence majeure entre le titre mĂȘme des livres et le contenu dĂ©taillĂ© des choix : les 3 volumes sont titrĂ©s «Musiques savantes» et lâon sâattend Ă des choix et des analyses exclusivement sur la musique dite classique pendant la pĂ©riode des 20Ăšme et 21Ăšme siĂšcles ; or, mĂȘme si les Ă©carts sont Ă la marge (autour de 10%), il nâen est rien car inclure des compositeurs comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis, Cathy Berberian, The Beatles (mais pas The Rolling Stones !), Archie Shepp, Pink Floyd, Björk fait tiquer le lecteur car ils appartiennent Ă la Pop ou au Jazz ou Ă lâImpro, donc Ă des musiques populaires, non savantes (sans dĂ©nigrement), mĂȘme si ces compositeurs, plus souvent mĂ©lodistes et arrangeurs accomplis, sont tout Ă fait respectables et quâils ont mĂȘme innovĂ© Ă leur maniĂšre (je pense ici Ă Thelonious Monk pour les rythmes asynchrones, Ă Miles Davis pour les libertĂ©s de timbres et de rythmes et pour les contructions-coordinations vertigineuses dans lâimprovisation) [note : lâauteur mâa alors demandĂ© comment je dĂ©finierais les musiques non savantes⊠et jâai rĂ©pondu que historiquement au moins les musiques non savantes, quelles quâelles soient, sâĂ©teignaient avec leur temps, ou peu aprĂšs] ; Ă©galement, malgrĂ© la fiĂšvre quâils ont apportĂ© aux hits-parade en leur temps, les choix de Gordon Mumma, Morton Subotnick, Meredith Monk, John Zorn, Charlemagne Palestine, Nico Muhly, Kasper Toeplitz paraissent excessifs, eu Ă©gard Ă leur notoriĂ©tĂ© en Europe et Ă leur musique que je jugerai ~~mais câest personnel~~ assez peu composĂ©e et bien moins savante et inspirĂ©e que des compositeurs qui semblent avoir Ă©tĂ© injustement oubliĂ©s (cf. plus loin).
Ensuite, sur la construction de chaque volume, il faut noter un choix fondĂ© de commencer, pour expliquer la destinĂ©e de la musique moderne, en remontant assez loin dans le temps, en substance Wagner (chromatisme), Franck (improvisations) et le dernier Liszt (atonalitĂ©), il faut noter une variĂ©tĂ© de bonne aloi dans la construction de chaque volume (dans le volume 1, câest surtout lâintroduction historico-esthĂ©tique qui est longue, suivie de courtes respirations qui sont priviliĂ©giĂ©es entre les sĂ©lections, dans le volume 2, Ă lâimage de cette pĂ©riode assez indĂ©cise sur le plan historique et musical, câest plutĂŽt 2 intros assez longues avant les sĂ©lections et des explications sur les expĂ©rimentations musicales prolifĂ©rantes, dans le volume 3, Ă lâimage dâun monde plus stable et plus trivial, il y a une longue introduction (due Ă la diversitĂ© des esthĂ©tiques musicales), avant un important post-sriptum et des interviews de personnalitĂ©s musicales qui apportent une vision extĂ©rieure, voire transversale, une autre perspective Ă lâensemble) ; le volume 1, câest une extraordinaire profusion stylistique (compensĂ©e par le retour au passĂ© avec le nĂ©oclassicisme) ; le volume 2, câest les thĂ©ories extrĂȘmes et les expĂ©riences les plus radicales, parallĂšlement au progressisme issu de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente ; le volume 3, câest le parcours individuel avec synthĂ©tisme multiples (mĂ©tissage planĂ©taire, influence des rĂ©seaux, post-spectraux, gĂ©nĂ©ralisation de lâinformatique au service de la culture du son, persistance du minimalisme, transversalitĂ© entre formes artistiques et vague nostalgique souvent prĂ©fixĂ©e de «nĂ©o»).
Enfin, sur les sĂ©lections principales compositeur-piĂšce Ă Ă©couter (au total, 168, chacune avec 3 Ă 6 pages dâanalyse, sans compter les pistes supplĂ©mentaires ; commençons par souligner la diversitĂ© esthĂ©tique (rien de majeur oubliĂ©) et de nationalitĂ© (bien sĂ»r il y a un biais inĂ©vitable en faveur des compositeurs Français ~~sur le prĂ©sent site web MCI, aussi !~~ car en concert sur le vif ou Ă la radio, on Ă©coute en France en prioritĂ© des compositeurs Français vivants, et la distribution des disques en France suit la mĂȘme dĂ©marche) ; dans le dĂ©tail, dans le 1er volume, peu de commentaires (le temps a dĂ©jĂ marquĂ© sa trace) sauf pour sâĂ©tonner, comme point de couture entre les siĂšcles, de la prĂ©sence de FaurĂ© (regard vers le passĂ© ?) et de Puccini (Ă©galement passĂ©iste, mais selon lâauteur, il sâagit ici de saluer les livrets anticipateurs du cinĂ©ma et la musique prĂ©monitrice des B.O.F.), puis dans les 2Ăšme et 3Ăšmes volumes, de la prĂ©sence de la rock-star Frank Zappa (certes adoubĂ© par Boulez) et du jazzman Anthony Braxton, qui ont tous deux Ă©margĂ© Ă la musique contemporaine, mais qui objectivement sont des compositeurs (en terme de technique compositionnelle) de deuxiĂšme choix (voire un brin amateurs) ; et Ă lâinverse de lâabsence de Luigi Russolo et des premiers micro-tonaux (ou, plus tard, de Ivan Wyschnegradsky), puis pour la pĂ©riode de la guerre, de lâoubli des compositeurs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (selon les Nazis) et qui ont pĂ©ri avec la Shoah (par exemple, Ullmann) ; dâailleurs de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et câest une tendance gĂ©nĂ©rale aujourdâhui, on peut parler, pour les compositeurs correspondant aux annĂ©es 1960-75, vĂ©ritablement de «gĂ©nĂ©ration oubliĂ©e» (post-sĂ©rielle, anti-sĂ©rielle, et autour), avec les oublis discutables de (par ordre alphabĂ©tique) Gilbert Amy, de Friedrich Cerha, de Nguyen-Thien Dao, de James Dillon, de Roberto Gerhard, dâAlberto Ginastera, de Karel Goeyvaerts, dâAndrĂ© Jolivet, de Xavier Montsalvatge, de Luis de Pablo, dâHenri Pousseur, dâEliane Radigue, de Horatiu Radulescu, de Valentyn Silvestrov, de Mathias Spahlinger, de Michael Tippett, de Claude Vivier, etc. (mais il fallait faire des choix et le temps leur donnera peut-ĂȘtre raison, et il oubliera certains de ceux sĂ©lectionnĂ©s Ă leur place) ; enfin, et plus important, cĂŽtĂ© injustice, il manque cruellement des compositeurs qui ont innovĂ© magistralement et dont la personnalitĂ© musicale est forte (et la musique prĂ©gnante, objectivement) : Galina Ustvolskaya (radicale), Conlon Nancarrow (rythmes superposĂ©s, qui ont tant influencĂ© Ligeti, derniĂšre maniĂšre), le regrettĂ© Christophe Bertrand (rythmes en spirale), MichaĂ«l Levinas (1er spectralisme, puis rĂ©sonance et polyrythmies complexes), Thierry PĂ©cou (sons et couleurs exotiques, avec rythmes asynchrones), Rebecca Saunders (rĂ©sonance en fuite), Hans Abrahamsen (dissonances imbriquĂ©es), Georg Friedrich Haas (microtonalitĂ© pulsĂ©e), sans oublier les 2 compĂšres saturateurs Yann Robin et Franck Bedrossian (de RaphaĂ«l Cendo, seul sĂ©lectionnĂ©, hĂ©las), et pourquoi pas les 3 professeurs Français de composition du CNSMDP, figures de prou de la modernitĂ© actuelle (FrĂ©dĂ©ric Durieux, Yan Maresz, GĂ©rard Pesson), notamment en informatique musicale.
En rĂ©sumĂ©, certainement, un must-achat de 3 livres incontournables (bravos Ă lâauteur !) par leur didactisme, par leur prosĂ©litisme Grand-Public, par lâaudience trĂšs large visĂ©e⊠les mĂ©lomanes du rĂ©pertoire, les curieux de la Musique Contemporaine (comme pour ce site web MCI !) et tous les autres qui aiment dĂ©couvrir des musiques, notamment celles des compositeurs des annĂ©es 2000, accessibles Ă tous, Ă partir, pourquoi pas, du Rock, du Jazz, de lâimpro, de la Pop, de lâĂlectro populaire (etc.)⊠et pour terminer en guise de conclusion temporaire, un souhait un peu fou, celui de voir publier dans un futur indĂ©terminĂ© (lâauteur a le temps devant lui, il nâa que 43 ans) un 4Ăšme volume (au moins !) qui Ă©clairera les nouvelles tendances, les nouveaux compositeurs Ă©mergents de demain (encore inconnus) et mĂȘme dâaujourdâhui quâil nâa pas sĂ©lectionnĂ©s (ils sont nombreux), et qui rĂ©parera les quelques oublis-injustices majeurs soulignĂ©s ici !
Addendum : Guillaume Kosmicki a aimablement acceptĂ© dâinclure, en exclusivitĂ© pour les lecteurs de cet Ă©dito, la liste des compositeurs-piĂšces sĂ©lectionnĂ©s dans ce triptyque, avec lâannĂ©e de composition (pas lâannĂ©e de crĂ©ation, comme dans MCI) ; le lecteur attentif la comparera, sur le prĂ©sent site web, Ă la SĂLECTION de piĂšces-compositeurs (pas lâinverse, comme dans les 3 livres) et au XXL-SCOPE de MCI, et constatera Ă©normĂ©ment de points communs et quelques diffĂ©rences (complĂ©mentaritĂ©s) dont il fera son mielâŠ
Franz Liszt, âLa Lugubre Gondoleâ (1882) | CĂ©sar Franck, âChoral n°3â (1890) | Gabriel FaurĂ©, âPrisonâ (1894) | Scott Joplin, âRagtimesâ (1899-1909) | Giacomo Puccini, âToscaâ (1900) | Claude Debussy, âPellĂ©as et MĂ©lisandeâ (1902) | Leos Janacek, âJenufaâ (1903) | Anton Webern, âLangsamer Satzâ (1905) | Claude Debussy, âImages, Livres 1 et 2â (1905-1907) | Richard Strauss, âSalomĂ©â (1905) | Gustav Mahler, âSymphonie n°8â (1906) | Maurice Ravel, âGaspard de la nuitâ (1908) | BĂ©la BartĂłk, âQuatuors Ă cordesâ (1909-1939) | Alexandre Scriabine, âPromĂ©thĂ©e ou Le PoĂšme du feuâ (1910) | Arnold Schoenberg, âPierrot lunaireâ (1912) | Henry Cowell, âPiano Musicâ (1912-1930) | Igor Stravinski, âLe Sacre du printempsâ (1913) | Charles Ives, âConcord Sonataâ (1915) | Erik Satie, âParadeâ (1917) | Darius Milhaud, âLe BĆuf sur le toitâ (1919) | Jean Cocteau et le Groupe des Six, âLes MariĂ©s de la Tour Eiffelâ (1921) | Paul Hindemith, âKammermusikâ (1921-1927) | Alban Berg, âWozzeckâ (1922) | Manuel De Falla, âLe Retable de MaĂźtre Pierreâ (1923) | Arthur Honegger, âMouvements symphoniques 1-3â (1923-1932) | George Antheil, âBallet mĂ©caniqueâ (1925) | Alexandre Mossolov, âZavod (Les Fonderies dâacier)â (1926) | Igor Stravinski, âOedipus Rexâ (1927) | Louis Armstrong, âWest End Bluesâ (1928) | Kurt Weill, âLâOpĂ©ra de Quatâsousâ (1928) | Maurice Ravel, âBolĂ©roâ (1928) | Heitor Villa-Lobos, âBachianas Brasileiras 1-9â (1930-1945) | Edgar VarĂšse, âIonisationâ (1931) | Arnold Schoenberg, âMoĂŻse et Aronâ (1932) | Dimitri Chostakovitch, âLady Macbeth de Mzenskâ (1932) | Edgar VarĂšse, âEcuatorialâ (1934) | Paul Hindemith, âMatis der Malerâ (1935) | George Gershwin, âPorgy and Bessâ (1935) | Alban Berg, âConcerto Ă la mĂ©moire dâun angeâ (1935) | BĂ©la BartĂłk, âMusique pour cordes, percussion et cĂ©lestaâ (1936) | Samuel Barber, âQuatuor Ă cordesâ (1936, revisĂ© 1943) | Anton Webern, âQuatuor Ă cordes op. 28â (1938) | SergueĂŻ Prokofiev, âAlexandre Nevskiâ (1938) | John Cage, âImaginary Landscapes 1-5â (1939-1952) | Duke Ellington, âKo-koâ (1940) | Luigi Dallapiccola, âCanti di prigioniaâ (1941) | Dimitri Chostakovitch, âSymphonie n°7 «Leningrad»â (1941) | Harry Partch, âBartsowâ (1941, revisĂ© 1968) | Ernst Krenek, âLamentatio Jeremiae Prophetiaeâ (1942) | Aaron Copland, âFanfare for the Common Manâ (1942) | SergueĂŻ Prokofiev, âSonate pour piano n°7â (1942) | Thelonious Monk, ââRound Midnightâ (1944) | Benjamin Britten, âPeter Grimesâ (1945) | Pierre Schaeffer, âCinq Ă©tudes de bruitsâ (1948) | Olivier Messiaen, âTurangalĂźla-Symphonieâ (1948) | John Cage, âSonatas and Interludes for Prepared Pianoâ (1948) | Pierre Schaeffer et Pierre Henry, âSymphonie pour un homme seulâ (1950) | Karlheinz Stockhausen, âKreuzspielâ (1951) | Jean BarraquĂ©, âSonate pour pianoâ (1952) | Bruno Maderna, âMusica su due dimensioniâ (1952) | Iannis Xenakis, âMetastasisâ (1954) | Pierre Boulez, âLe Marteau sans maĂźtreâ (1954) | Edgard VarĂšse, âDĂ©sertsâ (1954) | Leonard Bernstein, âWest Side Storyâ (1957) | Miles Davis, âAscenseur pour lâĂ©chafaudâ (1957) | Francis Poulenc, âLa Voix humaineâ (1958) | Olivier Messiaen, âCatalogue dâoiseauxâ (1958) | Luciano Berio, âSequenza I-XIVâ (1958-2002) | Giacinto Scelsi, âQuattro pezzi su una notaâ (1959) | Krzysztof Penderecki, âThrĂšne Ă la mĂ©moire des victimes dâHiroshimaâ (1960) | Hans Werner Henze, âElegie fĂŒr junge Liebendeâ (1961) | György Ligeti, âAventuresâ (1962) | Benjamin Britten, âWar Requiemâ (1962) | Bernd AloĂŻs Zimmermann, âDie Soldatenâ (1963, 1965) | Terry Riley, âIn Câ (1964) | Luigi Nono, âLa Fabbrica illuminataâ (1964) | Betsy Jolas, âQuatuor IIâ (1964) | John Coltrane, âA Love Supremeâ (1964) | La Monte Young, âWell-Tuned Pianoâ (1964-20??) | Cathy Berberian, âStripsodyâ (1966) | The Beatles, âSgt. Pepperâs Lonely Hearts Club Bandâ (1967) | Gordon Mumma, âHornpipeâ (1967) | Morton Subotnick, âSilver Apples of the Moonâ (1967) | Archie Shepp, âThe Magic of Ju-Juâ (1967) | Maurice Ohana, âSyllabaire pour PhĂšdreâ (1967) | AndrĂ© Boucourechliev, âArchipel I Ă IV, Anarchipelâ (1967-1970) | Iannis Xenakis, âPolytopesâ (1967-1978) | Karlheinz Stockhausen, âStimmungâ (1968) | György Ligeti, âContinuumâ (1968) | Pierre Henry, âLâApocalypse de Jeanâ (1968) | Luciano Berio, âSinfoniaâ (1968-1969) | Frank Zappa, âUncle Meatâ (1969) | François Bayle, âJeĂźta ou Murmure des eauxâ (1970) | Pink Floyd â Ron Geesin, âAtom Heart Motherâ (1970) | Mauricio Kagel, âAcusticaâ (1970) | George Crumb, âBlack Angelsâ (1970) | Henri Dutilleux, âTout un monde lointainâŠâ (1970) | Luc Ferrari, âPresque rien n°1 Ă 4â (1970-1998) | Toru Takemitsu, âIn an Autumn Gardenâ (1973, â1979) | GĂ©rard Grisey, âLes Espaces acoustiquesâ (1974-1985) | Bernard Parmegiani, âDe Natura Sonorumâ (1975) | Steve Reich, âMusic for Eighteen Musiciansâ (1976) | Philip Glass et Bob Wilson, âEinstein on the Beachâ (1976) | Henryk Gorecki, âSymphonie n°3â (1976) | Alfred Schnittke, âConcerto grosso n°1â (1977) | Arvo PĂ€rt, âTabula rasaâ (1977) | John Chowning, âStriaâ (1977) | Meredith Monk, âDolmen Musicâ (1979) | Olivier Greif, âSonate de requiemâ (1979, rĂ©visĂ© 1992) | György KurtĂĄg, âMessages de feu Demoiselle R.V. Troussovaâ (1980) | Sofia GoubaĂŻdoulina, âOffertoriumâ (1980) | Pierre Boulez, âReponsâ (1981-1984) | Jonathan Harvey, âBhaktiâ (1982) | Tristan Murail, âDĂ©sintĂ©grationsâ (1982) | Witold Lutoslawski, âSymphonie n°3â (1983) | Morton Feldman, âString Quartet IIâ (1983) | Michel Redolfi, âSonic Waters #2â (1983-1989) | Jean-Claude Risset, âSudâ (1985) | Magnus Lindberg, âKraftâ (1985) | György Ligeti, âĂtudes pour pianoâ (1985-2001) | Brian Ferneyhough, âString Quartet n°3â (1987) | John Adams, âNixon in Chinaâ (1987) | John Tavener, âThe Protecting Veilâ (1988) | John Zorn, âNaked Cityâ (1990) | Thierry Escaich, âEsquisses 1-4â (1990-1993) | François-Bernard MĂąche, âKengirâ (1991) | Marco Stroppa, âMiniature estroseâ (1991-2001) | Hanspeter Kyburz, âCellsâ (1994) | Philippe Manoury, âEn Ă©choâ (1994) | Michael Jarrell, âCassandreâ (1994) | Kaija Saariaho, âChĂąteau de lâĂąmeâ (1995) | Wolfgang Rihm, âJagden und Formenâ (1995-2001) | Christian ZanĂ©si, âArkheionâ (1995-1996) | PĂ©ter Eötvös, âTrois SĆursâ (1997) | Thomas AdĂšs, âAsylaâ (1997) | Xu Yi, âLe Plein du Videâ (1997) | Pascal Dusapin, âDona eisâ (1997) | Charlemagne Palestine, âSchlongo!!!daLUVdroneâ (1998) | Fausto Romitelli, âProfessor Bad Trip, Lessons I-IIIâ (1998-2000) | Olga Neuwirth, âClinamen â Nodusâ (1999) | Bruno Mantovani, âLa Morte Meditataâ (1999) | Helmut Lachenmann, âQuatuor Ă cordes n°3 Gridoâ (2001) | Toshio Hosokawa, âRe-turningâ (2001) | Aphex Twin, âDrukqsâ (2001) | Steve Reich â Beryl Korot, âThree Talesâ (2002) | Emmanuel Nunes, âImprovisation II â Portraitâ (2003) | Georges Aperghis, âAvis de tempĂȘteâ (2004) | Klaus Huber, ââŠĂ lâĂąme de descendre de sa monture et aller sur ses pieds de soieâŠâ (2004) | Björk, âMedullaâ (2004) | Martin Matalon, âTraces I-VIIâ (2004-2008) | Nico Muhly, âBright Mass with Canonsâ (2005) | Samuel Sighicelli, âMarĂ©e noireâ (2005) | Saed Haddad, âLes Deux Visages de lâOrientâ (2006) | RaphaĂ«l Cendo, âDĂ©combresâ (2006) | Heiner Goebbels, âStifters Dingeâ (2007) | Beat Furrer, âConcerto pour pianoâ (2007) | Ivan Fedele, âEn archĂšâ (2008) | Alberto Posadas, âLiturgia Fractalâ (2008) | Matthias Pintscher, âsonic eclipseâ (2010) | Zad Moultaka, âZajalâ (2010) | Anthony Braxton, âComposition n°272â (2011) | Salvatore Sciarrino, âCantiere del poemaâ (2011) | Kasper T. Toeplitz, âInoculate?â (2011) | Philippe Hersant, âInstants limitesâ (2012) | George Benjamin, âWritten on Skinâ (2012) | Enno Poppe, âFilzâ (2014)
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Faire dĂ©couvrir la diversitĂ© des oeuvres importantes du 20e siĂšcle, tel est le but des deux premiers tomes dâun ouvrage qui en comprendra trois, parus aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Dans ses présentations, en général sur trois à six pages, de 123 oeuvres emblématiques des années 1882 à 1962 (tome 1) et 1963
Ă 1989 (tome 2), Guillaume Kosmicki ne se contente pas seulement d;une approche vivante des compositeurs et des oeuvres choisies, il les replace Ă©galement dans leur Ă©poque et en relation tant avec le passĂ© quâavec le futur. Pensant que âtout artiste est forcĂ©ment le fruit de son Ă©poque et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il sâinscrit ou refuse de sâinscrireâ, il fait preuve dâouverture dâesprit face aux diffĂ©rentes esthĂ©tiques qui forment la richesse de la musique du 20e siĂšcle. Le but de lâauteur nâest pas lâexhaustivitĂ© (on nây trouvera par exemple ni Sibelius, ni Szymanowski, ni Nancarrow), mais de brosser un vaste panorama (de Liszt Ă Tavener, de Joplin Ă Pan, en passant
par Cage, Xenakis, Ligety ou Grisey) dâun siĂšcle oĂč la musique sâest diversifiĂ©e Ă lâextrĂȘme. Un Ă©quilibre a Ă©tĂ© recherchĂ© dans le premier volume entre les diffĂ©rents genres prĂ©sentĂ©s : opĂ©ra, ballet, musique de chambre, musique symphonique, oeuvres pour piano, oeuvres vocales. Le second volume reflĂšte Ă©galement lâĂ©clatement des genres et lâouverture progressive des frontiĂšres vers dâautres musiques.
Aucune analyse froide ou hermĂ©tique, car le but recherchĂ© reste de faire dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir des jalons essentiels de la musique savante occidentale, et cela aussi bien aux musiciens ou mĂ©lomanes quâaux nĂ©ophytes.
Pour ces derniers, un glossaire des principaux termes musicaux utilisĂ©s se trouve Ă la fin de lâouvrage. AprĂšs avoir mis lâeau Ă la bouche du lecteur, Guillaume Kosmicki propose une version sur disque de chaque piĂšce analysĂ©e ainsi quâun choix complĂ©mentaire dâoeuvres Ă Ă©couter. Dans de vastes introductions Ă chaque pĂ©riode, lâauteur fait preuve de talent pour dĂ©crire le contexte historique, sociologique et culturel, de mĂȘme que les grands mouvements sous-jacents qui tissent la trame dans laquelle sâinsĂšrent les compositeurs et leurs oeuvres.
Sorti fin 2012, ce premier tome se prĂ©sente Ă juste titre comme « une porte dâentrĂ©e solide » aux musiques dites savantes Ă travers la prĂ©sentation de plus de soixante-dix Ćuvres et compositeurs rĂ©partis en cinq pĂ©riodes, le tout trĂšs justement introduit et complĂ©tĂ© par un indispensable glossaire, un index des compositeurs, dâimportantes bibliographie et webographie, ainsi quâun appel Ă frĂ©quenter les bibliothĂšques, disquaires et concerts. De Debussy au mur de Berlin, pour chacune des Ćuvres chroniquĂ©es, Guillaume Kosmicki prĂ©sente tour Ă tour : la biographie, la formation et les influences du compositeur, les caractĂ©ristiques, la mise en Ćuvre et interprĂ©tations de ses compositions, la progression narrative et la succession instrumentale du morceau choisi. Sans jamais cĂ©der Ă lâanecdote, et parfois en termes trĂšs techniques, il permet ainsi au lecteur dâaborder les musiques savantes par diffĂ©rents biais et lectures â linĂ©aire ou transversale, historique ou musicale â en fonction de ses connaissances et centres dâintĂ©rĂȘt.
« De lâĂ©criture, tout dĂ©coule », et notamment cette « exigence de recherche et de composition » caractĂ©ristique des musiques savantes ainsi que son appartenance historique Ă une Ă©lite et leur opposition Ă lâoralitĂ© de la culture populaire. A travers une longue introduction, Guillaume Kosmicki parvient Ă nous rĂ©sumer lâĂ©volution millĂ©naire de cette « musica reservata » consacrĂ©e au XIXe par lâĂ©tablissement de trois catĂ©gories â savantes, populaires et traditionnelles â subjectives et bouleversĂ©es au siĂšcle suivant au grĂ© des usages, de la technique, et surtout de lâHistoire et de sa marche vers la marchandisation. Une Ă©volution menant Ă la prĂ©dominance du timbre dans la composition, « seul langage commun qui resort vĂ©ritablement des cent derniĂšres annĂ©es, toutes musiques confondues ».
Didactique, historique, proposant Ă la curiositĂ© du lecteur, du mĂ©lomane, du musicien ou du compositeur, tout autant de rĂ©ponses que de questions, Musiques savantes se rĂ©vĂšle ĂȘtre une mine dâor pour qui sâintĂ©resse au travail de composition. A la conception du gĂ©nie qui, tel Bach, dĂ©clare « ça leur plaira plus tard » et se voit le plus souvent considĂ©rĂ© « en avance sur son temps », Guillaume Kosmicki rĂ©pond â conscient que cette position est aussi celle de notre Ă©poque â « Nous nâadhĂ©rons pas Ă ce type de dĂ©finition, car tout artiste est forcĂ©ment le fruit de son Ă©poque et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il sâinscrit (ou refuse de sâinscrire, ce qui revient au mĂȘme) quand bien mĂȘme il nâest pas compris immĂ©diatement par le plus grand nombre » comme lâillustre la rĂ©ception de lâincontournable Sacre du printemps de Stravinsky, choquant en 1913 et triomphant en 1914.
MĂ©lomane, Ă dĂ©faut encore dâĂȘtre musicien, Ă©crivain et chroniqueur, câest avec bonheur en rĂ©sumĂ© que je me suis plongĂ© dans cette vĂ©ritable bible musicale consacrĂ©e Ă la crĂ©ation et Ă ces musiques aux multiples aspĂ©ritĂ©s, dĂ©couvertes au lycĂ©e grĂące Ă un professeur dâhistoire passionnĂ© et Ă cĂŽtĂ© desquelles jâĂ©tais passĂ© en rĂ©alitĂ©. Encore tout cela nâest-il quâun aperçu des richesses offertes par ces incontournables Musiques savantes que je vous invite Ă dĂ©couvrir par vous mĂȘme en compagnie du passionnant ouvrage de Guillaume Kosmicki. Quant Ă moi je vous donne rendez-vous dans deux semaines avec Moondog qui Ă©tonnamment nây figure pas â peut-ĂȘtre verrons-nous pourquoi â Ă lâoccasion de la confĂ©rence dâAmaury Cornut intitulĂ©e Moondog Ă travers le XXe siĂšcle.
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En ce dĂ©but de XXIe siĂšcle, nombre de musicographes souhaitent rendre compte de ce quâĂ©tait la musique durant les dix dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes. Il y a cinq ans, par exemple, Jean-Yves Bras proposait sa vision des diffĂ©rents courants musicaux de lâĂ©poque [lire notre critique de lâouvrage], tandis que, dĂ©jĂ auteur dâun livre essentiel sur les musiques Ă©lectroniques [lire notre critique de lâouvrage], Guillaume Kosmicki fait aujourdâhui lâinventaire des musiques savantes apparues entre 1882 et 1962. Le pluriel se justifie car, libĂ©rĂ© dâune transmission orale qui nĂ©cessitait une certaine stabilitĂ© â « trop changer, câest oublier » â et dĂ©sormais liĂ© au dĂ©veloppement de lâĂ©criture, lâart musical ne peut quâĂ©voluer et se diversifier, de surcroĂźt lors dâune pĂ©riode riche en dĂ©veloppements technologiques (radio, disque, Ă©lectroacoustique, etc.).
Kosmicki a sĂ©parĂ© la tranche temporelle abordĂ©e en plusieurs autres, introduites par quelques pages dâhistoire politico-artistique. « Point de couture entre les siĂšcles », 1880-1905 voit la bourgeoisie cultiver la libertĂ© individuelle propice aux entreprises de spectacle, mais aussi au romantisme, Ă lâimpressionnisme, au vĂ©risme, Ă lâexpressionnisme, etc. En 1905-1918, tandis que les Ătats-Unis connaissent leurs premiers compositeurs dâenvergure (Ives, Cowell), la modernitĂ© souffle sur une Europe bientĂŽt traumatisĂ©e (atonalitĂ©, Ballets russes, etc.), tentĂ©e par un nĂ©o-classicisme rassurant. Lâentre deux-guerres, 1818-1939, ouvre la voie Ă des innovations dadaĂŻstes, dodĂ©caphoniques ou prolĂ©tariennes (Neue Sachlichkeit, Gebrauchsmusik, etc.) â mais aussi au terme dâentarte Musik (musique dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e) dont beaucoup de reprĂ©sentants involontaires perdent la vie entre 1939 et 1945, quand dâautres crĂ©ateurs rĂ©sistent ou se compromettent â comme lâĂ©voquait encore rĂ©cemment Michael Hans Kater [lire notre critique de lâouvrage]. « Reconstruire un monde » aprĂšs dâinnombrables gĂ©nocides (Japon, Pologne, Allemagne, etc.), câest ce qui va occuper la gĂ©nĂ©ration de 1925 en 1945-1962 â ou, si lâon prĂ©fĂšre, « reconquĂ©rir [âŠ] les diffĂ©rents stades de lâĂ©criture », comme lâĂ©crit Boulez (1952). Paradoxalement, câest une pĂ©riode de rupture avec le grand public, sĂ©duit par dâautres musiques moins cĂ©rĂ©brales â tel le jazz, au carrefour des expressions traditionnelles, populaires et savantes, auquel Kosmicki accorde sa place â, voire seulement dansantes. Ă lâEst, les compositeurs Ă©voluent en vase clos tandis que lâavant-garde de lâOuest cultive son identitĂ© nationale loin de Darmstadt.
LâoriginalitĂ© de ce calendrier musical est de prĂ©senter une Ćuvre par an â grosso modo, bien sĂ»r, puisque les annĂ©es 1883 Ă 1889 ne sont pas illustrĂ©es, tandis que Mathis der Maler, Porgy and Bess et le Concerto Ă la mĂ©moire dâun ange sont créés tout trois en 1935, de mĂȘme que Metastaseis, Le marteau sans maĂźtre et DĂ©serts en 1954. Le choix est inĂ©vitablement subjectif, quoique emblĂ©matique des bouleversements en cours. On ne sâĂ©tonnera pas de voir au moins deux fois le nom de certains qui ont conçu des chefs-dâĆuvre dans la mĂȘme poignĂ©e dâannĂ©es (Cage, Debussy, Messiaen, Prokofiev, Schaeffer) ou sur le long terme (BartĂłk, Berg, Britten, Hindemith, Ravel, Schönberg, Stravinsky, VarĂšse, Webern). Sachant quâun second volume se prĂ©pare (1962-2012), il est probable de voir rĂ©apparaĂźtre les noms de Berio, Boulez et LigetiâŠ
En deux ou trois pages, lâĆuvre est inscrite dans son temps, ainsi que les recherches de son crĂ©ateur Ă la vie rapidement brossĂ©e : Liszt Ă©mancipe la dissonance, Franck profite des qualitĂ©s du grand orgue romantique, FaurĂ© dĂ©veloppe la mĂ©lodie de salon, Puccini renonce aux standards italiens, JanĂĄÄek soigne la psychologie de drames intĂ©rieurs, BartĂłk collecte les chants paysans, Cowell invente le cluster, Strauss explore lâexpressivitĂ© en amont de Schönberg, Mahler incarne le dernier romantique et Ravel un apĂŽtre du piano moderne, Ives sâintĂ©resse Ă la spatialisation et Satie Ă la « musique dâameublement », Hindemith et Falla lorgnent les modĂšles passĂ©s tandis quâHonegger et Antheil exploitent la richesse du quotidien, ou Milhaud les accents venus dâailleurs â on pourrait encore citer KĆenek, BarraquĂ© ou Partch [lire notre dossier], moins attendus, que nous sommes heureux de ne pas voir oubliĂ©s.
« Porte dâentrĂ©e solide » Ă tous les curieux (avec glossaire et conseils dâĂ©coute) ou, pour le spĂ©cialiste, alternative Ă une approche souvent thĂ©matique du XXe siĂšcle, le fabuleux travail de Guillaume Kosmicki enrichit la culture de chacun et nourrit ses envies de (re)dĂ©couvertes.
Musiques Savantes â Anaclase
AprĂšs sâĂȘtre penchĂ© sur le cas des free parties, des musiques Ă©lectroniques et sur celui des musiques âsavantesâ de 1882 Ă 1962 dans un premier tome, le musicologue morbihannais Guillaume Kosmicki sâattaque dĂ©sormais Ă la pĂ©riode contemporaine. Dans Musiques savantes : De Ligeti Ă la fin du monde, et aprĂšs⊠1963 â 2013, titre de son quatriĂšme ouvrage dont la sortie est prĂ©vue en mai 2014, lâauteur sâintĂ©resse Ă lâĂ©volution des âmusiques savantesâ. DerriĂšre ce barbarisme se cache ânotamment la musique classique contemporaine mais pas que. Le jazz peut en faire partie Ă©galementâ, prĂ©cise le pensionnaire de lâOrchestre de chambre de Vannes.
Dans son futur ouvrage, Guillaume Kosmicki croisera son objet dâĂ©tude avec le contexte historique. DĂ©colonisation, fin de la Guerre froide, mondialisation⊠âCette musique Ă©volue avec son temps et demeure actuelle aujourdâhui encore.â TĂ©moignages dâartistes et mise en relief de soixante-dix Ćuvres complĂ©teront son propos. Que les mĂ©lomanes morbihannais se rassurent, âce sera un ouvrage de vulgarisation, Ă la portĂ©e de tousâ.
Voici un livre Ă©rudit, qui prĂ©sente environ quatre-vingts Ćuvres de musiques savantes au pluriel et remarquables selon lâauteur, composĂ©es dans une pĂ©riode comprise entre 1882 et 1962. Ce qui est dĂ©jĂ dâune certaine originalitĂ© au regard des pĂ©riodisations scolaires traditionnelles.
Contrairement Ă la vague positiviste illustrĂ©e par lâaventure WikipĂ©dia, câest un livre rĂ©digĂ©, non seulement lâauteur a un point de vue sur les Ćuvres quâil prĂ©sente, mais encore, les organise-t-il dans une vaste fresque et en moments privilĂ©giĂ©s, justifiĂ©s par une rĂ©flexion personnelle.
Donc un livre Ă©rudit, mais aussi un livre savant, puisquâon y rĂ©flĂ©chit et quâon y problĂ©matise. Câest un livre dâauteur.
Peut-ĂȘtre âGuide des musiques savantesâ aurait-il Ă©tĂ© un titre plus judicieux. Car, mĂȘme sâil discute cette idĂ©e de musique savante, quâil en montre les limites et lâillogisme, lâauteur ne fait pas ce quâil devrait faire : sâen dĂ©barrasser radicalement. Ce qui Ă©viterait de dĂ©placer sans fin cette aporie et dâen plomber les questions de lâĂ©litisme ou du populaire, de lâĂ©criture ou de lâoralitĂ©. Dâautant quâen art, la conception et lâaccueil du public ne sont pas consubstantiels.
Guillaume Kosmicki donne corps Ă deux idĂ©es fortes. Dâune part la musique est pour lui comme une analogie de la vie sociale. Une des richesses de ce livre est de considĂ©rer la musique comme un Ă©lĂ©ment des dynamiques historiques. Dâautre part il associe savant et Ă©criture.
Câest donc Ă juste titre que des Ćuvres de Duke Ellington, Louis Armstrong, ou Thelonious Monk figurent au catalogue, tout comme celle du fabuleux Harry Partch, trop original, Ă©voquant trop la culture indienne amĂ©ricaine pour espĂ©rer quelque reconnaissance. Mais dans cette optique de dĂ©senclavement, des compositeurs comme JĂłzsef Kozma, Paul Delmet, ou Gus Viseur, voire Boris Vian ou Django Reinhardt, illustrant dâimportants courants musicaux, depuis la musique de film jusquâau musette swing, en passant pas la chanson, auraient eu une entiĂšre lĂ©gitimitĂ© Ă ĂȘtre Ă©voquĂ©s.
Si jâapprĂ©cie au plus haut point la volontĂ© de placer le propos et la documentation Ă©rudite dans une dynamique historique, je relĂšve toutefois quelques simplifications, qui ne sont pas le fait de lâauteur, mais des manuels dâhistoire de la musique. LâĂ©criture nâest pas fondamentalement Ă©litiste. Au dĂ©part, elle est confiĂ©e Ă des employĂ©s (il y a toujours des employĂ©s aux Ă©critures), et les philosophes grecs enseignent oralement. Au IXe siĂšcle, lâapparition des neumes nâest pas celle de lâĂ©criture de la musique, mais de sa sacralisation Ă lâĂ©glise (lire Olivier Cullin Ă ce propos). Il est vrai que la pratique de la notation neumĂ©e va se fondre avec lâapparition de la notation musicale et en effet â chose extraordinaire â on va pouvoir concevoir la composition musicale et sa transmission de maniĂšre conceptuelle, mais ce nâest pas ce qui lui donne un caractĂšre savant ou, ce qui nâest pas la mĂȘme chose, Ă©litiste (il y avait des pratiques musicales savantes avant le IXe siĂšcle). Cela dĂ©pend de lâusage social auquel est destinĂ©e la musique, et de la confusion entre notation musicale et Ă©criture sĂ©mantique, qui ferait de la musique un art Ă comprendre plus quâĂ Ă©couter. En fait on est entre arts bruts, par exemple avec les recherches (sophistiquĂ©es) de John Cage, ou un Harry Partch, et lâharmonie des sphĂšres, avec par autre exemple les Structures de Boulez. De ce point de vue, des compositeurs voulant tenir les deux bouts, comme AndrĂ© Jolivet, Henri Tomasi, voire Jean Françaix, absents du panorama auraient Ă©tĂ© bienvenus.
Si la musique, comme tout art est un Ă©lĂ©ment des dynamiques historique, je ne pense pas quâelle en soit une analogie, mais plutĂŽt une Ă©manation fantasmagorique (un Ă©lĂ©ment de la superstructure de la sociĂ©tĂ© selon Karl Marx). Câest ici, une autre source des quelques simplifications, Ă mon sens, que jâai relevĂ©es. Par exemple, on ne peut pas dire que le Romantisme soit lâart bourgeois par excellence, parce que les caractĂšres musicaux du romantisme (lesquels en vrai ?) correspondent aux caractĂšres sociaux et existentiels de la bourgeoisie.
Câest pourquoi le titre du livre met le mur de Berlin au regard de Claude Debussy, Ă©galitĂ© entre Ă©vĂ©nement politique et Ă©vĂ©nement musical. De ce point de vue, je me mĂ©fierais en faisant de lâhistoire, de la mĂ©moire collective issue de la guerre froide. Personnellement, je ne reprendrais pas sans Ă©tude critique, la rengaine du Chostakovitch « subissant les foudres du Parti et de la censure », pas seulement parce quâil fut un compositeur particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© et cĂ©lĂ©brĂ©, mais il faudrait ce faisant, pour que cela ait un sens autre que seulement antisoviĂ©tique, rĂ©flĂ©chir Ă ce quâest la libertĂ© de crĂ©ation en gĂ©nĂ©ral, aux politiques de programmation, aux dictats acadĂ©miques y compris en France (en passant : Ă lâinterdiction des rassemblements technos). Se demander pourquoi on se rĂ©gale sans restriction des musiques du XVIIe siĂšcle, Ćuvres de compositeurs assujettis aux princes et Ă lâĂ©glise, et pourquoi, par exemple, Ă propos de Thelonious Monk, on Ă©voque seulement dans ce livre des oppositions entre noirs et blancs, alors que les noirs Ă©taient privĂ©s de droits civiques. Je ne suis pas contre, a priori, lâidĂ©e que la sujĂ©tion, la privation de libertĂ©s, voire lâesclavage, aient motivĂ© des crĂ©ations artistiques de qualitĂ©, et que lĂ , lâintolĂ©rance fut catastrophique, surtout quand il sâagit de lâĆuvre gĂ©niale de Chostakovitch : il faut y aller voir.
Un livre Ă©rudit, rĂ©digĂ©, savant⊠et qui fait discuter, une raretĂ© dont il faut profiter, le temps nâĂ©tant pas Ă cet air.
Guillaume Kosmicki Ă©tait lâinvitĂ© de La Matinale pour parler de son nouvel ouvrage : MUSIQUESSAVANTES, DE DEBUSSY AU MUR DE BERLIN (1882-1962). Tome 1
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Difficile de rĂ©unir au sein dâun mĂȘme ouvrage la totalitĂ© dâun vingtiĂšme siĂšcle musical plus que plĂ©thorique ? Guillaume Kosmicki et les Ă©ditions Le Mot et le Reste sâen sont chargĂ©s. En attendant le second volume qui couvrira les annĂ©es soixante Ă nos jours, Musiques Savantes, de Debussy au mur de Berlin (1882-1962), offre de multiples portes dâentrĂ©es Ă tous les amateurs curieux et mĂ©lomanes soucieux de parfaire leurs connaissances. ArticulĂ© en cinq grandes parties introduites par un prĂ©ambule historique, lâouvrage fonctionne par entrĂ©es prĂ©sentant Ćuvres remarquables, emblĂ©matiques ou indispensables Ă la comprĂ©hension dâune Ă©poque, dâun courant artistique. Avec ce type de lecture ludique et ingĂ©nieuse, la multiplicitĂ© des musiques dites savantes ne sâimpose pas comme un kalĂ©idoscope complexe mais comme un puzzle sonore facile Ă composer et Ă comprendre. Une belle rĂ©ussite.
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Un guide bienvenu, car plutĂŽt rare, sur les musiques du XXe siĂšcle, qui part de Debussy, fait une pause sur les deux guerres (qui voient la confrontation des styles, entre Falla, Berg, Mossolov, VarĂšse, Cage et MonkâŠ) et se fixe, malheureusement un peu trop, sur les Modernes des annĂ©es 1950 et 1960. Le demi-siĂšcle manquant est annoncĂ© dans un second volume.
SpĂ©cialiste rĂ©putĂ©, auteur de lâexcellent Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors, le musicologue Guillaume Kosmicki propose aujourdâhui aux Ă©ditions Le Mot et le Reste un ouvrage traitant des musiques Ă©crites occidentales qui, outre son historiographie trĂšs documentĂ©e, trace un parcours amoureux au cĆur dâune musique jugĂ©e parfois radicale Ă sa crĂ©ation et pourtant souvent devenue universelle. Il prĂ©sente pour cela soixante-treize Ćuvres classĂ©es en six pĂ©riodes distinctes, liĂ©es aux Ă©vĂ©nements mondiaux qui ont morcelĂ© le siĂšcle en question et courent de La lugubre gondole de Frantz Liszt au War Requiem de Benjamin Britten.
AprĂšs avoir dĂ©fini ce quâil entend par « musiques savantes » et les distances quâil convient pourtant de prendre avec cette expression imparfaite, utilisĂ©e faute de mieux, il envisage de maniĂšre linĂ©aire la fĂ©conditĂ© dâune pĂ©riode oĂč lâon trouve, comme il lâĂ©crit, « une diversitĂ© stylistique encore jamais rencontrĂ©e dans lâhistoire de la musique ». De lâapproche inĂ©dite du timbre Ă lâintroduction de lâĂ©lectroacoustique et mĂȘme du jazz, cet ouvrage ausculte en profondeur tout ce qui constitue le langage des musiques exigeantes de notre temps. Lâauteur raccroche lâunivers des compositeurs aux rĂ©alitĂ©s de lâHistoire : exil et oppression pour Hindemith lorsquâil Ă©crit Mathis der Maler en 1935, propagande pour Chostakovitch lorsquâil compose sa Symphonie n°7 « Leningrad » sous les bombes en 1941⊠Mais aussi scandales et rĂ©volution de Stravinski et son Sacre du printemps, jusquâau DĂ©serts de VarĂšse, auquel Kosmicki voue une sincĂšre â et bien comprĂ©hensible â admiration. Chaque Ćuvre dispose dâune entrĂ©e indĂ©pendante oĂč une large part est faite Ă la didactique et Ă la critique. Servi par une Ă©criture fluide, lâensemble est envisagĂ© avec beaucoup de passion et permettra mĂȘme aux lecteurs les plus pointus de trouver les clĂ©s nĂ©cessaires Ă la dĂ©couverte de Mossolov, ou de Scelsi.
Et le jazz dans tout ça ? Il est partout, rĂ©pondra le provocateur. Lâauteur a lâexcellente idĂ©e de ne pas cloisonner les musiques au profit de LA musique, qui sâirrigue dans cette pĂ©riode, bien plus que dans dâautres, de lâensemble de ses vaisseaux. On retrouve ainsi Ellington (Ko-Ko) bien assis entre John Cage et Luigi Dallapicola ou encore Monk (âRound Midnight) Ă la suite de Prokofiev⊠Mais aussi, de loin en loin, lâinfluence de cette musique sur Satie, Berio, et bien sĂ»r Bernstein et Gershwin. Cet ouvrage est dâailleurs indispensable Ă ceux qui voudraient comprendre ce qui pĂ©trit largement le jazz contemporain. Un second tome est en prĂ©paration, qui Ă©voquera la pĂ©riode allant de 1962 Ă nos jours⊠Prenons dĂ©jĂ les paris : Coltrane ? Zappa ? Aphex Twin ? Levinas ? Braxton ? Les choix seront sans doute cornĂ©liens. On en salive dâavance !
Guillaume Kosmicki propose un parcours musical Ă lâusage des mĂ©lomanes curieux.
Qui a encore peur de la musique moderne? Avec lâavĂšnement du disque, puis de la radio et plus encore dâinternet, le XXe siĂšcle a rapprochĂ© lâart musical savant et les pratiques plus intuitives de la musique populaire. La technologie a bouleversĂ© les habitudes dâĂ©coute, la rapiditĂ© de diffusion des musiques mĂȘme les plus obscures, aussi bien que la composition elle-mĂȘme. RĂ©sultat: les barriĂšres entre les styles tombent, les limites des genres deviennent floues, les esthĂ©tiques se mĂ©langent, lâĂ©coute se «mondialise». Lâheure est au remix global, et la «gĂ©nĂ©ration electro» nâhĂ©site plus dĂ©sormais Ă mettre cĂŽte Ă cĂŽte sur ses platines ou ses playlists le souffle hypnotique de Miles Davis, les illusions sonores de György Ligeti, les incantations instrumentales de Mulatu AstatqĂ© et les martĂšlements entĂȘtants de Squarepusher.
Les mĂ©lomanes qui ont biberonnĂ© aux vinyles improbables et aux MP3 de toutes provenances recherchent avant tout lâexcitation de nouveaux territoires Ă dĂ©fricher. Mais comment sây retrouver dans la joyeuse cacophonie des styles du XXe siĂšcle? MalgrĂ© son titre austĂšre, Musiques savantes, de Debussy au Mur de Berlin 1882-1962 de Guillaume Kosmicki ouvre des pistes utiles pour explorer cette fascinante et labyrinthique pĂ©riode de lâhistoire de la musique.
PlutĂŽt quâune «somme exhaustive» mais Ă la lecture facilement «dĂ©courageante», le jeune chercheur prĂ©fĂšre proposer une forme plus accessible: une sĂ©lection de septante-trois Ćuvres reprĂ©sentatives dâautant de courants diffĂ©rents dans la musique du XXe siĂšcle (et de la toute fin du XIXe siĂšcle). Chacune est briĂšvement commentĂ©e et inscrite dans le parcours crĂ©atif de son compositeur. ForcĂ©ment subjective, dâune ambition Ă la fois vaste et mesurĂ©e, lâapproche de Guillaume Kosmicki souhaite offrir une «porte dâentrĂ©e» aux «amateurs curieux mais encore timides vis-Ă -vis de ce monde musical singulier», et elle y parvient.
Aux cĂŽtĂ©s des titres incontournables, Sacre du printemps, Pierrot lunaire et autre BolĂ©ro, le choix abonde en musiques «charismatiques», susceptibles dâavoir un impact immĂ©diat sur les oreilles curieuses: du Ballet mĂ©canique de George Antheil aux percussions de Ionisation dâEdgar VarĂšse, en passant par le piano prĂ©parĂ© de John Cage, les rythmes machinistes dâAlexandre Mossolov ou la musique concrĂšte de Pierre Schaeffer.
PAS DâEXCLUSION
Loin de ne sâintĂ©resser quâaux avant-gardistes, Guillaume Kosmicki rappelle que le lyrisme appuyĂ© de Barber, Bernstein ou Britten a pu cohabiter avec les Ă©pines sonores de BarraquĂ©, Boulez, Stockhausen ou Xenakis, sans que ces esthĂ©tiques si radicalement opposĂ©es ne sâexcluent mutuellement. Et si au moins une figure majeure brille par son absence (Sibelius!), quelques incursions du cĂŽtĂ© de la note bleue viennent souligner Ă quel point une musique dâorigine populaire comme le jazz a pu sâĂ©lever au rang dâart et contribuer au rapprochement actuel entre les genres. Lâapprenti mĂ©lomane trouvera dans Musiques savantes de quoi apaiser sa soif de nouveautĂ©. Le second tome, Ă paraĂźtre, prolongera lâinvitation Ă la curiositĂ© jusquâĂ nos jours. Un livre pour ne pas Ă©couter idiot.
Sous le titre de Musiques savantes, ce livre embrasse un champ de recherche trĂšs large qui sâĂ©tend de la fin du XIXe siĂšcle jusquâĂ la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. Exactement quatre-vingts ans caractĂ©risĂ©s par la diversitĂ© musicale et deux Ă©vĂ©nements historiques importants : la mondialisation consĂ©quente Ă la fin du romantisme Ă la construction du mur de Berlin.
Raconter en environ quatre cent pages les diversitĂ©s stylistiques de ces annĂ©es, encadrer les frontiĂšres des nouveaux langages musicaux, diffĂ©rencier les genres musicaux et faire un choix de compositeurs Ă prĂ©senter Ă travers une ou deux Ćuvres de rĂ©fĂ©rence, nâĂ©tait a priori pas simple. MalgrĂ© tout, le musicologue Guillaume Kosmicki dĂ©jĂ auteur de Musique Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors pour les Ă©ditions Le Mot et le Reste, offre une somme, bien entendu, non exhaustive des recherches musicales les plus significatives.
Le livre prĂ©sente une sĂ©lection chronologique des Ćuvres les plus reprĂ©sentatives des courants musicaux et les plus emblĂ©matiques des crĂ©ations des compositeurs. Le choix Ă©tant subjectif, lâauteur prĂ©cise bien, dans lâintroduction Ă cet ouvrage quâil convient de prendre ses suggestions pour ce quâelles sont : une piste qui pousse les amateurs timides Ă se familiariser avec ce siĂšcle hĂ©tĂ©rogĂšne, et une porte Ă franchir pour les plus curieux assoiffĂ©s de connaissances. Il faut donc se mĂ©fier du titre un peu obscur et vaguement Ă©litisme, car Musiques savantes prend en considĂ©ration beaucoup de rĂ©pertoires se dĂ©marquant tout simplement des musiques populaires. A cĂŽtĂ© des Ragtimes de Scott Joplin, on trouve en effet Tosca de Giacomo Puccini, Parade dâErik Satie, Ecuatorial, DĂ©sert et Ionisation dâEdgar VarĂšse, Ko-ko de Duke Ellington, Round Midnight de Thelonious Monk, Cinq Etudes de bruits de Pierre Schaeffer etc. Une panoplie dâĆuvres, de styles et de compositeurs qui ont en commun la recherche sur le timbre. La derniĂšre Ćuvre prĂ©sentĂ©e War Requiem de Britten, avec son hommage aux victimes du conflit mondial, encadre idĂ©alement une pĂ©riode dâhorreur et ouvre sur de nouveaux horizons qui seront prĂ©sentĂ©s, par le mĂȘme auteur, dans le deuxiĂšme volume de Musiques Savantes.
Encore une belle moisson de livres en cette fin dâannĂ©e Ă offrir Ă vos amis ou Ă vous mĂȘme. Aux Ă©ditions Le mot et le reste, Guillaume Kosmicki explore dans « Musiques savantes » la diversitĂ© sans prĂ©cĂ©dent de la musique du XXe siĂšcle de Debussy Ă Boulez jusquâĂ Stravisky et Messian. De leur cĂŽtĂ©, les Ă©ditions Fetjaine font dans la diversitĂ© avec « Bowie les annĂ©es studio » de Paolo Hewitt qui prĂ©sente toute la carriĂšre et le gĂ©nie crĂ©atif du musicien camĂ©lĂ©on, « Desperate Rockwives » de Pierre Mikailoff qui raconte le destin de ces femmes qui unirent leur destin Ă des vedettes du rock pour le meilleur ou pour le pire et un superbe coffret qui rend hommage au lĂ©gendaire groupe Led Zeppelin Ă travers un livre illustrĂ© et des documents rares. Puis, aux Ă©ditions Camion Blanc, Chris Salewicz nous conte avec force dĂ©tail la vie de Bob Marley et son parcours atypique pour devenir le plus grand artiste de reggae de lâhistoire et une icĂŽne emblĂ©matique. Dans deux ouvrages passionnants aux Ă©ditions Rivages, David Linskey nous relate dans « 33 rĂ©volutions par minute » la naissance de la protest-song moderne et les principaux hymnes qui ont accompagnĂ© les grands moments de lâhistoire contemporaine. Retour en France avec les Ă©ditions du Cherche-Midi et lâouvrage de Pascal Spizzo : « Cabrel par Cabrel » dans lequel le barde dâAstaffort se livre pour la premiĂšre fois sans dĂ©tours. Enfin, pour terminer ce tour dâhorizon, dans « Profondeur de chant » (Ă©ditions de lâArchipel), Alain Wodraka analyse en dĂ©tail le cheminement artistique dâYves Duteil qui fĂȘte quarante ans de chansons cette annĂ©e.
Ce matin-lĂ , Guillaume Kosmicki Ă©tait lâinvitĂ© de la matinale de radio CANAL B et prĂ©sentait son ouvrage Musiques savantes. Une Ă©mission Ă réécouter ICI
Glitch recommande aussi la lecture de Musiques savantes de Guillaume Kosmicki, paru ce mois ci dans lâexcellente maison dâĂ©dition Le mot et le reste.
âGLITCH â LE MOUVâ: http://www.lemouv.fr/diffusion-glitch-ep-9
Dans un monde obsĂ©dĂ© par la simplification, oĂč lâamalgame entre savoir et Ă©litisme est monnaie courante, ce que lâon nomme « musiques savantes » fait parfois lâobjet de mĂ©pris car bien souvent mĂ©connu. Si au dĂ©part, elles diffĂšrent des musiques dites populaires en cela quâelles sâĂ©crivent, elle nâen demeurent pas moins Ă lâorigine de la plupart des grands bouleversements esthĂ©tiques du siĂšcle dernier â dont il est principalement question ici. AprĂšs sâĂȘtre fait remarquer grĂące Ă Musiques Ă©lectroniques et, surtout, Free Party, une histoire, des histoires, le musicologue Guillaume Kosmicki nous invite Ă revivre lâhistoire et rebondit sur une sĂ©lection pertinente dâĆuvres â de Debussy Ă Cage, de Stravinsky Ă Schaeffer. Lâouvrage sâarrĂȘtant en 1962, un second tome est prĂ©vu afin de couvrir le spectre jusquâĂ nos jours. On vous en reparle, car ce premier volet est dâores et dĂ©jĂ Ă mettre dans toutes les mains.