Musiques électroniques - Nouvelle édition
Des avant-gardes aux dance floors
Un ouvrage passionnant qui réussit le pari de traiter avec exhaustivité le large domaine des musiques électroniques.
Sophie Rosemont â nonfiction.fr
Lâhistoire de la musique du XX^e^ siĂšcle est profondĂ©ment marquĂ©e par lâapport de lâĂ©lectronique. Cette aventure, dâabord technologique, a commencĂ© dĂšs le dĂ©but du siĂšcle avec le dĂ©veloppement de lâenregistrement et lâapparition des premiers instruments de synthĂšse sonore. Mais câest dans les annĂ©es cinquante quâun Ă©lan impulsĂ© par des musiciens savants consacre la naissance des premiers styles purement Ă©lectroniques. De maniĂšre plus ou moins directe, ces avant-gardes ont influencĂ© lâapparition de nombreux genres musicaux populaires comme le dub, le hip-hop, lâelectro, puis la house et la techno. La technologie a servi de fil conducteur Ă toutes ces expĂ©riences, tout comme lâintĂ©rĂȘt primordial pour le son. Depuis les premiers essais de John Cage avec des tourne-disques jouĂ©s en direct en 1939, le phĂ©nomĂšne du Disc-Jockey a pris une ampleur considĂ©rable pour le consacrer comme vĂ©ritable crĂ©ateur depuis les sound-systems jamaĂŻquains jusquâau dĂ©veloppement des night-clubs de New York, Chicago, Detroit puis dâEurope. Le mouvement techno, au travers des raves et surtout des free parties, sâest rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre une vĂ©ritable contre-culture. Pour complĂ©ter cette approche historique, lâauteur propose une sĂ©lection anthologique de compact discs.
Revue de presse
- Interview - De Mitterrand à la tecktonik : le récit fou de 20 ans de Techno Parade (1/2) Ana Boyrie et Maxime Jacob Greenroom 21 septembre 2018
- Un livre de référence sur le sujet G. Abitbol MédiathÚque La Madeleine 26 mai 2016
- Chronologie électronique Trax Janvier 2016
- Musiques électroniques Jean Rouzaud Radio Nova // Nova Club 18 février 2016
- Un siÚcle de bidouille électronique Jean Rouzaud novaplanet.com 11 février 2016
- Machine Musik Elizabeth Tchoungi France Culture // Sur écoute 21 septembre 2013
- Extatique : Les musiques électroniques Laura Jachymiak FRANCE MUSIQUE 30 juillet 2011
- Musiques électroniques Sonia Devillers France Inter // Le Grand Bain 23 août 2012
- Musiques électroniques Thomas Baumgartner France Culture // L'Atelier du son juin 2012
- L'Objet sonore Laurent Bergnach ANACLASE
- Musiques électroniques Stéphane Allégret Radio Libertaire // Bulles noires 15 octobre 2011
- Musiques électroniques THOMAS BAUMGARTNER France Culture // L'Atelier du son 16 septembre 2011
- Entretien avec Guillaume Kosmicki Agents d'entretiens mai 2011
- La Clef des sons Jet FM février et mars 2011
- Essai en février : travellers, raves et free parties Isa Alter1fo février 2011
- Musiques savantes, dance floor, Allez, debout lĂ -dedans ! Canal B 5 janvier 2011
- Musiques Ă©lectroniques Ăric Deshayes Traverses mai 2010
- librairie: lu, retenu, soutenu Site Irma septembre 2009
- Musiques électroniques Laurent Bergnach Anaclase.com avril 2010
- Musiques électroniques Revue de la BPI
Musique électro à la BPI Site de la BPI (Centre Pompidou) avril 2010
- Musiques électroniques Jean-Marc Warszawski musicologie.org février 2010
- Musiques électroniques Franck Tenaille César février 2010
- Musiques électroniques Blog - Pression live février 2010
- Musiques électroniques Sylvain Bertot Fake For Real janvier 2010
- Interview Guillaume Kosmicki Entretien avec Nassim Radio Grenouille - l'écoute à la carte décembre 2009
- Lectures recommandées David Jisse, Christian Zanési, Christophe Bourse France Musique / Electromania novembre 2009
- Musiques électroniques Jean-Guillaume Lanuque site Dissidences
- Le livre du mois Nicolas Bresson Tsugi novembre 2009
- Musiques électroniques Nas/im Ventilo octobre 2009
- Entretien avec Guillaume Kosmicki Olivier Pernot Trax octobre 2009
- Musiques électroniques J.P. Boyer Nouvelle Vague 14 septembre 2009
- L'électro dans tous ces états Sophie Rosemont nonFiction.fr 21 septembre 2009
- Nouveau livre sur l'histoire de la musique électronique blog - En attendant Jarre septembre 09
- Musiques Ă©lectroniques Ăric Deshayes NĂ©osphĂšres Septembre 09
- Lectures musicales le blog "Aires libres" août 2009
- Musiques électroniques Joe Farmer France Inter / Zap Zik 6 août 2009
- Musiques électroniques GérÎme Guibert Magic août 2009
- Musiques électroniques Sonhors juillet 2009
- Ălectronifiant X-Ray Zibeline juillet 2009
- Musiques électroniques D-Side juillet 09
- Musiques électroniques L'Azile le + sûr / radio Canal B juin 2009
Blindtest #9 : Musiques électroniques
Diagonale Sonore par Raphaëlle Tchamitchian
Invité Guillaume Kosmicki
Musicologue, journaliste et enseignant, Guillaume Kosmicki sillonne la France depuis plus de 20 ans pour faire des confĂ©rences sur la musique, toutes les musiques, dans tous les contextes, et transmettre son savoir, sa passion et dans certains cas son expĂ©rience. Il a baignĂ© dans les annĂ©es 1990 dans le milieu des sound systems, des raves et des free parties, a.k.a. ces fĂȘtes libertaires organisĂ©es le plus souvent dans la nature, dans un champ ou une forĂȘt, par des collectifs techno, et oĂč des dizaines voire des centaines de personnes se rassemblent pour quelques heures, en-dehors du quotidien. Ă travers des nuits entiĂšres de transe accompagnĂ©e de musique et de toutes sortes de substances, il sâagit de vivre la techno dans ce quâelle a de meilleur â le gros son, la danse, la communion, lâoubli de soi, etc. â mais aussi dâexpĂ©rimenter une utopie musicale et sociale, dans un espace-temps arrachĂ© aux frontiĂšres et aux exigences de la sociĂ©tĂ© capitaliste.
Lors de ses premiĂšres recherches (Musiques Ă©lectroniques : des avant-gardes aux dance floors est paru en 2009 aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste), Guillaume Kosmicki a remontĂ© le cours de lâhistoire pour retracer la gĂ©nĂ©alogie de la techno, et au-delĂ de toutes les musiques Ă©lectroniques, quâelles soient savantes ou populaires, faites pour la mĂ©ditation ou pour la danse, jouĂ©es Ă plusieurs ou sur des boĂźtes Ă rythme. LâĂ©mission commence plus ou moins lĂ oĂč celle de Laurent de Wilde (blindtest #6) sâĂ©tait terminĂ©e. Elle portait sur « les fous du sons », câest-Ă -dire les inventeurs extraordinaires dâinstruments Ă©lectroniques, en particulier les claviers et les synthĂ©tiseurs, pendant tout le xxe siĂšcle. Celle-ci prolonge la rĂ©flexion en traversant toutes sortes de musiques diffĂ©rentes, toutes affectĂ©es Ă un niveau ou Ă un autre par lâapport de lâĂ©lectronique, quâelles soient uniquement fabriquĂ©es grĂące Ă des machines ou bien quâelles y puisent leur imaginaire. Au menu donc de ce 9e blindtest : minimalisme amĂ©ricain, rock allemand, musique industrielle, disco, techno⊠Bon voyage !
Ămission publiĂ©e le 29/04/2023
Réécoutez là ici
Guillaume Kosmicki a Ă©tĂ© interviewĂ© par deux journalistes de lâĂ©quipe de Greenroom Ă lâoccasion des vingt ans de la Techno Parade. TĂ©moignages.
DJ mis sur Ă©coute ou Ă©piĂ©s par les renseignements, descentes de police lors des rave parties⊠En 1998, en rĂ©action aux menaces des autoritĂ©s, les grands acteurs de la scĂšne Ă©lectronique française dĂ©filent dans Paris, sur des 38 tonnes sonorisĂ©s. Ainsi fut la premiĂšre Techno Parade, qui a rassemblĂ© jusquâĂ 200 000 personnes place de la Nation pour le set de Laurent Garnier. Une grande histoire toujours en marche, parsemĂ©e de jets de sucettes, de castagne, de lycĂ©ens Ă©pris de tecktonik, et dâun PrĂ©sident de la RĂ©publique en rave party. Vingt ans plus tard, et pour la premiĂšre fois, (presque) tous les protagonistes racontent.
Jack Lang, ancien ministre de la Culture, prĂ©sident de lâInstitut du Monde Arabe : Peu de gens le savent, mais la France est une terre de naissance de la musique Ă©lectronique. Il y avait, au sein de lâORTF (ancien office de lâaudiovisuel public, ndlr), un centre de recherche en musique expĂ©rimentale.
Jack de Marseille, DJ : A la fin des annĂ©es 1980, lâacid house, populaire en Angleterre et aux Ătats-Unis, arrive timidement en France. La premiĂšre fois que tu entends ces sons-lĂ , tu te demandes un peu ce que câest. TrĂšs vite, jâai cherchĂ© des endroits oĂč on pouvait danser sur cette musique. DĂšs 1990, câest rĂ©ellement lâaspect communautaire qui mâemballe : la techno et la house Ă©taient des musiques de marginaux. On ne sâhabillait pas comme tout le monde et on Ă©prouvait un sentiment de libertĂ© incroyable en soirĂ©es.Jack Lang : Câest en Allemagne de lâEst que la techno est apparue comme art de rĂ©sistance. Ma premiĂšre expĂ©rience techno, je lâai vĂ©cue Ă Berlin Est en 1988. JâĂ©tais en voyage officiel avec le PrĂ©sident François Mitterrand. Heiner Muller, un dramaturge et auteur trĂšs cĂ©lĂšbre Ă lâĂ©poque, vivait sur place et nous a dit : « Venez, je vous emmĂšne quelque part ! » Et on sâest retrouvĂ© dans une sorte de chantier, plus ou moins abandonnĂ©, oĂč se tenait une rave party.
Josselin Hirsch, premier prĂ©sident de Technopol, association Ă lâorigine de la techno-parade : Avec mes potes, on nâhĂ©sitait pas Ă faire 500 kilomĂštres pour aller Ă des soirĂ©es techno, comme Ă la friche la Belle de Mai de Marseille. On a vite lancĂ© une Ă©mission de radio. Un jour, un inconnu Ă Montpellier nous a contactĂ© et nous a proposĂ© dâorganiser une rave : la Neuro rave. Le type a disparu avec la caisse⊠Ăa nous a quand mĂȘme permis de nous Ă©tablir en tant que collectif. On Ă©tait une vingtaine et on a lancĂ© la premiĂšre soirĂ©e « BorĂ©alis » en 1993 au New-York Ă PĂ©zenas.
Jack de Marseille : Jâai mixĂ© Ă cette soirĂ©e dâailleurs, sur le parking du club !
Josselin Hirsch : 2500 personnes se sont ramenĂ©es. Tout le monde avait la sensation de vivre quelque chose Ă part. Quand tu Ă©tais dans les soirĂ©es, lâambiance nâavait rien Ă voir avec les discothĂšques, oĂč les filles se faisaient draguer lourdement, la musique Ă©tait celle de nos parents. LâarrivĂ©e de la techno a Ă©tĂ© un changement de paradigme complet.
Eric Morand, co-fondateur avec Laurent Garnier du label F-Com : Jâai commencĂ© Ă organiser des raves quand je travaillais pour le label Barclay. JâĂ©tais dĂ©jĂ Ă lâĂ©poque dans la house et la techno. Au mĂȘme moment, je rencontre Laurent Garnier. On a tout de suite sympathisĂ© et on est devenu potes, puis on a montĂ© ensemble le label F-Com en 1994. Entre-temps, en 1992, nous avons organisĂ© une rave Ă lâArche de la DĂ©fense.
« LESRENSEIGNEMENTSAVAIENTNOSNOMS »
Jack Lang : Pour des raisons trĂšs Ă©tranges, les musiques Ă©lectroniques et les raves ont commencĂ© Ă susciter une sorte de mĂ©fiance, de peur mĂȘme, plus ou moins irrationnelle et la musique techno avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par certains dans la presse et dans la politique comme une musique du diable. On sâimaginait que les participants y cĂ©lĂ©braient je ne sais quel rituel satanique.
Josselin Hirsch : CâĂ©tait une sous-culture, complĂštement minoritaire, mal vue, associĂ©e Ă la drogue.
Jack Lang : Je ne sais pas comment cette image sâest propagĂ©e. Il y a probablement eu des incidents ici ou lĂ , avec des maires⊠Mais la France est un pays Ă la fois rĂ©volutionnaire et rĂ©actionnaire.
Jack de Marseille : A partir de 1993 ou 1994, les flics nous emmerdent. Les services de renseignements avaient nos noms, ceux de tous les fanzines Ă©lectro, de tous les DJ, de tous les organisateurs. Des hĂ©licoptĂšres de police volaient au dessus des raves ! On mâa mĂȘme mis sur Ă©coute ! On nous prenait pour des activistes, quoi. Dâailleurs, pour les flics, « DJ » ça signifiait « Dealer Jockey » !
Josselin Hirsch : Je me souviens quâĂ PĂ©zenas, il y avait mĂȘme un gendarme qui faisait le tour des lycĂ©es pour faire de la prĂ©vention anti-rave auprĂšs des jeunes.Jack Lang : Chacune des formes musicales contemporaines sâest heurtĂ©e Ă une rĂ©ticence et Ă une hostilitĂ©. Les concerts de rock de groupes indĂ©pendants faisaient dĂ©jĂ lâobjet dâinterdits dans les annĂ©es 1980.
Tommy Vaudecrane, prĂ©sident actuel de Technopol : Lors dâune free party dans un entrepĂŽt de Melun, on sâest fait encercler par les CRS, qui ont cassĂ© les vitres du bĂątiment et ont tirĂ© des bombes lacrymogĂšnes Ă lâintĂ©rieur. Tu avais une porte de deux mĂštres sur deux pour sortir mais il y avait 4000 personnes dans lâentrepĂŽt⊠câĂ©tait ultra violent !
Christophe CrĂ©nel, rĂ©dacteur en chef de Plus vite que la musique sur M6 : En mĂȘme temps, câĂ©tait quand mĂȘme Charles Pasqua en poste au ministĂšre de lâIntĂ©rieur jusquâen 1995, donc pas vraiment un raver dans lâĂąmeâŠ
Jack de Marseille : Pour contrer cette mauvaise image, la scÚne techno française avait besoin de se construire une légitimité artistique.
Eric Morand : MĂȘme dans lâindustrie du disque, la techno nâĂ©tait pas reconnue. Quand Pascal NĂšgre a repris Barclay, la musique Ă©lectronique nâĂ©tait pas son truc. Tout le monde me prenait pour un fou furieux quand je parlais de techno⊠Lorsque je leur ai fait Ă©couter les premiers morceaux de Laurent Garnier, ils mâont rĂ©pondu avec une drĂŽle de voix : « Oh ! Dis-Donc ! On dirait du Jean-Michel Jarre ! » A partir de lĂ , jâai compris que je perdais mon tempsâŠ
[âŠ]
« PHASE DE RĂUNIONITEAIGUà »
Christophe Vix : Ă la base, le nom « Techno Parade » ne partait pas favori. On pensait appeler ça « Charivari » ! CâĂ©tait pas mal, alors que Techno Parade, câest plus littĂ©ral.
Sophie Bernard, membre de Technopol de 1997 Ă 2009 : CâĂ©tait mon idĂ©e, Charivari ! Parce que jâĂ©tudiais lâHistoire mĂ©diĂ©vale Ă cette Ă©poque. Le charivari Ă©tait une sorte de carnaval au Moyen-Age, un truc dionysiaque qui sâentendait de loin.
Eric Morand : Il y a eu une phase de rĂ©unionite aiguĂ« pour monter lâĂ©vĂ©nement. Certaines se tenaient dâailleurs chez Jack Lang.
Christophe Vix : Je me souviens trĂšs bien de toutes ces rĂ©unions. Il y a eu beaucoup dâengueulades, sur tous les sujets possibles : financiers, offres des chars⊠ça se tapait dessus, ça sâenvoyait des bourre-pif en pleine rĂ©unionâŠ
Samuel Raymond : CâĂ©tait violent. Mais ça mâa appris mon mĂ©tier. Voir chacun essayer de tirer la couverture sur soi, se battre pour savoir qui prĂ©senterait lâĂ©vĂ©nement. Certains nâarrĂȘtaient pas dâessayer de doubler les autres ou de sâimposer. CâĂ©tait la guerre !
Eric Morand : Les grands absents de ce moment-lĂ , câest la French Touch. DĂšs lâapparition du projet de la Techno Parade, toute cette gĂ©nĂ©ration, les Daft, les Sinclar, a Ă©tĂ© contactĂ©e et tous ont dit : « Ah non mais nous on nâest pas techno ». Ce nâĂ©tait pas leur truc, ils nâĂ©taient pas du tout militantsâŠ
Christophe Vix : Ils nous trouvaient dĂ©jĂ ringards. Ils nâaimaient pas le cĂŽtĂ© rave qui sent la gadoue. On Ă©tait moins Ă©litistes que toute cette nouvelle scĂšne. Ils ne se revendiquaient pas de la mĂȘme histoire, alors que. Dâautres ont refusĂ© de participer, des collectifs qui refusaient lâidĂ©e de dĂ©filer avec des sponsors.
« LESCANDIDATURESPARFAX »
Guillaume Kosmicki, musicologue, spĂ©cialiste de la musique Ă©lectronique et auteur de deux livres, sur les musiques Ă©lectroniques et les free party) : Pour avoir le droit dâorganiser une fĂȘte sur un char, il fallait payer cher. Les collectifs de free party ne pouvaient pas ĂȘtre en accord avec cet Ă©tat dâesprit, ils venaient dâun systĂšme qui marchait sur le troc, il y avait un esprit libertaire.
Josselin Hirsch : De toute façon, on ne pouvait pas monter ça sur nos propres fonds. Câest un Ă©vĂ©nement qui coĂ»tait 1,8 million de francs, on Ă©tait donc obligĂ© de faire appel aux sponsors.
Sophie Bernard : Une fois lâĂ©vĂ©nement validĂ©, jâĂ©tais chargĂ©e de lâattribution des chars. Une vraie galĂšre. Il fallait programmer quarante chars et respecter certaines contraintes : on devait reprĂ©senter tous les styles et sâassurer que les collectifs viennent de partout en France, dans un souci de reprĂ©sentation. Et Ă lâĂ©poque, on recevait les candidatures par fax !
Samuel Raymond : On a reçu de lâaide de tout le monde. Pour la grande scĂšne place de la Nation, ça coĂ»tait un max. On nous a alors filĂ© les contacts de Jean-Paul Goude pour la scĂ©nographie et on a passĂ© une aprĂšs-midi chez lui avec Sophie Bernard Ă discuter.
Sophie Bernard : CâĂ©tait « Monsieur scĂ©nographie » en France. Je me rappelle que chez lui, il y avait plein de photos monstrueuses accrochĂ©es aux murs. JâĂ©tais tellement impressionnĂ©e que je nâai pas dĂ©crochĂ© un mot.
Samuel Raymond : Il a fini par nous donner des Ă©lĂ©ments graphiques. Tout ça gratuitement ! CâĂ©tait en mode : « Venez chez moi les jeunes ! On boit un thĂ©, on fait des dessins, vous mâexpliquez votre truc. Ah, je vois quâon pourrait faire un truc comme ça⊠» Cette spontanĂ©itĂ© Ă©tait vraiment gĂ©niale !
UNEFĂTETOUTE LA NUITDANS UN TRAIN
Guilaume Kosmicki : Pendant toute la semaine qui a prĂ©cĂ©dĂ© la Parade, beaucoup dâĂ©vĂ©nements off se sont tenus, comme des petits squats dans des lieux associatifs. Il y avait du cĂŽtĂ© de la Villette, sur le canal de lâOurcq, une semaine dâĂ©vĂ©nements techno avec un thĂšme par soir organisĂ© par le collectif Freaks Factory : une soirĂ©e hardcore, une soirĂ©e trance. Et puis, le grand jour avec le dĂ©filĂ© et ces milliers de raveurs.
Christophe CrĂ©nel : M6 avait misĂ© gros sur lâĂ©vĂ©nement. Plus vite que la musique avait pour mission de couvrir la journĂ©e avec quelques directs. On a mĂȘme filmĂ© les voyageurs de lâassociation Zenophobia qui sont partis la veille de Toulouse, dans un train spĂ©cialement affrĂ©tĂ© par la SNCF avec des DJ Ă lâintĂ©rieur. Autant dire que certains Ă©taient en grande forme quand le cortĂšge a dĂ©marrĂ© Place Denfert-Rochereau Ă 14hâŠ
SĂ©bastien Lara, membre de lâassociation Zenophobia : Jâai demandĂ© Ă un gars qui bossait Ă la SNCF : « Vous nâauriez pas un wagon quâon pourrait amĂ©nager en club pour aller sur Paris ? » Ătonnement, le mec mâa rĂ©pondu que oui. Pour 150 francs, on a pris des passagers Ă Toulouse, Montauban et Cahors. Il y avait une cabine DJ oĂč des platines Ă©taient installĂ©es sur des bouĂ©es pour que le diamant des platines ne saute pas. Vers 21 heures, on a commencĂ© Ă envoyer le son, les lumiĂšres et Ă ouvrir le bar. CâĂ©tait un vrai club, quoi ! Le seul arrĂȘt sâest fait Ă Limoges, vers 3 heures du matin oĂč tout le monde est descendu sur le quai pour danser. On a dĂ» retarder le train. On Ă©tait une centaine environ, tous entre 20 et 50 ans. On a fini par arriver Ă Paris sur les coups de 7 heures du matin. Imaginez lâĂ©tat !
Eric Morand : CâĂ©tait trĂšs tendu sur le parcours, du fait de la frĂ©quentation. La RATP aussi a morflĂ©.
Guillaume Kosmicki : Je sortais dâun after, je nâavais pas dormi de la nuit et lorsque jâai pris le mĂ©tro pour aller Ă la parade du cĂŽtĂ© de Denfert-Rochereau, la rame sâest arrĂȘtĂ©e. Il nây avait plus moyen de continuer car les stations Ă©taient blindĂ©es. CâĂ©tait fort. Les wagons Ă©taient remplis de teufeurs et de raveurs, et jâai entendu la voix du chauffeur dire : « Pour cause de Techno Parade, le mĂ©tro ne peut pas aller plus loin, nous vous invitons Ă descendre sur ce quai ». Tout le monde a commencĂ© Ă hurler, câĂ©tait super.
Sophie Bernard : Une fois sur place, on a hallucinĂ©. CâĂ©tait un mĂ©lange de stupeur et dâexcitation absolue face Ă la foule qui se dĂ©plaçait. On Ă©tait une petite Ă©quipe et on se rendait compte quâon accouchait dâun gros, gros truc.
SĂ©bastien Lara : Quand on est arrivĂ© Ă la Techno Parade pour rĂ©cupĂ©rer le char, on Ă©tait morts ! On avait comme partenaire Chupa Chups, qui nous avait donnĂ© des tonnes de sucettes. Les personnes qui sâoccupaient de la sĂ©curitĂ© du char ont sans doute vĂ©cu les pires moments de leur vie. On arrĂȘtait pas de jeter des sucettes aux gens et tous se jetaient sous le char pour aller en chercher⊠Un vrai bordel !
Josselin Hirsch : Dâailleurs, la seule plainte quâon ait reçu aprĂšs la Parade a Ă©tĂ© portĂ©e par une mĂšre dont le fils sâĂ©tait pris une sucette en pleine gueule.
(Ă suivre : la deuxiĂšme partie de la grande histoire de la Techno Parade)
RETROUVEZ LâINTERVIEWCOMPLĂTESURGREENROOM
5/5
En nous proposant de parcourir plus dâun siĂšcle de musiques Ă©lectroniques, Guillaume Kosmicki rĂ©ussit lâexploit dâĂȘtre Ă la fois pointu et Ă©tonnamment clair et accessible. Il aborde parfaitement les origines savantes du mouvement (Stockhausen, VarĂšse, les recherches instrumentalesâŠ) et nâoublie pas pour autant les courants les plus secrets et actuels. La discographie finale vaut Ă elle seule de plonger dans ce livre, passionnant.
Plus de chroniques sur le site de la médiathÚque
Cinq ans aprĂšs sa premiĂšre parution, cet ouvrage didactique et trĂšs complet sur lâhistoire des musiques Ă©lectroniques, est rééditĂ©. Lâauteur, Guillaume Kosmicki, est musicologue, enseignant et confĂ©rencier. Ce spĂ©cialiste, qui a Ă©galement rĂ©digĂ© un livre sur le mouvement free party, aborde la musique Ă©lectronique sous lâangle historique avec une approche universitaire trĂšs accessible. Pour la remise Ă jour de lâouvrage. il a rajoutĂ© une postface dâune quinzaine de pages dans laquelle il traite de la pĂ©riode rĂ©cente avec lâapparition de IâEDM, Ia French Touch 2.0, le dubstep et la bass music, les croisements entre classique et Ă©lectronique, la mondialisation et les fusions.
David Blot laisse la parole à Jean Rouzaud pour vous présenter la nouvelle édition du livre de Guillaume Kosmicki. Débat autour de Musiques électroniques en introduction du Nova Club.
De lâavant-garde aux dancefloors.
Avec la réédition, augmentĂ©e et complĂ©tĂ©e, de cette encyclopĂ©die de 400 pages, lâediteur le Mot et le Reste met Ă lâhonneur cette tentaculaire musique Ă©lectronique.
Lâauteur, Guillaume Kosmicki, spĂ©cialiste enseignant, avait dĂ©jĂ frappĂ© avec les Free Parties, et montrĂ© son admiration pour les musiques savantes( tome 1 et 2)
Avec un index de 15 pages, bourrĂ©es de noms propres on Ă©value lâhistorique : des premiers enregistreurs, puis Ă©metteurs et autres modulateurs Ă©lectroniques pour en arriver Ă la danse planĂ©taire dâaujourdâhui, quel chemin parcouru !
Un chapitre de Technologie et dâamĂ©liorations, puis de popularisation: les engins sont de bonnes bases pour crĂ©er. Câest tout le dĂ©but du siĂšcle, avec les savants fous qui bricolent des machines.
Un chapitre des prĂ©curseurs avant gardistes : Futuristes, VarĂšse, Stockhausen John CageâŠun discours de lâauteur parfois trop respectueux, car il y eut bien des voies de garage, et de la branlette intellectuelle stupide!
Un chapitre hard dâĂ©lectroacoustique : pure Ă©lectronique, hauts parleurs, et sons industriels, bandes enregistrĂ©es et cassettes, puis ordinateurs, il faut sâaccrocher , câest le HARDWARE !
Lâexplosion des annĂ©es 50 : AprĂšs la guerre tout est perfectionnĂ© et prĂȘt. Et voilĂ les bruitages, musique concrĂšte, bandes et expĂ©rimentations chiantes mais qui vont donner des idĂ©es.
Les années 70 : les musiciens reprennent le pas sur les savants et balancent la purée : Kraftwerk , Krautrock , Dub, Fusion, Progressif et Indus !!!
Les annĂ©es 80 ou lâavĂšnement : cette fois ce sont les amateurs et le public qui en veulent ! Avec les synthĂ©tiseurs câest la ruĂ©e. Boites Ă rythmes, New Wave, Rap, Post Punk, Synth Pop, Electro et Body, Transe et TechnoâŠ
Les annĂ©es 90 : Cette fois, les clubs sâen mĂȘlent et les DJâs ont du GOUT pour atteindre les foules. Garage, House, Dance, Jungle, Drum and Bass⊠Câest lâĂ©mergence dâun genre Ă part entiĂšre ?
Ces « pĂ©dagogiques chapitres » se terminent par les effets Rave et Free Parties, puis lâĂ©volution des styles, jusquâĂ des mĂ©langes indĂ©mĂȘlables dâinfluences.
Lâauteur y oublie un peu le fait que souvent lâElectronique a eu â et dĂšs le dĂ©but -besoin de vrais sons de voix, cordes ou percussions pour Ă©merger de lâinforme absolu ou de lâabstrait total. Il lâĂ©voque, mais câest un des nĆud de lâElectro⊠( un des effets de surplace se produit quand les computers se donnent un mal fou Ă imiter cloches, violons, voix et autres cornemuses ! )
Bref pour un nĂ©ophyte comme moi, pour qui les sons synthĂ©tiques ont produit 2 grands effets : la Techno BOUMBOUM, et les nappes PLANANTES,- et finalement jâaime les deux -, frĂ©nĂ©sie de percussions ou au contraire interminables glissendos, cette compilation dâinfos reste un dictionnaire, une base de rĂ©fĂ©rences.
Conclusion : toute cette technologie ne sert â en bout de course â quâ Ă nous mettre dans des Ă©tats dâexcitation et dâeuphorie, rĂ©servĂ©es jusque-lĂ aux seules les substances chimiques actives : les drogues et alcools !âŠ
Je me trompe ?âŠ
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Guillaume Kosmicki Ă©tait lâinvitĂ© dâElizabeth Tchoungui sur France Culture pour une Ă©mission qui passe en revue la scĂšne musicale allemande Ă lâoccasion des Ă©lections lĂ©gislatives.
Mandaté pour ses ouvrages Free Party et Musiques électroniques, Guillaume Kosmicki analyse la scÚne électronique actuelle.
Lâhistoire des musiques Ă©lectroniques a rĂ©ellement commencĂ© Ă ĂȘtre Ă©crite sous des formes trĂšs souvent parcellaires dans les annĂ©es quatre-vingt-dix, alors que le phĂ©nomĂšne techno devait passer par lâexplication de texte pour ĂȘtre mieux compris politiquement et socialement. Ou bien lorsque les tribulations des post-rockers les amenaient Ă se tourner vers le passĂ© pour mieux se comprendre eux-mĂȘmes. Il fallait donc un peu de distance, une bonne dose de pĂ©dagogie et aussi une implication directe dans la rĂ©alitĂ© du phĂ©nomĂšne pour enfin aboutir Ă cette somme que constitue Musiques Ă©lectroniques : des avant-gardes aux dance floors. Guillaume Kosmicki (un nom que les adeptes de musiques de transe peuvent mĂȘme considĂ©rer comme prĂ©destinĂ©) Ă©tait bien placĂ© pour relever le dĂ©fi.
ImpliquĂ© dans le mouvement free party, musicologue et confĂ©rencier, il avait manifestement les qualitĂ©s requises, et les met dâailleurs dĂ©jĂ Ă profit dans son activitĂ© dâorateur Ă lâagenda bien Ă©toffĂ©. Il prend les choses par le bon bout et assoie sa dense synthĂšse sur un plan sans doute Ă©prouvĂ© lors de multiples explications Ă voix haute. Il stabilise en prĂ©liminaire une dĂ©finition tout Ă fait limpide des musiques Ă©lectroniques, puis en sape littĂ©ralement les fondements le paragraphe suivant pour mieux en Ă©clairer la multiplicitĂ©. Vient ensuite une longue partie sur la rĂ©volution technologique, partie qui ne pouvait
pas ĂȘtre plus judicieuse pour aborder dâentrĂ©e de jeu le nerf de la guerre, ou plutĂŽt le choix des armes sur le champ de bataille. Se dĂ©ploie enfin le long dĂ©roulĂ© chronologique des styles et des pratiques musicales constituant cette grande histoire. Les futuristes italiens, la musique concrĂšte, les DJ, le hip-hop, en passant par la popularisation du son Ă©lectronique et par dâautres subdivisions moins balisĂ©es, lâaffaire est rondement menĂ©e. Guillaume Kosmicki fait preuve de la prĂ©cision, de la justesse et de lâesprit de synthĂšse qui Ă©taient nĂ©cessaires pour faire tenir en quatre-cent pages une histoire trĂšs riche et
aux ramifications qui souvent sâignoraient les unes les autres. Il apporte surtout au fil de son rĂ©cit des clĂ©s de comprĂ©hension Ă©tayant lâensemble
de lâĂ©difice. On notera par exemple son bel Ă©clairage de musicologue sur lâimportance du timbre dans la musique occidentale, un aspect qui est rarement abordĂ© dans ce type dâouvrage. Voici donc sans doute la premiĂšre vĂ©ritable histoire des musiques Ă©lectroniques, parce que particuliĂšrement complĂšte et bĂ©nĂ©ficiant du recul nĂ©cessaire dâun «praticien-chercheur ».
Jeudi 23 aoĂ»t 2012, Guillaume Kosmicki Ă©tait invitĂ© Ă lâĂ©mission Le Grand Bain consacrĂ©e Ă la techno pour rĂ©pondre Ă la question : âLa techno est-elle devenue une musique officielle?â
Guillaume Kosmicki, musicologue, Ă©tait dĂ©jĂ intervenu dans LâAtelier du Son, pour donner quelques repĂšres au sujet dâHakim Bey, des Zones autonomes temporaires et de ses âSermons radiophoniquesâ. Quelques minutes seulement. On sâĂ©tait promis de le rĂ©inviter, en prenant plus de temps, pour revenir sur la somme quâil a fait paraĂźtre il y a quelque temps et qui est sur le point dâĂȘtre rééditĂ©e : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors (Ă©d. Le Mot et le Reste). Câest ce quâon fait â enfin â ce soir.
La clartĂ©, voilĂ la vertu de ce livre. En questionnant lâeffet de lâimpulsion Ă©lectrique entrĂ©e dans le champ du sonore, Guillaume Kosmicki Ă©tablit des passerelles (entre les genres, entre les individus et entre les pĂ©riodes) et donne Ă voir la marche de la crĂ©ation sonore et musicale au XXe siĂšcle. Un des mouvements du livre est de montrer comment la part de lâexpĂ©rience et de la recherche glisse progressivement vers lâexpression musicale populaire. Et que de VarĂšse au sample hip-hop, il y a des liens. Que de Dada au drone, on peut tracer une ligne. Que Fluxus et Kraftwerk ne sont pas si Ă©loignĂ©s.
Bien sĂ»r, Guillaume Kosmicki ne fait pas lâimpasse sur les traces de lâĂ©poque dans lâexpression sonore et musicale : effets de ruptures, de provocation, introduction du bruit du monde dans les partitions⊠Pour arriver Ă la pĂ©riode actuelle, marquĂ©e par les reprises, les croisements, les hybridations, le partage, la fĂȘte. JusquâĂ aujourdâhui, oĂč il annonce que nous sommes âĂ une pĂ©riode charniĂšreâ : âle calme avant la tempĂȘteâ.
Ce soir, nous vous proposons une bande originale possible de âMusiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floorsâ, commentĂ©e avec lâauteur, Ă©videmment.
De la fin du XIXe siĂšcle (premiers sons gravĂ©s) au milieu du suivant (essor de lâinformatique), les avancĂ©es technologiques ont rĂ©volutionnĂ© notre art de lâĂ©coute. Les musiques Ă©lectroniques voient en effet le jour, que Guillaume Kosmicki dĂ©finit comme « reposant sur des sons dâorigine acoustique ou de synthĂšse sonore, traitĂ©s (rĂ©verbĂ©ration, filtrage, transposition, etc.) puis enregistrĂ©s sous forme dâun signal analogique ou numĂ©rique (ou enregistrĂ©s puis traitĂ©s), et destinĂ©s Ă ĂȘtre amplifiĂ©s puis retransmis par le biais de haut-parleurs ».
Lâauteur suit les Ă©tapes dâune aventure dâabord liĂ©es aux sciences. Lâune des premiĂšres est le brevet du Phonographe dĂ©posĂ© en 1878 par Thomas Edison â pour qui la conservation de la musique nâest pas une prioritĂ©. Moins de dix ans plus tard, le Gramophone dâĂmile Berliner rejette le cylindre au profit du disque. Puis apparaissent le premier instrument Ă©lectrique (autour de 1905), lâenregistrement avec micro â dont certains chanteurs de variĂ©tĂ© sauront tirer partie â, le support magnĂ©tique puis numĂ©rique.
Toutes ces dĂ©couvertes permettent dĂ©sormais artifices (trucage dâune voix lyrique, rĂ©sonnance dâune cloche dĂ©pourvue dâattaque, invention ircamienne dâun gong dâun kilomĂštre de diamĂštre, etc.) et crĂ©ations. AprĂšs la conquĂȘte du timbre et de la dissonance par les romantiques, les compositeurs vont fouiller plus avant la matiĂšre sonore, que se soit VarĂšse avec le Theremin Vox, Cage avec deux tourne-disques, Stockhausen avec un hĂ©licoptĂšre, etc.
EntamĂ©es sur les dissensions musique concret / elektonische musik, les annĂ©es cinquante permettent Ă la musique populaire de conquĂ©rir lâĂ©lectro-acoustique. La seconde partie du livre Ă©voque ces courants aux diffĂ©rences de plus en plus subtiles â jazz fusion, krautrock, gansta rap, cold wave, acid house, downtempo, dubstep, etc. â, intĂ©grant guitares saturĂ©es, scratches et synthĂ©s. Ici comme souvent, Ă©conomie et sociologie Ă©clairent les Ă©mergences artistiques.
FĂ©licitons lâauteur (spĂ©cialiste du phĂ©nomĂšne techno et de sesfree parties qui dĂ©rangentâŠ) pour cette traversĂ©e passionnante et lucide dâun siĂšcle quâenrichissent aussi bien Reich et Ligeti que stars de la Motown et DJ de JamaĂŻque. La formule est souvent galvaudĂ©e, mais pour qui souhaite un panorama exhaustif des avant-gardes aux dance floors, richement illustrĂ©, son ouvrage est indispensable.
Dans son Ă©mission du 15 octobre, StĂ©phane recevait Guillaume Kosmicki pour parler dâHakim Bey, de raves et de musiques Ă©lectroniques.
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Dans la deuxiĂšme partie de lâĂ©mission, le musicologue Guillaume Kosmicki revient sur les Sermons radiophoniques dâHakim Bey, qui paraissent aux Ă©ditions Le Mot et le Reste et dont il signe lâintroduction. Hakim Bey, thĂ©oricien amĂ©ricain, inventeur du concept de âZones dâautonomes temporairesâ, explique ici âlâimmĂ©diatismeâ, ou lâart comme jeu quotidien. Guillaume Kosmicki explique en quoi la parole dâHakim Bey entre en Ă©cho avec les free parties et la musique Ă©lectronique.
LâAtelier du son
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*Agents dâentretiens, le portail dâinterviews pour balayer les idĂ©es reçues, a interrogĂ© Guillaume Kosmicki.
Extraits*
Enseignant et confĂ©rencier, Guillaume Kosmicki est un spĂ©cialiste des musiques Ă©lectroniques, dont les deux ouvrages parus sur la question (Musiques Ă©lectroniques â Des avant-gardes aux dance floors et Free parties â Une histoire, des histoires) font figure de rĂ©fĂ©rences pour tous les aficionados de ce courant musical si intimement liĂ© Ă la fĂȘte. De la thĂ©orie Ă la pratique, il nây a quâun pas que lâenseignant franchit volontiers en troquant sa tenue de confĂ©rencier pour celle de DJ Tournesol, son pseudo une fois la nuit tombĂ©e. En cette pĂ©riode estivale qui voit fleurir comme des champignons magiques les plus gros festivals de musiques Ă©lectroniques, il Ă©tait donc de rigueur de faire un tour dâhorizon sur la techno dâhier, dâaujourdâhui et de demain, afin de mieux comprendre lâengouement exponentiel pour ce mouvement qui se veut dâabord libertaire. En piste !
à quelle période les premiÚres musiques dites électroniques sont-elles apparues ?
Tout dĂ©pend de ce que lâon entend par âmusiques Ă©lectroniquesâ. Historiquement, la premiĂšre fois que lâon a utilisĂ© le terme, câĂ©tait en 1951, Ă Cologne, en Allemagne, dans le laboratoire de la WDR, Ă propos dâune musique entiĂšrement rĂ©alisĂ©e Ă partir de synthĂ©tiseurs. Le projet Ă©tait initiĂ© par lâuniversitaire Herbert Werner-Eppler, le technicien Robert Beyer et le compositeur Herbert Eimert. Ils ont vite Ă©tĂ© rejoints par de nombreux autres compositeurs, comme Karlheinz Stockhausen en 1952, puis Henri Pousseur et Karel Goeyvaertz en 1954. Le projet a essaimĂ© ensuite dans de nombreux autres pays, comme en Italie en 1955, au studio de la RAI Ă Milan, avec Luciano Berio, Bruno Maderna et Luigo Nono. Inutile de prĂ©ciser que les musiques qui sortaient alors de ces studios, reposant sur des processus compositionnels trĂšs savants et souvent inspirĂ©s par le sĂ©rialisme intĂ©gral alors en vogue chez les compositeurs dâavant-garde, Ă©taient trĂšs Ă©loignĂ©es de la techno et de la house. Mais, dâun point de vue technologique, on pourrait aussi dans lâabsolu parler de musiques Ă©lectroniques, Ă partir du moment oĂč lâon a commencĂ© Ă utiliser des instruments reposant sur des nouvelles lutheries en appelant Ă lâĂ©lectricitĂ©. Les premiers essais sont le TĂ©lĂ©graphe musical dâElisha Grey en 1876, le Dynamophone de Thaddeus Cahill en 1905, lâAudion piano de Lee de Forest en 1915 (lâinventeur de la triode, et donc de lâamplification dâun signal sonore), puis le ThereminVox de LĂ©on Theremine en 1920. DĂšs lors, les nouvelles inventions ne vont cesser dâapparaĂźtre dans les annĂ©es qui suivent, et de nombreuses Ćuvres de compositeurs vont intĂ©grer ces instruments, et parfois reposer entiĂšrement sur leur utilisation (que lâon pense par exemple Ă des Ćuvres dâOlivier Messiaen sur Ondes Martenot, ou Ă celles de Paul Hindemith et dâOskar Sala sur Mixturtrautonium). Lâutilisation de ces nouvelles lutheries a commencĂ© Ă se gĂ©nĂ©raliser dans tous les genres musicaux Ă la fin des annĂ©es 1960, au moment oĂč elles se sont multipliĂ©es et vendues Ă grande Ă©chelle (synthĂ©tiseurs Moog, puis Arp, Oberheim etc.). Au-delĂ des musiques savantes, le rock, le jazz, le funk, la soul et bien dâautres genres les ont alors adoptĂ©es sans discontinuer. On parle en effet couramment de âtechno rockâ dans les annĂ©es 1970 ou dââelectro-popâ dans les annĂ©es 1980.
La musique Ă©lectronique englobe aussi lâutilisation de lâenregistrement, non plus comme support de reproduction sonore, mais comme outil de crĂ©ation musicale. Au-delĂ du prĂ©curseur John Cage, qui a utilisĂ© des platines de tourne-disques dans une Ćuvre dĂšs 1939, les expĂ©riences ont Ă©tĂ© nombreuses Ă partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme la musique concrĂšte de Pierre Schaeffer en 1948 (rejoint par Pierre Henry en 1949) ou les premiers gestes virtuoses des disc-jockeys jamaĂŻcains Ă la mĂȘme pĂ©riode, qui transformeront ce personnage en un vĂ©ritable acteur musical. Les studios dâenregistrement deviennent des vĂ©ritables espaces de crĂ©ation Ă la mĂȘme pĂ©riode. Finalement, ce que lâon appelle aujourdâhui âmusiques Ă©lectroniquesâ ne se concentre que sur des musiques apparues autour de 1985, au moment oĂč se sont trĂšs largement dĂ©mocratisĂ©es les nouvelles technologies musicales, avec lâapparition du concept de âhome studioâ, permis par lâutilisation dâune nouvelle norme de communication entre les diffĂ©rents instruments, permettant de les synchroniser (le MIDI), et les premiĂšres possibilitĂ©s de lâinformatique musicale. Et encore, on ne parlait pas de âmusiques Ă©lectroniquesâ mais de musiques âtechnoâ et âhouseâ. Le terme ne sâest imposĂ© quâen 1995-96 en France, alors que la rave avait trĂšs mauvaise presse et quâil fallait, pour certains organisateurs, donner des lettres de noblesse Ă ces musiques. Ainsi, en utilisant cette dĂ©finition gĂ©nĂ©rique, on rattachait artificiellement cette electronic dance music Ă une longue tradition historique. On a vu sortir dans la presse dâĂ©normes raccourcis comme celui qui veut que Pierre Henry soit âle grand-pĂšre de la technoâ. Le lien rĂ©el qui existe entre toutes ces musiques est la technologie, et câest surtout ce quâil faut en retenir. Il y a aussi la tendance gĂ©nĂ©rale de musiques reposant sur le timbre plus que sur dâautres paramĂštres. (âŠ)
Pour consulter lâintĂ©gralitĂ© des Ă©changes avec Guillaume K. sur les musiques Ă©lectroniques et les free parties :
Agents dâentretiens
Voici une sĂ©rie de trois Ă©missions oĂč lâon met lâouvrage de Guillaume Kosmicki en confrontation avec des morceaux issus de lâAnthology of Noise & Electronic Music en 6 volumes parue sur le label belge Sub Rosa âŠ
A écouter absolument !
émission 1
émission 2
émission 3
Un musicien free universitaireâŠ
On a dĂ©couvert Guillaume Kosmicki avec la sortie dâun des meilleurs ouvrages Ă©crits sur la musique Ă©lectronique (et en passionnĂ©, on peut dire quâon en a lu un paquetâŠ) : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes au dancefloor. Il tentait dây dĂ©finir les musiques Ă©lectroniques Ă partir de la naissance de lâenregistrement et du changement dâesthĂ©tique basĂ©e non plus sur la hauteur des notes mais sur le timbre, sur la matiĂšre sonore. On avait apprĂ©ciĂ© que dans cet ouvrage, musiques populaires et musiques dites « savantes » aient une place identique. Le musicologue parlait aussi bien de Ligeti, de Fluxus, de musique Ă©lectro-acoustique, de musique rĂ©pĂ©titive, que de krautrock, de house ou de techno⊠On avait apprĂ©ciĂ© cette grande ouverture dâesprit Ă toutes les musiques ainsi que lâapproche historique et universitaire qui reste Ă chaque chapitre parfaitement accessible.
Musicologue, confĂ©rencier et universitaire, Guillaume Kosmicki est aussi musicien. Membre du collectif öko system, groupe punk/electronique marseillais, il a Ă©galement participĂ© de prĂšs Ă la scĂšne des free parties et des teknivals. Il continue dâailleurs de se produire sous le nom de Tournesol dans des Ă©vĂ©nements alternatifs, des free parties ou des squats, dans un registre moins hardtek/hardcore quâĂ ses dĂ©buts mais plus techno acid et dancefloor. On a lu quâil avait fait ses Ă©tudes de 2Ăšme et 3Ăšme cycle en courant « les raves, les free parties et les teknivals Ă©quipĂ© dâun appareil photo, dâun carnet de notes et dâun magnĂ©tophone pour recueillir des tĂ©moignages » ⊠On a donc Ă©tĂ© que peu Ă©tonnĂ© en voyant le titre de son nouvel ouvrage, paru lui aussi chez Le Mot et le Reste, Ă©diteur, qui comme Allia, propose dĂ©sormais une collection impressionnante dâouvrages musicaux de qualitĂ©.
La free party appréhendée à travers les témoignages
Free Party, une histoire, des histoires. Et câest dâabord la premiĂšre chose qui frappe Ă la lecture de ce livre. Sâil est synthĂ©tique car il regroupe une multitude de tĂ©moignages en un mĂȘme ouvrage, ce livre ne cherche pas Ă synthĂ©tiser, Ă circonscrire lâhistoire du mouvement des free parties dans une seule voix. Guillaume Kosmicki a en effet choisi de prĂ©senter son livre sous forme dâune quarantaine de tĂ©moignages dâacteurs de ce mouvement. Dans le registre rock, on pense Ă Please Kill Me qui donnait Ă lire les diffĂ©rentes voix du punk new yorkais. On pense aussi dans un registre plus sociologique aux ouvrages de Studs Terkel, Ă©crivain amĂ©ricain rassemblant des tĂ©moignages divers et nombreux sur le concept de race ou sur la Grande DĂ©pression. Studs Terkel voulait Ă©crire une « histoire orale » de la Grande DĂ©pression. On pourrait dire que lâouvrage de Guillaume Kosmicki souhaite dĂ©livrer une « histoire orale de la free party » .
Free party mur
Guillaume Kosmicki y donne la parole Ă des acteurs trĂšs divers : des membres de la Spiral Tribe, le mythique collectif anglais, dâautres des sound-systems français OKP, Teknocrates, les Galettes Bretonnes, Tomahawk ou Heretik, dâautres de Penguins Records, du label Kanyar, les fondateurs du webzine Defcore, celui de CRS (Cirkus Road System) â collectif de performances artistiques -, de Full Vibes, de Facom Unit, lâinstigateur de la radio lâEko des Garrigues, des travellers ou teufeurs plus anonymes, pour nâen citer que quelques uns. On reconstruit donc progressivement ce qui sâest passĂ© Ă travers ces tĂ©moignages, parfois concordants, parfois opposĂ©s.
Ces tĂ©moignages recueillis, Guillaume Kosmicki a ensuite dĂ©cidĂ© de les dĂ©couper, de les rĂ©organiser autour de thĂšmes, Ă©vĂšnements, histoires dâun sound-system particulier : le teknival de Millau, le label Kanyar, les premiĂšres expĂ©riences de rave, le collectif des teknocrates, le chill out, la scission rave/free party, les drogues, la musique jouĂ©e⊠etc. Chaque sous-chapitre est ainsi racontĂ© par diverses voix qui dĂ©fendent parfois des avis diffĂ©rents. La partie sur les raves vs free parties donne ainsi Ă entendre la voix de la Tribu des Pingouins Ă lâorigine dâune des plus grosses raves (entendez payante) du sud de la France, Borealis, celles des teufeurs qui passent des free (entendez sur donation) aux raves sans distinction, dâautres qui pestent quand le public de ravers dĂ©barque dans les free⊠Et la force du livre est de ne pas hiĂ©rarchiser ces diffĂ©rents tĂ©moignages mais de leur laisser Ă tous une place Ă©quivalente « Ă lâimage de lâutopie de la free party » ainsi que le suggĂšre la quatriĂšme de couverture.
NO SACEMINSIDE
Free par NeSsâtahLe livre se dĂ©coupe en trois parties distinctes : La dĂ©couverte, Franchir le pas, Et aprĂšsâŠ, mais est aussi complĂ©tĂ© par une chronologie dĂ©taillĂ©e qui permet de remettre tout ce quâon a lu dans lâordre et de replacer les faits marquants (prĂ©misses, dĂ©veloppements du mouvement, les teknivals qui ont fait date, la crĂ©ation de certains sound-systems, ou les « dĂ©cisions politiques et lĂ©gislatives ayant des consĂ©quences sur lâĂ©volution du mouvement » ). Suivent aussi une bibliographie, une « webographie » , plusieurs photos couleurs de diffĂ©rents teknivals, sound systems, etc. On notera aussi lâutilitĂ© du glossaire pour qui nâest pas forcĂ©ment familier de la diffĂ©rence entre sound-system (systĂšme de sonorisation mobile complet, vĂ©hicule qui le transporte et personnes qui sâen servent), teknival ( « Free party gĂ©ante de plusieurs jours regroupant plusieurs sound-systems Ă lâinvitation de lâun deux ») ou free party ( « fĂȘte techno clandestine et sur donation (âŠ) libre sur les conditions dâaccĂšs »)âŠ
Et comme lâhistoire des free est aussi une histoire musicale, Guillaume Kosmicki a choisi de glisser un disque Ă la fin de son ouvrage afin de donner un aperçu sonore des diffĂ©rents musiciens, des divers styles et des diffĂ©rentes Ă©poques de la free party. On notera que le disque, en accord avec les principes des acteurs de la free party, ne contient que des morceaux non dĂ©clarĂ©s Ă la SACEM.
Des histoires individuelles
Les trois parties de lâouvrage permettent de recentrer les propos autour de grandes lignes directrices. La dĂ©couverte retrace pour chacun des acteurs cette rencontre Ă©motionnelle souvent puissante avec la tekno et la free party. On y sourit en lisant ces parcours divers qui ne se ressemblent pas : de Marko qui dĂ©couvre le son acid une nuit sur France Culture Ă Benji qui vient de la mouvance rockân roll et qui voit impuissant ses amis un Ă un « tomber dans la techno », de CCil et son « dĂ©clic » pendant le nouvel an 94 Ă Berlin avec les Spiral Tribe Ă Josy dâorigine antillaise qui suit un pote lui ayant affirmĂ© « Il y a deux mille blancs qui dansent dans un entrepĂŽt » et qui ne peut en croire ses oreilles⊠Une des rĂ©ussites de ce chapitre, câest que sont juxtaposĂ©s les tĂ©moignages de diffĂ©rentes Ă©poques : les paroles des teufeurs « premiĂšre gĂ©nĂ©ration » sont mĂ©langĂ©es avec les rĂ©cits dâune dĂ©couverte de la tekno par de nouveaux adeptes plus dâune dĂ©cennie plus tard. On y retrouve pourtant beaucoup de points communs. Pour autant, tous ne viennent pas pour les mĂȘmes raisons, tous ne partagent pas les mĂȘmes valeurs, mais quâimporte, car comme le rappelle lâun des tĂ©moignages : « free », ça ne veut pas dire « gratis » mais « libre » . La variĂ©tĂ© des aspirations des acteurs de cette contre-culture lâillustre constamment.
Free
Dans la deuxiĂšme partie du livre, Franchir le pas, Guillaume Kosmicki rassemble les tĂ©moignages de ceux qui sâengagent le plus souvent corps et Ăąmes dans lâaventure. Autrefois simples teufeurs, ces individus deviennent Ă leur tour acteurs des free parties. La tekno les a amenĂ©s Ă ce basculement « plus ou moins rapide et plus ou moins radical » . Certains restent sĂ©dentaires, mais la plupart prennent la route et deviennent des travellers ou plus exactement des « tekno travellers ». Ils sillonnent lâEurope et parfois le monde entier pour organiser des free un peu partout. Certains « appartiennent » Ă un sound-system, dâautres Ă©voluent en « Ă©lectrons libres » . Certains ont dĂ©jĂ des enfants quâils emmĂšnent avec eux. Dâaucuns vivent en communautĂ©s nomades, dâautres dans des squats. Tous ont cependant choisi une vie sans confort et loin des valeurs du consumĂ©risme.
habiter-le-nomadisme-exemple-habitat-mobile-travellers-mouvement-techno3Dans la derniĂšre partie du livre, Et aprĂšs, on retrouve nos travellers, ravers et free parteux Ă un moment diffĂ©rent de leurs existences : dĂ©sillusion pour certains, mais surtout activisme encore pour la plupart dâentre eux. MĂȘme si les actions ont souvent changĂ©. Dâaucuns montent des sound-systems sĂ©dentaires, dâautres quittent lâEurope et partent avec leurs camions sur dâautres continents, dâautres encore sâinscrivent dans un mouvement plus gĂ©nĂ©ral de squat artistique (voir lâexcellent chapitre sur « La Villa » rennaise et LâĂ©laboratoire). Les Rennais y dĂ©couvriront aussi le parcours dâun disquaire aux oreilles sans angle mort, ou celui de sound-systems bretons nĂ©s aprĂšs « la loi » (2001, lâamendement Mariani impose aux organisateurs des free parties une dĂ©claration prĂ©alable en prĂ©fecture sous peine de saisie de matĂ©riel) mais qui existent et alternent fĂȘtes lĂ©gales et illĂ©gales.
Pourtant, note Guillaume Kosmicky, « si diverses soient-elles, bien des voies choisies par les acteurs de la free au sortir de cette pĂ©riode de leur vie sont pour eux une suite logique de leur investissement et (âŠ) ils y retrouvent les valeurs auxquelles ils ont adhĂ©rĂ© » . On suit ces voies et ces parcours avec un intĂ©rĂȘt grandissant au fil des pages, heureux dâapprĂ©hender cette rĂ©alitĂ© par des voix multiples, diffĂ©rentes, qui donnent toute son Ă©paisseur Ă ce mouvement complexe.
Alors, la free party, une histoire ? Non, résolument, des histoires.
alter1fo.com
MatinĂ©e festive autour des Musiques Electroniques. Guillaume Kosmicki nous dĂ©voile lâhistroire, les Ă©volutions techniques, sociologiques et musicales du XX siĂšcle. Passionnant son livre est, passionnante lâĂ©mission fut. En plus, on a fait les auditeurs dancer dĂšs 8h du mat ! De quoi se rĂ©chauffer en ce dĂ©but dâannĂ©e plongĂ© dans la grisaille hivernaleâŠ
Pour accĂ©der au podcast de lâĂ©mission, cliquez ci-dessous :
Lâhistoire des musiques Ă©lectroniques a commencĂ© depuis longtemps Ă ĂȘtre Ă©crite mais sous des formes trĂšs parcellaires. Dâabord dans des ouvrages spĂ©cialisĂ©s dans lesquels un ou plusieurs chapitres portaient sur les compositeurs de « musique savante » sâappuyant sur les technologies nouvelles. Puis dans un domaine plus « grand public » Ă partir des annĂ©es quatre-vingt-dix dans des magazines (Coda, TraxâŠ) et ouvrages (Techno rebelle dâAriel KYROU notamment) alors que le phĂ©nomĂšne de la Techno devait passer par lâexplication de texte pour ĂȘtre mieux compris politiquement et socialement (et pour y gagner une certaine lĂ©gitimitĂ©). ParallĂšlement aussi, les tribulations des post-rockers amenaient Ă se tourner vers le passĂ© pour mieux comprendre un mode de crĂ©ation de plus en plus liĂ© Ă la technologie mais qui faisait toujours la part belle Ă lâinstrumental.
Il fallait donc un peu de distance, une bonne dose de pĂ©dagogie et aussi une implication directe dans la rĂ©alitĂ© du vaste phĂ©nomĂšne des « musiques Ă©lectroniques » pour enfin aboutir Ă cette somme que constitue Musiques Ă©lectroniques: des avant gardes aux dance floors. Guillaume KOSMICKI (un nom que les adeptes de musiques de transe peuvent mĂȘme considĂ©rer comme prĂ©destinĂ©) Ă©tait bien placĂ© pour relever le dĂ©fi. ImpliquĂ© dans le mouvement free party, musicien sous le nom de TOURNESOL et impliquĂ© dans le collectif OKO SYSTEM, musicologue et confĂ©rencier, il avait manifestement les qualitĂ©s requises et il les mettait dâailleurs dĂ©jĂ Ă profit dans son activitĂ© dâorateur Ă lâagenda bien Ă©toffĂ©.
Guillaume KOSMICKI prend les choses par le bon bout et assoie sa dense synthĂšse sur un plan sans doute Ă©prouvĂ© lors de multiples explications Ă voix haute. Il stabilise en prĂ©liminaire une dĂ©finition tout Ă fait limpide des musiques Ă©lectroniques, puis en sape littĂ©ralement les fondements le paragraphe suivant pour mieux en Ă©clairer la multiplicitĂ©. Vient ensuite une longue partie sur la rĂ©volution technologique, partie qui ne pouvait pas ĂȘtre plus judicieuse pour aborder dâentrĂ©e de jeu le nerf de la guerre, ou plutĂŽt le choix des armes sur le champ de bataille (bandes magnĂ©tiques, synthĂ©tiseurs, samplers, home studioâŠ).
Se dĂ©ploie enfin le long dĂ©roulĂ© chronologique des styles et des pratiques musicales constituant cette grande histoire. Les futuristes italiens, la musique concrĂšte, les DJ, le hip-hop, en passant par la popularisation du son Ă©lectronique. Mentionnons au passage le sous chapitre « Radio, cinĂ©ma, Ă©lectronique et bruitages » (1950 1980) qui fait dĂ©filer les expĂ©rimentations de, entre autres, Joe MEEK, VANGELIS, Pierre HENRY, Giorgio MORODER⊠Chaque chapitre prĂ©sente des subdivisions et autant de sous-genres. Citons en une poignĂ©e: Tape Music, Disco, Funk, Electronic Body Music, Techno de DĂ©troit, Trance Goa, DubstepâŠ
Guillaume KOSMICKI fait preuve de la prĂ©cision, de la justesse et de lâesprit de synthĂšse qui Ă©taient nĂ©cessaires pour faire tenir en quatre cent pages une histoire trĂšs riche et aux ramifications qui souvent sâignoraient les unes les autres. Ainsi Ă©videmment chaque tribu pourra reprocher au livre de ne pas assez dĂ©tailler son prĂ©-carrĂ© mais chacune pourra aussi connaĂźtre lâessentiel sur les autres. Lâauteur apporte surtout au fil de son rĂ©cit des clĂ©s de comprĂ©hension Ă©tayant lâensemble de lâĂ©difice. On notera par exemple son bel Ă©clairage de musicologue sur lâimportance du timbre dans la musique occidentale, un aspect qui est rarement abordĂ© dans ce type dâouvrage. Voici donc sans doute la premiĂšre vĂ©ritable histoire des musiques Ă©lectroniques, parce que particuliĂšrement complĂšte et bĂ©nĂ©ficiant du recul nĂ©cessaire dâun « praticien chercheur ».
(âŠ)
FĂ©licitons lâauteur (spĂ©cialiste du phĂ©nomĂšne techno et de ses free parties qui dĂ©rangentâŠ) pour cette traversĂ©e passionnante et lucide dâun siĂšcle quâenrichissent aussi bien Reich et Ligeti que stars de la Motown et DJ de JamaĂŻque. La formule est souvent galvaudĂ©e, mais pour qui souhaite un panorama exhaustif des avant-gardes aux dance floors, richement illustrĂ©, son ouvrage est indispensable.
Ce livre est une de ces bonnes surprises, qui, de loin en loin, nous tombent dans les mains, pour y rester fermement amarrées au fil des pages.
Cette Ă©tude, Ă lâheure des petites spĂ©cialitĂ©s positives Ă©triquĂ©es, peut sembler ĂȘtre de la dĂ©mesure, dans lâambition dâun auteur solitaire, qui a pourtant atteint son but.
Le sujet est immense, puisque lâĂ©lectronique câest lâamplification, la duplication mĂ©canique par lâenregistrement, le retraitement et la modification des sons, elle permet de crĂ©er des instruments rĂ©els et virtuels, aux timbres nouveaux, mais encore, les ordinateurs sont aussi des outils utiles Ă la pensĂ©e musicale, ce quâon appelle la musique assistĂ©e par ordinateur. Les ordinateurs familiaux dâaujourdâhui peuvent ĂȘtre des studios de production sonore extrĂȘmement complets et performants.
Les compositeurs des musiques dites savantes utilisent abondamment lâĂ©lectronique, mais depuis longtemps dĂ©jĂ , ce sont les ingĂ©nieurs du son, qui, par le disque, donnent un « son » au rĂ©pertoire plus ancien. On sait aussi comment Glenn Gould montait ses enregistrements Ă partir de nombreuses prises, parfois de quelques mesures. Câest aussi les Ondes Martenot, ou la thĂ©rĂ©mine (thĂ©rĂ©minovox ou « antenne chantante », de Lev ThĂ©rĂ©mine)
LâĂ©lectronique câest le Rock, le son saturĂ©, le larsen de Jimi Hendrix, le son du piano Rhodes Fender et de lâorgue Hammond, le mini Moog (ah ! Emerson Lake & Palmer !), le mĂ©lotron (un court temps chez Michel Polnareff), mais câest aussi en plein, le disco, la techno, le rap, hip-hop, tout lâart des Dâjs, et une incroyable multitude des styles et variantes.
Guillaume Kosmicki fait preuve dâun bel esprit encyclopĂ©dique, qui nâa rien Ă voir avec le ramassage wikipĂ©dien. Tout le livre est traversĂ© par lâengagement des idĂ©es personnelles, qui rendent ce livre attachant, mĂȘme si nous ne partageons pas nombre dâentre elles. Il sait aller chercher les informations utiles Ă son projet, mais aussi les problĂ©matiques.
Ainsi, part-il de lâidĂ©e de la prĂ©occupation des musiciens pour le son, le timbre, bien avant quâils aient pu penser Ă quelque chose comme les moyens de lâĂ©lectronique. Il perçoit les premiers signes de cette prĂ©occupation chez Beethoven, on peut le contester. Mais il est vrai que les choix instrumentaux de Beethoven sont singuliĂšrement et difficilement interchangeables. DĂ©sintĂ©rĂȘt ou condition dâemploi des compositeurs ?
Peut-ĂȘtre encore nâest-on pas ici au meilleur des sources pour ce qui concerne Joseph Sauveur (le premier acousticien moderne), ou encore dans la vision dâun XVIIIe siĂšcle musical vissĂ© comme un seul homme derriĂšre les conceptions harmoniques de Jean-Philippe Rameau, oĂč il faudrait faire une bonne part aux critiques et au bon sens de Jean-Jacques Rousseau.
Guillaume Kosmicki écrit bien, et réalise le tour de force de présenter clairement et trÚs pédagogiquement cette jungle, en une succession judicieuse, de courts paraphes bien cernés.
La somme que constitue ce copieux ouvrage, paru il y a quelques temps comble un manque. Guillaume Kosmicki, avec beaucoup de pédagogie, raconte la longue mutation des musiques électroniques.
(âŠ)
Le lecteur perçoit mieux la partie immergĂ©e de lâiceberg Ă©lectro actuel, pouvant comme le petit poucet retrouver son chemin entre Garage, House, Techno etv toutes leurs expressions hybrides.
Un musicologue au nom prĂ©destinĂ© retrace lâhistoire des musiques Ă©lectroniques. Ou plus exactement, lâhistoire des musiques du XXĂšme siĂšcle Ă lâaune des innovations technologiques. TrĂšs pĂ©dagogique, trĂšs complet, mais sans doute davantage pour le grand public et les nĂ©ophytes que pour les fans de musique. Et avec quelques approximations et racourcis dommageables Ă force de vouloir parler de trop de choses.
Il fait peur, le sous-titre de ce livre. En lisant sur la couverture la mention âDes Avant-Gardes aux Dance Floorsâ, on craint que cette histoire des musiques Ă©lectroniques voudra nous expliquer quâil y aurait un continuum entre les expĂ©riences de Stockhausen et la techno triomphante des annĂ©es 90, que cette derniĂšre serait le rejeton direct et lĂ©gitime de ces derniĂšres.
Mais non. En fait, câest mĂȘme tout le contraire. Guillaume Kosmicki, musicologue de son Ă©tat, rappelle Ă plusieurs reprises Ă quel point les formules journalistiques façon âPierre Henry, grand-pĂšre de la technoâ avaient tout faux, en quoi elles inventaient une filiation erronĂ©e entre deux mondes qui se sont longtemps ignorĂ©s.
Lâhistoire racontĂ©e par Guillaume Kosmicki est en fait bien plus vaste. Elle ne parle pas que des musiques Ă©lectroniques au sens oĂč on lâentend usuellement, câest-Ă -dire des genres nĂ©s des explosions techno et house de la fin des 80âs. Elle ne se contente pas de traiter des musiques Ă©lectroniques stricto sensu, quâelles soient populaires ou savantes. Non, ça va bien au-delĂ . Lâauteur parle en fait de toutes les transformations que la technologie et les nouvelles techniques dâenregistrement ont fait subir Ă la musique, sans jamais exagĂ©rer les liens de parentĂ© entre les diffĂ©rents genres.
Câest donc quasiment toute la musique de la deuxiĂšme moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle qui dĂ©file, y compris le jazz, ou le rock, quand il sâagit dâexpliquer ce que ces genres ont dĂ» Ă lâamplification et aux nouvelles techniques de manipulation du son, ou de dĂ©tailler les expĂ©riences auxquelles ils se sont adonnĂ©. Lâauteur remonte mĂȘme plus loin, jusquâĂ Beethoven, jusquâĂ des compositeurs anciens restĂ©s fidĂšles Ă la lutherie occidentale classique, mais qui, par leurs prĂ©monitions, ont annoncĂ© les innovations formelles systĂ©matisĂ©es et popularisĂ©es plus tard par les musiques Ă©lectroniques.
En effet, Kosmicki parle de tout. Il va mĂȘme au-delĂ de son cĆur de mĂ©tier, la musique et la musicologie, en frĂŽlant les sujets sociologiques liĂ©s Ă lâĂ©mergence du phĂ©nomĂšne rave, en parlant longuement des travellers et de leurs prĂ©ceptes, en abordant des questions de lĂ©gislation.
De fait, comme pour lâensemble des livres de la collection Formes, celui-ci fait preuve avant tout de pĂ©dagogie, prĂ©fĂ©rant lâexplication Ă la polĂ©mique, adoptant un point de vue consensuel plutĂŽt que de dĂ©fendre des thĂšses. Ce livre, lâauteur aurait pu le sortir chez Que-Sais-Je? sâil avait Ă©crit moins de pages, ou le nommer La Musique Electronique pour les Nuls, puisquâil sâemploie Ă faire le tour du sujet, Ă ne surtout rien laisser de cĂŽtĂ©.
Câest le grand avantage de lâouvrage, mais câest aussi son gros dĂ©faut. Lâauteur a voulu compiler une somme, mais Ă force de vouloir tout traiter, il reste parfois superficiel. Tout est traitĂ©, mais vite. Dans les passages consacrĂ©s au rock, notamment, les Ă©tiquettes valsent de façon un peu alĂ©atoire et approximative, quand Bowie et les Talking Heads se retrouvent cataloguĂ©s prog rock, quand Suicide se voit qualifiĂ© de groupe no-wave, tant et si bien quâon a parfois lâimpression de lire cette encyclopĂ©die trĂšs grand public et bien imprĂ©cise quâest le Quid.
Dominent aussi des partis-pris un peu lĂ©ger, par exemple quand Kosmicki rejette ABBA et Boney M dans le mĂȘme bain dâune disco dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Apparaissent Ă©galement les traces dâun certain romantisme de gauche qui conduit lâauteur Ă parler constamment de ârĂ©cupĂ©rationâ, quand le terme âpopularisationâ conviendrait tout autant, ou Ă dĂ©crire avec exagĂ©ration ces musiques comme le produit de la noirceur des ghettos, ou de la duretĂ© des libĂ©ralismes thatchĂ©rien et reaganien.
Aussi, Ă force de vouloir tout passer en revue, le livre prend le risque de ne contenter personne, dâĂȘtre trop complet et touffu pour les nĂ©ophytes, mais de ne pas apprendre grand-chose aux amateurs de ces musiques. Parce quâil privilĂ©gie les artistes reprĂ©sentatifs des diffĂ©rents genres quâil aborde, Kosmicki ne leur fera rien dĂ©couvrir.
Cependant, il devient nettement plus captivant quand il dĂ©ploie tout son savoir de musicologue pour expliquer en quoi les musiques Ă©lectroniques, les savantes comme les populaires, ont renouvelĂ© les formes et les axes de rĂ©flexion de la musique occidentale, quand il dĂ©taille quelles sont, dâun point de vue formel, leurs originalitĂ©s et leurs grandes spĂ©cificitĂ©s. Ce sont dans ces dĂ©tails techniques, mais toujours exposĂ©s de maniĂšre claire et didactique, que rĂ©side une bonne part de lâintĂ©rĂȘt de cet ouvrage.
Un ouvrage recommandable, donc, mĂȘme si le grand public devra se faire aux listes de noms et de rĂ©fĂ©rences Ă©talĂ©es Ă lâenvie en tĂ©moin, sans ĂȘtre vraiment creusĂ©es. Et mĂȘme si pour les connaisseurs, ce Musiques Electroniques prendra parfois lâallure dâune longue rĂ©vision.
Avec cet ouvrage, Guillaume Kosmicki (nom prĂ©destinĂ© ou pseudonyme ciblĂ© ?) livre une Ă©tude de fond sur un thĂšme qui nâavait Ă©tĂ© jusquâĂ prĂ©sent quâabordĂ© par la bande dans de prĂ©cĂ©dents ouvrages des Ă©ditions Le Mot et le Reste (Lâunderground musical en France , par exemple, chroniquĂ© sur notre site). Lâauteur maĂźtrise assurĂ©ment son sujet, et ses nombreuses considĂ©rations musicologiques sont gĂ©nĂ©ralement bien expliquĂ©es. Le livre nâen est pas moins relativement exigeant, prĂ©sentant un foisonnement dâexpĂ©rimentations et dâĆuvres assez Ă©tourdissant ; lâajout dâun CD proposant une sĂ©lection de morceaux Ă©voquĂ©s aurait sans doute Ă©tĂ© utile (avec le problĂšme du surcoĂ»t ainsi engendrĂ©), ou Ă dĂ©faut la mise Ă disposition dâextraits sur un site créé pour la circonstanceâŠ
Guillaume Kosmicki insiste en tout cas trĂšs bien sur le lien consubstantiel existant entre ces musiques Ă©lectroniques et les progrĂšs technologiques opĂ©rĂ©s depuis les dĂ©buts de lâĂšre industrielle, progrĂšs auxquels un chapitre prĂ©alable est consacrĂ©. Sont ainsi explorĂ©s les amĂ©liorations des techniques dâenregistrement et la crĂ©ation de nouveaux instruments Ă©lectriques, parmi lesquels le Theremin soviĂ©tique, les Ondes Martenot, lâorgue hammond, la guitare Ă©lectrique ou le vocoder dans lâentre-deux-guerres. LâaccĂ©lĂ©ration postĂ©rieure au second conflit mondial est ensuite sensible, avec dĂšs les annĂ©es 50 les premiers pas du numĂ©rique et de lâinformatique musicale. Les annĂ©es 60 semblent marquer un tournant essentiel, vers une popularisation croissante de ces techniques ou instruments initialement Ă©litistes, Ă travers les synthĂ©tiseurs en particuliers (dont le Moog ou le Yamaha DX7, premier synthĂ©tiseur numĂ©rique en 1983). Lâapparition du home studio et du sampler dans les annĂ©es 80, puis des formats compressĂ©s tel le MP3 dans la dĂ©cennie suivante, sont dâautres rĂ©volutions majeures.
Les chapitres ultĂ©rieurs sont thĂ©matico-chronologiques, avec en guise de fil conducteur lâidĂ©e conjointe dâune diversitĂ© des musiques Ă©lectroniques et dâun intĂ©rĂȘt commun pour la technologie et lâĂ©tude du son (1). Si des compositeurs comme Beethoven ou Bartok sâintĂ©ressĂšrent dĂ©jĂ au timbre, câest surtout au XXĂšme siĂšcle que la dĂ©finition traditionnelle de la musique est bouleversĂ©e, la stricte sĂ©paration entre son et bruit Ă©tant remise en question par les futuristes ou par ce prĂ©curseur majeur quâest Edgar VarĂšse (2). Satie, Antheil, Mossolov ou ces avants-gardes artistiques que sont les dadaĂŻstes et lâInternationale lettriste participent eux aussi de lâĂ©laboration dâune musique vĂ©ritablement industrielle, tant « Lâhomme se sert de lâart pour dire son milieu » (p.71). AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, deux courants parallĂšles, appuyĂ©s sur de vĂ©ritables laboratoires, marquent une Ă©volution supplĂ©mentaire de ces recherches sonores : celui de la musique concrĂšte avec Pierre Schaeffer et Pierre Henry, et celui de la musique Ă©lectronique influencĂ©e par le sĂ©rialisme (avec la figure surplombante de Stockhausen). Ils se rejoignent finalement Ă la fin de la dĂ©cennie dans la musique dite Ă©lectroacoustique, active aussi bien en Europe quâaux Etats-Unis, dâoĂč Ă©merge la musique minimaliste. Ces dissidences musicales entretiennent dâailleurs des liens avec lâengagement politique. Ainsi, dans les annĂ©es 60, de ces figures de lâĂ©cole minimaliste, la fĂ©ministe Pauline Oliveros et Steve Reich, dĂ©fenseur de la lutte des noirs.
Les annĂ©es 60, justement, sont celles de lâessor du travail en studio des musiciens rock et pop, aprĂšs les efforts prĂ©curseurs de Les Paul sur lâutilisation des pistes de magnĂ©tophones et les innovations de certaines musiques de films (le classique de la science-fiction PlanĂšte interdite , par exemple) ; la popularisation des musiques Ă©lectroniques ne va dĂšs lors plus cesser. On doit ici citer les Ćuvres des Beatles, bien sĂ»r, des Beach Boys ou de Jimi Hendrix. SâintĂ©ressant Ă dâautres formations, Guillaume Kosmicki insiste au passage sur le duo new-yorkais Silver Apples, « premier groupe purement Ă©lectronique de lâhistoire » (p.159). Avec la dĂ©cennie 1970, câest lâexplosion tous azimuts : le dub de JamaĂŻque ; le jazz fusion avec Miles Davis et Herbie Hancock ; le krautrock ; lâambient lancĂ©e par Brian Eno ; lâindus, hĂ©ritier du futurisme et proche du punk ; le funk, et la disco en particulier, de par son influence rythmique et sa naissance au sein des communautĂ©s afro-amĂ©ricaine et homosexuelle.
Les annĂ©es 1980 voient ensuite lâĂ©mergence du hip hop et du rap, avec une charge rĂ©volutionnaire dans ses dĂ©buts (Public Enemy, Wu-Tang-Clan), ainsi que de la new wave, le post punk (Talking Heads), et lâĂ©lectro-pop, jugĂ©e essentielle dans lâĂ©volution des musiques Ă©lectroniques (Depeche Mode, New Order, Art Of Noise), tout comme son contraire, lâelectronic body music (Front 242). Les deux derniers chapitres sont tout entier consacrĂ©s Ă la house et Ă la techno, nĂ©s au milieu des annĂ©es 80 aux Etats-Unis, dans les ghettos de Chicago et de DĂ©troit, rĂ©sultant dâun mĂ©tissage continu des styles favorisĂ©e par les techniques du mix et du sample, avec un essor et un succĂšs surtout concentrĂ©s en Europe. A chaque fois, le constat est clair : la dimension underground de la plupart de ces styles est peu Ă peu concurrencĂ©e par la rĂ©cupĂ©ration des grandes maisons de disques.
En fait, lâexposĂ© de Guillaume Kosmicki tend Ă faire penser que la techno et la house sont un aboutissement de toutes les Ă©tapes antĂ©rieures, entraĂźnant de larges dĂ©veloppements sur la culture que ces styles vĂ©hiculent (raves, ecstasy), nĂ©gligeant leur principale limite, celle dâĂȘtre une musique pour DJ et pour la danse. Tout cela en Ă©clipsant au passage un grand nombre dâautres tendances actuelles (on pense Ă la new age ou au travail dâun groupe comme Radio Massacre International). Sans doute le choix de privilĂ©gier un angle dâapproche trĂšs large, axĂ© sur la technologie, conduit-il Ă lâimpossibilitĂ© de traiter seul dâun trop grand nombre de thĂšmes. Dâautre part, la multiplicitĂ© des exemples Ă©voquĂ©s entraĂźne quelques jugements de valeur un peu rapides (3). Son ouvrage nâen demeure pas moins une rĂ©fĂ©rence avec laquelle il faudra dĂ©sormais compter.
Jean-Guillaume Lanuque
(1) La nature journalistique et rĂ©cente de lâexpression quelque peu fourre tout de « musiques Ă©lectroniques » est utilement rappelĂ©e par lâauteur, qui propose une dĂ©finition plus prĂ©cise et plus thĂ©orique : « Il sâagit dâun ensemble de musiques reposant sur des sons dâorigine acoustique ou de synthĂšse sonore, traitĂ©s (âŠ) puis enregistrĂ©s sous forme dâun signal analogique ou numĂ©rique (âŠ), et destinĂ©s Ă ĂȘtre amplifiĂ©s puis retransmis par le biais de hauts-parleurs. Ces sons peuvent aussi ĂȘtre jouĂ©s en direct (âŠ) Il est possible dâadjoindre Ă ces dispositifs de transmission des instruments acoustiques jouant en direct, eux-mĂȘmes pouvant Ă leur tour ĂȘtre traitĂ©s », p.15.
(2) « Tout est musique », pour reprendre lâexpression de John Cage.
(3) Ainsi, Ă propos du Tangerine Dream des annĂ©es 1970 : « Mais le groupe sombre souvent dans le grandiloquent servi par des mĂ©lodies qui ont aujourdâhui trĂšs mal vieilli », p.179 (il manque pour le moins des exemples argumentĂ©s). De mĂȘme, lors de lâĂ©vocation de la vague disco, « Le rock a perdu son potentiel de bonheur, les concerts de hard rock gigantesques des annĂ©es 1975-80 sont des rituels de virilitĂ© stĂ©rĂ©otypĂ©s oĂč lâon ne sourit plus lĂ oĂč le disco permet des dĂ©monstrations de joie (âŠ) », p.207.
Vous avez dĂ©jĂ lu Global Techno, Ălectrochoc, et Rebelle, et pensez ĂȘtre incollables sur lâhistoire des musiques Ă©lectroniques? Voici trois bonnes raisons pour se pencher sur ce nouvel ouvrage.
Lâauteur
Guillaume Kosmicki est Ă la fois un trĂšs sĂ©rieux musicologue et un passionnĂ© de techno de la premiĂšre heure, sâĂ©tant notamment investi dans le milieu free party du sud de la France sous le pseudonyme Tournesol. Un grand Ă©cart qui ne peut quâĂ©veiller la curiositĂ©.
Un peu de culture
De par sa formation, Kosmicki sâavĂšre ĂȘtre un excellent pĂ©dagogue. AprĂšs lecture de lâouvrage, vous pourrez, par exemple disserter sans broncher sur les diffĂ©rences fondamentales entre musique concrĂšte Ă la française et musique Ă©lectronique allemande des annĂ©es cinquante.
Le parti pris
Avec un tel parcours, lâauteur nâhĂ©site pas Ă donner son avis, souvent enthousiaste, parfois critique â sur lâindustrie du disque, les politiques, les dĂ©rives de certains styles â et quelques fois plus surprenant voire provocateur, notamment lorsquâil voit en Village People un groupe Ă©minemment subversif!
Musicologue et thĂ©oricien du phĂ©nomĂšne techno Ă travers les raves et les free-parties, Guillaume Kosmicki sâest tout rĂ©cemment attaquĂ© Ă lâhistoire des musiques Ă©lectroniques. Un pavĂ© qui remonte Ă la source (lâĂ©lectronique pionniĂšre) pour mieux apprĂ©hender le futur.
- Quel est votre parcours ; dâuniversitaire, de mĂ©lomane et de musicien ?
AprĂšs le bac, jâai orientĂ© mes Ă©tudes vers la musicologie pour que ma vie soit entiĂšrement baignĂ©e dans ce monde. Ma maĂźtrise a traitĂ© des phĂ©nomĂšnes de transe dans les raves, puis jâai orientĂ© mes recherches de 3Ăšme cycle sur la signification musicale : ce que veulent nous dire ces musiques sur notre monde, sur notre environnement. Jâai donc couru les raves, les free parties et les teknivals Ă©quipĂ© dâun appareil photo, dâun carnet de notes et dâun magnĂ©tophone pour recueillir des tĂ©moignages ; et jâai aussi tentĂ© dâagir en tant quâactiviste dans ce milieu des teknivals et des free parties. Aujourdâhui, dans le cadre de mes recherches, je mâintĂ©resse plus particuliĂšrement Ă ceux qui, dâune maniĂšre ou dâune autre, continuent dans leur vie lâalternative rencontrĂ©e dans les free parties.
En tant que musicien, jâai appris le violon et la guitare, de la musique classique jusquâau punk, en passant par le rĂ©pertoire du bal. Depuis 1994, je joue dans Ăko System, groupe de punk marseillais, qui sâest au fil du temps franchement « Ă©lectronisĂ© ». Je fais des lives aussi sous le nom de Tournesol, gĂ©nĂ©ralement dans des squats, des free parties ou des Ă©vĂ©nements alternatifs. Dâun registre hardtek / hardcore au dĂ©part, ma musique sâest largement calmĂ©e vers la techno acid et dancefloor aujourdâhui.
- Quelle est lâambition de votre livre Musiques Ă©lectroniques : des avant-gardes aux dancefloors ?
La premiĂšre tĂąche a Ă©tĂ© de dĂ©finir les musiques Ă©lectroniques, et tous les mondes musicaux trĂšs diffĂ©rents qui se cĂŽtoient dans cette famille, somme toute trĂšs artificielle. Deux facteurs les rĂ©unissent : les formidables dĂ©veloppements technologiques du 20e siĂšcle Ă partir de la naissance de lâenregistrement Ă la fin du siĂšcle prĂ©cĂ©dent ; et la notion dâesthĂ©tique du bruit, câest-Ă -dire lâabandon des hauteurs au profit du timbre, de la matiĂšre sonore. Les racines se trouvent au dĂ©but du 19e siĂšcle, chez Beethoven notamment, le premier Ă composer volontairement avec les masses sonores, les couleurs. De ces deux points se dĂ©gagent une multitude de musiques et de mondes trĂšs diffĂ©rents, aussi bien dans le domaine des musiques dites âsavantesâ que des musiques âpopulairesâ. Mon ambition a Ă©tĂ© de traiter Ă part Ă©gale ces deux mondes, et dâĂȘtre le plus exhaustif possible car chaque style, chaque mouvement, chaque pĂ©riode est une rĂ©ponse prĂ©cise aux enjeux dâune Ă©poque.
Ainsi, jâai traitĂ©, par exemple, des Ă©critures orchestrales de Giacinto Scelsi et de György Ligeti, de la musique rĂ©pĂ©titive et du mouvement happening, de Fluxus etc. Tout cela au mĂȘme titre que des exemples beaucoup plus Ă©vidents : la rĂ©volution Ă©lectroacoustique, Pierre Schaeffer et Pierre Henry, Karlheinz Stockhausen, lâacid rock des annĂ©es 1960/1970, lâelectric jazz, le krautrock, lâindus, la dance music (funk, disco), la house et la techno, etc.
Enfin, jâai Ă©vitĂ© soigneusement le domaine de lâanecdote lorsquâelle ne servait pas mon propos. Les vies de vedettes, les dĂ©tails croustillants recherchĂ©s par les fans ne figurent pas dans cet ouvrage qui nâaurait dâailleurs pas pu les contenir tant le projet est vaste.
-*Pourquoi avez-vous fait le choix dâune approche historique, documentĂ©e, universitaire, de la musique Ă©lectronique ?*
Tout simplement parce quâaucune approche historique complĂšte de ce phĂ©nomĂšne nâavait Ă©tĂ© ainsi menĂ©e en France. MĂȘme si des publications fondamentales, riches et intĂ©ressantes ont vu le jour, elles restent parcellaires ou souffrent de certaines lacunes.
La prĂ©sentation que jâai choisie, mĂȘme si elle est imprĂ©gnĂ©e de rĂ©flexes universitaires, est bien plus de lâordre de la vulgarisation que de celui de la publication scientifique. Jâai cherchĂ© Ă rendre accessibles mes propres analyses pour ne pas perdre le lecteur dans des considĂ©rations trop ardues.
- Vous avez étudié la musique électronique sur tout le siÚcle dernier. Comment voyez-vous son évolution sur le siÚcle en cours ?
Je suis optimiste. Les possibilitĂ©s croissantes â voire exponentielles â dâentendre un panel gigantesque de musiques diverses de toutes cultures et de disposer dâoutils intuitifs et de plus en plus puissants pour composer de la musique via lâinformatique (y compris par le geste, par le dĂ©placement etc.), tout cela mâamĂšne Ă croire Ă une dĂ©mocratisation de la pratique musicale et Ă un affaiblissement consĂ©quent des frontiĂšres Ă©tablies jusquâalors entre les Ă©lites et le reste. Je pense que, tout en conservant ses catĂ©gories fonctionnelles (mĂ©ditative, festive, rituelle, sacrĂ©e, etc.), la musique va sâouvrir une multitude de nouveaux horizons expĂ©rimentaux.
Loin de lâuniformisation redoutĂ©e par les critiques de la mondialisation, le 21e siĂšcle risque dâĂȘtre un joyeux fouillis de tendances multiples. Cela fait deux siĂšcles que le langage musical occidental se cherche un nouveau chemin. Le 21e siĂšcle poursuivra ces tĂątonnements, mais au niveau planĂ©taire.
- Personnellement, quels sont les âmusiciens Ă©lectroniquesâ qui vous passionnent ?
Je suis un inconditionnel de Pierre Henry, mais aussi de Karlheinz Stockhausen. Jâai toujours trouvĂ© quâil nây avait rien Ă jeter chez Jeff Mills (« Metropolis » est pour moi un disque de chevet). Liza nâEliaz a reprĂ©sentĂ© une perfection dans lâart du mix, que je retrouve chez Manu le Malin et Richie Hawtin. La diversitĂ© stylistique dâAphex Twin et surtout son originalitĂ© me fascinent. Dans cet aspect expĂ©rimental, Dan Hekate mâa toujours accrochĂ© et jâai adorĂ© les deux premiers albums de Mr Oizo (mais pas ce quâil fait maintenant), comme jâapprĂ©cie Scorn. Le label Mille Plateaux, et notamment Geeez nâGosh, font partie des artistes qui, actuellement, me font le plus dâeffet, au mĂȘme titre que Ricardo Villalobos. CĂŽtĂ© dance-floor, jâai toujours adorĂ© lâacid, alors je donnerais juste deux noms parmi tant dâautres : Hardfloor et Rob Acid.
Vaste sujet que lâĂ©volution de la musique Ă©lectronique sur plus dâun siĂšcle, que ce soit au travers des techniques dâenregistrement comme en analysant les divers styles musicaux, lâauteur nous livre un panorama assez exhaustif de tout ce qui est liĂ© de prĂšs ou de loin Ă cette mutation progressive, qui donne au final le D.J. Ainsi, ce livre nous amĂšne dâEdgar VarĂšse Ă John Cage, de Kraftwerk Ă Daft Punk, dĂ©cortiquant tous les courants musicaux et montrant lâimplication de lâarrivĂ©e de ces nouveaux outils Ă chaque fois. Traçant une histoire Ă un style que lâon a tendance Ă considĂ©rer un peu trop vite comme issu dâune gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e, cet ouvrage permet Ă tous fans dâĂ©lectronique de reconstituer son arbre gĂ©nĂ©alogique et Ă nâimporte quel autre curieux de mieux concevoir les ramifications entre des styles musicaux parfois trĂšs Ă©loignĂ©s.
Un ouvrage passionnant qui réussit le pari de traiter avec exhaustivité le large domaine des musiques électroniques.
Des avant-gardes au dance-floor : tel est le sous-titre de lâouvrage de Guillaume Kosmicki, prĂ©sentĂ© comme musicologue, enseignant, confĂ©rencier et « spĂ©cialiste du phĂ©nomĂšne techno Ă travers les raves et les free parties » depuis de nombreuses annĂ©es. Fort de son expertise en la matiĂšre, il nous livre cette quasi encyclopĂ©die de ce quâon appelle aujourdâhui lâĂ©lectro. « Historiquement, sa premiĂšre utilisation date de 1951, Ă Cologne. LâElektronishe Musik (Herbert Eimert, puis Karlheinz Stockhausen, Henri Pousseur, etc.) rĂ©pond Ă un projet de langage musical savant et abstrait⊠» nous explique lâauteur dĂšs les premiĂšres pages du livre, issues du chapitre Pour une dĂ©finition, chapitre important sâil en est, et nĂ©cessaire. LâĂ©lectro, terme Ă la fois fourre-tout et prĂ©cis, est rarement soumise Ă recherche sĂ©mantique.
Le temps est donc venu de se pencher sĂ©rieusement sur la question de ces musiques Ă©lectroniques. Guillaume Kosmicki sâattelle Ă la tĂąche avec minutie, choisissant de traiter le sujet dâun point de vue chronologique, lui confĂ©rant une aura historique â amplement mĂ©ritĂ©e au vu de sa polymorphie. Pour ce faire, il donne dâabord une dĂ©finition des musiques Ă©lectroniques : « Il sâagit dâune ensemble de musiques reposant sur des sons dâorigine acoustique ou de synthĂšse sonore, traitĂ©s (rĂ©verbĂ©ration, filtrage, transposition) puis enregistrĂ©s sous forme dâun signal analogique ou numĂ©rique (ou enregistrĂ©s puis traitĂ©s), et destinĂ©s Ă ĂȘtre amplifiĂ©s puis retransmis dans par le biais de hauts-parleurs (âŠ) ». Notons que lâauteur prĂ©cise que cette dĂ©finition sâest construite depuis les annĂ©es 50, et quâelle se serait peut-ĂȘtre bien mieux accommodĂ©e dâune autre appellation, comme celle dâ « art Ă©lectroacoustique ». Ă mĂ©diterâŠ
AprĂšs cette pointilleuse introduction, lâauteur sâattaque Ă la « rĂ©volution technologique » du XXe siĂšcle. Sont successivement convoquĂ©s le Gramophone dâEmile Berliner, le tourne-disque Ă vitesse variable de John Cage, le Theremin Vox de LĂ©on Theremin, les guitares Ă©lectriques dâAdolphe Rickenbacker, les synthĂ©tiseurs de Robert Moog, le sampler, la M.A.0 (musique assistĂ©e par ordinateur), le logiciel Pro Tools, etc. Les courants prĂ©curseurs (1800-1950) sâattardent quant Ă eux sur des figures prophĂ©tiques de lâĂ©lectro : Edgar VarĂšse, Eric Satie, BĂ©la Bartok, John CageâŠ
Lâessor de la musique Ă©lectroacoustique (1928-2000) est traitĂ© de la musique concrĂšte Ă la musique spectrale en passant par la fameuse musique minimaliste. Se succĂšdent dans une impressionnante logique la popularisation progressive du son Ă©lectronique (1950-1970), la musique populaire expĂ©rimentale et dance music (annĂ©es soixante-dix), lâavĂšnement de la musique Ă©lectronique (annĂ©es quatre-vingt)⊠Pour arriver Ă ce que le nĂ©ophyte considĂšre comme de lâĂ©lectro, en lâoccurence lâĂ©mergence de la house et la techno (1985-1990), il faut attendre la page 251 ! Car, on lâa compris, le but ici est de brosser le portrait dâun genre musical aux milles facettes, dont aucune ne saurait dominer lâautre. Tous les artistes ayant de prĂšs ou de loin affaire avec lâĂ©lectronique rĂ©pondent prĂ©sents : Philip Glass, Pink Floyd, les Beatles, Kraftwerk, New Order, Jeff Mills â et bien dâautres encore, mondialement connus ou presque inconnus au bataillon. Tous les lieux ayant accueillis sous leurs toits les vibrations de lâĂ©lectronique lĂšvent la main : le Paradise Garage, lâUFO, le Ministry of Sound⊠Tous les styles possibles et inimaginables affublĂ©s de lâĂ©tiquette Ă©lectro sont passĂ©s en revue : hardcore, downtempo, transe, big beat, electroclash, etc, etc.
Enfin, le retentissement europĂ©en (1987-2000) permet Ă Guillaume Kosmicki de se pencher un peu plus sur ce qui lâa conduit Ă se plonger dans lâĂ©lectronique : le mix des DJ, le mythe des bienheureuses raves et free parties⊠En effet, « plus que dans aucun autre genre musical, les maniĂšres de construire un Ă©vĂ©nement autour de la techno sur le principe du DIY ont poussĂ© le public Ă dĂ©passer le cadre du simple consommateur pour sâinvestir Ă son tour. LĂ est le fondement mĂȘme du principe de la rave : le spectacle, câest nous tous. » Ce nâest pas sans Ă©motion que lâauteur Ă©voque les effets du MDMA, la drogue de la house et de la techno par excellence.
Musiques Ă©lectroniques â des avant-gardes au dance-floor porte dĂ©cidĂ©ment bien son nom. Avec une justesse et une dextĂ©ritĂ© remarquables, Guillaume Kosmicki synthĂ©tise un siĂšcle et demi dâĂ©lectro, rĂ©futant les a priori et dĂ©taillant chaque courant avec pertinence. Le sujet devient alors une histoire passionnante, richement documentĂ©e et touffue dâanecdotes. Rien nâest laissĂ© au hasard, et le style aĂ©rĂ© et accessible de lâauteur rend digeste cette avalanche dâinformations, permettant au profane de se plonger avec aisance dans cet univers dâune poĂ©sie toute technique.
Guillaume Kosmicki tire sa conclusion dâun triste constat fait Ă partir des annĂ©es 2000 : lâĂ©lectro sâest tellement dĂ©mocratisĂ©e quâelle ne dĂ©tient plus quâun intĂ©rĂȘt somme toute assez faible. La French Touch nâa, selon lui, jamais rĂ©ellement existĂ©. Si certains artistes savent tirer leur Ă©pingle du jeu, dâautres reprĂ©sentants actuels de lâĂ©lectro comme Justice ne trouvent pas (ou si peu) grĂące aux yeux de lâauteur. Et pour cause, leur son est « surproduit, extrĂȘmement compressĂ© et efficace mais sans aĂ©ration ».
« Mais les faits sont lĂ , la musique redevient un vĂ©ritable vecteur de partage, dâappropriation collective et non plus un banal objet de consommation », retient cependant avec optimisme Guillaume Kosmicki. Polymorphes et bouillonnantes, les musiques Ă©lectroniques ont prouvĂ© quâelles rĂ©ussissaient Ă se transcender quoiquâil arrive. PerpĂ©tuellement prĂȘtes Ă lâĂ©volution, les multiples branches de lâĂ©lectro composeraient un arbre phĆnix, inusable et recyclable Ă souhait. Le futur est en marche .
Jâai terminĂ© la lecture dâun nouveau livre sur la musique Ă©lectronique qui sâintitule : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux Dance Floors, par un musicologue et enseignant-confĂ©rencier du nom de Guillaume Kosmicki (membre du collectif Oko System) aux Ă©ditions Le mot et le reste, paru cette annĂ©e.
Le livre est dâun volume consĂ©quent (400 pages), a une approche chronologique (contrairement au livre Techno rebelle, auquel il est une alternative) et dĂ©taille bien les diffĂ©rents mouvements de ce mouvement de la musique Ă©lectronique. Je veux parler notamment les pionniers des annĂ©es 50 et 60, (1/3 du livre). Lâimmiscion de ses techniques et sa philosophie dans dâautres genres musicaux, comme le hip-hop, le punk ou la musique classique y est bien dĂ©crite. Et surtout, il est bien Ă©crit, dans un style fluide qui Ă©vite les trop longues Ă©numĂ©rations ou lâaspect concours dâĂ©go avec chiffres Ă lâappui.
Lâauteur prend le soin de sâattarder sur la courroie de transmission entre avant-garde et musique Ă©lectronique Ă proprement parler, les progrĂšs de lâenregistrement et de la diffusion de la musique Ă©tant lâĂ©tape prĂ©alable Ă toute performance Ă©lectronique. Lâaspect âlutherie Ă©lectroniqueâ est Ă©galement abordĂ©. Le livre comprend un distinguo assez Ă©quilibrĂ© entre les termes âraveâ et âfreeâ partiesâ. Quand Ă la French Touch, les paragraphes qui lui sont consacrĂ©s sont assez critiques, ce qui, de la part dâun auteur français, ne mâa pas dĂ©plu. Ce qui est le plus intĂ©ressant dans le livre, câest quâil Ă©voque aussi des territoires moins fertiles sous dâautres plumes, comme le Japon (câest fou quand on considĂšre rien que son apport au synthĂ©tiseur de le voir si peu citĂ©) ou les pays de lâEst.
Quand Ă lâinclassable Jean Michel Jarre, il est Ă©voquĂ©, essentiellement pour lâalbum inclassable⊠OxygĂšne, son importance, et pour expliquer que ces spectacles âpouvaientâ (le verbe veut tout dire) avoir des aspects mĂ©galomaniaques.
Lâhistoire des musiques Ă©lectroniques a rĂ©ellement commencĂ© Ă ĂȘtre Ă©crite sous des formes trĂšs souvent parcellaires dans les annĂ©es quatre-vingt-dix, alors que le phĂ©nomĂšne techno devait passer par lâexplication de texte pour ĂȘtre mieux compris politiquement et socialement. Ou bien lorsque les tribulations des post-rockers les amenaient Ă se tourner vers les passĂ© pour mieux se comprendre eux-mĂȘmes. Il fallait donc un peu de distance, une bonne dose de pĂ©dagogie et aussi une implication directe dans la rĂ©alitĂ© du phĂ©nomĂšne pour enfin aboutir Ă cette somme que constitue Musiques Ă©lectroniques : des avant-gardes aux dances-floors. Guillaume Kosmicki (un nom que les adeptes de musiques de transe peuvent mĂȘme considĂ©rer comme prĂ©destinĂ©) Ă©tait bien placĂ© pour relever le dĂ©fi. ImpliquĂ© dans le mouvement free party, musicologue et confĂ©rencier, il avait manifestement les qualitĂ©s requises, et les met dâailleurs dĂ©jĂ Ă profit dans son activitĂ© dâorateur Ă lâagenda bien Ă©toffĂ©. Il prend les choses par le bon bout et assoie sa dense synthĂšse sur un plan sans doute Ă©prouvĂ© lors de multiples explications Ă voix haute. Il stabilise en prĂ©liminaire une dĂ©finition tout Ă fait limpide des musiques Ă©lectroniques, puis en sape littĂ©ralement les fondements le paragraphe suivant pour mieux en Ă©clairer la multiplicitĂ©. Vient ensuite une longue partie sur la rĂ©volution technologique, partie qui ne pouvait pas ĂȘtre plus judicieuse pour aborder dâentrĂ©e de jeu le nerf de la guerre, ou plutĂŽt le choix des armes sur le champ de bataille. Se dĂ©ploie enfin le long dĂ©roulĂ© chronologique des styles et des pratiques musicales constituant cette grande histoire. Les futuristes italiens, la musique concrĂšte, les DJ, le hip-hop, en passant par la pouplarisation du son Ă©lectronique et par dâautres subdivisions moins balisĂ©es, lâaffaire est rondement menĂ©e. Guillaume Kosmicki fait preuve de la prĂ©cision, de la justesse et de lâesprit de synthĂšse qui Ă©taient nĂ©cessaires pour faire tenir en quatre-cent pages une histoire trĂšs riche et aux ramifications qui souvent sâignoraient les unes les autres. Il apporte surtout au fil de son rĂ©cit des clĂ©s de comprĂ©hension Ă©tayant lâensemble de lâĂ©difice. On notera par exemple son bel Ă©clairage de musicologue sur lâimportance du timbre dans la musique occidentale, un aspect qui est rarement abordĂ© dans ce type dâouvrage. Voici donc sans doute la premiĂšre vĂ©ritable histoire des musiques Ă©lectroniques, parce que particuliĂšrement complĂšte et bĂ©nĂ©ficiant du recul nĂ©cessaire dâun « praticien-chercheur ».
Puisque nous parlions de livres, voici le dernier rĂ©cit en date pour la derniĂšre rĂ©volution musicale enregistrĂ©e, Ă©crit par Guillaume Kosmicki, un jeune enseignant et musicologue⊠connu aussi sous le nom de Tournesol, au sein du collectif Ăko sound system.
A quand la 2° partie: âŠdes dance-floor aux prairies ?
à sa naissance, la techno paraßt débarquer de nulle part et ses protagonistes revendiquent cette nouveauté radicale.
Mais les temps changent et Ă mesure que le phĂ©nomĂšne prend de la bouteille, dans les 90âs, ceux qui sâintĂ©ressent aux Bpm cherchent des racines Ă cette musique.
Câest dans cette perspective que sâinscrit Guillaume Kosmicki, Ă la fois musicien (collectif Ăko system) et thĂ©oricien du mouvement depuis de nombreuses annĂ©es.
Le livre est une impressionnante somme de quatre cents pages remplies dâanecdotes et de documents visuels. Il est Ă©laborĂ© Ă partir dâun savoir encyclopĂ©dique. Il sâagit dâun rĂ©cit militant et communautaire qui retrace lâhistoire des technologies et du son, de la naissance de lâenregistrement jusquâĂ lâaffirmation de la techno en France.
Le propos est Ă©volutionniste, chaque pĂ©riode, chaque innovation technologique apportant sa pierre Ă lâĂ©difice final, câest-Ă -dire une techno plutĂŽt esthĂ©tiquement radicale et marquĂ©e par DIY. Il en va ainsi de lâutilisation du timbre. Ainsi par exemple, pour Kosmicki,les Beatles sont-ils rĂ©vĂ©lĂ©s grĂące au travail de Georges Martin et la plupart de leurs titres les plus intĂ©ressants sont complĂštement sortis des structures traditionnelles couplet/refrain/pont.
La chronologie de lâavĂšnement de la techno opĂ©rĂ©e par lâauteur reprend la structure de la plupart des promoteurs français impliquĂ©s dans ces musiques. Câest pourquoi si lâon suit les propos du livre, jusquâau dĂ©but des annĂ©es 60, la production de musiques savantes est hĂ©gĂ©monique comme source de la techno alors que dans la pĂ©riode la plus rĂ©cente, la focale se dĂ©place sur les musiques populaires enregistrĂ©es. Ce qui sâexplique avant tout parce que lâangle techniciste choisi permet une apprĂ©hension partielle de la musique. Last night a (free party) DJ Saved My Life?
En projet depuis au moins deux ans chez Le mot et le reste, lâouvrage trouve enfin sa forme dĂ©finitive avec un rĂ©dacteur (unique) de premier choix en la personne de Guillaume Kosmicki, musicologue, et enseignant-confĂ©rencier connu Ă©galement sour le pseudo musical de Tournesol !
Le pavĂ© de 406 pages dĂ©bute ainsi : âLâhistoire de la musique du XX^e^ siĂšcle est profondĂ©ment marquĂ©e par lâapport de lâĂ©lectroniqueâ, cela nâĂ©tonnera personne, surtout pas pour vous qui ĂȘtes arrivĂ©s jusquâici Ă lire ces quelques lignes. Que dire de plus dans ce webzine, sinon que ce livre est bien conçu, que lâon y apprend beaucoup et que lâauteur âmouille littĂ©ralement la chemiseâ au travers de quelques dĂ©monstrations, grands Ă©carts nĂ©cessaires et autres Ă©critures de lâhistoire musicale (rĂ©cente).
Guillaume Kosmicki trouve une (la ? sa ?) filiation âtechnologiqueâ entre le dĂ©but de lâenregistrement, lâapparition des premiers instruments de synthĂšse sonore, la naissance des premiers styles purement Ă©lectroniques, la disco, le hip-hop, lâelectro, la house et la techno⊠une filiation entre les tourne-disques jouĂ©s en direct de John Cage et le Djing via un dĂ©tour par les sound-systems jamaĂŻquains. Raves et free parties = contre culture !
Une approche historique étayée, référencée que nous ne pouvons que saluer. Ici bas, on apprécie de retrouver Sonhors en bonne place dans la sélection des sites internet.
Comment en est-on arrivĂ© lĂ ? La plupart des musiques acoustiques, savantes ou traditionnelles, intĂšgrent aujourdâhui le son Ă©lectronique dans leur processus de crĂ©ation⊠fait rĂ©cemment constatĂ© sur les scĂšnes du Bab El Med, ou du festival les Musiques. Pour comprendre ce fait, lâauteur nâhĂ©site pas Ă en refaire le cheminement, en partant de Beethoven !, et Ă passer en revue tous les courants, aux antipodes de la techno et la house, sans qui ces bruits nâauraient pu naĂźtre et se propager⊠Ceux qui baignent dans le bon vieux rock Ă Papa devront se rĂ©soudre Ă lâĂ©couter dâune autre oreille. De la rĂ©sonance dâune Les Paul au psychĂ©dĂ©lisme dâAmon Duul II, en passant par le minimalisme de Steve Reich et lâinfluence des Pink Floyd, il nây a que quelques nappes synthĂ©tiques, samplers ou boucles Ă ajouter pour suivre ces expĂ©riences jusque dans les Clubs dâIbiza⊠Mais Guillaume Kosmicki ne sâattarde pas sur la piste de danse et remet certaines pendules Ă lâheure, notamment sur le titre de grand-pĂšre de la techno attribuĂ© Ă Pierre Henry. Il insiste surtout sur lâorigine du style (bien avant que les artistes plongĂ©s dans la jet set ne poussent le vinyl sur les plages de Goa), la mixitĂ© et la marginalitĂ© de son public, qui rejette toute forme de disco⊠tout en suivant son rythme ! Ce mouvement basĂ© sur le DIY (Do it yourself) a secouĂ© lâEurope, et ses implications sociologiques sont Ă©voquĂ©es ici, depuis le dĂ©roulement chaotique des rave parties jusquâaux difficultĂ©s de copyright. Ainsi, avec ce parfait manuel, vous saurez discerner les nuances entre le chill out, le doom-core et le speed garage, mĂȘme si vous ne possĂ©dez rien de tout cela dans votre discothĂšque !
Musicologue, enseignant, confĂ©rencier, mais surtout membre du collectif de DJ marseillais Ăko System ; Guillaume Kosmicki Ă©tait sans doute le mieux placĂ© pour Ă©crire Musiques Ă©lectroniques â Des Avant-gardes aux Dance Floors qui paraĂźt ce mois-ci aux Ă©ditions Le Mot et le reste. Car lâhistoire des musiques Ă©lectroniques est un vaste champ, autant historique que stylistique, et que Kosmicki a le bon goĂ»t de la faire remonter trĂšs loin, jusquâĂ Beethoven, qui rĂ©volutionna le timbre, mais aussi jusquâaux futuristes, aux dadaĂŻstes ou Ă VarĂšse, vĂ©ritables dĂ©fricheurs qui introduisirent la notion du bruit comme musique. Ătroitement liĂ©e Ă ces rĂ©volutions, mais Ă©galement indissociable des Ă©volutions technologiques du siĂšcle (ce que Kosmicki montre trĂšs bien, la musique passant de lâexpĂ©rience live obligatoire Ă sa reproduction domestique par le biais du vinyle, puis du CD, tandis que la production elle-mĂȘme se dĂ©localise des studios aux laptops des musiciens dâaujourdâhui), la musique Ă©lectronique passe peu Ă peu dans lâinconscient collectif, les premiĂšres expĂ©riences acadĂ©miques de Pierre Henry ou Pierre Schaeffer Ă Paris rejoignant celles de John Cage Ă New York ou de Karl-Heinz Stockhausen Ă Cologne, avant dâinfuser les diverses chapelles du rock des annĂ©es 60 et 70, de donner naissance au dub et au krautrock pour littĂ©ralement exploser en sous-mouvements au cours des trois derniĂšres dĂ©cennies. Remarquablement documentĂ© (câest sans doute lâouvrage le plus pointu publiĂ© Ă ce jour sur une thĂ©matique aussi Ă©tendue en France), le livre de Guillaume Kosmicki entreprend alors le dĂ©cryptage, forcĂ©ment pas Ă©vident, de toutes les tendances qui, de la disco Ă lâEBM et lâindus, de la drumânâbass Ă lâĂ©lectroclash, du hip-hop Ă la techno, ont modelĂ©, et continuent de le faire, par hybridations multiples, le paysage des musiques Ă©lectroniques. ParticuliĂšrement dense et touffu dĂšs lors quâil sâagit de la techno et de ses avatars (le DJ reprenant alors le pas sur le musicologue avec une Ă©tude sur le mix et une autre sur le phĂ©nomĂšne des free parties), Kosmicki sâavĂšre moins prolixe dĂšs lors quâil traite dâautres genres qui nous prĂ©occupent ici (Skinny Puppy ou Front Line Assembly ravalĂ©s au mĂȘme rang que Rammstein dans le paragraphe rĂ©servĂ© au mĂ©tal-indus, ou les chapitres sur lâEBM ou lâelectronica, un peu pauvres). Mais devant le foisonnement dâune scĂšne qui se renouvelle sans cesse, engendrant, presque chaque mois de nouveaux courants et sous-courants, de telles impasses se rĂ©vĂšlent sans doute impossible Ă Ă©viter, pour peu que lâon veuille ĂȘtre exhaustif. Et câest cette exhaustivitĂ© que lâon retiendra dans cet ouvrage, seul capable Ă ce jour de citer aussi bien Alec Empire que Scorn, Mad Professor que Derrick May, Hakim Bey que Robert Moog. Essentiel !