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Parution : 18/05/2017
ISBN : 9782360543373
288 pages (14,8 x 21 cm)

Mixtapes

Un format musical au cƓur du rap

Sylvain Bertot complùte ses anthologies sur le rap par l’une des pierres angulaires du genre : la mixtape.

Pour bien connaĂźtre l’histoire du rap, il faut impĂ©rativement se pencher sur un autre format que le disque : la mixtape. Ce qui n’était Ă  l’origine qu’une compilation de morceaux enregistrĂ©s sur cassette, vendue en dehors des circuits officiels, est devenu au fil du temps un vĂ©ritable album, distribuĂ© sur Internet, parfois supĂ©rieur aux disques commerciaux de ses auteurs et restĂ© toujours au cƓur de ce genre vivace et prolifique qu’est le rap. AprĂšs avoir retracĂ© le parcours Ă©tonnant de ces mixtapes l’auteur propose une sĂ©lection d’une centaine de ces pĂ©pites mĂ©connues, sorties autant par des artistes Ă©tablis (50 Cent, les Diplomats, Kanye West, Lil Wayne ou Drake), que par de nouveaux rappeurs prenant possession du terrain (Future, Young Thug, Action Bronson, Danny Brown, Earl Sweatshirt).

• Lire un extrait

Revue de presse

- La page hip-hop // Le livre Greg Salle Jazz News octobre 2017
- Livres, BD, vinyles, CD : offrez du Rap et du Hip Hop pour les fĂȘtes de NoĂ«l Julien Fnac Montparnasse 4 dĂ©cembre 2017
- Marque ta page #3 Amaury Rauter Goûte mes disques 1 août 2017
- L’histoire de la mixtape en 100 chroniques Dirt Noze www.swampdiggers.com 11 juillet
- L’art excessif de la mixtape Olivier Wyser La LibertĂ© 10 juin 2017
- Sylvain Bertot : « Faire connaßtre des oeuvres méconnues, ça a toujours été mon dada. » Olivier LBS Le Bon Son 12 juin 2017
- L’histoire de la mixtape rap racontĂ©e par Sylvain Bertot 2one The BackPackerz 9 juin 2017
- De 1991 Ă  2016 : les 100 mixtapes les plus marquantes de l’histoire du rap. Juliette DĂ©mas Les Inrocks 3 juin 2017
- Mixtapes. Un format musicale au coeur du rap R.A.P. R&B 24 mai 2017

- La page hip-hop // Le livre

Le sous-titre annonce la couleur : d’abord marginale, la mixtapes est devenue centrale dans le rap contemporain. Mais l’auteur va plus loin : il argue que ce “support musical dominant du nouveau siĂšcle” a offert parmi les meilleures rĂ©ussites du genre. L’ouvrage vaut tout autant pour la sĂ©lection de cent mixtapes, de 1991 Ă  2006, que pour la double Ă©tude qui la prĂ©cĂšde (“Les deux Ăąges de la mixtapes” et “L’ñge des rappeurs”), retraçant l’histoire, de la K7 Ă  Internet, de ce format Ă  la carriĂšre surprenante. Sylvain Bertot montre comment on est passĂ© d’un pot-pourri de morceaux existants Ă  des opus Ă  part entiĂšre privilĂ©giant des morceaux ou couplets inĂ©dits. Comment, aussi, la mixtape est sortie de la clandestinitĂ© pour acquĂ©rir un statut quasi officiel
 instrumentalisĂ© par les maisons de disques! On croise les figures du genre, de Kid Capri Ă  Dj Drama, les annĂ©es-phares (2009 en tĂȘte), le long d’une dĂ©monstration captivante.

Greg Salle
Jazz News octobre 2017

- Livres, BD, vinyles, CD : offrez du Rap et du Hip Hop pour les fĂȘtes de NoĂ«l

À l’heure oĂč on observe un frĂ©missement hipster autour de la K7, objet mi-culte, mi-vintage par excellence, cet ouvrage consacrĂ© Ă  la Mixtape dans les musiques Rap & Hip Hop est passionnant. AncĂȘtre logique des mix au format digital qui pullulent aujourd’hui sur le net, la cassette (et donc la mixtape) dans les annĂ©es 70 et 80 a Ă©tĂ© un vecteur incomparable pour la diffusion du Rap et des artistes liĂ©s Ă  ce mouvement musical. La petite histoire qui explique la grande
 destinĂ© Ă  ceux qui ont connu les ghetto-blaster et autres walkman, et Ă  leurs enfants.

Retrouver la sélection de Julien sur le site de la Fnac

Julien
Fnac Montparnasse 4 décembre 2017

- Marque ta page #3

Trop peu de gens comprennent combien Fake For Real, le site de Sylvain Bertot, est une oasis dans le milieu de la critique musicale. En ces temps consommĂ©s par la dictature des rĂ©seaux sociaux et sa course au contenu, FFR est peut-ĂȘtre la seule structure rap Ă  s’imposer un dĂ©lai aussi long (quelques mois Ă  quelques annĂ©es) pour digĂ©rer les Ɠuvres qu’elle chronique. Et faut-il le rappeler, on parle d’un genre qui peut compter jusqu’à trois projets par an pour un mĂȘme artiste. En 2017 pourtant, on ne voit guĂšre que FFR pour arriver Ă  estimer la capacitĂ© Ă  bien vieillir d’un disque, mĂȘme si cela doit se faire sĂ»rement au dĂ©triment de son audience, trĂšs rĂ©duite. Cette Ă©thique de travail, Sylvain Bertot l’applique Ă©galement aux mixtapes, un format pourtant notoirement connu pour son cĂŽtĂ© dĂ©bridĂ© et anarchique, et indiscutablement moins Ă©vident Ă  dissĂ©quer sur le long terme. C’est pourtant le dĂ©fi qu’il a relevĂ© sur Mixtapes, un format musical au cƓur du rap, livre qui se rĂ©clame comme une ambitieuse timeline des diverses mutations connues par le format. De la house tape aux blend tapes (l’ancĂȘtre du mash up que l’on connait aujourd’hui), du bootleg Ă  l’Ɠuvre originale, le livre propose un historique concis mais passionnant de la mixtape, avant de dresser un inventaire de cent disques triĂ©s sur le volet pour leurs apports Ă  cette derniĂšre. Soit autant d’invitations Ă  dĂ©couvrir (ou redĂ©couvrir sous un autre angle) quelques monuments, dont une grande partie se trouve encore en tĂ©lĂ©chargement gratuit aujourd’hui. Accessible et plaisant, Mixtapes est un livre parfait pour mieux comprendre comment on est passĂ©s d’une compilation de freestyles sur face B, Ă  un format qui propose des crĂ©ations totalement originales, au travers des plus Ă©minents acteurs lui Ă©tant associĂ©s, de Kid Capri Ă  DJ Drama, sans oublier de dĂ©tailler les apports d’écuries incontournables comme Roc-A-Fella, Cash Money, ou du 1017 Brick Squad. Une lecture incontournable, mĂȘme si on regrette que cet historique ne soit pas plus bavard sur l’économie dĂ©veloppĂ©e autour de ce format, et plus particuliĂšrement outre-Atlantique.

La chronique sur le site de GMD

Amaury Rauter
Goûte mes disques 1 août 2017

- L’histoire de la mixtape en 100 chroniques

Dans un livre, encore une fois sorti chez l’excellent Ă©diteur « Le Mot et le reste », Sylvain Bertot parcourt l’histoire de la mixtape de rap.

Dans un livre, encore une fois sorti chez l’excellent Ă©diteur « Le Mot et le reste », Sylvain Bertot parcourt l’histoire de la mixtape de rap.
Depuis ses dĂ©buts, autour de l’annĂ©e 2000 en tant que rĂ©dacteur en chef des sites New Skool, puis Hip Hop Section, jusqu’à aujourd’hui avec son site Fake For Real (mais aussi ses deux prĂ©cĂ©dents livres, Rap, Hip-Hop et Rap IndĂ©pendant), Sylvain Bertot a Ă©crit des chroniques d’albums de rap par milliers. Toutes allient le recul du chercheur avec l’énergie du passionnĂ© de longue date. On avait dĂ©jĂ  discutĂ© avec lui de son ouvrage sur la scĂšne dite du rap indĂ©pendant qui tentait de rĂ©volutionner le hip-hop autour de l’annĂ©e 2000. Avec son dernier livre chez Le Mot et le reste, Mixtapes : Un format musical au coeur du rap, il revient sur l’histoire de la mixtape.

Mixtapes, un format musical au coeur du rap

Sylvain Bertot ouvre son livre sur une anecdote. Il relate un malentendu avec un annonceur publicitaire qui souhaitait mettre fin Ă  leur partenariat aprĂšs avoir relevĂ© la prĂ©sence de liens illĂ©gaux dans les forums de son site, Fake For Real. AprĂšs vĂ©rification il s’avĂ©rait que la quasi totalitĂ© des liens en question Ă©taient tout Ă  fait lĂ©gaux et pointaient en rĂ©alitĂ© vers des mixtapes gratuites hĂ©bergĂ©es sur Datpiff ou LiveMixtapes. MĂȘme aprĂšs rĂ©tablissement de la vĂ©ritĂ©, l’annonceur ne modifia pas sa position, il Ă©tait en effet impensable, pour lui, que des rappeurs distribuent ainsi gratuitement leur musique.

Et pourtant, l’économie du rap, depuis bientĂŽt une dizaine d’annĂ©es, est bel et bien basĂ©e sur la distribution gratuite d’albums dĂ©matĂ©rialisĂ©s. Des street albums, rĂ©alisĂ©s rapidement et sans concession, dans le but de satisfaire son insatiable fan base, et que l’on appelle dĂ©sormais « mixtapes ». Mais comme dit l’adage « if it don’t make money, it don’t make sense ». On fera donc confiance aux rappeurs pour trouver de l’argent autrement, vente de produits dĂ©rivĂ©s, concerts et showcases, sponsors. Certains vont mĂȘme jusqu’à crĂ©er leur propre marque de vĂȘtements, voir leur chaine de restaurant ou leur boisson Ă©nergisante. Soit les bĂ©nĂ©fices indirects de leur notoriĂ©tĂ© liĂ©e Ă  la diffusion de mixtapes.

Mais si la mixtape a une longue histoire en commun avec le rap, elle ne l’a pas toujours Ă©tĂ© sous cette forme et elle est passĂ©e par de nombreuses Ă©tapes, depuis les premiĂšres « party tapes » des annĂ©es 1970 aux « street albums » de ces derniĂšres annĂ©es. C’est cette histoire que Sylvain Bertot a entrepris de nous raconter en dĂ©tail, du moins dans la premiĂšre partie de son livre.

La mixtape Ă  travers les Ăąges

Le livre se divise en deux parties. Dans un style sobre et dense, l’auteur commence par une prĂ©sentation prĂ©cise d’une cinquantaine de pages et qui passe en revue, avec moult dĂ©tails et de nombreuses anecdotes, les diffĂ©rentes Ă©tapes de la vie compliquĂ©e de la mixtape. Mais la plus grande partie de l’ouvrage est constituĂ©e par une sĂ©rie de cent chroniques, faisant la part belle Ă  la pĂ©riode qui va des annĂ©es 2000 Ă  nos jours.

Sylvain Bertot dĂ©marre donc au coeur des annĂ©es 1970, la pĂ©riode glorieuse des block parties. À l’époque oĂč les DJ Ă©taient encore les vĂ©ritables stars et oĂč le rap ne s’imaginait pas encore pouvoir avoir une existence sur disque, des enregistrements officiels ou non de ces lives, les “party tapes”, permettaient de diffuser l’expĂ©rience de ces fĂȘtes et d’en faire circuler la lĂ©gende. Viennent ensuite les « battle tapes », des enregistrements des affrontements entre diverses Ă©quipes de rappeurs.

Plus tard, dans les annĂ©es 1980 puis 1990, lorsque les rappeurs supplantent les DJ sur le devant de la scĂšne et rencontrent l’industrie du disque, la mixtape advient alors sous sa forme classique, soit une compilation de morceaux mixĂ©s avec plus ou moins de dextĂ©ritĂ© par un DJ. Pour sortir du lot, certains misent sur la quĂȘte des inĂ©dits, quitte Ă  les voler, comme DJ Kid Capri ou DJ Clue. D’autres choisissent la crĂ©ativitĂ© et la technique pure pour se distinguer, comme DJ Q-Bert et les X-Ecutioners.

DĂ©but 2000, les rappeurs se lancent Ă  leur tour dans la confection de mixtapes et celles-ci migrent au passage majoritairement de la cassette au support CD. Certaines scĂšnes isolĂ©es, comme celle de Memphis, utilisaient dĂ©jĂ  dans la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente le support cassette pour sortir de vĂ©ritables albums underground. Mais le tournant se fait surtout au dĂ©but des annĂ©es 2000 avec les mixtapes de 50 Cent et des Diplomats. C’est vĂ©ritablement Ă  ce moment que les rappeurs rĂ©cupĂšrent le format Ă  leur compte pour diffuser leur musique Ă  une fanbase toujours plus gourmande, sans avoir Ă  passer par l’industrie du disque. Au dĂ©part il s’agit surtout de poser des freestyles sur des instrumentaux, plus ou moins empruntĂ©s Ă  d’autres, pour faire patienter les fans jusqu’au prochain album.

Mais le Sud avait, encore une fois, quelque chose Ă  dire, et avec sa sĂ©rie des Gangsta Grillz, DJ Drama (et d’autres), impose Atlanta sur le marchĂ© de la mixtape, et rapproche le format encore un peu plus du concept contemporain de « street album ». Le business de la mixtape, alors encore principalement gravĂ©e sur CD et Ă  la frontiĂšre de la lĂ©galitĂ©, est alors un marchĂ© trĂšs rentable.

Un Ă©vĂ©nement malheureux joue un rĂŽle dĂ©cisif pour l’avenir du format. En 2007, DJ Drama se fait arrĂȘter par le FBI et saisir tout son matĂ©riel et ses collections de disques. Cette mĂ©saventure produit l’effet d’une bombe dans le milieu. DĂ©sormais il sera de moins en moins question de mixer les morceaux des autres pour en faire du profit. Les DJ seront alors plus que jamais focalisĂ©s sur les inĂ©dits, rappĂ©s sur des instrumentaux originaux. Et pour ĂȘtre vraiment certains de ne pas avoir de problĂšme avec la loi, on distribue mĂȘme tout ça gratuitement, en dĂ©materialisĂ©, sur internet.

Aujourd’hui, nombre des mixtapes qui sortent quotidiennement sur les plateformes de tĂ©lĂ©chargement comme Datpiff ou Livemixtapes se passent de DJ et plus grand chose ne les distingue de vĂ©ritables albums. Ces « street albums » ont le mĂ©rite d’ĂȘtre plus authentiques que ces derniers et dĂ©livrĂ©s des compromis artistiques liĂ©s aux impĂ©ratifs commerciaux dĂ©sormais courants dans l’industrie du rap (Ă©dulcoration de la musique et des thĂšmes, featurings imposĂ©s, diversification des ambiances et des cibles 
). Ils sont dĂ©sormais le vĂ©ritable lien entre un artiste et sa fan base, alors que l’album commercial tente, de son cĂŽtĂ©, de toucher un public plus large.

Un florilÚge de 100 mixtapes à écouter

Si l’introduction du livre prĂ©sente un historique de la mixtape trĂšs complet allant des annĂ©es 1970 Ă  nos jours, la sĂ©lection qui suit, elle, est beaucoup plus partiale et se concentre trĂšs nettement sur l’ùre post 2000, soit « l’ñge d’or » de la mixtape. Ainsi, sur les cent chroniques que totalise le livre, on n’en dĂ©nombre en effet que dix pour la pĂ©riode situĂ©e avant 2000.

DĂ©laissant complĂštement les annĂ©es 1980 dont il ne reste pas grand chose aujourd’hui, on commence donc avec une cassette de DJ Ron G datant de 1991 (Mixes #1). Puis l’auteur balaie rapidement la dĂ©cennie avec, entre autres, les mixtapes de Kid Capri (52 Beats), DJ Clue (Holiday Hold Up 96), DJ Q-Bert (Demolition Pumpkin Squeeze Muzik), Funkmaster Flex (60 Minutes of Funk Vol.1), sans oublier DJ Screw (June 27th). On notera Ă©galement, au milieu de ces mixtapes classiques de DJ, la prĂ©sence avant-gardiste, du street album Smoked Out, Loced Out de la Triple 6 Mafia.

Puis, aprĂšs 2000, on s’attaque au coeur du sujet. Si l’on admet que les meilleurs albums de rap de ces quinze derniĂšres annĂ©es sont, pour la plupart, des mixtapes, Sylvain Bertot en fait donc, ici, un florilĂšge. En essayant de balayer le genre dans toute sa largeur, il nous offre, entre incontournables et coups de coeur plus personnels, un panel hĂ©tĂ©roclite de ce qu’à Ă©tĂ© le rap depuis une quinzaine d’annĂ©es, de Bones (DeadBoy) Ă  Gucci Mane (Chicken Talk), en passant par Sage Francis (Sick Of Waiting Tables
) et The Weeknd (House of Balloons).

On y croise aussi les chroniques de la sombre et dĂ©glinguĂ©e Nasa : The Mixtape de SpaceGhostPurrp, de l’extravagante 6 Kiss de Lil B, ou de l’extrĂȘme violence de Exmilitary de Death Grips. On se rĂ©galera encore de la chronique de la trĂšs nihiliste Back From The Dead de Chief Keef et de l’indĂ©trĂŽnable 1017 Thug de Young Thug. Outre ces classiques, le lecteur rencontrera certainement nombre de projets dont il n’avait peut-ĂȘtre jamais entendu parlĂ© auparavant. Alors, bien-sĂ»r, on pourra toujours ĂȘtre en dĂ©saccord avec certains choix de l’auteur, et chacun pourra regretter l’absence de tel artiste ou au contraire la prĂ©sence de tel autre, cela fait bien partie du jeu.

Courtes et toujours trĂšs claires, n’oubliant jamais de remettre, et l’artiste, et l’album, dans leur contexte, les chroniques de Sylvain Bertot sont d’une redoutable efficacitĂ©. Le choix de vouloir couvrir un champ large, et de ne se permettre qu’un projet par artiste, est Ă  la fois la force et la faiblesse de l’exercice. Il permet en effet de survoler un grand nombre de styles et d’écoles diffĂ©rentes et de faire ainsi dĂ©couvrir des scĂšnes au lecteur curieux, mais il frustrera aussi ceux qui voudront aller plus loin dans un genre.

AprĂšs des annĂ©es de disette Ă©ditoriale dans le domaine du rap, les initiatives de l’éditeur « Le Mot et le reste » viennent donc combler une lacune et rencontrent Ă  ce titre un succĂšs mĂ©ritĂ©. EspĂ©rons donc qu’il continuera sur sa lancĂ©e, si bien entamĂ©e avec les ouvrages de Sylvain Bertot (mais Ă©galement ceux de Mehdi Maizi et Vincent Piolet pour le rap francophone), en proposant des livres de sĂ©lections d’albums centrĂ©s sur des scĂšnes plus prĂ©cises, comme la trap d’Atlanta, le Devil Shyt de Memphis ou la scĂšne dite « underground » des annĂ©es 2010.

Tous les espoirs sont permis puisque l’éditeur a dĂ©jĂ  commencĂ© en sortant en ce dĂ©but d’annĂ©e 2017, New York State of Mind, une anthologie du rap new-yorkais par Pierre-Jean ClĂ©raux.

Retrouvez cette chronique sur le site de Swamp Diggers

Dirt Noze
www.swampdiggers.com 11 juillet

- L’art excessif de la mixtape

Le critique musical Sylvain Bertot dĂ©cortique dans un livre l’univers dĂ©bridĂ© des cassettes mixĂ©es

Pour bien connaĂźtre l’histoire du rap ainsi que celle des musiques underground, il faut se pencher sur un autre format musical que le disque: la mixtape. Ce qui n’était Ă  l’origine qu’une compilation de morceaux enregistrĂ©s sur cassette est devenu au fil du temps un vĂ©ritable album, distribuĂ© sur internet et parfois bien supĂ©rieur aux disques commerciaux de ses auteurs. Le critique musical Sylvain Bertot propose dans son dernier livre une histoire de ce format Ă©tonnant ainsi qu’une sĂ©lection de 100 oeuvres choisies sur des critĂšres historiques ou esthĂ©tiques. Interview.

Premiùre question toute simple: une mixtape, c’est quoi exactement?

Sylvain Bertot: C’est une question difficile car selon l’époque dont on parle ce n’est pas forcĂ©ment la mĂȘme chose. Si on revient Ă  l’étymologie: «mix» c’est mĂ©langer, compiler et «tape» c’est une cassette. Donc Ă  l’origine c’est une compilation sur cassette. Des DJ enregistrent des morceaux en les enchaĂźnant et en les manipulant. Ces mixtapes sont ensuite vendues ou distribuĂ©es.

«La mixtape est un lieu de créativité sans limites»

Depuis la fin des années 1990 les mixtapes ont-elles beaucoup évolué?

Aujourd’hui une mixtape ce n’est plus un «mix», ni une «tape» (rires). Le mot existe toujours mais le contenu a changĂ©. Une mixtape c’est juste un projet alternatif d’un rappeur, distribuĂ© diffĂ©remment d’un album officiel, gĂ©nĂ©ralement sur internet et trĂšs souvent gratuitement. C’est devenu une sorte d’album parallĂšle.

Les rappeurs sont les champions de la mixtape, mais retrouve-t-on ce format dans d’autres genres musicaux?

Oui, complĂštement. MĂȘme s’il y a peu de genres oĂč les mixtapes ont autant d’importance que dans le rap, elles existent ailleurs. Notamment dans des genres cousins du rap comme le reggae dancehall et le R’n’B ou alors dans les musiques Ă©lectroniques. On en trouve Ă©galement dans le rock et dans le metal. Les mixtapes sont les hĂ©ritiĂšres de ces cassettes enregistrĂ©es par des particuliers puis passĂ©es de main en main.

Peut-on parler d’une culture de la cassette?

Oui, il y a une culture de la cassette qui a existĂ© dĂšs la dĂ©mocratisation de ce format Ă  la fin des annĂ©es 1970. La cassette est rapidement devenue trĂšs importante pour les fans. Elle est aussi devenue le premier moyen d’avoir de la musique nomade, via les baladeurs. Tous les genres musicaux un peu underground des annĂ©es 1970 Ă  1990, qui n’avaient pas accĂšs Ă  des maisons de disques, ont utilisĂ© ce support. On peut citer le circuit punk hardcore au dĂ©but des annĂ©es 1980 ou quelques annĂ©es plus tard certaines formes peu frĂ©quentables de metal.

Ce circuit alternatif est-il parallĂšle ou complĂ©mentaire Ă  l’industrie du disque traditionnelle?

Au fil de temps, les majors du disque se sont inspirĂ©es des mixtapes et en ont fait un moyen de promouvoir leurs artistes et de garder le contact avec les fans entre deux grosses sorties. Les mixtapes ont Ă©tĂ© plutĂŽt complĂ©mentaires. Elles ont toujours Ă©tĂ© utilisĂ©es comme moyen promotionnel. Aujourd’hui elles font partie des stratĂ©gies des petites et des grosses maisons de disques.

Dans les annĂ©es 1990, les mixtapes Ă©taient une façon de sortir discrĂštement des morceaux utilisant des samples dont les droits auraient Ă©tĂ© trop chers pour figurer sur un album. Cet esprit de libertĂ©, un peu pirate, est-il toujours prĂ©sent aujourd’hui?

Cela permettait une libertĂ© et cela explique aussi pourquoi les mixtapes ont Ă©tĂ© importantes pour le rap, notamment en Ă©chappant au payement des droits d’auteur mais aussi en permettant d’aborder des thĂšmes peu prĂ©sentables au grand public. La mixtape a Ă©tĂ© le lieu oĂč il n’y avait plus de limites Ă  la crĂ©ativitĂ©. Aujourd’hui, les samples, mĂȘme s’ils existent toujours, occupent une place moins centrale dans le rap et d’autre part les moeurs ont Ă©voluĂ©: ce qui Ă©tait transgressif il y a 20 ans ne l’est plus tout Ă  fait autant. La posture du gangster infrĂ©quentable est largement mieux acceptĂ©e dans la culture mainstream.

*Les rappeurs ont, d’une certaine maniùre, su anticiper la façon dont le public consomme la musique
aujourd’hui avec la dĂ©matĂ©rialisation, le streaming?*

Le rap reste un genre musical jeune. Ce n’est pas Ă©tonnant si les acteurs de cette musique ont Ă©tĂ© les premiers Ă  rĂ©ussir Ă  tirer profit de l’évolution des supports. Aujourd’hui, l’argent de la musique se fait moins sur la musique elle-mĂȘme. L’époque du CD est rĂ©volue. La musique est un moyen de se faire connaĂźtre et les revenus proviennent plutĂŽt des concerts, des produits dĂ©rivĂ©s, etc. Les rappeurs l’ont compris bien avant les autres en distribuant leur musique gratuitement sur internet dĂšs les annĂ©es 2000. Ils ont parfaitement anticipĂ© les changements de l’industrie du disque.

*Durant les années 2000, les mixtapes ont vraiment pris leur envol, notamment via des sites de téléchargement
dĂ©diĂ©s Ă  ce format. Qu’est-ce que cela a apportĂ© en termes de crĂ©ativitĂ©?*

Le contenu est devenu de plus en plus dĂ©bridĂ©, les paroles de plus en plus outranciĂšres. Le rythme des sorties est devenu infernal Ă  la fin des annĂ©es 2000, notamment sous l’impulsion de rappeurs comme Gucci Mane qui sortaient plusieurs mixtapes par mois. Les pochettes de mixtapes sont elles aussi devenues trĂšs particuliĂšres et identifiables. A l’instar des paroles dĂ©bridĂ©es et fantaisistes on s’est retrouvĂ© avec des pochettes trĂšs colorĂ©es, kitsch, explicites et assez farfelues.

En 2017, les mixtapes sont encore devenues autre chose


Aujourd’hui la frontiĂšre entre un album officiel et une mixtape est complĂštement floue. On peut retrouver des projets sur des plateformes gratuites et d’autres payantes en mĂȘme temps. La distinction est de plus en plus difficile Ă  faire. La musique est devenue un paysage compliquĂ©: gratuit ou pas gratuit? mixtape ou album? lĂ©gal ou illĂ©gal? On ne sait plus trop oĂč on en est. Ce ne sont plus que des Ă©tiquettes dont on pourrait trĂšs bien se passer.

Retrouvez cette interview sur le site de La Liberté

Olivier Wyser
La Liberté 10 juin 2017

- Sylvain Bertot : « Faire connaßtre des oeuvres méconnues, ça a toujours été mon dada. »

Sylvain Bertot Ă©crit sur le rap depuis vingt ans. En 2005, il lance son propre blog, Fake For Real, puis publie en parallĂšle trois livres entre 2014 et 2017, chez Le Mot et le Reste. Son dernier ouvrage en date, « Mixtapes, un format musical au cƓur du rap » est paru le mois dernier, l’occasion pour nous de revenir avec lui sur l’histoire du genre, ses diffĂ©rentes Ă©volutions, et sur l’avenir du long format dans la musique en gĂ©nĂ©ral. Rencontre.

D’oĂč t’es venue l’idĂ©e d’écrire ce livre ?

C’est venu en deux temps. J’avais Ă©crit un livre, il y a quelques annĂ©es, sur l’histoire du rap en gĂ©nĂ©ral (RAP, HIP-HOP – 30 annĂ©es en 150 albums, ndlr), et aprĂšs quelques mois je m’étais dit qu’il manquait quelque chose. J’étais assez content de la partie qui traitait des annĂ©es 80-90, mais j’étais moins satisfait de ce que j’avais mis sur l’époque rĂ©cente, ça me paraissait un peu moins reprĂ©sentatif. J’avais donc eu l’idĂ©e de faire un autre livre qui s’orienterait un peu plus sur les annĂ©es 2000 et 2010, en parlant Ă©normĂ©ment des mixtapes, ou plus particuliĂšrement de ce qu’elles sont devenues. La mixtape existe depuis longtemps, mais aujourd’hui ce n’est plus la mĂȘme chose que ce que c’était dans les annĂ©es 90, et je voulais parler abondamment de cette transformation. Et puis un jour, sur le forum de mon propre blog (Fake For Real, ndlr), j’ai parlĂ© de ce nouveau projet, et un des contributeurs m’a dit qu’il n’existait pas de livres consacrĂ©s aux mixtapes. Du coup j’ai rĂ©orientĂ© mon projet qui Ă©tait plus ou moins entamĂ©, et plutĂŽt que de traiter des annĂ©es 2000 – 2010, j’ai dĂ©cidĂ© de parler de l’histoire des mixtapes, en commençant dĂšs les annĂ©es 70, aux dĂ©buts du hip-hop, mais en orientant pas mal la sĂ©lection sur la production rĂ©cente. Ça s’est donc fait en deux temps.

C’est un ouvrage assez pointu sur le rap amĂ©ricain, avec pas mal de disques qu’il est rare de croiser dans ce type d’exploration. Ce livre n’était pas un prĂ©texte pour parler de tous ces disques mĂ©connus ?

Le sujet traitĂ©, les mixtapes, est par dĂ©finition plus visible des fans de rap comme toi et moi, que du grand public. Le sujet en lui-mĂȘme sort donc des sentiers battus. Et puis une nouvelle fois, mĂȘme si je parle aussi de choses trĂšs anciennes, des annĂ©es 90 ou mĂȘme d’avant, c’était aussi pour moi l’occasion de parler de sorties rĂ©centes, qui s’appellent encore « mixtapes », mais qui n’en sont plus rĂ©ellement. Beaucoup sont les Ɠuvres d’artistes trĂšs connus, comme Kendrick Lamar ou Drake, mais d’autres n’ont pas encore acquis leur place dans l’histoire du rap. Faire connaĂźtre des Ɠuvres mĂ©connues, ça a toujours Ă©tĂ© mon dada Ă  vrai dire. J’ai fait trois livres. Le premier portait sur l’histoire du rap, avec beaucoup de classiques, une sĂ©lection de disques un peu attendue. Mais ce qui m’intĂ©resse aussi, c’est d’aller chercher les choses un peu moins connues qui mĂ©riteraient de l’ĂȘtre plus – si c’est pour tout le temps faire le mĂȘme livre avec la mĂȘme sĂ©lection, il n’y a pas grand intĂ©rĂȘt. C’est donc pour ça que j’ai Ă©crit un deuxiĂšme livre sur le rap indĂ©pendant des annĂ©es 90-2000, moins connu que les grands classiques du rap, ainsi que ce troisiĂšme livre sur les mixtapes, des Ɠuvres parfois supĂ©rieures aux albums commerciaux, mais qui sont moins exposĂ©es.

« Ce qui est bankable chez un artiste, ce sont ses concerts, son image de marque, sa capacitĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer du sponsoring
 Aujourd’hui, l’album n’est plus une fin, mais un moyen. »

Comme tu viens de l’expliquer, on trouve proportionnellement peu de mixtapes des annĂ©es 90 dans le livre. As-tu eu des rĂ©actions de gens qui t’ont fait le reproche de ne pas en avoir assez mis, que les vraies mixtapes dataient de cette Ă©poque, etc. ?

Le livre est en deux parties : il y a une introduction et une sĂ©lection. Dans l’introduction on parle des deux temps, des deux Ă©poques. On parle autant des cassettes des annĂ©es 1980-1990, que des albums MP3 gratuits des annĂ©es 2000-2010. Mais la sĂ©lection privilĂ©gie beaucoup plus ce qui est rĂ©cent. Donc oui, je m’attendais complĂštement Ă  ce que certains regrettent la sous-reprĂ©sentation des annĂ©es 90. En France, on a un cĂŽtĂ© un peu plus puriste, traditionnel, que ce qu’on peut voir aux États-Unis. Si on parle aujourd’hui de mixtapes aux États-Unis, les gens auront complĂštement oubliĂ© que c’étaient des cassettes autrefois. Ils ne tiltent mĂȘme pas sur le fait qu’il y a « tape » dans le mot, qui veut dire cassette. Une mixtape aujourd’hui c’est un truc gratuit qu’on trouve sur internet et qui peut prendre des formes trĂšs diffĂ©rentes. En France c’est un petit peu moins le cas, ce qui fait que dans l’esprit de beaucoup de gens, la mixtape reste la cassette des annĂ©es 90, et on va souvent voir utilisĂ©s les termes de « street album » ou autres pour qualifier la mixtape dans le nouveau sens du terme. Donc il y a ce biais, et je m’y attendais.

Est-ce que j’ai dĂ©jĂ  eu le type de retours dont tu parles dans ta question ? Oui dĂ©jĂ , dĂšs ma premiĂšre interview, ça a Ă©tĂ© la premiĂšre question ! (rires) Je m’y attendais, car pour beaucoup de fans de rap en France, la mixtape se rapporte Ă  la dĂ©finition Ă©tymologique du mot : une compilation sur cassette.

Est-ce que tu penses que, dans le hip-hop, il y a un rapport au support plus fort que dans d’autres styles musicaux ?

Oui et non en fait. Non parce que chaque genre musical a son format de prĂ©dilection. Le vinyle, c’est important dans le rock ou dans les musiques Ă©lectroniques. La cassette a aussi Ă©tĂ© importante dans le rock, il y a d’ailleurs toute une Ă©poque dans les annĂ©es 80 durant laquelle plein de trucs biens sortaient sur ce format, j’en parle dans le livre. Mais le rap est trĂšs intimement liĂ© Ă  l’histoire de la cassette, avec ce moment trĂšs important, dans les annĂ©es 90, oĂč le format mixtape s’est imposĂ©. Donc oui, il y a un attachement particulier au format cassette, liĂ© Ă  l’histoire du rap, au fait qu’une production monstrueuse s’est faite sur ce support dans les annĂ©es 90, et que beaucoup de fans s’en souviennent et en sont nostalgiques.

Dans l’introduction, tu parles des mixtapes qui ont d’abord Ă©tĂ© des cassettes, puis des CD, pour arriver ensuite Ă  l’ùre du numĂ©rique, sans contrainte de durĂ©e (tu Ă©voques mĂȘme une mixtape de six heures), avec ou sans DJ. Les possibilitĂ©s sont tellement variĂ©es aujourd’hui qu’on a envie de te demander : qu’est-ce qui n’est pas une mixtape ?

(rires) Ça c’est la question difficile parce que c’est complĂštement arbitraire aujourd’hui. Si on veut ĂȘtre puriste, une mixtape c’est ce que ça veut dire, une compilation : un DJ, des effets, une sĂ©lection, des exclus
 Si on est attachĂ© au sens du mot stricto sensu, le reste ce ne sont pas des mixtapes : ce sont des street CD, des albums digitaux
 VoilĂ  pour la dĂ©finition du puriste.

Moi j’ai une autre dĂ©finition : la mixtape, c’est ce qui est fait avec moins de freins et sans cahier des charges. Aujourd’hui, les gens sortent ce qu’ils appellent des « projets », on ne sait mĂȘme plus si c’est des mixtapes ou des albums. La diffĂ©rence, trĂšs souvent, c’est que la mixtape c’est fait pour se faire connaĂźtre, il y a un aspect promotionnel, pour flatter les fans les plus durs, la rue. L’album est plus souvent un projet commercial, on va souvent avoir des obligations. Des albums qui sortent en CD aujourd’hui, il n’y en a plus beaucoup. Donc gĂ©nĂ©ralement, quand ils en enregistrent, les artistes vont mettre le paquet, s’assurer qu’il y a un morceau un peu dur, un autre un peu club ou un peu R&B pour plaire Ă  tout le monde. On sent qu’il y a des rĂšgles, des limites, un cahier des charges. Dans une mixtape Ă  proprement dit, la personne est plus libre. C’est comme ça que je mettrais le curseur, que je ferais la distinction. Mais je crois que chacun a sa propre dĂ©finition des mixtapes, en fait.

A la lecture de ton livre, j’ai l’impression que l’autre constante serait de dire que la mixtape sort en dehors des circuits de distribution des grandes maisons de disques.

C’est une distinction qu’on peut faire, mais encore une fois tout est brouillĂ© aujourd’hui, c’est un peu compliquĂ© de catĂ©goriser. Aujourd’hui, les majors savent tellement bien que la mixtape peut aider Ă  promouvoir les artistes, qu’elles sont souvent sorties avec leur accord. Dans le plan de carriĂšre d’un artiste, c’est bien de sortir une mixtape six mois avant un album. Donc le cĂŽtĂ© spontanĂ© qui Ă©tait lĂ  Ă  l’origine a un peu disparu. Un exemple : dans les annĂ©es 2000, 50 Cent, qui s’était fait lourder des maisons de disques, s’était refait une popularitĂ© via les mixtapes. Mais certains disent qu’il y avait un plan de carriĂšre derriĂšre tout ça, avec des majors Ă  la manƓuvre. Il y a toujours cette suspicion, cette possibilitĂ© qu’une major soit derriĂšre. A l’inverse, il y a des gens qui vont sortir des choses bien produites, bien enregistrĂ©es, qui ressemblent vraiment Ă  des albums, prĂ©sentĂ©s comme tels, mais disponibles uniquement en digital, que ce soit en indĂ©pendant ou en autoproduction. Donc on peut faire la distinction en fonction des rĂ©seaux de distribution, mais elle n’est pas toujours vraie. Il y a des mixtapes qui font partie d’une dĂ©marche commerciale avec l’industrie du disque et les majors derriĂšre, il y a des vrais albums qui sont purement autonomes et indĂ©pendants. Il y a toujours des exceptions Ă  tout, ce qui rend les choses trĂšs compliquĂ©es aujourd’hui. (rires)

Si on revient en France aujourd’hui, et qu’on prend l’exemple de la mixtape de Fianso, #JeSuisPassĂ©ChezSo, au vu des ventes, n’aurait-il pas Ă©tĂ© avantageux pour la major de la sortir chez eux plutĂŽt qu’en indĂ© ?

C’est un pari Ă  chaque fois. On a parfois des mixtapes qui marchent et se vendent tellement bien qu’on pourrait les considĂ©rer comme des albums. Il arrive mĂȘme que l’artiste dise aprĂšs coup que sa mixtape Ă©tait en fait un album, et qu’elle fasse l’objet d’une sortie commerciale. L’exemple que j’ai en tĂȘte c’est Barter 6 de Young Thug, sorti sur les plateformes de mixtapes, mĂȘme si l’artiste a dĂ©clarĂ© que c’était un album. Je ne suis pas sĂ»r qu’on puisse le trouver en CD aujourd’hui, mais en vinyle oui.

Donc quel est l’intĂ©rĂȘt pour les majors ? Il est parfois difficile de savoir Ă  l’avance comment ça va marcher, ils peuvent lancer des albums Ă  grands renforts de moyens et faire des flops. De la mĂȘme façon, on laisse des fois les artistes sortir des mixtapes, qui vont avoir finalement le destin critique et commercial d’un album. On n’est donc jamais sĂ»rs de ce qui va fonctionner, c’est ça qui est beau avec la musique.

Un autre point, c’est que l’industrie du disque a trĂšs bien compris qu’on ne faisait plus beaucoup d’argent sur les CD. Ça arrive des fois, avec un CD « blockbuster » comme un album de Kanye West : on sait qu’il y aura un destin commercial, qu’il dĂ©gagera une certaine marge, pour employer un terme Ă©conomique. Mais avec internet et la crise du disque, les CD et les vinyles sont devenus beaucoup moins rentables qu’auparavant. Ce qui est bankable chez un artiste, ce sont ses concerts, son image de marque, sa capacitĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer du sponsoring
 Aujourd’hui, l’album n’est plus une fin, mais un moyen. L’essentiel pour une major, c’est de dĂ©velopper un artiste, une image, pour gagner de l’argent autrement que par la vente de disques. Et donc, pourquoi ne pas construire cette image de marque par le biais de sorties gratuites ou de mixtapes ?

Quels ont Ă©tĂ© les critĂšres de sĂ©lection de ces 100 mixtapes ? J’imagine que ça a dĂ» ĂȘtre un casse-tĂȘte de n’en choisir que 100.

Oui, ça l’a Ă©té  C’est toujours un peu pareil : on fait un arbitrage entre des incontournables, des choses qu’on est obligĂ© de citer, et puis des goĂ»ts plus personnels. Parce qu’au bout du compte, ce qu’on veut, c’est sortir son livre, pas celui qu’aurait sorti le voisin. C’est un peu pour cette raison que je me suis concentrĂ© sur les mixtapes rĂ©centes, plutĂŽt que sur celles des annĂ©es 90. J’aime les mixtapes des annĂ©es 90, ce n’est pas le problĂšme, mais les mixtapes de maintenant ont une autre dimension. Dans le panthĂ©on du rap, si on doit citer les 100 meilleurs projets des vingt derniĂšres annĂ©es, il y aura des mixtapes. Dans les annĂ©es 90, les mixtapes, ça reste des compilations. Elles sont trĂšs bonnes, et encore chouettes Ă  réécouter, mais ça n’a pas la mĂȘme portĂ©e. Il y a donc une part d’incontournables dans la sĂ©lection, de choses dont il faut parler parce qu’elles ont une place importante dans l’histoire des mixtapes, et de choses qui sont un peu plus personnelles, peut-ĂȘtre un peu moins connues, que je voulais mettre en avant. C’est vraiment un compromis entre les deux.

« Ce qui est remarquable, c’est que malgrĂ© ces prophĂ©ties rĂ©currentes sur la fin de l’album, il existe toujours. GrĂące aux mixtapes digitales gratuites, il n’y a en fait jamais eu autant de sorties long format dans le rap. »

La deuxiĂšme question qui doit revenir souvent, j’imagine, doit ĂȘtre « Pourquoi une si faible proportion de mixtapes françaises dans la sĂ©lection ? »

Ce n’est pas une question que posent les gens qui me connaissent bien, parce qu’ils savent que je suis beaucoup plus orientĂ© rap amĂ©ricain que rap français. Mes livres prĂ©cĂ©dents parlaient d’ailleurs trĂšs majoritairement de rap amĂ©ricain. D’ailleurs, quand mon Ă©diteur m’a dit que ce serait bien d’explorer le rap français, je l’ai renvoyĂ© vers quelqu’un d’autre. Ce qui est important en France, c’est le rap français, c’est logique. Mais Ă  l’échelle du rap international
 Soyons clair, l’impulsion vient des Etats Unis. Les mixtapes et street CD qui sont sortis en France l’ont Ă©tĂ© sur le modĂšle amĂ©ricain, avec un cĂŽtĂ© miroir dĂ©formant. Objectivement parlant, c’est un peu dĂ©licat de placer au mĂȘme niveau le pĂšre et le fils.

Ou il faudrait consacrer un livre aux mixtapes françaises.

Oui, d’ailleurs, j’ai vu qu’un livre comme ça, dĂ©diĂ© aux mixtapes françaises des annĂ©es 90, Ă©tait en prĂ©paration (L’OdyssĂ©e de la Mixtape, sorti le 6 juin, ndlr). Il y a donc des gens qui font ça, et c’est trĂšs bien. Mon point de vue est plus international. Il n’y a pas que du rap amĂ©ricain d’ailleurs dans mon livre, il y a un peu de canadien et quelques trucs britanniques aussi. A l’échelle internationale, le poids du rap amĂ©ricain est monstrueux par rapport Ă  tout le reste, naturellement. C’est la raison pour laquelle mon premier livre sur l’histoire du rap citait seulement cinq albums de rap français sur cent cinquante disques sĂ©lectionnĂ©s. Le rap français mĂ©rite d’ĂȘtre creusĂ©, mais c’est Mehdi Maizi qui l’a fait (avec Rap français, une exploration en 100 albums, ndlr), et c’est trĂšs bien. Si quelqu’un veut prendre la suite, et faire les 100 mixtapes françaises, en parlant Ă©normĂ©ment de Cut Killer par exemple, je trouverai ça trĂšs bien, je serai le premier Ă  le lire.

Pour finir, quelle sera d’aprĂšs toi la prochaine mutation de la mixtape ? Penses-tu qu’il peut encore exister de nouveaux formats aprĂšs tout ce qui a Ă©tĂ© observĂ© rĂ©cemment ?

C’est toujours difficile de prĂ©voir. Mais j’en parle Ă  la fin de l’introduction de mon livre : aujourd’hui parler de mixtape n’a plus grand sens, au mĂȘme titre que de parler d’albums. Les gens utilisent le mot « projet » qui couvre les deux, parce que le numĂ©rique a offert tellement de possibilitĂ©s, que catĂ©goriser ou mettre des frontiĂšres est devenu presque impossible. Depuis des annĂ©es, on prĂ©dit la fin de l’album Ă  cause de l’avĂšnement du numĂ©rique. L’album Ă©tait liĂ© au vinyle, puis au CD, et on a tendance Ă  penser qu’avec le numĂ©rique il n’y a plus que les morceaux et les singles qui intĂ©ressent les gens. Mais la vĂ©ritĂ©, c’est que l’auditeur moyen de musique a toujours Ă©tĂ© plus intĂ©ressĂ© par des tubes que par des albums, le numĂ©rique n’a rien changĂ©. Et ce qui est remarquable, c’est que malgrĂ© ces prophĂ©ties rĂ©currentes sur la fin de l’album, il existe toujours. GrĂące aux mixtapes digitales gratuites, il n’y a en fait jamais eu autant de sorties long format dans le rap. C’est ce qui est Ă©tonnant. On pensait que les vidĂ©os, les tubes et les singles allaient tuer l’envie d’avoir des longs formats, d’écouter le mĂȘme artiste pendant une heure – ou six heures pour parler de l’exemple de tout Ă  l’heure -, mais ce n’est pas vrai. Ça prouve que l’album n’était pas seulement un accident de l’histoire de la musique : ça correspond Ă  un vrai besoin de l’auditeur de musique. Et personnellement, ça me va trĂšs bien, car je prĂ©fĂšre les albums aux singles : j’aime me plonger pendant une heure dans l’univers d’un artiste.

Retrouvez cette interview sur le site lebonson.org

Olivier LBS
Le Bon Son 12 juin 2017

- L’histoire de la mixtape rap racontĂ©e par Sylvain Bertot

S’il y a un dĂ©bat que nous chĂ©rissons particuliĂšrement au sein de la rĂ©daction c’est bien celui de la place de la mixtape et son Ă©volution au sein du rap. C’est donc avec un certain engouement que nous avons accueilli le dernier livre de notre confrĂšre Sylvain Bertot intitulĂ© “Mixtape : un format musical au coeur du rap” sorti il y a quelques jours aux incontournables Ă©ditions Le Mot et le Reste. Plus qu’une simple interview, l’article qui suit a pour but de donner un aperçu de l’analyse menĂ©e par le fondateur du site Fakeforreal sur ce format qui fait la particularitĂ© de la musique hip-hop depuis ses premiers pas dans le Bronx des annĂ©es 70 et jusqu’à nos jours.

TBPZ : Hello Sylvain, tout d’abord qu’est-ce qui t’a donnĂ© envie d’écrire ce nouveau bouquin ?

Sylvain Bertot : Deux choses en particulier. La premiĂšre est que j’avais dĂ©jĂ  Ă©crit un bouquin sur le rap en gĂ©nĂ©ral (Rap, Hip-Hop : 30 annĂ©es en 150 albums de Kurtis Blow Ă  Odd Future, NDLR) qui m’avait donnĂ© l’impression de ne pas traiter toute une partie pourtant essentielle du rap des annĂ©es 2000, celle sortie sur mixtape. Car lorsqu’on regarde le phĂ©nomĂšne de prĂšs, on se rend compte qu’à partir des annĂ©es 2000 notamment, la mixtape joue un rĂŽle de premier plan pour pas mal d’artistes dont les meilleurs projets sont parfois des mixtapes. Le second point est que j’aime bien “chercher dans les marges”, parler des albums et artistes qui sortent des Ă©vidences. C’est pour moi un des intĂ©rĂȘts d’écrire des bouquins : on rĂ©alise un vĂ©ritable travail de recherche, de fouille pour aller chercher les vrais bijoux cachĂ©s, pas ceux qui apparaissent dĂ©jĂ  dans tous les classements Ă©tablis. C’est aussi clairement ce que j’avais cherchĂ© Ă  faire avec mon second bouquin Rap indĂ©pendant : la vague Hip-Hop indĂ© des annĂ©es 1990/2000 en 30 scĂšnes et 100 albums qui avait pour but de raconter en quelque sorte une histoire alternative du rap US des annĂ©es 90 et 2000.

Quelle a été ton approche, ta méthode pour écrire ce livre ?

EnormĂ©ment de recherche Ă©videmment. J’ai cherchĂ© toutes les publications qui Ă©taient parues sur le format mixtape. La littĂ©rature n’est pas trĂšs fournie au delĂ  de quelques articles et livres anglophones et de certains sites consacrĂ©s aux mixtapes rap. Curieusement, c’est l’aspect graphique qui est presque plus couvert que l’aspect musical avec notamment le rĂŽle prĂ©pondĂ©rant du graphiste Kid Eight sur les covers des mixtapes des annĂ©es 2000 (il existe mĂȘme un livre entiĂšrement dĂ©diĂ© au sujet). Ensuite, j’ai surtout passĂ© beaucoup de temps Ă  Ă©couter des mixtapes avec une mĂ©thodologie d’écoute bien prĂ©cise pour ĂȘtre capable d’effectuer une sĂ©lection en fin de compte pour le livre.

Ce qui m’a frappĂ© d’entrĂ©e lorsque j’ai commencĂ© Ă  consulter les publications, c’est que chaque auteur se rĂ©fĂ©rait Ă  une pĂ©riode particuliĂšre de la mixtape et que personne ne semblait en fait vraiment d’accord sur une dĂ©finition du format. C’est donc sur cette analyse d’évolution du terme “mixtape” que j’ai voulu partir en prioritĂ© pour mon livre.

Sur combien de temps s’est dĂ©roulĂ© ce projet ?

Sur environ deux ans. AprĂšs, j’ai un travail Ă  cĂŽtĂ©, je ne consacrais pas 100% de mon temps Ă  l’écriture mais je pense qu’il fallait bien ce temps pour trouver, Ă©couter et digĂ©rer les centaines de mixtapes que j’ai passĂ© au crible pour Ă©tablir cette sĂ©lection de 100 mixtapes “essentielles” qui sont compilĂ©es et commentĂ©es dans le livre.

Ce qui Ă©tait particuliĂšrement compliquĂ© pour les mixtapes, c’est qu’il n’existe pas de registre officiel des sorties comme c’est le cas pour les albums avec le Billboard ou le ISRC. Heureusement, il existe quelques sites qui se sont imposĂ©s comme de vĂ©ritables “annuaires” de la mixtape (au sens “mixtape digitale” Ă  partir des annĂ©es 2000) tels que Datpiff, ou Hotnewhiphop. Mais pour ce qui est des mixtapes sorties sur cassette avant l’ùre internet, il m’a fallu rĂ©aliser un vĂ©ritable travail de dĂ©tective pour partir Ă  dĂ©nicher les mixtapes les plus rares.

J’imagine que tu n’as pas pu mettre la main sur tous les projets dont tu avais entendu parler ?

Absolument ! C’est notamment le cas pour les mixtapes sorties dans les annĂ©es 80 et 90 car celle-ci Ă©taient enregistrĂ©es sur cassette parfois en quelques dizaines d’exemplaires seulement car destinĂ© Ă  un public trĂšs local. Inutile de dire qu’avec le temps et les faibles capacitĂ© de conservation du format cassette, certaine mixtapes de lĂ©gende n’existent plus que dans la mĂ©moire de ceux qui les ont Ă©coutĂ©es Ă  l’époque.

Mais au delĂ  de cela, ce format est de toute maniĂšre impossible Ă  apprĂ©hender de maniĂšre exhaustive. Il faudrait dĂ©jĂ  plus d’une vie pour Ă©couter toutes les mixtapes sorties le mois dernier seulement ! Car il faut bien comprendre que la caractĂ©ristique du format mixtape est de correspondre Ă  un usage “pirate”, totalement hors de contrĂŽle. J’évoque dans le livre la distinction entre mixtapes officielles (celles qui ont Ă©tĂ© rĂ©ellement produites et sorties par un artiste lui mĂȘme) et toutes celles non officielles qui prennent davantage la forme d’un “bootleg” en compilant des morceaux rares et exclusifs obtenus par un Dj ou un fan, parfois par des moyens peu scrupuleux. Il y a par exemple une anecdote autour de DJ S&S qui a longtemps Ă©tĂ© accusĂ© par Nas d’avoir volĂ© des morceaux destinĂ©s Ă  Illmatic dans le bureau mĂȘme de son manager de l’époque.

Les 4 époques de la mixtape rap

On va Ă  prĂ©sent dĂ©voiler une partie de l’analyse du format “mixtape” que tu racontes en dĂ©tails dans ton livre avec un rapide panorama de l’évolution de la mixtape au cours des 4 dĂ©cennies qui constituent l’Histoire du hip-hop.

Les années 70 et 80 : le rap se joue sur cassette

Ce qu’il faut savoir c’est que le rap a existĂ© sur cassette avant d’exister sur vinyle. En effet, dĂšs le milieu des annĂ©es 70, on retrouve des premiĂšres cassettes de mixes hip-hop enregistrĂ©es en pirate, ou avec l’accord des DJs, lors des fameuses block party. Grandmaster Flash par exemple, enregistrait ses propres mixes lors de ses soirĂ©es et revendaient ensuite ses prĂ©cieuses cassettes dans la rue via un rĂ©seau de dealers et de chauffeurs de taxi.

A l’époque, on ne parlait pas encore de “mixtape” mais simplement de “cassette” ou parfois de “party tape”. Il existait Ă©galement des “battle tape” ou encore des “radio tape” qui permettaient de faire circuler les meilleures Ă©missions des radio new-yorkaises (telles que celles de Dj Red Alert ou plus tard celle de Bobbito Garcia et Stretch Armstrong, NDLR) au delĂ  de la grosse pomme. Dj Jazzy Jeff affirmait d’ailleurs dans une interview que c’est grĂące Ă  ce type de cassette qu’il aurait dĂ©couvert le hip-hop depuis sa ville de Philadelphie.

A partir des annĂ©es 80, alors que le rap voit naĂźtre ses premiers albums qui s’écoutent donc au format vinyle, le format cassette continue de sĂ©duire les auditeurs dont certains prĂ©fĂ©reront le cĂŽtĂ© authentique du rap “tel qu’on l’entend dans la rue” ; alors que les disques sortis par le circuit traditionnel favorisent un rap trĂšs aseptisĂ©, basĂ© sur des boucles disco / funk.

De cette pĂ©riode on retiendra assez peu de noms si ce n’est les 3 grands DJs incontournables de l’époque (Grandmaster Flash, DJ Kool Herc et Afrika Bambaataa) ainsi que le moins connu DJ Hollywood, un type qui Ă©tait parmi les premiers Ă  rapper dans les discothĂšques huppĂ©es de New York et qui a jouĂ© un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans l’émergence de la mixtape avec la supposĂ©e toute premiĂšre mixtape de l’Histoire, sortie en 1972 !

Les annĂ©es 90 : l’age d’or de la mixtape

Le point de rupture entre ces deux Ă©poques vient du dĂ©but de la professionnalisation du format mixtape amorcĂ© par les DJs Starchild, Brucie B et surtout un certain Kid Capri, qui a fait passer la mixtape d’un enregistrement sauvage souvent de piĂštre qualitĂ© Ă  une vĂ©ritable dĂ©monstration de force technique du DJ hip-hop. Avec le classique 52 Beats, mais Ă©galement d’autres mixtapes prĂ©sentĂ©es dans le livre, dĂ©marre un premier age d’or de la mixtape portĂ© par un grand nombre de DJs, principalement new-yorkais, au cours des annĂ©es 90.

BientĂŽt, ces mixtapes d’un nouveau genre possĂ©deront leurs standards : une introduction sous forme de routine calĂ©e au milimĂštre, des enchaĂźnements toujours plus travaillĂ©s, des mixtapes Ă  thĂšme qui vont de pair avec un effort particulier accordĂ© au visuel la pochette. Des standards qui sont presque tous issus du travail de Kid Capri qui, avant d’ĂȘtre invitĂ© sur le dernier album de Kendrick Lamar, a contribuĂ© Ă  donner ses lettres de noblesse au format mixtape.

Plus tard, les disciples de Capri que sont DJ S&S ou DJ Clue, introduisent la norme des “exclusives”, ces morceaux conçus exclusivement pour une mixtape ou disponibles de maniĂšre anticipĂ©e avant la sortie d’un album, qui donneront encore plus d’importance Ă  ce format aux yeux des fans.

A partir du milieu des annĂ©es 90, le marchĂ© de la mixtape devient trop concurrentiel et les DJs doivent inventer leur propre spĂ©cialitĂ© pour exister. Alors que le new-yorkais Tony Touch fait de ses mixtapes des collections de freestyles, d’autres inventent le procĂ©dĂ© du mash up qui consiste Ă  mĂ©langer plusieurs morceaux, parfois issus de genres totalement diffĂ©rents, au sein d’une mĂȘme track. On retient notamment dans ce style les “blend tapes” de Ron G qui accĂ©lĂ©reront grandement la convergence entre rap et R&B en mĂ©langeant les deux genres.

En France, le format mixtape écrit également son histoire à partir du début des années 90 avec les séries cassette trÚs importantes de Cut Killer et DJ Poska notamment. Pour ce chapitre français, je renvoie au trÚs bon article de notre confrÚre Aurélien Chapuis publié sur le site de la RBMA : Une histoire orale de la mixtape en France

Les annĂ©es 2000 : la mixtape Ă  l’heure du web

La troisiĂšme Ăšre de la mixtape se cristallise autour de deux phĂ©nomĂšnes : le premier est le raz-de-marĂ©e 50 Cent au dĂ©but des annĂ©es 2000. Le second dĂ©coule d’un Ă©vĂ©nement judiciaire survenu en 2007 envers la personne de DJ Drama.

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, alors que 50 Cent peine Ă  s’imposer auprĂšs des majors du fait de sa personnalitĂ© sulfureuse, le rappeur du Queens dĂ©cide d’emprunter un chemin alternatif vers le succĂšs en sortant, avec DJ Whoo Kid et DJ Kayslay, une sĂ©rie d’excellentes mixtapes solo et avec son crew du G-Unit. Avec le succĂšs immense de mixtapes telles que 50 cent is the future, pour la premiĂšre fois, un rappeur rĂ©alise tout le potentiel du format mixtape pour asseoir sa street credibility et construire une fan base suffisamment solide pour garantir le succĂšs commercial d’un premier album : Get Rich or Die Tryin, sorti en 2003.

La particularitĂ© de DJ Drama Ă©tait de s’associer avec un rappeur pour rĂ©aliser ses mixtapes, qui contenaient ainsi des remixes, des freestyles et des inĂ©dits d’un rappeur en particulier. En s’associant avec le rappeur d’Atlanta Young Jeezy pour la mixtape Trap or Die, Drama va soudainement dĂ©localiser la mixtape vers le sud oĂč un vivier de jeunes artistes boostĂ©s au sirop codĂ©inĂ© (Gucci Mane, Lil Wayne et T.I en tĂȘte) allaient dĂ©frayer la chronique en s’appropriant un nouveau format de mixtapes distribuĂ©es quasi-exclusivement sur Internet.

Et l’évĂ©nement qui propulsera ce passage de la mixtape du format CD au format digital n’est autre qu’un raid du FBI au domicile mĂȘme de DJ Drama qui eu lieu le 16 janvier 2007. En effet, il semblerait que l’industrie du disque ne voyait pas d’un bon oeil la fortune amassĂ©e par le “roi de la mixtape” grĂące Ă  la vente illĂ©gale de ces albums non officiels vendus sur CD-R via des rĂ©seaux de distributions parallĂšle quadrillant tout le territoire amĂ©ricain.

Peu aprĂšs cet Ă©pisode judiciaire, Drama inaugurait sa nouvelle stratĂ©gie en distribuant gratuitement sur Internet sa nouvelle, et tant attendue, mixtape : Da Drought 3 de Lil Wayne. A compter de cet Ă©vĂ©nement, la mixtape bĂ©nĂ©ficiera d’une sorte de deuxiĂšme Ăąge d’or avec l’arrivĂ©e des sites de tĂ©lĂ©chargement spĂ©cialisĂ©s sur les mixtapes rap. DatPiff.com, le plus cĂ©lĂšbre d’entre-eux, prendrait alors des airs de caverne d’Ali Baba et jouerait un rĂŽle dĂ©terminant dans le phĂ©nomĂšne d’internationalisation du rap amĂ©ricain qui pouvait dĂšs lors, ĂȘtre suivi en temps rĂ©el, par des fans situĂ©s aux quatre coins du monde.

Les années 2010 : la mixtape / album

A la fin des annĂ©es 2000, la mixtape est devenue avant tout un outil pour le rappeur et certains iront mĂȘme jusqu’à dĂ©possĂ©der le DJ de ce format en distribuant des mixtapes estampillĂ©es “no dj”. Il faut dire que la fĂącheuse tendance de certains DJs de renom Ă  hurler leur blaze au dĂ©but de chaque morceau commençaient Ă  en agacer plus d’un. Mention spĂ©ciale pour DJ Kay Slay et DJ Drama qui se sont particuliĂšrement illustrĂ©s dans le domaine.

A partir du moment oĂč le DJ s’efface totalement au profit du rappeur (exit les hurlements de DJs, les intro et transitions travaillĂ©es), oĂč les mixtapes sont constituĂ©es quasi-uniquement de morceaux exclusifs, on est en droit de se demander ce qui diffĂ©rencie la mixtape d’un album. La gratuitĂ©, la qualitĂ© du mix et du mastering et une certaine forme de libertĂ© de parole et d’usage des samples pourraient ĂȘtre des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse mais sont finalement peu lisibles pour les fans. D’autant qu’on voit Ă©merger Ă  partir de 2010 de plus en plus de mixtapes payantes (The Barter 6 de Young Thug ci-dessous) ou d’albums gratuits (le dernier album de De La Soul par exemple).

Mais alors qu’on pourrait croire que cette perte d’identitĂ© lui aurait portĂ© prĂ©judice, le format mixtape semble se porter mieux que jamais. En tĂ©moigne la confiance que lui accorde encore des artistes de premiers plans tels que Chance The Rapper (dont le Coloring Book aura inaugurĂ© le premier Grammy remportĂ© par une mixtape) ou Drake qui semblent intĂ©grer pleinement le format mixtape dans sa discographie et ses plans marketing. On notera Ă©galement que la majoritĂ© des artistes au sommet du rap amĂ©ricain en 2017 doivent le dĂ©collage de leur carriĂšre Ă  une grande mixtape : de Kendrick Lamar (Overly Dedicated) Ă  A$AP Rocky (Long Live A$AP) en passant par Young Thug (Barter 6), Joey Bada$$ (1999) ou encore J. Cole (Friday Night Lights). A ce titre, on remarquera le rĂŽle primordial de l’annĂ©e 2009, durant laquelle un nombre impressionnant de mixtapes devenues des classiques ont vu le jour.

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de l’article sur le site de The BackPackerz

2one
The BackPackerz 9 juin 2017

- De 1991 à 2016 : les 100 mixtapes les plus marquantes de l’histoire du rap.

Des compilations sur cassette Ă  la musique digitalisĂ©e gratuite, Sylvain Bertot revient sur l’histoire des mixtapes, le format musical emblĂ©matique de la culture hip-hop.

Sylvain Bertot est spĂ©cialiste de rap et de hip-hop, webmaster du blog Fake for Real et chroniqueur pour le webzine POPnews. Son troisiĂšme livre, Mixtapes – Un format musical au cƓur du rap, sorti le 18 mai 2017 aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, fait l’apologie d’un format en constante mutation. AprĂšs une explication prĂ©cise de l’histoire Ă©tonnante de la mixtape, il propose une sĂ©lection de 100 sorties marquantes de 1991 Ă  2016. Des plus emblĂ©matiques telles que 52 Beats de Kid Capri aux productions mĂ©connues de Bones, chaque mixtape est racontĂ©e et illustrĂ©e en une double page. Retour sur les Ă©volutions d’un genre fondateur de la culture rap.

Comment les mixtapes ont-elle participĂ© Ă  l’émergence du rap ?

Sylvain Bertot – Le premier support enregistrĂ© du rap est la cassette. C’est un format qui a accompagnĂ© son histoire comme celle d’aucun autre mouvement musical. À ses dĂ©buts, le rap Ă©tait underground, dĂ©tachĂ© des labels, et n’existait pas sur disque. Il consistait simplement en passer des disques dans la rue et parler – rapper – par-dessus. C’est ce que l’on appelle les block parties. DĂšs l’annĂ©e 1973, considĂ©rĂ©e comme l’annĂ©e de naissance du rap, des personnes ont enregistrĂ© ces prestations sur des cassettes pour en faire profiter un public plus large. Par la suite, ils ont enregistrĂ© des battles, des affrontements entre rappeurs, des Ă©missions de radio
 La circulation de ces copies a permis Ă  des DJ de devenir de vĂ©ritables stars du hip-hop, chose qu’ils n’auraient pas pu faire en payant les droits d’exploitation des chansons qu’ils utilisent et dĂ©tournent.

Quelle est leur importance aujourd’hui ?

De nos jours, il ne s’agit plus de compilations, ni de cassettes. On appelle “mixtape” de la musique distribuĂ©e gratuitement sur le net, via des plateformes comme Datpiff. La mixtape a tellement triomphĂ© qu’elle n’existe plus : on ne sait plus vĂ©ritablement faire la diffĂ©rence avec les “vĂ©ritables” albums, qui sortent de moins en moins en CD et de plus en plus en ligne. Le format est devenu le contraire de ce qu’il Ă©tait, mais demeure au cƓur du rap tant qu’il vĂ©hicule l’idĂ©e du “vrai son de la rue”. Les CD sont pour le grand public alors que les rappeurs mettent leurs tripes sur les mixtapes, sans limites, pour les vrais fans. C’est par ce biais que de nombreux artistes se font connaĂźtre. Il en sort chaque jour plus qu’on ne pourrait en Ă©couter pendant un an !

Vous dites que ce format est “en avance sur son temps”. Comment a-t-il Ă©voluĂ© depuis les premiers enregistrements de block parties pour devenir un genre Ă  part ?

À la fin des annĂ©es 1980, les mixtapes deviennent un vĂ©ritable format, identifiĂ© et distribuĂ© selon des rĂ©seaux parallĂšles aux Etats-Unis. Certains DJ intervenant dans des discothĂšques new-yorkaises cultes se mettent Ă  immortaliser leurs soirĂ©es pour les vendre. Petit Ă  petit, ces cassettes rencontrent un grand succĂšs et fidĂ©lisent une audience. Le DJ Kid Capri fait de ses enregistrements des Ɠuvres en tant que telles, en travaillant les introductions et les transitions. À ce moment, on dĂ©passe la simple copie, mĂȘme s’il s’agit toujours de compilations de morceaux.

Dans les annĂ©es 1990, les DJ rivalisent de virtuositĂ©. Certains font des blends, d’autres s’orientent vers les exclusive : ils cherchent Ă  ĂȘtre les premiers Ă  sortir les morceaux, quitte Ă  les voler comme cela est arrivĂ© Ă  Nas. Toute une plĂ©iade d’artistes – dont le plus emblĂ©matique est sans doute DJ Clue – vont construire leur notoriĂ©tĂ© sur la mixtape, qui passe du format cassette Ă  celui de CD ou CD-R.

Comment 50 Cent a-t-il marquĂ© le passage de l’ùre des DJ Ă  celle des rappeurs ?

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, un basculement s’opĂšre : les mixtapes ne mettent plus en avant un DJ avec plusieurs rappeurs, mais un rappeur, parfois sans DJ. 50 Cent est emblĂ©matique cette nouvelle donne. Il avait dĂ©jĂ  entamĂ© une carriĂšre de rappeur, mais souffrait d’une image trĂšs sulfureuse, depuis qu’il avait Ă©tĂ© impliquĂ© dans une fusillade. Les maisons de disques ne voulaient plus le produire. AssociĂ© au DJ Whoo Kid, il reprend les morceaux d’autres artistes pour rapper dessus. La mixtape 50 Cent is the Future connaĂźt un grand succĂšs et lui rouvre les portes des labels pour ses albums officiels. Sa rĂ©putation s’est construite dans la rue, le public s’est souvenu de son nom et a achetĂ© ses disques par la suite. Tous les rappeurs, connus ou non, ont alors voulu se construire une rĂ©putation de la mĂȘme façon.

Quel a Ă©tĂ© l’impact de la crise du disque sur les mixtapes ?

La crise de l’industrie musicale a accĂ©lĂ©rĂ© la production de mixtapes. Les maisons de disques ont fermĂ© les vannes et bloquĂ© les investissements. Dans la mesure oĂč les CD se vendaient moins, il s’agissait de rentabiliser toutes les sorties en ne produisant que des “blockbusters”, bien conçus et bien produits, avec des singles, des ballades, des morceaux pour faire la fĂȘte
 Les rappeurs les moins connus ne parviennent plus ĂȘtre signĂ©s. D’autres, extrĂȘmement prolifiques comme Lil Wayne, se sentent bridĂ©s dans leur crĂ©ativitĂ©. Ils se mettent Ă  sortir des mixtapes qui ressemblent Ă  de vĂ©ritables albums. Ils enregistrent d’abord beaucoup de freestyles et d’improvisations, puis des inĂ©dits et parfois la premiĂšre version de leurs tubes Ă  venir.

La digitalisation n’a pas freinĂ© le dĂ©veloppement des mixtapes, au contraire.

Jusqu’en 2007, Internet Ă©tait surtout un moyen de vendre et d’échanger des mixtapes physiques. Le rĂ©seau de distribution Ă©tait devenu une industrie presque concurrente des labels. Cela posait problĂšme aux autoritĂ©s qui ne percevaient alors pas de taxes sur les chansons, illĂ©galement diffusĂ©es. Le grand DJ Ă  mixtapes du moment, DJ Drama, s’est fait confisquer sa collection de disques lors d’une descente du FBI chez lui. Cela a eu un impact considĂ©rable et prĂ©cipitĂ© la digitalisation des mixtapes, tout en augmentant le nombre de morceaux inĂ©dits que l’on pouvait trouver sur chacune. Vers la fin des annĂ©es 2000, il y a eu une multitude de mixtapes distribuĂ©es gratuitement sur Internet. Pour le critique de rap amĂ©ricain David Drake, 2009 serait mĂȘme l’annĂ©e des mixtapes : tous les rappeurs importants du nouveau millĂ©naire en ont sorti une d’envergure : Lil Wayne, Nicki Minaj, Drake


Comment l’industrie du disque a-t-elle rattrapĂ© son retard ?

Au dĂ©but de leur histoire, les labels Ă©taient vent debout contre les mixtapes : il s’agissait d’un circuit parallĂšle qui ne rapportait rien, voire diminuait leurs marges. Or, lorsqu’elle a vu l’impact que les mixtapes pouvaient avoir sur une carriĂšre, toute l’industrie s’est engouffrĂ©e dans le crĂ©neau et les a intĂ©grĂ©es Ă  sa stratĂ©gie d’investissement. Avec la crise du disque et le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal, la musique ne rapporte plus d’argent. Ce qui est important pour un artiste, c’est alors d’avoir une image de marque qu’il puisse vendre en faisant des concerts, du merchandising, en participant Ă  des Ă©vĂ©nements
 La musique est le moyen de se faire connaĂźtre. La distribuer gratuitement et de façon authentique permet de s’assurer une promotion et relĂšve de la stratĂ©gie de marketing.

Cela dĂ©nature-t-il l’idĂ©e initiale du “vrai son de la rue” ?

Il y a en effet une certaine hypocrisie dans l’intervention cachĂ©e des labels, qui se sont mis Ă  distribuer eux-mĂȘmes leurs morceaux aux DJ de mixtapes dĂšs les annĂ©es 1990, et Ă  encourager leurs artistes Ă  en produire. Cela peut poser problĂšme aux fans de rap, car ceux-ci accordent Ă©normĂ©ment d’importance Ă  l’authenticitĂ©.En fait, les mixtapes et les albums visent deux publics diffĂ©rents : le premier sert Ă  maintenir sa base de fans, Ă  offrir un aperçu de ce que l’on est en train de crĂ©er de façon trĂšs rĂ©guliĂšre sans contrainte de longueur et de contenu. Le second doit toucher un grand public Ă  la mĂ©moire courte, qui pioche des singles au grĂ© des modes.

Retrouvez l’interview de Sylvain Bertot sur le site des Inrocks

Juliette Démas
Les Inrocks 3 juin 2017

- Mixtapes. Un format musicale au coeur du rap

L’auteur, Sylvain Bertot, revient sur l’histoire de la mix-tape, dont le phĂ©nomĂšne est apparu aux Etats-Unis avec le rap
 A travers la prĂ©sentation d’une centaine de mix-tapes qui ont marquĂ© le rap US (de 50 Cent Ă  Kanye West, en passant par Lil Wayne ou Drake), Mixtapes – Un format musical au cƓur du rap revient sur l’apparition du concept de mix-tape et son Ă©volution dans le temps. D’abord prĂ©sentĂ©e au format cassette, il s’agissait de compilations rĂ©alisĂ©es par des Dj’s et revendues sous le manteau, puis les Mc’s se sont appropriĂ©s le concept pour se prĂ©senter et faire leur buzz, vĂ©ritable carte de visite distribuĂ©e gratuitement ou dĂ©posĂ©e en maisons de disques (quand on cherchait Ă  ĂȘtre signĂ©)
 Aujourd’hui la tape est devenu un vĂ©ritable produit commercial. C’est l’équivalent un projet studio, vendu au mĂȘme titre qu’un album
 D’ailleurs parfois la mix-tape se vend plus que l’album d’un artiste
 Bref, tout est racontĂ© dans ce bouquin de 288 pages !

R.A.P. R&B 24 mai 2017