Miles Davis â Nouvelle Ă©dition
Bitches Brew ou le jazz psychédélique
Ă lâoccasion du centenaire de la naissance de Miles Davis paraĂźt la réédition de lâouvrage de Matthieu Thibault consacrĂ© au double album Bitches Brew.
Quand Miles Davis sâattelle Ă la conception de Bitches Brew durant lâĂ©tĂ© 1969, sa rĂ©putation de sideman bebop, de pionnier du cool et du jazz modal le prĂ©cĂšde, mais Ă 40 ans passĂ©s, le trompettiste ne suscite plus le mĂȘme enthousiasme chez les critiques et le public. Il entreprend pourtant une mue Ă la fin des sixties, accĂ©lĂ©rĂ©e par la rencontre avec Betty Mabry, qui lâoriente vers les musiques funk, rock et psychĂ©dĂ©liques de James Brown, Jimi Hendrix et Sly Stone. Sous sa direction, un large ensemble comptant, entre autres, Chick Corea, John McLaughlin, Bennie Maupin et Wayne Shorter assure des jam sessions que le producteur Teo Macero rĂ©agence sous la forme du double album studio le plus vendu de lâhistoire du jazz. Non seulement Bitches Brew rompt avec les codes du hard bop et du free jazz qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©, mais il replace Miles Davis au premier plan et ouvre la brĂšche du jazz fusion dans laquelle sâengouffrent The Headhunters, Weather Report, Mahavishnu Orchestra et Return To Forever. Cette Ă©dition rĂ©visĂ©e de Bitches Brew ou le jazz psychĂ©dĂ©lique raconte ainsi le tournant Ă©lectrique de Miles Davis influencĂ© par la pop, et analyse les sessions dâenregistrement ainsi que le travail de post-production Ă lâorigine de ce disque.
Revue de presse
- Miles Davis, Bitches brew ou le jazz psychédélique Matthieu Jouan Citizen Jazz 14 juin 2026
- Bitches Brew ou le jazz psychédélique Laurent Sapir TSF Jazz 20 avril 2012
- Bitches Brew ou le jazz psychédélique Rémi Bonnet L'Echo Républicain 13 avril 2012
- Un livre pour Miles Davis Jazz Radio 30 mars 2012
- Bitches Brew ou le jazz psychédélique Alex Duthil France Musique 23 mars 2012
Ce livre est censĂ© sâatteler pour lâessentiel au cheminement qui a conduit Ă la conception dâune Ćuvre charniĂšre pour le jazz, lâalbum « Bitches Brew ». Et câest vrai que Matthieu Thibault en analyse les morceaux qui le composent, quâil sâattarde aux sources dâinspiration auxquelles Miles sâest abreuvĂ© avant de lui donner naissance, que chaque session dâenregistrement, chaque musicien qui y a pris part sont Ă©tudiĂ©s. Mais ce livre nous offre davantage encore. Avant dâentamer le chapitre « Bitches Brew » proprement dit, lâauteur retrace pour nous la carriĂšre incroyablement riche de Miles, celle qui prĂ©cĂšde son enregistrement. Et donc en quelques sortes celle de lâHistoire du jazz lui-mĂȘme, des premiers pas du bebop Ă son Ă©lectrisation, en passant par le cool jazz et les formations que Miles a connues avant 1970. Un parcours inspirant faut-il le dire ? PrĂ©cisons que ce prĂ©lude sâĂ©tale sur une bonne partie du livre (presque sa premiĂšre moitiĂ©). Judicieusement rééditĂ© (en version « corrigĂ©e » avec « mises Ă jour ») Ă lâheure oĂč ce gĂ©nie aurait atteint lâĂąge de cent ans, cet ouvrage sâadresse bien entendu aux fans avides de dĂ©tails, mais surtout Ă tous ceux qui souhaitent dĂ©couvrir le jazz sans aprioris. Car non, et Miles lâa prouvĂ©, le jazz nâest pas rĂ©servĂ© Ă une Ă©lite !
AdaptĂ© dâun mĂ©moire universitaire publiĂ© en 2012 et rĂ©visĂ© et corrigĂ© pour cette nouvelle Ă©dition en prĂ©vision du centenaire de la naissance de Miles Davis, cet ouvrage est une fine analyse de lâalbum Bitches Brew. Non pas une mĂ©ga-chronique de disque, mais plutĂŽt une plongĂ©e en studio (virtuelle et mĂ©morielle) avec les musiciens. Bitches Brew a marquĂ© autant la trajectoire musicale du trompettiste que les autres artistes et les auditeurs. Si cet album marque lâĂ©volution de Miles Davis â la mue, quittant la peau de son quintet historique pour se parer de couleurs psychĂ©dĂ©liques et chanter des vibrations inĂ©dites â il nâarrive pas de nulle part. Lâauteur sâattarde sur la conception de In A Silent Way, oĂč lâon voit les effectifs changer au grĂ© des besoins et des rencontres, et surtout sur la place dĂ©terminante que va prendre lâingĂ©nieur du son Teo Macero (cinquiĂšme Beatle, comme on dit).
Matthieu Thibault dĂ©crit tout le processus, minutieusement, et on se prend au jeu. LâĂ©dition du coffret regroupant lâensemble des pistes enregistrĂ©es lors des sessions Bitches Brew permet de comparer avec le rĂ©sultat dĂ©sormais connu de tous. Lâauteur peut alors dĂ©cortiquer le processus de fabrication qui, pour faire simple, a consistĂ© en un fantastique collage de la part de Teo Macero, avec la bĂ©nĂ©diction distante du trompettiste. Comme le disaient ses musiciens en sortant de studio, qui se demandaient Ă quoi cela pouvait ressembler : « aucune idĂ©e, mais dâune maniĂšre ou dâune autre, quand les albums sortent, ils finissent par bien sonner. » Bienvenue Ă une session pour Miles Davis !
Cet ouvrage vient complĂ©ter tous ceux sur le musicien, avec un focus bien prĂ©cis, et rejoint ceux dĂ©jĂ parus chez le mĂȘme Ă©diteur, Le Mot et le Reste, qui traitent de la fabrication dâalbums mythiques, comme celui dâAshley Kahn Kind of Blue sur lâalbum de Miles Davis, ou En studio avec les Beatles de Geoff Emerick au sujet des derniers albums du groupe.
Il ne paie pas de mine, Matthieu Thibault, lorsquâil dĂ©barque Ă TsfJazz pour nous relire Bitches Brew Ă lâaune de sa culture rock et de son look cyberpunk. Ăa tombe bien. Les lorgnettes ultra-jazzeuses pour apprĂ©cier la force dâĂ©blouissement du plus bel album de Miles Davis (avec « Kind of Blue », Ă©videmmentâŠ), câest un peu limiteâŠ
Contextualiser, en revanche, comme le fait le jeune musicologue, la rĂ©volution sonore de lâan 69 dans ce que lâĂ©poque avait de plus Ă©lectrique est autrement plus opĂ©rationnel. Dans Bitches Brew ou le jazz psychĂ©dĂ©lique, paru aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Matthieu Thibault montre comment, avec lâaide de son prĂ©cieux producteur, Teo Macero, Miles est parvenu Ă mĂ©tisser textures et influences rock, funk et soul pour faire naĂźtre un groove unique, Ă la fois expĂ©rimental et dansant.
Ces influences, on les connaĂźt Ă©videmment: James Brown, Jimi Hendrix, Sly & The Family Stone⊠Mais aussi Betty Mabry, la muse du trompettiste Ă lâĂ©poque. Chapitre excellent. La jeune chanteuse ne renouvelle pas seulement la culture de Miles. Elle le rĂ©habille, dans tous les sens du terme, relĂ©guant au vestiaire le costard jazzy black & white des sixties pour des tenues plus colorĂ©es⊠Une rĂ©volution comportementale qui, dans le mĂȘme temps, ne concĂšde rien aux codes plus ou moins acides et destroy qui embrasent lâĂ©poque⊠Miles Davis, aprĂšs tout, nâaura jamais Ă©tĂ© aussi clean que dans sa phase psychĂ©dĂ©lique.
Mais le plat de rĂ©sistance du livre, Ă©videmment, câest lâenregistrement du disque. DĂ©jĂ , dans « In a Silent Way », le tandem Miles/Macero procĂ©dait par segments et dĂ©coupages post-studio. Bitches Brew pousse encore plus loin lâexpĂ©rience, utilisant le studio dâenregistrement lui-mĂȘme comme une sorte dâinstrument. Câest lâautre emprunt ~~et il est de taille~~ Ă la culture rock.
Les sidemen de Miles Ă©videmment sont dĂ©contenancĂ©s. Ils ne comprennent pas oĂč on veut les emmener. Joe Zawinul nâest pas le moins marri de voir dans quel magma vont cramer ses jolis thĂšmes. Les futures Ă©toiles du jazz rock se rattraperont plus tard, dĂ©plore Matthieu Thibault, qui ne semble guĂšre goĂ»ter la virtuositĂ© gratuite et les solos interminables auxquels un John McLaughlin, notamment, Ă©tait contraint de renoncer au moment de Bitches Brew. On nâest pas obligĂ© de partager tous les parti-pris de lâauteur dont le propos, parfois, aurait gagnĂ© Ă ĂȘtre Ă la fois plus resserrĂ© et mieux Ă©tayĂ© dans certains passages. Il nâempĂȘche que face Ă un album aussi Ă©bouriffant, la prose de Matthieu Thibault dĂ©coiffe autant que sa coupe de cheveux.
Quand Miles Davis a abandonnĂ© le jazz acoustique traditionnel pour se plonger dans la rĂ©volution Ă©lectrique, beaucoup de ses vieux fans ont hurlĂ© Ă la trahison, tandis que les amateurs de rock ont criĂ© au gĂ©nie. Câest cette Ă©poque charniĂšre que retrace Matthieu Thibault dans son livre Bitches Brew ou le jazz psychĂ©dĂ©lique. Le ton est parfois professoral, mais lâĆuvre regorge dâanecdotes et dâanalyses pertinentes qui permettent de comprendre une musique Ă©trange et novatrice, qui continue Ă influencer les nouvelles gĂ©nĂ©rations, notamment celle du hip-hop. Tous les aspects sont abordĂ©s: la musique, bien entendu, mais aussi les interactions entre les instrumentistes et les techniques de production, sans prĂ©cĂ©dent Ă lâĂ©poque dans le milieu parfois conservateur du jazz. Une mine de renseignements pour les amateurs.
Sorti le 22 mars dernier aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste, Bitches Brew ou le jazz psychĂ©dĂ©lique est un ouvrage consacrĂ© Ă lâalbum Ă©ponyme de Miles Davis.
Câest en 1970 que sort lâalbum Bitches Brew de Miles Davis. Double LP, il marquera une rupture dans lâhistoire du jazz, et entraĂźnera lâavĂšnement dâun genre nouveau pour lâĂ©poque, le jazz rock, Ă©galement appelĂ© jazz fusion.
Câest pour rendre hommage Ă cet album, vĂ©ritable petite rĂ©volution de son temps, que le musicologue et enseignant Matthieu Thibault sâest intĂ©ressĂ© Ă lâhistoire de Bitches Brew, et plus gĂ©nĂ©ralement, Ă la personnalitĂ© de Miles Davis. Le trompettiste et compositeur de jazz a toujours su en effet sâaffranchir des conventions, ne pas se contenter des codes Ă©tablis et aller jusquâĂ tester ses nouvelles expĂ©rimentations. Ainsi, la tournure jazz rock si percutante dans Bitches Brew avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© amorcĂ©e dans son album prĂ©cĂ©dent, In a Silent Way. MalgrĂ© tout, câest vĂ©ritablement cet album qui parviendra Ă mĂ©tisser agrĂ©ablement les textures et les influences du jazz et du rock.
Parlons maintenant dâun livre qui vient dâĂȘtre publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste. Il est signĂ© de Matthieu Thibault et il est consacrĂ© Ă Bitches Brew, ou le jazz psychĂ©dĂ©lique, âBitches Brewâ, le fameux album de Miles Davis qui a fait basculer le jazz dans le jazz-rock, et toute une gĂ©nĂ©ration qui sây est engouffrĂ©e.
Le livre est passionnant, parce quâil commence sur lâavant-âBitches Brewâ pour expliquer dâoĂč les choses sont venues musicalement, et finalement assez progressivement. Il est trĂšs intĂ©ressant parce quâil amĂšne une rĂ©flexion non musicologique autour de la vie sentimentale de Miles, sur lâinfluence que Betty Davis, quâil avait Ă©pousĂ© juste avant dâenregistrer ces sessions, a pu avoir en lui faisant dĂ©couvrir le rock noir amĂ©ricain et en lui donnant envie dâĂ©picer sa musique de ce cĂŽtĂ©-lĂ . Il y a Ă©videmment aussi des analyses trĂšs prĂ©cises sur les sĂ©ances dâenregistrement, comment les albums ont Ă©tĂ© montĂ©s, etc.
Ăa vient de paraĂźtre, donc, chez Le Mot et Le Reste.