L'Haçienda - nouvelle édition
la meilleure façon de couler un club
âManchester sâagite maintenant. Des tas de gens partout. Mon dieu, ce que jâaime cette ville. Je suis tellement fier de faire partie de son hĂ©ritage. Tandis que je tourne Ă Deansgate et mâengouffre dans Whitworth Street, jâentends le son des basses de notre sound system, celui-lĂ mĂȘme que jâai contribuĂ© Ă bĂątir. Jâaime la maniĂšre quâont les fenĂȘtres de lâHaçienda de vibrer au son des basses. Qui voudrait avoir des fenĂȘtres dans un nightclub ? Nous. Oui, douze fichues fenĂȘtres, toutes tremblantes tel un fervent mollah nous enjoignant Ă la priĂšre.â
traduit du mancunien par Jean-François Caro
Câest en 1982 Ă Manchester que le club FAC 51, plus connu sous le nom de lâHaçienda, voit le jour. FinancĂ© par Factory, le label de Joy Division, il devient vite un club de lĂ©gende. Espace novateur dans sa programmation, lieu de naissance de lâacid house, Ă©picentre de Madchester, lâHaçienda attire les artistes, les foules⊠et les ennuis ! LĂ oĂč les propriĂ©taires du lieu ont voulu baser leur gestion sur la confiance, ils comprennent rapidement que lâaffaire tourne au chaos, complĂštement ingĂ©rable : on leur vole leur matĂ©riel quâon trouve moyen de leur relouer, des caisses de bouteilles disparaissent continuellement, les problĂšmes de sĂ©curitĂ© sâaccumulent, les pertes augmentent et tout le monde (les gangs, les filles, la police) est aprĂšs eux. En 1997, suite au dĂ©cĂšs dâune jeune fille, le club ferme ses portes. En 2009, Peter Hook dĂ©cide de raconter cette histoire telle quâil lâa vĂ©cue, avec sa verve et son franc-parler.
Revue de presse
- LâHaçienda, Ă©picentre de Madchester et puits sans fond Jimmy Boursicot We are from riviera.com 14 fĂ©vrier 2018
- Livre de chevet : LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club, de Peter Hook Agathe Lebonbon.fr 17 fĂ©vrier 2017
- Rock Collection Jacques Braunstein GQ Magazine.fr 29 avril 2013
- L'Haçienda Joël Isselé DerniÚres Nouvelles D'Alsace 13 octobre 2012
- L'Haçienda Philippe Lacroix Ventilo N°310 19 décembre 2012
- 3 questions à Peter Hook Stéphane Davet M le magazine du Monde 15 décembre 2012
- Sélection de Noël Les Inrockuptibles Décembre 2012
- L'Haçienda Madonna Summer Gonzaï 10 décembre 2012
- L'Hacienda Clément Twice Novembre 2012
- Manchester Patrick Beaumont La Gazette Nord-Pas de Calais 27 novembre 2012
- Hacienda, l'envers du mythe Start Up Novembre 2012
- "L'Hacienda est dans mon coeur et dans mon ùme" Olivier Pernot Trax N°159 Octobre 2012
- Ouverture Magic N°106 Octobre 2012
- Easy rider n°1160 Olivier Valerio radio PFM 30 septembre 2012
- L'Haçienda MĂ€x Lachaud ObskĂŒre Magazine aoĂ»t-septembre 2012
Au sommaire de cette émission :
Les examens Ă domicile
Comment sauver les oiseaux ?
La chasse aux reptiliens
Retrouvez lâĂ©quipe de âPar Jupiterâ avec :
La chronique musicale de Djubaka sur Leon Bridges
Le reportage de Guillaume Meurice : Mamoudou Gassama
Juliette Arnaud pour sa chronique littĂ©raire : âLâHaçienda â La meilleure façon de couler un clubâ Peter Hook
Pour (ré)écouter cette émission cliquez ici
LâHaçienda â La meilleure façon de couler un club.
Le titre sâĂ©tale sur une couverture aux hachures dâun jaune industriel. Le ton est donnĂ© dâentrĂ©e dans cet ouvrage paru aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Pas question de verser dans les faux semblants. Pas question de ripoliner la façade pour sauver (un peu la face). Peter Hook, bassiste de Joy Division puis de New Order, a pris la plume pour dĂ©tricoter la faillite dâun lieu hors du commun.
A cheval sur deux dĂ©cennies (les 80âs et les 90âs), lâHaçienda aura Ă©tĂ© le cĆur battant de Manchester, la piste dâatterrissage pour la house venue de lâautre cĂŽtĂ© de lâAtlantique, lâĂ©picentre de la dĂ©ferlante acid house et le berceau du mouvement Madchester.
Club, salle de concerts, restaurant, salon de coiffureâŠ
Lâespace, ouvert en 1982, avait Ă©tĂ© imaginĂ© comme une utopie Ă construire. Un contre-pied aux autres boĂźtes de la ville, oĂč il fallait montrer patte blanche et chaussures cirĂ©es pour avoir le droit de danser sur des standards fanĂ©s.
PortĂ© par le label Factory, « sponsorisĂ© » par les importantes rentrĂ©es dâargent gĂ©nĂ©rĂ©es par les hits et les tournĂ©es de New Order, lâHaçienda voulait jouer sur tous les tableaux, tous les jours et soirs de la semaines. Club, bien sĂ»r, mais aussi salle de concerts, bar Ă cocktails, restaurant, salon de coiffure.
Pillages récurrents, mauvais calculs et incompétence notoire
Pour gĂ©rer cet immense paquebot parcouru par les courants dâair ? Une bande de fĂȘtards dĂ©braillĂ©s dont la principale qualification est dâĂȘtre amis avec un des patrons.
Lâambition artistique est Ă la hauteur de lâincompĂ©tence des « gĂ©rants ». Qui paient la biĂšre tellement cher que chaque pinte servie leur coĂ»te de lâargent. Qui laissent un personnel choyĂ© se servir abondamment dans les rĂ©serves et taxer le matĂ©riel. Qui organisent des concerts tellement « secrets » que personne nâa lâidĂ©e de se pointer.
Comme le rĂ©sume Peter Hook, personne ne savait vraiment ce quâil avait Ă faire. Et cela semblait convenir Ă tout le monde.
« De toute maniĂšre, on Ă©tait trop dĂ©foncĂ©s », rĂ©sumera le bassiste, tout de mĂȘme heureux dâĂȘtre Ă la tĂȘte de cet empire bancal, sorte de parc dâattractions pour adultes adeptes de sensations fortes.
Les Smiths, Happy Mondays, Stone RosesâŠ
Tony Wilson, le flamboyant patron du label Factory, ainsi que Rob Gretton, le manager de New Order, ont tout de mĂȘme du flair. Ils savent repĂ©rer les nouvelles tĂȘtes et mettre sur les rails les groupes prometteurs.
Les Smiths, les Stone Roses, Happy Mondays, 808 State et bien dâautres se produisent sur la scĂšne de lâHaçienda. Certains concerts sont des succĂšs (comme ceux donnĂ©s par New Order pour renflouer les caisses), dâautres se dĂ©roulent devant cinq ou six personnes.
A cause de dĂ©cisions catastrophiques, le club a toujours Ă©tĂ© dans le rouge. Plus le temps passe, plus le trou se creuse. Sans que la panique, ou un Ă©lan de luciditĂ©, vienne stopper lâhĂ©morragie.
Au contraire, nombreux sont ceux qui font tout leur possible pour que la chute soit la plus spectaculaire possible.
⊠Puis une grosse montĂ©e avec lâacid house En 1987, des grappes de jeunes issus des rues brumeuses et plombantes de Manchester vont se faire rĂŽtir la couenne Ă Ibiza. Câest le Second summer of love. Des BalĂ©ares, ils vont ramener des tonnes de pilules « magiques » et un nouveau son, lâacid house. La tendance va complĂštement exploser du cĂŽtĂ© de lâHacienda. Pendant deux ans, les fĂȘtes y deviennent irrĂ©elles, la montĂ©e est totale. Autrefois raillĂ©e pour son acoustique dĂ©plorable, lâHaçienda se transforme en caisse de rĂ©sonance idĂ©ale pour ces nappes sauvages et synthĂ©tiques. Sur la piste enfumĂ©e, les kids augmentent les doses. Pour retrouver les sensations de la premiĂšre prise dâecsta, pour fuir un quotidien pas vraiment trĂšs rose, pour jouir pleinement de ce quâon appellera plus tard la culture rave. Le phĂ©nomĂšne fascine, les camĂ©ras dĂ©barquent du monde entier. Le club de Factory (et surtout des zikos de New Order, qui allongent les billets sans vraiment savoir compter) est en train dâĂ©crire sa lĂ©gende. Tout en continuant dâĂȘtre un puits sans fond.
Gangréné par la drogue et les gangs
La suite sera moins rose. Lâincroyable Ă©nergie apportĂ©e par lâacid house va sâĂ©tioler peu Ă peu. La magie nâopĂšre plus, tout simplement.
Pourtant, la drogue continue de circuler à grande échelle dans le club. Les pouvoirs publics mettent la pression à « Hooky » et sa bande.
Déjà obligés de composer avec des finances désastreuses, ces derniers doivent investir dans des caméras et renforcer le personnel de sécurité.
Ce nâest dâailleurs pas la seule raison qui les pousse Ă faire appel Ă plus de gros bras. Au fil du temps, les petites frappes locales, venues de Salford, Moss Side ou Cheetham Hill, ont pris leurs aises Ă lâHaçienda.
En guise de ticket dâentrĂ©e, les flingues sont de sortie. Chaque faction occupe une arche de la boĂźte, y fait sa loi, distribue les beignes et fait les poches aux dealers.
Pour pacifier la zone, les gĂ©rants recrutent Damian Noonan, un gros voyou mancunien. Lui et ses acolytes ne feront pas dans la dentelle. LâatmosphĂšre est lourde, lâhĂ©donisme nâest plus de mise.
1997 : la fĂȘte est vraiment finie
En 1997, la fĂȘte est vraiment finie. Une jeune femme fait une overdose sur la piste. Le club, criblĂ© de dettes, ferme ses portes sans mĂȘme pouvoir faire ses adieux.
Pour les membres de New Order, lâaddition sera particuliĂšrement salĂ©e. MalgrĂ© les inimitiĂ©s et le manque de flamme, il leur faudra retourner quelque temps au charbon pour ne pas finir les poches vides.
MalgrĂ© tous les tracas causĂ© par lâHaçienda, Peter Hook ne semble pas vraiment regretter ce spectaculaire crash.
Il avoue avoir savourĂ© le prestige que lui procurait le fait dâavoir « son » club, quel quâen soit le prix. Il aura savourĂ© cette Ă©poque invraisemblable oĂč tout pouvait arriver.
Comme le jour oĂč un membre du groupe bruitiste EinstĂŒrzende Neubauten avait entrepris de sâattaquer Ă un pilier porteur de lâHacienda avec un marteau-piqueur en plein live. Le tout devant les mines rigolardes des proprios. Dingues de bout en bout.
âA lireâ:http://wearefromriviera.com/livres-lhacienda-epicentre-de-madchester-et-puits-sans-fond/
LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club donne le ton dĂšs le titre. Cet ouvrage publiĂ© en 2009 et signĂ© Peter Hook, ancien bassiste de Joy Division et de New Order, livre souvenirs et confessions brutes sur une Ă©poque rĂ©volue, un club mythique de Manchester et la maniĂšre magistrale dont il a Ă©tĂ© coulĂ© aprĂšs 20 ans de grandiose incandescent et dâamateurisme flagrant.
LâHaçienda, câest le nom de cette boite de nuit de Manchester inaugurĂ©e en 1982 dans un entrepĂŽt dĂ©saffectĂ©, par le label Factory, celui de Joy Division et New Order. Club lĂ©gendaire par le rĂŽle primordial quâil a jouĂ© dans la montĂ©e de lâAcid House et de la Techno en Angleterre, câest Ă©galement lâemblĂšme dâun extraordinaire ratage financier.
Ce livre reprend les souvenirs diluĂ©s aux drogues et Ă lâalcool de Peter Hook, alors actionnaire de lâĂ©tablissement. Entre sincĂ©ritĂ© et bijoux anecdotiques, cet ouvrage nâest certainement pas intĂ©ressant pour la qualitĂ© de son Ă©criture mais plutĂŽt pour lâintĂ©rĂȘt de lâhistoire quâil raconte.
VoilĂ un guide pratique pour quiconque souhaite rĂ©ussir son entrepreneuriat, qui prend Ă©galement la couleur dâun documentaire retraçant la naissance du mouvement Acid House, du Madchester, des rave parties, lâavĂšnement de la culture gay nocturne et les dĂ©rives des gangs qui ont finalement eu raison du lieu dans les annĂ©es 90.
Enfin, LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club reste tout simplement lâun des rĂ©cits les plus vivants et les plus drĂŽles concernant la culture club. On y lit, par exemple, Ă propos du passage de Madonna : « CâĂ©tait la premiĂšre Ă©tape de son ascension vers la domination mondiale. Dieu nous pardonne » ou encore, Ă propos dâun show de Jesus & Mary Chain : « Le concert a durĂ© exactement 17 minutes, et chacune dâentre elles a Ă©tĂ© une torture ».
Vous souhaitant bonne lecture,
A trĂšs vite dans le club de lecture de Kim K.
Retrouvez lâarticle en ligne ici
GQ révise son histoire de la musique en compagnie du dandy punk Alain Pacadis, du rock-critic Simon Reynolds et de quelques ouvrages pop bien sentis.
La sélection à retrouver ICI
DĂ©but des 80â s, lâHaçienda ouvre Ă Manchester. Dans ce lieu novateur naissent les DJ, la house et lâecstasy. Bassiste de Joy Division et New Order, Peter Hook y Ă©tait. Avec, LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club, traduit par Jean-François Caro (Ed. Le mot et le reste), le musicien Ă©voque avec justesse et drĂŽlerie lâĂ©popĂ©e chaotique dâun club qui a marquĂ© lâhistoire de la musique. Câest aussi et surtout un condensĂ© de toute une Ă©poque, bourrĂ© dâanecdotes dĂ©sopilantes sur fond de musiques, de drogues et dâalcool. Hook nous donne sa vision, forcĂ©ment subjective, de la vĂ©ritĂ©.
Le club est fondĂ© par Factory Records, label qui publie, entre autres, les albums de New Order. « The Haçienda must be built » deviendra le mantra de Factory : une utopie, un laboratoire, Ă la fois lieu de rencontres, de concerts, de croisements entre les ĂągesâŠ
Cette Ă©popĂ©e unique dĂ©butant en pleine pĂ©riode post-punk jusquâĂ la naissance du mouvement acid house, du Madchester, des rave parties, lâavĂšnement de la culture gay nocturne sâachĂšvera, en 1997. Jamais un club nâaura, en Europe, inventĂ©, façonnĂ© puis diffusĂ© une culture aussi vaste et populaire.
Peu avant la sortie en français dans le texte de Unknown Pleasures â Joy Division vu de lâintĂ©rieur, du mĂȘme auteur et via la mĂȘme maison dâĂ©dition (que nous ne vous ferons plus lâaffront de prĂ©senter), revenons sur cet ouvrage (paru au mois dâaoĂ»t dernier) relatant « toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©ritĂ© » au sujet de ce club historique quâest devenu LâHaçienda. Peter Hook, donc, ci-devant bassiste de Joy Division et New Order, fĂąchĂ© depuis un bon bout de temps avec ses anciens camarades, dĂ©cide il y a quelques annĂ©es de se faire le tĂ©moin, lĂ©gitime, dâune aventure qui synthĂ©tise Ă elle seule tout ce que les annĂ©es 80 ont engendrĂ© musicalement de meilleur. A savoir le passage de tĂ©moin dĂ©cisif entre le post-punk et la techno, derniĂšres rĂ©volutions majeures dans le champ de la pop music envisagĂ©e comme contre-culturelle, en passant par quelques « babioles » comme la cold-wave, lâĂ©lectro hip-hop et lâindie-pop, autant de courants a priori antagonistes qui se croisĂšrent pourtant, le temps dâune parenthĂšse (dĂ©s)enchantĂ©e, entre quatre murs de bĂ©ton armĂ©. Sise Ă Manchester, dont elle a en grande partie fait la rĂ©putation dâun point de vue musical, LâHaçienda fĂ»t un rĂȘve auquel les membres de New Order et le label Factory (qui hĂ©bergea toute cette vague) donnĂšrent corps, entre aspirations situationnistes et hĂ©donisme Ă tout crin. Au final, câest surtout le grand nâimporte quoi qui lâa emportĂ©, la gestion calamiteuse du lieu (que les gangs mancuniens finirent bientĂŽt par infiltrer) prĂ©cipitant lentement mais sĂ»rement sa chute. Tout cela, Peter Hook nous le raconte avec ses mots, tĂąchant de ne rien oublier de ces annĂ©es plongĂ©es dans un nuage de dĂ©fonce. Câest le seul point faible de cet ouvrage : « Hooky » est un musicien, un « party animal », un rĂ©volutionnaire Ă la limite â pas un Ă©crivain. Mais bien sĂ»r, lâessentiel nâest pas lĂ . Lâessentiel, câest cette histoire, celle dâune utopie qui sâest avĂ©rĂ©e bien concrĂšte, dâune idĂ©e qui sâest rĂ©vĂ©lĂ©e visionnaire : toute la pop « hybride » contemporaine part de lĂ . Ce tĂ©moignage essentiel mĂ©ritait une deuxiĂšme vie, un autre public, une nouvelle chambre de rĂ©sonance. Mission accomplie, et avec les formes, Ă bien des Ă©gards.
Sa basse a sculptĂ© le son de Joy Division, groupe mythique des annĂ©es 1970 auquel il a appartenu. Quarante ans plus tard, lâAnglais reprend avec succĂšs ce rĂ©pertoire rock.
Quâest-ce qui vous a poussĂ© Ă rejouer lâintĂ©grale des albums de Joy Division ?
AprĂšs la mort du chanteur Ian Curtis, en 1980, nous avons choisi de ne plus jouer les morceaux de Joy Division, et de former un nouveau groupe, New Order. Au moment de cĂ©lĂ©brer le 30e anniversaire de la mort de Ian, jâai dĂ©cidĂ© de lui rendre hommage en interprĂ©tant lâintĂ©grale de Unknown Pleasures, notre premier album. Ce devait ĂȘtre un concert unique, mais je tourne depuis deux ans avec ce concept, Ă©largi Ă tout le rĂ©pertoire de Joy Division.
Pourquoi son influence reste-t-elle si forte aujourdâhui ?
GrĂące Ă la puissance de lâunivers poĂ©tique de Ian Curtis, Ă la production de Martin Hannett qui a donnĂ© aux disques une dimension intemporelle. GrĂące aussi au mythe qui sâest dĂ©veloppĂ©, Ă lâaura que possĂ©daient notre label, Factory, et notre club, lâHaçienda. Et tout simplement parce que ces chansons sont fantastiques.
Vous ĂȘtes-vous fĂąchĂ© avec vos anciens complices de New Order ?
AprĂšs mon dĂ©part du groupe, en 2006, ils ont continuĂ© sans moi et mâont critiquĂ© violemment pour avoir entrepris ce projet. Depuis, nous sommes en guerre, mais cela ne mâempĂȘchera pas de reprendre bientĂŽt, un Ă un, les albums de New Order.
JUDICIEUX
Comment gagner des fortunes avec son single Blue Monday et tout investir, Ă perte, dans un club aussi ingĂ©rable que lĂ©gendaire ? Câest lâhistoire enfin traduite de lâHaçienda, club fondamental de la nuit europĂ©enne que New Order ouvrit en 1982 Ă Manchester, racontĂ©e avec drĂŽlerie et colĂšre par son bassiste, Peter Hook. Un manuel dĂ©taillĂ© de tout ce quâil faut Ă©viter pour gagner de lâargent, de tout ce quâil faut faire pour devenir mythique.
Câest lâun des clubs les plus mythiques, gĂ©rĂ© par lâun des labels les plus mythiques, et ce Ă une Ă©poque charniĂšre de lâhistoire de la pop. Mancunienne jusquâau bout de la nuit, lâHaçienda se rappelle Ă notre bon souvenir par le biais dâune double actualitĂ© : le bouquin que lui consacre Peter Hook â bassiste de Joy Division et New Order â et la sortie dâune deuxiĂšme compilation dĂ©diĂ©e Ă la dimension âclubâ de Factory. Trente ans pile-poil aprĂšs ses dĂ©buts (et quinze aprĂšs sa fin), retour sur une formidable aventure collective qui laissa quelques traces, dans tous les sens du terme.
LIRE LâINTĂGRALITĂ DE CETTECHRONIQUEFLEUVE
Un gouffre appelĂ© lâHaçiendaâŠ
SĂ»rement le livre le plus passionnant de cette dâannĂ©e, celui qui vous redonne une nouvelle fois envie de tout dĂ©fricher lâunivers de la Factory avec fouge [âŠ] Câest sans langue de bois quâil (Peter Hook) relate les 15 ans de vie du club le plus avant-gardiste du monde, [âŠ] dĂ©gobillant les anecdotes les plus folles, les plus drĂŽles et certainement les plus tristes aussiâŠ
[âŠ]
Vous lâaurez compris, ce livre se lit comme on mangerait une piĂšce montĂ©e, se lĂ©chant le bout des doigts, sâessuyant doucement les bords des lĂšvres aprĂšs chaque page, tant lâĂ©criture et lâhistoire fascinentâŠ
Membre fondateur de Joy Division et de New Order, dont il est le bassiste, Peter Hook Ă©tait aussi un des propriĂ©taires du club lâHaçienda dont il retrace ici lâhistoire Ă©difiante. Câest en 1982 Ă Manchester que le club FAC 51, plus connu sous le nom de lâHaçienda, voit le jour. FinancĂ© par Factory, le label de Joy Division, il devient vite un club de lĂ©gende. Espace novateur dans sa programmation, lieu de naissance de lâacid house, lâHaçienda attire les artistes, les foules⊠et les ennuis! [âŠ] En 2009, Peter Hook dĂ©cide de raconter cette histoire telle quâil la vĂ©cue, avec sa verve et son franc-parler Ă la mesure de cette histoire dĂ©jantĂ©e.
FondĂ© par quelques doux cinglĂ©s [âŠ] lâHaçienda, dĂšs ses dĂ©buts Ă©tait vouĂ© Ă lâĂ©chec, accumulant toutes les erreurs possibles [âŠ] Peter Hook, bassiste de Joy Division et de New Order, fut le tĂ©moin privilĂ©giĂ© de cette folie mancunienne, ayant vu toutes les royalties du groupe partir dans des dĂ©penses somptuaires et il raconte avec une humour trĂšs british, tout ce quâil ne faut pas faire pour gĂ©rer un club avec efficacitĂ©. [âŠ] Câest le dĂ©but de la folie Maddchester : ectsasy et coke, gangsters et dealers, fusillades et overdose⊠Bref, ce livre, trĂšs bien traduit, est distrayant au possible, Ă lire en attendant le second volet des aventures de Peter Hook, consacrĂ© Ă Joy Division.
Peter Hook, bassiste de Joy Division et New Order, revient sur les folles annĂ©es du club de Manchester, des annĂ©es post-punk Ă lâinvasion de la house music en Europe.
Les clubs qui ont jouĂ© un rĂŽle dans lâHistoire de la musique Ă©lectronique et de la nuit se comptent sur les doigts de deux mains. Bien sĂ»r, les grandes discothĂšques new-yorkaises comme Paradise Garage, The Loft ou Sound Factory ont ouvert des brĂšches. Tout comme par la suite The End Ă Londres, le Tresor Ă Berlin, le Yellow Ă Tokyo, le Rex Club Ă Paris. Mais si ces lieux, points de ralliement du noctambulisme house et techno, ont Ă©clos dans les capitales du monde, peu dâentre eux Ă©taient perdus en⊠province. LâHaçienda, le mythique club qui inïŹltra la house en Europe, Ă©tait bien bĂąti Ă Manchester, au nord de lâAngleterre. FondĂ©e par deux fĂȘlĂ©s, Tony Wilson, le fantasque patron de Factory Records, et Rob Gretton, le manager magouilleur de New Order, la discothĂšque marqua son Ă©poque (1982 / 1997), son pays et bien au-delĂ .
Dans son livre « LâHaçienda : La meilleure façon de couler un club », le jovial Peter Hook, gĂ©nial bassiste de Joy Division et New Order, raconte tout de cette histoire. Les anecdotes savoureuses et les dĂ©lires collectifs. Les petites combines et les grosses embrouilles. Les nuits alcoolisĂ©es et les concerts historiques. La drogue, les bastons et les gangs. Les soirĂ©es sous ecstasy, dĂ©mentes et inĂ©dites, et les lendemains qui chantent. Aussi volubile dans son livre que sec en interview, Hooky nous livre les clĂ©s de cet antre en quelques mots (non traduits) : « Ecstatic, expensive, unique, exciting, world changing, for the people, everywhere. »
« Lâecstasy a changĂ© ma vie »
En reprenant les quinze folles annĂ©es de lâHaçienda dans lâordre chronologique, Peter Hook raconte avec son franc-parler unique lâhistoire quâil a vĂ©cue. En tant que
spectateur, fĂȘtard, musicien et surtout co-propriĂ©taire de ce vaste gouffre financier qui fut surtout un lieu dâextase sonore et sensorielle. Il Ă©voque aussi en creux les histoires parallĂšles de Factory Records et New Order. Les premiĂšres annĂ©es de la discothĂšque sont portĂ©es par les concerts, des groupes de Factory (A Certain Ratio, Happy Mondays) ou pas (The Pale Fountains, The Smiths, Prefab Sprout). Ces temps initiaux sont progressivement balayĂ©s par lâarrivĂ©e des soirĂ©es avec des DJ rĂ©sidents (Mike Pickering, Dave Haslam, Graeme Park). On y apprend dâailleurs que Laurent Garnier a travaillĂ© Ă la cuisine de la discothĂšque, a ramassĂ© les verres du club, avant dâen prendre occasionnellement les platines sous le pseudo DJ Pedro. « Je me souviens trĂšs bien de Laurent Garnier. Il avait lâhabitude de sâoccuper de moi », se
remémore Peter Hook.
Ă cette Ă©poque bĂ©nie, Manchester devient « Madchester ». Lâacid house est le son du moment. Une nouvelle drogue dĂ©barque et remplace la biĂšre. « Lâecstasy a changĂ©
ma vie », clame le vieux bassiste, qui, entre deux chapitres sur le club, raconte une cocasse virĂ©e Ă Ibiza durant lâĂ©tĂ© 1988. Mais Hook, comme le titre de son livre lâindique, narre aussi, et en dĂ©tails chiffrĂ©s, la gestion catastrophique de lâĂ©tablissement.
Le revers de la mĂ©daille. Ce qui ne lâempĂȘche pas de garder le sourire : « LâHaçienda est dans mon cĆur et dans mon Ăąme ! »
Le bassiste de Joy Division et de New Order, rĂ©pudiĂ© par ses trois anciens camarades, reste un clown, capable Ă ses heures plus (Revenge) ou moins (Monaco) perdues de nous rĂ©jouir. Mais ce musicien quinquagĂ©naire au physique de viking est-il bien le mĂȘme que lâesthĂšte qui sâextasie Ă lâĂ©coute de Chelsea Girl (1967) de Nico et de16 Lovers Lane(1988) de The Go-Betweens ? Ou le DJ boucher adepte dâune house de troisiĂšme zone ? Le style rĂ©pĂ©titif, sinon limitĂ©, de ces 368 pages, en accord avec un son de basse devenu sa marque de fabrique au point de lâinscrire au PanthĂ©on de la quatre-cordes, tend Ă confirmer quâil a lui-mĂȘme Ă©crit cette tentative de retracer par le menu les quinze ans (1982-1997) dâexistence mancunienne de lâHaçienda. Nâen dĂ©plaise aux vĂ©tĂ©rans des Studio 54, Palace, Pacha, Fabric et autres Baron (cherchez lâerreur), feue lâHaçienda possĂšde sur toutes les autres boĂźtes de nuit lâavantage rĂ©trospectif dâavoir Ă©tĂ© (trĂšs mal) gĂ©rĂ©e telle une Ćuvre dâart, Ă fonds perdus. Lâami Hooky, plus impliquĂ© dans son (dys)fonctionnement quotidien que ses anciens comparses, confirme avec force dĂ©tails que les quatre membres de New Order y ont laissĂ© leur chemise.
Aucune arnaque, les meilleures Ă©tant celles oĂč lâescroquĂ© est persuadĂ© de sa bonne fortune. Rob Gretton, manager de Joy Division puis de New Order,
dĂ©cĂ©dĂ© en 1999 et tout sauf malhonnĂȘte, avait simplement souhaitĂ© partager avec ses contemporains sa vision dâun club au nom inspirĂ© par la rhĂ©torique situationniste. Pour PETERHOOK, ce ne sont pas non plus les revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par ce livre publiĂ© dans son pays en 2009 qui assureront sa sub(si)stance. Reste un Regret, celui du titre français de lâouvrage, qui nĂ©glige la dimension nĂ©gative de lâoriginal The Haçienda: How Not To Run AClub (âComment ne pas diriger un clubâ), trahissant au passage lâun des gĂ©nies, fĂ»t-il involontaire, de notre temps.
Lâhaçienda est le livre de la semaine de lâexcellente et bien nommĂ©e Ă©mission Easy rider, sur radio PFM. Ă réécouter ici
On connaĂźt le franc-parler de Peter Hook, qui a toujours Ă©tĂ© le personnage le plus rock nâroll de la bande Joy Division-New Order. Avec ce livre de souvenirs, il nous prouve non seulement son talent pour nous faire rire, grĂące Ă une plume sans langue de bois ; mais il se rĂ©vĂšle aussi trĂšs touchant car trĂšs lucide quant Ă ses propres faiblesses, ses erreurs, ses maladresses, ses addictions Ă la drogue et Ă lâalcool. LâHaçienda, la meilleure Façon de couler un Club est un prĂ©cis sur tout ce quâil ne faut pas faire si on veut se lancer dans les affaires ; câest aussi et surtout un condensĂ© de toute une Ă©poque, bourrĂ© dâanecdotes dĂ©sopilantes, dĂ©butant avec la crĂ©ation du club en 1982 en pleine pĂ©riode post-punk, alors que New Order Ă©tait en passe de devenir Ă©norme et que Joy Division Ă©tait dĂ©jĂ culte, jusquâĂ la naissance du mouvement acid house, du Madchester, des rave parties, lâavĂšnement de la culture gay nocturne puis les dĂ©rives violentes des gangs qui signeront lâarrĂȘt de mort du lieu dans les annĂ©es quatre-vingt dix. De la rivalitĂ© entre New Order et The Smiths jusquâaux concerts dĂ©sastreux de Jesus & Mary Chain ou gĂ©niaux de Birthday Party, des playbacks foireux de Madonna jusquâaux zinzins dâEinstĂŒrzende Neubauten qui dĂ©cidĂšrent de sâattaquer Ă la salle avec leurs marteaux-piqueurs, Hook nous donne sa vision, forcĂ©ment subjective, de la vĂ©ritĂ©. On y retrouve aussi les groupes de la Factory, bien quâils aient rarement eu accĂšs Ă la scĂšne de lâHaçienda, et lâauteur ne nous cache pas ses sympathies ou ses animositĂ©s pour certaines personnalitĂ©s. Le passage oĂč il sâoccupe de la sĂ©curitĂ© et oĂč il vire Peter Murphy de la salle est tout simplement jubilatoire. Câest surtout un Ă©tat dâesprit qui ressort de lâouvrage, une pĂ©riode dâambitions idĂ©alistes et de franches rigolades, de dĂ©lires Ă©thyliques et de grand nâimporte quoi. Mais tout nâa Ă©tĂ© guidĂ© que par un amour immodĂ©rĂ© pour la musique et la ville de Manchester. Passionnant, drĂŽle et profond.
+ Une interview de Peter Hook Ă retrouver dans le numĂ©ro dâObskĂŒre en kiosque ce mois-ci.