🔍
Parution : 17/03/2016
ISBN : 9782360541980
320 pages (14,8 x 21 cm)

23 €

ÉpuisĂ©

Let’s Talk About Love

Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goût

Être fan de CĂ©line Dion fait-il de vous un monstre ? Carl Wilson bouscule les notions de bon et mauvais goĂ»t Ă  travers une remise en question de la critique musicale.

Traduit de l’amĂ©ricain par Suzy Borello

En 1998, CĂ©line Dion envahit la planĂšte avec son titre « My Heart Will Go On » qui accompagne le triomphe du blockbuster Titanic. De sa province natale du QuĂ©bec jusqu’au chauffeur de taxi bangladais, pas une personne ne peut Ă©viter le phĂ©nomĂšne et le succĂšs est incontestable. Pourtant, de nombreux mĂ©dias et spĂ©cialistes s’acharnent sur CĂ©line Dion qui devient Ă  la fois la pop star la plus cĂ©lĂšbre et la plus dĂ©testĂ©e de son Ă©poque. Carl Wilson, en bon critique musical qui se respecte, fait partie des dĂ©tracteurs. Mais, plutĂŽt que de retourner le couteau dans une plaie dĂ©jĂ  bien agrandie par des annĂ©es de sarcasmes et de dĂ©dain, il propose d’étudier le pourquoi de ce rejet. Pourquoi l’immense partie de la population mondiale qui aime CĂ©line Dion aurait-elle tort ? Faut-il remettre en question une critique musicale qui virerait au snobisme ? Pourquoi pense-t-on nĂ©cessairement que tout ce que nous n’aimons pas relĂšve du mauvais goĂ»t ? À travers l’analyse de l’album Let’s Talk About Love, qui n’est ici qu’un prĂ©texte, Carl Wilson analyse finement les constructions mentales, sociales, culturelles ou mĂ©diatiques qui peuvent nous pousser d’un cĂŽtĂ© ou de l’autre de cette supposĂ©e limite entre bon et mauvais goĂ»t. De cĂ©lĂšbres contributeurs (Nick Hornby, James Franco, Krist Novoselic, Owen Pallett) ajoutent leur grain de sel au dĂ©bat.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Comment peut-on aimer Céline Dion ? La frénésie autour de ses concerts parisiens surprend Michel Guerrin Le Monde 24 avril 2026
- À 50 ans, le cƓur de CĂ©line Dion continue de battre... et de faire battre le nĂŽtre Rebecca Manzoni France Inter // Tubes & Co 30 mars 2018
- CĂ©line Dion, nouvelle reine du cool ? Courrier international 28 juin 2017
- Interview de Carl Wilson Séverine Ambrus RTS // Tout un monde 23 septembre 2016
- Let's talk about love Paul Muselet Clutch Septembre 2016
- Let's Talk About Love Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine 1 juillet 2016
- Nom : Dion ; Prénom : Céline Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 6 juin 2016
- Les livres de mai François Girodineau Silence Is Sexy 18 mai 2016
- S'il suffisait d'aimer Céline Dominic Tardif Le Devoir 14 mai 2016
- CommunautĂ©, paternitĂ©, et conquĂȘte spatiale Laurent de Sutter RTBF // Musiq3 // Les glaneurs 28 avril 2016
- Let's Talk About Love avec Vincent Cespedes Charline Vanhoenacker France Inter // Si tu écoutes, j'annule tout 19 avril 2016
- Let’s Talk About Love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t Juliette Anault France Inter // Si tu Ă©coutes, j'annule tout 20 avril 2016
- Comment Céline Dion m'a fait découvrir mes sentiments Carl Wilson Slate.fr 25 mars 2016
- Les classes moyennes ont-elles bon goût? Olivier Pernot Trax Avril 2016
- Pop, goûts et blessures AgnÚs Gayraud Libération 18 avril 2016
- Let’s Talk About Love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t Thibaut Allemand Let's Motiv Avril 2016
- Ce livre va vous prouver qu'ĂȘtre fan de CĂ©line Dion n'est pas un crime Katia TourĂ© Le Huffington Post 17 mars 2016

- Comment peut-on aimer Céline Dion ? La frénésie autour de ses concerts parisiens surprend

PlutĂŽt que de convoquer le sociologue Pierre Bourdieu, expert en fractures culturelles alignĂ©es sur les fractures sociales, appelons Ă  la rescousse un livre merveilleux de 2007 sur CĂ©line Dion. Nous en avions dit le plus grand bien lors de sa traduction en français en 2016 sous le titre Let’s Talk About Love : Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t (Ă©d. Le Mot et le Reste, Ă©puisĂ©). Son auteur, le Canadien Carl Wilson, est une pointure de la critique rock. Il n’aime pas CĂ©line Dion mais va plus loin, cherche Ă  comprendre, explore les conventions du goĂ»t, constate que son jugement en dit autant sur lui-mĂȘme que sur la personne jugĂ©e. Il se demande pourquoi l’élite culturelle disqualifie par principe une Ɠuvre qui fait pleurer et plĂ©biscite celle oĂč les Ă©motions sont maĂźtrisĂ©es. Il raconte le « schmaltz », littĂ©ralement « graisse de poulet », mais aussi un genre musical ancien que CĂ©line Dion cisĂšle avec virtuositĂ©, souvent assimilĂ© Ă  de la miĂšvrerie dĂ©goulinante.

Pour Carl Wilson, moquer une chanson sentimentale de CĂ©line Dion a moins d’intĂ©rĂȘt que de
chercher Ă  savoir pourquoi elle fait du bien Ă  des dizaines de millions de personnes. Il ajoute qu’elle peut s’avĂ©rer providentielle en des moments prĂ©cis de la vie de tous – « un premier baiser, enterrer une grand-mĂšre, Ă©clater en sanglots »

Pour lire l’article en intĂ©gralitĂ©

Michel Guerrin
Le Monde 24 avril 2026

- À 50 ans, le cƓur de CĂ©line Dion continue de battre... et de faire battre le nĂŽtre

À l’occasion des 50 ans de CĂ©cile Dion, Rebecca Manzoni revient sur le phĂ©nomĂšne et vous conseille une nouvelle fois la lecture du “gĂ©nial” essai de Carl Wilson.

*Réécouter la chronique sur le site de France Inter*

Rebecca Manzoni
France Inter // Tubes & Co 30 mars 2018

- CĂ©line Dion, nouvelle reine du cool ?

En seulement quelques annĂ©es, la chanteuse quĂ©bĂ©coise est passĂ©e de star de variĂ©tĂ© un peu kitsch Ă  vĂ©ritable icĂŽne de la pop culture. Une transformation rĂ©vĂ©latrice d’une Ă©poque en mal de nostalgie.

“Aujourd’hui, en 2017, il semble impossible que quiconque ait pu un jour la dĂ©tester.” C’est ce qu’avance dans le magazine Maclean’s l’auteur canadien Carl Wilson Ă  propos de CĂ©line Dion. Dans un essai publiĂ© en 2014, Let’s Talk About Love (traduit en français aux Ă©ditions Le Mot et le Reste), il s’interrogeait dĂ©jĂ  sur le statut de la chanteuse quĂ©bĂ©coise et sur les fondements du jugement esthĂ©tique. Comment dĂ©cide-t-on de ce qui relĂšve du “bon” et du “mauvais” goĂ»t, se demandait-il.

Trente-six ans aprĂšs la sortie de son premier album au QuĂ©bec, alors qu’elle n’avait que 13 ans, et vingt ans aprĂšs la sortie de son tube planĂ©taire My Heart Will Go On (la chanson du film Titanic), “Dion reste la chanteuse canadienne prĂ©fĂ©rĂ©e de la nation”, insiste le critique canadien. Y compris des moins de 25 ans. Carl Wilson cite pour preuve les rĂ©sultats du sondage The Canada Project, menĂ© pour les 150 ans du Canada : Maclean’s a demandĂ© Ă  1 500 Canadiens ce qu’ils prĂ©fĂ©raient de leur pays.

Libérée, délivrée

“Cet amour pour CĂ©line n’est pas juste un phĂ©nomĂšne canadien”, ajoute Wilson, qui rappelle que de nombreux journaux amĂ©ricains hype l’adulent – depuis peu. Si le changement s’est opĂ©rĂ© progressivement au cours de ces dix derniĂšres annĂ©es, le moment dĂ©cisif reste la mort de son manager et mari de longue date, RenĂ© Angelil :

“Maintenant qu’elle est sur le point d’avoir 50 ans, pour la premiĂšre fois, plus personne n’est le boss de CĂ©line.”

Qu’elle porte un sweat-shirt oversize Ă  l’effigie du film Titanic dans la rue ou une robe en cuir Versace Ă  la cĂ©lĂšbre soirĂ©e caritative du Met Gala, les moindres faits et gestes de CĂ©line Dion sont considĂ©rĂ©s comme audacieux, voire prescripteurs de cool. Aux antipodes de temps pas trĂšs anciens, oĂč ses choix vestimentaires Ă©taient plutĂŽt jugĂ©s douteux par la presse people internationale.

Alors qu’elle s’était toujours faite discrĂšte sur ses opinions politiques, Dion n’a pas cachĂ© derniĂšrement ses orientations libĂ©rales en refusant d’abord de chanter Ă  l’inauguration de Trump, puis en Ă©crivant une lettre de soutien sans Ă©quivoque Ă  la communautĂ© LGBT, Ă  laquelle nombre de ses fans les plus loyaux appartiennent. Une nouvelle attitude qui agit comme un bouclier contre la violence ambiante actuelle. Comme le note Wilson dans l’hebdomadaire canadien :

“En tant que star des annĂ©es 1990, Dion reprĂ©sente une pĂ©riode d’innocence, ce qu’il y avait avant la guerre contre le terrorisme et le trumpisme.”

Retrouvez cet article sur le site du Courrier international

Courrier international 28 juin 2017

- Interview de Carl Wilson

La chanson “My heart will go on”, chantĂ©e par CĂ©line Dion sur la bande-annonce du film Titanic de James Cameron, sorti en 1998, a inspirĂ© au critique musical canadien Carl Wilson l’essai Let’s talk about love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t.

Écouter l’interview de Carl Wilson sur le site de RTS

Séverine Ambrus
RTS // Tout un monde 23 septembre 2016

- Let's talk about love

Le critique rock Carl Wilson dĂ©testait le disco et la country Ă©tant jeune. des genres qu’il a finalement appris Ă  aimer par la suite. Alors pourquoi son aversion pour CĂ©line Dion continue de persister? ExpĂ©riences sur les dĂ©terminants du goĂ»t, Let’s Talk About Love questionne l’élitisme propre Ă  certaines critiques. Le CĂ©line-bashing est-il vraiment justifiĂ© au vu de la popularitĂ© de la chanteuse? En combattant sa propre condescendance, l’auteur retire ses ƓillĂšres et dĂ©cortique les ressorts de la culture de masse
 plutĂŽt que de la mĂ©priser.

Paul Muselet
Clutch Septembre 2016

- Let's Talk About Love

Si on m’avait dit qu’un jour je lirai un livre sur CĂ©line Dion, je ne l’aurais pas cru. LĂ  encore, je me suis dit : « Mais pourquoi l’éditeur m’envoie ça? » Plus de vingt ans que j’écris sur des artistes underground dont les disques sont tirĂ©s Ă  peu d’exemplaires, ce n’est pas aujourd’hui que je vais me mettre Ă  la soupe commerciale, aux textes sirupeux et aux vocalises de castafiores. Mais le sous-titre du livre m’avait dĂ©jĂ  mis sur la voie : « Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t » Il est aisĂ© de comprendre que la musique de Dion ne va ĂȘtre qu’un filtre, un prĂ©texte – certes extrĂȘme – pour parler d’un phĂ©nomĂšne gĂ©nĂ©ral : Est-ce que si une chose nous irrite, celle ci est forcĂ©ment de mauvais goĂ»t? Comment dĂ©finit-on le bon et mauvais goĂ»t? Ceux-ci sont-ils dĂ©terminĂ©s par nos origines sociales? Pourquoi la critique musicale peut-elle se montrer psychorigide face Ă  certains types d’expression? Comment s’entendre avec quelqu’un avec qui on ne partage pas les goĂ»ts? L’acte d’aimer une musique aussi pĂ©nible que celle de Dion ne mĂ©rite-t-il pas d’ĂȘtre compris quand celle-ci a vendu plusieurs centaines de millions d’albums?

Wilson commence par exposer son aversion pour la chanteuse quĂ©bĂ©coise et le processus qui l’a amenĂ© Ă  se questionner sur sa pratique : la critique musicale. En 1997-1998, il Ă©tait impossible d’éviter la chanson du film Titanic, « My Heart will go on » extrait de l’album Let’s talk about Love. Son dĂ©goĂ»t pour ce morceau n’avait d’égal que la haine de la presse locale envers CĂ©line alors qu’il vivait Ă  MontrĂ©al. Que ce cauchemar sonore soit primĂ© aux Oscars face Ă  Elliott Smith, c’en est trop pour Carl Wilson. Pourtant il se sent mal Ă  l’aise par rapport Ă  toute la haine qui se dĂ©verse sur la chanteuse. Il dĂ©cide alors d’essayer d’analyser son rejet et comprendre la sensibilitĂ© qui se niche dans cette musique afin de plaire Ă  tant de gens. Il se lance donc dans une Ă©tude quasi scientifique, en Ă©tudiant d’abord le contexte gĂ©ographique et culturel quĂ©bĂ©cois et cette transformation de la « plouc honteuse Ă  un symbole d’autorĂ©alisation national ». Il revient ensuite sur la tradition musicale dont elle est issue : le schmaltz, soit une pop de salon miĂšvre au possible et dĂ©goulinante de sentiments. Les influences de CĂ©line se situent bien lĂ  : l’opĂ©ra italien, Elvis, le prince du schmaltz, ou encore les power ballads du heavy metal. CĂ©line, c’est pour lui de l’hyper-schmaltz, quelque part entre les ambiances d’hypermarchĂ©s et le stadium rock. Le schmaltz garde aussi un lien avec l’immigration, ce qui peut se rĂ©vĂ©ler intĂ©ressant dans le cas de la quĂ©bĂ©coise.

D’un autre cĂŽtĂ© il y a la voix en tant qu’organe. La musique, toujours dĂ©nuĂ©e d’intĂ©rĂȘt, n’est que le rĂ©ceptacle de ce chant trĂšs « nouveau riche ». Pour modeler un manque d’identitĂ©, CĂ©line en appelle alors Ă  un narcissisme primaire. Sa voix serait, paraĂźt-il, supĂ©rieure (sic) aux autres. De par ses maladresses un brin agressives et sa gestuelle ridicule, elle deviendrait la reprĂ©sentation de quelqu’un qui cherche Ă  avoir de la classe sans y parvenir. Plus incroyable, un sondage nommĂ© « The People’s Choice Music » a rĂ©vĂ©lĂ© que la musique que la majoritĂ© des gens souhaiteraient entendre ressemblerait Ă  du CĂ©line Dion ! Dingue, non? Carl Wilson Ă©prouve ensuite le besoin d’interviewer les fans. C’est alors que son livre devient une rĂ©flexion sur la honte, sur les limites du goĂ»t et il se met Ă  changer son point de vue. Peut-ĂȘtre que l’ñge adulte serait comme devenir dĂ©mocratique en termes de goĂ»t? Et puis il finit par passer de l’autre cĂŽtĂ©. Lors d’un concert Ă  Las Vegas, et en raison de tourments personnels, il se surprend Ă  pleurer Ă  un concert de CĂ©line. Le schmaltz aurait fonctionnĂ© et l’auteur pris Ă  son propre piĂšge. L’ironie disparaĂźt alors. Se faire l’avocat du diable peut ĂȘtre un jeu dangereux. Mais au bout du compte, pourquoi condamner le sentimentalisme?

Devenu un cas d’école suite Ă  sa premiĂšre publication en 2007, cette version augmentĂ©e parue outre-Atlantique en 2014 et traduite ici par Suzy Borello, laisse place dans sa seconde partie Ă  divers essais qui Ă©largissent les rĂ©flexions sur la sociologie du goĂ»t. Parmi les contributeurs, on peut noter par exemple l’acteur-rĂ©alisateur James Franco, Krist Novoselic (ancien bassiste de Nirvana), Nick Hornby (l’auteur de Haute FidĂ©litĂ©) ou encore Drew Daniel de Matmos. IntĂ©grĂ© Ă  des cours de philosophie esthĂ©tique ou d’études culturelles, le livre est dĂ©jĂ  considĂ©rĂ© par certains comme un classique de la critique musicale. Seule dĂ©ception pour l’auteur : CĂ©line n’a jamais voulu rĂ©pondre Ă  ses questions, sĂ»rement dĂ©contenancĂ©e par l’approche subversive de Wilson.

Au final, Let’s Talk About Love : Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t? est un vĂ©ritable Ă©loge de la curiositĂ©, une expĂ©rimentation Ă  peut-ĂȘtre tenter chacun de notre cĂŽtĂ© pour mieux s’ouvrir Ă  l’autre et comprendre qu’une entente peut ĂȘtre possible, mĂȘme avec ce qui nous rebute. C’est difficile Ă  admettre, mais disons-le franchement : Merci CĂ©line !

Lire la chronique sur le site d’ObskĂŒre Magazine

Maxime Lachaud
ObskĂŒre Magazine 1 juillet 2016

- Nom : Dion ; Prénom : Céline

Rebecca Manzoni vous parle du livre de Carl Wilson dans une chronique Ă©logieuse, subtilement illustrĂ©e de tubes de CĂ©line Dion. À réécouter en podcast!

Réécoutez la chronique sur France Inter

Rebecca Manzoni
France Inter // Pop & Co 6 juin 2016

- Les livres de mai

Tout rock critic qui se respecte devrait lire ce livre, en particulier celui qui prend pour position de se rĂ©fugier au fond d’une niche musicale. Il devra d’autant plus le lire qu’il lui faudra Ă©couter, au moins, le best-of de CĂ©line Dion. Car on ne peut prĂ©tendre parler du bon si l’on ne goĂ»te pas au mauvais. Toutefois, Wilson s’emploie ici Ă  remettre en question ce dernier concept, prenant justement comme cas d’école un tube planĂ©taire de la chanteuse quĂ©bĂ©coise. Comment dĂ©battre en effet de notre propre (bon) goĂ»t sans avoir le rĂ©flexe snob, sinon fasciste, de vouloir l’imposer aux autres ? Partant de l’Ɠuvre pour digresser vers la science, l’esthĂ©tique, la sociologie et la philosophie, l’auteur s’efforce de rechercher le bien fondĂ© de l’utopique objectivitĂ© que l’on prĂ©tend brandir lorsque l’on juge. En somme, qu’est-ce qui forge le goĂ»t ? L’agencement des neurones, l’éducation, la classe ou la prĂ©tention sociale dans un but de distinction, la somme des capitaux social et culturel chers Ă  Bourdieu, le libre arbitre ou bien la reprĂ©sentation que l’on se fait de soi, Ă  un instant T de notre vie ? Pour quelle obscure raison s’évertue-t-on Ă  vouloir paraĂźtre “cool” ? Pour la nouvelle Ă©dition de cette Ă©tude parue une premiĂšre fois en 2007 pour la collection 33-1/3, enfin traduite en français, Wilson s’adjoint les opinions et les expĂ©riences d’autres auteurs, connus (Nick Hornby, Krist Novoselic, James Franco
) ou moins, qui toutes complĂštent son propos. Un ouvrage aussi essentiel que le Retromania de Simon Reynolds, Ă  n’en point douter. Et en espĂ©rant qu’un jour ne sortent enfin les enregistrements perdus de CĂ©line Dion avec Phil Spector. Car il existent, oui.

Une chronique Ă  lire sur Silence Is Sexy

François Girodineau
Silence Is Sexy 18 mai 2016

- S'il suffisait d'aimer Céline

De quoi sont faits nos goûts et nos dégoûts musicaux? se demande Carl Wilson

En 1997, la flĂ»te irlandaise de “My Heart Will Go On”, power ballade arrache-larmes emportant le Jack du Titanic de James Cameron jusqu’à son dernier repos, hante le moindre haut-parleur de centre commercial et de salle d’attente. Alors critique musical au dĂ©funt Hour, hebdomadaire culturel cĂ©lĂ©brant ce que l’underground recĂšle de plus cool, Carl Wilson a tout pour exĂ©crer CĂ©line Dion, Ă  l’instar de l’ensemble de ses confrĂšres de partout sur la planĂšte qui Ă©pluchent les dictionnaires de synonymes en quĂȘte de l’ultime formule assassine qui sonne et qui rĂ©sonne. Au Devoir, Sylvain Cormier affuble la diva d’une vilaine couronne de « princesse Tupperware ». C’est connu : les aversions du vrai de vrai mĂ©lomane l’ont toujours autant, sinon davantage, dĂ©fini que ses engouements.

La victoire de la petite fille de Charlemagne face au chĂ©ri du folk de friperies, Elliot Smith, Ă  la cĂ©rĂ©monie des Oscar l’annĂ©e suivante, cristallise la haine de Wilson. La tonitruante voix de la chanteuse quĂ©bĂ©coise rĂ©sonne toujours douloureusement entre ses oreilles quand la maison Continuum lui commande, pour sa collection 33 1/3, un livre sur le mauvais goĂ»t.

En interrogeant courageusement la rĂ©elle nature, parfois trĂšs intime, de ses propres passions et allergies musicales, le jeune snob repentant propose, Ă  travers Let’s Talk About Love : A Journey to the End of Taste (2007), important essai enfin disponible en français, une mutine redĂ©finition de la notion de goĂ»t, empruntant entre autres Ă  la philosophie, Ă  l’histoire de l’immigration en AmĂ©rique ainsi qu’à divers tĂ©moignages. Quelle part de sa rĂ©pulsion pour madame AngĂ©lil peut-il attribuer Ă  son dĂ©sir de se distinguer des autres, se demande l’auteur, le nez dans les travaux du sociologue Pierre Bourdieu.

« Il devenait de plus en plus difficile Ă  mes yeux de croire que l’underground culturel auquel j’adhĂ©rais pouvait devenir une force de changement politique significative », explique le journaliste depuis Toronto, oĂč il habite dĂ©sormais. « Ce mythe qu’avait charriĂ© le post-punk depuis la fin des annĂ©es 70 Ă©tait de moins en moins crĂ©dible. Puisqu’il apparaissait de plus en plus Ă©vident que mes goĂ»ts exprimaient quelque chose de moins profond que je le pensais au sujet de mes sentiments par rapport Ă  la sociĂ©tĂ©, il Ă©tait obligatoire que je sorte de mon petit carrĂ© de sable. Ma dĂ©marche participait d’un dĂ©sir de devenir plus mature intellectuellement. »

À Las Vegas, Wilson rencontre de nombreux adorateurs de la tĂȘte d’affiche du Ceasars Palace. « J’avais prĂ©sumĂ©, se souvient en entrevue le journaliste, que ma façon d’écouter de la musique Ă©tait plus songĂ©e que celle des autres, et j’ai constatĂ© qu’au fond, ĂȘtre un fan, c’est ĂȘtre un fan. On crĂ©e du sens avec tout et on s’identifie tous Ă  ce qu’on aime de maniĂšre semblable. J’ai aussi compris, en m’immergeant dans le monde de CĂ©line, qu’il est impossible de tout saisir rapidement. Explorer n’importe quel nouveau monde demande du temps et de la patience. Les oeuvres que l’on aime d’emblĂ©e sont souvent semblables Ă  ce que l’on connaĂźt dĂ©jĂ . »

Le poptimisme, nouveau relativisme ?

L’ouvrage de Carl Wilson aura largement contribuĂ© Ă  propulser et Ă  sanctifier le poptimisme, cette posture critique prĂ©valant aujourd’hui dans presque tous les mĂ©dias culturels anglo-saxons importants, aux yeux de laquelle la pop jadis honnie par le monde (trĂšs phallocentriste) du journalisme musical mĂ©rite autant de considĂ©ration que le rock, depuis longtemps canonisĂ©. Pourquoi dĂ©piauterait-on chacune des moindres notes du nouveau Radiohead, tout en levant le nez sur les lascives bombes de Rihanna ?

Pour Thomas Leblanc, chroniqueur, humoriste et fier admirateur de la cadette des Dion, ce changement de paradigme serait sur le point de planter son dernier clou dans le cercueil d’un certain snobisme indissociable de la gĂ©nĂ©ration X, historiquement craintive quant Ă  toute forme de sentimentalitĂ© (le fonds de commerce de CĂ©line). Il fut une Ă©poque oĂč les grungeux qui s’abrutissaient les oreilles de Nirvana ne pouvaient sous aucun prĂ©texte ĂȘtre surpris Ă  se brasser le bonbon au son de Janet Jackson, sous peine d’irrĂ©mĂ©diable ostracisme.

« Que Grimes [musicienne canadienne d’abord associĂ©e Ă  la marge] cite en entrevue des groupes obscurs, mais aussi Mariah Carey et Ace of Base m’apparaĂźt significatif », estime le jeune trentenaire, qui prĂ©sentera de nouveau cet Ă©tĂ© en compagnie de sa collĂšgue Tranna Wintour un spectacle d’humour consacrĂ© Ă  la QuĂ©bĂ©coise la plus cĂ©lĂšbre au monde, sainte CĂ©line. « Les branchĂ©s de la gĂ©nĂ©ration X n’aimeront jamais CĂ©line et toute la pop qu’elle reprĂ©sente, alors qu’au sein de ma gĂ©nĂ©ration, on est conscient qu’un jour ont existĂ© des frontiĂšres entre les diffĂ©rents genres musicaux, mĂȘme si on tend Ă  tout accepter, sans rien dĂ©daigner. Je rĂ©alise que pour la gĂ©nĂ©ration en dessous de moi, il n’y a aucune diffĂ©rence entre Justin Bieber et un groupe Ă  la mode sur les blogues. Écouter de la pop ne correspond pas Ă  une transgression pour les jeunes branchĂ©s. »

Le poptimisme, consĂ©quence inĂ©vitable de notre omnivorisme culturel post-Internet, ou nouvelle forme de relativisme vite dĂ©guisĂ©e en ouverture d’esprit ?

« Les diffĂ©rentes façons dont nous consommons de la musique en ligne ont vraiment transformĂ© ce que ça signifie que d’ĂȘtre un mĂ©lomane, souligne Carl Wilson. Les fans ne se divisent plus en camps tribaux comme avant, ils traversent les frontiĂšres sĂ©parant les genres musicaux avec plus de fluiditĂ©. Compte tenu de l’effondrement des mĂ©dias imprimĂ©s, il devient cependant difficile pour la critique d’écrire au sujet d’autre chose que des gros noms. Ce sont eux qui attirent l’attention et les clics, si bien que toutes les conversations critiques les concernent. C’est le cĂŽtĂ© sombre du poptimisme, qui renforce les pressions des grandes sociĂ©tĂ©s. On doit trouver de l’espace pour rĂ©flĂ©chir Ă  des musiques qui ne trĂŽnent pas au sommet des palmarĂšs. Je pense quand mĂȘme que c’est une bonne chose que n’importe quelle oeuvre puisse dĂ©sormais ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e et analysĂ©e, qu’il n’y ait plus d’exclusion. C’est beaucoup moins cool chez les jeunes de dĂ©tester de la musique. »

Lire la chronique sur le site du Devoir

Dominic Tardif
Le Devoir 14 mai 2016

- CommunautĂ©, paternitĂ©, et conquĂȘte spatiale

Fabrice Kada invite plusieurs intervenants dont Laurent de Sutter qui vous parlera de Let’s Talk About Love “une enquĂȘte assez passionnante aux frontiĂšres du bon et du mauvais goĂ»t, du grand goĂ»t et de la vulgaritĂ©â€.

Réécouter l’émission sur le site de la RTBF

Laurent de Sutter
RTBF // Musiq3 // Les glaneurs 28 avril 2016

- Let's Talk About Love avec Vincent Cespedes

L’équipe de Si tu Ă©coutes, j’annule tout reçoit le philosophe Vincent Cespedes. Avec lui ils Ă©voqueront le livre de Carl Wilson en troisiĂšme partie d’émission.

Réécouter l’émission sur le site de France Inter

Charline Vanhoenacker
France Inter // Si tu écoutes, j'annule tout 19 avril 2016

- Let’s Talk About Love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t

Chronique de Juliette Arnault dans l’émission de France Inter Si tu Ă©coutes, j’annule tout, Ă  partir de 44.10min.

Réécouter la chronique en podcast sur le site de France Inter

Juliette Anault
France Inter // Si tu écoutes, j'annule tout 20 avril 2016

- Comment Céline Dion m'a fait découvrir mes sentiments

Un extrait de l’ouvrage «Let’s Talk About Love», oĂč le critique Carl Wilson analyse notre attitude vis-Ă -vis du (supposĂ© mauvais) goĂ»t des autres.

Pourquoi pensons-nous que ce que nous n’aimons pas (et ce qu’aiment les autres, Ă©videmment) relĂšve du mauvais goĂ»t? Carl Wilson, critique Ă  Slate.com, dont nous avons dĂ©jĂ  traduit plusieurs articles, s’attaque Ă  cette question en analysant sa propre dĂ©testation pour CĂ©line Dion dans un livre, Let’s Talk About Love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t, paru en français aux Ă©ditions Le Mot et le Reste le 18 mars, accompagnĂ© d’une sĂ©ries d’essais sur le sujet de personnalitĂ©s (James Franco, Nick Hornby, Krist Novoselic
). Nous publions ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’éditeur, une version abrĂ©gĂ©e du chapitre «Faisons une version punk de “My Heart Will Go On” (ou: parlons de nos sentiments)». Les coupes sont signalĂ©es par des [
] et les intertitres de la rĂ©daction de Slate.fr.

D’abord, une intro solennelle Ă  la basse, puis ces notes odieusement familiĂšres –dah-dah-diii, yi-ii-da-do-daaa
– sauf que, cette fois, elles n’émanent pas d’un flĂ»tiau, mais d’une guitare Ă©lectrique, comme Jimi Hendrix qui balance son «Star-Spangled Banner». Puis, le guitariste Ă©grĂšne les power chords et le chanteur entame les paroles dans un vagissement mĂ©lodique et nasillard: «Everrrrynightinmydreams! I seeyou! I feelyou! ThatishowIknow you go-ouah aaahn!» Poum-poum, poumpoum, coups de grosse caisse.
En plus de cette version des New Found Glory, groupe de mall punk originaire de Floride, je connais au moins cinq autres reprises punk de «My Heart Will Go On» en circulation: celle des Australiens les Screaming Jets, du groupe de Nashville Los Straitjackets (une version instrumentale nasillarde), des Vandals, qui viennent de l’Orange County, des Switchblade Kittens, groupe arrogant et «centrĂ© sur les filles» de Los Angeles, ainsi que du groupe de spoof-metal issu du New Jersey Satanicide (la plus proche de l’original, puisqu’elle se contente de redonner des testostĂ©rones au metal sous oestrogĂšnes de CĂ©line). Je parie que beaucoup d’autres furent jouĂ©es en live par des musiciens qui ne sont pas allĂ©s jusqu’à les enregistrer.

Le rite de la reprise punk, ou «ironique», remonte au moins (sans compter Hendrix) aux Sex Pistols avec «Stepping Stone» des Monkees, doigt d’honneur Ă  l’adresse du tout jetable commercial qui connaĂźt un rebondissement de plus quand on sait que les Pistols Ă©taient, tout comme les Monkees, un groupe «fabriqué» de toutes piĂšces. La reprise ironique atteignit sans doute son apogĂ©e quand les post-punks The Replacements se mirent Ă  jouer des titres de Kiss et d’autres groupes de stadium rock dans leurs concerts du dĂ©but des annĂ©es quatre-vingt.
[
]

Retrouvez cet article en intégralité sur Slate.fr

Carl Wilson
Slate.fr 25 mars 2016

- Les classes moyennes ont-elles bon goût?

Parler de CĂ©line Dion dans Trax, est-ce bien raisonnable? Evidemment oui dans le cas de ce livre de Carl Wilson. Critique pour le magazine en ligne Slate et pour le quotidien The Globe and Mail. Le journaliste canadien signe un essai brillant et drĂŽle. Il analyse les mĂ©canismes de la fascination et de la detestation, de l’idolĂątrie et du rejet La figure de CĂ©line Dion – ça marche aussi avec Kanye West ou Johnny Hallyday – n’est qu’un prĂ©texte Ă  cet ouvrage
qui se penche sur le mauvais goĂ»t en musique. L’auteur qui peut citer Pierre Bourdieu comme Madonna bouscule les clichĂ©s et les Ă©tiquettes, se moque des chapelles indies contre celle du mainstream. Et il apparait que cette lutte du bon goĂ»t est avant tout une lutte des classes.

Olivier Pernot
Trax Avril 2016

- Pop, goûts et blessures

Enfin Ă©ditĂ© en français, «Let’s Talk About Love», du Canadien Carl Wilson, est une enquĂȘte aux frontiĂšres de ses certitudes pour tenter de comprendre le succĂšs d’artistes qu’il dĂ©teste, Ă  l’instar de CĂ©line Dion.

«Des goĂ»ts et des couleurs on ne discute point.» EmployĂ©e Ă  propos des jugements de valeur sur des Ɠuvres, la formule tient d’un faux bon sens utile pour calmer les discussions menaçant de s’envenimer lors des dĂ©jeuners du dimanche en famille. Depuis que la critique rock considĂšre la pop comme un art, elle a au contraire toutes les raisons d’en discuter. De fait, depuis plus de cinquante ans, elle noircit des pages et des pages Ă  propos de chansons de trois minutes, comme on Ɠuvrerait pour le triomphe de la vĂ©ritĂ©. Sans supposer nĂ©cessairement que son goĂ»t est infaillible, le critique, comme l’amateur, croit en une distinction rĂ©elle entre la bonne et la mauvaise musique, convaincu que la bonne n’est pas seulement celle qui lui plaĂźt mais celle qui, en soi ou presque, est vraiment bonne – tandis que la musique qu’il juge mauvaise l’est tout aussi substantiellement.

Bref, le critique croit en l’idĂ©e du goĂ»t, du goĂ»t au sens esthĂ©tique du terme : non pas simple expression de nos prĂ©fĂ©rences, aveu de plaisir ou de faiblesse, mais expĂ©rience de cette conviction intime, un peu plus que subjective, que cette musique est bonne et que cette autre ne l’est pas, que tel artiste est un visionnaire lĂ  oĂč tel autre est un imposteur, que cette chanson est un chef-d’Ɠuvre – au contraire de telle autre, qui est une scie sans Ăąme tout droit sortie de la matrice industrielle.

Artistes réévalués

Mais y a-t-il encore un sens Ă  affirmer un goĂ»t en pop ? «Chacun de nous possĂšde sa propre biographie du goĂ»t», Ă©crit Carl Wilson dans les premiĂšres pages de Let’s Talk About Love, livre paru en 2007 et traduit pour la premiĂšre fois en français. A 12 ans, il aimait tous les styles de musique «sauf le disco et la country», genre qu’il adore aujourd’hui pour avoir approfondi le sujet. Aussi fermement qu’il cherche toujours Ă  s’affirmer, le goĂ»t a quelque chose de flottant, une part de jeu qui laisse place aux rencontres et aux conversions de l’écoute. A l’échelle de l’histoire de la rock critic, c’est aussi vrai, mais un peu plus dĂ©stabilisant. Depuis qu’elle s’est autorisĂ© des réévaluations d’artistes, d’Abba Ă  Motörhead, ou de genres entiers comme le metal, le rock progressif ou la lounge exotica, on s’est rendu compte, malgrĂ© son ton souvent militant et pĂ©remptoire, que ses jugements ne pouvaient tout Ă  fait ĂȘtre gravĂ©s dans le marbre.
[
]

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de l’article sur le site de LibĂ©ration

AgnĂšs Gayraud
Libération 18 avril 2016

- Let’s Talk About Love. Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t

Livre du mois

La collection 33 1/3 rĂ©unit des essais consacrĂ©s Ă  quelques albums phares de la pop moderne (des Kinks Ă  Aphex Twin, des Smiths Ă  Danger Mouse). Au milieu de cet Ă©talage de bon goĂ»t, Carl Wilson signait, en 2007, Let’s Talk About Love, et se penchait sur 
 CĂ©line Dion. Eh oui. Coming-out ou provocation? Ni l’un ni l’autre. En fait, le critique se demande pourquoi il hait CĂ©line Dion, pourquoi la plupart des critiques« sĂ©rieux» la dĂ©testent Ă©galement, et pourquoi autant de gens l’admirent. Pour ce faire, il questionne ses goĂ»ts, ses prĂ©jugĂ©s et mĂšne une vĂ©ritable enquĂȘte sur la musique et le parcours de la Canadienne hystĂ©rique. Au point de nous la faire apprĂ©cier? Faut pas dĂ©conner. En revanche, s’appuyant sur l’oeuvre de Pierre Bourdieu (La Distinction en tĂȘte), Wilson dĂ©montre que rien n’est innĂ© ou naturel dans ce que l’on adore et ce que l’on abhorre. Tout est affaire de construction, de reconnaissance, d’ego – et varie Ă©videmment d’une classe sociale Ă  l’autre. Outre-Atlantique, ce livre Ă©rudit et drĂŽle fit presque autant de bruit qu’une vocalise de la QuĂ©bĂ©coise. En tĂ©moignent, dans cette Ă©dition française, des textes signĂ©s de quelques grands noms- dont l’écrivain Nick Hornby, le comĂ©dien James Franco, le musicien Owen Pallett ou l’ex-Nirvana Krist Novoselic – enrichissant les dĂ©bats.

Thibaut Allemand
Let's Motiv Avril 2016

- Ce livre va vous prouver qu'ĂȘtre fan de CĂ©line Dion n'est pas un crime

Vous adorez CĂ©line Dion, et alors? VoilĂ  ce que nous inspire la lecture de “Let’s Talk About Love : Pourquoi les autres ont-ils si mauvais goĂ»t”, signĂ© du critique de rock canadien Carl Wilson. Cet essai Ă  paraĂźtre ce jeudi 17 mars aux Éditions Le Mot Et Le Reste, se veut un voyage aux frontiĂšres du goĂ»t, du bon comme du mauvais.

En explorant les tenants et les aboutissants du phĂ©nomĂšne “CĂ©line Dion”, Carl Wilson, dĂ©tracteur absolu de la pop star et de son univers, tente une expĂ©rience qui tend Ă  bousculer les codes de son propre mĂ©tier: plutĂŽt que de rĂ©diger un Ă©niĂšme brĂ»lot empreint de sarcasme et de dĂ©dain, il s’attache Ă  apporter des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse quant Ă  la grande question que moult critiques musicaux balaient, gĂ©nĂ©ralement, d’un simple revers de main. Pourquoi pense-t-on nĂ©cessairement que tout ce que nous n’aimons pas relĂšve du mauvais goĂ»t?

En 1998, Carl Wilson est dĂ©semparĂ©. Le film “Titanic” vient d’ĂȘtre nommĂ© aux Oscars. Dans la foulĂ©e, un morceau de l’album de CĂ©line Dion Let’s Talk About Love, intitulĂ© My Heart Will Go On, titre phare de la bande originale du blockbuster de James Cameron, envahit les ondes du monde entier.

Le succĂšs de CĂ©line Dion est phĂ©nomĂ©nal. Et cela, malgrĂ© la critique qui ne cesse de la dĂ©nigrer. Place au “CĂ©line-bashing” dans les mĂ©dias: la chanson est insipide et dĂ©goulinante de bons sentiments. Quant Ă  la glotte hululante de Dion, elle se dilate au point d’avaler le monde entier, Ă©crit Wilson.

Mais le point de dĂ©part de sa haine envers CĂ©line Dion dĂ©marre vĂ©ritablement quand celle-ci est invitĂ©e Ă  se produire aux Oscars de 1998. C’est que Titanic est nommĂ© dans 14 catĂ©gories dont celle de la meilleure chanson originale. Parmi les artistes Ă  ses cĂŽtĂ©s, le musicien Elliot Smith, qu’adule Carl Wilson.

Le chanteur est le compositeur et interprĂšte de Miss Misery, l’une des chansons de la bande son du Will Hunting de Gus Van Sant. Que diable fait Smith, figure incontestable du rock underground, aux cĂŽtĂ©s de CĂ©line Dion, clinquante et pimpante, grande habituĂ©e du ghota hollywoodien?

[
]

DĂ©couvrez l’article en intĂ©gralitĂ© sur le site du Huffington Post

Katia Touré
Le Huffington Post 17 mars 2016