Le Son de la révolte
Une histoire politique de la musique noire américaine
De 1619 à nos jours, des spirituals au rap, la musique a été un moyen de revendication et de lutte politiques pour les Africains-Américains.
En quoi la musique africaine amĂ©ricaine est-elle insĂ©parable des luttes contre le racisme systĂ©mique amĂ©ricain? Cet ouvrage entend rĂ©pondre Ă cette question, partant de lâarrivĂ©e des premiers dĂ©portĂ©s africains sur le sol amĂ©ricain en 1619 jusquâau mouvement de Black Lives Matter. Ă la fois tĂ©moignage des rĂ©alitĂ©s sociales et cĂ©lĂ©bration de lâidentitĂ© noire, la musique a toujours Ă©tĂ© un puissant instrument de combats contre les injustices structurelles. Au-delĂ de faire danser ou de vendre des disques, la soul, le jazz ou le hip-hop expriment avant tout lâaspiration Ă un changement social. Nina Simone, Marvin Gaye, Bessie Smith, Public Enemy, Odetta et Archie Shepp pour ne citer quâeux sont autant de figures emblĂ©matiques du combat des Africains-AmĂ©ricains pour lâĂ©galitĂ©, la justice et la dignitĂ©.
Revue de presse
Une histoire politique de musique noire américaine Pierre Tenne Hors Série 10 janvier 2026
Le son de la révolte : une histoire politique de la musique noire américaine Etienne Augris La revue L'éléphant août 2025
VERSION ORIGINALE # 22 MARS 2025 â INVITĂ : CHRISTOPHE YLLA-SOMERS Patrick LĂ©on-Emile Aligre FM 22 mars 2025
Christophe Ylla-Somers : Le Son de la révolte Philippe Thirionet Jazzmania 16 février 2025
Une histoire politique des musiques noires américaines Jean-Samuel Kriegk Blast 9 février 2025
Musiques noires, force politique Pauline Guedj Politis 8 janvier 2025
Au fil des pages Francis Pian Radio Libertaire 25 décembre 2024
_ [essai] Le Son de la révolte : Une histoire politique de la musique noire américaine Benoßt Richard Benzine Mag 21 décembre 2024
Une nouvelle pluie dâidĂ©es de cadeaux rock et pop-culture Frederic Vandecasserie RTBF // Classic 21 7 dĂ©cembre 2024
A LIRE... Jean-Louis Lemarchand 29 octobre 2024
Le son de la révolte - Christophe Ylla-Somers Frédéric Koster Le livre du jour // Bretagne5 29 novembre 2024
Le Son de la révolte Francis Pian Radio Libertaire 25 novembre 2024
La musique, instrument contre lâinjustice Jean-Marc Pinson Sud-Ouest 15 novembre 2024
Entretien avec Christophe Ylla-Somers : « Les Noirs créent puis avancent » Guido Michelone Doppio Jazz 8 novembre 2024
_Le Son de la révolte. Une histoire politique de la musique noire américaine_, de Christophe Ylla-Somers Benjamin Croizy L'Anticapitaliste 7 novembre 2024
_Le Son de la révolte. Une histoire politique de la musique noire américaine_, de Christophe Ylla-Somers Benjamin Croizy L'Anticapitaliste 7 novembre 2024
Chants frondeurs au cĆur de lâAmĂ©rique noire Joe Farmer RFI_L'Ă©popĂ©e des musiques noires 31 octobre 2024
La musique afro-amĂ©ricaine a toujours portĂ© les voix des opprimĂ©s, avant mĂȘme les discours de Martin Luther King ou les slogans de Black Lives Matter. Des champs de coton du Sud des Ătats-Unis jusquâaux studios des plus grands rappeurs contemporains, chaque gĂ©nĂ©ration a transformĂ© ses chansons en tĂ©moignages, en actes de rĂ©sistance ou en appels Ă la justice. Un mĂȘme fil rouge relie ainsi les spirituals, le blues, le jazz, la soul ou le rap : raconter lâautre histoire des Etats-Unis, celle que le rĂ©cit officiel sâefforce Ă invisibiliser.
âLe fil rouge, câest le message social ou politique, une dĂ©nonciation de ce quâĂ©taient et ce que sont toujours les Etats-Unis, prĂ©cise lâhistorien Christophe Ylla-Somers, auteur de lâouvrage âLe son de la rĂ©volte, une histoire politique de la musique noire amĂ©ricaineâ. Ce qui va totalement Ă lâencontre du mythe amĂ©ricain tel qui est portĂ© par le pouvoir dominant. La musique va servir Ă la fois de tĂ©moignage des conditions de vie et de la culture noire invisibilisĂ©e par lâhistoire officielle, mais aussi de tĂ©moignage des luttes et des injustices. Et en mĂȘme temps, elle va cĂ©lĂ©brer une identitĂ© qui est dĂ©nigrĂ©e. Et puis elle sera un espace de libertĂ© dans une sociĂ©tĂ© oĂč toute prise de parole se solde par une violente rĂ©pression.â
Pour lire lâarticle en intĂ©gralitĂ©
âChristophe Ylla-Somers est lâauteur dâune copieuse histoire politique des musiques africaines amĂ©ricaines, depuis leurs origines jusquâĂ nos jours. Lâoccasion pour « Diagonale Sonore » de refaire le fil de cette histoire â ou plutĂŽt de ces innombrables histoires â dans un dialogue qui ne pouvait se limiter au format dâune seule Ă©mission. Ce seront donc deux Ă©missions consĂ©cutives qui seront consacrĂ©es au livre et Ă son formidable sujet !â
âIl pourrait ne sâagir que de musique, Ă©lĂ©ment essentiel de nos divertissements. Vue de France, la musique en anglais a longtemps Ă©tĂ© inaudible quant Ă ses contenus et aux messages quâelle transmettait. La barriĂšre de la langue nous fait ainsi fredonner des airs, la plupart du temps sans imaginer la teneur des paroles⊠Et pourtant, nous passons souvent Ă cĂŽtĂ© de lâessentiel. Câest tout le mĂ©rite de lâhistorien et DJ Christophe Ylla-Somers de donner du sens Ă ces musiques familiĂšres. Le sujet est vaste et lâauteur lâaborde par des chapitres enlevĂ©s, regroupĂ©s autour dâun des genres majeurs des musiques noires amĂ©ricaines. Partant des spirituals, il arrive naturellement au hip-hop, ayant au passage parcouru deux siĂšcles en nous plongeant dans le jazz, le rhythmânâblues, la soul et le funk. Cette maniĂšre de dĂ©couper deux siĂšcles de musique, mĂȘme si elle implique des allers-retours chronologiques, est indispensable pour comprendre une histoire qui nâest pas linĂ©aire. Il faut rappeler que les Ă©tiquettes accolĂ©es Ă ces genres sont souvent imposĂ©es de lâextĂ©rieur, en particulier par lâindustrie et la presse dominĂ©e par les Blancs. Les discriminations contre les Noirs â ici, les musiciens â, et leur marginalisation ou leur relĂ©gation constante par une sociĂ©tĂ© qui les perçoit comme une menace Ă lâordre Ă©tabli, est en effet lâun des fils conducteurs du livre. Dans ces conditions, la musique est au dĂ©part un moyen souterrain de poursuivre la lutte, surtout Ă lâĂ©poque de lâesclavage. Les chants repris par les Noirs empruntent Ă diffĂ©rentes traditions, rĂ©pertoires et rythmes mĂȘlant influences africaines, europĂ©ennes comme amĂ©ricaines. Reprenant certains des codes de la musique chrĂ©tienne, les esclavisĂ©s nâen dĂ©tournent pas moins les paroles, centrant celles-ci sur les passages de la Bible qui Ă©voquent la servitude, en particulier dans lâAncien Testament. Câest ainsi une maniĂšre Ă©vidente de chanter la libertĂ© dans une sociĂ©tĂ© qui lâentrave. Certains spirituals sont dâailleurs truffĂ©s dâindices gĂ©ographiques (Ă©toiles, riviĂšres) permettant aux fugitifs de gagner le nord plus facilement. La place de la religion est donc majeure dĂšs le XIXe siĂšcle. Et elle le reste ensuite, en tout cas dans la formation des musiciens africains-amĂ©ricains. Lâauteur retrace ainsi le parcours et la formation des principaux artistes du XXe siĂšcle. Quasiment tous ont appris la musique Ă lâĂ©glise, quâelle soit baptiste ou mĂ©thodiste. Si la plupart sâĂ©loignent ensuite du Gospel quâils ont appris dans leur enfance pour pratiquer des musiques considĂ©rĂ©es parfois comme diaboliques par les pasteurs, leur chant et leurs mĂ©lodies conservent lâempreinte de cette formation. Câest vrai pour la Soul, et mĂȘme pour le Blues, vu comme le pendant profane des musiques sacrĂ©es. Les luttes menĂ©es sont nombreuses et les morceaux les plus anodins sont parfois porteurs de revendications Ă la hauteur du siĂšcle de discrimination que les Noirs ont endurĂ© aprĂšs lâabolition de lâesclavage. Ce nâest en effet que dans les annĂ©es 1960 que les discriminations lĂ©gales disparaissent progressivement. Pour y arriver, la musique a lĂ aussi jouĂ© un rĂŽle essentiel, comme le rappelle lâauteur en montrant la profondeur des liens entre les activistes parmi lesquels Martin Luther King ou Malcolm X et les artistes comme Nina Simone ou Sam Cooke. En musique de mĂȘme quâen politique, Christophe Ylla-Sommers montre quâexiste toute une palette avec des degrĂ©s plus ou moins forts dâengagement. Mais Ă la diffĂ©rence dâautres artistes, les Africains-AmĂ©ricains sont Ă un moment ou un autre rattrapĂ©s par lâhistoire et confrontĂ©s au racisme. Certaines carriĂšres prennent mĂȘme un tournant aprĂšs lâassassinat de jeunes enfants, comme le raconte Nina Simone aprĂšs lâattentat de Birmingham qui la conduit Ă Ă©crire « Mississippi Goddam » en 1964, ou celui de figures comme Luther King en 1968. AprĂšs la fin des discriminations lĂ©gales, la lutte se poursuit jusquâĂ aujourdâhui. Et les musiques continuent Ă porter ces revendications. Lâauteur nous permet de (re)dĂ©couvrir ce que lâhistoire nâa pas retenu, malgrĂ© la rĂ©alitĂ© des faits. Prenons deux exemples au tournant des annĂ©es 1960 et 1970. Le festival de Woodstock a justement attirĂ© lâattention des historiens et durablement frappĂ© les imaginaires. Mais dâautres festivals, ayant eu une signification au moins aussi importante, ont Ă©tĂ© complĂštement ignorĂ©s Ă lâĂ©poque et sont depuis tombĂ©s dans lâoubli. Ainsi en est-il du Harlem Cultural Festival de 1969, parfois surnommĂ© le « Black Woodstock », qui draine des foules considĂ©rables et cĂ©lĂšbre les diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations et styles musicaux africains-amĂ©ricains. Autre exemple, qui tĂ©moigne du « blanchiment » de la musique noire, condition parfois de son succĂšs. Le cas du Rock nâroll est bien connu, Elvis cueillant des lauriers dont les pionniers du genre comme Sister Rosetta Tharpe ou Little Richard, nâont pas bĂ©nĂ©ficiĂ©. Ou comment cette musique, plutĂŽt appelĂ©e Rythm nâblues au dĂ©part, puise ses racines dans les musiques noires avant dâĂȘtre reprise par des artistes blancs devenus, aux yeux de la sociĂ©tĂ© Ă©tats-unienne, les vĂ©ritables crĂ©ateurs du genre. Le cas du disco est un peu similaire tout en Ă©tant encore moins connu. Câest tout le mĂ©rite de Christophe Ylla-Somers dâattirer notre regard sur les origines de ce style parmi la communautĂ© LGBTQ+ noire des grandes villes du nord, au mĂȘme titre que la house et la techno un peu plus tard Ă Chicago et DĂ©troit. Le disco, aujourdâhui associĂ© au film Saturday Night Fever et aux Bee Gees, qui marquent lâapogĂ©e et le dĂ©clin du genre, a complĂštement perdu, dans cette rĂ©cupĂ©ration commerciale et lâeffacement de ses crĂ©ateurs, son Ă©nergie des dĂ©buts et sa dimension subversive. Le cas du hip-hop semble nĂ©anmoins diffĂ©rent, celui-ci Ă©tant devenu mainstream sans que son enracinement dans la communautĂ© africaine-amĂ©ricaine ait Ă©tĂ© gommĂ©. Logiquement, son apparition et son dĂ©veloppement sont Ă©tudiĂ©s par lâauteur, mĂȘme si on peut regretter que le genre ne bĂ©nĂ©ficie pas de la mĂȘme attention dĂ©taillĂ©e que ses prĂ©dĂ©cesseurs, en particulier son Ă©volution dans les annĂ©es 1990 et 2000, pourtant riche en diversitĂ© et en maniĂšres dâexprimer des revendications.â
âLe Son de la rĂ©volte, Ă©ditions Le mot et le reste. Christophe YLLA-SOMERS, historien et DJ, nous propose une histoire politique de la musique noire amĂ©ricaine. Un ouvrage exhaustif indispensable pour mieux comprendre les Etats-Unis et apprĂ©cier davantage la musique noire amĂ©ricaine Ă travers les luttes pour les droits humains.â
âLire en intĂ©gralitĂ©â: https://aligrefm.org/podcasts/version-originale-le-podcast-170/version-originale-22-mars-2025-invite-christophe-ylla-somers-2946
âLâauteur, qui est Ă la fois dĂ©tenteur dâune maĂźtrise dâhistoire mĂ©diĂ©vale et DJ, promĂšne dâune part ses vinyles de clubs en bars dans de nombreux endroits du Monde et dâautre part est aussi Ă ses heures Ă©crivain. Auteur de deux livres jeunesse, il vient aujourdâhui nous conter lâhistoire de la musique africaine-amĂ©ricaine, Ă travers les luttes des peuples noirs contre le racisme aux Etats-Unis. Musique et lutte pour la libertĂ© sont intimement liĂ©es, câest ce que cet ouvrage tente Ă dĂ©montrer, Ă travers une analyse trĂšs pointue traversant les siĂšcles depuis lâarrivĂ©e des premiers Africains en AmĂ©rique en 1619. La musique comme le chant auront toujours Ă©tĂ© des moteurs du combat du peuple noir, au travers des grands courants musicaux, que sont le blues, le jazz, le funk ou la soul-musique. Aussi au travers des chants comme le gospel et au travers de grands artistes comme John Coltrane ou Marvin Gaye, la volontĂ© dâĂ©galitĂ© ou de justice se sera exprimĂ©e. AprĂšs une introduction oĂč lâauteur nous relate des anecdotes et finalement des faits, des actions, des rencontres au cours des annĂ©es 60 qui ont changĂ© lâhistoire, celui-ci nous propose un voyage itinĂ©rant Ă travers les siĂšcles en partant de lâarrivĂ©e des premiers Africains sur le continent US jusquâĂ nos jours. Un voyage aussi Ă travers les courants musicaux depuis le blues jusquâau hip-hop et ce Ă travers un rĂ©cit pointu et extrĂȘmement dĂ©taillĂ©, aussi bien au niveau des dates que des noms. Une lecture objectivement fastidieuse, enrichie de moult dĂ©tails, qui nous ouvre les yeux sur le long parcours douloureux de tous ces hommes et femmes, luttant pour leur libertĂ© Ă travers lâart, celui avec un grand âAâ ! A lire petit Ă petit pour pouvoir sâimprĂ©gner de chaque Ă©vĂ©nement, de chaque crĂ©ation, dĂ©couvrir lâimportance des textes et des thĂšmes des chansons et bien dâautres choses. Un recueil historique richement dĂ©taillĂ© !â
âBlues, jazz, soul, rap : les artistes afro-amĂ©ricains ont de tout temps dĂ©veloppĂ© un discours contestataire dans leur musique. Un essai passionnant de Christophe Ylla-Somers : Le Son de la RĂ©volte, raconte lâhistoire de plus de cent ans de lutte en chansons. Des champs de coton Ă New York â berceau du rap â en passant par les manifestations pour les droits civiques, les musiques afro-amĂ©ricaines ont toujours Ă©tĂ© le ciment de la contestation sociale. MĂȘmes digĂ©rĂ©es par lâindustrie musicale, mĂȘme rĂ©cupĂ©rĂ©es et aseptisĂ©es par des blancs (dâElvis Presley Ă Eric Clapton), les musiques noires amĂ©ricaines nâont jamais cessĂ© dâĂȘtre un outil de mobilisation politique autant quâun moyen dâexpression de fiertĂ© culturelle. Câest cette histoire riche et complexe que Christophe Ylla-Somers explore dans un essai exhaustif sur le sujet, qui met en lumiĂšre comment ces formes musicales ont continuĂ©, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration, Ă porter les aspirations et les revendications de la communautĂ© afro-amĂ©ricaine.â
âLe Son de la rĂ©volte, de Christophe Ylla-Somers, prĂ©sente une synthĂšse fouillĂ©e des musiques africaines-amĂ©ricaines. (âŠ) Les Staple Singers, Miles Davis ou Nina Simone (photo) comptent parmi les nombreux personnages du Son de la rĂ©volte, riche synthĂšse que Christophe Ylla-Somers consacre Ă la fabrique politique des musiques africaines-amĂ©ricaines. Suivant la chronologie, lâauteur revient sur diffĂ©rents courants, quâil rattache Ă leur contexte dâĂ©laboration. Son histoire aborde lâĂ©glise noire, lieu des spirituals, oĂč le pasteur est devenu leader politique et musicien. Puis il Ă©voque le blues, dont il montre avec force la puissance subversive des paroles, tout en double sens. Sont ensuite explorĂ©s le jazz â jazz age des grandes villes, be-bop regardant vers le mouvement des droits civiques, hard bop et free-jazz sâimprĂ©gnant du Black Power â, la soul et ses entrepreneurs noirs, et le funk, oĂč rĂšgne, entre autres, George Clinton, guide afro-futuriste qui rĂȘve dâune nation africaine-amĂ©ricaine « under a groove », autonome et autosuffisante. Enfin, le livre se penche sur les dĂ©buts du hip-hop, analyse lâinfluence des mouvements Black Lives Matter et propose une analyse fine du Cowboy Carter de BeyoncĂ©, effort de retournement des dynamiques dâappropriations culturelles, que nous avons dĂ©jĂ Ă©voquĂ© dans ces pages. Chemin faisant, le parcours proposĂ© par Christophe Ylla-Somers pose une question passionnante et provocatrice. « Aux Ătats-Unis, explique lâauteur, citant lâintellectuel africain-amĂ©ricain Nelson George, les Noirs crĂ©ent puis passent Ă autre chose. Les Blancs documentent et recyclent. » Que se passe-t-il alors lorsque des musiques contestataires se trouvent rattrapĂ©es par les logiques de commercialisation et de globalisation de lâart ? Quâadvient-il lorsque celles-ci sont musĂ©ifiĂ©es par ceux contre lesquelles elles sâĂ©taient créées ? Ă lâheure oĂč le monstre du capitalisme continue de dĂ©vorer tout sur son passage, lâouvrage invite Ă rĂ©flĂ©chir aux destins complexes de ces sons rĂ©voltĂ©s, entre insoumission et mainstream.â
âChristophe Ylla-Somers est un historien mais aussi un didgee et chanteur. Son livre est une fresque de lâĂ©volution de la musique afro-amĂ©ricaine dans un contexte dâesclavage, puis de sĂ©grĂ©gation et de racisme, pertinente autant dâun point de vue historique que des rĂ©fĂ©rences musicales. Entre 1525 et 1867, on estime quâentre 11 Ă 15 millions dâafricains seront dĂ©portĂ©s dans des conditions inhumaines vers les Etats-Unis pour la prospĂ©ritĂ© des entreprises et cultures amĂ©ricaines, ce pays considĂ©rĂ© comme un pays de libertĂ© a asservi dans un bain de sang pendant plus de 300 ans le peuple africain et la population indienne au service dâune « humanitĂ© dite supĂ©rieure » dit Thomas Jefferson. Du fait de leur expĂ©rience les afro-amĂ©ricains crĂ©eront une culture parallĂšle, une autre maniĂšre dâapprĂ©hender le monde, nous dĂ©couvrons dans ce livre page aprĂšs page lâĂ©mergence des spirituals puis des Gospels, du blues, du Jazz, de la soul et du hip-hop, du Rythm and blues tissĂ©e avec le temps de leur oppression. (âŠ) Un livre Ă lire assurĂ©mentâ
Christophe Ylla-Somers nous plonge dans lâHistoire des musiques afro-amĂ©ricaines, en reprenant les choses par le dĂ©but. Essai riche et foisonnant, Le Son de la rĂ©volte permet de comprendre pourquoi musique et lutte pour les droits ont souvent Ă©tĂ© Ă©troitement liĂ©es.
âOn embraye sur âLe Son de la RĂ©volteâ, toujours chez le mĂȘme Ă©diteur (Le Mot et le reste). LĂ , on examinera dans le dĂ©tail comment la musique fracasse la sociĂ©tĂ©. Et ici, plus prĂ©cisĂ©ment, comment la musique noire a infusĂ© de tous les temps contre le racisme made in USA, Ă travers le parcours de musiciens aussi divers et variĂ©s que Nina Simone et Public Enemy. Le sujet est original, son traitement est dĂ©capant et complet, et ce livre-somme sâen ressent Ă chaque page.â
âLe titre indique la couleur. DiplĂŽmĂ© dâhistoire et DJ, lâauteur Ă©voque les liens entre la musique africaine amĂ©ricaine et lâengagement, la lutte contre le racisme systĂ©mique amĂ©ricain et les discriminations. Du Spiritual au Hip-Hop, de Bessie Smith Ă John Coltrane ou Public Enemy, assure-t-il, « ces musiques expriment lâaspiration Ă un changement social ». Une Ă©tude fouillĂ©e qui court sur plus de quatre cents pages ⊠Du lourd !â
ââEn quoi la musique africaine-amĂ©ricaine est-il insĂ©parable des luttes contre le racisme systĂ©mique amĂ©ricain ?â Cet ouvrage entend rĂ©pondre Ă cette question, partant de lâarrivĂ©e des premiers dĂ©portĂ©s africains sur le sol amĂ©ricain en 1619 jusquâau mouvement Black Lives Matter. A la fois tĂ©moignage de la rĂ©alitĂ© sociale et cĂ©lĂ©bration de lâidentitĂ© noire, la musique a toujours Ă©tĂ© un puissant instrument de combat contre les injustices structurelles. Au-delĂ de faire danser ou de vendre des disques, le blues, le jazz, la soul, la funk ou le hip-hop expriment avant tout lâaspiration Ă un changement social.â
âLa musique africaine-amĂ©ricaine prend ses racines dans lâesclavage : en 300 ans plus de 11 millions dâAfricains ont Ă©tĂ© ramenĂ©s de force dans le Deep South des Ătats-Unis pour servir de main dâĆuvre corvĂ©able Ă merci pour les grands propriĂ©taires de champs de coton. Les chants, les danses, les joutes verbales jouĂšrent un rĂŽle essentiel pour supporter les souffrances et renforcer les liens communautaires entre ces dĂ©portĂ©s de diffĂ©rents peuples dâAfrique de lâOuest. Dans un pays qui se prĂ©sentait comme celui de la libertĂ© et de lâĂ©galitĂ©, les conditions de travail et de vie abominables imposĂ©es Ă ces humains (sĂ©grĂ©gation, lynchages) afin de devenir la nation la plus riche du monde, Ă©taient justifiĂ©es par les exploiteurs blancs en prĂ©tendant appartenir Ă une race supĂ©rieure : encore aujourdâhui âIndiosâ et âniggersâ sont des injures crachĂ©es au visage de sous-hommes âmenaçant la puretĂ© de la raceâ.
Lutter en chantant les âwork songsâ leur a permis de dĂ©noncer les injustices, de construire un rempart contre lâaliĂ©nation. Mais quâest-ce que le jazz ? : âUn noir Ă©tait jazz dans tout ce quâil faisaitâ, Nina Simone, pianiste et chanteuse. âLe jazz est lâĂ©ternel tam-tam qui rĂ©sonne dans lâĂąme noire, le tam-tam de la rĂ©volte contre la lassitude de vivre dans un monde blancâ, Langston Hugues, poĂšte. Pour lâindustrie amĂ©ricaine du spectacle, le jazz Ă©tait avant tout un produit commercial de divertissement permettant de faire des profits. Certains musiciens blancs ont tentĂ© de le copier en Ă©liminant son contenu social. Mais cette musique, en perpĂ©tuelle Ă©volution depuis les zones rurales pauvres du sud et les ghettos noirs des villes industrielles, a su rendre sa dignitĂ© au prolĂ©tariat noir. Le son de la rĂ©volte (Ăditions Le mot et le reste) est un rĂ©cent livre rĂ©fĂ©rence qui retrace lâhistoire des Ătats-Unis Ă lâaune des musiques africaines-amĂ©ricaines. Nous recevons Christophe Ylla-Somers, son auteur, qui anime lâĂ©mission Soul Power sur Radio Libertaire : âLe blues, la soul, le jazz ou le hip-hop expriment avant tout lâaspiration Ă un changement socialâ.â
âNous sommes nombreux Ă lâavouer, la musique qui nous fait vibrer, danser est bien souvent lâoeuvre de chanteurs ou chanteuses, musiciens ou musiciennes afro-amĂ©ricains. De Bessie Smith Ă Marvin Gaye, de John Coltrane Ă Public Enemy. Une musique qui a fait son miel dans diffĂ©rents genres musicaux : soul, funk, disco, rockânâroll⊠Au-delĂ de lâintĂ©rĂȘt artistique, la
musique noire amĂ©ricaine a souvent Ă©tĂ© un cri contre lâinjustice, le racisme. (âŠ) « Des prĂ©curseurs du rap dans le Bronx Ă Billie Holiday quand elle chantait Strange Fruit, chacun est le chroniqueur de la communautĂ© noire », dit Christophe Ylla-Somers, titulaire dâune maĂźtrise dâhistoire mĂ©diĂ©vale et par ailleurs DJ. «Les morceaux de jazz, de gospel, de soul ou de hip-hop tissent un lien entre un hĂ©ritage partagĂ© et lâhistoire dâune oppression commune, souligne lâauteur dâun ouvrage passionnant sur le sujet. La crĂ©ation artistique a toujours Ă©tĂ© un moyen de rĂ©sistance. Et si les oeuvres des groupes opprimĂ©s contiennent toujours une critique plus ou moins explicite, pour les Africains-AmĂ©ricains, la musique reste Ă ce jour le moyen privilĂ©giĂ© dâexprimer leurs griefs contre une sociĂ©tĂ© qui est loin dâavoir Ă©radiquĂ© le problĂšme des inĂ©galitĂ©s raciales. » Christophe Ylla-Somers ajoute : « Les luttes noires ont inspirĂ© dâautres groupes opprimĂ©s. Les historiens sâaccordent pour reconnaĂźtre que le Black Power a servi de modĂšles aux luttes dâĂ©mancipation des femmes, des AmĂ©rindiens et de la communautĂ© LGBTQ +. » Dans son ouvrage, lâauteur dĂ©crypte, par genre musical, cette rĂ©sistance, ce combat pour lâĂ©galitĂ©, la justice et la dignitĂ©. Un combat qui continue.â
âConnu en Italie en 2018 pour le volume illustrĂ© Siamo noi la storia, lâauteur a publiĂ© en France â oĂč il vit et travaille â en octobre 2024 Le son de la rĂ©volte. Une histoire politique de la musique noire amĂ©ricaine (littĂ©ralement The Sound of Revolt, A Political History of Black American Music), cherchant Ă rĂ©pondre Ă la question historique de savoir comment et pourquoi la musique afro-amĂ©ricaine est indissociable des luttes contre le racisme systĂ©mique amĂ©ricain. Pour ce faire, Christophe Ylla-Somers part de 1619, date du dĂ©barquement des premiers dĂ©portĂ©s africains dans les colonies anglaises (futurs Ătats-Unis) jusquâau rĂ©cent mouvement Black Lives Matter. Dans Le son de la rĂ©volte, lâauteur part du principe que la musique a toujours Ă©tĂ© un outil puissant dans la lutte contre lâinjustice structurelle, tĂ©moignant Ă©galement de diffĂ©rentes rĂ©alitĂ©s sociales et cĂ©lĂ©brant plus ou moins consciemment lâidentitĂ© noire. Bien quâils invitent Ă danser ou Ă acheter des disques, le blues, le jazz, la soul, le funk, le hip-hop expriment avant tout lâaspiration au changement social ; et par exemple Bessie Smith, Nina Simone, Odetta, Marvin Gaye, John Coltrane, Public Enemy sont des figures emblĂ©matiques de la rĂ©volution noire.â
â(âŠ) Cet Ă©rudit et minutieux essai ne se contente pas de faire la liste de grands noms de la musique contemporaine. DivisĂ© en sept grandes Ă©poques (Spiritual, Blues, Jazz, RhythmânâBlues, Soul, Funk, Hip-hop) et au fil dâĂ©difiantes anecdotes, il dĂ©taille pourquoi et comment la musique â et la danse â fait partie intĂ©grante de la vie des AfricainEs-AmĂ©ricainEs, offrant depuis lâesclavage un moyen dâaccompagner les tĂąches, dâexprimer ses sentiments et ses revendications, de sâadonner Ă la critique sociale, dâĂȘtre un vecteur de lutte. (âŠ) Alors, 460 pages dâoppression, ça peut paraĂźtre un peu dĂ©sespĂ©rant. Pas du tout en vĂ©ritĂ© car cela ne peut ĂȘtre dissociĂ© dâun crĂ©atif et foisonnant appel Ă libertĂ© et Ă la justice sociale, suivant lâexemple des esclaves et de leurs descendantEs. Celleux-ci ont fait Ă©voluer la religion chrĂ©tienne qui leur Ă©tait imposĂ©e Ă lâaide de chants, mettant en avant non pas les notions de crainte et de punition mais dâespoir dâune vie meilleure future, sans attendre lâau-delĂ . La bibliographie Ă la fin du livre est une vĂ©ritable mine de ressources, tout comme les trĂšs nombreuses citations. Relevons celle du chanteur et poĂšte Gil Scott-Heron : « Quand on est vivant et noir sur la planĂšte Terre [âŠ] il nây avait aucun foutu moyen de ne pas avoir de pression politique sur les Ă©paules, et par consĂ©quent de ne pas avoir dâopinions politiques. »
â(âŠ) Cet Ă©rudit et minutieux essai ne se contente pas de faire la liste de grands noms de la musique contemporaine. DivisĂ© en sept grandes Ă©poques (Spiritual, Blues, Jazz, RhythmânâBlues, Soul, Funk, Hip-hop) et au fil dâĂ©difiantes anecdotes, il dĂ©taille pourquoi et comment la musique â et la danse â fait partie intĂ©grante de la vie des AfricainEs-AmĂ©ricainEs, offrant depuis lâesclavage un moyen dâaccompagner les tĂąches, dâexprimer ses sentiments et ses revendications, de sâadonner Ă la critique sociale, dâĂȘtre un vecteur de lutte. (âŠ) Alors, 460 pages dâoppression, ça peut paraĂźtre un peu dĂ©sespĂ©rant. Pas du tout en vĂ©ritĂ© car cela ne peut ĂȘtre dissociĂ© dâun crĂ©atif et foisonnant appel Ă libertĂ© et Ă la justice sociale, suivant lâexemple des esclaves et de leurs descendantEs. Celleux-ci ont fait Ă©voluer la religion chrĂ©tienne qui leur Ă©tait imposĂ©e Ă lâaide de chants, mettant en avant non pas les notions de crainte et de punition mais dâespoir dâune vie meilleure future, sans attendre lâau-delĂ . La bibliographie Ă la fin du livre est une vĂ©ritable mine de ressources, tout comme les trĂšs nombreuses citations. Relevons celle du chanteur et poĂšte Gil Scott-Heron : « Quand on est vivant et noir sur la planĂšte Terre [âŠ] il nây avait aucun foutu moyen de ne pas avoir de pression politique sur les Ă©paules, et par consĂ©quent de ne pas avoir dâopinions politiques. »
âChristophe Ylla-Somers sâest plongĂ© dans lâhistoire tortueuse de la communautĂ© africaine-amĂ©ricaine de 1619 Ă nos jours. Il constate dans son livre, « Le Son de la RĂ©volte », que le nouveau monde ne fut jamais la terre dâĂ©galitĂ©, de justice et de dĂ©mocratie, prĂŽnĂ©e par les premiers colons europĂ©ens. Les Ătats-Unis se sont construits sur un dĂ©sĂ©quilibre social patent que les arts ont souvent dĂ©noncĂ©. Alors que lâĂ©lection du 5 novembre 2024 attise les tensions outre-Atlantique, nous explorons en musique quatre siĂšcles de rĂ©bellion et de contestation.â