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Parution : 16/05/2012
ISBN : 9782360540570
360 pages (148 x 210)

Le Sacre du rock

De la diabolisation Ă  la sacralisation

Extrait
En un quart de siĂšcle, Ă  l’inverse du diable auquel on le dit vouĂ©, le rock est parvenu Ă  sortir des enfers pour se hisser aux plus hauts sommets, jusqu’à l’Olympe oĂč siĂšgent ses plus fameux ‘guitar heroes’. (
) Au cours de son Ă©volution, il a su prĂ©server le voile de mystĂšres qui l’enveloppe depuis sa naissance, tout en revendiquant une part de lumiĂšre qui lui a permis de prĂ©tendre Ă  une dimension sacrĂ©e, voire religieuse.

Issue de la culture syncrĂ©tique des descendants d’esclaves noirs amĂ©ricains, la musique blues naĂźt dans le delta du Mississipi Ă  la fin du XIXe siĂšcle. RejetĂ©e par les blancs comme la musique du diable, aurĂ©olĂ©e de mystĂšres, riche en lĂ©gendes faustiennes (Robert Johnson et son fameux pacte avec le diable), la musique blues a enfantĂ© deux grandes familles musicales : le funk et la soul d’une part, le rock’n’roll d’autre part. DĂšs le dĂ©but, le rock hĂ©rite de la charge diabolique du blues : on le dit malĂ©fique, il corrompt la jeunesse, jimi Hendrix en est l’enfant vaudou et les Rolling Stones affichent leur sympathie pour le diable. Mais peu Ă  peu, on passe de la diabolisation Ă  la sacralisation du rock. ParrallĂšlement Ă  la baisse de l’étreinte religieuse en occident, le rock comble le vide qu’il a participĂ© Ă  crĂ©er et il devient la religion majoritaire des jeunes gĂ©nĂ©rations qui dĂ©ifient les stars du rock. Les artistes du rock deviennent des idĂŽles, adulĂ©es, et la musique rock confine au gigantisme.
Le Sacre du rock propose une histoire originale du rock vu Ă  travers l’évolution de sa charge magique et symbolique.

Revue de presse

- De l'hymne « One flesh, one bone, one true religion » Jean-Yves Leloup Gaité Lyrique 22 novembre 2012
- Blues Books Dominique Boulay Blues Magazine oct-nov-dec 2012
- Histoire d'un malentendu Cédric BRU Les Obsédés Textuels septembre 2012
- Le Sacre du Rock (Chroniques) Noé Gaillard Murmures 24 septembre 2012
- Read around the clock Yvain La caverne des idées 25 juin 2012

- De l'hymne « One flesh, one bone, one true religion »

Le jeune Ă©crivain et historien Steven Jezo-Vannier consacre d’ailleurs tout un ouvrage Ă  ce sujet. Dans Le Sacre du Rock6, il explique comment ce genre musical est entiĂšrement imbibĂ© de religiositĂ© : « Le vocabulaire crĂ©dite la vision d’un rock sanctifiĂ©. Il existe en effet tout un champ lexical rĂ©vĂ©lant la grande sacralitĂ© confĂ©rĂ©e au genre musical [du rock] : les superstars sont considĂ©rĂ©es comme des hĂ©ros, Ă  l’image des personnages des religions antiques ; on parle volontiers de “dieux du rock”, d’ “icĂŽnes”, d’ “idoles”, de stars “adulĂ©es”, “adorĂ©es”, “vĂ©nĂ©rĂ©es“
 Certains fans vouent un vĂ©ritable “culte” Ă  leurs musiciens favoris, les dĂ©ifient et les glorifient au plus haut niveau. Le langage prĂȘte mĂȘme au rock une “mythologie”, faisant entrer son histoire dans le mythe et le registre lĂ©gendaire. Les rumeurs courent, des croyances prennent forme et peuplent les biographies des musiciens : les uns auraient vendu leur Ăąme au diable, les autres auraient reçu leur don de Dieu
 ». L’auteur français dĂ©crit ainsi comment deux des figures les plus populaires de ces derniĂšres dĂ©cennies, Bruce Springsteen et Bono, auteurs de chansons chargĂ©es de flamme et d’émotion comme Born In The USA et The River (pour l’amĂ©ricain), Sunday Bloody Sunday ou With Or Without You (pour l’Irlandais, chanteur de U2), n’ont cessĂ© de mettre en scĂšne leur foi religieuse, cĂ©lĂ©brer la gloire de Dieu et leur relation au Tout-Puissant dans leurs paroles – mais ajouterais-je aussi –, dans leur forme musicale, qui emprunte souvent les voies de la ferveur, de la dĂ©votion ou du pompiĂ©risme.

Des poĂšmes grecs cĂ©lĂ©brant la puissance de ses hĂ©ros aux hymnes rock popularisĂ©s par U2, en passant par les invocations et les percussions des chamans, « la musique, affirme Jezo-Vannier, outil de dialogue avec le monde invisible des esprits, prend place dans le lien intime entre l’homme et le surnaturel, au cƓur du rapport au divin » .

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de l’article ici

Jean-Yves Leloup
Gaité Lyrique 22 novembre 2012

- Blues Books

L’auteur n’en est pas Ă  son coup d’essai. SpĂ©cialiste de la contre-culture, il a dĂ©jĂ  publiĂ© deux ouvrages chez le mĂȘme Ă©diteur.
Il y a comme un paradoxe fondamental dans l’histoire de la musique rock. À l’origine pourfendeur de toutes les sacro-saintes valeurs comme la religion, le pouvoire de l’argent ou le respect de l’établissement, ne voilĂ -t-il pas que, trĂšs rapidement, celui-ci est devenu lui-mĂȘme l’objet d’un nouveau culte, oĂč tout est sacralisĂ© au plus haut point, qu’il s’est fourvoyĂ© dans des mises en scĂšne aux coĂ»ts pharaoniques. Tellement adulĂ© et vĂ©nĂ©rĂ© qu’il s’est Ă©levĂ© jusqu’à des stratosphĂšres qui l’éloignent toujours davantage du commun de ses adorateurs. Éloignement objectif qui ne pouvait que laisser la porte ouverte Ă  toutes les relectures subjectives du moindre fait! D’autant que certaines de ses idoles se sont compromises dans des voies pour le moins mystĂ©rieuses

L’ouvrage propose donc un examen approfondi de l’histoire du rock Ă  travers l’évolution de sa charge magique et symbolique. Le titre de chacun des chapitres de l’ouvrage laissant la porte ouverte Ă  toutes les spĂ©culations : Sympathy for The Devil, Knockin’ On Heaven’s Door, Stairway to Heaven, Heaven is Your Mind, The Golden Road, Plastic Jesus, Heaven and Hell.
Ayant dĂ©sormais une petite idĂ©e du chemin qu’emprunte l’auteur, vous n’avez plus qu’à mettre vos pas dans les siens. Bon voyage !

Dominique Boulay
Blues Magazine oct-nov-dec 2012

- Histoire d'un malentendu

textuel

Dans Life, son autobiographie, Keith Richards Ă©crit “AprĂšs tout, le rock’n‘roll ce n’est que du jazz avec une fĂ©roce rythmique”

Venant de celui qui reprĂ©sente un des principaux avatars du “satanisme rock’n’rollien”, cette observation renvoyant nĂ©gligemment “la musique du diable” Ă  une simple histoire de binaire peut dĂ©concerter.

Steven Jezo-Vannier, auteur de plusieurs ouvrages sur les marges du rock et de la contre culture, n’entendait pas en rester lĂ . Le Sacre du Rock traite des rapports ambigus d’une musique issue du blues (entre autres
) vite appelĂ©e rock, qu’elle entretiendrait avec le Mal. Musique naĂźt dans la fange et le chaudron du Malin pour se voir porter au pinacle et dont les adeptes emplissent aujourd’hui les stades pour se prosterner devant les officiants aurĂ©olĂ©s de lumiĂšres cĂ©lestes.

Dans une Ă©tude documentĂ©e et serrĂ©e, S.J-V prolonge le travail de Hein ou Bourre sur cette idĂ©e ancienne du “satanisme rock” et sur les grands thĂšmes qui constituĂšrent sa singularitĂ© et ses dĂ©viances (religion, drogues, rĂ©volte sociale, alternative spirituelle
)

ParallĂšlement, il souligne le basculement et le glissement progressif du stade de rejet et de marginalisation du rock Ă  sa “sacralisation” par le public et les mĂ©dias. S’écartant de sa mission d’origine, le rock – dĂ©signĂ© un temps comme arme anticapitaliste – devint un des nouveaux emblĂšmes de la sociĂ©tĂ© de consommation en s’imposant, par exemple, comme la musique de rĂ©fĂ©rence des spots de pubs !

Retour en arriĂšre. Au dĂ©but Ă©tait le blues. Musique de lamentation et de consolation Ă  la fois chantĂ©e par les Noirs dans les champs de coton du sud des États Unis et popularisĂ©e dans le delta du Mississippi.

L’affaire aurait pu s’arrĂȘter lĂ . Le blues restant une sorte de patois musical, d’exception culturelle
 Mais, il enfla et surtout captiva de jeunes Blancs rebelles (comme Elvis, Jerry Lee, Little Richard jusqu’au jeunes stones de Dartford) qui participĂšrent Ă  l’établissement – pari gagnĂ© ! – du crossover. La mĂȘche Ă©tait allumĂ©e, la bombe prĂȘte Ă  exploser. On connaĂźt la suite


Pour notre part, – et nous regrettons qu’il n’en soit fait suffisamment mention – l’histoire du rock est aussi et surtout une affaire de racisme. Racisme anti noir, racisme anti jeune et plus tard racisme anti homo avec toutes ses formes de dĂ©viance.

En effet, le fameux diable entrant dans les maison n’est autre que le nĂšgre tant redoutĂ© de la middle class amĂ©ricaine – duquel de jeunes blancs (souvent par rĂ©action anti parentale) se sentirent solidaire. D’autres poussĂšrent la dĂ©marche plus loin et virent dans la nĂ©gritude l’aboutissement de tout avĂšnement spirituel comme Eric Burdon par exemple.

L’opportunitĂ© devint ensuite trop belle pour tant de bien pensants de prospĂ©rer sur ce hiatus. En effet, tout ce qui constitua la diabolisation phase A – donc sans le satanisme de pacotille (hormis le vaudou, respectĂ© par Hendrix, Dr John, Santana
) – venait du nĂšgre et donc Ă©tait coupable !

La suite tiendra davantage de la provocation et des frasques de jeunes vedettes aveuglĂ©es par le succĂšs et diminuĂ©s par la drogue (Led Zeppelin, Rolling Stones, Who
). Éternelle question du Bien et du Mal. A vrai dire, comme si parcourir, entre les 60’s et les 70’s les routes accompagnĂ©s de copains et de groupies pour aller jouer de la musique rythmĂ©e pouvait ĂȘtre rangĂ© dans la catĂ©gorie du Bien ?!

Pour en revenir, bien sĂ»r, au livre de Steven Jezo-Vannier, il nous a passionnĂ©, il nous a rappelĂ© aussi qu’il y a dĂ©sormais, grĂące Ă  des Ă©diteurs compĂ©tents et passionnĂ©s, une vraie critique rock française et nous a ramenĂ© aux sources d’une musique incomparable. Il a Ă©galement le mĂ©rite de montrer qu’aujourd’hui la fausse idĂ©ologie (Marilyn Manson, Rammstein ou Placebo) l’emporte sur l’artistique.

En mĂȘme temps, il nous a aussi laissĂ© quelque peu sur notre faim, l’auteur peinant Ă  suivre son projet initial et se perdant un tantinet dans l’idĂ©e de sacralisation en restant flou dans sa dĂ©monstration.

Peut-ĂȘtre aussi pour la simple raison que le rock ne fera jamais bon mĂ©nage avec le SacrĂ©.

LESOBSÉDÉSTEXTUELS

Cédric BRU
Les Obsédés Textuels septembre 2012

- Le Sacre du Rock (Chroniques)

Je n’ai trouvĂ© nulle part d’indication concernant l’auteur du montage de couverture. Peut-ĂȘtre est-ce pour lui Ă©viter les foudres de quelque croyant qui pourrait y voir “irrespect”. Ce Christ au milieu de la cĂšne, manipulant une guitare Ă©lectrique peut choquer, tout comme en son temps Patrick Bouchitey dans “La vie est un long fleuve tranquille”. Il serait malgrĂ© tout fort dommage de s’en offusquer dans la mesure oĂč le contenu du livre s’avĂšre une analyse chronologique des rapports du Rock avec le sacrĂ©.

Un contenu d’une lecture aisĂ©e et agrĂ©able autant qu’informative qui devrait permettre Ă  quelques uns de ne plus utilisez Ă  tort et Ă  travers l’expression “ Rock n’ Roll“. De “Son House“ un blues man Ă  Franck Zappa en passant par Led Zeppelin ou Little Richard et en citant – en en explicitant des passages – des chansons, Jezo-Vannier trace un historique du Rock et met en Ă©vidence Ă  partir de son origine, le blues, ses rapports avec le SacrĂ©. En sortant de l’église pour raconter la vie profane et non plus glorifier Dieu, le gospel devient le blues. Ce dernier en se mariant avec le Hillbilly devient le Rock-a-billy et introduit les blancs dans l’orchestre. Elvis Presley, surnommĂ© le King, lui donnera ses lettres de noblesse mais dĂ©clenchera par ses chansons et son jeu de scĂšne les rĂ©actions de l’église traditionnelle et conservatrice. D’un autre cĂŽtĂ© Chuck Berry, Little Richard, Ray Charles ou Jerry Lee Lewis chanteront comme les blues men des textes trĂšs sexualisĂ©s et certains seront condamnĂ©s en justice. Vous avez compris le Rock est Ă  l’image du montage de la couverture : Ă  la fois respectueuse et totalement iconoclaste. Et les versions actuelles de cette musique conservent le mĂȘme fonctionnement. C’est sans doute pour cela que cette musique ne meurt pas et que l’on cĂ©lĂšbre ses icĂŽnes (les Rolling Stones ont cinquante ans de carriĂšre).

Fouillez dans votre discothĂšque vous devez bien avoir quelques vinyles qui grattent mais qui illumineront votre lecture.

Noé Gaillard
Murmures 24 septembre 2012

- Read around the clock

Tant que nous sommes dans le Mot et le Reste, enchaĂźnons sur une de leur plus rĂ©centes parutions, et non des moindres. Une autre histoire du rock, oui, encore. Mais sous le prisme Ă  la fois original et Ă©vident de la religion. Le rock est la musique du diable, tout bon intĂ©griste vous le dira. Mais d’oĂč vient cette lĂ©gende tenace ?

C’est donc aux rapports tendus mais constants entre musique et religion que nous convie Steven Jezo-Vannier. Du blues oĂč les musiciens s’inventent une lĂ©gende en racontant leur pacte avec le diable en Ă©change d’un phrasĂ© de guitare hors du commun Ă  un Elvis Presley qui, non content de pervertir la jeunesse de son vivant, va devenir la premiĂšre divinitĂ© du show business aprĂšs sa mort ; de ce petit malin de John Lennon qui aura du mal Ă  faire comprendre que sa phrase sur les Beatles plus cĂ©lĂšbre que le Christ Ă©quivaut Ă  une rĂ©alitĂ© quant Ă  la baisse de popularitĂ© de l’église catholique Ă  l’embrasement de la culture hippie pour les spiritualitĂ©s orientales, de la mystique complexe de Led Zeppelin Ă  Satan brandi comme un Ă©tendard par des groupes de hard, d’une Madonna combinant stupre et religion pour faire le buzz au succĂšs rĂ©cent des groupes de nĂ©o mĂ©tal chrĂ©tien hurlant leur plaisir d’ĂȘtre Ă  Dieu en vous esquintant les oreilles, tout un programme
 Citant constamment les textes de chanson (avec traduction pour les non anglophones, on se rassure), ce bouquin trĂšs juste dans sa vision des choses est un vrai plaisir de lecture.

Retrouvez l’article dans son intĂ©gralitĂ© ici

Yvain
La caverne des idées 25 juin 2012