Le Renoncement de Howard Devoto
- Jâai lâimpression quâune personne sur deux de mon entourage porte un nom qui nâest pas le sien, lui avait dit Howard alors quâils faisaient les disquaires.
- Il faut te faire une raison Howard, avait répondu Dave. Tu es le genre de type qui donne envie aux gens de changer de nom et de vivre une autre vie.
20 fĂ©vrier 1976, Howard Devoto dĂ©couvre les Sex Pistols Ă Londres et dĂ©cide de les faire jouer Ă Manchester pour ce qui sera un des concerts les plus importants de lâhistoire de la musique contemporaine. Pris dans le mouvement, il crĂ©e un groupe qui restera une des icĂŽnes du punk : les Buzzcocks. Exigeant et impulsif, il quitte ses partenaires en voyant le mouvement se dĂ©naturer et fonde Magazine, oĂč il trouve le son quâil cherchait tant. En mĂȘlant lâĂ©nergie brute du punk Ă une musique plus intellectuelle, ce groupe se posera comme un des principaux initiateurs du post-punk. Cette biographie raconte lâĂ©volution de ce musicien charismatique, innovant et sans concession, qui nâa jamais rencontrĂ© un succĂšs Ă la hauteur de son talent. De la naissance du punk Ă la reformation de Magazine en 2008, lâhistoire de Howard Devoto est intrinsĂšquement liĂ©e Ă celle du rock, avec tout ce quâelle comprend dâinattendu. En rĂ©sonance avec la maxime de John Ford qui rappelle que si la lĂ©gende est plus belle que la vĂ©ritĂ©, il faut imprimer la lĂ©gende, Benjamin Fogel se base sur des faits avĂ©rĂ©s et nâa recours Ă la fiction que dans un souci de continuitĂ© narrative.
Revue de presse
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- Punkitude AgnÚs Léglise Rock&Folk Août 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto G.C Open Magazine 19 février 2015
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- Le Renoncement De Howard Devoto â Benjamin Fogel StĂ©phane Monnot Benzinemag 6 juin 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto MĂ€x Lachaud ObskĂŒre Magazine 5 mai 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto Vincent Théval Riffx 30 avril 2015
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- Le Renoncement de Howard Devoto Guillaume Cohonner Open Magazine Avril 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto François Girodineau Silence Is Sexy 5 mars 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto Jean Rouzaud Radio Nova // Nova Club 02 avril 2015
- Entretien avec Benjamin Fogel Vincent Théval France Musique // Label Pop 03 mars 2015
- Le Renoncement de Howard Devoto Pierre D. AlbumRock.net 23 mars 2015
- Livres du mois Olivier Valerio Radio P.FM // Easy Rider 22 février 2015
- Benjamin Fogel a mis Howard Devoto dans un livre Damien Besançon The Drone 16 février 2014
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Avouons-le tout de go, nous ne connaissions pas du tout lâhistoire de Devoto et ce bouquin de Benjamin Fogel, biographie se lisant comme un roman, ou roman se lisant comme une bio, remet nos pendules Ă lâheure. Comme tout personnage fondamental de lâhistoire de la musique, Howard Devoto Ă©tait rongĂ© par un ego surdimensionnĂ©, dont il avait conscience (ce qui le rendait en partie malheureux), et portĂ© par une vision sans concessions de la musique, de son industrie et du star system en gĂ©nĂ©ral.
Intransigeant avec les autres et avec lui-mĂȘme, son portrait ne nous le rend pas pour autant antipathique. Nous y voyons juste un homme, avec ses forces, ses blessures, son manque de confiance bousculĂ© par la folie Sex Pistols se transformant petit Ă petit en force crĂ©ative dĂ©mentielle. On ne peut dĂšs lors que constater que le personnage dâYvan De Christo, frĂšre de Simon, ressemble Ă©trangement Ă ce chanteur/compositeur punk jusquâau bout des godasses. Comme si une boucle se bouclait, mĂȘme s ce nâest Ă©videmment pas le cas.
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Peut-ĂȘtre que nous pouvons ainsi agir en consĂ©quence. Nous voyons petit Ă petit se restreindre nos libertĂ©s individuelles, que nous sommes acteurs de ce dĂ©litement par facilitĂ©. En effet, le contentement instantanĂ©, notre ego se rĂ©galent de la crasse qui dĂ©gouline des rĂ©seaux. De mĂȘme que nous nous y mettons en avant sans cesse, en quĂȘte de like, dâespoir dâune reconnaissance susceptible de nous conduire Ă la cĂ©lĂ©britĂ©. Tout ceci nâest que fadaise, quâun leurre Ă©hontĂ©. Et en lisant Le renoncement de Howard Devoto, nous ne pouvons que constater que tout ceci nâest que vanitĂ©. Quand, comme le chanteur, nous rĂ©alisons qui nous sommes, Ă force de revers, on ne peut que prendre un peu de recul et rĂ©flĂ©chir, pour ne pas dire Ă©voluer (dans le sens qui est bon pour nous).
Loin dâĂȘtre anecdotique, nous dirions simplement que lâauteur quâest Benjamin Fogel est Ă lâimage de celle des plus grands. Il dĂ©peint notre sociĂ©tĂ© avec une justesse implacable. Ce qui fait assurĂ©ment de lui un grand Ă©crivain. Tous ses livres sont intimement reliĂ© par un sentiment dâindĂ©pendance et de combat pour une vĂ©ritĂ© universelle, celle dâune humanitĂ© en quĂȘte dâelle-mĂȘme, cherchant Ă taire ses mauvais penchants.
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Benjamin Fogel, ça fait quelques annĂ©es que je le suis par Ă©cran interposĂ©. Son blog Playlist Society a fait bien du chemin depuis les chroniques rĂ©guliĂšrement âtrollĂ©esâ des disques de Greenday ou U2. DĂ©sormais, il joue dans la cour des grands : son blog rĂ©unit un nombre croissant de collaborateurs; ensemble, ils ont créé leur propre maison dâĂ©dition. Mais Le Renoncement de Howard Devoto a profitĂ© dâun Ă©diteur plus renommĂ©, Le mot et le reste, qui nâest pas Ă son coup dâessai dans le genre biographies ârockâ. Bref, si je suis restĂ© Ă mon humble niveau, conscient de mes limites rĂ©dactionnelles, Benjamin nâa cessĂ© de progresser, son Ă©criture sâaffinant pour ne garder que lâessentiel. Ce livre, lâun des rares sur cet artiste pourtant majeur du rock de ses quarante derniĂšres annĂ©es, est une biographie matinĂ©e de fiction. En effet, Devoto reste un personnage pour le moins mystĂ©rieux et lâauteur nâa semble-t-il eu dâautres choix que de combler les âtrousâ avec quelques partis pris personnels. Ce procĂ©dĂ© permet ainsi de conserver une lecture fluide. AprĂšs, il serait intĂ©ressant dâavoir lâavis du chanteur sur cette biographie non officielle. Tous les Ă©vĂ©nements de sa carriĂšre y sont abordĂ©s, de son enfance dans le Nord de lâAngleterre, au fameux Ă©pisode de la premiĂšre venue des Sex Pistols Ă Manchester dont Devoto alors tout jeune Ă©tudiant fut Ă lâorigine, en passant bien sĂ»r par la carriĂšre musicale Ă proprement parler. Le Renoncement de Howard Devoto, câest la clairvoyance du chanteur qui, dĂšs la sortie du premier EP des Buzzcocks, claque la porte du groupe et du punk, voyant dĂ©jĂ un mouvement rattrapĂ© par les mĂ©dias et le marketing. Le Renoncement de Howard Devoto, câest aussi lâabandon de Magazine, sa grande Ćuvre, inventeur du post-punk, par manque de succĂšs, de reconnaissance et le sentiment dâinutilitĂ©, de nâavoir plus rien Ă dire. Devoto jettera lâĂ©ponge aprĂšs plusieurs tentatives infructueuses post-Magazine, trouvant un boulot dans la sociĂ©tĂ© civile, comme nâimporte quel quidam.
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Ne nous mentons pas, lire des bouquins sur le rock revient finalement Ă se morfondre littĂ©ralement de regrets sur tout ce quâon a ratĂ©, contes parfaits, moments magique ou rencontre exceptionnelles. Le Renoncement de Howard DĂ©vot de Benjamin Fogel nâĂ©chappe pas Ă la cruelle rĂšgle. Car si Devoto nâest pas trĂšs connu du grand public aujourdâhui, on peut sans aucun doute lui accorder quelques crĂ©dits majeurs dans lâhistorie du rock anglais de la fin des annĂ©es 70. Le plus Ă©vident Ă©tant dâavoir, en organisant le premier concert des Sex Pistols Ă Manchester le 4 juillet 1976, littĂ©ralement rĂ©volutionnĂ© la scĂšne locale tant le gig emballa sa petite cinquantaine de spectateurs parmi lesquels, attention vâlĂ du beau linge, les futurs membres fondateurs de Simply Red, The Fall, Joy Division, New Order et les Smiths, rien que ça. Inutile donc de prĂ©ciser Ă quel point on aurait aimĂ© ĂȘtre dans lâassistance pour voir in vivo se dissiper les hĂ©sitations de ces jeunes gens, jusque-lĂ wannabe rockers qui concrĂ©tisĂšrent ensuite tous leurs rĂȘves avec ce moto inspirĂ© du concert : âSi les Sex Pistols arrivent Ă ce son lĂ sans savoir jouer, jây arriverai aussi.â
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Howard Devoto est, sous sa plume sobre et Ă©lĂ©gante, sĂ»rement plus sĂ©duisant et moins ambigu quâen rĂ©alitĂ© mais le joli portrait dâesthĂšte dissident quâil en dresse rend avant tout un hommage mĂ©ritĂ© Ă cet Ă©nigmatique musicien.
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DĂ©cidĂ©ment, les Ă©ditions Le mot et le reste continuent de publier des livres sur la musique aussi essentiels que pointus comme ceux dĂ©jĂ parus sur Sun Ra et Moondog. Cette fois-ci, câest lâinsondable hĂ©ros du post-punk Howard Devoto qui est mis Ă lâhonneur. Benjamin Fogel (cofondateur de la revue en ligne Playlist Society) dresse le portrait du fondateur des Buzzcocks et de Magazine. Toujours Ă lâavant-garde, Devoto est lâune des personnalitĂ©s les plus sous-estimĂ©es du mouvement punk et post-punk. Avec ce rĂ©cit, justice lui est enfin rendu grĂące Ă la plume aiguisĂ©e de Fogel.
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Qui est Howard Devoto ? Un jeune gars de Manchester pas plus brillant que ça, issu des classes moyennes qui se retrouve Ă lâendroit exact au moment pile⊠jusque-lĂ rien dâexceptionnel⊠et qui de surcroĂźt, câest sa force, met en lien les deux dimensions. De quasiment rien, il fait presque tout avec une dĂ©termination hallucinante, frĂŽlant lâautisme (je galvaude un terme mĂ©dical⊠je saisâŠ) et le mĂ©pris de son prochain. Le gars rĂ©ussit Ă faire venir les Sex Pistols, alors en plein boum, Ă Manchester en empruntant la voiture dâune copine le temps dâune virĂ©e hasardeuse Ă Londres. Ce concert restera gravĂ© dans la pierre, non pas tant pour ce quâil sây joua sur scĂšne que pour la concentration de futurs gĂ©nies du pop-rock dans la fosse. De mĂ©moire les futurs Smiths, Joy Division, The Falls et dâautres que jâai oubliĂ©s⊠The place to be ! ArmĂ© de cette mĂȘme dĂ©termination et dâun dĂ©but de notoriĂ©tĂ© dans le punkland, il fonde dans la foulĂ©e les Buzzcocks, se dĂ©mĂšne comme un damned (câest placĂ©) pour sortir de façon complĂštement indĂ©pendante, un premier E.P. (Extended Play=mini album) en fondant son propre micro label. SuccĂšs total. LassĂ© et pressentant le dĂ©clin inĂ©vitable du mouvement rebelle mais de toute Ă©vidence transitoire, il plaque tout au bout de six mois, alors que la gloire lui tend les bras, pour fonder Magazine, pratiquer un musique nettement plus Ă©voluĂ©e et devenir un des prĂ©curseurs du post-punk et de la new-wave. Rien que ça⊠Sorti de nulle part, il a la petite vingtaine et ce nâest que le dĂ©but du pĂ©riple.
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Un livre sur Howard Devoto a de quoi enthousiasmer car ce personnage a jouĂ© un rĂŽle majeur dans lâĂ©mergence du punk et du post-punk en Angleterre. AssociĂ© aux dĂ©buts des Buzzcocks et aussi Ă Magazine, il a continuĂ© Ă produire des Ćuvres trĂšs inspirĂ©es dans les annĂ©es 1980, que ce soit au sein de Luxuria (deux albums seulement) ou Ă travers des collaborations alchimiques (on notera en particulier sa prĂ©sence sur le fantastique Brute Reason de Bernard Szajner en 1983).
Benjamin Fogel a donc dĂ©cidĂ© de se pencher sur cette figure oubliĂ©e, tout en comblant les vides informationnels de cette biographie musicale par des dialogues fictionnels. La vie de Devoto, de son vrai nom Trafford, en elle mĂȘme est assez banale. NĂ© Ă Scunthorpe en 1952, il est issu dâun milieu plutĂŽt privilĂ©giĂ©. Comme beaucoup de jeunes, il sâennuie et se rĂ©fugie dans la musique dont il parle avec ses quelques amis pendant des heures. Il monte son premier groupe au lycĂ©e et lit les auteurs français. Bref, rien de trĂšs palpitant. Puis il commence Ă envoyer des petites annonces dans la presse spĂ©cialisĂ©e et rencontre Peter McNeish (Pete Shelley), un passionnĂ© de musique Ă©lectronique qui avait conçu son propre oscillateur. Mais câest le 18 fĂ©vrier 1976 quâil aura une rĂ©vĂ©lation en lisant un article du NME sur les Sex Pistols. Il veut les voir Ă tout prix et dĂ©cide de partir Ă Londres sans savoir si le groupe va se produire sur scĂšne. Par chance, il apprend au magasin Sex de Malcolm McLaren quâils jouent au High Wycombe College. FascinĂ©, il dĂ©cide de les faire venir Ă Manchester en juin et crĂ©e avec Pete les Buzzcocks dans la foulĂ©e. Dans le public se trouvent des membres de The Fall, Joy Division ou des Smiths. Lâascension des Buzzcocks sera rapide et leur premier EP Spiral Scratch obtient un succĂšs Ă©norme. La tĂąche accomplie, Devoto sera le premier Ă quitter le navire punk. MĂȘme si on peut y voir un auto-sabotage de son propre envol, la remise en question de lâartiste va lâamener Ă crĂ©er Magazine avec le guitariste John McGeoch, un des premiers combos post-punk. Quatre albums paraĂźtront entre 1978 et 1981, puis un disque de reformation en 2011. Benjamin Fogel se focalise essentiellement sur cette pĂ©riode dâhyperactivitĂ©, avec pas mal dâanecdotes ou dâĂ©pisodes dĂ©plaisants (la performance ratĂ©e Ă Top Of The Pops, la tournĂ©e avec Patti Smith, odieuse). La suite est traitĂ©e plus rapidement, mais on y sent Ă©merger une personnalitĂ© intĂšgre, qui a toujours un peu fui le succĂšs. Par la suite, Devoto obtiendra un emploi au sein dâune agence de presse en tant que responsable des archives photographiques et mĂšnera une vie bien tranquille. Au final, il demeure une Ă©nigme totale, devenu un personnage-clĂ© du rock anglais peut-ĂȘtre juste par hasard. Le style est maĂźtrisĂ© et le livre se lit en une bouchĂ©e. On regrettera juste lâabsence dâune discographie complĂšte en fin dâouvrage et une bibliographie.
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Connaissez-vous Howard Devoto ? Câest lâhomme qui se cache derriĂšre les Buzzcocks, lâun des groupes qui a fait connaĂźtre le mouvement punk anglais. Un livre passionnant revient sur son parcours hors-normes.
Manchester, 1976 : Howard Devoto frĂ©quente encore lâuniversitĂ© (en dilettante) quand il tombe sur un article du New Musical Express (lâun des grands hebdomadaires musicaux anglais) vantant lâĂ©nergie et lâoriginalitĂ© dâun tout jeune groupe, les Sex Pistols. Ă la faveur dâun pĂ©riple londonien improvisĂ©, il va voir le phĂ©nomĂšne de ses propres yeux, lors de deux concerts qui le marquent profondĂ©ment. Enfin il trouve un groupe qui rĂ©pond Ă ses aspirations de rupture et de libertĂ©. Câest le dĂ©clic : en quelques semaines, il organise lui-mĂȘme un concert des Sex Pistols Ă Manchester et forme son groupe (avec Peter Shelley) : les Buzzcocks. Ce concert ainsi que le premier disque entiĂšrement auto produit des Buzzcocks, ce sont les Ă©tincelles qui vont embraser la scĂšne musicale anglaise et lancent le mouvement punk. Mais, tandis que son groupe commence Ă connaĂźtre un beau succĂšs, Howard Devoto le quitte brutalement, par refus des compromis quâimpliquerait le succĂšs. Câest le premier Ă©pisode de la courte carriĂšre dâun homme qui a fait du contre-pied son mode de vie.
Et il y en aura bien dâautres, de ces Ă©pisodes savoureux ou pathĂ©tiques, racontĂ©s avec talent par Benjamin Fogel (cofondateur de Playlist Society, revue culturelle en ligne), qui a choisi pour cela une forme originale : le roman.
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LâĂ©tude de cette figure singuliĂšre du post-punk qui en laissa plus dâun pantois (Simon Reynolds, par exemple), mi-roman (Fogel bouche les trouves dâune biographie difficilement cernable grĂące Ă pas mal de recherches et Ă son imagination), mi-documentaire, laisse entrevoir toute la question de la crĂ©ation, de lâego, des pulsions autodestructrices, des contradictions qui affleurent dĂšs lors que la crĂ©ation artistique devient un mĂ©tier, etc. Une âbioâ qui se lit comme un roman des annĂ©es 80, avec toutes ses figures emblĂ©matiques et, en filigrane, le parcours individuel dâun gomme qui possĂ©dait tout pour rĂ©ussir sâil nâavait pas eu pour pire ennemi lâĂ©thique et lâhonnĂȘtetĂ©. Une fable, moderne malgrĂ© lâĂ©poque dont il est question ici, qui pourrait servir de leçon Ă pas mal de monde aujourdâhui. Saura-t-on la lire correctement ?
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DĂ©cidĂ©ment, les Ă©ditions Le Mot et le Reste continuent de publier des livres sur la musique aussi essentiels que pointus comme ceux dĂ©jĂ parus sur Sun Ra et Moondog. Cette fois-ci, câest lâinsondable hĂ©ros du post-punk Howard Devoto qui est mis Ă lâhonneur. Benjamin Fogel (cofondateur de la revue en ligne Playlist Society) dresse le portrait du fondateur des Buzzcocks et de Magazine. Toujours Ă lâavant garde, Devoto est lâune des personnalitĂ©s les plus sous-estimĂ©es du mouvement punk et post-punk. Avec ce rĂ©cit, justice lui est enfin rendue grĂące Ă la plume aiguisĂ©e de Fogel.
Le renoncement de Howard Devoto ou lâhistoire dâun brave archiviste anglais connu pour avoir montĂ© les Buzzcocks puis inventĂ© le post-punk. Pas moins.
Il nâĂ©tait pas trĂšs beau, dans les annĂ©es 1970. Ăa non⊠Pas mieux quâun Brian Eno ou quâun Blixa Bargeld. Il nâavait rien dâune future star du rock et, pourtant, il va devenir en quelques annĂ©es lâun des personnages les plus importants de lâhistoire du punk et du post-punk. Dans un ouvrage assez percutant, Benjamin Fogel nous offre lâopportunitĂ© de suivre le parcours de vie atypique du crĂ©ateur des Buzzcocks et de Magazine, que tout le monde aime citer les coudes sur le comptoir sans pour autant bien le connaĂźtre.
Le cofondateur du site Playlist Society nous fait dâabord comprendre que lâĆuvre de Devoto nâa tenu quâĂ une sĂ©rie de hasards. Dans cette biographie romancĂ©e (mais bien documentĂ©e), Benjamin Fogel nous ramĂšne Ă une Ă©poque oĂč les Sex Pistols commençaient tout juste Ă faire parler dâeux. Les crĂ©ateurs du punk anglais nâavaient pas encore sorti dâalbum et, faut-il le rappeler aux moins de vingt ans, Internet nâexistait pas. Il sâen fallait donc de peu pour que Devoto passe Ă cĂŽtĂ© de âAnarchy in the UKâ, lui qui vivait prĂšs de Manchester, cette sinistre citĂ© ouvriĂšre vivant des restes de la capitale britannique.
Il y a donc eu un premier coup de chance, lorsquâune camarade de classe, dont il nâĂ©tait pourtant pas proche, lui prĂȘta la bagnole qui lui permit de se rendre Ă Londres avec son pote Peter Shelley, le temps dâun week-end improvisĂ©. Il y avait encore moins de chance pour que le groupe de Johnny Rotten se produise en concert ce 20 fĂ©vrier 1976. Sans parler de celle de faire la rencontre de Malcom McLaren, cet hyper communicant qui lui donna lâidĂ©e de crĂ©er sa propre bande, puis de faire venir les Pistols chez les mancuniens, un beau jour de juin 1976. Les premiers punks anglais reviendraient le mois suivant, permettant ainsi aux Buzzcocks de faire leur premiĂšre partie, et lâun de leurs tous premiers concerts.
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En refermant cet ouvrage, on sait que lâobjectif de Benjamin Fogel est bel est bien rempli. En utilisant la forme du rĂ©cit romancĂ©, il est parvenu Ă rendre dicible ce qui ne lâĂ©tait pas de maniĂšre Ă©vidente, Ă savoir la psychologie dâun homme complexe et en proie au doute constant. En dĂ©laissant un peu les reconstitutions factuelles, il nous dĂ©peint un Howard Devoto plus tangible, un homme auquel il est dĂ©sormais possible de sâidentifier. Si la reconstitution des dialogues servant Ă rendre certaines situations plus fluides ou vivantes ne nous a pas toujours convaincus, lâensemble se lit pourtant en oubliant les ficelles du narrateur. Enfin, on apprĂ©cie le style dynamique et sincĂšre, Ă mille lieux de la pose si chĂšre aux punks et aux fans de new wave.
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Jean Rouzaud sâenthousiasme sur le livre de Benjamin Fogel dans une belle chronique lors du Nova Club de David Blot.
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Revivez 1h30 dâentretien en musique avec Benjamin Fogel autour de son ouvrage.
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DĂ©finitivement on nâen sort plus. LâĂ©poque bĂ©nie du post-punk nâa pas encore fait lâobjet dâun retour en grĂące, malgrĂ© le revival eighties, mais aprĂšs la sortie du 3e album de Motorama sous perfusion Joy Division, Howard Devoto est Ă lâhonneur. Cofondateur des Buzzcocks quâil quitte Ă la sortie de leur premier EP pour aller former Magazine, ce Grand Homme a Ă©crit quelques pages de lâhistoire de la musique rock.
Benjamin Fogel prend le parti dâun narrateur omniscient. Il EST dans la tĂȘte de Howard Devoto, il CONNAIT ses ressorts et motivations Ă chaque instant de sa courte carriĂšre musicale. Lâavant-propos du Renoncement de Howard Devoto nous avertit, on a affaire Ă une biographie sâautorisant les digressions totalement fictives pour âcombler les vides et confĂ©rer une continuitĂ© narrative au texteâ. On nâest pas chez Duras non plus. Les critĂšres littĂ©raires deviennent incroyablement lĂąches dĂšs quâon parle de bouquins sur le rock. Bien que largement au-dessus du lot, Le Renoncement de Howard Devoto nâa pas grand-chose de littĂ©raire (on se lancera dans un dĂ©bat pour dĂ©finir la littĂ©rature un autre jour).
Fort heureusement, de par son sujet Benjamin Fogel Ă©vite lâĂ©cueil de la compilation dâanecdotes rockânâroll (sex, drugs and pffft) qui constituent la matiĂšre premiĂšre non dĂ©cantĂ©e dâun trop grand nombre dâouvrages. Howard Devoto nâest pas Iggy Pop et Magazine nâest pas Mötley CrĂŒe. LĂ oĂč bien des rock critics se pignolent sur les frasques des crĂ©tins congĂ©nitaux des Stooges pour mieux Ă©viter de parler musique, Fogel traite son sujet avec le sĂ©rieux qui sied Ă un individu aussi peu rockânâroll que Devoto. En dehors de quelques paragraphes sur lâenfance de celui qui se nommait encore Howard Trafford et des extrapolations sur ses discussions avec deux femmes ayant partagĂ© sa vie, on ne parlera ici que de cheminement intellectuel et musical.
Autre faiblesse absente ici, le manque de recul par rapport Ă un environnement musical. Loin de faire du Royaume-Uni de 1976-1977 une terre acquise au punk rock, Fogel rappelle que Pete Shelley et Howard Devoto Ă©taient âles deux seuls punks non londoniens de toute lâAngleterreâ au moment de la crĂ©ation des Buzzcocks. Bien que parfois aveuglĂ© par le caractĂšre novateur de Magazine au point dâen faire un groupe Ă succĂšs, lâauteur insiste sur la chute quâa constituĂ© le passage du groupe Ă Top Of The Pops, soit lâexemple unique dâune formation dont les ventes ont dĂ©gringolĂ© aprĂšs avoir participĂ© Ă lâĂ©mission. Fogel rappelle le Big Bang quâa Ă©tĂ© le concert des Sex Pistols au Free Trade Hall en 1976, Ă©vĂ©nement auquel ont assistĂ© touts ceux qui allaient ensuite compter sur la scĂšne musicale de Manchester : Tony Wilson, Martin Hannett, Mick Hucknall, Mark E. Smith, Peter Hook, Bernard Sumner et Steven Patrick. Mieux vaut nĂ©anmoins disposer de solides bases concernant lâhistoire du punk/post-punk pour tout suivre. On ne saura trop conseiller le film 24 Hour Party People de Michael Winterbottom qui concentre cette histoire en un bon divertissement.
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Une fois de plus Easy Rider chronique un de nos ouvrages et on les remercie pour tous leurs compliments !
Réécouter lâĂ©mission sur le site dâEasy Rider
La liste des groupes qui doivent tout aux Buzzcocks et Ă Magazine est longue comme le line-up du Austin Psych Fest, et Howard Devoto â lâhomme Ă lâorigine de ces deux groupes (et le gĂ©nie derriĂšre âBoredomâ et âShot by Both Sidesâ qui ne sont pas loin dâĂȘtre respectivement le meilleur morceau de punk et le meilleur morceau de post-punk de lâhistoire) â aurait dĂ» avoir un destin Ă la Bowie. Au lieu de ça, Devoto, Ă qui Simon Reynolds attribuait âle premier prix de clairvoyanceâ pour avoir su âquitter le navire du punk alors que celui-ci venait tout juste de sortir du portâ (dans son livre Rip It Up And Start Again), a passĂ© lâessentiel des annĂ©es 90 Ă archiver des photos de presse dans un local sans fenĂȘtre et Ă relire Huysmans.
âLes bons jours, il arrivait Ă se persuader que tout cela avait Ă©tĂ© injuste, que lâhistoire aurait dĂ» retenir les Buzzcocks et Magazine, plutĂŽt que les Sex Pistols et Joy Division, mais dans les mauvais (âŠ) la prĂ©tention dont il avait fait preuve tout au long de sa carriĂšre le dĂ©goĂ»taitâ Ă©crit Benjamin Fogel dans les derniĂšres pages de son livre Le Renoncement de Howard Devoto qui paraĂźt ce jeudi aux Ă©ditions Le mot et le reste. Du fameux concert des Pistols du 4 juin 1976, organisĂ© Ă Manchester par les branleurs que sont alors Devoto et Pete Shelley jusquâĂ la reformation de Magazine en 2009, Fogel â cofondateur de la revue en ligne (devenue depuis peu maison dâĂ©dition) Playlist Society â retrace lâitinĂ©raire de ce gamin des West Midlands (il a grandi dans la cambrousse du Warwickshire) qui a rĂ©volutionnĂ© le rock et tout envoyĂ© valser deux fois en quatre ans et questionne les raisons des (auto-) sabotages successifs de Devoto, dans un rĂ©cit qui sâautorise une part de fiction mais sâappuie sur de solides connaissances du sujet.
Benjamin Fogel prĂ©sentera et signera son livre le jeudi 19 fĂ©vrier Ă la librairie Le Salon (by ThĂ© des Ăcrivains) dans le 3Ăšme arrondissement de Paris. Soyez-y.
Extraits et playlist Ă retrouver sur le site de The Drone