La Monte Young
une biographie suivie d'une introduction Ă la musique minimaliste
Cette musique dĂ©roule le temps lentement, se dĂ©plie et se dĂ©ploie, mais ne se feuillette pas Ă la lĂ©gĂšre. Et elle est essentiellement un exercice de solitaire, ou en tout cas une musique que lâon Ă©coute Ă la maison le plus souvent seul et lorsque lâon voudrait voir la nuit tomber trĂšs vite.
Impossible de la faire tenir dans un ipod, impossible non plus dâen parler dans les dĂźners mondains. Essayez dâexpliquer Ă votre voisin de table ou de bureau que vous Ă©coutez un disque de La Monte Young, il commencera par ne pas vous comprendre, vous demander de rĂ©pĂ©ter ce nom Ă©trange, pour finir par se dire que vous nâĂȘtes sans doute pas tout Ă fait normal.
Ce quâil ignore, câest quâau-delĂ de La Monte Young, existe un univers foisonnant de musiciens anxieux et avides de crĂ©er une musique suspendue, tenue longtemps, lentement, qui prend son temps.
Et tout La Monte Young tient bien dans cette impossibilitĂ©, cette inaccessibilitĂ© au monde qui contraste violemment avec les annĂ©es deux mille, celles du dĂ©sir de communiquer, de vouloir ĂȘtre connu, dâexprimer sa voix. Dans un monde oĂč tout le monde peut avoir un blog ou faire de la musique grĂące Ă des logiciels, La Monte Young est Ă la fois un anachronisme et un modĂšle : parfois, pour faire Ćuvre, il faut se faire oublier et laisser les autres Ćuvrer pour vous.
Finalement, les disques de La Monte Young sont arrivĂ©s chez moi presque par hasard. Jâen ai trouvĂ© un, en CD, abandonnĂ© dans un rayon dâune Fnac. Dâautres mâont Ă©tĂ© trouvĂ©s ici et lĂ , en France, en Allemagne, ailleurs, par des amis qui connaissaient ma passion dĂ©vorante pour tout ce qui touchait Ă ce compositeur et son histoire. Avec les annĂ©es, jâai achetĂ© des exemplaires de son disque sur Shandar, de ceux quâil a produits pour Pandit Pran Nath, trouvĂ© quelques CD, dont des bootlegs assez somptueux. Jâai mĂȘme possĂ©dĂ© plusieurs exemplaires de chacun de ses vinyles, jâen ai offert, Ă©changĂ©, revendu, rachetĂ©, perdu, retrouvĂ©, je ne sais plus. Mais parmi eux tous, il y en a un qui mâobsĂšde plus que tous les autres. Il sâagit du Black Record, sorti en 1969 et Ă©ditĂ© Ă 2 000 exemplaires par Ădition X, un label appartenant au galeriste munichois Friedrich Muller. Ce disque de bout de nuit, de bout du monde est encore disponible Ă la vente sur le site de lâartiste. Mais qui ne se sĂ©pare pas de ses exemplaires, signĂ©s, pour moins de 300 dollars piĂšce.
Revue de presse
- La Monte Young Sébastien Banse Les lettres françaises Novembre 2010
- La Monte Young Bester Gonzai Juillet 2010
- Joseph Ghosn sur les traces de la Monte Young: interview Blog Arbobo Juin 2010
- Ăa plane pour lui Franck Mallet Classica Juin 2010
- La Monte Young Aurelio Levisandri Starx wax Juin 2010
- La Monte Young Ăric Deshayes Traverses Mai 2010
- La Monte Young JérÎme Provençal Les Inrockuptibles 21 avril 2010
- La Monte Young Eric Serva Tapage nocturne / France Musique Mars 2010
- La Monte Young Pierre Durr Revue et Corrigée # 83 Mars 2010
- Lire la musique Guy Darol Le magazine des Livres Mars 2010
- La Monte Young Eric Fillion machinemusic.org Mars 2010
- La Monte Young Radio Aligre - Songs of praise radio show Février 2010
- La Monte Young Blog Alainfinkielkrautrock Février 2010
- La Monte Young Eric Deshayes Site NéosphÚres Février 2010
- Un livre sur La Monte Young Tsugi.fr Février 2010
- La Monte Young Renaud Monfourny Blogs les Inrocks Février 2010
- Interview Blog - The offline people Janvier 2010
- La Monte Young Guillaume Belhomme Blog - le son du grisli Février 2010
Le passeur/prescripteur, saint vertueux du journalisme, dĂ©serte le papier culturel. Aux cĂŽtĂ©s des blogueurs acharnĂ©s offrant des sons mutants perdus, quelques plumes savent oĂč regarder. Encore jeunes souvent, ils sont les futurs hĂ©ros ; immigrĂ©s-web de ce quâon aimera appeler encore rock-critique, cette drĂŽle de crĂšche. Au milieu des bĆufs et des Ăąnes, on oublie les yeux plus gonzo que les tripes. Joseph Ghosn guette les bons signaux, descendus dâun ciel encombrĂ©.
La suite sur Gonzai
Lamonte Young est nĂ© en 1935 dans une famille pauvre de lâIdaho, au nord-ouest des Etats-Unis. Son premier instrument est le saxophone, et son oncle est son premier professeur. Au lycĂ©e, il dĂ©couvre le jazz, le bop de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, mais il dĂ©laisse vite le genre, non sans avoir probablement reconnu des prĂ©occupations analogues chez quelques-uns des instaurateurs du free jazz quâil aura croisĂ©s : Don Cherry ; Ornette Coleman ; Eric Dolphy.
Les premiĂšres compositions qui exercent son art durant ses annĂ©es de formation portent tĂ©moignage que les thĂ©ories de Schoenberg et de la musique indienne lâont instruit Ă©galement. En Allemagne, il apprĂ©cie la valeur des prĂ©ceptes de Karlheinz Stockhausen et des oeuvres de John Cage. De retour aux Etats-unis, Ă New York, oĂč il fixe sa rĂ©sidence, câest dans le loft de Yoko Ono quâil programme une sĂ©rie de concerts qui lâassocie Ă ses confrĂšres de lâĂ©poque : Terry Jennings, Henry Flynt, Terry Riley⊠Deux ans plus tard, il rencontre Marian Zazeela, une plasticienne et musicienne qui est restĂ©e, depuis, sa femme et sa premiĂšre collaboratrice. Avec elle, il forme un groupe, the Theater of Eternal Music, qui compte aussi Tony Conrad, Angus MacLise et John Cale. Les deux derniers rejoindront par la suite le Velvet Underground de Lou Reed. Lamonte Young ne sâapprochera pas plus prĂšs que cela de la cĂ©lĂ©britĂ©. Il ne lâa pas cherchĂ© ; au contraire. Si son influence reste considĂ©rable, non seulement sur la musique minimaliste (Rhys Chatham, Charlemagne PalestineâŠ), mais aussi sur le shoegazing britannique ou encore le Krautrock allemand, son oeuvre, rare et singuliĂšre, est aujourdâhui impossible â ou presque â Ă trouver.
Comment Ă©voquer alors un musicien que lâon nâentend plus ? Joseph Ghosn a choisi de rĂ©pondre Ă cette question Ă travers lâĂ©vocation de sa quĂȘte patiente de ces disques, ces Ă©ditions prĂ©cieuses au tirage limitĂ© ou Ă©puisĂ© et au prix consĂ©quemment prohibitif : « Je garde dâabord en mĂ©moire les moments Ă©tranges durants lesquels jâavais ses disques Ă portĂ©e de main, tout en Ă©tant dans lâincapacitĂ© de les acheter. » Minutieusement, Ă travers les catalogues de maisons de disque dĂ©funtes et les vitrines des disquaires, Ghosn Ă©tablit le parcours et la discographie dâun compositeur inclassable, et analyse lâoeuvre, album aprĂšs album. Il en tire le portrait dâun musicien obsĂ©dĂ© par la volontĂ© dâaller « Ă lâintĂ©rieur dâun son » ; un concepteur Ă©rudit, en perpĂ©tuelle Ă©volution, guidĂ© par le dĂ©sir de recrĂ©er quelque chose de lâĂ©cho primitif des grands vents quâil entendait souffler sur la vallĂ©e de lâIdaho oĂč il a vu le jour ; â un pionnier.
Certains collectionneurs conservent jalousement leurs trĂ©sors. Joseph Ghosn nâest pas de ceux-lĂ : sa discographie sĂ©lective sur le minimalisme, qui complĂšte lâouvrage, est une invitation Ă les partager.
[âŠ]
IdentitĂ© : La Monte Young. Profession : Explorateur du temps. Type musical : undefined. Avec autant dâincertitudes accrochĂ©es sur sa blouse, lâĆuvre de Young avait bien peu de chances dâatteindre le systĂšme nerveux. A force dâusure et dâĂ©rosion du temps, en dĂ©pit de ses propres dĂ©fauts (la complexitĂ©, lâabstraction, lâantipop quasi terroriste) et dâune aversion pour les mĂ©dias, La Monte se dĂ©cortique avec facilitĂ© sous la plume dâun Ghosn passionnĂ© par son sujet, passionnant pour ses lecteurs â quâon pourrait facilement rĂ©unir dans un ascenseur sans que quiconque nâait Ă craindre le manque dâoxygĂšne. ElĂ©gante introduction des masses Ă la musique dâun punk dâavant lâheure, le tout suivi dâune excellente discographie sĂ©lective des disques minimalistes, la biographie de lâancien journaliste des Inrocks (depuis passĂ© expert dans les « musiques obliques) walks on the deep side of Monte Young.
Un sacré tour de force à lire en écoutant, écoutant, écoutant le pÚre de la répétition.
VoilĂ deux noms connus sans lâĂȘtre. La Monte Young, musicien rare sur disque comme en concert, pĂšre du minimalisme, quâon croise parfois au dĂ©tour dâune compilation ou dâune anthologie. Joseph Ghosn, journaliste passĂ© par Magic, les Inrocks, aujourdâhui directeur Ă©ditorial de la rĂ©daction des sites : gqmagazine.fr, vogue.fr, glamour.fr.
Joseph, dâaussi loin quâil me souvienne a toujours Ă©tĂ© aussi pointu, aussi connaisseur de culture underground, quâil dĂ©fend en beautĂ© sur son blog.
Alors quâil sort un ouvrage consacrĂ© aux romans graphiques, son autre grande passion, nous nous retrouvons chez lui pour Ă©voquer La Monte Young, dont il a publiĂ© une biographie.
Un mur impressionnant de BD en tous genres nous accueille, et le sourire doux de Joseph est presque aussi grand que sa collection de vinyls, dont quelques uns de sa propre production. On va discuter de La Monte Young mais aussi de minimalisme, dâĂ©criture, et se laisser par son Ă©rudition jamais arrogante et son sens de la prĂ©cision jamais pris en dĂ©faut.
Jâappuie sur la touche âenregistrerâ alors quâil me parle dâune manifestation autour de Pierre Schaeffer Ă laquelle il participait en tant que musicien.
à réécouter:
Blog Arbobo
Parmi les pĂšres spirituels du minimalisme amĂ©ricain, aux cĂŽtĂ©s de Terry Riley, Philip Glass et Steve Reich figure La Monte Young, nĂ© en 1935. RestĂ© fidĂšle Ă des principes Ă©noncĂ©s dĂšs le dĂ©but des annĂ©es soixante, il est paradoxalement le moins connu de tous, le plus marginalisĂ©. GrĂące Ă cet ouvrage, assorti dâune discographie Ă©largie Ă dâautres musiciens, on en sait plus dĂ©sormais sur ce âvieuxâ hippie de la cĂŽte Ouest que lâauteur qualifie alternativement dâanachronisme et de modĂšle dont la derniĂšre et mĂ©morable prestation en France se dĂ©roula Ă lâoccasion de lâexposition âLa BeautĂ©â en Avignon 2000.
Joseph Ghosn ancien journaliste des Inrockuptibles qui continue, par lâintermĂ©diaire de son excellent blog et de ses articles dans des magazines plus gĂ©nĂ©ralistes Ă communiquer sa passion des musiques expĂ©rimentales et hors norme, nous livre ici la biographie dâune des lĂ©gendes, de la musique minimaliste. La Monte Young est le type de musicien dont le nom circule dans un cercle dâamateurs restreints mais
dont personne nâa jamais rĂ©ellement entendu la musique. Joseph Ghosn, en commençant par raconter la façon dont il a eu Ă©chos pour la premiĂšre fois du nom de La Monte Young (par le biais de Spacemen 3) puis en prenant le parti pris dâune simple biographie descriptive pour ensuite arriver Ă un aspect plus analytique de sa musique parvient Ă nous faire partager si passion pour ce vĂ©ritable phĂ©nomĂšne et Ă remettre en perspective son apport Ă la musique actuelle (notamment en Ă©voquant ses âdisciplesâ ou contemporains plus mĂ©diatisĂ©s comme Terry Riley, Charlemagne Palestine, Tony Conrad ou Rhys Chatham).
Sâil insiste sur lâimportance quâa eu sa rencontre avec Prandit Pran Nath et, plus gĂ©nĂ©ralement sur lâinfluence de la musique indienne sur tout un courant musical drone et minimaliste, il nâoublie pas la musique contemporaine et agrĂ©mente son ouvrage dâune âdiscographie sĂ©lective sur le minimalismeâ qui outre les classiques du genre , Ă©voque ses hĂ©ritiers spirituels les plus rĂ©cents, de Jim OâRourke Ă Basic Channel en passant par Robert Hood ou Earth.
Câest dâabord avec une certaine dĂ©ception que lâon dĂ©couvre que ce La Monte YOUNG, serti dâune magnifique couverture en lĂ©ger relief imitation vinyle, nâest finalement pas une « biographie suivie dâune introduction Ă la musique minimaliste », comme cela fut prĂ©-annoncĂ© par la maison dâĂ©dition, mais une « biographie suivie dâune discographie sĂ©lective sur le minimalisme », une diffĂ©rence dâĂ©chelle assez importante qui aboutit Ă un livre relativement court (Ă peine 120 pages). A vrai dire la musique minimaliste est aujourdâhui suffisamment connue pour que lâon se passe dâun ouvrage encyclopĂ©dique qui nâapporterait finalement pas beaucoup dâeau au moulin.
Pour ceux qui souhaitent tout de mĂȘme une approche dâensemble, ils iront lire le dossier Une revue minimale du minimalisme par Romain RIOBOO (TRAVERSES n° 13) et les textes de Daniel CAUX, rĂ©fĂ©rence absolue en la matiĂšre, aujourdâhui disponibles dans Le Silence, les couleurs du prisme et la mĂ©canique du temps qui passe. Ancien collaborateur aux Inrockuptibles, Joseph GHOSN ne sâest donc pas embarrassĂ© dâune introduction analytique et conceptuelle. Il a prĂ©fĂ©rĂ© une premiĂšre approche nettement plus accessible et surtout trĂšs subjective en employant dâemblĂ©e la premiĂšre personne.
Certains trouveront cette approche passionnante, mais elle peut aussi paraĂźtre agaçante, puisque le sujet câest autant La Monte YOUNG que joseph GHOSN et ses excursions Ă New York, Ă Avignon, Ă la FNAC (oĂč il nâacheta finalement pas le coffret The Well Tuned PianoâŠ).. Lâeffet de style est sympathique mais un peu trop envahissant. PassĂ©e cette remise Ă Ă©chelle, le livre de joseph GROSN tient ses promesses. Il apporte une trĂšs bonne biographie de La Monte YOUNG, dynamique, une trĂšs bonne discographie commentĂ©e, trĂšs utile pour le lecteur qui voudra investir dans les piĂšces de collection que sont devenus les disques du compositeur amĂ©ricain. Il donne aussi une brĂšve discographie sĂ©lective permettant de sâorienter dans les musiques expĂ©rimentales, post-rock (Jim OâROURKE, SUNN O) et (un peu) techno minimale en prenant pour fil conducteur les drones et motifs rĂ©pĂ©tĂ©s.
Lâouvrage tient ses promesses, mais il lui manque malgrĂ© tout une analyse un peu approfondie des conceptions musicales de La Monte YOUNG. Et câest dommage, car cela aurait permis dâentrouvrir des contrĂ©es conceptuelles autrement plus vertigineuses. LâĂ©ternitĂ© en musique, ce nâest pas rien quand mĂȘmeâŠ
Un ouvrage concis et dense sur le pionnier américain de la musique minimaliste.
Joseph Ghosn a longtemps Ă©crit pour Les Inrocks, distillant sans compter son amour pour les romans graphiques et les musiques dâoutre-mode. Ă lâintĂ©rieur de son panthĂ©on musical, le courant minimaliste occupe une place maximale. Ainsi, il nâest pas surprenant quâil consacre un livre Ă La Monte Young, figure emblĂ©matique (beaucoup le citent en rĂ©fĂ©rence) et Ă©nigmatique (peu ont eu lâoccasion de lâapprocher ou de le voir jouer). PlutĂŽt que dâinspecter Ă la loupe la vie de La Monte Young (dont il retrace cependant les grandes lignes, des annĂ©es de formation en Californie, marquĂ©es par la composition de Trio for Strings, Ă la phase de maturitĂ© new-yorkaise, Ă©troitement partagĂ©e avec Marian Zazeela, Ă©pousĂ©e en 1963), lâauteur prĂ©fĂšre se concentrer sur sa musique, avec laquelle il entretient manifestement une intense relation, de lâordre de la communion, une musique dont on pourrait presque dire quâelle est politique tant elle ne cĂšde en rien Ă aucun des canons esthĂ©tiques et populaires de lâĂ©poque, refusant de se laisser enfermer dans un carcan temporel court, et crĂ©ant son propre systĂšme dâexploitation. Deux discographies dĂ©taillĂ©es, lâune consacrĂ©e Ă La Monte Young, lâautre Ă ses pairs et Ă ses Ă©mules, achĂšvent de faire de cet ouvrage une somme, mince mais dense, sur le minimalisme.
Une biographie dans un style un peu rockânâroll, originale, simple et immĂ©diatement instructive. Originale par son approche puisque quâon sâĂ©tonne (avant de comprendre) pourquoi son auteur nous raconte dans les premiĂšres pages, et avec force dĂ©tails, les circonstances de sa non-rencontre puis de sa rencontre (purement discographique) avec ce cĂ©lĂšbre et pourtant mĂ©connu pionnier de la musique minimaliste.
Une biographie simple parce que tout ou presque tout de la vie et lâĆuvre du musicien semble ĂȘtre rĂ©sumĂ©e en 136 pages. Et pourtant cette histoire est aussi longue que riche puisque la Monte Young, toujours en vie, est nĂ© en 1935 dans une cabane en rondins de lâIdaho mais quâil jouera du jazz et de la musique classique avec quelques uns des plus grands musiciens du XXĂšme siĂšcle. En tant que compositeur, il sâintĂ©ressera de trĂšs prĂšs Ă la musique dodĂ©caphonique, au sĂ©rialisme, au minimalisme tout en consacrant une importante partie de son travail Ă de nombreuses expĂ©rimentations autour de lâĂ©volution dâun son sur la durĂ©e. Une biographie Ă©galement immĂ©diatement instructive car, sans avoir jamais Ă©coutĂ© une de ses Ćuvres, on comprend trĂšs vite dans quel univers musical La Monte Young a Ă©voluĂ©, quels ont Ă©tĂ©s les autres musiciens (souvent mĂ©connus ou oubliĂ©s) qui se sont inscris dans cette mouvance et quel a Ă©tĂ© son apport sur les gĂ©nĂ©rations dâartistes pop et Ă©lectroniques.
Beaucoup dâentre vous se souviennent de lâauteur : Joseph Ghosn qui sĂ©vissait rĂ©guliĂšrement dans les colonnes des Inrocks, son approche claire (souvent partiale et sans dĂ©tour) dâun compositeur aussi complexe que La Monte Young est une belle dĂ©monstration dâun savoir communicatif dâune touchante sensibilitĂ©.
Quelques mois aprĂšs la sortie du livre de Daniel CAUX_Le silence, les couleurs du prisme & la mĂ©canique du temps qui passe_ aux Editions de lâĂ©clat, qui reprenait dans son chapitre sur les ârĂ©pĂ©titifsâ quelques articles quâil avait consacrĂ©s Ă La Monte Young, voici que paraĂźt un livre sur celui qui fut lâun des prĂ©curseurs des musiques dites âminimalesâ.
Son auteur en est un jeune musicologue qui nâa croisĂ© la route du compositeur amĂ©ricain quâil y a un peu plus dâune dizaine dâannĂ©es, soit hors de toute production rĂ©cente, sinon de prestations et de performances. Il semble avoir toutefois rattrapĂ© son accession tardive Ă lâunivers sonore de La Monte Young en rĂ©ussissant, Ă force de persĂ©vĂ©rance, Ă (re)trouver une grande partie de la production â rare â du sujet de son Ă©tude.
Cette quĂȘte constitue dâailleurs la premiĂšre partie dâun livre qui continue, dans ses chapitres ultĂ©rieurs Ă faire le point chronologique de la crĂ©ativitĂ© du compositeur: sa rencontre avec le jazz des annĂ©es 50 (entre autres avec Don Cherry), sa singularitĂ© comme Ă©tudiant en musicologie avec sa composition trio for string, premiĂšre composition qualifiĂ©e de minimaliste, ses happenings dans le loft de Yoko Ono puis dans le sien⊠avec la crĂ©ation du Dream Syndicate et du Theater of Eternal Music, sa rencontre dĂ©terminante avec le chanteur indien Pandit Pran Nath pour le travail des notes, leur durĂ©e⊠liĂ© Ă une certaine ascĂšse que lâon retrouve dans plusieurs enregistrements de la sĂ©rie des âDrift Studiesâ. Un chapitre particulier est rĂ©servĂ© au Well tuned piano. Avant de fournir une discographie commentĂ©e incluant de maniĂšre non exhaustive, mais judicieusement certaines productions proches de lâesthĂ©tique du compositeur, Joseph Ghosn consacre un court chapitre aux crĂ©ateurs liĂ©s Ă lâunivers sonique de La Monte Young.
Cet ouvrage, sâil nâapporte que quelques informations anecdotiques aux aficionados de longue date de La Monte Young, a le mĂ©rite dâexister, de mettre en avant un crĂ©ateur indispensable des musiques actuelles, mais risque dâĂȘtre la source dâune Ă©pidĂ©mie dâarrachage de cheveux devant lâimpossibilitĂ© pour de nouveaux convaincus dâacquĂ©rir, Ă des prix raisonnables, lâĆuvre du maĂźtre.
(âŠ)
Le minimalisme sâoppose au rap pour autant que la retenue nâest pas amie de la dĂ©pense. LâexubĂ©rance de la vie vite, la vie quâil faut brĂ»ler avant que la mort ne sâen charge, est antinomiste du minimalisme dont la philosophie coĂŻncide avec lâĂ©veil au seul prĂ©sent du bouddhisme mahayana. Peu de livres se sont fait lâĂ©cho de cette formule modelĂ©e dans les annĂ©es 1960 et dont le prĂ©curseur pourrait ĂȘtre Yves Klein (ConfĂ©rence Ă la Sorbonne, 1959), si lâon en croit Joseph Ghosn.
Tout lâouvrage quâil consacre Ă La Monte Young porte dâailleurs Ă le croire. Il est dâun auteur passionnĂ©, longtemps journaliste aux Inrockuptibles, et qui a amassĂ©, au fil des ans, les pĂ©pites sonores du minimalisme. Ce mouvement connectĂ© Ă Fluxus et Ă lâart minimal des Donald Judd, Sol LeWitt et Richard Serra se dĂ©veloppe Ă partir de La Monte Young nĂ© en 1935 dans lâIdaho oĂč il sâĂ©tourdit du vent qui siffle autour de la maison, « sâinterrogeant sur sa provenance, sa musicalitĂ©. »
InfluencĂ© par la musique indienne, et particuliĂšrement les ragas dâAli Akbar Khan, il recherche longtemps la possibilitĂ© dâaller Ă lâintĂ©rieur dâun son avant de dĂ©couvrir la technique du temps long, les drones qui ralentissent lâĂ©grĂšnement des heures. Joseph Ghosn retrace le parcours dâun homme, vĂ©ritablement hors du temps, et de sa compagne Marian Zazeela. Tout en dĂ©roulant le rĂ©cit dâune vie, il nous fait croiser les grandes figures de ce mouvement : John Cale, Pandit Pran Nath, Terry Riley, Morton Subotnick, Charlemagne Palestine, Philip Glass et Steve Reich.
Lâouvrage est un hymne Ă la musique qui plonge en soi, dans un monde de rĂ©miniscences. « Impossible de la faire tenir dans un ipod, impossible non plus dâen parler dans les dĂźners mondains », remarque Joseph Ghosn dans un soupir qui nous persuade, sâil en Ă©tait besoin, quâil nây a dĂ©cidĂ©ment aucune passerelle entre les beats ultrarapides du rap et lâimpression de temps suspendu que dĂ©livre un disque de Tangerine Dream. ComplĂ©tĂ©e dâune discographie studieusement commentĂ©e, oĂč la prĂ©sence de Lou Reed surprend un peu, cette biographie fait progresser le point de vue du grand Michael Nyman qui, dans son indispensable Experimental Music (Ăditions Allia, 2005), allumait les curiositĂ©s en prĂ©sentant les Compositions de La Monte Young comme une « mĂ©thode dâexpĂ©rimentation immĂ©diate du temps dĂ©mesurĂ© dans le cadre dâune structure simple ».
La Monte Young, par le radicalisme de sa musique, à base de sons continus, par la rareté de ses disques et pour avoir frayé avec de futurs membres du Velvet Underground, est une figure mythique pour les adeptes de Pop expérimentale.
Joseph Ghosn fait le choix de la premiĂšre personne pour nous relater son parcours initiatique dans la dĂ©couverte de La Monte Young, dâun texte reproduit sur une pochette dâalbum des Spacemen 3 Ă ses pĂ©rĂ©grinations dans les lieux oĂč sa musique Ă©tait publiquement produite en passant par sa collecte de disques. Cette approche subjective est un peu irritante, ou alors plutĂŽt rĂ©ussie si on aime le genre rock critic Ă©gocentrique. Elle est suivie dâune biographie dans laquelle on apprend notamment que La Monte Young coiffa au poteau Eric Dolphy pour lâobtention dâune place de saxophoniste dans un orchestre dâuniversitĂ©. Cette partie est instructive mais reste cependant un peu trop Ă©vasive sur la portĂ©e philosophique de la musique de La Monte Young.
Elle est suivie dâune trĂšs utile discographie commentĂ©e du compositeur amĂ©ricain. Vient ensuite une sĂ©lection discographique sur le minimalisme, intĂ©ressante mĂȘme si les apprĂ©ciations sont parfois lapidaires. Elle met en lumiĂšre les principaux continuateurs de la musique minimaliste âtendance dureâ longtemps restĂ©s dans lâombre du succĂšs public de la tendance ârĂ©pĂ©titiveâ (de Steve Reich et Philip Glass notamment). La sĂ©lection de Joseph Ghosn met aussi en lumiĂšre les filiations plus rĂ©centes Ă travers les mouvances du post-rock et de la techno minimale.
Lâouvrage offre ainsi un rapide tour dâhorizon de lâunivers en expansion des drones et affiliĂ©s.
Il est difficile encore aujourdâhui de saisir lâimpact de La Monte Young sur la musique Ă©lectronique et expĂ©rimentale. Joseph Ghosn, passĂ© par la case Inrockuptibles pendant huit annĂ©es Ă parler de musique, sâest penchĂ© sur lâune de ses idoles pour en dresser un portrait plus quâune biographie, disponible depuis fin janvier.
Le compositeur amĂ©ricain est souvent considĂ©rĂ© comme lâun des prĂ©curseurs de la musique minimaliste et de la drone. Il reprĂ©sente aussi une Ă©norme influence sur diffĂ©rents gĂ©nies musicaux, John Cale du Velvet Underground en disant notamment : La Monte Young est probablement ce qui constitua le meilleur de mon Ă©ducation et de mon ouverture musicale. Lou Reed, Brian Eno, Andy Warhol et bien dâautres ont tous reconnu son impact incroyable.
En derniĂšre de couverture, lâauteur exprime en quelques lignes toute son admiration : La musique de La Monte Young nâa pas de codes comme la pop, ni de poses comme le rock. Elle dĂ©roule le temps lentement, se dĂ©plie et se dĂ©ploie, mais ne feuillette pas Ă la lĂ©gĂšre. Impossible de la faire tenir dans un iPod, impossible non plus dâen parler dans les diners mondains. Essayez dâexpliquer Ă votre voisin de table ou de bureau que vous Ă©coutez un disque de La Monte Young, il commencera par ne pas vous comprendre, vous demander de rĂ©pĂ©ter ce nom Ă©tranger, pour finir par se dire que vous nâĂȘtes sans doute pas tout Ă fait normal. Une musique dont on pourrait presque dire quâelle est politique tant elle ne cĂšde en rien Ă aucun des des canons esthĂ©tiques et populaires de lâĂ©poque, refusant de se laisser enfermer dans un carcan temporel court et crĂ©ant son propre systĂšme dâexploitation.
On a tous dĂ©couvert des groupes Ă travers la musique, un groupe en amenant un autre, comme un jeu de domino qui nous fait remonter le temps. Joseph Ghosn a ainsi dĂ©couvert La Monte Young dans le texte dâune pochette de disque de Spacemen 3. Il a creusĂ©, et cette biographie (oserait-on biographie autofictionnelle ?) est autant une approche de la vie et de lâart (mystĂ©rieux) de cette figure centrale du minimalisme â qui a influencĂ© tout le monde, du Velvet Underground Ă Glenn Branca -, que la quĂȘte musicale menĂ©e par lâauteur.
Câest juste passionnant.
Une fois Ă©voquĂ©e sa premiĂšre rencontre avec le compositeur (un nom au dos dâune pochette dâun disque de Spacemen 3) et donnĂ©s quelques exemples des affres avec lesquelles doit faire tout collectionneur de disques â assez naĂŻfs pour sacrifier Ă lâĂšre du temps (manquait encore un souvenir de lycĂ©e), ces chapitres ne sont toutefois quâune introduction au sujet (et un appĂąt de quatriĂšme de couverture) â, Ghosn peut exposer le parcours de La Monte Young (et celui de sa compagne Marian Zazeela). Sâil pare au plus pressĂ©, le texte est vif et complet, se chargeant en plus dâĂ©crire en filigrane une histoire du minimalisme amĂ©ricain qui commande Ă dâautres figures dâintervenir : Terry Riley, Philip Glass, Maryanne Amacher, Rhys Chatham, Charlemagne Palestine⊠En amateur Ă©clairĂ©, Ghosn a la bonne idĂ©e de ne pas chercher Ă Ă©tablir ici la moindre hiĂ©rarchie pour se concentrer davantage sur son portrait du musicien en crĂ©ateur irrĂ©ductible et en homme qui Ă©chappe toujours diffĂ©remment aux convenances de son temps.
Alors, la lecture est rapide, sans doute pour permettre au lecteur dâaller entendre la musique du compositeur â « Il est temps, dit-elle, de tout arrĂȘter pour Ă©couter, Ă©couter, Ă©couter » â et celle des rĂ©fĂ©rences dâune discographie sĂ©lective du minimalisme proposĂ©e ensuite. LĂ , quelques manques (lâauteur privilĂ©giant lâinfluence du minimalisme sur la pop ou la musique expĂ©rimentale au dĂ©triment de celle ayant touchĂ© quelques compositeurs et interprĂštes de musique contemporaine, par exemple), mais une autre bonne idĂ©e : celle dâaller voir au-delĂ de tout prĂ©supposĂ© et conseille en consĂ©quence dâaller chercher tel enregistrement dâYves Klein, Alvin Lucier ou Oren Ambarchi, aussi bien que les inĂ©vitables piĂšces de Terry Riley, Steve Reich ou Phill Niblock. Câest pourquoi lâouvrage fait figure dâintroduction plus que satisfaisante aux rĂ©pĂ©titions de La Monte Young comme Ă une autre façon de penser la musique (et ses reprĂ©sentations).