Ladies First
une anthologie du rap au féminin
Ladies first offre des arguments pour clasher ceux qui pensent que le rap nâest pas une affaire de femmes.
Charline Lecarpentier â LibĂ©ration
ConstituĂ© en majoritĂ© dâacteurs masculins et parfois scandaleusement misogyne, le rap semble avoir un problĂšme avec les femmes. Pourtant, elles sont nombreuses Ă avoir pris part Ă cette grande aventure. Remontant aux annĂ©es soixante-dix, ce livre Ă©voque le destin de quelques pionniĂšres puis retrace lâĂ©popĂ©e contrariĂ©e des grandes dames du rap, aux Ătats-Unis comme ailleurs, dâune Ă©poque oĂč elles peinaient Ă sâimposer sans protecteur masculin, Ă celle, actuelle, marquĂ©e par une profusion de rappeuses. Ă travers la prĂ©sentation de cent Ćuvres et dâautant de rappeuses, de Cardi B Ă Lilâ Kim, Lauryn Hill, Missy Elliott, Casey ou Keny Arkana, ce livre rend hommage Ă la pluralitĂ© des styles adoptĂ©s par les femmes du rap, et Ă leurs façons, parfois paradoxales, de soutenir une position fĂ©ministe.
Revue de presse
- De "Let's talk about sex!" à "WAP" : comment la sexualité féminine s'est peu à peu imposée dans le rap et le hip-hop Copélia Mainardi Marianne 16 septembre 2020
- Interview vidéo de Sylvain Bertot rédaction France Culture 18 février 2020
- Ladies first, la femme est l'avenir du rap Sylvain Bonnet Paris-ci la culture 12 février 2020
- Ladies first Alexandre Fuster Sefronia 9 janvier 2020
- Sylvain Bertot - Ladies first Léa Schiavo Litzic 30 décembre 2019
- Interview Sylvain Bertot Ellen Ichters RTS // Pony Music 18 novembre 2019
- Spécial cadeaux Charline Lecarpentier Libération 16 décembre 2019
- Ladies First Léa Schiavo Toute la culture 20 décembre 2019
Ladies First Franck Cochon Clique TV // Get Busy 7 janvier 2020
- Le livre de la semaine Matthieu Conquet France Inter // Et je remets le son 8 décembre 2019
- Cadeaux de NoĂ«l : IdĂ©es Livres de lâĂ©quipe ! Jaloud Wave Radio 3 dĂ©cembre 2019
- 5 idées cadeaux pour un.e mélomane passionné.e Eve Guiraud à Nous Paris 8 décembre 2019
- Lâhistoire du rap sous un angle fĂ©minin Alexandre Caporal 24 heures 12 dĂ©cembre 2019
- Voici enfin la preuve que le rap est une affaire de femmes Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 28 novembre 2019
- Les essentiels de Basique France 2 // Basique 20 novembre 2019
- Les bonnes feuilles en exclusivité - Ladies first Amaury Rauter Goûte Mes Disques 14 novembres 2019
âLadies first (2019) est surtout consacrĂ© aux rappeuses des Ătats-Unis. Cet ouvrage a prĂ©-cĂ©dĂ© la publication dâun autre livre dĂ©diĂ©, lui, au rap fĂ©minin français, toujours aux Ă©ditions Le Mot et le Reste : Pas lĂ pour plaire ! Portrait de rappeuses, de Bettina Ghio (2020). Cette valorisation du rĂŽle des femmes dans le rap et le hip-hop doit dâabord ĂȘtre soulignĂ©e. Dans les travaux français, lâhistoire de ces courants musicaux avait peu Ă©clairĂ© jusquâici leur place, mĂȘme si elles Ă©taient mentionnĂ©es. Qui sont ces rappeuses ? Quel rĂŽle ont-elles occupĂ© ? Quels thĂšmes dĂ©veloppent-elles dans leurs productions ? Comment rĂ©agissent-elles face au sexisme et au machisme des hommes ? Leur musique est-elle diffĂ©rente de celle de leurs ho-mologues masculins ? Ladies first permet de donner des rĂ©ponses Ă ces questions.â
LâintĂ©gralitĂ© de lâarticle ici
Provocation grossiĂšre ou hymne fĂ©ministe Ă la rĂ©volution sexuelle ? Le nouveau clip de Cardi B et Megan Thee Stallion, âWAPâ â acronyme de âWet Ass Pussyâ â laisse difficilement indiffĂ©rent. Un buzz qui confirme une tendance : cĂŽtĂ© femme, rap et hip-hop laissent de plus en plus de place Ă une sexualitĂ© fĂ©minine dĂ©complexĂ©e.
Elles ont Ă©crasĂ© les charts, explosĂ© les compteurs. Depuis sa sortie le 7 aoĂ»t dernier, la nouvelle production des rappeuses Cardi B et Megan Thee Stallion nâen finit plus de battre des records : 93 millions de tĂ©lĂ©chargements la semaine de sa sortie â une performance imbattable -, et premiĂšre collaboration fĂ©minine Ă atteindre la tĂȘte du âBillboard Hot 100â, classement hebdomadaire des 100 chansons les plus populaires aux Ătats-Unis, toutes catĂ©gories confondues. Bref, câest un des meilleurs lancements de lâhistoire du hip-hop : sur YouTube, le clip comptabilise aujourdâhui plus de 195 millions de vues.
âWAPâ, lâacronyme de lâargot âWet Ass Pussyâ, est difficilement traduisible, mais signifie littĂ©ralement âchatte cul mouillĂ©sâ. Avec pareil titre, nul ne pouvait espĂ©rer un clip mijaurĂ© : mais ces deux icĂŽnes de la culture pop ont tout de mĂȘme dĂ©jouĂ© les attentes. Danses lascives, poses âbadassâ, tenues provocantes, fontaines dâeau en forme de poitrine, fĂ©lins allants de pair avec des sous-vĂȘtements lĂ©opard⊠Câest tout un imaginaire pornographique cĂ©lĂ©brant le plaisir sexuel qui est ici convoquĂ©.
Féminisme pop
Le retour de bĂąton Ă©tait Ă prĂ©voir â et il nâa pas manquĂ©. âWAP mâa donnĂ© envie de me verser de lâeau bĂ©nite dans les oreillesâ, a tweetĂ© le candidat rĂ©publicain Ă la Chambre des reprĂ©sentants James Bradley. Entre autres exemples, la candidate amĂ©ricaine Ă la Chambre des reprĂ©sentants Angela Stanton-King et lâancienne candidate au CongrĂšs DeAnna Lorraine, qui considĂšrent que le message du clip ramĂšne les femmes dans le passĂ© âde 100 ansâ, quand lâĂ©ditorialiste Ben Shapiro dĂ©nonçait lui aussi une vidĂ©o rĂ©gressive en matiĂšre de droit des femmes.
Provoquer de la sorte, envoyer valser les limites de la dĂ©cence : un ultime pied de nez des deux artistes Ă ce puritanisme amĂ©ricain qui nâa pourtant pas empĂȘchĂ© dâĂ©lire un PrĂ©sident qui sâest souvent illustrĂ© par sa vulgaritĂ© Ă lâĂ©gard des femmes. En jouant de leur corps et de leur sexualitĂ©, elles prolongent et rendent visibles un mouvement de dĂ©construction des codes et du carcan qui a longtemps pesĂ© â et continue de le faire â sur la moitiĂ© de lâhumanitĂ©.
Suffit-il pour autant de jongler avec les normes du discours patriarcal en vigueur pour sâen affranchir vĂ©ritablement ? Les dĂ©rives dâun âfĂ©minisme popâ ont souvent Ă©tĂ© dĂ©criĂ©es par les militantes ; ce fĂ©minisme de masse â frĂ©quemment associĂ© Ă lâicĂŽne planĂ©taire BeyoncĂ© â est un mĂ©lange de culture populaire et de valeur fĂ©ministe qui essaime via les rĂ©seaux sociaux⊠sans pour autant parvenir Ă questionner vĂ©ritablement les codes du regard masculin et lâobjectification de la femme. En clamant haut et fort une sexualitĂ© libre et indĂ©pendante, Cardi B., Nicki Minaj et les autres participent-elles rĂ©ellement Ă la libĂ©ration des femmes ou ne font-elles quâalimenter une misogynie millĂ©naire ? Une chose est certaine : rap et hip-hop nâont ni attendu le dĂ©hanchĂ© de Nicki Minaj, ni le flow de Cardi B pour sâemparer du sujet de la sexualitĂ© fĂ©minine.
Un héritage conséquent
Rembobinons. Queens, New York, 1990. âLetâs talk about sex !â, prie le groupe de hip-hop fĂ©minin âSalt-N-Pepaâ. LâannĂ©e suivante, câest au tour du duo BWP [Bytches With Problems] de proposer âTeachâEmâ (âApprends-leurâ), sorte de tutoriel⊠à lâart du cunnilingus, alliant conseils pratiques et mĂ©taphores : âPart my pussy like the Red Sea / And slide your fat tongue inside of meâ (âSĂ©pare ma chatte comme la Mer Rouge / Et glisse ta grosse langue Ă lâintĂ©rieurâ). La gente masculine est prĂ©venue : âthis lesson here might take all night / So on your knees, motherfu**er, and eat my pussy rightâ. Ă bon entendeur.
Ces initiatives sont cependant marginales â et marginalisĂ©es par une sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine trĂšs contradictoire, aussi conservatrice dans le puritanisme que consommatrice de porno. Pour Sylvain Bertot, auteur de Ladies First. Une anthologie du rap au fĂ©minin (Ă©d. Le Mot et le reste), âla tendance des annĂ©es 90 est plutĂŽt Ă la production de textes affranchis de tout caractĂšre sexuel. Lâobjectif est inverse : se revendiquer lâĂ©gale des hommes pour gagner en lĂ©gitimitĂ©â. PlutĂŽt quâinsister sur le âsex-appealâ fĂ©minin en revĂȘtant des tenues trop moulantes, mieux vaut jouer la âbonne copineâ en baskets et survĂȘtâ : dans ce milieu quasi-exclusivement masculin, afficher un look de âsistaâ, unisexe et androgyne, est gage de pouvoir via la prĂ©tention Ă lâĂ©galitĂ©. Et le pouvoir va avec la mĂ©diatisation ; des vedettes comme MC Lyte ou Queen Latifah lâillustrent bien.
LâavĂšnement de la âQueen Bitchâ
En 1996, câest pourtant en bikini lĂ©opard Ă©chancrĂ© que Lil Kim sâaffiche pour la promotion de son premier album studio, âHard Coreâ. Elle et son acolyte Foxy Brown imposent la figure de la rappeuse sexy, une revendication alors plutĂŽt avant-gardiste. Au lieu de subir les projections masculines sur leurs corps, elles dĂ©cident de les contrĂŽler : en reprenant ces codes Ă leur avantage, elles inversent la tendance. Lâhomme-sujet du regard devient objet, la posture de femme faible nĂ©cessitant amour et protection est balayĂ©e. Place Ă la rĂ©volution du plaisir, qui doit ĂȘtre libre, puissante, dĂ©complexĂ©e.
Si elles ne sont pas les premiĂšres Ă revendiquer leur sexualitĂ© comme moyen dâaffirmation de soi, elles parviennent Ă sortir cette tendance du cercle confidentiel. Ce modĂšle choque et continue de choquer ; demeure quâil âsâimpose dans la ânorme rapâ et modifie la rĂ©ception mĂ©diatiqueâ analyse Sylvain Bertot. âCes superstars assument avec fiertĂ© un hĂ©ritage afro-amĂ©ricain puissant, une culture traditionnelle et musicale forte. ĂpaulĂ©es par des rappeurs connus, elles ont trĂšs vite un succĂšs consĂ©quent, et bousculent le paysage commercialâ.
Lil Kim et Foxy Brown deviennent les cheffes de file dâune nouvelle idĂ©ologie fĂ©ministe qui Ă©rige le corps comme outil dominant et lieu de pouvoir. Une tradition vouĂ©e Ă essaimer, comme lâexplique EloĂŻse Bouton, journaliste indĂ©pendante, plus connue sous le pseudonyme de âMadame Rapâ, du nom du mĂ©dia quâelle a fondĂ©. âCe dĂ©tournement des codes et standards masculins reprĂ©sente une avancĂ©e essentielle par rapport Ă la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente. Mais leur notoriĂ©tĂ© souffre encore dâun manque de relais et de diffusion, qui se double de la barriĂšre de la langue une fois en France, oĂč lâanglais sâĂ©coute et se comprend bien moins quâaujourdâhuiâ.
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Lisez lâarticle intĂ©gral sur Marianne.net
Sylvain Bertot est interviewĂ© par France Culture pour un sujet sur lâhistoire oubliĂ©e de âla mĂšre du hip hopâ.
La vidéo est à retrouver sur la chaßne youtube de France Cutlure
Le rap domine, les femmes sâinvitent dans la danse
Le rap a conquis le monde : ceci est un fait. Un article rĂ©cent du monde a dĂ©montrĂ© quâil reprĂ©sentait dĂ©sormais le courant principal de la musique française, permettant ainsi Ă de nombreux interprĂštes dâĂ©merger, tel Orelsan. Et il en est de mĂȘme aux Etats-Unis. Lâamateur de rock et de soul le regrette mais encore une fois, câest la rĂ©alitĂ© commerciale. Le livre de Sylvain Bertot, dĂ©jĂ auteur de Rap, hip hop (Le mot et le reste, 2013) se propose de revenir sur le rap au fĂ©minin, les rappeuses. A priori, cela paraĂźt Ă©tonnant tant le genre sâest bĂąti sur des figures testoronĂ©es, telles 2Pac. Pourtant, on va le voir, elles existent.
Rappeuses, mode dâemploi
Eh oui, des femmes font du rap et pratiquement depuis le dĂ©but, contribuant Ă subvertir un genre musical macho et misogyne. DĂšs les annĂ©es 80, on trouve ainsi le groupe Saltân Pepa (souvenons-nous de Letâs talk about sex) Queen Latifah ou Roxanne ShantĂ©. Sylvain Bertot place dans les annĂ©es 90 la figure de Lauryn Hill mais cette chanteuse est autant influencĂ©e par la soul et le jazz que le rap : un cas donc limite. Il faut dire que le RnB attire plus facilement les artistes fĂ©minines. Faire sa place dans le rap nĂ©cessite aussi dâavoir les codes quitte Ă les subvertir. Des femmes comme Lil Kim vont donc proposer des morceaux faisant lâĂ©loge du sexe et invitant les hommes Ă maĂźtriser lâart du cunilingus (Not tonight) : une rĂ©ponse Ă Snoop Doggy dog et Ă ses clips rĂ©cupĂ©rant lâimage du porno ? Sans doute. En tout cas, nos rappeuses nâont pas peur, pensons par exemple Ă Missy Elliot. Et câest tant mieux !
Pour conclure
Aujourdâhui, les charts sont occupĂ©s par des rappeuses comme Nicki Minaj. Commercialement, ça marche fort et les textes semblent plaire Ă la jeunesse. On se permettra des rĂ©serves quant Ă la musique. Les rappeuses des annĂ©es 90 et 2000 samplaient des chansons soul ou rock, voire avaient recours Ă des musiciens douĂ©s. Lâamateur ici estime que le compte nây est pas⊠lâintĂ©rĂȘt de cet ouvrage fruit dâune Ă©rudition sans faille est de corriger en tout lâimage du rap et de souligner dâartistes fĂ©minines (et fĂ©ministes). A dĂ©couvrir.
Note : 9/10
A lâheure oĂč le hip-hop sâaffranchit de son image sulfureuse et devient la nouvelle musique populaire, les filles nâont jamais Ă©tĂ© aussi nombreuses Ă participer Ă son aventure. Certes, il y a toujours eu des rappeuses cĂ©lĂšbres â Foxy Brown, Missy Elliott â mais elles demeuraient une exception dans un milieu rĂ©gi par un machisme ambiant et une forte dose de testostĂ©rone. Il a fallu attendre le succĂšs de Nicki Minaj Ă la fin de la dĂ©cennie 2000 pour quâune brĂšche sâouvre, permettant Ă toute une gĂ©nĂ©ration, aussi hĂ©tĂ©roclite que possible, de se faire une place dans le rap contemporain.
Câest cette histoire qui est narrĂ©e par Sylvain Bertot dans la premiĂšre partie de âLadies firstâ, des dĂ©buts du mouvement (lâauteur rappelle quâune femme, Sylvia Robinson, est Ă lâorigine de âRapperâs delightâ, premier hit hip-hop en 1979) Ă la consĂ©cration rĂ©cente de Cardi B. De maniĂšre synthĂ©tique et documentĂ©e, il dresse un portrait nuancĂ© de son sujet, et ouvre des pistes de rĂ©flexion sur les rĂŽle tenus et les messages dĂ©fendus par les femmes au sein du hip-hop. Il met lâaccent sur la pluralitĂ© de ce ârap fĂ©mininâ qui nâest pas nĂ©cessairement plus sage et moins violent que celui des mecs. En fait, le rap fĂ©minin nâest pas une rĂ©alitĂ© distincte du reste du mouvement : il suit souvent les mĂȘmes tendances et les mĂȘmes thĂ©matiques, mais en lâadoptant au tempĂ©rament et aux aspirations de ses actrices.
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Les ambiguĂŻtĂ©s du hip-hop se retrouvent aussi sur son versant fĂ©minin. Sylvain Bertot met en exergue le fait que lâimage de prĂ©datrice sexuelle quâont trĂšs tĂŽt affichĂ©e les premiĂšres bad bitches Lil Kim et Foxy Brown a contribuĂ© Ă lâĂ©mancipation des rappeuses, et que le rap provocant et pornographique de Cupcakke est avant tout fĂ©ministe. Le rap a en fait toujours Ă©tĂ© intrinsĂšquement liĂ© aux Ă©volutions des mentalitĂ©s dans la sociĂ©tĂ©, comme le rock Ă son Ă©poque ; câest donc en toute logique que les filles se retrouvent en force aujourdâhui pour dĂ©montrer que le rap nâest pas un genre rĂ©servĂ© aux mĂąles. âLadies firstâ en rend compte avec brio et clartĂ©.
Sylvain Bertot est le rĂ©dacteur de âFake for realâ, lâun des meilleurs blogs francophones sur le rap, et il a Ă©crit trois autres livres au âMot et le resteâ, dont lâindispensable âRap, hip-hopâ (2012)
La chronique intégrale est en ligne sur Sefronia
Comme son nom lâindique, Ladies First est une anthologie du rap, vu par le prisme de ses actrices fĂ©minines. Celles-ci sont une minoritĂ©, mais ne sont pas en reste face Ă leurs homologues masculins dont elles reprennent parfois les thĂšmes, comme pour mieux exploiter leur fĂ©minitĂ©. Sylvain Bertot nous plonge dans ce combat fĂ©ministe avec le verbe haut et un bouquin passionnant !
Deux parties distinctes.
Ce livre se dĂ©compose en deux grosses parties, plus un glossaire pas du tout facultatif (surtout si comme nous, vous nâĂȘtes pas un spĂ©cialiste de toutes les subtilitĂ©s du rap). Ces deux grosses parties sont les suivantes : un historique relatant, avec prĂ©cision, la place initiale occupĂ©e par les femmes dans lâindustrie rap, quâelle soit balbutiante ou plus installĂ©e comme cela peut-ĂȘtre le cas aujourdâhui, plus une sĂ©lection de 100 disques phares de ces dames.
La premiĂšre partie pose les bases, situe les choses dans leur contexte. Si les hommes furent vite sur le devant de la scĂšne, comme dans Ă peu prĂšs tous les styles dâart, ne nous voilons pas la face, certaines femmes Ă©taient dĂ©jĂ prĂ©sentes au commencement du rap et des block party. Peut-ĂȘtre Ă©taient-elles mĂȘmes les moteurs des tous premiers groupes connus et reconnus. Mais Ă ces moments-lĂ , leur place Ă©tait reconnue, mĂȘme lorsquâelles se trouvaient en arriĂšre-plan de ces messieurs, pour peu Ă peu sâeffacer, bon grĂ© mal grĂ©.
Pourtant, elles Ă©taient toujours lĂ , souvent tapies dans lâombre des grands MCs, souvent Ă©galement chaperonnĂ©es, coachĂ©, ou cadenassĂ© par ceux-ci. Mais petit Ă petit, elles parviennent Ă sâaffranchir de ce cĂŽtĂ© Ă©crasant en reprenant « voix » au chapitre. Elles reprennent peu ou prou les mĂȘmes codes, quâils soient gangsta, arty, pornographique ou bien plus lĂ©gers, avant de se dĂ©tourner progressivement de ces thĂšmes, ou du moins pour exprimer plus fortement leur fĂ©minitĂ© Ă leur engagement fĂ©ministe. Peu Ă peu, en dĂ©jouant lâimagerie sexiste des hommes, rarement autre chose que dĂ©valorisantes, elles sâĂ©rigent en patronne et gagnent ainsi en respect et crĂ©dibilitĂ©.
100 Ćuvres au fĂ©minin.
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Ce cĂŽtĂ© trĂšs rigoureux de Sylvain Bertot (spĂ©cialiste Ăšs rap ayant dĂ©jĂ sorti deux livres aux mĂȘmes Ă©ditions, Ă savoir Mixtapes, Rap indĂ©pendant et Rap, Hip-hop, et qui plus est est animateur du blog Fake for real) est tout sauf plombant. Au contraire, il sâavĂšre absolument passionnant, captivant car recelant un nombre fou de dĂ©tails cruciaux, dâarguments incontournables de tout ce qui fait lâhistoire dâun style musical fort comme peut lâĂȘtre le rap. Il sâinscrit aussi dans une dĂ©marche non pas fĂ©ministe mais de rĂ©habilitation de la place des femmes dans ce courant musical.
Ladies First
Nous nous en doutions, mais il faut le redire : les femmes ont également été spoliées de leur place et de leur mérite. Cela était (et est) hélas tristement banal mais quand nous lisons ce bouquin, nous nous disons que certains aspect du rap aurait eu à y gagner en laissant plus de place aux femmes (comme à peu prÚs tous les autres styles musicaux cela dit).
Captivant, bien Ă©crit, argumentĂ© et replaçant tout dans son contexte, sans ĂȘtre pro fĂ©ministe, ni condescendant, Ladies First, une anthologie du rap au fĂ©minin est un livre incontournable pour mieux apprĂ©hender lâunivers du rap. Le ton y est juste, sans excĂšs, relate avec exactitude les faits et nous embarque dans le combat de ces femmes qui ont dĂ» batailler dur pour enfin ĂȘtre visibles. Gageons quâil ne sâagisse lĂ que dâun dĂ©part et que le rap trouvera Ă©galement ses lettres de noblesse grĂące Ă la gent fĂ©minine (ce qui est dĂ©jĂ en partie le cas avec des artistes comme Missy Elliott, Cardi B et bien dâautres)!
La chronique intégrale est à retrouver sur Litzic
Ellen Ichters interview Sylvain Bertot Ă lâoccasion de la sortie de son livre Ladies First. Un belle interview Ă réécouter ICI
Ladies first offre des arguments pour clasher ceux qui pensent que le rap nâest pas une affaire de femmes. Depuis la premiĂšre block party organisĂ©e en 1973 par Cindy Campbell, sĆur de DJ Kool Herc, jusquâau succĂšs de Lizzo, cette anthologie en 100 albums et mixtapes recense celles qui ont repris le crachoir monopolisĂ© par des hommes, y compris sur le terrain minĂ© du gangsta rap, dont une grande partie de la verve est rĂ©servĂ©e au mĂ©pris des femmes. Quoi de plus fĂ©ministe finalement, que dâexercer autant que les hommes son droit dâĂȘtre insolente, vĂ©nĂšre, vulgaire, et de revendiquer son plaisir? JugĂ© Ă tort cause perdue Ă la testostĂ©rone, le rap a permis dâavancer sur le terrain du plaisir fĂ©minin, de Missy Elliott lâinspirante Ă lâancienne strip-teaseuse Cardi B jusquâaux figures du rap fĂ©minin hexagonal Diamâs, Keny Arkana ou Chilla, premiĂšre Ă inscrire #balancetonporc dans le rap français.
Aujourdâhui, bien que minoritaires, les femmes sont bel et bien prĂ©sentes dans le milieu du rap. Mais ce nâest pas sans avoir franchi bon nombre dâobstacles liĂ©s Ă leur genre. Avec « Ladies First â Une anthologie du rap au fĂ©minin », publiĂ© aux Ă©ditions Le mot et le reste en novembre dernier, Sylvain Bertot recense les figures fĂ©minines qui ont fait le Hip-hop et montre aux sceptiques que le rap nâest pas quâune affaire dâhommes.
A la tĂȘte dâune maison de disque, Ă la programmation dâune radio ou grande chaĂźne de tĂ©lĂ©vision, derriĂšre le micro ou au management, elles sont nombreuses Ă avoir accompagnĂ© les dĂ©buts du hip-hop, que ce soit sur le devant de la scĂšne ou en coulisses.
Mais quand le rap sâinstalle progressivement sur les ondes et les Ă©crans, les stars qui le reprĂ©sente sont avant tout des hommes. Petit Ă petit, parce que minoritaires, les femmes sont invisibilisĂ©es et ce, au moment mĂȘme oĂč le hip-hop, qui ne devait ĂȘtre quâune mode passagĂšre, prend de lâampleur en tant que phĂ©nomĂšne artistique.
Sylvain Bertot, auteur spĂ©cialisĂ© dans le rap, explore les raisons sociologiques et artistiques qui ont mis les femmes au second plan. PremiĂšres causes de discrimination : les contextes de crĂ©ation et reprĂ©sentation. La concurrence masculine y est fĂ©roce. Difficile de prendre dâassaut un open-mic ou une session studio lorsquâen tant que femme, on est cantonnĂ©e aux tĂąches domestiques et familiales. Câest encore une rĂ©alitĂ© mais qui tend, heureusement, Ă sâestomper.
Cette misogynie se constate jusque dans les textes, dans lesquels on retrouve la dichotomie de la vierge et la putain, poncif habituel. Les violences envers les femmes sont un thĂšme rĂ©current et font dâailleurs Ă©cho Ă des faits divers bien rĂ©els de violences domestiques ou sexuelles, perpĂ©trĂ©es par les rappeurs. Certains textes sont crus, dĂ©complexĂ©s, construisant un imaginaire qui collera longtemps Ă lâidĂ©e que lâon se fait du Hip-hop.
Dans cette réalité, certaines tirent leur épingle du jeu et Sylvain Bertot les met en lumiÚre avec cette anthologie. Par leur verve, leurs textes et leurs identités propres, elles se réapproprient des codes initialement établis par les hommes et réussissent à faire du rap un courant musical sans genre. Missy Elliott, Mary J Blige, Eve, et plus récemment Princess Nokia ou Cardi B, elles ont toutes, dans un style différent, revendiqué avec succÚs leur filiation au Hip-hop. Le pouvoir est désormais bien partagé et la place des femmes dans le Hip-hop, incontestable.
A lâheure oĂč on interroge la sous-reprĂ©sentation des femmes dans lâindustrie de la musique et le sexisme dans le milieu des musiques actuelles â un manifeste, le F.E.M.M, Femmes EngagĂ©es des MĂ©tiers de la Musique signĂ© par de nombreuses artistes et professionnelles de la musique a Ă©tĂ© publiĂ© cette annĂ©e -, il est bon de rappeler que les femmes ont-elles aussi ĆuvrĂ© pour la visibilitĂ© du Hip-hop. Cette sous-reprĂ©sentation nâest dâailleurs pas que le fait du rap. Dans dâautres courants, les femmes sont une part plus faible des crĂ©ateurs et diffuseurs. Lâascendance misogyne du rap est indiscutable mais ce sexisme nâest pas reprĂ©sentatif de toutes ses crĂ©ations. Aujourdâhui, les mentalitĂ©s, la sociĂ©tĂ© et mĂȘme le genre en lui-mĂȘme Ă©voluent et dĂ©cloisonnent une vision trop genrĂ©e de cette musique.
Franck Cochon et son équipe ont invité David Dufresne pour la 4Úme émission de la saison 2 de Get Busy. Le livre de Sylvain Bertot vous est chaudement recommandé au moment des conseils livres et CD.
Pour réécouter la chronique, câest ici
Le LIVRE de la semaine est une anthologie du Rap au fĂ©minin : âLadies Firstâ signĂ© Sylvain Bertot aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, pour rappeler le rĂŽle des femmes dans lâhistoire du rap international. Remontant aux annĂ©es soixante-dix, ce livre Ă©voque le destin de quelques pionniĂšres puis retrace lâĂ©popĂ©e contrariĂ©e des grandes dames du rap, aux Ătats-Unis comme ailleurs, dâune Ă©poque oĂč elles peinaient Ă sâimposer sans protecteur masculin, Ă celle, actuelle, marquĂ©e par une profusion de rappeuses. Lâauteur sâintĂ©resse surtout aux AmĂ©ricaines, de Saltân Pepa Ă Cardi B en passant par Lil Kim et Lauryn Hill⊠Sylvain Bertot nous en parle.
Réécoutez la chronique de Matthieu Conquet en podcast
Une anthologie du rap fĂ©minin qui rend hommage Ă celles qui se sont imposĂ©es dans un milieu plutĂŽt misogyne. Ă travers la prĂ©sentation de 100 Ćuvres des annĂ©es 70 Ă nos jours, Sylvain Bertot retrace la pluralitĂ© des styles et des messages de ces hĂ©roĂŻnes du rap international. Un nouveau titre de cette maison dâĂ©dition phĂ©nomĂ©nale Ă ne pas manquer ! Leurs livres, tous plus bons les uns que les autres, mâaccompagnent souvent pour prĂ©parer mes Ă©missions et la playlist.
DĂ©couvrez tous les coups de cĆur de lâĂ©quipe de Wave Radio
NoĂ«l arrive Ă grands pas et on sait ce qui arrive lorsquâon tarde Ă sâoccuper des cadeaux : on se retrouve Ă errer hagard dans les rayons de la Fnac le 23 dĂ©cembre en compagnie de la moitiĂ© de la ville. Pas de panique, on vous a fait une petite sĂ©lection pour contenter vos amie.s, ou du moins les plus mĂ©lomanes.
Pour votre frÚre engagé : un livre nécessaire sur le rap
Ă lâimage dâune infinitĂ© dâautre domaines, le milieu du rap reste trĂšs masculin, quand il nâest pas clairement misogyne. Partant de ce triste constat, Sylvain Bertot a dĂ©cidĂ© de rendre hommage Ă celles qui nâhĂ©sitent pas Ă prendre le mic et Ă jouer du flow. De Casey Ă Lauryn Hill en passant par Cardi B et Keny Arkana, son livre passionnant retrace les destins remarquables des grandes rappeuses dâhier Ă aujourdâhui, tous styles et toutes revendications fĂ©ministes confondues.
Retour Ă la fin des annĂ©es 70 dans les ruelles du Bronx, Ă New York. Le rap Ă©merge dans les quartiers populaires afro-amĂ©ricains. En 1979, le single «Rapperâs Delight» est le premier vĂ©ritable tube de hip-hop. On y entend les rappeurs de The Sugar Hill Gang poser leur flow sur le sample du non moins cĂ©lĂšbre «Good Times» de Chic.
Ce que beaucoup ignorent, câest que ce titre a vu le jour grĂące Ă une femme: la chanteuse et productrice new-yorkaise Sylvia Robinson. Elle est la premiĂšre grande dame du rap a avoir participĂ© Ă la popularisation du genre en crĂ©ant le label Sugar Hill Records avec son mari, Joe Robinson.
Dans son livre Ladies First â Une anthologie du rap au fĂ©minin, le journaliste Sylvain Bertot redonne aux femmes leurs lettres de noblesse dans un style musical qui les a souvent relĂ©guĂ©es au second plan. Sâil sâintĂ©resse principalement aux figures amĂ©ricaines, puisque câest le creuset du genre, Ă leur rĂŽle primordial dans lâindustrie du rap et Ă leur Ă©volution au fil des dĂ©cennies, le livre nâoublie pas lâautre cotĂ© de lâAtlantique.
Ă travers la prĂ©sentation de 100 Ćuvres et dâautant de rappeuses, les francophones Diamâs, Keny Arkana ou plus rĂ©cemment Chilla se retrouvent ainsi au milieu de Sha-Rock, Queen Latifah, Lauryn Hill, Nicki Minaj ou Cardi B. En terminant par Lizzo, lâartiste la plus nommĂ©e aux Grammy Awards 2020, Ladies First montre que les rappeuses dominent aujourdâhui le marchĂ© du disque, au mĂȘme titre que leurs homologues masculins ou que les stars fĂ©minines de la pop.
Lire la chronique sur le site de 24 heures
Ă lâoccasion de la parution de lâouvrage Ladies First â Une anthologie du rap au fĂ©minin de Sylvain Bertot, Pop Nâ Co se penche ce jeudi sur le rĂŽle (souvent mĂ©connu et pourtant) primordial des femmes dans le rap et le hip-hop. DĂ©monstration en quatre chansons.
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âBasique, lâessentiel de la musiqueâ a sĂ©lectionnĂ© le livre de Sylvain Bertot dans sa liste de conseils.
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Les Ă©ditions Le Mot et le Reste nous font lâhonneur de vous offrir en avant-premiĂšre quelques pages du prochain livre de Sylvain Bertot, Ladies First â Une anthologie du rap au fĂ©minin, Ă paraĂźtre ce 21 novembre. Lâanalyse ciselĂ©e du journaliste, dont nous avions dĂ©jĂ chroniquĂ© lâexcellent Mixtapes, se consacre cette fois Ă lâimplication des femmes dans la culture hip-hop.
Remontant aux annĂ©es 80, son ouvrage Ă©voque ainsi le destin de quelques pionniĂšres avant de retracer lâĂ©popĂ©e contrariĂ©e des grandes dames du rap, aux Ătats-Unis comme ailleurs, dâune Ă©poque oĂč elles peinaient Ă sâimposer sans protecteur masculin, Ă celle, actuelle, marquĂ©e par une profusion de rappeuses. Ă travers la prĂ©sentation de cent Ćuvres et dâautant de rappeuses, de Cardi B Ă Lilâ Kim, Lauryn Hill, Missy Elliott, Casey ou Keny Arkana, ce livre rend hommage Ă la pluralitĂ© des styles adoptĂ©s par les femmes du rap, et Ă leurs façons, parfois paradoxales, de soutenir une position fĂ©ministe.
On vous laisse donc sur ces premiĂšres pages, ainsi quâun avant goĂ»t dâune des 100 chroniques avec celle du Hot, Cool and Vicious de Salt-N-Pepa, dont les visages ont Ă©galement Ă©tĂ© mis Ă lâhonneur par la couverture du trĂšs rĂ©cent volume 4 de la bande dessinĂ©e Hip Hop Family Tree. Une coĂŻncidence de bon ton.
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