Kate Bush _ Nouvelle édition
Le temps du rĂȘve
Une analyse du parcours musical de la plus singuliĂšre et talentueuse des chanteuses-compositrices anglaises.
Coups de cĆur :
âLâauteur analyse tous les albums de Kate Bush ainsi que ses clips, ses apparitions Ă la tĂ©lĂ©vision et ses rares concerts. Il nous donne envie dâĂ©couter sa musique en mĂȘme temps quâon le lit. Câest un rĂ©gal pour les fans.â
Ămilie, Fnac Grand Place (Grenoble)
En 1978, Ă lâĂąge de dix-neuf ans, Kate Bush sort Wuthering Heights, son premier 45-tours, qui dĂ©tonne en pleine dĂ©ferlante punk et fait dâelle la premiĂšre femme autrice- compositrice-interprĂšte Ă atteindre le sommet des charts au Royaume-Uni. Au fil de ses disques, de ses vidĂ©os et de ses rares concerts, elle a cultivĂ© un sens de lâaudace et de lâautonomie, transgressant les codes de la pop, imposant son univers hors des modes et sans compromis. Musicienne, productrice, danseuse et auteure-interprĂšte, elle reste par ses performances vocales et son style unique, une rĂ©fĂ©rence transcendant les gĂ©nĂ©rations. En 2014, trente-cinq ans aprĂšs son unique tournĂ©e, son retour sur scĂšne est un triomphe. En 2022, lâutilisation dans la sĂ©rie « Stranger Things » de « Running Up That Hill », chanson sortie trente-sept ans plus tĂŽt, permet Ă Kate Bush de conquĂ©rir un nouveau public et de renouer avec les sommets des charts internationaux.
Coup de coeur Fnac Grand Place
âLâauteur analyse tous les albums de Kate Bush ainsi que ses clips, ses apparitions Ă la tĂ©lĂ©vision et ses rares concerts. Il nous donne envie dâĂ©couter sa musique en mĂȘme temps quâon le lit. Câest un rĂ©gal pour les fans.â
Revue de presse
Spéciale Kate Bush, grande figure de la pop, avec Frédéric Delùge JérÎme Colin RTBF auvio // Entrez sans frapper L'intégrale 21 mai 2025
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge : Kate Bush, Le Temps du rĂȘve Yves Tassin JazzMania 30 mars 2025
Ces artistes dont on pensait tout savoir, mais non⊠Frédéric Vandecasserie RTBF // Classic 21 8 mars 2025
- L'improbable come-back de Kate Bush grùce à la série "Stranger Things" Xavier Le Roux La Nouvelle République 21 juin 2022
- FrĂ©dĂ©ric DelĂąge Kate Bush, le temps du rĂȘve Renaud Oualid Koid'9 Mai 2018
- Kate Bush : le temps du rĂȘve Henri Vaugrand Webzine Clair & Obscur 09 fĂ©vrier 2018
- Kate Bush, un mythe décrypté Stéphane Jonathan Sud-Ouest 24 septembre 2017
- Kate Bush Aena Léo Longueur d'Ondes Printemps 2017
- Kate Bush. Le temps du rĂȘve. Robin Rigaut Vinyl Jan/Fev/Mars 2017
- Héroïnes inouïes Roderic Mounir Le Courrier 3 mars 2017
- Kate Bush en coeur Rebecca Manzoni France Inter - Pop & Co 13 mars 2017
- Kate Bush, portrait dâune artiste complĂšte Sylvain Siclier Le Monde 3 mars 2017
- Kate Bush, lâaĂ©rienne Eric Buggea Corse Matin 3 mars 2017
- Kate Bush. Le temps du rĂȘve Jean-Philippe Haas chromatique.net 01 mars 2017
- Kate Bush et Joni Mitchell, lâamour partagĂ© FrĂ©dĂ©ric Goaty Muziq 26 fĂ©vrier 2017
- Kate Bush, le temps du rĂȘve Phaco Blog de Phaco 27 fĂ©vrier 2017
- Kate Bush Le Temps Du RĂȘve JĂ©rĂŽme Pintoux Jukebox Magazine Mars 2017
- La chronique - Kate Bush Frédéric Goaty Europe 1 // Music Club 5 février 2017
- " En Angleterre, Kate Bush est adulée comme Piaf ici " Laurent Favreuille La Nouvelle République 8 février 2017
- Livres de la semaine Olivier Valerio Radio P.FM // Easy Rider 6 février 2017
- Kate Bush le temps du rĂȘve Isabelle Raepsaet La Voix du Nord 2 fĂ©vrier 2017
- Rembobinages pop moderne Julien Welter Magic janvier-février 2017
- Kate Bush Thomas Boujut France 2 // Alcaline 13 janvier 2017
âRemise en lumiĂšre par la sĂ©rie Stranger Things il y a trois ans, la âsorciĂšre du sonâ mĂ©ritait que soit augmentĂ©e sa seule biographie Ă ce jour en français. Ce nâest pas un hasard si FrĂ©dĂ©ric DelĂąge est spĂ©cialisĂ© en musiques progressives : si lâĂ©tiquette ârock progressif ne peut suffire Ă cataloguer les disques de lâartiste anglaise, leur richesse, leur singularitĂ© et leur complexitĂ© gagnent Ă ĂȘtre analysĂ©es par un connaisseur de musiques aventureuses. On apprĂ©cie Ă ce titre la double approche de lâauteur : narrative et documentĂ©e pour dĂ©rouler le fil biographique et cerner la personnalitĂ© de Kate Bush; prĂ©cise et technique pour Ă©tudier les sessions dâenregistrement et les albums. A lâimage dâune Ćuvre qui est le fruit dâune histoire familiale et dâune sensibilitĂ© particuliĂšres, autant que dâune artiste fĂ©rue de travail en studio, dâinnovation technologique et dâaudaces expĂ©rimentales.â
âSpĂ©ciale Kate Bush avec le journaliste français FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, qui publie \â_Kate Bush : Le temps du rĂȘve_\â (Le Mot et le Reste). En 1978, Ă lâĂąge de dix-neuf ans, Kate Bush sort Wuthering Heights, son premier 45-tours, qui dĂ©tonne en pleine dĂ©ferlante punk et fait dâelle la premiĂšre femme autrice- compositrice-interprĂšte Ă atteindre le sommet des charts au Royaume-Uni. Au fil de ses disques, de ses vidĂ©os et de ses rares concerts, elle a cultivĂ© un sens de lâaudace et de lâautonomie, transgressant les codes de la pop, imposant son univers hors des modes et sans compromis. Musicienne, productrice, danseuse et auteure-interprĂšte, elle reste par ses performances vocales et son style unique, une rĂ©fĂ©rence transcendant les gĂ©nĂ©rations. En 2014, trente-cinq ans aprĂšs son unique tournĂ©e, son retour sur scĂšne est un triomphe. En 2022, lâutilisation dans la sĂ©rie « Stranger Things » de « Running Up That Hill », chanson sortie trente-sept ans plus tĂŽt, permet Ă Kate Bush de conquĂ©rir un nouveau public et de renouer avec les sommets des charts internationaux.â
âKate Bush ? Le secret le mieux gardĂ© de la pop anglaise, du moins jusquâĂ aujourdâhui. PrĂ©cisons : dâune certaine pop anglaise. DĂ©licate, rĂȘveuse, recherchĂ©e⊠Tous ces qualificatifs lui siĂ©ent bien Ă cette musique ! Kate Bush ? Une icĂŽne, notamment auprĂšs de la communautĂ© gay, qui a su, dĂšs le dĂ©part fulgurant de sa carriĂšre (un contrat signĂ© chez EMI Ă lâĂąge de dix-huit ans et un premier hit un an plus tard), mener sa barque Ă sa guise, en essayant tant bien que mal de se protĂ©ger, notamment en posant un voile discret sur sa vie privĂ©e. Car le showbiz et les tabloĂŻds sont impitoyables. Kate Bush ? Un grand talent, certes, mais aussi une travailleuse inlassable. Aussi bien au niveau de la technique (le chant, le son, lâimage) que de la composition et mĂȘme de la danse, quâelle apprend et pratique en attendant quâarrive le bon moment pour publier ses premiĂšres chansons. On ne va pas vous raconter toute lâhistoire ici⊠Pour en connaĂźtre la progression et le dĂ©nouement, il vous faudra lire ce livre (qui complĂšte lâĂ©dition parue en 2017). Un ouvrage qui retrace le parcours de Kate Bush de façon chronologique, avec moult dĂ©tails qui forcent le respect. Kate Bush ? Ce sont aussi de magnifiques chansons regroupĂ©es dans une poignĂ©e dâalbums essentiels et dont vous trouverez ici la construction, pas Ă pas. Lire cette biographie de Kate Bush ? Câest passionnant, tout simplement !â
âChangement de genre avec un excellent bouquin qui dissĂšque parfaitement lâĆuvre de Kate Bush (Le Mot et le Reste â FrĂ©dĂ©ric DelĂąge) Pour rappel, elle a commencĂ© Ă Ă©crire des chansons dĂšs lâĂąge de 11 ans et sa carriĂšre a vĂ©ritablement dĂ©collĂ© en 1978 avec la sortie de son premier single, â Wuthering Heights â, inspirĂ© du roman classique dâEmily BrontĂ«. Bush est souvent saluĂ©e pour sa capacitĂ© Ă mĂ©langer diffĂ©rents genres musicaux, allant du rock au pop, en passant par le folk et la musique expĂ©rimentale. Elle explique : â Jâai vraiment aimĂ© la premiĂšre sĂ©rie de concerts que nous avons donnĂ©e en 1979, et le plan de base Ă©tait de crĂ©er de la matiĂšre fraĂźche, faire deux nouveaux albums puis un autre spectacle, mais au moment de finir lâalbum â The Dreaming â, nous nous sommes rendu compte quâon sâen Ă©loignait, parce que je mâimpliquais beaucoup plus que prĂ©vu dans le processus dâenregistrement. â Plus loin, la chanteuse dĂ©clare Ă©galement que chacun de ses albums sont aussi des projets visuels : â Et mĂȘme si ce sont des piĂšces courtes, câest un Ă©norme travail de les mettre ensemble. â Câest donc presque logiquement que Kate Bush sâest rendue Ă lâĂ©vidence : â Je ne suis pas une artiste de concert en live, mais une artiste de studio avec un fort attachement au visuel. â
â Running Up That Hill â a connu un regain de popularitĂ© en 2022 grĂące Ă son utilisation dans la sĂ©rie â Stranger Things â. â Câest tellement excitant. Et vraiment surprenant, nâest-ce pas ? Tout le monde est devenu fou ! Ce qui est merveilleux, câest ce nouveau public qui, en grande majoritĂ©, nâa jamais entendu parler de moi. Jâadore ça â, expliquait-elle encore. Et câest bien entendu aussi parce que son public sâest Ă©largi que ce livre consacrĂ© Ă Kate Bush vaut plus que le dĂ©tour. En outre, elle ne donne presque pas dâinterviews et reste trĂšs secrĂšte. Tout au plus a-t-elle rĂ©cemment expliquĂ© : â LâĂȘtre humain nâest pas Ă©quipĂ© pour supporter une renommĂ©e excessive. Ă moins de la viser expressĂ©ment, comme une Madonna, on finit inĂ©vitablement par se perdre, par oublier ce que lâon souhaite vraiment. La cĂ©lĂ©britĂ© nâa jamais Ă©tĂ© une motivation pour moi. Seuls la crĂ©ation et son processus mâintĂ©ressent, me font vibrer â Rare sur scĂšne, elle y avait nĂ©anmoins fait un retour triomphal en 2014 avec une sĂ©rie de concerts Ă Londres, Mais elle pourrait sortir de sa cachette. Puisquâelle vient de dĂ©clarer : â Je suis trĂšs motivĂ©e Ă lâidĂ©e de travailler sur un nouvel album. Jâai beaucoup dâidĂ©es. Jâai vraiment hĂąte de me replonger dans cet espace crĂ©atif. Cela fait longtemps. â Vivement !â
[âŠ]
« Elle a un niveau de popularitĂ© quâelle nâa jamais eu avant »
Elle doit cet improbable retour au sommet Ă Stranger Things, la sĂ©rie de Netflix Ă gros succĂšs, notamment auprĂšs des ados du monde entier, dont lâhistoire se dĂ©roule dans les annĂ©es 80. Dans la quatriĂšme saison sortie il y a quelques semaines et tant attendue par les fans, les auteurs (les frĂšres Duffer) font du tube de Kate Bush de 1985, Running up that hill, la chanson prĂ©fĂ©rĂ©e de Max, lâune des principales hĂ©roĂŻnes, quâelle Ă©coute rĂ©guliĂšrement dans son walk-man. Il nâen fallait pas davantage pour que le morceau et son autrice rencontrent un succĂšs mondial fulgurantâŠ
« Câest un truc de fou, ce qui est en train de se passer. Kate Bush a actuellement un niveau de popularitĂ© quâelle nâa jamais eu Ă la grande Ă©poque », tĂ©moigne FrĂ©dĂ©ric DelĂąge. Le journaliste poitevin (Ă La Nouvelle RĂ©publique-Centre Presse) connaĂźt son sujet : il est lâauteur de la seule biographie en français de la chanteuse anglaise, sortie dĂ©but 2017. « Câest une artiste qui sâest faite extrĂȘmement rare depuis les annĂ©es 90. MalgrĂ© son succĂšs, elle sâest mĂ©fiĂ©e de la popularitĂ©, a pris beaucoup de recul par rapport Ă toute intrusion dans sa vie privĂ©e. » [âŠ]
Retrouvez lâarticle en intĂ©gralitĂ© sur La Nouvelle RĂ©publique
On connaĂźt bien FrĂ©dĂ©ric DelĂąge pour ses ouvrages sur le rock progressif. Journaliste (Nord-Eclair, lâEcho, Centre-Presse), il a collaborĂ© Ă diffĂ©rents magazines de rock (Rockstyle de 1994 Ă 1998, Compact puis Crossroads depuis 2002). Câest dire sâil connait le sujet. PassionnĂ© depuis lâadolescence par la musique et lâhistoire de Genesis, il Ă©crira le passionnant ouvrage Genesis : La BoĂźte Ă musique, mis Ă jour quelques annĂ©es aprĂšs sa premiĂšre parution. Il a Ă©galement signĂ© en 2002 une superbe anthologie de la musique progressive des annĂ©es 70 (Chroniques du Rock Progressif : 1967-1979). Enfin, son bouquin Prog 100 est un incontournable des bibliothĂšques prog !
Sâattaquer Ă Kate Bush icĂŽne mondiale du rock (et pas seulement progressif) et de la pop, câĂ©tait risquĂ©. Mais câĂ©tait mal le connaĂźtre le bonhomme, Ă©galement passionnĂ© depuis son plus jeune Ăąge par la diva anglaise. Son ouvrage de plus de 200 pages est extrĂȘmement bien Ă©crit et suit la trace de la belle depuis ses dĂ©buts (1978 avec le 45 tours âWuthering Heightsâ, inspirĂ© du roman Les Hauts de Hurlevents dâ_*Emily Bronte*, single dont ne voulait pas la maison de disque â EMI â et que Kate imposa malgrĂ© tout, permettant Ă ce dernier de se classer numĂ©ro 1 dans les charts britanniques, lançant sa carriĂšre de maniĂšre fulgurante !) jusquâĂ son dernier fait dâarmes connu (la sortie du triple CD â ou quadruple vinyle â _Before the Dawn illustrant de maniĂšre Ă©tonnante â on attendait tous une version DVD⊠on attend toujours ! -, mais toujours classieuse les 22 concerts quâelle donna entre fin aoĂ»t et dĂ©but octobre 2014 Ă lâHammersmith Appolo de Londres.
AprĂšs une brĂšve introduction qui retrace la premiĂšre vision que le public eut de lâartiste (la cĂ©lĂšbre vidĂ©o de âWuthering Heightsâ en robe rouge en pleine nature, vision Ă©ternelle de la beautĂ© dâune artiste de seulement.. 19 ans !), lâauteur dĂ©roule lâhistorique en commençant par lâenfance de Kate, grĂące notamment au livre Cathy de son frĂšre John Carder Bush, sorti en 1986 et rééditĂ© en 2014, qui prĂ©sente des clichĂ©s Ă©tonnants de la petite fille en devenir⊠On apprendra Ă©videmment beaucoup de choses en lisant cet ouvrage extrĂȘmement documentĂ©, car tout ce qui concerne Kate nâest pas toujours si bien connu que ça, quoi quâon en pense. Seul tout petit bĂ©mol, mais câest souvent le cas des bouquins de cet Ă©diteur, une iconographie assez pauvre (pochettes de disques, 33T et 45T⊠et puis câest tout !) et seulement en noir et blanc. Un livre absolument indispensable Ă toute personne qui aime Kate Bush. A signaler quâil sâagit du premier ouvrage en français sur lâartiste : on croit rĂȘver que personne nâait eu lâidĂ©e (ou lâaudace ?) plus tĂŽt ! A moins que nous ne soyons de sacrĂ©s indĂ©crottables, autres français, allez donc savoir !
Interview de Frédéric Delùge réalisée par Renaud Oualid.
Bonjour Fred, mĂȘme si tu es assez connu pour tes nombreux Ă©crits sur le rock progressif, peux-tu te prĂ©senter briĂšvement Ă nos lecteurs qui ne te connaitraient pas encore ?
Je suis journaliste en presse Ă©crite rĂ©gionale et je travaille aujourdâhui Ă la rĂ©daction de Poitiers des quotidiens Centre Presse et La Nouvelle RĂ©publique du Centre Ouest. Pour ce qui est de mes Ă©crits musicaux, jâai collaborĂ© de 1994 Ă 2001 aux magazines Rockstyle puis Compact et enfin Crossroads avant de crĂ©er mon blog de chroniques (voir le blog). Et jâai signĂ© quelques livres : une biographie de Genesis (La BoĂźte Ă musique publiĂ©e initialement en 1998 puis rééditĂ©e en version augmentĂ©e en 2007), deux livres sur le rock progressif ( dâabord Chroniques du Rock Progressif, 1967-1979, qui fut en 2002 le premier livre sur le prog paru en France, puis Prog 100 publiĂ© fin 2014, une autre sĂ©lection de 100 disques mais qui couvre cette fois 100 artistes diffĂ©rents sur la pĂ©riode 1968-2014); et enfin, en janvier 2017, Kate Bush le temps du rĂȘve, mon deuxiĂšme livre paru chez Le Mot et le Reste aprĂšs Prog 100.
Pourquoi et comment en es-tu venu à écrire sur la musique ?
Quand on est journaliste et mĂ©lomane, ne pas Ă©crire sur la musique serait presque Ă©tonnant. Adolescent, je dĂ©vorais les vieux Best, avec une prĂ©dilection toute particuliĂšre pour la plume dâHervĂ© Picart. Et puis en 1994, jâai rejoint la rĂ©daction de Rockstyle, le magazine créé par Thierry Busson, qui Ă©tait en cette Ă©poque prĂ©-internet, la seule revue musicale gĂ©nĂ©raliste Ă parler abondamment de rock progressif. Jâai eu lâopportunitĂ© dâinterviewer des gens comme Tony Banks, Mike Rutherford, Peter Hammill, Ian Anderson, Jon Anderson, Bill Bruford, Roger Hodgson ou Mike Olfield, entre autres⊠A partir de lĂ je nâai cessĂ© dâĂ©crire sur la musique, mĂȘme si ce nâest pas mon activitĂ© professionnelle principale.
Comment en es-tu venu Ă tâintĂ©resser au rock progressif, et notamment Ă Kate Bush ?
Au milieu des annĂ©es 80, vers lâĂąge de 15 ans, jâai dĂ©couvert en lisant les pages consacrĂ©es au rock dans le âQuidâ que la majoritĂ© des trucs que jâĂ©coutais Ă©tait citĂ©e au paragraphe âmusique progressiveâ. En fait, jâai eu plusieurs rĂ©vĂ©lations musicales successives : les Beatles et Simon & Garfunkel Ă lâĂąge de 12 ans, Mike Oldfield et Supertramp Ă 13-14 puis surtout Genesis et Peter Gabriel Ă 15ans, vite suivis par Yes, King Crimson, Van der Graaf Generator et consorts. Et jâĂ©coutais dĂ©jĂ Kate Bush Ă lâĂ©poque, elle Ă©tait dĂ©jĂ dâassez loin ma chanteuse favorite.
Question rĂ©currente : qualifierais-tu Kate dâartiste âprogressiveâ et pourquoi ?
Tout dĂ©pend Ă©videmment de ce quâon met derriĂšre lâappellation, le rock progressif, ayant pratiquement autant de dĂ©finitions diffĂ©rentes quâil y a de gens qui en parlent⊠Mais si lâon choisit une acceptation relativement large des musiques progressives, il est impossible de ne pas y associer la musique de Kate Bush, qui sâest toujours inscrite hors des sentiers battus, trĂšs Ă©clectique dans ses sources dâinspiration, sans oublier Ă©videmment quâelle a clairement Ă©tĂ© influencĂ©e par Pink Floyd ou Peter Gabriel.
Comment expliques-tu jusquâĂ prĂ©sent lâabsence de livre en français sur Kate ?
Je ne lâexplique pas. Un livre sur Kate Bush aurait Ă©tĂ© encore plus vendeur en France dans les annĂ©es 80 mais Ă©trangement il nây en a pas eu Ă lâĂ©poque⊠Bref, jâai juste constatĂ© ce manque, ce qui a contribuĂ© Ă me donner envie dâĂ©crire un livre sur elle. Exactement ce qui mâest arrivĂ© avec le rock prog en 2000-2001.
Question difficile : quel est ton album préféré de Kate ?
La rĂ©ponse est facile : The Dreaming, le plus audacieux, le plus dingue, celui qui sâest le moins vendu aussi, coincĂ© entre les deux Ă©normes succĂšs quâont Ă©tĂ© Never For Ever en 1980 et surtout Hounds Of Love en 1985. A titre personnel, câest non seulement mon disque favori de Kate Bush mais il figure aussi dans mon top 10 dâalbum, tout artistes confondus.
As-tu assisté à un des concerts du spectacle Before the Dawn en 2014 ?
Malheureusement, non. A lâĂ©poque, jâĂ©tais en train de terminer Prog 100 et de toute maniĂšre, toutes les places sont parties en un quart dâheure⊠En revanche, jâai pu avoir accĂšs Ă des vidĂ©os non officielles mais pour certaines de qualitĂ© professionnelle, ce qui mâa permis dâavoir une vision trĂšs prĂ©cise de la scĂ©nographie du concert, tout particuliĂšrement de celle trĂšs spectaculaire, de la suite âThe Ninth Waveâ.
Tu es passionnĂ© de musiques progressives, on le sait, mais es-tu Ă©galement Ă©clectique dans tes Ă©coutes musicales ? Quels autres âgenresâ de musique Ă©coutes-tu ?
Ătre passionnĂ© de musiques progressives, câest dĂ©jĂ ĂȘtre Ă©clectique, non ? Disons quâavec No-Man, North Atlantic Oscillation, Oceansive, Amplifier ou Lunatic Soul, pour parler de certains de mes groupes post seventies favoris, on sâĂ©loigne dĂ©jĂ pas mal de Genesis ou de Camel. AprĂšs, parmi les grands noms âhors sphĂšre progressiveâ que jâĂ©coute toujours, on trouve aussi bien The Cure, XTC, The Waterboys, Abba, AC/DC, Otis Redding, Nick Drake, Neil Young, Tom Petty, les vieux Polnareff, Souchon, ThiĂ©faine, William Sheller, liste Ă©videmment non exhaustiveâŠ
Quels sont tes projets ? Sur quel artiste aimerais-tu écrire un livre ? Peter Gabriel ? Peter Hammill ?
Je nâai pas de projet dans lâimmĂ©diat mais effectivement, les deux Peter que tu cites sont au cĆur de mes envies pour de potentiels futurs ouvragesâŠ
Finalement, on connaĂźt peu Kate Bush â en France, ajouterais-je. Oh, bien entendu, on a tous des chansons, des albums ou des clips en tĂȘte â au hasard, « Babooshka », The Dreaming, la vidĂ©o de « Running Up That Hill », le duo avec Peter Gabriel pour « Donât Give Up »⊠Bien sĂ»r, on ne peut oublier la danseuse, ni lâartiste dĂ©calĂ©e proposant une musique tellement Ă part quâil est toujours compliquĂ© de la faire rentrer dans une case. Mais que sait-on de Catherine Bush, de cette femme qui est devenue une icĂŽne tout en demeurant le plus souvent cachĂ©e ?
Câest un peu le pari de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge avec ce Kate Bush : Le Temps Du RĂȘve : nous faire dĂ©couvrir et comprendre la singularitĂ© dâune artiste qui nâa sans doute pas fini de marquer la musique contemporaine. Lâauteur est connu pour ses chroniques et ses ouvrages sur le rock progressif (Genesis : La BoĂźte Ă Musique, Camion Blanc, 1998 ; Chroniques Du Rock Progressif : 1967-1979, La Lauze, 2002 ; Prog 100 : Le Rock Progressif, Des PrĂ©curseurs Aux HĂ©ritiers, Le Mot et le Reste, 2014). Mais dĂ©jĂ , un petit indice pouvait nous indiquer que Kate Bush pouvait faire lâobjet dâune Ă©tude, lâalbum The Dreaming Ă©tant classĂ© par notre spĂ©cialiste parmi les cent rĂ©fĂ©rences du rock progressif (Prog 100, p. 166-167).
Aujourdâhui, depuis la sortie du premier album de Kate Bush, The Kick Inside, on arrive Ă quarante ans de carriĂšre, et pourtant, « seulement » dix albums studio, trois live, deux compilations et deux coffrets⊠Sur ce point, on donnera raison Ă FrĂ©dĂ©ric DelĂąge dâavoir sous-titrĂ© cette biographie « Le temps du rĂȘve ». Kate prend son temps et elle le prend de plus en plus. Et elle rĂȘve. Elle rĂȘve Ă bien des choses, cette jeune Cathy qui ne sait pas trop ce quâelle va faire de sa vie tout en Ă©grenant les notes sur le piano familial (voir le chapitre « Cathy », p. 11-31). Comme souvent, il y a un titre et un mentor. Le titre, câest « The Man With A Child In His Eyes ». Le mentor, câest David Gilmour qui a repĂ©rĂ© la trĂšs jeune Catherine et lui a donnĂ© les moyens de se faire dĂ©couvrir, notamment en finançant des sĂ©ances dâenregistrement aux cĂ©lĂšbres AIR Studios de Londres en juin 1975.
Je pourrais reprendre de la sorte les nombreux Ă©lĂ©ments que FrĂ©dĂ©ric DelĂąge dĂ©veloppe tout au long du livre. Mais lĂ oĂč lâouvrage devient passionnant, câest dans le dĂ©tail des interstices de la volontĂ© de Kate Bush dâĂȘtre perpĂ©tuellement Ă contre-courant, de prendre le « show-biz » et le systĂšme « musico-mĂ©diatique » trĂšs souvent Ă contrepied. Câest dans cette facultĂ© Ă suivre lâhistoire linĂ©aire dans la succession des albums â et lâimpressionnante liste des musiciens qui les interprĂštent â autant que dans la justesse des assertions bushiennes qui les expliquent et les commentent â les explications relatives Ă la composition de « Wuthering Heights », mĂȘlant littĂ©rature et tĂ©lĂ©vision, en sont un parfait exemple (p. 39-41).
On commence Ă comprendre, au fil des pages, le va-et-vient permanent de la stratĂ©gie de Kate Bush, entre construction dâune Ćuvre diffĂ©rente â les explications sur le travail en studio sont Ă ce sujet Ă©clairantes â et volontĂ© de se situer par rapport au « marchĂ© » â lĂ encore, « Wuthering Heights » est clarifiant. Kate Bush, notamment de The Kick Inside (1978) Ă Hounds Of Love (1985) et The Whole Story (1986), a suivi son instinct. AprĂšs la promotion de ces deux derniers, Kate est Ă©puisĂ©e et confrontĂ©e Ă un paradoxe difficile Ă rĂ©soudre. Elle a Ă peine 30 ans et dĂ©jĂ , elle commence Ă ressentir la difficultĂ© Ă composer. Le processus devient de plus en plus compliquĂ© et les formidables avancĂ©es quâelle avait connues grĂące Ă la technologie (la dĂ©couverte du Fairlight CMI, premier Ă©chantillonneur numĂ©rique dĂšs 1980, voir p. 79) ne sont plus aussi stimulantes. Ainsi, la sortie de The Sensual World (1989) marquera un essoufflement dans lâinspiration et la rĂ©alisationâŠ
LĂ oĂč FrĂ©dĂ©ric DelĂąge retient encore notre attention, câest dans lâexplication de lâimportance de lâentourage de Kate Bush. Que ce soit son pĂšre, ou ses compagnons (et musiciens), la femme Cathy nâest jamais complĂštement sĂ©parĂ©e de la star Kate. Et la perte de sa mĂšre, Hannah, en 1992, emportera lâartiste dans un tourbillon de changements dans sa vie et son art. Kate se sĂ©parera de son compagnon â qui restera cependant son ingĂ©nieur du son â Del Palmer, et entamera une idylle avec le musicien Danny McIntosh, tout ceci jusquâĂ la sortie de The Red Shoes (1993). Lâautre Ă©vĂ©nement important sera la naissance de son fils, Albert McIntosh, en 1998. Comme je lâai dĂ©jĂ soulignĂ©, Kate Bush, au fur et Ă mesure, prend son temps, de plus en plus de temps⊠Cette vie de mĂšre, Ă quarante ans, change la donne. Ce que FrĂ©dĂ©ric DelĂąge parvient Ă rĂ©aliser, câest Ă nous faire comprendre pourquoi et comment lâartiste/femme fait ses choix, en dĂ©pit de la notoriĂ©tĂ© ou du quâen-dira-t-on â on pourrait dâailleurs faire un parallĂšle masculin avec le John Lennon des derniĂšres annĂ©esâŠ
Pourtant, câest peut-ĂȘtre lorsquâelle tentera de se renouveler quâelle sera le moins bien comprise par certains. Lâhydre Ă deux tĂȘtes que reprĂ©sente Aerial (2005) â vingt ans aprĂšs son prototype Hounds Of Love â recevra un accueil enthousiaste. Bush prendra encore son temps pour ses deux derniĂšres productions studio Ă ce jour, toutes deux sorties en 2011 â Directorâs Cut, rĂ©enregistrement de titres de The Sensual World et de The Red Shoes, et 50 Words For Snow_â et son retour sur scĂšne (une sĂ©rie de vingt-deux concerts au Hammersmith Apollo de Londres qui se termine le 1er octobre 2014). _Before The Dawn â juste avant lâaube, comme une pirouette Ă la maniĂšre si caractĂ©ristique de Kate Bush â sortira en triple album live en 2016. Comme le souligne avec justesse FrĂ©dĂ©ric DelĂąge (p. 199-200) : « [A]prĂšs avoir effacĂ© son image des pochettes, la voilĂ qui y supprime jusquâĂ son propre nom, seul un autocollant indiquant tout de mĂȘme quâil sâagit bien dâun live de Kate Bush. »
Peut-ĂȘtre sommes-nous prĂšs de la fin de la carriĂšre musicale de Kate Bush â ce qui pourrait ne pas nous surprendre. NĂ©anmoins, elle fait bien partie de ces artistes â FrĂ©dĂ©ric DelĂąge y associe David Sylvian, Roy Harper, Robert Wyatt et Peter Hammill â pour lesquels libertĂ© et prise de risque sont les deux moteurs du pouvoir laissĂ© Ă lâimaginaire de lâartiste. GĂ©nie fĂ©minin, Kate Bush est une remarquable bizarrerie doublĂ©e dâune icĂŽne anglaise incomprĂ©hensible de ce cĂŽtĂ© de la Manche. GrĂące Ă lâouvrage de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, on arrive Ă mieux apprĂ©hender le personnage, Ă cerner les contours fuyants et sans cesse renouvelĂ©s de sa musique. La meilleure des preuves de la rĂ©ussite de ce livre câest que, Ă peine aprĂšs avoir fini de le dĂ©vorer, on se jette sur les albums de Kate Bush, espĂ©rant y retrouver tout ce que lâon y a aimĂ© mais souhaitant aussi y dĂ©couvrir ce qui nous a Ă©chappĂ© et dont FrĂ©dĂ©ric DelĂąge nous propose certaines clefsâŠ
Originaire de PĂ©rigueux, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge Ă©crit en expert sur le rock progressif. Dans Kate Bush, le temps du rĂȘve, il brosse un portrait touchant et documentĂ© sur un des plus Ă©tranges phĂ©nomĂšnes de la pop anglaise. Plus influencĂ©e par les mĂąles glam des annĂ©es 1970 que par les rockeuses de sa gĂ©nĂ©ration, Kate Bush a inventĂ© univers unique, ici dĂ©cryptĂ© avec un verbe fluide et une rigueur sans faille. Les citations dâinterviews comme le rĂ©cit de lâenfance de la miss *Ă©clairent dâune lumiĂšre quasi psychanalytique la puissance de lâimaginaire de la mystĂ©rieuse Miss Bush.
4*/5
Cette fille a tout dĂ©frichĂ©. Sans elle, il nây aurait probablement pas eu de Björk, de Camille ou mĂȘme de Christine and the Queens. Ă son propos, lâauteur Ă©crit quâelle a Ă©tĂ© « pionniĂšre dans lâinclusion de la danse, dâĂ©lĂ©ments de mime et de théùtre au sein de concerts et vidĂ©os pop ». Au Royaume-Uni, Kate Bush est considĂ©rĂ©e comme un trĂ©sor national, et il va sans dire que cette artiste mystĂ©rieuse et protĂ©iforme a cultivĂ© lâaudace et lâindĂ©pendance tout au long de sa carriĂšre. Dans cet ouvrage â le premier en France qui lui est consacrĂ© â, le journaliste rock FrĂ©dĂ©ric DelĂąge revient sur les grandes Ă©tapes de sa carriĂšre. Celle-ci dĂ©buta en 1978 avec le 45 tours âWuthering Heightsâ, inspirĂ© du roman Les Hauts de Hurlevents dâEmily BrontĂ«. Lâinspiration littĂ©raire marquera nombre de ses compositions, sensuelles et fantaisistes, toujours profondes. Un document prĂ©cieux pour dĂ©couvrir le parcours de cette crĂ©atrice finalement mal connue en France, oĂč on la rĂ©sume trop souvent Ă ses tubes âBabooshkaâ et âDonât give upâ.
Je lui avais consacrĂ© un dossier de 8 pages (âFine Bushâ) in VINYL 55 il y a dix ans. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge en fait Ă©videmment davantage en plus de 200 pages, dĂ©veloppant le sujet avec la passion et le talent quâon lui connaĂźt (on lui doit plusieurs ouvrages de haut niveau sur le rock progressif qui mâont apportĂ© beaucoup de (re)dĂ©couvertes) âŠ
Tout est ici Ă©pluchĂ© avec une prĂ©cision chirurgicale, analyse titre par titre, album aprĂšs album, avec mention de tous les musiciens et autres dĂ©tails passionnants sans tomber dans le machin âchiantâ ! Ăa se lit dâune traite !!
Câest lâhistoire dâune nana totalement âhors biznessâ, tombĂ©e en 1978 en pleine vague punk au milieu de consoeurs bien plus rock et aux personnalitĂ©s bien affirmĂ©es (Patti Smith, Debbie Harry, Siouxsie, Chrissie Hynde, Pat Benatar, jâen passe et des meilleures ⊠) Avec sa totale âbritish classâ, ses mĂ©lodies croustillantes pas trĂšs rock et deux premiers albums Ă la voix haut perchĂ©e, elle fait un peu figure dâAlice tombĂ©e de son armoire (ou de son âpetit manoir dans la prairieâ) dans la bouillonnante marmite punk de cette fin des 70âs ! Elle en sortira avec des sons bien plus exotiques dĂšs son 3Ăšme opus (incluant âBabooshkaâ, âEgyptâ, âArmy Dreamersâ ou le dĂ©capant âViolinâ), et se rĂ©vĂšlera vraiment avec le quatriĂšme, The Dreaming en 1982, quâelle gĂšre et produit totalement. Un album risquĂ©, considĂ©rĂ© comme son chef-dâoeuvre, bien accueilli par la critique mais un peu boudĂ© par le public. Peu de singles vendeurs (âSat ln Your Lapâ publiĂ© lâan passĂ© et âSuspended In Gaffaâ, mais pas de âBabooshkabisâ) et des expĂ©riences sonores alors inhabituelles (lâarrivĂ©e dâun didjeridoo sur la chanson titre, instrument totalement inconnu en nos contrĂ©es !) et une voix rauque frisant le feulement, bien loin des envolĂ©es aĂ©riennes de ses dĂ©buts⊠On attend trois ans pour la suite, Hounds Of Love, dĂ©coupĂ© en deux faces distinctes, Hounds Of Love pour les radios (âRunning up That Hillâ, âBig Skyâ, âCloudbustingâ) et The Ninth Wave, plus onirique (et plus longue aussi, 26 minutes !). Viendront ensuite The Sensual World (1989), The Red Shoes (1993) et, aprĂšs 12 ans de silence, lâĂ©tonnant Aerial en 2005, dĂ©coupĂ© lui aussi en deux CD distincts âŠ
Neuf albums en prÚs de quarante ans, sans fausse note. Brillante carriÚre relatée avec passion par un connaisseur. Et pour une somme ridicule compte tenu du boulot accompli. Merci Monsieur Frédéric Delùge !
Kate Bush sur le toit du monde
Il y a la Kate Bush de «Wuthering Heights», variation romantico-gothique sur Les Hauts de Hurlevent dâEmily BrontĂ«. Dans cette chanson qui la rĂ©vĂšle au monde en 1978, son timbre haut perchĂ© atteint des sommets inouĂŻs, accolĂ© Ă un piano classique qui tranche avec le punk et la disco alors en vogue. Le visage de la pop en est changĂ©, Kate Bush devenant la premiĂšre auteure-compositrice Ă se hisser en tĂȘte des classements europĂ©ens.
Il y a lâartiste libre et empathique de «Kashka from Baghdad» (1978), rĂ©cit dâune romance homosexuelle interdite. Celle, intrĂ©pide et osĂ©e, de «Babooshka» (1980) ou de «Running Up That Hill» (1985), tumulte percussif qui scelle un «pacte avec Dieu» pour Ă©changer les rĂŽles entre un homme et une femme qui ne se comprennent pas. Il y a encore la Kate Bush bouleversante de «Donât Give Up» (1986), duo avec Peter Gabriel. Elle y remonte le moral dâun chĂŽmeur brisĂ© par lâĂ©conomie thatchĂ©rienne: «Ne baisse pas les bras / Il nây a pas de quoi avoir honte / Ne baisse pas les bras / Nous sommes avec toi.»
Wilhelm Reich et la Hammer
Comme Joni Mitchell, dont elle est une hĂ©ritiĂšre bien que dans un registre musical radicalement diffĂ©rent, Kate Bush se voit consacrer sa premiĂšre biographie en français. Le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge procĂšde chronologiquement, passant au crible la discographie de la native du Kent, ses options artistiques, ses influences (lâĂ©sotĂ©risme de Gurdjieff, la psychanalyse de Wilhelm Reich, la littĂ©rature de William Blake, Henry James, James Joyce, les films de Truffaut, Powell, Kubrick et des studios Hammer), sa lutte pour lâindĂ©pendance au sein de lâindustrie discographique.
«Câest une chanteuse que jâadmire depuis mon adolescence, confie FrĂ©dĂ©ric DelĂąge. Elle a toujours menĂ© sa ÂcarriĂšre comme elle lâentendait, dĂšs ses dĂ©buts prĂ©coces Ă lâĂąge de 19 ans, et a su constamment se rĂ©inventer, en Âdehors des modes et des courants. DĂšs le dĂ©part, il lui a fallu batailler avec sa maison de disques pour imposer âWuthering Heightsâ comme premier single. Kate Bush est restĂ©e une artiste Ă part, sans compromissions.»
Inspirée par des hommes
NĂ©e dans un milieu plutĂŽt aisĂ© et de sensibilitĂ© artistique, elle compose trĂšs jeune au piano, enregistrant ses premiĂšres dĂ©mos Ă lâĂąge de 14 ans avec David Gilmour de Pink Floyd comme mentor. Son Ă©closion Ă la fin des annĂ©es 1970 la place Ă mi-chemin entre les pionniĂšres du songwriting Joan Baez, Joni Mitchell, Joan Armatrading, Buffy Sainte-Marie, Laura Nyro, Carole King, et la gĂ©nĂ©ration des Tori Amos, Fiona Apple, Regina Spektor, Cat Power, pour lesquelles les premiĂšres ont ouvert la voie. LâintĂ©rĂȘt de Kate Bush pour la danse, le mime et le cinĂ©ma lâamĂšnent Ă chorĂ©graphier avec soin et force trouvailles ses vidĂ©oclips, et ce qui reste Ă ce jour lâunique tournĂ©e de sa carriĂšre, le «Tour of Life», en 1979.
«Kate Bush a Ă©tĂ© davantage inspirĂ©e par des hommes, David Bowie, Elton John, Bryan Ferry, que par des artistes femmes, relĂšve FrĂ©dĂ©ric DelĂąge. Elle a su mĂȘler sa fĂ©minitĂ© Ă ces influences masculines pour crĂ©er un univers trĂšs singulier qui ne doit rien, ou du moins pas grand chose, au blues et au rockânâroll.» De fait, les compositions Ă la fois sophistiquĂ©es et accessibles de Kate Bush doivent autant Ă la musique classique quâĂ la pop, au rock progressif et Ă la musique celtique.
Penchant conceptuel
DouĂ©e pour les ballades aux harmonies riches mais conventionnelles («The Man With a Child in His Eyes», «And Dreams of Sheep»), elle prend des options quasi expĂ©rimentales sur lâalbum The Dreaming (1982), mue par lâutilisation du Fairlight, un synthĂ©tiseur Ă©chantillonneur rĂ©volutionnaire quâelle est lâune des premiĂšres Ă possĂ©der avec Peter Gabriel, Stevie Wonder et Jean-Michel Jarre. Les deux faces complĂ©mentaires de son disque emblĂ©matique de 1985, Hounds of Love, illustrent son penchant conceptuel.
Artiste Ă part, Kate Bush nâa jamais brillĂ© par son engagement politique, exception faite de son duo avec Peter Gabriel. Son biographe nuance: «Elle a tout de mĂȘme Ă©crit quelques morceaux un peu plus liĂ©s Ă lâactualitĂ© du monde rĂ©el, comme âArmy Dreamersâ (sur lâabsurditĂ© de la guerre qui fauche une jeunesse sans perspectives, chanson bannie des ondes de la BBC durant la guerre des Malouines, ndlr) ou âBreathingâ (sur les effets dâune guerre nuclĂ©aire, ndlr), mais Kate Bush nâest clairement pas un animal politique. Ses chansons Ă©voquent les rĂȘves, les plaisirs des sens, les passerelles entre le monde des morts et des vivants, la beautĂ© de la nature, etc. Son regard sur le monde est bien plus dâordre Ă©motionnel que politique.» Comme beaucoup de self-made women, Kate Bush ne sâest pas non plus revendiquĂ©e ouvertement fĂ©ministe. «Câest vrai, cependant la ÂmaniĂšre dont elle a su imposer sa vision dans un univers dominĂ© par des hommes reste exemplaire.»
Contre toute attente, Kate Bush a mis fin Ă trente-cinq ans dâabsence scĂ©nique, en 2014, le temps dâune sĂ©rie de quinze concerts au Hammersmith Apollo de Londres. A guichets fermĂ©s, bien entendu. Un triple CD paru fin 2016 rend compte de ce pari audacieux, un de plus, remportĂ© avec panache. De Tori Amos Ă Björk en passant par PJ Harvey, Florence and the Machines, Bat for Lashes, Katie Melua, Antony and the Johnsons, Rufus Wainwright, Lorde ou mĂȘme Lady Gaga, son hĂ©ritage couvre tout le champ pop. RMR
«La culture a ouvert des brÚches»
Lâuniversitaire Elizabeth Wollman rappelle que le mouvement folk, Ă©galitaire, a Ă©tĂ© le porte-voix dâĂ©volutions sociĂ©tales majeures.
«Les annĂ©es 1970 sont souvent considĂ©rĂ©es comme une dĂ©cennie dĂ©primante, oĂč les individus se sont repliĂ©s sur eux-mĂȘmes aprĂšs lâĂ©chec des grands mouvements sociaux des sixties. Câest faire lâimpasse sur le fait que beaucoup des combats engagĂ©s alors, notamment pour les droits des minoritĂ©s ethniques et sexuelles, ont trouvĂ© leur concrĂ©tisation dans la dĂ©cennie suivante.»
Elizabeth Wollman est ethnomusicologue, enseignante Ă lâuniversitĂ© de New York. Elle travaille Ă la croisĂ©e des Ă©tudes genre, de la culture populaire et des mass mĂ©dias. «Lâintime est politique: câĂ©tait le credo des songwriters des annĂ©es 1970, qui partageaient leurs doutes et leurs contradictions. Nâoublions pas que cette dĂ©cennie a aussi vu naĂźtre le rock de stade, avec des groupes masculins obnubilĂ©s par le succĂšs commercial (Aerosmith, Journey, Foreigner, ou mĂȘme Queen malgrĂ© son registre plus complet, ndlr). Le mouvement folk, en comparaison, restait modeste et enracinĂ©.»
Apparence sans importance
Pourquoi le folk a-t-il attirĂ© tant de femmes? «Probablement parce quâil Ă©tait beaucoup plus Ă©galitaire que le rock. Il suffisait dâenfiler une chemise, de prendre une guitare et de raconter des histoires. Le genre et lâapparence Ă©taient sans importance.» A lâinverse, Elizabeth Wollman cite le cas des Runaways, groupe de hard rock fĂ©minin menĂ© par la guitariste Joan Jett, fondĂ© en 1975: «Ces adolescentes ont Ă©tĂ© exploitĂ©es, exhibĂ©es comme un freakshow. Elles voulaient un son rock dur, mais elles nâĂ©taient pas les bienvenues. Alors que les femmes ont une longue tradition folk aux Etats-Unis.»
On notera le phĂ©nomĂšne des girl groups des annĂ©es 1960, les Shangri-Las, Shirelles, Ronettes et, du cĂŽtĂ© du label de musique noire Motown, les Marvelettes, Martha and the Vandellas, Diana Ross & The Supremes. «Ces groupes vocaux ont connu un grand succĂšs, mais nâĂ©crivaient pas leurs propres chansons. Ces filles Ă©taient des machines Ă tubes sous la coupe de leur producteurs Berry Gordy, Phil SpectorâŠÂ»
Les effets du punk
En rĂ©action au sexisme de lâindustrie musicale, un collectif de lesbiennes fonde en 1973 Olivia Records, premier label discographique dirigĂ© uniquement par des femmes. Il reste confidentiel et confinĂ© Ă une sphĂšre militante. Il faudra attendre les effets de la vague punk et dâartistes comme Patti Smith, Nina Hagen, Siouxie Sioux et The Slits, pour produire un changement profond. Avec lâaide de la culture gay, de la disco et de la pop des annĂ©es 1980, vagues sur lesquelles surferont ÂMadonna, Cindy Lauper, Annie Lennox, SinĂ©ad OâConnorâŠ
«Les mĆurs ont progressĂ© par Ă©tapes, grĂące Ă lâimpact subconscient du cinĂ©ma et de la musique pop. La culture a ouvert des brĂšches en abordant des sujets qui, auparavant, nâavaient pas droit de citĂ©. MĂȘme le rap, traditionnellement masculin et sexiste, sâest dĂ©mocratisĂ©.» Dans le climat actuel de rĂ©gression, les artistes porteront-ils Ă nouveau la contradiction?
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Ă lâoccasion de la parution du livre âKate Bush â Le Temps du RĂȘveâ de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, âPop & Coâ se penche sur la carriĂšre de cette audacieuse pionniĂšre.
« Ăcoute-moi bien, tu ne comprends rien au marchĂ©. » Câest le discours que la maison de disques EMI tient Ă Mademoiselle Kate Bush quand il est question de choisir son tout premier 45 tours en 1979. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge raconte la scĂšne dans son livre, Kate Bush â Le Temps du RĂȘve. Kate Bush a alors 19 ans. Et elle impose son choix Ă ces messieurs dâEMI calmement. Sa premiĂšre chanson, âWuthering Heightsâ, sera excentrique et dure Ă fredonner.
KateBush, câest lâhistoire dâune jeune fille qui publie un premier disque devenu tube illico contre toute attente. Parce que son morceau est adaptĂ© dâun roman anglais du dix-neuviĂšme siĂšcle : Les Hauts de Hurlevent. Parce quâelle y chante lâhistoire dâun inceste entre une sĆur et son frĂšre adoptif. Lui câest Heathcliff. Elle, câest Cathy. Une fois morte, Cathy vient le hanter pour lui dire : « Je te dĂ©testais. Et je tâaimais aussi ».
Le livre Kate Bush â Le Temps du RĂȘve, est une biographie didactique, qui se lit comme un roman. Le parcours dâune grandes figures fĂ©minines de la pop Ă laquelle aucune monographie en français nâavait Ă©tĂ© consacrĂ©e jusquâici. Car, en France, Kate Bush, nâa connu essentiellement quâun grand tube : âBabooshkaâ.
Vue de 2017, la vidĂ©o qui accompagne cette chanson de 1980 est incroyable. Pour les couplets, Kate Bush y chante en justaucorps, le visage voilĂ©. Et quand le refrain Ă©clate, elle se mĂ©tamorphose en crĂ©ature lĂ©onine : en bikini, coutelas glissĂ© dans une jarretelle et sabre Ă la ceinture. Kate Bush fait de la pop comme on fait du théùtre. Chaque chanson est lâoccasion dâincarner un personnage. Dans âBabooshkaâ, câest une vieille femme qui teste lâamour de son mari en lui envoyant des lettres signĂ©es dâune mystĂ©rieuse Babooshka.
Frédéric Delùge raconte une Kate Bush pionniÚre.
Le 20 janvier 1978 paraĂźt le premier 45-tours de la chanteuse, paroliĂšre et compositrice Kate Bush. Sur sa face A, la chanson Wuthering Heights, Ă©vocation des personnages de Catherine et Heathcliff, du roman Les Hauts de Hurlevent, dâEmily BrontĂ«. En quelques semaines, câest un immense succĂšs en Grande-Bretagne et bientĂŽt dans dâautres pays europĂ©ens conquis par la voix aiguĂ«, la grĂące sĂ©duisante de son interprĂšte. Et le dĂ©but dâune longue carriĂšre pour celle qui nâest alors ĂągĂ©e que de 19 ans.
Si la chanteuse a Ă©tĂ© le sujet de plusieurs livres en anglais, Kate Bush, le temps du rĂȘve est le premier en français. Son auteur, le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, avait dĂ©jĂ rĂ©digĂ© plusieurs ouvrages sur le rock progressif. Il dessine ici le portrait dâune artiste au sens fort du terme, complĂšte â elle Ă©crit ses textes, compose ses musiques, est danseuse, productrice, rĂ©alisatrice⊠Une femme aussi soucieuse de garder pour elle et ses proches sa vie privĂ©e â ce qui lui vaut une rĂ©putation de recluse mystĂ©rieuse â que de conserver le contrĂŽle sur ses actes crĂ©atifs.
Album par album â Kate Bush en a rĂ©alisĂ© dix en studio de 1978 Ă 2011, deux en public â, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge revient sur chaque Ă©tape, de la conception Ă la rĂ©alisation, des chansons. Sans recourir Ă des anecdotes, sauf si elles font sens. Si une chanson est expliquĂ©e, câest par une dĂ©claration occasionnelle de Kate Bush Ă la presse. Cela donne un ouvrage prĂ©cis, qui Ă©claire sur les inspirations de la chanteuse, livres ou films. Et qui insiste sur sa curiositĂ© de musicienne, qui la fera sâintĂ©resser trĂšs vite, comme Peter Gabriel, Ă lâapport des musiques du monde et des technologies sonores Ă son univers pop.
Kate Bush est une artiste rare. Dans tous les sens du terme. Et sâintĂ©resser Ă son Ćuvre consiste Ă accepter lâidĂ©e de quitter la rĂ©alitĂ© le temps dâun album, quel quâil soit. AprĂšs avoir ratisser la scĂšne prog pour en extraire cent disques de rĂ©fĂ©rence (Prog 100 en 2014, Ă©galement aux Ă©ditions Le Mot et le Reste) , le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a consacrĂ© son dernier livre Ă cette autre princesse de Grande Bretagne â bien Ă©loignĂ©e, cela dit, des rampes dorĂ©es de Buckingham.
Un travail dâarchiviste, sinon de fourmi, et une constante chez lui : cette capacitĂ© Ă transformer le nĂ©ophyte en aficionado en quelque dizaine de pages. Kate Bush, le temps du rĂȘve ne dĂ©roge pas Ă la rĂšgle.
AprĂšs avoir consacrĂ© des livres au rock progressif et Ă Genesis, vous voilĂ lâauteur de la premiĂšre biographie française consacrĂ©e Ă Kate Bush. Pourquoi elle ?
Dâabord parce quâil nâexistait jusquâici aucun livre en français sur Kate Bush. Câest une artiste trĂšs influente et qui reste une star Ă©norme en Angleterre. Mais la presse rock française nâa finalement quâassez peu Ă©crit Ă son propos. 90% des archives et interviews qui ont constituĂ© ma base de travail proviennent dâailleurs de la presse britannique.
A quand remonte le projet et au-delĂ de celui-ci, votre passion pour le travail de lâartiste ?
Jâai commencĂ© Ă y songer peu aprĂšs la publication de Prog 100, il y a donc un peu plus de deux ans. Mais jâĂ©coute et jâadmire Kate Bush depuis mon adolescence. Jâavais mĂȘme chroniquĂ© lâalbum The Sensual World Ă sa sortie en 1989 dans le petit journal que nous rĂ©alisions Ă lâĂ©cole de journalismeâŠ
Bush est une institution en Grande-Bretagne. En France, le grand public ne connaßt guÚre que Wuthering Heights, Babooshka et Running Up That Hill. Pourquoi ce décalage, selon vous ?
Elle a quand mĂȘme pas mal de fans aussi en France, heureusement ! Mais effectivement chez nous, le grand public ne connaĂźt que les titres que vous citez ou bien le duo Donât Give Up avec Peter Gabriel. Peut-ĂȘtre parce que son univers onirique parle plus Ă la sensibilitĂ© anglaise quâau cĂŽtĂ© plus terre Ă terre des Français. Cela dit, elle nâest pas la seule artiste britannique moins connue en France quâailleurs, loin sâen faut. La France est tellement marquĂ©e par sa culture « chanson française » quâen matiĂšre de rock anglo-saxon, elle passe souvent Ă cĂŽtĂ© dâartistes majeurs, archi connus sauf chez nous !
Câest une artiste rare, y compris sur scĂšne. Pourquoi ?
Oui, elle nâa sorti que dix albums studio entre 1978 et 2011. Elle est trĂšs exigeante envers elle-mĂȘme, veut absolument Ă©viter de se rĂ©pĂ©ter, et sa lenteur est sans doute le prix de cette rĂ©invention permanente. Il y a eu aussi des pĂ©riodes oĂč sa vie privĂ©e lâa poussĂ©e Ă mettre sa carriĂšre entre parenthĂšses. Pour ce qui est la scĂšne, câest encore autre chose. A lâĂąge de 20 ans, elle avait mis la barre trĂšs haut pour sa premiĂšre et unique tournĂ©e en 1979, avec un spectacle incluant danse, mime, des costumes et des scĂ©nographies diffĂ©rentes pour chaque chanson. La tournĂ©e lâavait complĂštement Ă©puisĂ©e et elle a mis trente-cinq ans pour se dĂ©cider Ă revenir enfin sur scĂšne ! Mais ce nâest pas quelquâun qui est portĂ© naturellement vers la scĂšne.
Son anxiĂ©tĂ© et son besoin de contrĂŽle font que lâenregistrement dâun disque ou la rĂ©alisation de vidĂ©os correspondent davantage Ă son tempĂ©rament.
Instinctive et visionnaire
La danse est un domaine essentiel dans son univers. Mais la littĂ©rature Ă©galement. Est-ce que la richesse de ses textes a forgĂ© votre intĂ©rĂȘt pour son travail ?
Oui et non. Je pense que le gĂ©nie de Kate Bush tient dâabord dans sa musique, et quâil nâest pas indispensable de comprendre toutes ses paroles pour ĂȘtre touchĂ© par son art. AprĂšs, sans tout dĂ©voiler ou tout dĂ©cortiquer, jâexplique dans mon livre le sens gĂ©nĂ©ral et lâinspiration de la plupart des textes. La littĂ©rature a effectivement constituĂ© pour elle une source dâinspiration (Les hauts de Hurlevent dâEmily BrontĂ« pour Wuthering Heights ou Ulysse de James Joyce pour The Sensual World, par exemple) mais elle a aussi Ă©tĂ© influencĂ©e, peut-ĂȘtre mĂȘme plus frĂ©quemment, par le cinĂ©ma, par des films de Truffaut, de Jacques Tourneur, de Michael PowellâŠ
Dâailleurs, câest une version filmĂ©e des Hauts de Hurlevent, pas le livre, qui lui a donnĂ© envie dâĂ©crire sur le thĂšme dâune femme qui revient du royaume des morts pour implorer son amant. Les chansons complĂštement autobiographiques de Kate Bush sont trĂšs rares. Souvent, elle sâappuie sur des sources extĂ©rieures pour les confronter Ă son expĂ©rience, Ă sa vision, et crĂ©er un univers Ă©trange et excentrique. Mais le rĂ©sultat nâest jamais artificiel ou dĂ©connectĂ© de lâĂ©motion, bien au contraire.
Peut-on dire de Kate Bush quâelle est le chaĂźnon manquant entre deux de ses influences, David Bowie et Peter Gabriel ?
Câest vrai que Bowie et Gabriel ont comptĂ© pour elle, et que sa musique a pu Ă certaines pĂ©riodes Ă©voquer des cousinages avec celle de lâun ou de lâautre. Dâun autre cĂŽtĂ©, ce serait trĂšs rĂ©ducteur de la rĂ©sumer à ça : Kate Bush est vraiment unique. Comme lâa dit le chanteur trip-hop Tricky, on ne peut vraiment dĂ©celer ni dâoĂč elle vient, ni qui lâa influencĂ©e, elle est la crĂ©atrice !
Vous dĂźtes de The Dreaming quâil sâagit de son premier chef-dâĆuvre. Câest pourtant un disque trĂšs difficile dâaccĂšs. Audacieux mais difficile. La technique nây supplante-t-elle pas trop le cĂŽtĂ© Ă©thĂ©rĂ© des efforts prĂ©cĂ©dents ?
Il est plus difficile dâaccĂšs que les autres mais il est loin dâĂȘtre inaccessible : disons quâil demande juste un peu plus du temps pour ĂȘtre apprĂ©ciĂ©. Lâalbum correspond Ă une pĂ©riode, 1981-1982, oĂč Kate Bush a pris pour la premiĂšre fois le contrĂŽle total de la production dâun de ses disques. Pour elle, câĂ©tait un saut dans lâinconnu. Lâalbum sâest moins bien vendu que les autres et il a Ă©tĂ© diversement apprĂ©ciĂ© Ă sa sortie. Mais aujourdâhui, il est considĂ©rĂ© comme un des disques les plus importants et les plus audacieux de la pop anglaise du dĂ©but des eighties. Câest une Ćuvre Ă la fois sauvage et cĂ©rĂ©brale, exaltĂ©e et sophistiquĂ©e, un vrai disque culte (et accessoirement, câest un de mes 4 ou 5 albums favoris, tous artistes confondus).
MalgrĂ© tout, Ă lâimage de Pink Floyd, une autre de ses influences, Bush donne lâimpression dâavoir toujours su maĂźtriser la technologie et non lâinverse. La meilleure preuve reste Hounds of Love, lâun de ses plus gros succĂšs. Tout le monde nây est pas parvenu dans les annĂ©es 80.Ceci nous amĂšne plusieurs aspects de sa personnalitĂ© : clairvoyante, pour ne pas dire avant-gardiste, indĂ©pendante. Un cas rare dans lâindustrie du disque, non ?
Absolument, Kate Bush est Ă la fois instinctive et visionnaire. Elle nâavait que 19 ans Ă ses dĂ©buts en 1978 mais elle nâa pas cĂ©dĂ© pour imposer Wuthering Heights comme son premier 45-tours, alors que sa maison de disques avait choisi au dĂ©part une autre chanson (ndlr : James & the Cold Gun). Et le morceau a lancĂ© sa carriĂšre en occupant presque immĂ©diatement les premiĂšres places des hit-parades europĂ©ens. En plein milieu des annĂ©es 80, elle a rĂ©ussi Ă concilier plusieurs tubes Ă©normes et une longue suite de 20 minutes sur un mĂȘme album, Hounds Of Love. Elle a toujours suivi son propre chemin sans se soucier des modes. Et elle ne sâest quasiment jamais trompĂ©e.
« Bien malin qui peut prĂ©dire ce quâelle va faire »
Kate Bush a fini par enregistrer avec Peter Gabriel (ndlr : le duo Donât Give Up, en 1986). Dans le documentaire consacrĂ© Ă lâalbum So, le producteur Daniel Lanois dit dâelle quâelle incarne la chanson comme une actrice le ferait. Incarner, nâest-ce pas ce quâelle a toujours fait ? On pense Ă un morceau comme Houdini, pour ne citer quâun seul exempleâŠ
Oui, elle se met souvent dans la peau dâautres personnages mĂȘme si ces derniers reprĂ©sentent aussi bien souvent un aspect de sa personnalitĂ©.
Pour le cas dâHoudini, oĂč elle incarne la femme du fameux magicien, elle avait carrĂ©ment ingurgitĂ© un verre de lait et des barres chocolatĂ©es pour pouvoir chanter certains passages du morceau avec toute lâaspĂ©ritĂ© vocale quâelle recherchait. Plus rĂ©cemment, elle sâest immergĂ©e pendant des heures dans une citerne dâeau pour enregistrer la vidĂ©o, projetĂ©e pendant ses concerts de 2014, dâun morceau ~~And Dream Of Sheep~~ qui Ă©voque une naufragĂ©e perdue dans lâocĂ©an. A sa place, la plupart des artistes se seraient contentĂ©s de faire confiance aux effets spĂ©ciaux : pas Kate Bush, il fallait quâelle chante vraiment dans lâeau !
Il y a beaucoup dâintrospection dans son Ćuvre. Elton John dit quâaucune de ses chansons nâest « normale » et la dĂ©finit comme un « beau mystĂšre ». Vous le rejoignez dans ses propos ?
Oui, que ce soit pour sa musique ou pour ses textes, elle nâemprunte pas les sentiers battus. Et il y a aussi beaucoup de non-dits, de mystĂšres dans ses chansons, qui laissent souvent la porte ouverte Ă plusieurs interprĂ©tations.
Quel est lâhĂ©ritage de Kate Bush ? On imagine que des artistes comme Björk, Tori Amos ou St Vincent lui doivent beaucoup mais encore ?
Les trois chanteuses que vous citez ont effectivement revendiquĂ© son influence mais on pourrait en ajouter beaucoup dâautres, P.J Harvey, Emilie Simon, Florence and The Machine, Bat For Lashes, Alison Goldfrapp etc. Elle est aussi admirĂ©e par de trĂšs nombreux artistes masculins, John Lydon (Johnny Rotten), le rappeur Big Boi ou Robert Smith des Cure par exemple. Kate Bush a Ă©tĂ© une pionniĂšre, Ă plusieurs niveaux. Lorsquâelle est apparue Ă la fin des annĂ©es 70, Patti Smith a dit quâelle se sentait moins seule ! Mais Kate Bush Ă©tait dĂ©jĂ diffĂ©rente : une femme auteur-compositeur qui obtient un succĂšs massif avec une pop Ă©trange qui ne doit pas grand-chose au rockânâroll, ça ne sâĂ©tait jamais vu. Aujourdâhui, elle reste une rĂ©fĂ©rence trĂšs frĂ©quemment citĂ©e, que ce soit par la presse musicale ou par les artistes eux-mĂȘmes, non seulement pour son inventivitĂ© musicale hors-normes mais aussi pour lâindĂ©pendance avec laquelle elle a su mener sa carriĂšre de bout en bout.
Quels disques conseillerez-vous aux néophytes ?
Mis Ă part les deux premiers, publiĂ©s Ă six mois dâintervalle, aucun disque de Kate Bush ne ressemble Ă un autre. The Red Shoes est le seul qui soit un peu conventionnel, et il souffre aussi dâune production trop amĂ©ricanisĂ©e. Mais tous les autres sont des points dâentrĂ©e possible, mĂȘme si des albums comme The Dreaming ou 50 Words For Snow sont peut-ĂȘtre moins accessibles de prime abord. Pour un nĂ©ophyte, Never For Ever et Hounds Of Love me semblent de bons dĂ©parts, mais on peut aussi dĂ©marrer avec The Kick Inside et Aerial !
En 2017, quelle est lâactualitĂ© de Kate Bush ?
Elle vient de sortir un triple album live (Before The Dawn) de ses concerts de 2014, mais bien malin qui peut prĂ©dire ce quâelle va maintenant faire. Elle a dĂ©jĂ prouvĂ© quâelle Ă©tait capable de rester silencieuse pendant plus de dix ans comme de sortir deux disques dans la mĂȘme annĂ©e. Je pense quâon peut espĂ©rer un nouvel album dâici deux ou trois ans, mais câest loin dâĂȘtre une certitude ! Le prog, Genesis, Kate BushâŠ
Quel sera le prochain terrain de jeu de Frédéric Delùge ?
Je nâai pas de nouveau projet dans lâimmĂ©diat, mais câest sans doute provisoire⊠DerniĂšre question : Babooshka (« Ba-Bush-K »), câĂ©tait elle ? Il faut rappeler que cette chanson met en scĂšne une femme qui essaie de reconquĂ©rir son mari en lui envoyant des lettres anonymes quâelle signe du pseudonyme de Babooshka. Or, en russe, « Babooshka » signifie « grand-mĂšre » mais peut aussi dĂ©signer les poupĂ©es russes, ce qui fait sens dans une histoire oĂč un personnage en cache un autre. En fait, derriĂšre tous les personnages Ă©nigmatiques de ses chansons, il y a toujours la vĂ©ritable Kate Bush !
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge nâattendait sans doute quâun bon prĂ©texte pour Ă©crire la premiĂšre et unique biographie en français consacrĂ©e Ă cette extra-terrestre de la musique pop anglaise, bien que que le terme « pop » sied trĂšs mal Ă quelquâun qui nâa jamais respectĂ© aucun des codes musicaux en vigueur et a souvent suivi son seul instinct. Toujours est-il que lâauteur de Prog 100 a vraisemblablement saisi le retour sur scĂšne aussi inattendu que rĂ©ussi de Kate Bush pour signer cet ouvrage oĂč se devine une passion immodĂ©rĂ©e â mais comprĂ©hensible â envers celle dont lâinfluence est aujourdâhui encore largement revendiquĂ©e par de nombreux artistes.
ExtrĂȘmement bien documentĂ©, comme tous les ouvrages de lâauteur, Le temps du rĂȘve se veut factuel, pĂ©dagogique, Ă©vitant les apprĂ©ciations trop personnelles sauf peut-ĂȘtre lorsquâil sâagit de lâanalyse de lâĆuvre discographique. Pour lâessentiel, on suit la trajectoire artistique de Kate Bush comme on lirait un roman, les passages plus techniques pouvant ĂȘtre, selon les cas, dĂ©vorĂ©s par les fans avides de dĂ©tails ou laissĂ©s temporairement de cĂŽtĂ© par ceux qui sont moins familiers avec ses disques. LâĂ©criture de DelĂąge est fluide dans les parties narratives, un peu plus touffue â et subjective, forcĂ©ment â dans le dĂ©chiffrage des albums, mais on dĂ©croche difficilement de la lecture de ce parcours atypique que rĂ©sument bien imparfaitement les seuls tubes « Babooshka », « Running Up That Hill » ou « Donât Give Up ».
On dĂ©couvre dâabord une trĂšs jeune fille au caractĂšre trempĂ©, composant prĂ©cocement des dizaines de chansons, entourĂ©e dâune famille aimante au sein de laquelle la musique et lâart en gĂ©nĂ©ral occupent une place importante. On vit le dĂ©but dâune carriĂšre appuyĂ©e par David Gilmour et le succĂšs de lâimprobable « Wuthering Heights ». On apprend Ă connaĂźtre celle qui, aprĂšs une ascension fulgurante, va refuser la plupart du temps toute surexposition mĂ©diatique, ne fera que peu de compromis avec sa maison de disques et saura se prĂ©server des dangers de la gloire trop vite acquise. On vit aussi ses doutes dâartistes, son refus de la rĂ©pĂ©tition, ses pĂ©riodes difficiles, ses disparitions plus ou moins longues, ses retours souvent imprĂ©visibles mais qui soulĂšvent Ă chaque fois lâenthousiasme. On se rĂ©jouit de lâincroyable succĂšs de sa sĂ©rie de concerts au Hammersmith Apollo en 2014 (les quatre-vingt mille places se sont vendues en un quart dâheure), trente-cinq ans aprĂšs sa derniĂšre tournĂ©e en date (The Tour of Life , 1979), promesse de belles choses Ă venir.
On ne peut que saluer la parution de cette bio qui repeuple un peu lâinexplicable dĂ©sert livresque qui entoure en France la carriĂšre dâune artiste dâexception. Peut-ĂȘtre personne nâa-t-il jamais osĂ© sâattaquer sĂ©rieusement au parcours intimidant de Kate Bush ? FrĂ©dĂ©ric DelĂąge lâa fait, brillamment, et on a simplement envie de lui dire : merci.
Le Mot et le Reste vient de publier Kate Bush, le temps du rĂȘve de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge et Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos dâĂdouard Graham, deux livres essentiels consacrĂ©s Ă des artistes qui ne le sont pas moins.
On ne dit pas une mais un gĂ©nie. Dommage. Car Kate Bush et Joni Mitchell sont incontestablement gĂ©niales. En France, la premiĂšre bĂ©nĂ©ficie dâune certaine popularitĂ© grĂące Ă ses tubes en or massif, Wuthering Heights (1978), Babooshka (1980) et Running Up That Hill (A Deal With God) (1985). La seconde, en revanche, est nettement moins connue du grand public â amusez-vous Ă faire un micro-trottoir, et vous risquerez dâobtenir des rĂ©ponses dignes de celle dâun vendeur dâune cĂ©lĂšbre officine champs-Ă©lysĂ©enne*⊠Mais quel que soit leur degrĂ© de (re)connaissance ici-bas, elles ont les admirateurs quâelles mĂ©ritent, et si elles pouvaient les croiser â rĂȘvons un peu â, nul doute quâelles se reconnaĂźtraient en eux. Car est-il possible dâaimer autrement que passionnĂ©ment Kate Bush et Joni Mitchell ? Non bien sĂ»r, et Kate Bush, le temps du rĂȘve et Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos en apportent la preuve noir sur blanc.
Ces deux biographies sont remarquablement bien Ă©crites, sans effets de manche pseudo-littĂ©raires, sans jugements Ă lâemporte-piĂšces (positifs ou nĂ©gatifs), extrĂȘmement documentĂ©es, mĂ©ticuleuses et accessibles. Que lâon soit novice ou connaisseur, le rĂ©sultat sera le mĂȘme : plongĂ©e immĂ©diate dans les disques pour (rĂ©)Ă©couter ce que lâon vient de (re)dĂ©couvrir au grĂ© des 218 pages de la premiĂšre et des 386 pages de la seconde !
Mais au delĂ du plaisir intense que lâon prend en lisant ces deux livres qui resteront toujours Ă portĂ©e de main et que lâon peut dâemblĂ©e qualifier dâouvrages de rĂ©fĂ©rences (mĂȘme les livres in english in the text ne nous avaient pas autant retenu), il faut souligner une chose : la passion, voire lâamour (câest beau lâamour) des deux auteurs pour leur sujet ne les fait pas basculer dans la contemplation stĂ©rile. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge et Ădouard Graham sâeffacent derriĂšre la musique tout en la prenant constamment au sĂ©rieux. On en apprend de belles sur les vies de nos deux super-hĂ©roĂŻnes, femmes libres et crĂ©atrices dâunivers hors-normes, mais leur Ćuvre est passĂ©e avec encore plus de dĂ©lectation au tamis du savoir et de la musicographie (Ă ne pas confondre avec la musicologie Ă la petite semaine).
La maniĂšre dont Graham analyse les textes, pardon, les poĂ©sies de Joni Mitchell apporte des lumiĂšres vitales pour lâauditeur qui ne comprend pas toujours les subtilitĂ©s de la langue de Shakespeare. Quant au nombre impressionnant dâanecdotes et de dĂ©tails que rapporte Delage, il ne donne jamais le tournis. Au contraire : il nous replonge comme si on y Ă©tait au cĆur de la quĂȘte artistique de Kate.
En Ă©crivant Ă hauteur dâhomme, FrĂ©dĂ©ric Delage et Ădouard Graham ont su retranscrire toute la grandeur dâĂąme â grandeur dame ? â de ces deux fascinantes artistes. Respect.
* Pour situer le dĂ©grĂ© de mĂ©connaissance de la chanteuse canadienne, on rapellera cette anecdote, vĂ©ridique : un jour, donc, au Virgin Megastore des Champs-ĂlysĂ©es, un client demande Ă un vendeur (stagiaire, dit-onâŠ) sâil a des disques de Joni Mitchell. RĂ©ponse un rien narquoise du jeune homme : « Joni Mitchell ?! Vous ĂȘtes sĂ»r ?! Des disques de Johnny Hallyday et dâEddy Mitchell, ça on en a, mais Joni Mitchell, dĂ©solĂ©, ça nâexiste pas⊠» (NDR : Faut-il le rappeler, il y avait aussi dâexcellents vendeurs au Virgin Megastore.)
Dans Kate Bush â Le temps du rĂȘve, le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge propose une trĂšs intĂ©ressante analyse du parcours musical de la plus singuliĂšre et talentueuse des chanteuses-compositrices anglaises.
Dans son propre pays, elle est considĂ©rĂ©e comme une icĂŽne nationale au mĂȘme titre quâEdith Piaf en France. Par un style musical aventureux, une voix perchĂ©e haut â immĂ©diatement reconnaissable â et des textes Ă©tranges et poĂ©tiques Kate Bush se profile depuis prĂšs de quatre dĂ©cennies comme une artiste internationale majeure et novatrice. Ce premier livre en français sur Bush retient dâautant plus lâattention quâil est parsemĂ© de trĂšs nombreux extraits â traduits â de ses chansons. SpĂ©cialiste des musiques progressives [Prog 100 (Le mot et le reste), Chroniques du rock progressif 1967-1979 (La Lauze)] DelĂąge commente les textes de la chanteuse, les mettant en parallĂšle avec de nombreux repĂšres biographiques.
Il pose un regard critique sur lâensemble de sa discographie â riche par la qualitĂ© mais finalement peu abondante [10 albums studio et 2 live sur prĂšs de 40 ans], tentant de cerner la personnalitĂ© atypique dâune auteure-chanteuse qui a toujours (trop ?) cultivĂ© le secret et suscitĂ© lâinsatiable curiositĂ© du public. Il nous convie Ă mieux cerner un voyage musical et littĂ©raire allant de la genĂšse romantique de The Kick Inside (1978) au tout rĂ©cent triple CD live Before The Dawn (2016), signant le grand retour sur scĂšne de la vieillissante Babooshka de 59 ans. PassionnĂ©ment, DelĂąge dĂ©cortique cette carriĂšre fulgurante, rappelant souvent le perfectionnisme tĂȘtu de la dame, sa mĂ©fiance vis-Ă -vis des mĂ©dias [pour son Ă©tiquette de femme-enfant sensuelle qui lui collera longtemps Ă la peau] et surtout son lĂ©gendaire refus de toute compromission musicale [nĂ©anmoins, le cas du CD The Red Shoes (1993) peut faire dĂ©bat, comme le rappelle lâauteur].
Beaucoup des sources dâinspiration de lâunivers de Bush proviennent outre ses goĂ»ts esthĂ©tiques de rencontres amicales ou de son univers familial (« A Coral room »). Et lâauteur rappelle justement lâimportance du clan Bush â une famille provinciale aisĂ©e privilĂ©giant les arts et la musique dans leur vie quotidienne â dans la maturation intellectuelle de lâartiste. (Ses deux frĂšres : Paddy Bush, luthier et musicien professionnel ; Jay Bush, un Ă©crivain rĂ©putĂ©). Kate Bush cite souvent comme influences les personnalitĂ©s suivantes : le mime Lindsay Kemp, Gurdjieff, Michael Powell, Bowie, Joyce, Bryan Ferry, Elton John, Steely Dan et Roxy Music (groupes) ainsi que de nombreux peintres prĂ©raphaĂ©lites ou des cinĂ©astes des annĂ©es 30/50.
Inclassable, imprĂ©gnĂ©e par une curiositĂ© insatiable et une boulimie artistique cosmopolite, Bush aura arpentĂ© sur prĂšs de quatre dĂ©cennies les plus sĂ©duisants rivages musicaux entre pop, rock, world, jazz, Ă©lectro et celtic. Quant Ă ses textes, ils puisent largement â pour lâinspiration â dans le cinĂ©ma, lâĂ©rotisme, la littĂ©rature, lâĂ©sotĂ©risme, la philosophie, le théùtre et la poĂ©sie, voire la danse et le mime. En cela, Ă la fois imprĂ©visible et mĂ©ticuleuse, Bush rejoint le cercle trĂšs confidentiel dâartistes « gĂ©nĂ©ralistes » du style David Bowie ou Peter Hammill, davantage prĂ©occupĂ©s par la modernitĂ© du message que par son purisme. En tout cas, lâexcellent ouvrage de DelĂąge a le grand mĂ©rite de rendre plus familier cet univers poĂ©tique et cette personnalitĂ© attachante et complexe qui sâest souvent positionnĂ©e comme une Ă©crivaine.
KATE BUSH
Le Temps Du Reve
Kate Bush est une chanteuse anglaise. Elle sâillustre Ă la fin des annĂ©es 70 avec une chanson nĂ©o-romantique, âWuthering Heightsâ. Elle y dĂ©clare sa flamme Ă Heathcliff, un hĂ©ros de roman du 19^e^ siĂšcle, Les Hauts de Hurlevent. Kate Bush a fait une trĂšs belle carriĂšre dans les annĂ©es 80. FrĂ©dĂ©ric Delage dĂ©taille minutieusement ce parcours, avec beaucoup de talent dans un style agrĂ©able et fluide que lâon a dĂ©jĂ remarquĂ© dans ses prĂ©cĂ©dents ouvrages sur Genesis et sur le rock progressif. En lisant ses commentaires subtils, on a lâimpression de réécouter les titres phares de la diva, âWowâ, âArmy Dreamersâ, sorte de berceuse antimilitariste, âSuspended In Gaffaâ, une valse 80, âRunning Up That Hillâ, une course effrĂ©nĂ©e dans les collines, âHounds Of Loveâ, une chasse Ă courre amoureuse. Comme lâĂ©crit lâauteur : Kate Bush ne va cesser de bousculer les conformismes pour imposer la singularitĂ© de sa vision, exploratrice et dĂ©terminĂ©e, Ă lâĂ©cart des courant et des modes, transgressant de maniĂšre unique les codes de la pop, de lâart rock, des musiques du monde, du folk celtique ou de lâintimisme piano-voix.
FrĂ©dĂ©ric Goaty chronique la âremarquable biographieâ de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge dans sa chronique.
Réécoutez lâĂ©mission sur le site dâEurope 1 et la chronique de F.G. Ă 1h33
Aucun livre en français nâavait jusquâici Ă©tĂ© consacrĂ© Ă la chanteuse anglaise Kate Bush. Le journaliste poitevin FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a rĂ©parĂ© cet oubli.
En France, Kate Bush est surtout connue des quadras pour deux ou trois tubes comme « Running Up That Hill » ou « Babooshka »⊠Mais, en Angleterre, elle est adulĂ©e autant que peuvent lâĂȘtre, chez nous, Piaf ou Barbara ! Quand il Ă©voque la chanteuse britannique Ă laquelle il vient de consacrer la toute premiĂšre biographie en français, le journaliste poitevin FrĂ©dĂ©ric DelĂąge se montre particuliĂšrement loquace.
Deux tournées en 35 ans
« Il nây a quasiment rien Ă jeter dans sa discographie : depuis son premier 45-tours en 1978 (ndlr : â Wuthering Heights â) jusquâaujourdâhui, il nây a que lâalbum â The Red Shoes â, en 1993, qui soit un peu plus faible, estime ce spĂ©cialiste du rock progressif (2). Câest aussi une artiste qui reste rare : en prĂšs de quarante ans de carriĂšre, elle nâa sorti que dix albums dont un de reprises. Et son attitude vis-Ă -vis du succĂšs est intĂ©ressante : mis Ă part Ă ses dĂ©buts, Ă 19 ans, elle a toujours su se protĂ©ger et privilĂ©gier sa vie privĂ©e. »
Ainsi, malgrĂ© le succĂšs de lâalbum « Hounds Of Love », en 1985, et les six millions dâexemplaires vendus de la compilation « The Whole Story », lâannĂ©e suivante, lâartiste choisit de ne pas enchaĂźner et de rester silencieuse durant plusieurs annĂ©es. Ses apparitions scĂ©niques sont encore plus rares puisquâaprĂšs la premiĂšre tournĂ©e marathon de 1979, il faudra que les fans patientent 35 ans avant de lâentendre Ă nouveau en « live ». « Et encore, souligne FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, son retour sur scĂšne ne sâest fait que dans un lieu unique : le Hammersmith Apollo de Londres, lĂ mĂȘme oĂč elle avait achevĂ© la tournĂ©e de 1979. »
Quoi quâil en soit, ce retour fut triomphal puisque les 80.000 billets mis en vente, le 28 mars 2014, pour ces 22 concerts londoniens de lâautomne suivant se sont arrachĂ©s en un quart dâheure. « Le mĂȘme jour, les Rolling Stones ont mis 51 minutes pour Ă©couler les 75.000 billets de leur concert au Stade de France prĂ©vu le 13 juin 2014 », prĂ©cise lâauteur.
Ce qui a sĂ©duit FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, câest aussi lâinventivitĂ© de lâunivers crĂ©atif de cette artiste prĂ©coce â Ă 14 ans, elle avait dĂ©jĂ composĂ© plusieurs dizaines de chansons â qui a su « faire Ă©clater les codes de la pop ». Et lâauteur de conclure : « Jâaimerais bien que ce livre donne envie aux plus jeunes de dĂ©couvrir sa musique. »
LâĂ©quipe de Easy Rider vous parle du livre de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge dans cette Ă©mission #1326 !
à réécouter ICI en plus des autres conseils.
Kate Bush est sans nul doute lâune des artistes les plus fascinantes de ces quarante derniĂšres annĂ©es. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, dĂ©jĂ auteur de Prog 100, ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur le rock progressif, nous la raconte, de son enfance dans un milieu artistique Ă la rencontre cruciale avec David Gilmour, guitariste de Pink Floyd, de âWuthering Heightsâ, âBabooshkaâ, âRunning Up That Hillâ aux spectacles grandioses offerts, alors quâon nây croyait plus, en 2014. Aucun doute, ce livre est une somme. Ultra documentĂ©, il laisse une belle place aux tĂ©moignages. Mais cette biographie dâune artiste sur laquelle on a finalement peu Ă©crit nâest pas rĂ©servĂ©e quâaux fans. Par la grĂące de la jolie plume de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, elle se lit, aussi, comme un passionnant roman.
Une biographie Ă©voque le parcours de lâAnglaise Kate Bush, auteure compositrice de gĂ©nie et icĂŽne pop, qui a su prĂ©server une part de mystĂšre. VoilĂ la premiĂšre monographie en français consacrĂ©e Ă la figure totĂ©mique que demeure Kate Bush dans la culture britannique. Lâauteur sâest dâailleurs appuyĂ© sur les archives de la presse anglaise. On lui est redevable dâopter pour la sobriĂ©tĂ© dans un dĂ©roulĂ© chronologique, factuel et pĂ©dagogique, plutĂŽt que de singer lâexcentricitĂ© dâune artiste complĂšte surgie en 1978 dâune lande brumeuse recréée en studio, dans une vidĂ©o rĂ©alisĂ©e pour sa chanson Wuthering Heights, qui prend tout le monde par surprise. Ce tube nĂ© adapte Les Hauts de Hurlevent dâEmily BrontĂ« et en dĂ©poussiĂšre le thĂšme, la passion amoureuse. Le ravissement provoquĂ© par la chanteuse est incomparable, au point que mĂȘme lâirascible Tricky se transforme en midinette Ă la seule Ă©vocation de son nom, comme il le confesse dans le mensuel Mojo : âJe ne peux pas lâimaginer aux toilettes, ou sous la douche. Pour moi, elle est irrĂ©elleâ. Wuthering Heights fait de son auteur prodige la premiĂšre anglaise Ă obtenir un numĂ©ro 1 avec lâune de ses propres compositions. Ses chansons suivantes mĂȘlent mysticisme, culte paĂŻen et ambiguĂŻtĂ© sexuelle. Rendons grĂące aux parents de la jeune femme, bonne Ă©lĂšve grandie dans une banlieue calme du sud de Londres, dâavoir envoyĂ© leur progĂ©niture chez une maison de disques, plutĂŽt que chez un psy. Un ouvrage de plus de 200 pages nâest donc pas de trop pour comprendre ou rappeler tout ça. Intrigante, instinctive, exubĂ©rante, expĂ©rimentale, sexy, risquĂ©e, la dĂ©marche artistique de Kate au cours des annĂ©es 1980 est sans Ă©quivalent, Ă part Prince. Sa voix pleine de caractĂšre, sensuelle et terriblement expressive, est plus magique que bizarre, mĂȘme si pour ses dĂ©tracteurs, elle a lâeffet dâun ongle qui crisse sur un tableau de classe. Ses mouvements hypnotiques et contorsionnĂ©s indiquent que lorsque dâautres optent pour un certain look du moment, elle se donne au contraire la possibilitĂ© dâĂȘtre exactement elle·mĂȘme. Son extravagance transcende le sentimentalisme, et si son enthousiasme est souvent confondu avec la naĂŻvetĂ©, sa conviction Ă©crase les ricanements. Il en faut, non seulement pour sâimposer dans le milieu pop rock dâalors (en la dĂ©couvrant, Patti Smith dĂ©clare se sentir moins seule) mais aussi pour ĂȘtre prise au sĂ©rieux tout en crĂ©ant rien moins quâun univers, dont le kitsch est souvent assumĂ©. Kate chante Ă propos du YĂ©ti, des fĂ©es ou dâune machine Ă laver, sâacoquine avec lâarriĂšre-garde en studio (Peter Gabriel, Eric Clapton, Elton John) et truffe ses albums de choeurs de voix bulgares, de chants de baleines (des annĂ©es lumiĂšres avant Sigur Ros et BjĂŽrk) ou de citations de James Joyce. Surtout, de danses du ventre en feulements suggestifs, elle expose en public le sexe et lâĂ©rotisme du point de vue fĂ©minin, tout en prĂ©servant farouchement sa vie privĂ©e. JusquâĂ aujourdâhui, Kate Bush a bĂąti sa carriĂšre ainsi, entre Ă©clats musicaux, outrances chorĂ©graphiĂ©es et Ă©clipses mĂ©diatiques Ă rĂ©pĂ©tition. Capable de vivre de ses droits dâauteur, elle laisse Ă dâautres le besoin, lâenvie et la force dâĂȘtre surexposĂ©e en permanence. Ătre star peut donc ĂȘtre compatible avec le dĂ©sir de nâavoir jamais voulu devenir cĂ©lĂšbre. Le rĂȘve, comme le rappelle ce livre.
LâĂ©mission musicale de France 2 annonce la sortie du livre de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge.
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