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Parution : 22/08/2025
ISBN : 9782384316809
416 pages (148 x 210)

27 €

Joni Mitchell - Nouvelle édition

Songs Are Like Tattoos

Le premier ouvrage français retrançant la vie et le parcours musical de Joni Mitchell.

Fille des Grandes Plaines de l’Ouest canadien, auteure-compositrice-interprĂšte, Joni Mitchell n’a cessĂ©, en soixante ans d’un parcours de pionniĂšre, d’ĂȘtre lĂ  oĂč on ne l’attend pas. NĂ©e en 1943 dans l’Alberta, elle conquiert Ă  vingt-cinq ans la Californie du Flower Power avec des chansons qui transcendent le folk. L’amplitude de sa voix cristalline, son lyrisme, les accordages spĂ©ciaux qu’elle forge Ă  la guitare et l’originalitĂ© de ses compositions fascinent un Eric Clapton ou un Jimi Hendrix. Mais si Mitchell a Ă©crit « Woodstock », elle dĂ©friche bientĂŽt d’autres terres – rock, jazz, fusion et mĂȘme world music –, brouillant les pistes balisĂ©es de l’industrie musicale Ă  laquelle elle impose sa personnalitĂ©. DĂšs les annĂ©es quatre-vingt, elle dĂ©veloppera une critique virulente de la cupiditĂ© et du consumĂ©risme, plus que jamais d’actualitĂ©. En dix-neuf albums studio, celle qui a jouĂ© avec Herbie Hancock et Peter Gabriel, inspirĂ© Prince, Björk et Janet Jackson, a modifiĂ© le cours de l’histoire de la musique.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Diapasons : Édouard Graham auteur de Joni Mitchell Patrick Beaumont RCF // Diapasons 18 mai 2026
– La vie et le parcours musical de Joni Mitchell, icĂŽne folk RTBF | Entrez sans frapper 4 dĂ©cembre 2025
- Joni Mitchell, en français dans le texte Mr B. Folkyouverymuch.wordpress.com 29 avril 2017
- Joni Mitchell Aena Léo Longue d'Ondes Printemps 2017
- Leonard Cohen et Joni Mitchell, les amants parallĂšles Fabrice Gottraux La Tribune de GenĂšve 22 avril 2017
- Le chant mélancolique de Joni Mitchell Sylvain Siclier Le Monde 24 mars 2017
- Joni Mitchell. Songs Are Like Tattoos Frédéric Goaty Europe 1 Music Club 19 mars 2017
- Héroïnes inouïes Roderic Mounir Le Courrier 3 mars 2017
- D'oĂč viens-tu Joni ? Bernard Loupias Grazia FĂ©vrier 2017
- Kate Bush et Joni Mitchell, l’amour partagĂ© FrĂ©dĂ©ric Goaty Muziq 26 fĂ©vrier 2017
- Un livre sur Joni Mitchell
 Laurent Sapir TSF Jazz 13 février 2016
- Rembobinages pop moderne Matthieu Grunfeld Magic janvier-février 2017

- Diapasons : Édouard Graham auteur de Joni Mitchell

Patrick Beaumont reçoit l’auteur de Joni Mitchell : Songs are like tattoos.

Pour Ă©couter l’émission

Patrick Beaumont
RCF // Diapasons 18 mai 2026

– La vie et le parcours musical de Joni Mitchell, icîne folk

“AdulĂ©e outre Atlantique, redĂ©couverte plus tard en Europe, Joni Mitchell a traversĂ© soixante ans de carriĂšre, de dĂ©boires personnels et d’expĂ©rimentations musicales. Édouard Graham, auteur de “Joni Mitchell, songs are like tattoos” retraçait son parcours et saluait son Ɠuvre, engagĂ©e et introspective, au micro d’Entrez sans frapper.”

Le podcast à écouter juste ici

RTBF | Entrez sans frapper 4 décembre 2025

- Joni Mitchell, en français dans le texte

Quelques jours aprĂšs avoir lu un article du Monde sur la rĂ©cente biographie Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos (Édouard Graham, Les Mots et le Reste, 2017), je me suis retrouvĂ© en librairie, et, sĂ©rendipitĂ©, j’ai trouvĂ© l’ouvrage. Petite fiche de lecture.

Joni Mitchell Never Lies
Tout d’abord, je viens Ă  Mitchell en “nĂ©ophyte”, moi qui ne connait, Ă  part Hejira, que sa “pĂ©riode folk”, des Ɠuvres “de jeunesse” dont elle n’aura de cesse de s’affranchir par la suite de sa carriĂšre. Car c’est par mon premier prof de guitare que j’ai dĂ©couvert la magie et la complexitĂ© de chansons comme Both Sides Now ou Chelsea Hotel. Ensuite, je me suis rendu compte qu’en bon enfant des annĂ©es 90, j’avais Ă©videmment entendu le sample de son Big Yellow Taxi sur une chanson de Janet Jackson dont le clip montre une jeune Mitchell sur un Ă©cran de tĂ©lĂ© et oĂč l’on peut entendre “Joni Mitchell never lies.”

La biographie par Graham commence donc avant la naissance de Joni, dont les parents attendait un garçon. Elle s’achĂšvera sur l’hospitalisation de Mitchell et son issue, heureuse: Joni Mitchell apparaissant Ă  un concert de Chick Corea en aout 2016. Au fil des albums, l’auteur effectue des flashbacks sur des moments de la vie de Mitchell qui ont inspirĂ© telle ou telle chanson.

Car chaque album est prĂ©sentĂ© dans son dĂ©tail, piste par piste. Riche en dĂ©corticage musical, ces descriptions permettent mĂȘme aux illettrĂ©s musicaux tels que moi de comprendre un peu plus le talent de composition d’une femme qui n’a jamais fait de solfĂšge. N’importe quel guitariste qui a tentĂ© de jouĂ© Mitchell sait qu’elle affectionne les accordages alternatifs (plus d’une trentaine utilisĂ©s en fin de carriĂšre), et l’auteur nous montre qu’au-delĂ  de cette particularitĂ©, Mitchell est tout aussi novatrice avec d’autres instruments (piano dĂ©saccordĂ©, percussions africaines, latino-amĂ©ricaines, saxo jazzy, voix en contrepoint
) ou dans sa composition.

Les performances de Joni, en solo, avec un groupe, Ă  la tĂ©lĂ©vision ou lors d’évĂšnements caritatifs sont aussi amplement dĂ©taillĂ©es autant dans les setlists que dans l’attitude de Joni Ă  chacune d’entre elle. Cela laisse voir une personne de caractĂšre, qui n’hĂ©sitera pas Ă  rĂ©pondre Ă  un fan demandant un rappel que personne n’a osĂ© demander Ă  Van Gogh de peindre un deuxiĂšme Nuit ÉtoilĂ©e. Des annĂ©es plus tard, elle rĂ©pondra Ă  une demande similaire qu’elle n’est pas un juke box.

L’engagement politique de l’artiste (pour l’écologie, en faveur des peuples natifs des US et du Canada, pour le droit des femmes) n’est pas en reste.

Tout cela donne un portait contrastĂ© d’une artiste complĂšte et complexe, et de son Ɠuvre protĂ©iforme; et fait du livre, grĂące Ă  sa structure trĂšs narrative, une belle entrĂ©e dans la carriĂšre de Mitchell, ou un outil d’approfondissement pour ceux qui (comme moi) s’étaient limitĂ©s Ă  la pĂ©riode “folk” de l’artiste.

Comment ne pas parler d’une femme
LĂ  oĂč la biographie pĂšche le plus, c’est dans le traitement de la vie de Mitchell. Le Monde arguait que “Edouard Graham combine, par une Ă©criture prĂ©cise, l’analyse et le factuel.” Je ne peux malheureusement pas souscrire Ă  cette description. Dans son analyse des textes et de leur portĂ©e autobiographique, Graham Ă©vite l’écueil de simplifier la portĂ©e des textes: il souligne en effet que ceux-ci dĂ©passe la simple “confession” (qu’on attribue souvent aux auteures/interprĂštes fĂ©minines) pour devenir des Ɠuvres d’arts ou des messages universels. Par contre, quand il s’agit de s’attaquer lui mĂȘme Ă  la vie de femme de Mitchell, il reste encore du travail.

’ai trouvĂ© plusieurs formules particuliĂšrement
 maladroites ? Ainsi pour dĂ©crire sa derniĂšre performance vocale en direct, Graham nous explique que “c’est une jeune vieille dame un peu Ă©paissie qui se lance dans un “Furry Sings The Blues”.” (p.372) L’oxymore n’excuse pas la description aussi inutile que dĂ©placĂ©e sur la silhouette de l’autre/compositrice/musicienne/interprĂšte. (Bon, on peut se “rassurer” en ce disant qu’une attention presque Ă©quitable aura Ă©tĂ© portĂ©e par l’auteur Ă  la calvitie de James Taylor
)

Pas mieux quand il s’agit d’aborder la vie amoureuse de Joni. Alors que l’auteur souligne que Mitchell a Ă©tĂ© ulcĂ©rĂ©e quand Rolling Stone a publiĂ© une cartographie de ses relations sentimentales, il ne se prive pas de placer des phrases telles que “rien moins que trois ex-amants ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s pour assurer les chƓurs: David Crosby, Graham Nash, James Taylor
” (p. 168)

Ces relations sont mises en scĂšne par l’auteur avec une certaine théùtralitĂ©: Joni Mitchell participe en 1986 Ă  un concert caritatif mais ne chante pas en solo lors du grand final “contrairement Ă  ceux qui ont nĂ©gociĂ© leur tour au sein de cette foire d’empoigne: Joan Baez ou Jackson Brown, par exemple A quelques pas, la rivale historique et l’ex-amant mĂ©prisĂ© accaparent des micros. LĂ©gĂšrement en retrait, enlacĂ©e par un Larry Klein protecteur, la Canadienne regarde ailleurs.” (p.269)

On en arrive ainsi au trope de la rivalitĂ© fĂ©minine. L’auteur oppose Mitchell Ă  Baez en plusieurs endroit du livre, ou en supposant une rivalitĂ© entre Joni Mitchell et Judee Sill (p.109) Alors, certes, Mitchell s’en est prise Ă  Baez dans la presse, mais bon, elle s’en est aussi prise Ă  tout un tas d’autres musiciens homme ou femme (dont Dylan), sans que l’auteur ne le mentionne. La rivalitĂ© entre femmes est toujours plus vendeuse. Ainsi l’auteur ne peut pas s’empĂȘcher de faire une petite rĂ©fĂ©rence Ă  un “crĂȘpage de chignon, diversement rapportĂ© par la presse” (p. 324) entre Carly Simon et Chrissie Hynde lors d’un concert de Joni en 1995. IntĂ©rĂȘt pour la description du concert en question ? Aucun.

Ces dĂ©fauts m’ont donc un peu fait grincer des dents Ă  la lecture, mais la richesse des informations biographiques et musicales font de se livre une trĂšs bonne lecture pour quiconque aime la musique nord amĂ©ricaine en gĂ©nĂ©ral, rockeur.se, folkeux.se, jazz.wo.man ou simple mĂ©lomane.

Mr B.
Folkyouverymuch.wordpress.com 29 avril 2017

- Joni Mitchell

Si elle fut l’une des Ă©gĂ©ries de Woodstock, sa notoriĂ©tĂ© fut rapidement Ă©clipsĂ©e par celle de Bob
Dylan, Neil Young ou Leonard Cohen. La longĂ©vitĂ© et la richesse de sa carriĂšre n’ont pourtant rien Ă  envier Ă  celle de ses confrĂšres masculins. Étonnante Joni Mitchell ! NĂ©e en 1943 au Canada, elle fait une entrĂ©e fracassante sur la scĂšne folk en 1967, retracĂ©e dans cette biographie Ă©rudite. Allergique aux Ă©tiquettes, agacĂ©e par les compromissions de l’industrie du disque, qu’elle ne tient pas en trĂšs haute estime, l’insaisissable Joni ne cessera de prendre des virages. En particulier vers le jazz, qu’elle aime avec passion — quitte Ă  dĂ©boussoler son public. Elle travaille avec les maĂźtres du genre, tels que Herbie Hancock, Charles Mingus ou Jaco Pastorius. En parallĂšle, l’égĂ©rie n’a jamais cessĂ© de peindre, rĂ©alisant elle-mĂȘme une bonne partie des pochettes de ses albums. La plus cĂ©lĂšbre est probablement celle de Both Sides Now, sorti en 2000. L’artiste l’a illustrĂ© par un autoportrait emprunt d’une mĂ©lancolie lunaire Ă  la Edward Hopper.

Aena Léo
Longue d'Ondes Printemps 2017

- Leonard Cohen et Joni Mitchell, les amants parallĂšles

La «superhippie sophistiquĂ©e» et le poĂšte «triste et sexy» valaient bien une nouvelle biographie. Chacun la sienne, pour dire aussi l’effervescence des annĂ©es 60.

Ce printemps, deux livres d’une tenue proprement Ă©difiante amarrent leurs couvertures Ă©lĂ©gantes sous la lampe du lecteur curieux des vies d’autrui. Traduit en français trois ans aprĂšs sa parution originale aux Etats-Unis, A Broken Allelujah, Rock and roll, rĂ©demption et vie de Leonard Cohen de Liel Leibovitz, chez Allia, compose un panorama saisissant de l’existence autant que de l’Ɠuvre du fabuleux poĂšte canadien disparu en 2016. Tandis que Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos d’Edouard Graham – encore une livraison de l’excellente maison d’édition Le mot et le reste! – constitue la premiĂšre incursion d’un auteur francophone parmi les sortilĂšges de la grande dame blonde. Elle fĂȘtera ses 74 ans cette annĂ©e. Elle aussi est Canadienne, comme Cohen. Elle vient de l’ouest, du Saskatchewan; il est nĂ© Ă  l’est, Ă  MontrĂ©al. Est-ce un bon prĂ©texte pour les prĂ©senter ensemble? Pour cela et tout le reste.

Joni Mitchell, Leonard Cohen, tous deux ont dĂ©butĂ© dans les annĂ©es 60, tous deux font figure d’électrons libres, Ă  rebours de leur Ă©poque. Raison, sans doute, pour laquelle l’un et l’autre ont marquĂ© comme personne les cinquante annĂ©es suivantes. Voici leurs biographies dĂ©taillĂ©es. Des rĂ©cits essentiellement littĂ©raires, pour saisir ces Ɠuvres rĂ©solument diffĂ©rentes quoique faciles Ă  rapprocher.

1967, l’annĂ©e oĂč tout bascule

Joni Mitchell et Leonard Cohen sont non seulement des compositeurs exceptionnels, mais aussi, et surtout, des poĂštes scrutateurs de la machinerie des sentiments. Laquelle ne peut se dĂ©partir de la sexualitĂ©, parfaitement assumĂ©e chez l’un comme chez l’autre. Et c’est ce qui rend les textes de leurs chansons essentiels. Cohen et Mitchell sont des auteurs adultes et vaccinĂ©s, comme leur contemporain Dylan: «Comment ĂȘtre poĂšte dans un monde qui attend de plus en plus d’eux de bien se tenir sur les plateaux tĂ©lĂ©?» demande Leibovitz. Qui rĂ©pond ainsi: Cohen choisit de «divertir, mais en assĂ©nant des formules coup-de-poing, de celles qui sont dotĂ©es d’une authentique vigueur existentielle». «L’amour n’est pas exempt de dĂ©testation (
), ni de jalousie, ni de souffrance infligĂ©e rĂ©ciproquement», Ă©crit pour sa part Graham, Ă©voquant le titre All I Want ouvrant l’album Blue, chef-d’Ɠuvre de Joni Mitchell. La phrase conviendrait Ă©galement Ă  l’univers de Cohen. Tout cela pour dire la complexitĂ© des relations amoureuses, en attendant d’autres thĂšmes, qui viendront plus tard: la guerre, les libertĂ©s, les minoritĂ©s et, in fine, le sens de notre existence ici-bas.

Ajoutez Ă  cela que tous deux ont sorti leur premier album Ă  quelques mois d’écart, lui en 1967, elle en 1968: voilĂ  de quoi fourbir un beau programme de lecture, un demi-siĂšcle de chronique, d’interviews, de confessions et d’exĂ©gĂšse donnant une chair incomparable Ă  qui s’attelle aujourd’hui Ă  faire le bilan de pareilles carriĂšres. D’autant que les biographies que voici sont excellentes, savamment documentĂ©es, exhaustives et superbement Ă©crites.

Leibovitz, journaliste de mĂ©tier, inscrit son rĂ©cit dans la tradition des biographies amĂ©ricaines: il faudra remonter loin dans la gĂ©nĂ©alogie familiale des Cohen pour comprendre la sociĂ©tĂ© bourgeoise de MontrĂ©al, la communautĂ© juive «intĂ©grĂ©e» dans laquelle naĂźt Leonard. Ecouter ce grand-pĂšre rabbin qui lui fait dĂ©couvrir des Ecritures parsemĂ©es d’érotisme, pour comprendre comment Cohen s’est intĂ©ressĂ© aux interrogations existentielles tout en dĂ©veloppant son goĂ»t et son regard sur la sexualitĂ©. «Triste et sexy», le ton de Cohen prend racine ici, selon Leibovitz, qui en connaĂźt une tranche sur le judaĂŻsme. Quant Ă  Graham, Ă©crivain de son Ă©tat, auteur d’un ouvrage sur Apollinaire, il ouvre grandes ses portes Ă  l’analyse esthĂ©tique. Joni Mitchell, la «superhippie sophistiquĂ©e», la femme dont les gĂ©ants du renouveau folk, Graham Nash, David Crosby, Ă©taient amoureux, Ă©tait elle-mĂȘme la gĂ©ante de cet univers folk. «DĂ©esse folk», oui. Et pourtant, c’est dans le jazz que Mitchell coulera cet autre disque magistral, Hejira.

Des prophùtes? Nullement


Mitchell et Cohen se sont rencontrĂ©s Ă  maintes reprises. Ont-ils Ă©tĂ© amants? Plus pertinent, on fera le parallĂšle entre deux trajectoires loin d’ĂȘtre exclusivement musicales: Cohen, c’est ce type qui cartonnait dans sa vie d’auteur et dĂ©cida, Ă  plus de 30 ans, de devenir chanteur. N’est-ce pas incongru? Mitchell, quant Ă  elle, se destinait Ă  la peinture et chantait, dit-elle, pour payer ses cigarettes. DĂ©sormais en quasi-retraite, victime d’une rupture d’anĂ©vrisme en 2015, elle consacre la plupart de son temps Ă  la peinture.

Ils ont tous deux visitĂ© l’Europe, trouvant en GrĂšce, elle en CrĂšte, lui sur l’üle d’Hydra, un repos non dĂ©nuĂ© de romantisme. Mais c’est sur cette autre Ăźle, Wight, dans le chaos du fameux festival organisĂ© en 1970, que l’un et l’autre se retrouvent. Mitchell, dĂ©semparĂ©e face Ă  un public huant ces «rockers» que l’ùre du temps voulait prophĂštes, ce qu’ils ne sont nullement. Cohen, nettement plus allumĂ©, suggĂ©rant Ă  la foule irascible de se «rĂ©gĂ©nĂ©rer». Rendue dans deux ouvrages diffĂ©rents, qui paraissent un demi-siĂšcle plus tard, l’anecdote est saisissante. Elle permet d’évacuer la part de mythe pour s’en tenir Ă  la microhistoire.

On pĂ©nĂštre ici dans l’intime de deux artistes devenus certes iconiques. Et pourtant, lorsque l’un et l’autre sont rendus vivants dans le contexte, dans le quotidien qui a suscitĂ© l’acte crĂ©atif, ce sont bien deux individus parfaitement humains, de chair et d’os, deux individus sensuels, que l’on apprĂ©cie ainsi. Il est vrai que Joni Mitchell et Leonard Cohen, peu enclins Ă  jouer les rock stars conventionnelles, se prĂȘtent particuliĂšrement bien Ă  ce genre de portrait intimiste.

Fabrice Gottraux
La Tribune de GenĂšve 22 avril 2017

- Le chant mélancolique de Joni Mitchell

Il s’agit du premier ouvrage en français consacrĂ© Ă  la chanteuse canadienne.

AprĂšs Kate Bush, le temps du rĂȘve, de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, l’éditeur Le mot et le reste propose un autre livre consacrĂ© Ă  une chanteuse attachĂ©e Ă  son indĂ©pendance et ses choix artistiques, exploratrice de mondes musicaux variĂ©s, Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos, d’Édouard Graham. AprĂšs la Britannique, la Canadienne. Joni Mitchell, « voix de soprano cristalline », crĂ©atrice d’« une cartographie des sentiments » ou « l’intime est frĂŽlĂ© par alchimie allusive », Ă©crit Édouard Graham au dĂ©but de son ouvrage, le premier en français sur Joni Mitchell – comme l’est celui sur Kate Bush.
Le chant teintĂ© de douceur et de mĂ©lancolie de Joni Mitchell, aujourd’hui ĂągĂ©e de 73 ans, est passĂ© par le folk acoustique Ă  ses dĂ©buts phonographiques (Song to a Seagull, en 1968, Clouds _en 1969), avant de prendre des accents lĂ©gĂšrement rock. L’artiste s’est laissĂ©e tenter par le jazz (_For the Roses) durant des annĂ©es 1970 particuliĂšrement fĂ©condes, a inscrit dans ses compositions les apports de musiques du monde, et a pris un virage pop avec des machines dans les annĂ©es 1980 (Dog Eat Dog, 1985, Chalk Mark in a Rain Storm, 1988). Plus tard, ce sera l’ajout d’orchestrations symphoniques.
Écrivain et universitaire, Édouard Graham combine, par une Ă©criture prĂ©cise, l’analyse et le factuel. Dans un suivi chronologique, il dissĂšque – citant des textes (traduits) de chansons, des Ă©lĂ©ments musicologiques accessibles et des dĂ©tails biographiques pertinents – les dix-neuf albums de la chanteuse (Shine, dernier en date, remonte Ă  2007). En fil rouge, Graham souligne aussi la part graphique de l’artiste, dessinatrice et peintre de nombre de ses pochettes de disques. Un complĂ©ment visuel au pouvoir Ă©vocateur des mots et mĂ©lodies d’une chanteuse « des ombres et lumiĂšres », pour reprendre l’énoncĂ© de l’un des chapitres.

Lire l’article sur le site du Monde

Sylvain Siclier
Le Monde 24 mars 2017

- Joni Mitchell. Songs Are Like Tattoos

FrĂ©dĂ©ric Goaty consacre une chronique au livre d’Édouard Graham dans le Europe 1 Music Club.
À Ă©couter ici Ă  partir de 58 minutes

Frédéric Goaty
Europe 1 Music Club 19 mars 2017

- Héroïnes inouïes

Joni Mitchell et Kate Bush ont enfin droit à leur biographie en français. Auteures, compositrices et interprùtes à la fois avant-gardistes et populaires, elles ont ouvert la voie à beaucoup d’autres.

Dimanche dernier, lors de la cĂ©rĂ©monie des Oscars Ă  Hollywood, Sara Bareilles chante avec emphase «Both Sides Now» tandis que dĂ©filent les portraits de Gene Wilder, Michael Cimino, Andrzej Wajda, Carrie Fisher, Prince, John Hurt et autres illustres disparus de ces derniers mois. Que cette chanson Ă©crite il y a un demi-siĂšcle par Joni Mitchell, maintes fois reprises, ait Ă©tĂ© choisie pour l’occasion tĂ©moigne de son caractĂšre indĂ©modable et d’une puissance d’évocation intacte.

Édouard Graham, chercheur en littĂ©rature et auteur de plusieurs ouvrages dont un consacrĂ© Ă  Apollinaire, s’est passionnĂ© pour la trajectoire de Joni Mitchell. Il lui a consacrĂ© la ­premiĂšre biographie en langue française jamais publiĂ©e, alors que plusieurs titres anglophones existent. PoĂ©tesse, compositrice, guitariste, pianiste, chanteuse, productrice et peintre – notamment de certaines de ses pochettes – au talent doublĂ© d’une indĂ©fectible indĂ©pendance d’esprit, Joni Mitchell ­mĂ©ritait bien ce rĂ©cit de prĂšs de 400 pages, faisant la part belle Ă  l’interprĂ©tation des textes.

Experte de la rupture

N’ayant plus enregistrĂ© depuis 2007 et Shine, son dix-­neuviĂšme album studio, Joni Mitchell, victime d’une rupture d’anĂ©vrisme en 2015, plane sur le monde de la musique en grande absente, son aura intacte comme en tĂ©moignent les hommages publics et discographiques qui lui sont rĂ©guliĂšrement rendus. Au milieu des annĂ©es 1970, un virage jazz entrepris avec The Hissing of Summer Lawns lui avait aliĂ©nĂ© la cohorte des premiers admirateurs de ses folksongs immaculĂ©es. «Le tournant s’amorce quand elle change de registre et publie des albums parfois un peu surproduits, moins accessibles, explique Édouard Graham. Mais elle avait dĂ©jĂ  dĂ©routĂ© ses fans Ă  plusieurs reprises, en experte de la rupture, jamais oĂč on l’attend, refusant de se laisser enfermer dans des cases. Son karma, dit-elle, est d’ĂȘtre Ă  contre-courant.»

À l’en croire, ses succĂšs seraient presque involontaires. En 1972, pressĂ©e d’écrire un tube par sa maison de disques, Joni Mitchell rĂ©pond par une pirouette: «You Turn Me On, I’m A Radio» s’amuse Ă  faire parler la radio Ă  la premiĂšre personne, jouant sur le double sens de turn on (allumer). Ironie suprĂȘme, le morceau est un immense succĂšs et un tube radiophonique.

Une demi-douzaine de chefs-d’Ɠuvre

La relative confidentialitĂ© de Joni Mitchell en France est, selon Édouard Graham, en partie due Ă  ses textes tout en subtilitĂ©s, difficiles Ă  saisir pour les non anglophones. Riches en mĂ©taphores, ils mĂȘlent la dimension intime Ă  l’observation sociologique et politique (critique du consumĂ©risme, de l’industrie du spectacle, des faux-semblants).

Reste que l’artiste peut s’enorgueillir d’une sĂ©quence quasi-parfaite allant de son premier album Song to a Seagull (1968) Ă  Court and Spark (1974). Soit une demi-douzaine de chefs-d’Ɠuvre que surplombent Clouds (1969) et Blue (1971), classiques absolus du folk de l’ùre Woodstock. «Une force ­extraordinaire traverse ces albums, sans aucune dĂ©perdition ni faiblesse», rĂ©sume son biographe. Le terme «folk» ne rend d’ailleurs pas justice Ă  la densitĂ© de ces compositions, labyrinthes savamment conçus Ă  base d’accordages de guitare inusuels, de textes mĂ©taphoriques et d’une interprĂ©tation vocale saisissante sur trois octaves, du soprano le plus cristallin Ă  un alto chaleureux. TrĂšs vite, cette tessiture haut perchĂ©e et souple a fait sa gloire. Elle rapproche Joni Mitchell de Judy Collins et Joan Baez qu’elle a d’abord imitĂ©es, jeune Ă©tudiante des Beaux-Arts de Calgary. Elle s’en dĂ©partira peu Ă  peu, l’ñge et la cigarette aidant.

Une barde celtique

Roberta Joan Anderson voit le jour le 7 novembre 1943 Ă  Fort McLeod dans l’Alberta (Canada). Sa ­famille dĂ©mĂ©nage rapidement dans l’Etat voisin du Saskatchewan. Son pĂšre, gĂ©rant d’épiceries, est amateur de jazz, sa mĂšre cite Shakespeare et creuse le sillon classique. A 9 ans, victime de l’épidĂ©mie de polio qui frappe le Canada, «Joni» frĂŽle la mort – comme son compatriote Neil Young. Elle vit sa guĂ©rison comme un appel «mystique» Ă  trouver sa voie. «Elle y a puisĂ© un rebond, un appĂ©tit, un dĂ©sir de rĂ©ussite hors du commun», relate Edouard Graham. L’adolescente se lance d’abord Ă  l’ukulele, s’initiant ensuite Ă  la guitare et au piano tout en Ă©tudiant la peinture, dĂ©veloppant sa culture musicale et sa technique. Elle se produit dans les cafĂ©s-concerts, et bientĂŽt Ă  la tĂ©lĂ©vision canadienne.

ArpĂšges complexes, mĂ©lodies sophistiquĂ©es que d’aucuns comparent Ă  des Lieder de Schubert: l’art de Joni Mitchell dĂ©fie les catĂ©gorisations. «Elle a quelque chose d’un barde celtique. Elle raconte des histoires et embarque l’auditeur dans son univers. DĂšs le dĂ©but, sa maĂźtrise est totale.» Des images de 1965 visibles sur youtube montrent le prĂ©sentateur d’une Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e prĂ©sentant «Joni Anderson de Saskatoon, une charmante jeune femme qui Ă©crit ses propres chansons». Elle a 21 ans, encore soigneusement coiffĂ©e et maquillĂ©e, mais son sourire timide s’efface dĂšs lors qu’elle dĂ©roule ses arpĂšges limpides et captive l’assistance avec «Born to Take the Highway» ou «Urge for Going», des titres qui ont valeur de ­programme.

«Sa singularitĂ©, l’amplitude de son spectre, la souplesse de sa voix et la force de ses Ă©motions ont subjuguĂ© tout le monde. Elle exercera une influence considĂ©rable sur les gĂ©nĂ©rations ultĂ©rieures d’artistes. L’étrangetĂ© de chansons comme ‘Banquet’ ou ‘Songs to Aging Children Come’ se retrouve dans le ‘Wuthering Heights’ de Kate Bush, par exemple.»

Lorsqu’elle dĂ©barque sur le circuit Ă©tasunien en 1967 – son mariage avec le chanteur folk Chuck Mitchell dissout –, sa rĂ©putation l’a prĂ©cĂ©dĂ©e. Ses futurs succĂšs sont dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbres, Judy Collins ayant fait de «Both Sides Now» un tube. David Crosby, fraĂźchement Ă©vincĂ© des Byrds et en passe de fonder son emblĂ©matique trio folk avec Stephen Stills et Graham Nash, la repĂšre et l’attire en Californie. Avec les dividendes de son premier album, Joni Mitchell acquiert un bungalow Ă  Laurel Canyon, la ­vallĂ©e oĂč s’écrit la lĂ©gende hippie (Neil Young, Carole King, Linda Ronstadt, Jackson Browne, les groupes The Mamas and The Papas, The Byrds et Buffalo Springfield y ont rĂ©sidĂ©).

La vie sentimentale de Joni Mitchell est mouvementĂ©e. Elle enchaĂźne les liaisons avec David Crosby, Graham Nash, James Taylor, Ă©conduisant ses amants lorsqu’elle se sent captive. «I Had a King» («J’avais un roi»), extrait de son premier album, livre une mĂ©taphore Ă©difiante sur un air sombre et solennel. Le roi, plus qu’un protecteur rĂ©vĂ©rĂ©, est un conquĂ©rant qui emprisonne: «Je ne peux pas y retourner / Mes clĂ©s ne correspondent plus Ă  cette porte / Ni mes pensĂ©es Ă  l’homme / Elles ne le pourront plus, elle ne le pourront plus.» On est frappĂ© par le mĂ©lange d’amertume et de rĂ©solution, par la profondeur de l’introspection.

«Cactus Tree», qui clĂŽt Song to a Seagull, est un long poĂšme plein d’ambivalence, sa protagoniste oscillant entre admiration, dĂ©sir de plaire Ă  ses amants successifs, et une insatiable soif de ­libertĂ©. Ses mots sont en phase avec les mƓurs d’une ­certaine jeunesse, mais encore inhabituels dans le champ de la musique pop, surtout venant d’une femme. Si la force d’une chanson se mesure au poids du silence qui lui ­succĂšde, «Cactus Tree» en est l’exemple criant. «Dans le sillage de Bob Dylan, Joni Mitchell inaugure une maniĂšre de parler de soi, des problĂšmes du couple, sans fard ni complaisance», commente Edouard Graham.

Critique du matérialisme

Sa modernitĂ© s’illustre dans le dĂ©passement du genre: «A son sens, l’art doit ĂȘtre androgyne. Elle veut ĂȘtre reconnue pour sa personne et ses compositions, indĂ©pendamment de son sexe.» Son obsession de la nuance, l’étude des contradictions intimes, sont rĂ©sumĂ©es dĂšs «Both Sides Now» – ou comment considĂ©rer la rĂ©alitĂ© sous diffĂ©rents angles. «Dans cette chanson se retrouve sans doute, non exprimĂ©e, la question fondatrice de l’adoption, celle de la fille qu’elle a eue trĂšs jeune, hors mariage (en 1965), et qu’elle a fait adopter.»

Mais si l’artiste excelle Ă  sonder son Ăąme, elle s’intĂ©resse aussi au monde qui l’entoure. Sans ĂȘtre une protestataire Ă  la maniĂšre de Joan Baez ou Bob Dylan, elle n’hĂ©site pas Ă  donner de la voix quand le Vietnam est arrosĂ© de napalm et que ­l’armĂ©e rĂ©prime les campus. En 1969, sa chanson a cappella, «The Fiddle and the Drum», interpelle frontalement l’AmĂ©rique en guerre. Son emblĂ©matique «Woodstock», Ă©crit au lendemain du ­festival qu’elle a manquĂ©, ponctue la description du rassemblement pacifique par le doute qu’on retrouve jamais «le paradis perdu». L’hymne Ă©nonce en creux une prophĂ©tie sur le dĂ©clin des utopies collectives


Long compagnonnage avec le jazz

«Sa critique du matĂ©rialisme, des nantis et des conventions se poursuivra, culminant sur Dog Eat Dog en 1985, analyse Edouard Graham. Le miroir qu’elle tend aux AmĂ©ricains n’est pas flatteur.» La chanson «Ethiopia», notamment, dresse sur un rythme lancinant le constat impitoyable du saccage de la planĂšte, de la cupiditĂ© humaine et de la misĂšre. Une fois de plus, Joni Mitchell est en dĂ©calage: «Les annĂ©es 1980 baignent alors dans un hĂ©donisme cliquant, avec une musique formatĂ©e, Madonna chantant ‘Material Girl’ »

AprĂšs un long compagnonnage avec le jazz et la fusion entamĂ© sur Hejira (avec le bassiste virtuose Jaco Pastorius), suivi par un album hommage Ă  Charlie Mingus et des collaborations avec Herbie Hancock, Pat Metheny et des membres de Weather Report, Joni Mitchell revient Ă  une forme d’intimisme. Turbulent Indigo (1994) marque un retour en grĂące, du moins critique sinon public. Ces derniĂšres annĂ©es, l’artiste a vĂ©cu recluse, affirmant souffrir de la maladie des Morgellons, une affection de la peau contestĂ©e par de nombreux mĂ©decins qui l’assimilent Ă  un «dĂ©lire parasitaire» de type paranoĂŻaque.

La page musicale refermée

Les derniĂšres nouvelles de sa rééducation consĂ©cutive Ă  son AVC sont encourageantes. Si Joni Mitchell s’est remise Ă  peindre, elle a probablement tournĂ© la page de la musique. En 2014 est paru un livre basĂ© sur des entretiens rĂ©alisĂ©s entre 1973 et 2012 avec son amie journaliste Malka Marom (Joni Mitchell: In Her Own Words). Son influence couvre tout le champ musical, du folk au r&b en passant par le jazz, le blues et la pop. Ses chansons ont Ă©tĂ© reprises par des artistes aussi divers que Tori Amos, Annie Lennox, Nazareth, Björk, Prince, Cat Power, Cassandra Wilson ou Caetano Veloso, sa voix samplĂ©e par Janet Jackson et Kanye West. En 2007, la poste canadienne a Ă©mis une sĂ©rie de timbres Ă  son effigie. Bel hommage Ă  une insaisissable voyageuse.

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Roderic Mounir
Le Courrier 3 mars 2017

- D'oĂč viens-tu Joni ?

Enfin! Cette semaine paraßt une biographie en français qui célÚbre cette géniale songwriter et musicienne. En 2000, lors de la sortie de Both Sides Now, Joni Mitchell avait longuement parlé de son amour du jazz à Bernard Loupias. Souvenirs.

Ce matin de janvier 2000, il fait un temps magnifique sur Los Angeles. Normal: j’ai rendez-vous avec Joni Mitchell. La plus brillante, la plus aventureuse et, Ă  coup sĂ»r, la plus musicienne des songwriters nord-amĂ©ricains. Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young et Lou Reed compris. Et pourtant, Joni Mitchell ne bĂ©nĂ©ficie pas du quart de la moitiĂ© de la notoriĂ©tĂ© de ces quatre-lĂ . IncomprĂ©hensible quand on sait qu’elle a Ă©tĂ© chantĂ©e notamment par Sinatra, Prince, Björk ou Caetano Veloso, et qu’on recense plus de mille versions (!) de Both Sides Now, et des centaines de River ou Woodstock. Machisme ? SurditĂ©? Il est triste en tout cas qu’on ne garde trop souvent d’elle qu’une image, celle de « l’égĂ©rie » – pitoyables sous-entendus 
 – de l’utopie hippie des annĂ©es 60. C’est oublier que Joni Mitchell a vite arrachĂ© l’étiquette folk qu’on lui collait pour prendre la tangente, et courir de ruptures en pas de cĂŽtĂ©. Le grand saut, elle le fait au milieu des annĂ©es 70 avec le gĂ©nial Hejira (1976), qui voit sa premiĂšre collaboration avec Jaco Pastorius, « le Hendrix de la basse Ă©lectrique », dixit Joni, et Don Juan’s Reckless Daughter (1977), qui marque le dĂ©but d’une collaboration et d’une amitiĂ© inoxydables avec le saxophoniste Wayne Shorter, pilier- avec Herbie Hancock, autre complice majeur – du fameux deuxiĂšme quintet de Miles Davis. En 1979, c’est une autre grande figure du jazz, Charles Mingus, qui, sĂ©duit par son indĂ©pendance artistique, lui offre quelques compositions inĂ©dites pour qu’elle y pose ses mots.
Dans les annĂ©es 80, elle ira se frotter – pas toujours avec bonheur – aux synthĂ©tiseurs sans se soucier une seconde de ce que le business pouvait bien penser de ce nouveau virage, Joni ayant toujours Ă©tĂ© sa propre productrice. Une libertĂ© qui lui vaudra de perdre, au fil des annĂ©es, une bonne part de son public, le soutien des radios et, plus largement, d’une industrie du disque que Joni Mitchell a toujours mĂ©prisĂ©e, au point d’envisager Ă  plusieurs reprises de s’éloigner dĂ©finitivement de ce qu’elle qualifie de « cloaque corrompu » dirigĂ© par des « porcs pornographiques ».
Cette histoire, Edouard Graham la retrace avec autant de finesse que d’érudition dans Joni Mitchell. Songs Are Like Tattoos, premiĂšre grande biographie en français. On y trouve tout ce qu’il y a Ă  savoir sur la vie et l’Ɠuvre de Joni Mitchell, nĂ©e Roberta Joan Anderson en novembre 1943 dans un bled de l’Alberta, au Canada. La polio qui la frappe Ă  l’ñge de 9 ans, l’enfant qu’elle est obligĂ©e d’abandonner en 1965 (tragĂ©die intime qu’elle encodera dans trois chansons, Little Green, Woman of Heart and Mind et Chinese Cafe) et son ascension Ă©clair que Judy Collins, grande dame de la folk, dĂ©clenche en 1967 en choisissant deux chansons de Joni (Both Sides Now et Michael From Mountains) pour Wildflowers. Album qui va connaĂźtre un immense succĂšs et qui est un « spĂ©cial Canada », puisque y figurent Ă©galement trois compositions d’un jeune poĂšte montrĂ©alais inconnu, Leonard Cohen (avec lequel Joni aura une liaison aussi brĂšve qu’orageuse). La voici cĂ©lĂšbre. Et grĂące Ă  David Crosby, qui vient de tomber raide amoureux d’elle et lui ouvre les bonnes portes, Joni commence avant la fin de cette mĂȘme annĂ©e l’enregistrement de Song to a Seagull, son premier album. Chose incroyable: elle en obtient le contrĂŽle artistique total, illustration de pochette incluse (ancienne Ă©tudiante en beaux-arts, Joni a toujours pratiquĂ© la peinture, et illustrĂ© elle-mĂȘme les pochettes de treize de ses dix-neuf albums studio). Il faudra attendre Prince pour voir un jeune artiste dĂ©butant rĂ©ussir pareil exploit. A mesure que mon taxi monte vers les hauteurs qui dominent West Hollywood, mon inquiĂ©tude fait de mĂȘme. Et si l’entretien tournait court? Je sais que Joni a une dent contre les journalistes, et je sais pourquoi. Dans un numĂ©ro de 1972, au fil d’un rĂ©cit consacrĂ© aux histoires de cƓur des stars d’Hollywood, le magazine Rolling Stone publie, sous la forme d’une infographie, la liste de ses amants, muflerie qu’elle n’a jamais digĂ©rĂ©e. Une immense hacienda, noyĂ©e de bougainvillĂ©es. Un couloir ombragĂ©, une porte s’ouvre, et elle est lĂ . Une classe Ă  tomber. Tout sourire. Bon signe. On est tous les deux lĂ  pour parler de son petit dernier, le sublime Both Sides Now, un disque qui, une fois de plus, a pris tout le monde Ă  contre-pied. Soir une collection de dix standards du jazz – plus deux de ses propres classiques sertis dans de somptueux arrangements symphoniques de Vince Mendoza. D’une voix plus grave, plus sensuelle que jamais – la soprano des dĂ©buts a peu Ă  peu laissĂ© place Ă  une contralt -, Joni atteint des sommets dans l’interprĂ©tation de thĂšmes comme You’re My Thrill ou You’ve Changed, soutenant la comparaison avec ses modĂšles, Billie Holiday ou Dinah Washington. « Oh, Dinah, je l’adore. Ça, c’est un compliment ! » (Rires.) Mais cette voix aux reflets cuivrĂ©s, la doit-elle au temps qui a passĂ©, aux clopes qu’elle fume Ă  la chaĂźne? « Naaa, j’ai simplement choisi de chanter dans des clĂ©s plus basses », proteste-t-elle en piochant une nouvelle foi dans son paquet d’American Spirit – du tabac bio, mais quand mĂȘme 
 Ce disque, elle l’a envisagĂ© comme « une histoire de l’amour romantique en AmĂ©rique du Nord au XXe siĂšcle », du coup de foudre aux premiers accrocs, de la passion Ă  la lassitude, jusqu’à la rupture, avant que renaisse l’espoir d’un nouvel amour. Un parcours que Joni ne connaĂźt que trop bien. Au fond, elle n’a jamais Ă©tĂ© fidĂšle qu’à la musique, qui ne l’a jamais abandonnĂ©e. On remarquera au passage que la plupart des hommes qui ont un temps partagĂ© sa vie – David Crosby, Graham Nash, James Taylor, Jackson Browne, le batteur John Guerin, le percussionniste Don Alias, ou le bassiste Larry Klein – sont tous des musiciens. Elle est intarissable sur son amour du jazz et des maĂźtres de cet art, comme Wayne Shorter, Herbie Hancock ou Jaco Pastorius, qui ont Ă©tĂ© les seuls, Ă  un moment de son Ă©volution, capables Ă  ses yeux de rendre justice Ă  ses compositions, toujours plus retorses. « Comme vous le savez, j’utilise une cinquantaine d’accordages diffĂ©rents », sourit-elle. Wayne Shorrer m’a un jour confiĂ© ce qui l’avait conduit Ă  jouer pour la premiĂšre fois avec Joni, en 1977: « Son courage, que j’avais remarquĂ© depuis longtemps. Elle allait Ă  contrecourant de tous les standards en cours dans l’industrie de la musique populaire. Un jour, elle m’a montrĂ© une lettre d’un de ces types irritĂ©s par son virage vers le jazz, qui allait jusqu’à lui Ă©crire: “Comment pouvez-vous jouer une seconde mineure Ă  la guitare !” Pour lui; un accord dissonant dans une chanson pop, c’était impensable. » Joni confirme l’anecdote.

«LE JAZZESTUNEINVENTION NOIRE»

Et inĂ©vitablement, Miles Davis arrive sur le tapis. C’est le grand regret de sa vie: «Et pourtant, j’ai tout essayĂ© pour jouer avec lui! (Rires.) Il venait me voir peindre, et lui adorait dessiner. On parlait peinture, jamais musique. AprĂšs sa mort, son fils m’a dit: “Tu sais que Miles avait tous tes disques prĂšs de son lit?” Je suis aujourd’hui certaine que s’il avait vĂ©cu plus longtemps, on aurait fini par jouer ensemble.» Outre les jazzmen pur jus, nombreux sont les artistes noirs – dont Cassandra Wilson, Meshell Ndegeocello ou Prince – qui ont clamĂ© leur admiration pour Joni. Comment explique-t-elle ce phĂ©nomĂšne? « J’ai une relation intĂ©ressante Ă  la culture noire, sourit-elle. Je l’aime, tout simplement. Et c’est vrai d’un certain point de vue, les noirs ont toujours pigĂ© ma musique. J’adore la sophistication de la musique classique europĂ©enne, mais quand j’en viens Ă  la musique populaire de ce pays, j’avoue que les oreilles sont “noires”!» Elle enfonce un dernier clou Ă  propos du jazz, qui scellera notre entretien:
« Cette grande musique amĂ©ricaine est une invention noire, c’est ce qu’enseignerait l’histoire si elle ne semblait pas Ă©prouver le besoin de laisser dans l’ombre l’apport des Noirs – et des femmes.»
P-S. En mars 2015, on a eu trĂšs peur: Joni Mitchell venait d’ĂȘtre dĂ©couverte inconsciente chez elle. AnĂ©vrisme. Elle a heureusement survĂ©cu et rĂ©cupĂ©rĂ© peu Ă  peu, au point, en aoĂ»t 2016, d’assister, en compagnie de son ami Herbie Hancock, Ă  un concert de Chick Corea, dans un club de Los Angeles. Une photo en tĂ©moigne: sous un grand chapeau glamour d’oĂč s’échappent quelques mĂšches d’argent, son visage est certes marquĂ©, mais le regard n’a pas changĂ©. Joni sourit Ă  la vie.

Bernard Loupias
Grazia Février 2017

- Kate Bush et Joni Mitchell, l’amour partagĂ©

Le Mot et le Reste vient de publier Kate Bush, le temps du rĂȘve de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge et Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos d’Édouard Graham, deux livres essentiels consacrĂ©s Ă  des artistes qui ne le sont pas moins.

On ne dit pas une mais un gĂ©nie. Dommage. Car Kate Bush et Joni Mitchell sont incontestablement gĂ©niales. En France, la premiĂšre bĂ©nĂ©ficie d’une certaine popularitĂ© grĂące Ă  ses tubes en or massif, Wuthering Heights (1978), Babooshka (1980) et Running Up That Hill (A Deal With God) (1985). La seconde, en revanche, est nettement moins connue du grand public – amusez-vous Ă  faire un micro-trottoir, et vous risquerez d’obtenir des rĂ©ponses dignes de celle d’un vendeur d’une cĂ©lĂšbre officine champs-Ă©lysĂ©enne*
 Mais quel que soit leur degrĂ© de (re)connaissance ici-bas, elles ont les admirateurs qu’elles mĂ©ritent, et si elles pouvaient les croiser – rĂȘvons un peu –, nul doute qu’elles se reconnaĂźtraient en eux. Car est-il possible d’aimer autrement que passionnĂ©ment Kate Bush et Joni Mitchell ? Non bien sĂ»r, et Kate Bush, le temps du rĂȘve et Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos en apportent la preuve noir sur blanc.

Ces deux biographies sont remarquablement bien Ă©crites, sans effets de manche pseudo-littĂ©raires, sans jugements Ă  l’emporte-piĂšces (positifs ou nĂ©gatifs), extrĂȘmement documentĂ©es, mĂ©ticuleuses et accessibles. Que l’on soit novice ou connaisseur, le rĂ©sultat sera le mĂȘme : plongĂ©e immĂ©diate dans les disques pour (rĂ©)Ă©couter ce que l’on vient de (re)dĂ©couvrir au grĂ© des 218 pages de la premiĂšre et des 386 pages de la seconde !

Mais au delĂ  du plaisir intense que l’on prend en lisant ces deux livres qui resteront toujours Ă  portĂ©e de main et que l’on peut d’emblĂ©e qualifier d’ouvrages de rĂ©fĂ©rences (mĂȘme les livres in english in the text ne nous avaient pas autant retenu), il faut souligner une chose : la passion, voire l’amour (c’est beau l’amour) des deux auteurs pour leur sujet ne les fait pas basculer dans la contemplation stĂ©rile. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge et Édouard Graham s’effacent derriĂšre la musique tout en la prenant constamment au sĂ©rieux. On en apprend de belles sur les vies de nos deux super-hĂ©roĂŻnes, femmes libres et crĂ©atrices d’univers hors-normes, mais leur Ɠuvre est passĂ©e avec encore plus de dĂ©lectation au tamis du savoir et de la musicographie (Ă  ne pas confondre avec la musicologie Ă  la petite semaine).
La maniĂšre dont Graham analyse les textes, pardon, les poĂ©sies de Joni Mitchell apporte des lumiĂšres vitales pour l’auditeur qui ne comprend pas toujours les subtilitĂ©s de la langue de Shakespeare. Quant au nombre impressionnant d’anecdotes et de dĂ©tails que rapporte Delage, il ne donne jamais le tournis. Au contraire : il nous replonge comme si on y Ă©tait au cƓur de la quĂȘte artistique de Kate.

En Ă©crivant Ă  hauteur d’homme, FrĂ©dĂ©ric Delage et Édouard Graham ont su retranscrire toute la grandeur d’ñme – grandeur dame ? – de ces deux fascinantes artistes. Respect.

* Pour situer le dĂ©grĂ© de mĂ©connaissance de la chanteuse canadienne, on rapellera cette anecdote, vĂ©ridique : un jour, donc, au Virgin Megastore des Champs-ÉlysĂ©es, un client demande Ă  un vendeur (stagiaire, dit-on
) s’il a des disques de Joni Mitchell. RĂ©ponse un rien narquoise du jeune homme : « Joni Mitchell ?! Vous ĂȘtes sĂ»r ?! Des disques de Johnny Hallyday et d’Eddy Mitchell, ça on en a, mais Joni Mitchell, dĂ©solĂ©, ça n’existe pas
 » (NDR : Faut-il le rappeler, il y avait aussi d’excellents vendeurs au Virgin Megastore.)

Frédéric Goaty
Muziq 26 février 2017

- Un livre sur Joni Mitchell


Parution le 17 fĂ©vrier, aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, d’un ouvrage sur la chanteuse Joni Mitchell, “Songs are like Tattoos”. De quoi revisiter, sous la plume de Edouard Graham, le parcours d’une pionniĂšre, de la Californie du Flower Power aux albums-studio avec Herbie Hancock et Wayne Shorter. L’occasion de vĂ©rifier, surtout, Ă  quel point Joni Mitchell a toujours brouillĂ© les pistes balisĂ©es de l’industrie musicale Ă  laquelle elle a fini par imposer sa personnalitĂ©.

Rendez-vous sur la page des brĂšves de TSF

Laurent Sapir
TSF Jazz 13 février 2016

- Rembobinages pop moderne

Retour dĂ©taillĂ© sur l’incroyable discographie de la Canadienne Joni Mitchell, entre le folk des annĂ©es 60 et les flirts avec le jazz des annĂ©es 70. À l’heure oĂč les dĂ©bats font parfois rage pour tenter de trancher qui de Bob Dylan ou de Leonard Cohen prĂ©sente rĂ©trospectivement le profil le plus nobĂ©lisable, on demeure une fois de plus atterrĂ© que ces controverses en canonisation littĂ©raire demeurent si exclusivement soumises aux biais du genre qu’elles Ă©cartent d’emblĂ©e du piĂ©destal celle qui apparaĂźt pourtant comme l’une des plus grandes artistes Ă  avoir Ă©mergĂ© dans le domaine des musiques populaires. Novatrice, radicale, gĂ©niale, intransigeante, souvent trĂšs critique d’un milieu, celui du show business, dont elle s’est considĂ©rablement Ă©loignĂ©e depuis plusieurs dĂ©cennies : Joni Mitchell partage bien des qualitĂ©s avec ses confrĂšres masculins susmentionnĂ©s. C’est sans doute aussi ce qui fait d’elle un sujet Ă  la fois idĂ©ale et insaisissable pour le biographe qui s’aventure dans les dĂ©dales d’une existence oĂč les lĂ©gendes et les mythes ont depuis longtemps pris le pas sur l’authenticitĂ© factuelle. “Joni a toujours eu une confiance en elle Ă  la hauteur de son talent”, dĂ©clarait un jour Ron Stone, son manager du dĂ©but des annĂ©es 1970. Avant d’ajouter : “La seule chose qui me gĂȘne, c’est que je pense qu’il vaut mieux laisser les autres vous comparer Ă  Picasso!” LĂ©gitimement dotĂ©e d’une trĂšs haute idĂ©e d’elle-mĂȘme et de son Ɠuvre, depuis longtemps rĂ©ticente Ă  toute interview trop personnelle, la Canadienne semble se dĂ©rober par avance Ă  toute forme de rĂ©cit rĂ©trospectif. Restent donc les disques et les chansons qui constituent la matiĂšre principale d’un ouvrage qui, faute de pouvoir s’appuyer sur les tĂ©moignages directs des principaux acteurs, propose une relecture exhaustive et trĂšs intĂ©ressante d’un des parcours artistiques les plus fascinants du vingtiĂšme siĂšcle. Les pĂ©ripĂ©ties intimes sont Ă©voquĂ©es rapidement, des premiers traumatismes originels – la polio et les Ă©preuves de la maladie, le premier enfant conçu au sortir de l’adolescence puis abandonnĂ© Ă  la naissance pour suivre la vocation artistique – jusqu’à la rupture d’anĂ©vrisme de mars 2015 qui faillit la condamner dĂ©finitivement au silence, en passant par ce palmarĂšs amoureux qui ressemble fort Ă  une liste d’admission au PanthĂ©on du songwriting (Crosby, Nash, James Taylor, Jackson Browne, etc). Mais cette biographie de facture classique se concentre principalement sur l’évocation chronologique des Ɠuvres, consacrant un chapitre Ă©clairant Ă  chacun des albums de Mitchell, oĂč se succĂšdent l’évocation du contexte et l’analyse des paroles et des musiques. Conteur discret, Graham s’efface derriĂšre son sujet, ne laissant poindre son Ă©coute plus personnelle, par petites touches que dans les interprĂ©tations, tantĂŽt littĂ©rales, tantĂŽt plus poĂ©tiques, de certains textes. C’est ainsi qu’il parvient, finalement, Ă  rendre compte avec prĂ©cision d’une trajectoire artistique trĂšs riche et trĂšs complexe, des fondements du folk intimiste servi par une inimitable voix cristalline (Clouds, 1969) aux aventures audacieuses sur les terres du jazz et de la world music (The Hissing Of The Summer Lawns, 1975, l’album prĂ©fĂ©rĂ© de Prince, ou Hejira, 1976). Et revisite au passage quelques chefs-d’Ɠuvre dont le sens et la profondeur ne sont pas prĂȘts de s’épuiser au fil des relectures passionnĂ©es.

Matthieu Grunfeld
Magic janvier-février 2017