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Parution : 23/02/2012
ISBN : 9782360540402
352 pages (148 x 210)

26 €

Japrocksampler

L'incroyable explosion de la scĂšne rock japonaise

Extrait:
La porte shamanique du rock’n’roll japonais des dix derniĂšres annĂ©es a fait entrer en Occident tellement de musique extraordinaire qu’on peut dĂ©sormais se demander comment les musiciens de rock japonais ont fait pour atteindre ce niveau fascinant. Des formations underground et rĂ©volutionnaires telles que The Boredoms, les Acid Mothers Temple de Makoto Kawabata, Boris, les High Rise de Asahito Nanjo, Ghost et bien d’autres encore ont eu de solides carriĂšres. Ces groupes, figures de proue du mouvement, ont – malgrĂ© des noms incomprĂ©hensibles dans leur pays – inspirĂ© tant de musiciens ici, en Occident, qu’une enquĂȘte pointue sur la musique japonaise de leur jeunesse semblait s’imposer. Bien avant l’émergence du punk rock, le Krautrock et l’émission de John Peel avaient inspirĂ© ma gĂ©nĂ©ration au dĂ©but de ces annĂ©es 1970 enfiĂ©vrĂ©es. Il en fut de mĂȘme au Japon (
).

Traduit de l’anglais par Claire Cuisinier.

Revue de presse

- Vient de paraĂźtre Philippe Levreaud BibliothĂšque(s) Mars 2012
- Page Livres Etienne Greib Magic mai 2012
- Japrocksampler Basile Farkas Rock & Folk mai 2012
- Japrocksampler RĂ©mi Bonnet L'Écho RĂ©publicain 23 mars 2012
- Le Japrock, élévation cosmique Gregory Schneider Libération 25 février 2012
- Un top 50 des incontournables du genre Gregory Schneider Libération 25 février 2012

- Vient de paraĂźtre

Bien dans le style de Julian Cope (Krautrocksampler, 2005), accommodant verve, verdeur, subjectivitĂ© et Ă©rudition, cette somme largement historique multiplie les angles, les focales et fraie de nombreuses pistes pour aborder un vaste continent encore trop peu visitĂ©. Son ouverture compensant largement ses partis pris, elle est Ă  marquer d’une pierre blanche.

Philippe Levreaud
BibliothĂšque(s) Mars 2012

- Page Livres

Faut-il rappeler encore une fois ici le gĂ©nie de Julian Cope ? De la supervision d’une des premiĂšres compilations de Scott Walker au tout dĂ©but des annĂ©es 80 Ă  ses talents d’écriture, le barde anglais a largement outrepassĂ© le cadre de ses talents de frontman, que ce soit au sein des Teardrop Explodes, Brain Donor ou en solo. AprĂšs avoir Ă©crit l’ouvrage dĂ©finitif sur le kraurock (Krautrocksampler, 1996) et parcouru les monuments druidiques du vaste royaume de la Perfide Albion (The Modern Antiquarian, 1998 puis The Megalithic European, 2004), Julian Cope se penche sur le rock du pays des petits matins calmes. Et c’est avec la mĂȘme verve possĂ©dĂ©e, la mĂȘme implaccable minutie, la mĂȘme inĂ©branlable foi qu’il trace le portrait d’une autre Ăźle, le Japon, et comment l’on y perçut et rendit les premiĂšres secousses du binaire. Si la plupart des artistes dont il fouille le parcours (Taj Mahal Travellers, Speed, Glue & Shinki, Flower Travellin’ Band) n’ont pas encore eu, en dehors de certains cercles “cultuels”, droit Ă  une rĂ©habilitation globale, l’ouvrage aura probablement dĂ©jĂ  créé des vocations de dĂ©frichage et de réévaluation Ă  l’heure oĂč vous lirez ces lignes.

Etienne Greib
Magic mai 2012

- Japrocksampler

Reclus dans son cottage, le chanteur britannique halluciné est aussi un musicologue spécialisé dans le rock japonais. Rencontre bucolique avec le Léonard de Vinci psychédélique.

À l’ùre du format court, Julian Cope est, comme tout le monde, souvent rĂ©sumĂ© en une phrase rĂ©ductrice. Chanteur de Teardrop Explodes est la description qui revient le plus. Pour les amateurs de potins grunge, le Britannique est parfois dĂ©crit comme l’ex de Courtney Love (durant les jeunes annĂ©es d’exil anglais de cette derniĂšre). En rĂ©alitĂ©, le Cv de ce phĂ©nomĂšne nĂ© un jour d’octobre 1957 au pays de Galles est long comme plusieurs bras. Les mĂ©tiers de Julian Cope ? Musicien (chant, guitare, basse, claviers), Ă©crivain, rock-critic, historien, patron de label, archĂ©ologue, bricoleur, philosophe, rĂ©volutionnaire, illuminĂ©, pĂšre de famille, parfois tout en mĂȘme temps.

Éternel adolescent idĂ©aliste
Ces jours-ci sort la version française d’un livre que Cope a publiĂ© en 2007, Japrocksampler. Dans ce titanesque ouvrage, le chanteur s’attelle Ă  explorer un pan mĂ©connu de la musique moderne : le rock psychĂ©dĂ©lique japonais, de ses balbutiements jusqu’à 1978. En prĂšs de 400 pages Ă©crites pas trĂšs gros, le pavĂ© impressionne, Ă  la fois rigoureux, passionnĂ©, drĂŽle, dĂ©lirant, plaisant. Japrocksampler est un bouquin Ă  tiroirs. Assez vite, l’envie s’empare du lecteur d’aller farfouiller sur les blogs Ă  la recherche de sonoritĂ©s nouvelles. Les groupes japonais ? Certains sont excellents, comme le Flower Travellin’Band, formation hystĂ©rique, heavy et mĂ©lodieuse que Cope place au pinacle. Exhaustif, l’auteur Ă©voque des cas plus difficiles. Comme tout pays, le Japon aussi a eu ses musiciens expĂ©rimento-dĂ©biles en sandales. Qu’importe, le pĂ©riple est magnifique. Depuis les annĂ©es 90, Julian Cope est un Ă©crivain prolifique. On lui doit une somme sur le rock allemand (Krautrocksampler), deux volumes autobiographiques (Head On et Repossessed) et
 deux livres d’archĂ©ologie ! The Modern Antiquarium et The Megalithic European, consacrĂ©s aux menhirs et aux dolmens, ont mĂȘme Ă©tĂ© saluĂ©s par les spĂ©cialistes.
Et la musique ? L’ancien compagnon d’armes de Ian McCulloch — Cope et le patron d’Echo & The Bunnymen ont dĂ©butĂ© ensemble dans les pas du tout cruciaux Crucial Three — n’est pas exactement un tire-au-flanc. AprĂšs Teardrop Explodes (du post-punk habitĂ© par l’esprit des Doors, difficile Ă  Ă©couter aujourd’hui), l’homme a enregistrĂ© une trentaine de disques seul ou avec Black Sheep, le collectif de bikers moustachus qui l’accompagne actuellement sur scĂšne. Cela n’étonnera personne, Cope, comme un Ă©quivalent british d’Anton Newcombe, a explorĂ© toutes les directions sonores : psychĂ©dĂ©lisme, hard rock, folk, punk, spoken word
 Psychedelic Revolution, son nouveau disque auto-produit est l’Ɠuvre d’un Ă©ternel adolescent idĂ©aliste : la chose, qui mĂȘle instruments acoustiques et guitares distordues, est dĂ©diĂ© Ă  Che Guevara et Ă  la militante palestinienne Leila Khaled.
AprĂšs ce bref topo, nul ne sera surpris d’apprendre que le Drude (son surnom) attend l’équipe de Rock&Folk juchĂ© sur le toit de sa voiture camouflĂ©e. Il habite une ferme dans la bucolique campagne du Wiltshire, entre Londres et Bristol. L’accoutrement (bottes Ă©normes, gilet de cuir, veste militaire) est plus guerrier que campagnard. Cope pourtant rĂ©serva un accueil aussi royal que prĂ©venant. Selon l’expression toute faite, Julian Cope est un type haut en couleur. LittĂ©ralement si l’on en juge par la dĂ©coration de sa demeure. L’hĂŽte a dĂ©corĂ© ses corps de ferme Ă  son image : des instruments de musique fantaisistes partout aux murs, des guitares double manche irrĂ©elles, des claviers vintage, des amplis customisĂ©s, des Dinky Toys, des affiches punks et psychĂ©dĂ©liques, des disques de Black Sabbath encadrĂ©s. Il adore aussi peinturlurer de couleurs vives tout ce qui lui tombe sous la main : les portes, les murs, le matĂ©riel de musique, son 4×4, les meubles (idĂ©e dĂ©co : cette table aux couleurs du drapeau amĂ©ricain oĂč des croix gammĂ©es remplacent les Ă©toiles). Une taffe d’herbe, un thĂ© et Cope semble prĂȘt. Il prĂ©vient : « Si je pars en vrille n’hĂ©site pas Ă  me recadrer ».

Rock&Folk : Quel est le point de départ de ce livre sur le rock nippon ?
Julian Cope : J’ai dĂ©couvert un jour un groupe nommĂ© High Rise (trio jamonais des eighties) qui n’avait peur d’absolument rien. Ces types prenaient un bout de riff de MC5 ou des Electric Prunes pour en faire autre chose, un truc de motherfucker, trĂšs rock, trĂšs puissant. En dĂ©couvrant ça, j’ai trouvĂ© qu’il serait judicieux d’enquĂȘter. C’était presque un devoir. En tant qu’artiste, je trouve qu’il faut aussi faire des choses pour les autres. DĂ©couvrir tout ça est utile aux gens, aux artistes occidentaux je pense. J’ai grandi avec le krautrock, j’ai tout de suite su que c’était la plus libre des musiques. À l’inverse, la musique japonaise a Ă©tĂ© une rĂ©vĂ©lation tardive. Voir comment ces types filtraient les influences occidentales m’a fascinĂ©.

Quel était le propos ? Rendre hommage à une culture nettement moins documentée que le rock anglais ou américain ?
Il n’y avait pas de livre sur le rock japonais, mĂȘme en japonais ! Une tragĂ©die culturelle. Les Allemands ont un peu connu ça. C’était dur de venir de ces pays aprĂšs la guerre. AprĂšs la guerre, les AmĂ©ricains ont vendu aux Japonais ce que j’appelle une religion Coca-Cola. Ce n’est pas la culture ancestrale japonaise qui m’intĂ©resse, c’est leur adaptation Ă  la modernitĂ©, leur facultĂ© Ă  refuser les choses.

C’est un travail d’historien en fait

Tout Ă  fait. Il fallait deux voix dans le livre. Une voix qui raconte et l’autre, celle du motherfucker. Il fallait que ce soit un livre curieux de tout. TrĂšs vite, j’ai trouvĂ© une traductrice, une japonaise qui vivait dans le coin. Une intellectuelle de Bristol qui a mon Ăąge, coup de chance. Elle est devenue littĂ©ralement obsĂ©dĂ©e par le rock de son pays. Elle ignorait mĂȘme que le rock japonais avait une telle histoire. Et m’a fait dĂ©couvrir des trucs, du coup


Pour vous le meilleur groupe se nomme Flower Travellin’ Band. Le Black Sabbath ou le Led Zeppelin local, en quelque sorte

Oui, c’était le meilleur de son Ă©poque. Il arrivait Ă  trouver la bonne formule, occidentale et japonaise Ă  la fois, sans ĂȘtre insipide. Son chanteur Ă©tait trĂšs japonais, il Ă©tait aussi bon que Damo Suzuki. TrĂšs mince avec une super afro ! Des cĂŽtĂ©s occidentaux sans ĂȘtre ridicule pour autant
 Yuya Uchida (le producteur) est allĂ© en Angleterre et en France, mais il a fait en sorte que le groupe garde un cĂŽtĂ© tokyoĂŻte.

Et les Rallizes dénudés ? Folle histoire, leur bassiste est un terroriste, il a détourné un avion

Je leur consacre une grande partie du livre. L’histoire de l’avion a valu au groupe d’ĂȘtre surveillĂ© en permanence. Sa musique Ă©tait d’une violence sans nom Ă©galement.

Le rocker que vous ĂȘtes approuve-t-il toutes les rĂ©fĂ©rences intellectuelles de ces groupes ? Stockhausen, John Cage

La musique concrĂšte japonaise est trĂšs Ă©coutable. Il se passe des tas de choses dans un disque de musique concrĂšte japonaise. Ce sont des disques gourmands, pleins de surprises. Group Ongaku, c’est bouleversant ! Ces mecs faisaient des trucs de tarĂ©s Ă  la Amon DĂŒĂŒl I. La couverture du livre dans sa version originale, ces japonais Ă  poil sur les motos (la pochette du premier Flower Travellin’ Band, Anywhere, 1970), ça reprĂ©sente le Japon que j’aime. Pas le Japon de McArthur (le commandant suprĂȘme des forces alliĂ©es, chargĂ© de la reconstruction aprĂšs la seconde guerre mondiale). Les personnes qui faisaient ça ont dĂ©marrĂ© un truc.

Le PĂ©rou m’intĂ©resse

Vous émettez une théorie : les batteurs japonais ne seraient pas trÚs bons

Ils ne savent pas jouer ! Physiquement, ils n’y arrivaient pas. Souvent, ils se retrouvaient Ă  importer des batteurs, des Philippines par exemple, parfois mĂȘme des AmĂ©ricains qui Ă©taient dans les forces armĂ©es d’occupation. C’est toute une aventure. Les japonais ont eu trĂšs peur de toutes les avancĂ©es de la culture rock
 En tant qu’Anglais, quand je regarde ça Ă  des milliers de kilomĂštres, je trouve ça magnifique. Je suis un utopiste qui essaie de raconter des histoires jamais entendues, surout lorsqu’elles sont Ă  la porte de plusieurs cultures.

Vous déplorez également la faible consommation de drogues psychédéliques des locaux

Il faut comprendre que les Japonais sont le produit d’une culture quasiment nazie. Ils ont une certaine acceptation de l’autoritĂ©. Au Japon fumer de l’herbe peut vous mettre dans de trĂšs sales draps
 Durant ma troisiĂšme tournĂ©e au Japon (avec Teardrop Explodes) nous Ă©tions dans un de ces Ă©tats
 Nous Ă©tions lĂ  pour dix jours, nous avons pris cinq acides chacun. Au pire si on se faisait choper ils nous renvoyaient chez nous
 Le plus Ă©tonnant c’est que le Japon devient un pays psychĂ©dĂ©lique sans drogue. Mais quand les Japonais viennent ici, je peux vous dire qu’ils comprennent ce qu’est la drogue. Et ils aiment ça.

Vous ĂȘtes un des rares dĂ©fenseurs de Yoko Ono, pourquoi cela ?
Yoko arrache tout. Elle est la Japonais-AmĂ©ricaine qui a Ă©pousĂ© Beatle John et l’a transformĂ© complĂštement. Elle tirait quelque chose des gens, elle Ă©tait trĂšs forte. Elle est affreusement chiante, c’est ce qui me plait chez elle. Le monde est affreusement mĂąle, il faut changer ça. À Reading nous Ă©tions en robe sur scĂšne. Les gens Ă©taient morts de rire, je n’ai pas compris. Je n’avais pas l’air gay du tout, j’avais un look de dingue ! Mais les gens ont des idĂ©es tellement prĂ©conçues
 Il faut lutter contre ça.

Vous envisagez d’écrire sur d’autres contrĂ©es ? L’Afrique ? L’AmĂ©rique du Sud ?
Qui sait ? Le PĂ©rou m’intĂ©resse. Ces types ont une sacrĂ©e culture de motherfuckers. Je pourrais faire un frogrock sampler, car la France est une putain de nation, hyper cultivĂ©e. Malheureusement, je ne crois pas qu’il y ait la matiĂšre musicale. À ma connaissance, il y a trop peu de groupes underground pour raconter une histoire. J’aime les groupes français quand ils ne sonnent pas français. Il y a Magma, mais Magma est un genre en soi : le zeuhl. Et puis Magma, ce n’est pas français, c’est kobaĂŻen. Je ne pourrais pas faire l’Italianrocksampler, ce serait trop de la merde. Malheureusement, les Italiens ne peuvent pas s’empĂȘcher de faire de l’opĂ©ra. J’ai fait un petit Danksrocksampler, sur le Danemark, il y aurait de quoi faire un livre sur toute la Scandinavie, ça ferait sens. Je vais bientĂŽt aller faire une Ă©mission de radio sur le rock scandinave en Nouvelle-ZĂ©lande.

Le punk a marché

Qu’avez-vous essayĂ© de faire avec votre nouvel album, Psychedelic Revolution ?
J’ai voulu crĂ©er une bande-son paĂŻenne utile. Un truc joli, Ă  la fois beau et apocalyptique. J’ai quasiment tout fait moi-mĂȘme, les synthĂ©tiseurs sont faits par Holy McGrail. Il y a des membres de Black Sheep qui chantent dessus. J’ai deux mellotrons, je les ai utilisĂ©s, j’ai rĂ©cupĂ©rĂ© les banques de son de Tangerine Dream.

L’album est dĂ©diĂ© Ă  Leila Khaled et Che Guevara. Vous ĂȘtes rĂ©volutionnaires ?
Leila Khaled Ă©tait une illuminĂ©e. Elle a fait son boulot avec une grĂące incroyable. Le Che aussi Ă©tait la rock-star parfaite. C’est l’anti-AmĂ©ricain total. Oui, mon nouvel album est un manifeste politique. Je dis : puisque les gouvernants nous ont mis dans un tel merdier, il faut qu’un rĂ©volution ait lieu. Une vraie.

Et votre passion pour les menhirs ?
J’ai Ă©crit deux livres (il apporte deux impressionnants volumes). Celui-ci est sorti en 1998, l’autre en 2004. J’en prĂ©pare un autre sur l’Irlande. La France est bien lotie Ă©galement, mais je me suis dit que les Français ne voudraient pas lire un truc Ă©crit en anglais. J’aime ces monuments comme j’aime le rock. Le seul truc que je sais, c’est que le gnosticisme est le truc ultime. Et le rock’n‘roll est le gnosticisme ultime.

Vous aimez des groupes actuels ?
Les annĂ©es 2000 sont passionnantes. Vous connaissez les Gunslingers ? C’est un groupe français, de Grenoble. Ils ont traduit les 92 strophes de The Mask Of Anarchy, un poĂšme de Shelley. _Rocking Grenoble_
 VoilĂ  pour le rock français. Je voudrais citer aussi Hey Colossus, Gnod, Teeth Of The Sea et son trompettiste dĂ©ment.

Pour ĂȘtre aussi productif, vous menez une vie saine ?
Je suis assez straight. J’ai une vie trĂšs cosmique. J’ai une coupe mohican, regarde (il enlĂšve sa casquette). Ma famille est assez cosmique
 Ce promontoire que tu vois au fond de la piĂšce sert pour les sĂ©ances de yoga d’Albany (sa fille aĂŻnĂ©e). Quand on mange, car elle ne mange pas comme nous, elle fait du yoga, et c’est groovy. J’essaie de fournir une atmosphĂšre d’utopie. Quand les filles sont lĂ , quand les Black Sheep sont lĂ , on s’éclate, on se sent bien.

Vous étiez beaucoup plus négatif avant, non ?
En effet. La diffĂ©rence, c’est qu ‘avant j’étais trĂšs cynique. Post punk et cynique vis-Ă -vis du punk. Aujourd’hui, je pense que le punk a marchĂ©, en fait. Le meilleur groupe punk Ă©tait Crass. Le punk Ă©tait un truc authentique. Je sais que je suis authentique, car je vis mon art Ă  fond. Je suis un pugiliste. Je m’habille comme ça, non pas pour emmerder le monde, mais simplement pour emmerder le voisinage, tout ces culs serrĂ©s. Je suis un horrible nazi pour eux. Je ne le suis pas du tout en vrai, mais ça m’amuse qu’ils le pensent.

J’ai arrĂȘtĂ© de boire

Vous évoluez en dehors des maisons de disques depuis des années

Ah, les labels
 Je me suis rapidement rendu compte que ma relation avec eux serait trĂšs compliquĂ©e, Ă  moins d’avoir tout le contröle. Le problĂšme de mes collĂšgues, c’est qu’ils ont besoin de publicitĂ© pour se prouver qu’ils existent. Je prĂ©fĂšre sortir des albums dans mon coin, sournoisement. Avec internet je suis en relation directe avec les gens. Je ne suis pas passĂ© Ă  la tĂ©lĂ© depuis 2000 ! Je ne pourrais passer dans aucune Ă©mission actuelle, je suppose. Mais William Blake a dit que gĂ©nĂ©raliser, c’est ĂȘtre idiot. Aussi je me fais fort de ne jamais gĂ©nĂ©raliser.

Vous n’avez jamais acceptĂ© de reformer Teardrop Explodes ?
J’aimerais mourir en Ă©tant sur scĂšne. Mais pas avec les Teardrop Explodes. J’ai une fin plus hĂ©roĂŻque en tĂȘte


À quoi carburez-vous ?
Ici, c’est un super endroit pour prendre de l’acide. C’est une interface directe avec les astres, avec mĂšre Nature. Je me mets dans des Ă©tats assez sauvages. Mais ce n’est pas pour tout le monde


Le reste ?
La nicotine tue, tout le monde. La cafĂ©ine est bĂ©nĂ©fique, elle marche. J’aime ça. J’ai arrĂȘtĂ© pendant sept ans d’en prendre, c’était dur. Quand j’ai recommencĂ© Ă  en prendre c’était excellent. Le sucre n’est pas bon, mais utile. Je ne suis pas sĂ»r que le LSD soit inutile, en revanche. Contrairement Ă  la cocaĂŻne qui ne sert vraiment Ă  rien. La marijuana ? Utile ! L’alcool ? Utile aussi, il faut savoir que j’ai arrĂȘtĂ© de boire pendant 21 ans. J’ai recommencĂ© en 2002, et j’aime toujours l’alcool. Je le considĂšre comme une drogue, pas comme un moyen de relaxation, n’est-ce pas. Maintenant, pardonnez-moi, il faut que j’aille aux toilettes.

ROCK&FOLK

Basile Farkas
Rock & Folk mai 2012

- Japrocksampler

C’est un livre totalement dĂ©lirant Ă  rĂ©server aux maniaques de musique. Japrocksampler est une plongĂ©e hallucinante dans l’univers mĂ©connu et mĂ©sestimĂ© du rock japonais des annĂ©es 70. Oui, c’est pointu, mĂȘme impĂ©nĂ©trable pour les non-initiĂ©s, mais Julian Cope raconte cette aventure hors du commun avec un style tellement dĂ©lirant et humoristique que ça devient bien vite passionnant. On y rencontre des marginaux et autres chevelus louches qui tentent de mettre en son leur chaos intĂ©rieur. Les connaisseurs s’arrachent dĂ©sormais Ă  prix d’or les disques de figures cultes de l’underground japonais comme Blue Creation ou les Rallizes DĂ©nudĂ©s. Ça donne envie d’écouter beaucoup, beaucoup de cette musique pas comme les autres.

L’ÉCHORÉPUBLICAIN

Rémi Bonnet
L'Écho RĂ©publicain 23 mars 2012

- Le Japrock, élévation cosmique

«Japrocksampler», somme érudite de la scÚne nipponne psychédélique des années 70 signée du rockeur britannique Julian Cope, sort enfin en français.

Le 31 mars 1970 au matin, un Boeing 707 de la Japan Airlines reliant Tokyo Ă  Fukuoka est dĂ©tournĂ© par neuf post-ados – le plus vieux a 21 ans – armĂ©s de bombes artisanales et de sabres de samouraĂŻ. Ils font irruption dans le cockpit au cri de «nous sommes Ashita no Joe !», personnage de manga orphelin et rusĂ© qui symbolisait alors l’extrĂȘme gauche japonaise. Les pirates projettent de dĂ©router l’appareil sur Cuba. Faute de carburant, ils vont finir leur pĂ©riple Ă  Pyongyang, en CorĂ©e du Nord, oĂč ils obtiendront l’asile politique et une place Ă  vie dans le «Village de la RĂ©volution».
Le rock japonais, ou japrock, vient de se gagner une mythologie : l’un des membres du commando est le dĂ©nommĂ© Moriyasu Wakabayashi, bassiste des Rallizes DĂ©nudĂ©s. A elle seule, la musique des Rallizes leur avait valu un dĂ©but de gloire : un dĂ©luge de distorsions dont le but manifeste est d’évoquer quelque chose d’aussi brutal que l’invasion de la Mandchourie, une tempĂȘte sonique dĂ©chaĂźnĂ©e par Takashi Mizutani, chanteur-guitariste vĂȘtu de noir, les cheveux descendant jusqu’aux reins, semblant ne jamais bouger un muscle. Suite au dĂ©tournement, Takashi Mizutani va cependant basculer. PersuadĂ© – sans doute Ă  raison – d’ĂȘtre ciblĂ© Ă  la fois par la police de son pays et la CIA, il adopte dĂšs lors une ligne de conduite dont il ne dĂ©viera plus pendant trente ans et qui fit de son groupe le culte pop ultime, celui qui transcende tous les autres : ni enregistrement (le marchĂ© pirate se charge de la diffusion), ni interview, et sept Ă  huit chansons seulement, jouĂ©es et rejouĂ©es sans fin. Toujours plus sĂšche et nihiliste, cette expression poussera les fans Ă  lui creuser une chambre funĂ©raire sur l’un des flancs du mont Osore, le Mont de l’effroi, celui oĂč, dit la lĂ©gende, errent les Ăąmes mortes. Inconnus en France, les Rallizes DĂ©nudĂ©s devraient l’ĂȘtre un peu moins dĂ©sormais : le livre Japrocksampler, Ă©crit en 2007 par l’ancien frontman des Teardrop Explodes, Julian Cope, seule porte occidentale donnant sur le monde merveilleux de la musique psychĂ©dĂ©lique japonaise seventies, sort aujourd’hui en français.

MĂ©galithes. La vie de l’auteur mĂ©rite un bouquin en soi. TĂȘte de pont de la seconde vague merseybeat – le son de Liverpool – au dĂ©but des annĂ©es 80, au mĂȘme titre que Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen) ou les frĂšres Head (Pale Fountains), Julian Cope a ensuite entrepris un voyage psychĂ©dĂ©lique sous LSD de plusieurs annĂ©es. Durant lesquelles il signa sous son nom un classique new-wave (Fried). Puis, il se mit Ă  Ă©crire des livres sur les mĂ©galithes, qui lui valurent la considĂ©ration respectueuse des chercheurs et universitaires anglais. En 1995, il signe le meilleur ouvrage jamais Ă©crit sur la musique cosmique allemande du dĂ©but des annĂ©es 70, qu’il tient pour «l’un des grands moments de voyance de l’histoire humaine», au mĂȘme titre que les LumiĂšres ou l’ùre Meiji.
En envoyant ses lecteurs se fracasser la tĂȘte contre des artistes peu connus aussi important que Cluster, Faust ou Sergius Golowin, Cope y gagna une aura quasi dĂ©miurgique. Qu’il utilise aujourd’hui pour exhumer une scĂšne japonaise dont il n’est pas interdit de penser qu’elle valut son pendant allemand, ou pas loin. Elle est plus difficile encore Ă  cerner : sa caractĂ©ristique est prĂ©cisĂ©ment l’immensitĂ© du territoire qu’elle occupe, du punk-rock jusqu’à la musique atonale et un type comme Joji Yuasa, qui Ă©crivait parfois des symphonies avec juste des bruits de papiers froissĂ©s. En passant par des musiques de films, certains membres du mouvement Fluxus (comme Toshi Ichiyanagi, le premier mari de Yoko Ono) ou quelques synthĂšses Ă  haut risque – du genre musique du bayou jouĂ©e par des arriĂ©rĂ©s consanguins, mĂ©langĂ©e Ă  de l’avant-garde Ă©lectronique et des prĂ©ceptes zen. L’effort nĂ©cessaire pour couvrir ce champ-lĂ , dĂ©celer les correspondances entre les artistes et tisser les fils biographiques de la cinquantaine d’acteurs qui firent le(s) genre(s) semblait phĂ©nomĂ©nal
 MĂȘme l’apprentissage de la langue – Cope s’y est collĂ© pour l’occasion – n’offrait aucune garantie, les ressources Ă©tant rares puisque 80% de la musique concernĂ©e est oubliĂ©e, mĂȘme au Japon.

Dissolvant. Tout cela pour dire la valeur de ces pages et l’acharnement de l’auteur, qui se sait en mission : «Le multiculturalisme ne signifie rien au Japon, car toute culture extĂ©rieure est filtrĂ©e par leur propre sensibilitĂ©, et y est de ce fait complĂštement intĂ©grĂ©e. Notre propre sociĂ©tĂ© multiculturelle est actuellement confrontĂ©s aux premiĂšres rĂ©sistances majeures. C’est pourquoi j’ai jugĂ© le moment opportun pour prĂ©senter le regard unique que porte le Japon sur le monde, dans l’espoir d’en tirer quelques leçons. Il est parfois nĂ©cessaire de prendre du recul par rapport Ă  notre propre culture, afin d’atteindre l’omniscience divine et d’envisager nos propres actions dans le cadre du vaste monde.»
C’est donc le rock comme expĂ©rience du monde. Et cette expĂ©rience comme apprĂ©hension d’un univers mystĂ©rieux et lointain. Tellement lointain que l’accumulation des faits et anecdotes rapportĂ©s par Julian Cope, loin de lever le voile, obscurcit toujours plus la perception du lecteur-auditeur, renforçant donc la portĂ©e magique du sujet. Exemple, les Taj Mahal Travellers : une musique improvisĂ©e oĂč l’exĂ©cutant n’écoute pas celui qui joue Ă  cĂŽtĂ© de lui, mais les vibrations du lieu (la cohĂ©sion vient donc du fait qu’ils jouent au mĂȘme endroit au mĂȘme moment), des instruments incongrus («pierre, branche d’arbre ») ; une façon de s’en servir rĂ©inventĂ©e (Ryo Koike jouait de sa contrebasse allongĂ©) et l’impression, quand on prĂȘte l’oreille Ă  l’un des quatre enregistrements lĂ©gendaires du groupe, de franchir toutes les limites connues. Autre exemple : Speed, Glue & Shinki. Un combo menĂ© par un Philippin gĂ©ant dĂ©foncĂ© au dissolvant industriel, qui flambait sa batterie Ă  la paraffine avant de jouer une musique lourde, dĂ©gradĂ©e – «l’Homme est une pute, ma pute est un homme» – et gluante, Ă  laquelle le Philippin mĂȘle curieusement d’authentiques aspirations cosmiques : la course des planĂštes ou la mort comme continuation de la vie. Aussi, Julius Aernest Caesar (ou Seazer) : co-suicidĂ© par romantisme Ă  15 ans (la fille y est restĂ©e, pas lui), yakuza dans un boxon Ă  18, poĂšte itinĂ©rant et affamĂ© Ă  20, demi-dieu malsain réécrivant avec des instruments traditionnels (flĂ»tes, biwa, shamisen), traduisant un certain nationalisme, le versant horrifique – invasions, viols, meurtres, parricides – de l’histoire du Japon sur les BO des films de Shuji Terayama. Cope : «AgĂ© de 4 ans, Caesar assista Ă  une Ă©clipse lunaire. Il en fut tellement marquĂ© qu’il dĂ©clara Ă  ses parents qu’il Ă©tait “jaloux de dieu, parce que dieu avait Ă©crit la musique des marĂ©es qui faisait monter et baisser les eaux”.»

OdyssĂ©e. L’anecdote doit ĂȘtre comprise de façon littĂ©rale : du groupe de bikers jusqu’au professeur d’universitĂ©, ceux qui ont mis le rock japonais sur la carte avaient constamment conscience d’éprouver quelque chose qui les dĂ©passait. A force de recherches et d’écoutes acharnĂ©es, Julian Cope parvient Ă  mettre un peu d’ordre dans ce maelström et Ă  relever des constantes : l’influence de l’extrĂȘme gauche, la dĂ©fiance envers les drogues, un niveau d’éducation musicale sans Ă©quivalent dans la pop anglo-saxonne, l’obsession du rythme et, il faut le dire, une sorte de vĂ©nĂ©ration souterraine pour le Vincebus Eruptum sorti en 1968 par le groupe californien Blue Cheer, ce kilomĂštre zĂ©ro du style metal.
Pourtant, ce qui frappe surtout, quarante ans plus tard, c’est l’impuissance – souvent avouĂ©e, comme dans le cas du Far East Family Band ou des Jacks – Ă  traduire par des sons ce que ces artistes avaient rĂ©ellement en tĂȘte. Ils ont d’ailleurs Ă©chouĂ© : pas d’impact commercial en Occident, une influence rĂ©duite aux cercles Ă©litistes new-yorkais. Il reste les disques : toujours uniques, risquĂ©s, vivants, parfois beaux comme un lever de soleil par temps clair.
Au dos de certaines pochettes figure un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, des fois qu’un ayant droit veuille se faire connaĂźtre
 Il n’y a pas (plus) de business : la recherche de certains disques (lire ci-dessous) est une odyssĂ©e en soi. Une fois trouvĂ©s, ceux-ci coĂ»tent un bras. Ils valent plus encore. La chose la plus folle sur laquelle on est tombĂ© : Smokin’ Cigarette Blues, un truc bruitiste et informe de vingt minutes dont on se demande encore s’il s’agit de musique dodĂ©caphonique, chromatique ou autre. Le compositeur s’appelle Moriyasu Wakabayashi. Tous les ans, une poignĂ©e de journalistes viennent lui rendre visite depuis Tokyo. Wakabayashi leur explique alors qu’il coule des jours mornes au «Village de la RĂ©volution» de Pyongyang, CorĂ©e du Nord.

LIBERATION

Gregory Schneider
Libération 25 février 2012

- Un top 50 des incontournables du genre

Dans Japrocksampler, Julian Cope dĂ©gaine la mĂȘme arme que dans son prĂ©cĂ©dent ouvrage sur la musique cosmique allemande, Krautrocksampler : un top 50 des disques jugĂ©s par lui incontournables – il assume la subjectivitĂ© de l’entreprise – et qui constitue une excellente base pour apprĂ©hender le genre. ƒuvres illustrant une piĂšce de théùtre nĂŽ, proto-metal, disque de percus
 Cope y met de tout, ces disques ayant dĂ©clenchĂ© depuis la sortie du livre en anglais en 2007 une vĂ©ritable chasse au trĂ©sor sur le Net. Sur les cinquante disques, on en trouvera facilement (Amazon, Discogs) trente-cinq. C’est plus compliquĂ© pour huit autres. Quant aux sept restant
 Que ceux qui dĂ©busquent Flight 1 & 2, du groupe folk Itsutsu no Akai Fusen, ou Organs of Blue Eclipse, de Seishokki (personne ne sait Ă  quoi ça ressemble) mesurent leur bonheur. Charitablement, Cope ajoute ici un worst-off : des disques Ă  l’excellente rĂ©putation, difficiles Ă  trouver
 et qui, selon l’auteur, ne valent rien.

LIBERATION

Gregory Schneider
Libération 25 février 2012