It's only rock'n'roll et autres bricoles
EXTRAIT
Philippe Paringaux Ă©tait une star. Avec ses cheveux longs, ses pantalons de velours et son Ă©ternelle cigarette, il ressemblait Ă un dandy rockânâroll mĂątinĂ© de voyou et correspondait parfaitement Ă son Ă©poque. Dans ses textes, il y avait une espĂšce de gĂ©nĂ©rositĂ© rĂ©voltĂ©e. Jâaimais son Ă©criture trĂšs dĂ©liĂ©e qui avait amenĂ© certains Ă la qualifier de Chateaubriand du rock. Paringaux employait un style classique pour parler dâun sujet qui ne lâĂ©tait pas du tout. Nous, les lecteurs de RockânâFolk, nous nâavions que notre chaĂźne stĂ©rĂ©o et quelques disques, mais nous avions dĂ©cidĂ© de faire de cette musique notre destin. Pour nous, Paringaux Ă©tait un passeur. (Philippe MANOEUVRE)
Introduction de Christophe Quillien.
Ce livre reproduit le meilleur des chroniques de Philippe Paringaux parues de 1968 Ă 1974 : Miles Davis en concert Ă Paris, Woodstock et lâĂźle de Wight, sans oublier Bath ou le Montreux Jazz Festival, les concerts des Stones et du Led Zep, la mort de Brian Jones, les Who⊠Bref, sont restituĂ©s ici des grands moments de lâhistoire du rock, vus par un exĂ©gĂšte de la pop qui sait avouer, preuve de son talent, que « jamais la musique des mots, en admettant quâon sait la jouer juste, ne remplacera la vraie musique, celle des notes ».
Enlevé, percutant et instructif.
Revue de presse
- PlanÚte Mojo - Philippe Paringaux Denis Roulleau Mojo Magazine Juillet-Août 2012
- Portrait - Philippe Paringaux - le rock critic qui aime le jazz Guy Darol Jazz Magazine Août 2012
- Chronique du bon vieux rock 24 Heures
- Pour cultiver sa culture rock - des chroniques seventies E. Barnett Grazia 29 juin 2012
- La chronique d'Eric Serva Eric Serva France Musique 29 juin 2012
- It's only rock'n'roll et autres bricoles Jean-Pierre Simard Rolling Stone juin 2012
- Attention, mythe ! Serge Kaganski Les Inrockuptibles 16 mai 2011
- It's only rock'n'roll et autres bricoles Le Rock mai 2012
- It's only rock'n'roll et autres bricoles Guy Darol Rien ne te soit inconnu 4 mai 2012
- Paringaux cat go ! Serge Kaganski Les Inrocks.com 10 mai 2012
Autre lecture incontournable en cette fin dâĂ©tĂ©, mĂȘme pas hors sujet pour les DNJ, le recueil de chroniques de Philippe Paringaux, lâune des tĂȘtes pensantes de Rock and Folk, â la NRF de la contre-culture â, entre 1968 et 1973. Pourquoi ? Parce que fort Ă©tonnamment, Paringaux comme Koechlin, les deux timoniers du Rock & Folk historique, Ă©taient de vrais passionnĂ©s de jazz. Pour preuve, le premier numĂ©ro de la revue a paru en juillet 66, comme hors sĂ©rie de Jazz Hot.
Paringaux, voilĂ un type qui nâĂ©tait pas sectaire, qui apprĂ©ciait toute bonne musique, imprĂ©gnĂ©e de blues et qui pouvait Ă©couter les Beatles Ă lâOlympia et Charlie Mingus Ă Wagram. Des types de cette gĂ©nĂ©ration qui entendirent sans prĂ©jugĂ© aucun, jazz, pop et rock, croyez moi câest rare⊠capable dâapprĂ©cier autant In A Silent Way que Led Zep II. Un vĂ©ritable Ă©clectisme, au sens le plus noble du mot et non une dispersion brouillonne. Câest un rĂ©gal que de (re)dĂ©couvrir les articles de PP qui tĂ©moignent du vrai dĂ©sir dâĂ©criture de celui qui a toujours manifestĂ© un goĂ»t prononcĂ© pour le roman et la littĂ©rature. Il aimait les mots, et Ă©crire sur la musique relevait pour lui de lâexercice de style. Tout chroniqueur devrait en prendre de la graine. La critique rock lui doit une fiĂšre chandelle. âJazz Magazine et les Cahiers du CinĂ©ma possĂ©daient une vĂ©ritable Ă©criture et une personnalitĂ©, ils Ă©taient des â bibles â dans leur domaine respectif, et Rock and Folk sâest hissĂ© Ă leur niveau, en Ă©crivant sur le rock, considĂ©rĂ© Ă lâĂ©poque comme une musique pauvre.â
Il a formĂ© malgrĂ© lui toute une gĂ©nĂ©ration de critiques qui ont su dĂ©crire, avec la plus grande libertĂ©, la rĂ©volution musicale quâils avaient la chance de vivre, et dĂ©velopper les fondements dâune esthĂ©tique rock. Reportages, critiques sensibles, coups de cĆur pas bidon ni trafiquĂ©s, Paringaux Ă©crit sur LĂ©o FerrĂ©, Dylan, CSN&Y, le Buffalo Springfield, Montreux pop, Wight blues, Lou Reed, Larry Coryell, Zappa et The Mothers of Invention, Johnny Winter, Jeff Beck et John Mayall , Pink Floyd, the Tony Williams Lifetime, B.B King, Wayne Shorter, Tim Buckley, Charles Mingus , Sun Ra, The Who ⊠La liste nâest pas exhaustive tant cette pĂ©riode est bĂ©nie, favorisant lâĂ©closion de groupes talentueux. Il aime entourer les musiciens, et câest ainsi quâil approchera Miles en 1970 Ă lâĂźle de Wight qui lui confiera mĂȘme sa trompette rouge.
Il y a aussi ses fameuses Bricoles, de vĂ©ritables textes dâauteur au ton neufâŠoĂč il donne des nouvelles du petit monde du rock, parle de tout et de rien mais avec grand talent. Le reste est Ă dĂ©couvrir dans ce recueil absolument passionnant qui devrait figurer dans toute bibliothĂšque dâamateur de rock, pop, jazz ou dâamoureux de la musique tout simplement. Paringaux a arrĂȘtĂ© dâĂ©crire sur le rock depuis longtemps, devenu ermite sur une Ăźle atlantique, il nâen a pas moins contribuĂ© Ă Ă©veiller, Ă faire danser de nouveaux (in)fidĂšles, prĂȘts Ă Ă©couter la musique plus que les experts. A en savoir moins, mais Ă se laisser guider par le plaisir et lâĂ©motion, lâoreille et le coeur. Ce nâest donc pas une histoire du rock and roll, ni un cours magistral mais bien une sĂ©rie de portraits â chic et choc â, croquĂ©s au feeling, de figures Ă©lues parmi bien dâautres Ă venir ⊠Aujourdâhui, on relit lâhistoire de cette musique, de ces annĂ©es oĂč le temps est comme aboli, sans perspective ni recul. Un bonheur de lecture rare.
Autre particularitĂ© de ce livre : si ce sont ses textes qui sont repris et son nom dâauteur qui figure sur la couverture, Paringaux apprĂ©ciant la maison dâĂ©dition Le mot et le Reste et se faisant volontiers traducteur au besoin, il nâa pas souhaitĂ© se prĂȘter Ă la sĂ©lection de ses textes, corpus gigantesque dâun Ă©crivain de musique prolifique, dâautant quâil lui est arrivĂ© parfois de rĂ©diger la majeure partie du mensuel.
LESDERNIĂRESNOUVELLES DU JAZZ
EXTRAIT
âClichĂ© oĂč lâon voit Paringaux aux cheveux longs, avec Mick Jagger, Jimmy Page, Franck Zappa⊠Autant de souvenirs de lâĂąge dâor du rock et dâun magazine pour lequel son rĂ©dacteur en chef cultivait deux credo :« Je souhaitais faire partager un esprit rock, emmener le lecteur au-delĂ de la musique, et publier des plumes libres mĂȘme si leurs goĂ»ts Ă©taient en contradiction avec les miens. Dans les annĂ©es 70, vous pouviez lire dans Rock&Folk des signatures aussi opposĂ©es que le folkeux Jacques Vassal et le novöpunk Yves Adrien. Je suis fier dâavoir rĂ©ussi ce grand Ă©cart, inimaginable aujourdâhui. »â
Dans son numĂ©ro dâĂ©tĂ© 2012, Jazz Magazine consacre un portrait de deux pages Ă Philippe Paringaux dont une anthologie des meilleurs articles vient de paraĂźtre aux Ă©ditions le Mot et le Reste.
MORCEAUXCHOISIS
(âŠ)
PARINGAUX sâinstalle durablement Ă Rock & Folk oĂč il devient la parangon dâune nouvelle Ă©criture, la critique rock qui ne doit rien Ă Lester Bangs mais tout Ă la littĂ©rature française (de Baudelaire Ă Jean-Jacques Schuhl) et Ă la lecture de Jazz Magazine, quâil dĂ©vore goulĂ»ment tout au long des annĂ©es 1960.
(âŠ)
CE STYLISTE ayant inventĂ© une Ă©criture que les glousseurs ne jurant que par la suprĂ©matie du gonzo journalisme feraient bien dâaller lire se serait donc en partie construit au contact de Jazz Magazine.
(âŠ)
PROPULSĂ au panthĂ©on de la rock critic, Paringaux rigole : âCâest un fourre-tout qui ne veut pas dire grand chose de plus que ce quâil dit : chroniqueur spĂ©cialisĂ© dans le rock. AprĂšs, il y en a de toutes sortes, de tous styles et de toutes religions, et mĂȘme de vrais journalistes, ce que je nâĂ©tais certainement pas, contrairement Ă la plupart des rocks critics anglo-saxons que jâai pu rencontrer. Ce que je veux bien croire, parce quâon me lâa souvent rĂ©pĂ©tĂ©, câest que jâai probablement Ă©tĂ© le premier Ă essayer de transposer la tradition littĂ©raire (plus que journalistique, justement, et mĂȘme si je trouve quâen ce qui me concerne le qualificatif âimpressionnisteâ conviendrait mieux que âlittĂ©raireâ) de la fameuse âcritique de jazz Ă la françaiseâ dans le domaine du rockânâroll. Ă dĂ©faut de savoir fabriquer du jazz ou du rock, les Français ont toujours su en parlerâŠâ
EXTRAIT
âDans Itâs only rockânâroll et autres bricoles, Philippe Paringaux parle Ă©videmment dâune autre Ă©poque. Celle oĂč il interviewait Jimmy Page, de Led Zeppelin, dans sa suite, allongĂ© sur son lit. Celle oĂč il suivait Frank Zappa dans le bus de sa tournĂ©e. Celle oĂč le critique rock acquĂ©rait ses lettres de noblesse, Ă©bloui par des dieux vivants sur scĂšne.
« Wight? Jây Ă©tais. Regardez mes mĂ©dailles », ironise-t-il en 1970. La mĂȘme annĂ©e, le Français dĂ©couvre un Ăźlot de pure musique. « Elle sâappelle Montreux. Il sâappelle Claude Nobs. Suisses, tous les deux. Ils sâaiment. Si fort que le second est en train de faire de la premiĂšre le haut lieu du pop du Vieux-Continent. »
Avec sa silhouette Ă©maciĂ©e de chat errant, Paringaux se faufile partout. Contrairement Ă ses collĂšgues, lâamoureux des lettres modĂšre au maximum lâusage du jargon franglais, sâoblige Ă trouver des Ă©quivalences. Avec tendresse, Philippe Manoeuvre se souvient que, pour cette raison, il Ă©tait surnommĂ© le « Chateaubriand du rock ». Ă juste titre : le voir.â
Vous trouvez que votre vie nâest pas assez rockânâroll? RemĂ©diez illico Ă cette injustice grĂące Ă ce pavĂ© enflammĂ©. PassionnĂ© de pop musique, ex-rĂ©dacteur en chef de Rock&Folk, Philippe Paringaux vous ouvre lâesprit avec ses chroniques, rĂ©digĂ©es entre 1968 et 1973, et y fait entrer une tornade. On notera notamment ses textes sur Woodstock et la mort de Brian Jones : dâintense morceaux de bravoure.
âUn voyage initiatique mais lucide au cĆur de la plus grande histoire musicale populaire du XX° siĂšcle. Beaucoup mieux quâune froide encyclopĂ©die, ce nouvel ouvrage est un tĂ©moignage unique : une sĂ©lection de chroniques relatant une exceptionnelle sĂ©rie dâexpĂ©riences, de tournĂ©es, de voyages et de rencontres vĂ©cus et retranscrites
Ă chaud par son auteur entre 1968 et 1973. Câest une chose que de raconter une histoire musicale, sâen est une autre de lâĂ©crire en lâayant vĂ©cue.
Ce livre a dâautant plus dâintĂ©rĂȘt que, chose assez rare, la belle Ă©criture, simple et sensible de Philippe Paringaux reste Ă©tonnante de fraĂźcheur, elle conserve intact son pouvoir de transmission et, Ă sa lecture, on dĂ©couvre, on redĂ©couvre Ă©ventuellement mais surtout notre Ă©coute des plus grands sâenrichit. De Miles Davis Ă Led Zepplin en passant par Ian Matthews, Gainsbourg, Dylan, Eddie Cochran ou Wayne Shorter, chaque chronique, chaque rĂ©cit donne envie, si bien quâattention, la lecture de cet ouvrage
risque de coĂ»ter un bras Ă tous ceux qui ne disposent pas encore dâune discothĂšque idĂ©ale.
Indispensable tant sa lecture est aussi passionnante que pertinenteâ (Eric Serva pour France Musique â Juin 2012)
OĂč il faut reparler du Chateaubriand de la presse rock française, de lâhomme distanciĂ© qui a donnĂ© un sens Ă lâĂ©criture âpopâ, ce quâil disait lui-mĂȘme, au sein de la rĂ©daction dâun magazine quâil a longtemps portĂ©, Rock & Folk. Un livre taillĂ© sur mesure qui retrace les moments forts vĂ©cus durant les grandes heures de la presse musicale, concerts des Rolling Stones, interviews de monstres sacrĂ©s (LĂ©o FerrĂ©), instants privilĂ©giĂ©s (Miles Ă Paris), portraits au trait (la mort de Brian Jones) sans oublier les chroniques de disques barrĂ©es. GrĂące Ă sa superbe exigence dâĂ©criture, Philippe Paringaux â comme ceux quâil enrĂŽla dans sa quĂȘte â a trĂšs certainement changĂ© la face du rock en France avant de se consacrer Ă ses sublimes romans graphiques avec Loustal. Respect, donc. Et mention spĂ©ciale pour la longue intro biographique de Christophe Quillien, le Mister BD de Rolling Stone.
Une plume légendaire de la critique rock française compile ses meilleurs articles.
Attention, mythe !
Principale plume de Rock & Folk de 1968 Ă 1973, Philippe Paringaux en devient ensuite le rĂ©dacteur en chef jusquâen 1970, menant en parallĂšle une activitĂ© dâauteur de BD avec Loustal. Fabuleux dĂ©tecteur de talents, il enrĂŽle dâautres Philippe (Garnier et Manoeuvre), Yves Adrien, Laurent Chalumeau, Michka Assayas, François Gorin, leur laisse carte blanche pourvu que le style soit bon. Reportages, entretiens, analyses ou chroniques de disques dĂ©filent ici, tĂ©moins dâune Ă©poque oĂč le rock Ă©tait une aventure, oĂč les stars inconscientes de leur statut restaient accessibles aux journalistes. Dans une langue classique mais vibrante, traduisant une pensĂ©e sensible et profonde, Paringaux fait partager ses longs moments aux cĂŽtĂ©s de Led Zeppelin, Mick Jagger ou Miles Davis, repĂšre trĂšs tĂŽt le gĂ©nie de Neil Young, du Velvet ou de Karen Dalton, invoque la charge sĂ©ditieuse du rock (importante dans la France de Pompidou) mais fustige les gauchistes de Panurge⊠Et puis il y a Bricoles, chronique personnelle oĂč Paringaux pose la casquette de rock-critic pour ciseler des nouvelles Ă©vocatrices qui appelaient dĂ©jĂ des illustrations de Loustal. Depuis des annĂ©es, Paringaux est mĂ©diatiquement invisible, comme secrĂštement retirĂ©.
Introduit par Christophe Quillien, dĂ©jĂ auteur dâun livre sur lâhistoire de Rock & Folk, Itâs Only Rock compile les Ă©crits et chroniques de Philippe Paringaux, son rĂ©dacteur en chef, publiĂ©s entre 1968 et 1974. Fin styliste capable de citer Baudelaire dans un papier sur Miles Davis, Paringaux doublait sa clairvoyance pop dâun dĂ©licat vernis littĂ©raire. Ses fameuses mini-nouvelles Bricoles Ă©clairaient les pages de lâinstitution de la presse rock hexagonale. Quarante ans plus tard, les comptes-rendus de sa visite Ă Wight 70, de sa fascination rĂ©currente pour Dylan, Led Zeppelin et les Stones (voir sa chronique Ă chaud dâExile on Main Street) et de sa perplexitĂ© devant le concert de David Bowie Ă Earls Court en 1973 continuent de ravir les amateurs de rock critic exigeante et lettrĂ©e.
A moins que vous ne possĂ©diez les 81 premiers numĂ©ros de Rock & Folk, ce livre est un compagnon nĂ©cessaire. Philippe Paringaux qui en fut le rĂ©dacteur en chef y composa, entre 1968 et 1973, de vĂ©ritables fresques qui ne devaient rien Ă la musicologie car elles Ă©taient instruites par une Ă©coute et un regard sensibles. Ses modĂšles dâĂ©criture, il les avait trouvĂ©s dans Jazz Magazine et principalement en lisant Alain Gerber. Il inventera une nouvelle langue pour Ă©voquer Frank Zappa, Miles Davis, le Festival de Bath, les Beatles, Moondog ou encore Otis Redding, celui par lequel il entrera en littĂ©rature. Car câest bien de cela quâil sâagit. Philippe Paringaux est un lecteur passionnĂ© et son bagage considĂ©rable devait transporter toutes les fines plumes du XIXĂšme siĂšcle. Câest un constat que lâon fait en suivant le fil de ses phrases qui sâorigine dans une bibliothĂšque. Jacques Colin qui lui succĂ©dera dans les annĂ©es 1980 rappelle la puissante impression quâavait produit sur lui Rose PoussiĂšre de Jean-Jacques Schuhl et Femina Marquez de Valery Larbaud. Ses Bricoles qui ne tenaient guĂšre compte de lâactualitĂ© musicale tĂ©moignent de son intention : Philippe Paringaux se vivait dâabord comme un Ă©crivain. Rock & Folk Ă©tait son scriptorium.
La presse a Ă©tĂ© fondamentale dans mon apprentissage culturel, journalistique et politique. Bien calĂ© au fond de la classe, prĂšs du radiateur, lycĂ©e Buffon, je lisais Rouge, LibĂ© (premiĂšre Ă©poque !), Actuel (oĂč Ă©crivaient certains Bernard ZĂ©kri ou Michel-Antoine Burnier), les Cahiers du cinĂ©ma, Best (oĂč officiait le Dordor dâor), Pilote avant de rentrer chez moi feuilleter le grand quotidien du soir auquel Ă©tait abonnĂ©e ma mĂšre. Tout en haut de mon panthĂ©on de papier trĂŽnait, indĂ©logeable, Rock&Folk. Sa maquette de classe, son Ă©paisseur, son icono, et surtout, sa haute teneur en grandes signatures. Avec Philippe Manoeuvre, on rigolait, avec Alain Dister, on rĂ©visait, avec Philippe Garnier, on voyageait, avec Yves Adrien, on Ă©tait percutĂ© par le style et on vivait le rock avec trois coups dâavance, puis plus tard, avec Laurent Chalumeau, on rigolait, rĂ©visait et voyageait⊠Rock&Folk, câĂ©tait Ă©crit.
En tout petit dans lâours figurait le nom de Philippe Paringaux. A lâĂ©poque oĂč je dĂ©vorais R&F (75-85), Paringaux en Ă©tait le rĂ©dacteur en chef mais nâĂ©crivait plus. Du moins il ne signait plus de papiers. Mais vu sa fonction, on pouvait deviner quâil rĂ©digeait les sommaires, chapos, lĂ©gendes photos. Et puis il Ă©tait le traducteur des textes de Nik Cohn accompagnant les dessins de Guy Pellaert dans le fabuleux Rock Dreams. Enfin, Paringaux lĂ©gendait magnifiquement les superbes dessins-peintures-photogrammes de Loustal. Paringaux-Loustal, quelle doublette ! Cadres dĂ©peuplĂ©s, textes haĂŻkus, mais tellement chargĂ©s de rĂȘverie, de fantĂŽmes, de hors-champ ! Jâavais droit Ă quelques gouttes du talent de Paringaux, jâen aurais bien bu des bouteilles cul-sec mais la source semblait tarie, ayant Ă©coulĂ© lâessentiel de son jus dans les annĂ©es 68 â 73.
Ma soif est enfin Ă©tanchĂ©e : ces textes mythiques de la prĂ©histoire de la rock critique française sont enfin rĂ©unis dans un recueil qui vient de paraĂźtre : Itâs only rockânâroll et autres bricoles (Le Mot et le Reste), 400 pages de Paringaux. PremiĂšre impression, mais je mâen doutais : Paringaux Ă©crivait bien, mais dans une langue assez classique, claire et dĂ©liĂ©e. Chez lui, pas dâanglicismes, dâargot, de style parlĂ©, de formules claquantes, pas de ces pirouettes langagiĂšres qui Ă©piçaient souvent le style de ses collĂšgues. Paringaux ne bousculait pas la langue française mais la servait sobrement, et sâen servait talentueusement pour projeter des sensations, des Ă©motions, des idĂ©es aussi, esthĂ©tiques et politiques. Conscient de la difficultĂ© de la mission du critique rock, il disait souvent que les mots Ă©taient impuissants Ă transcrire la musique, abstraction sensuelle. Mais câest aussi cette impuissance et les mille façons de la dompter qui font la beautĂ© de ce mĂ©tier, et les textes de Paringaux en sont la preuve.
Ces articles de Paringaux nous emmĂšnent dans de grands festivals mythiques (Ile de Wight, MontreuxâŠ), dans lâintimitĂ© de Led Zeppelin, dans des conversations au long cours avec Mick Jagger ou LĂ©o FerrĂ©, ou dans une virĂ©e nocturne parisienne avec Miles Davis. Epoque innocente oĂč les stars de la musique Ă©taient facilement accessibles. Ses critiques de disques montrent un auditeur sensible et lucide, qui repĂšre assez tĂŽt le gĂ©nie de Neil Young, la singularitĂ© tranchante du Velvet et de Lou Reed, ou la puissance abĂźmĂ©e de la grande Karen Dalton. Paringaux Ă©tait plus un Ă©motionnel quâun analytique et câest dans la rubrique « Bricoles » que son romantisme dĂ©senchantĂ©, son dandysme vaguement dĂ©tachĂ©, sa plume habitĂ©e transparaissaient au mieux. Loin de lâagenda de lâactu, Paringaux remplissait cet espace avec ce quâil faut bien appeler des nouvelles, textes infusĂ©s de mythologie noire, emplis dâĂ©lĂ©gantes volutes de fumĂ©e, racontant une histoire, un moment, une Ă©motion, une ambiance, par lesquels il accĂ©dait au statut dâĂ©crivain.
PĂšre fondateur de la rock critique, Philippe Paringaux est aussi Ă ce titre lâun des grands oncles de la presse contre-culturelle des cinquante derniĂšres annĂ©es. Pourtant, cette figure sĂ©minale est aujourdâhui peu connue, voire oubliĂ©e. Paringaux y a sans doute mis du sien : alors que ses camarades de la classe R&F ont publiĂ© des livres, Ă©crit dans dâautres mĂ©dias, poursuivi des carriĂšre Ă la tĂ©lĂ©vision ou au cinĂ©ma, lui est restĂ© trĂšs discret, retirĂ© on ne sait oĂč, quasi absent des mĂ©dias. Il scĂ©narise parfois une bd, a Ă©crit un roman (Blues blanc) mi-ratĂ©, mi-splendide, mais se tient globalement Ă lâĂ©cart du buzz ambiant, sans doute fidĂšle Ă son Ă©thique, Ă sa nature profonde de solitaire dĂ©sabusĂ©, toujours imprĂ©gnĂ© de nostalgie, rongĂ© par la maladie des paradis perdus (il a dâailleurs aussi Ă©crit des textes de chansons pour Christophe). Itâs only rockânâroll est un bon moyen de dĂ©couvrir le meilleur de son travail et de regagner le paradis des annĂ©es mythiques du rock.