In a Lonely Place
Ăcrits rock
âJe revois ses dĂ©buts au festival des Inrocks en 1992. Un petit oiseau hirsute, garçon manquĂ© en godillots, traversĂ© par une fureur sĂšche â punk rurale, butĂ©e et fermĂ©e, retrouvant la rage dâun blues primitif. Ce style, une myriade de rockeuses actuelles, en France comme ailleurs, lâa imitĂ©, et ça continue. Depuis, Polly Jean Harvey a effectuĂ© plusieurs rĂ©volutions. Elle sâest incarnĂ©e en une diva malsaine, une prophĂ©tesse exaltĂ©e ou encore une aliĂ©nĂ©e Ă©ructante, battant la campagne. Cette fois, le voyage est nouveau : on dirait quâelle a cherchĂ© Ă se dĂ©pouiller de toutes ses peaux anciennes. Sans doute est-ce pour cela quâelle sâest lancĂ©e au piano Ă la sauvage : pour ne plus sâabriter derriĂšre ce quâelle savait faire.â
Enfant, Michka notait prĂ©cieusement, Ă lâencre noire et en lettres capitales, sur des fiches, les noms des musiciens des diffĂ©rentes formations de rock quâil affectionnait. Il Ă©tait dĂ©jĂ un encyclopĂ©diste du rock en herbe. Le portrait de Jimi Hendrix trĂŽnait en bonne et due place au dessus de son lit. Il y eut ensuite ses Ă©tudes, ses premiĂšres chroniques et ses livres, des romans et des essais sur la musique.
Aujourdâhui, Michka Assayas est considĂ©rĂ© comme lâencyclopĂ©diste en chef du rock et de la pop musique en France. Mais sâil est vrai quâil possĂšde une connaissance trĂšs prĂ©cise des musiques pop rock, il ne faudrait pas que lâĂ©tiquette encyclopĂ©diste cache cet autre aspect de lâhomme : Michka Assayas est lâune des plumes les plus affĂ»tĂ©es de la presse musicale en France.
Cet ouvrage est une anthologie des meilleures chroniques de Michka Assayas parues depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980 jusquâaux annĂ©es 2000, dans Rock & Folk, Les Inrockuptibles, VSD et LibĂ©ration. Les chroniques suivent un ordre chronologique et sont regroupĂ©es par groupe et par thĂšme, chaque section Ă©tant prĂ©cĂ©dĂ©e dâune introduction qui la contextualise.
Choisies et rassemblĂ©es ici pour la premiĂšre fois, elles permettent de tracer un pan du rock en France et vu de France. Lâouvrage sâouvre sur un long article, tel quâon nâen publie plus aujourdâhui, sur les Beach Boys et lâĂ©nigmatique Brian Wilson. Viennent ensuite Joy Division et New Order, U2, tous les irrĂ©guliers de la New-Wave⊠AprĂšs lâanthologie des textes de Philippe Paringaux, ce dandy du rock, parue en mars 2012, cet ouvrage de Michka Assayas permet de souligner la richesse de la critique rock Ă la française.
Revue de presse
- La Matinale Christophe Bourseiller France Musique 4 juillet 2013
- Pleins feux Emmanuel Dosda poly.fr 27 mai 2013
- Rock Collection Jacques Braunstein GQ Magazine.fr 29 avril 2013
- Livres - Musiques François Gorin Télérama 24 avril 2013
- Entre deux chaises : Michka Assayas, invité du mois Xavier Ridon Radio Primitive 18 avril 2013
- Combat rock Sylvain Coatleven Let's Motiv Nord 1er avril 2013
- Sélection Livres Xavier Bonnet Rolling Stones Avril 2013
- Séance tenante Julien Gester Next Libération 27 mars 2013
- In a Lonely Place Hervé Crespi Start Up Avril 2013
- In a Lonely PlaceCulture en vrac Raphaël Brun L'Observateur de Monaco Mars 2013
- In a Lonely PlaceRock collection Stéphane Davet M le magazine du Monde 15 mars 2013
- In a Lonely Place Ali Tération VICE MAG 18 mars 2013
- Movimento : La note et la plume Jeanne-Martine Vachet France Culture 16 mars 2013
- Jean-René Huguenin, le petit prince des lettres Sébastien Le Fol Figaro Le Blog 13 mars 2013
- In a Lonely Place Simon Pérugier L'oreille qui gratte 10 mars 2013
- Ouvert la nuit Alexandre Héraud France Inter 11 mars 2013
- Le RenDez-Vous Laurent Goumarre France Culture 22 février 2013
- Plan B... pour Bonnaud - Les plaisirs méconnus du rock Frédéric Bonnaud Le Mouv' 25 février 2013
- FrÚre de son Jean-Daniel Beauvallet Les Inrockuptibles 20 février 2013
- Label Pop Vincent Théval France Musique 18 février 2013
Cela pourrait ĂȘtre le sujet philo du jour : faire la critique dâun livre Ă©crit par un critique Ă partir de certaines de ses critiques. Et lâon pourrait aboutir Ă des conclusions hautement spirituelles comme «_ la boucle est bouclĂ©e_ » ou « câest le serpent qui se mord la queue » ou encore « le nĆud gordien qui se dĂ©gage ici amĂšne immanquablement Ă sâinterroger sur le sens mĂȘme de la critique raisonnĂ©e et la part de subjectivitĂ© quâelle implique ». Redevenons un peu sĂ©rieux aprĂšs cette petite dĂ©connade, mais ce sera pour mieux sâenvoler aprĂšs, promis. Car il y a dans In A Lonely Place â Ecrits rock une sacrĂ©e matiĂšre Ă Ă©vasion, et ce nâest pas Michka Assayas, son auteur, qui devrait dĂ©mentir.
Sâil est aujourdâhui reconnu du grand public pour avoir livrĂ© cette somme incroyable quâest Le Dictionnaire du Rock, M. Assayas a bien entendu fait ses classes en tant que critique, mais pas tout Ă fait Ă nâimporte quel moment, et câest un Ă©lĂ©ment important pour comprendre son livre. Michka Assayas signe ses premiers articles Ă partir de 1979, câest-Ă -dire Ă cette Ă©poque charniĂšre oĂč les figures tutĂ©laires et les codes alors en vigueur dans le monde du rock volent en Ă©clat.
Il prend en pleine figure une mini-rĂ©volution qui sâappelle Joy Division, mais sera Ă©galement amenĂ© Ă devenir lâun des grands dĂ©fenseurs â et, par la suite, lâun des proches â de U2, considĂ©rĂ© Ă lâĂ©poque comme « la version heavy metal de Echo & The Bunnymen ». Faisant fi des clichĂ©s et du quâen dira-t-on, Michka Assayas nâaura de cesse, dans les articles ici assemblĂ©s, de livrer ses coups de cĆur avec une dĂ©sarmante honnĂȘtetĂ©, sans le masque dâironie que la plupart de ses confrĂšres ont toujours adoptĂ© â et gardent encore. Michka Assayas est un grand enfant dont les yeux sont remplis dâĂ©toiles dĂšs quâil dĂ©couvre des musiciens sincĂšres, dont la musique ne sâembarrasse jamais de dĂ©tails superflus mais au contraire se prĂ©sente dans sa plus simple vĂ©ritĂ©.
On retrouve donc au rang de ses grandes amours Joy Division et son extension New Order, U2, T Rex, les Beach Boys et plus particuliĂšrement lâimmense Brian Wilson, Roxy Music, Elvis Costello, XTC, les Specials, Roy Orbison, Willy DeVille, The Smiths, Young Marble Giants et bien dâautres. Et comme on nâest pas chez les Bisounours et quâil nâexĂšcre rien tant que les comportements moutonniers de ses confrĂšres français, il lance aussi quelques petites piques amusantes : contre la new-wave en gĂ©nĂ©ral et les Cure en particulier, Bowie, le Madness des gros tubes FM, les esprits coincĂ©s, lâesprit _Actuel_âŠ
Et puis Ă peine quelques annĂ©es aprĂšs avoir commencĂ©, M. Assayas rend son tablier de critique rock. Des raisons personnelles vite Ă©ludĂ©es. Avait-il peur de se faire broyer, de tomber dans le cynisme ? De ne plus regarder la musique avec lâinnocence quâil avait su conserver jusque-lĂ ? Avec le lancement des Inrocks au tout dĂ©but des annĂ©es 90, il bĂ©nĂ©ficie alors dâun Ă©dito qui lui permet de continuer dâĂ©crire sur la musique mais dâaborder Ă©galement dâautres thĂšmes â la littĂ©rature, la sociĂ©tĂ©, les mĂ©dias, lâaveuglement de ses contemporains⊠Câest probablement la partie la plus inĂ©gale du livre, car mĂȘme sâil est passionnant de se replonger dans le contexte de ces annĂ©es-lĂ (chute du Mur de Berlin et du Rideau de fer, derniers feux du mitterrandisme pharaonique, « quĂȘte de sens » et autres formules Ă lâemporte-piĂšce), on ne sent plus chez Michka Assayas le mĂȘme plaisir dans la manipulation des mots, juste lâenvie â parfois plus que comprĂ©hensible â dâen dĂ©coudre avec la fatuitĂ© de notre sociĂ©tĂ©. La posture nâĂ©tait pas mauvaise, mais le discours un peu moins fluide. La meilleure preuve en est son retour aux critiques de musique quelques annĂ©es plus tard, par lâentremise du magazine VSD. Et notre Michka de reprendre son envol, et nous notre plaisir, en parlant des Fleet Foxes, de Ray Lamontagne, de Johnny Cash, de Rory Gallagher et dâautres.
Le livre se conclut sur un grand papier sur le tout premier groupe qui lui a dessillĂ© les yeux, les Beatles⊠évidemment, serait-on presque tentĂ© dâajouter â article paru Ă lâoccasion de la sortie en grande pompe de la compil 1. Des souvenirs apparaissent en rafale, la dĂ©couverte du groupe et des disques â en commençant par Rubber Soul, son coup de foudre quasiment immĂ©diat, sa vie avec les Fab Four qui dĂ©terminera alors son destin. Oui, Ă ce moment oĂč Michka Assayas redevient un enfant, tout sâĂ©claire et lâon revient quelques annĂ©es plus tard, en 1979, Ă ses premiers Ă©crits dĂ©jĂ bien maĂźtrisĂ©s et Ă cette Ă©poque politiquement dure mais musicalement fascinante. Michka Assayas est certes lâun des grands critiques Ă avoir Ă©mergĂ© cette annĂ©e-lĂ , mais il rĂ©ussit Ă Ă©mouvoir parce quâil est aussi le chaĂźnon manquant entre nos parents baby-boomers et nous, enfants des annĂ©es 80. Un peu comme un trĂšs grand frĂšre qui nous aurait laissĂ© son journal de bord, et câest nous qui le lisons avec des yeux dâenfant.
Un dernier conseil : ne lisez pas ce livre trop loin dâune platine ou bourrez votre baladeur des albums Ă©voquĂ©s, le voyage en « Assayassie » vaut le coup.
Michka Assayas Ă©tait lâinvitĂ© de Christophe Bourseiller pour parler de son ouvrage In a Lonely Place et des rĂŽles quâil a jouĂ© dans le monde de la culture.
Podcast disponible ICI
*Critiques emportées, chroniques au long cours ou interviews fleuves : Michka Assayas a exhumé ses écrits rock pour les rassembler dans une compil ardente : In a Lonely Place.
Le blouson en cuir usĂ©, les lunettes de soleil vissĂ©es sur le nez, mĂȘme au beau milieu de la nuit, et lâattitude destroy-autodestructrice⊠TrĂšs peu pour lui. DĂ©finitivement, Assayas nâest pas Pacadis : il confie, dĂšs le prologue de ce recueil de textes â parus pour lâessentiel dans Rock & Folk, Les Inrocks, mais aussi dans LibĂ© ou mĂȘme VSD, des eighties aux annĂ©es 2000 â, un Ă©chec cuisant lors de sa âpremiĂšre et derniĂšre tentative rockânârollâ. Peut-on Ă©crire sur le rock avec une tĂȘte dâuniversitaire ne buvant que du petit-lait ? Et comment, surtout si on y va âau lance-flammesâ.
Tout au long de ces 330 et quelques pages brĂ»lantes Ă©crites Ă la premiĂšre personne, lâauteur du Dictionnaire du rock dĂ©gaine, cĂ©lĂ©brant les Beach Boys, âcinq boy-scouts chantant Ă tue-tĂȘteâ qui le fascinent, Joy Division, livrant âun combat contre le monde qui crouleâ, New Order et son âelectro-discoâ synthĂ©tique, simple et transparente, le âglamourousâ Bryan Ferry ou encore la bande Ă Bono (nobodyâs perfectâŠ).
Au fil des pages dâIn a Lonely Place, Assayas fait part de son engagement pour lâexcentricitĂ© contrĂŽlĂ©eâ des punkettes de Raincoats comme pour⊠â âattachez vos ceinturesâ, prĂ©vient-il dans sa chronique de 1983 â la pop pailletĂ©e dâAbba, groupe âindĂ©fendableâ quâil rĂ©habilite avec malice.
GQ révise son histoire de la musique en compagnie du dandy punk Alain Pacadis, du rock-critic Simon Reynolds et de quelques ouvrages pop bien sentis.
La sélection à retrouver ICI
Ăcrits new wave. Les MĂ©moires anecdotiques du bassiste de Joy Division et les meilleures chroniques dâun critique rock Ă la fibre dâĂ©crivain.
Par une coĂŻncidence plus que par la volontĂ© de leur Ă©diteur commun, In a Lonely Place, recueil dâĂ©crits rock de Michka Assayas, voisine chez les libraires avec Unknown Pleasures, second volume de MĂ©moires signĂ© Peter Hook. Celui-ci fut le bassiste de New Order et avant cela de Joy Division, dont il continue aujourdâhui dâentretenir la lĂ©gende â ou de lâexploiter sans vergogne, selon les sources. Ă qui cherche un revers plus trivial au mythe parfois encombrant, Hook fournit son content dâanecdotes.
Le livre dâAssayas porte un titre empruntĂ© lui aussi Ă Joy Division. Son entrĂ©e en rock critique a suivi la fin de ce groupe, aprĂšs le suicide du chanteur, Ian Curtis. CâĂ©tait en 1980, annĂ©e new wave. Ă Belfast dĂ©butait U2, sous le regard dâun jeune journaliste alors loin dâimaginer quâil serait plus tard le biographe de Bono. Lâattachement Ă ces deux totems, ici lyrique, lĂ romantique, rĂ©sume assez bien la dualitĂ© du critique : enthousiasme et regret, ombre et clartĂ©. Mais aussi lâĂ©criture de Michka Assayas est marquĂ©e dĂšs lâorigine par un doute essentiel : parler du rock lui est vital, et pourtant cela ne va pas de soi. Au creux de ce balancement, qui certains jours se mue en sentiment dâimposture, peu naĂźtre un Ă©crivain. Dans ses essais ou ses romans sâest dĂ©veloppĂ©e une fibre proprement littĂ©raire. Mais lâexhumation de chroniques passĂ©es ne nous jettera pas forcĂ©ment sur les disques Ă©coquĂ©s pour vĂ©rifier que lâavis du moment âtient encore la routeâ, on a ici la preuve quâen rapportant le plus fidĂšlement possible ses obsessions musicales, le critique (rock ou non) peut lui-mĂȘme faire vibrer son lecteur. En cela, il en remontre Ă plus dâun auteur de fiction.
Pour Michka Assayas, la musique est presque un sacerdoce. EnfermĂ© dans le cloĂźtre de lâEncyclopĂ©die du rock, Michka a Ă©crit. Pour les Inrockuptibles, Rock & Folk, VSD. Pour lui. Pour les autres. Au dĂ©but des annĂ©es 80, souvent seul, Michka a dĂ» affronter lâincomprĂ©hension de ses goĂ»ts. Le punk, la new wave. En chĆur avec les artistes qui le passionnent, Michka clame que « non, lâavenir ne sera pas meilleur que le passé« . DĂ©jĂ , la crise de ces annĂ©es allait leur donner raison. Et le critique rock allait lui aussi avoir raison. Joy Division, New Order, XTC, Dexys Midnight Runners, The Smiths, U2 allaient devenir des classiques â ou presque.
In A Lonely Place reprend les Ă©crits rock de Michka Assayas. Chez le trĂšs bon Ă©diteur Le Mot et le Reste, ses chroniques sont enfin mises en valeur. Elle prennent une saveur particuliĂšre. Elles ont un goĂ»t. Elles ont du goĂ»t. Pour ceux â comme moi â qui nâavaient rien lu de cette « Ă©poque », qui ne connait que vaguement sa musique, sa politique, In A Lonely Place est un tĂ©moignage prĂ©cieux. Celui dâun gars mal dans sa peau, mauvais dragueur qui veut montrer quâil a raison au moins sur une chose : la musique quâil Ă©coute vaut le coup dâĂȘtre Ă©couter.
Câest aussi un voyage que de lire In A Lonely Place. Dans le temps certes, mais aussi Ă la dĂ©couverte des Ăąmes perdues, des oubliĂ©s, des ringards, des ridicules. Syd Barrett, Brian Wilson, Roy Orbison, Rory Gallagher, Abba. Et puis, en dehors de la musique, il y a la littĂ©rature : CĂ©line et ChĂąteaubriant.
Michka Assayas va au-devant de ceux que la critique a laissé sur le bord de la route, ceux que la critique a enfermé seuls dans une piÚce.
Nous avons rencontrĂ© Michka Assayas. Retrouvez ici lâentretien pour Entre deux chaises en quatre parties.
PremiÚre partie : Dans les années 80, « pleins de gens gémissaient, mais la musique a été la matrice de la musique des années 90. »
DeuxiĂšme partie : « Le rock nâest pas une musique dâĂ©quipe. »
TroisiĂšme partie : « En parlant de CĂ©line, jâai Ă©tĂ© victime du dĂ©but du politiquement correct. »
QuatriĂšme partie : « Mon rapport Ă la musique, aujourdâhui, est dâen fabriquer. »
LIENVERS LâARTICLE ET LESPODCASTSDESENTRETIENS
Enfant, Michka Assayas consignait sur de petites fiches toutes les informations disponibles sur ses musiciens prĂ©fĂ©rĂ©s. Ăa vous pose un homme. Et explique sans doute la publication de son projet pharaonique, Le Dictionnaire du Rock (2001). Entre-temps, Michka Assayas fut critique-rock, Ă Rock & Folk et aux Inrockuptibles notamment. Un livre compilant certains de ses articles vient de paraĂźtre. Lâoccasion parfaite pour revenir sur le mĂ©tier de critique et cerner trente ans de changements dans le rock, de Joy Division Ă aujourdâhui.
Pourquoi ce livre ? Câest une commande de lâĂ©diteur, Yves Jolivet, qui souhaitait conserver une trace de ces textes, et la mĂ©moire de toutes ces annĂ©es (dĂ©but 1980 â 2000). Câest lâintĂ©rĂȘt de la presse, ce ne sont pas des textes individualistes, ce ne sont pas des romans, mais de simples commandes. Je nâavais pas lâintention dâĂ©lever un monument Ă ma propre gloire.
Comment ĂȘtes vous entrĂ©s Ă Rock & Folk ? Ă quoi ressemblait ce journal Ă lâĂ©poque ?
Ă un fanzine ! JâĂ©crivais quelques articles dans mon coin, et mon frĂšre mâa encouragĂ©. Câest ainsi que je suis dâabord entrĂ© au Monde de la musique, et câest grĂące Ă ce journal que jâai fait un premier reportage Ă Londres en 1980. Jâai pris mon courage Ă deux mains, suis allĂ© rue Chaptal, ai poussĂ© la porte et, arrivĂ© au bout dâun long couloir, vu des gars dans une toute petite piĂšce. « Jâai des textes, je voulais vous les donner, dites moi si ça vous intĂ©resse ». Et Paringaux mâa regardĂ© avec un sourire en coin en disant, « Oui, oui, laissez ça lĂ .. », ce qui voulait dire « un de plus, un de moins ». Et Ă ma grande stupĂ©faction, ils Ă©taient intĂ©ressĂ©s. Je me souviens avoir fait un bond par dessus la table basse, une voie sâouvrait Ă moi. Jâavais lâimpression dâĂȘtre sauvĂ©, parce que dâune certaine façon, jâavais du talent pour faire des Ă©tudes, mais jâai tout sabotĂ©, en nâallant pas en cours.
Ces articles ont-ils une rĂ©sonance particuliĂšre aujourdâhui ?
Je ne suis sans doute pas le mieux placĂ© pour le dire, mais je ne vais pas faire de coquetterie. Ă lâĂ©poque jâĂ©tais super sĂ©rieux, dĂ©terminĂ© Ă dĂ©fendre la musique que je âreprĂ©sentaisâ et qui me semblait rĂ©volutionnaire. Mais je rencontrais des gens qui avaient interviewĂ© Jimi Hendrix⊠Pour eux, jâĂ©tais vraiment un petit merdeux Ă lunettes.
Votre écriture est trÚs classique.
Oui, je me suis toujours efforcĂ© dâĂ©crire dâune maniĂšre classique. Je nourrissais une passion pour certains groupes, je sentais que quelque chose de rĂ©volutionnaire en musique Ă©tait en train de se passer, et en mĂȘme temps, je ne voulais pas que ce soit branchouille, ou rockânâroll, je voulais pas faire semblant dâĂȘtre autre que je ne lâĂ©tais. Je voulais ĂȘtre Ă lâimage de cette musique, presque « blanc ». Et mettre en avant ce qui mĂ©ritait dâĂȘtre mis en avant, de la maniĂšre la plus transparente qui soit. Jâavais lâimpression dâĂȘtre dans une posture dâillĂ©gitimitĂ©, trop jeune, pas rockânâroll, etc.
Se sentir illĂ©gitime car trop jeune, câest une rupture avec lâesprit de 68⊠Oui. Câest le cĂŽtĂ© punk du truc : transformer toutes ces insuffisances en revendications. On nâest pas flamboyants, on se prend pas pour des gĂ©nies comme la gĂ©nĂ©ration qui a fait 68, on ne va pas bouleverser la sociĂ©tĂ©, et on est insuffisants. Je transformais tout ça en provocation : « Oui, je suis chiant, et je vous emmerde. Et la musique que jâĂ©coute, vous la jugez peut-ĂȘtre chiante, mais elle a une force que vous captez pas encore. Et vous verrez, câest moi qui ai raison. ». Et aujourdâhui, je ne vais pas clamer « Oh ce que jâai Ă©crit, comme câest vrai, comme câest juste, comme câest fantastique ». Mais jâai parfois eu raison. Les groupes dont je parle intĂ©ressent parfois un public bien plus important quâĂ lâĂ©poque, Joy Division est un classique maintenant, tous les gamins savent ce que câest, Ă lâĂ©poque on avait lâimpression que câĂ©tait un truc super Ă©sotĂ©rique dont parlaient des gens qui faisaient semblant dâĂȘtre super initiĂ©s, alors que moi je militais pour que les mecs qui Ă©coutent Dire Straits ou je ne sais quoi dâautre Ă©coutent aussi Joy Division, et sâouvrent les oreilles. Mais câĂ©tait pas facile.
LâINTERVIEW EN INTĂGRALITĂICI
Le principe de ces Ă©crits rock, compilation dâarticles, chroniques ou billets Ă©talĂ©s sur plusieurs annĂ©es, est toujours Ă double tranchant. Certes, il permet de suivre les obsessions et lubies de leur auteur, mais avec le risque de voir certaines vĂ©ritĂ©s dâalors se âmangerâ le mur du temps qui a passĂ©. Des marottes, Michka Assayas nâen a pas manquĂ© tout au long de ces annĂ©es oĂč sa plume faisait le bonheur de la presse rock et hebdomadaire : Joy Division, U2, Smiths⊠Mais si quelques-uns de ses âĂ©nervementsâ dâantan peuvent parfois prĂȘter Ă sourire a posteriori, lâĂ©nergie et la sincĂ©ritĂ© toutes personnelles quâil sâest toujours plu Ă insuffler quand il parlait de rock (et de moult sujets par la suite â ChĂąteaubriand, CĂ©lineâŠ) nâont, elles, pas pris une ride. Câest le premier enseignement de ces Ă©crits rock. Et loin dâĂȘtre le seul.
SĂ©ance tenante Michka Assayas. NĂ© en 1958, il est le frĂšre du cinĂ©aste Olivier Assayas. Journaliste, Ă©crivain et scĂ©nariste, il est responsable de lâimposant Dictionnaire du rock (Bouquins) et vient de publier le recueil In a Lonely Place, Ă©crits rock (Le mot et le reste).
Lâinterview sur le site de Next
On lâattendait depuis longtemps : un recueil des articles et chroniques que Michka Assayas a publiĂ©s pendant une vingtaine dâannĂ©es, de Rock @ Folk aux Inrocks en passant par VSD ainsi que certaines considĂ©rations quant Ă son statut de âcritique rockâ. Pour tout une gĂ©nĂ©ration de lecteur ayant grandi avec Rock & Folk vers 1979/1980, Michka Assayas reprĂ©sente clairement lâinverse dâun Philippe Manoeuvre : pas de flamboyance, ni dâexaltation, pas de âvie en rockâ, qui clairement ne se considĂ©rait pas comme lĂ©gitime : âen fait, je me trouvais trop bourgeois, trop clean pour ĂȘtre rock & rollâ Ă©crit-il en prĂ©ambule de son livre. Pourtant il trouve Ă Rock & Folk son sujet : personne ne veut parler de ces petits groupes anglais au son gris du moment quâon appelle faute de mieux new wave. Câest donc lui qui se coltine les Young Marble Giants, Psychedelic Furs, Gang of Four entre autres⊠Et puis, un jour de 1981 câest lâĂ©piphanie : les deux albums de Joy Division sont enfin distribuĂ©s en France. Il en livre chronique dâanthologie qui se termine par : âcette musique change lâair de la piĂšce oĂč vous lâĂ©coutezâŠâ, ce qui nâest pas rien. DĂšs lors il se fait passeur. Son style concis, cette Ă©criture sĂšche en noir et blanc, convient parfaitement Ă cette musique : les Smiths, bien sĂ»r, mais aussi Everything But The Girl, Go-Betweens, Factory records⊠Une esthĂ©tique qui influence quelques Ă©tudiants de Tours : Les Inrockuptibles sont nĂ©s et tout naturellement lui demande dâen ĂȘtre, sinon le parrain, du moins la caution. Puis Michka Assayas sera Ă©cartĂ© des Inrocks. Quâimporte, lui qui ne veut plus Ă©crire sur la musique va coordonner le fameux Dictionnaire du Rock, un travail dâau moins une dĂ©cennie qui le laisse exsangue mais lui permet de devenir Ă ses dĂ©pend un M. Rock, appelĂ© lorsquâil sâagit de faire de brillantes confĂ©rences. In a Lonely Place (lâun des derniers titres Ă©crits par Joy Division, lâun des premiers enregistrĂ©s par New Order) nous entraĂźne dans ces fameuses annĂ©es quatre-vingt que tout le monde trouve aujourdâhui gĂ©niales, mais quâAssayas a dĂ©truites dans ses fameuses tribunes de la fin des 80âs. Enfin, il nous dĂ©voile une info surprenante : sa longue amitiĂ© avec Bono de U2, dont il a signĂ© un livre dâentretiens passionnant.
Essentiel. Le journaliste Michka Assayas,55 ans, nous livre ce mois-ci un livre Ă ne pas rater. Un livre essentiel qui regroupe ses textes sur le rock. Si le frĂšre dâOlivier Assayas a dĂ©butĂ© sa carriĂšre chez Rock & Folk au dĂ©but des annĂ©es 1980, il a aussi Ă©crit pour LibĂ©ration, VSD ou Les Inrockuptibles. Ami avec Bono, le chanteur de U2 avec qui il a Ă©crit un livre de conversations en 2005, Michka Assayas est aussi un fan de Joy Division quâil a suivi Ă la fin des annĂ©es 1970. Lâauteur du Dictionnaire du rock (Robert Laffont, 2002) commence son livre par les Beach Boys pour Ă©voquer ensuite Joy Division, New Order, U2⊠Un rĂ©gal.
Enfant dâune gĂ©nĂ©ration coincĂ©e entre la mort des idĂ©aux hippie et le cynisme clinquant des annĂ©es 1980, lâĂ©crivain Michka Assayas sâest rĂ©vĂ©lĂ© dans son rejet des clichĂ©s de la rĂ©bellion rock comme dans son refus de la branchitude.
Anthologie des enthousiasmes et coups de gueule qui marquĂšrent ses chroniques dans le mensuel Rock & Folk, au dĂ©but des annĂ©es 1980, puis Ă LibĂ©ration ou aux Inrockuptibles, In a Lonely Place, Ăcrits rock tĂ©moigne plus dâune ferveur en quĂȘte de vĂ©ritĂ© intime que de rĂ©vĂ©lation collective. Sa façon de militer pour des artistes â Joy Division, New Order, XTC, Elvis Costello, The Smiths â alors dĂ©daignĂ©s en France, de tisser une Ă©tonnante proximitĂ© avec U2 (il a signe un livre de conversations intitulĂ© Bono par Bono) a Ă©tĂ© dĂ©terminante pour beaucoup de lecteurs, happĂ©s par sa profondeur et une intensitĂ© proche de la littĂ©rature.
Les trois quarts des bouquins qui compilent les articles signĂ©s par dâĂ©mĂ©rites critiques rock sont, il faut bien le dire, assez chiants. Sans doute parce que les critiques rock sont eux-mĂȘmes assez chiants. Mais Ă©galement parce quâils se branlent sur ce quâils Ă©crivent, noyant leur copie sous des litres de leur propre semence Ă la recherche de la punchline qui pourra faire figurer leurs mots souillĂ©s de foutre sur un flyer parce quâils se sont mis Ă confondre critique et blurb ; au final, ces publicitaires cherchent le slogan et en oublient parfois quâils ne sont pas obligĂ©s de faire passer le dernier groupe un tant soit peu correct pour les gĂ©nies du siĂšcle avec force mĂ©taphores filĂ©es, comparaisons saugrenues, adjectifs en surnombre et vannes pas drĂŽles. Nâest pas Lester Bangs qui veut. Autrement dit, ces mecs sont lourds, enfin, pas tous, dâaccord, mais une grande partie. Bon, voilĂ , je viens dâenfoncer une porte ouverte. Sachez seulement que Michka Assayas est le contraire de tout ça et quâil a Ă©crit des supers articles.
Michka Ă©tait lâinvitĂ© de Jeanne-Martine Vachet pour questionner la valeur artistique de la critique musicale. // Podacast ICI
Sébastien Le Fol cite In a Lonely Place dans son billet sur Jean-René Huguenin :
Dans sa prĂ©face au recueil de ses excellentes critiques rock quâil publie aux Ă©ditions Le Mot et le reste, Michka Assayas, nĂ© en 1958, raconte le choc que fut pour lui la dĂ©couverte du Journal de Huguenin : âIl exposait avec une acuitĂ© et une simplicitĂ© dont jâaurais Ă©tĂ© bien incapable son sentiment de solitude dans une pĂ©riode sĂšche et cynique et ses efforts pour ne pas sombrer dans le dĂ©couragement et lâapathie. Huguenin a Ă©tĂ© pour moi comme un autre frĂšre, posthume.â
Retrouvez lâintĂ©gralitĂ© du billet ICI
Jâai dĂ©butĂ© cet aprĂšs midi le In a Lonely Place de Michka Assayas. Ce livre est un recueil de quelques-uns de ses Ă©crits rock de 1980 Ă 2000 pour Rock & Folk, Les Inrockuptibles, VSD ou LibĂ©ration.
Comme toujours avec Michka Assayas ce livre est un must. Câest plus de la littĂ©rature que de simples chroniques, quelle magnifique plume, qui fera rougir tous ceux qui sâessayent Ă la chronique musicale (Ă commencer par moi).
Michka Assayas sera lâinvitĂ© dâAlexandre HĂ©raud dans son Ă©mission _Ouvert la nuit Ă partir de 21H.
// Le podcast disponible ICI
Michka Assayas est lâinvitĂ© de Laurent Goumarre sur France Culture pour un entretien croisĂ©. // Le podcast en Ă©coute ICI
âIn a Lonely Place, Ă©crits rock, un livre de Michka Assayas, publiĂ© aux excellentes Ă©ditions le Mot et le Reste.â
Michka Assayas est invitĂ© chez Bonnaud sur Le Mouvâ est dĂ©crypte Ă sa façon la musique qui a marquĂ© ses dĂ©buts. // Le podcast en Ă©coute ICI.
LE JOURNALISTEMICHKAASSAYASCOMPILESESĂCRITSSUR LE ROCK. FONDAMENTAL!
Câest une perversion terrible de la mĂ©moire, qui sâencombre de mille rĂ©fĂ©rences de disques ou noms de producteurs. Un grand malheur qui, par milliers de brontobytes, sature le cerveau de chansons connues par cĆur, cataloguĂ©es, archivĂ©es. En lisant le formidable ouvrage de Michka Assayas In a Lonely Place, Ă©crits rock, on se rend compte que cette manie de lâarchivage dans la mĂ©moire sensible sâest, plus quâon ne lâimaginait, Ă©galement tendue aux Ă©crits rock. On pourrait ainsi, et câest stupĂ©fiant en les relisant aujourdâhui compilĂ©s, rĂ©citer de tĂȘte certains textes dâAssayas. On suivait bien sĂ»r depuis longtemps la presse rock quand il a dĂ©boulĂ© Ă Rock & Folk au dĂ©but des annĂ©es 80 : de Philippe Garnier Ă Nick Kent, de François Gorin Ă Yves Adrien, on avait dĂ©jĂ soigneusement rangĂ© ces plumes sur un piĂ©destal, au-dessus souvent des musiciens dont ils parlaient. Leur Ă©criture Ă©tait tellement rĂ©fĂ©rencĂ©e, cultivĂ©e et flamboyante quâon nâimaginait pas une seule seconde en faire un jour son mĂ©tier : ils vivaient clairement dans un autre monde. Puis arriva Michka Assayas, qui parlait exactement, en temps rĂ©el, des groupes que lâon aimait dans son coin, des Young Marble Giants Ă Joy Division, des Dexys Midnight Runners aux Smiths. Il en parlait surtout avec ce mĂ©lange de drĂŽlerie, de potacherie, dâirrespect, dâexcentricitĂ©, dâintimitĂ© qui en faisait un ami, un confident. Tout ce quâon nâarrivait pas Ă exprimer sur la musique, il le formulait en quelques phrases dĂ©finitives, lapidaires. Il donnait forme Ă ce quâon dĂ©testait, ampleur Ă ce quâon aimait. Sans lui, ceux qui ont dĂ©marrĂ© Les Inrocks nâauraient sans doute jamais osĂ© se lancer : il a Ă©tĂ© un rĂ©vĂ©lateur, un dĂ©codeur (et un dĂ©conneur). On ne va pas lui faire prendre cet air embarrassĂ© qui lui va si bien : on lui dit juste merci
âJe pense que le rythme normal dâassimilation de la musique nâest pas celui de la consommationâ.
Michka Assayas Ă©tait lâinvitĂ© de Vincent ThĂ©val dans Label Pop et se livre sur son expĂ©rience de chroniqueur et sa passion pour la musique. // Le podcast est disponible ICI