Hard'n'Heavy 1978-2010
Zero tolerance for silence
Extrait de la préface:
[âŠ]
ET ALORS ?
Voici, grosso modo, oĂč en est le metal, aujourdâhui, en 2010. Les diverses incarnations des deux seuls membres permanents de Sunn O))) (Thorrâs Hammer, Khanate, KTL, Ginnungapap, Lotus Eaters, Aethenor, The Burial Chamber Trio, le label Southern Lord, etc.) ont dĂ©montrĂ© que le milieu du metal extrĂȘme a tout dâune communautĂ© underground, comme ceux du noise et du free jazz avec lesquels il se trouve parfois associĂ© (citons lâintĂ©gration de Julian Priester, tromboniste entendu chez les jazzmen Herbie Hancock et Sun Ra, aux cĂŽtĂ©s de Sunn O)))). Cette communautĂ© compte aujourdâhui une foule de personnages crĂ©atifs et trĂšs (rĂ©)actifs, dĂ©montrant â si besoin est â que les barriĂšres volent enfin en Ă©clats. Câest exactement ce que MC5 appelait de ses vĆux, dĂšs 1969, avec Kick Out The Jams dans lequel Ă©tait â justement â repris Sun Ra⊠Comme quoi les musiques « hard » et « heavy » sâavĂšrent beaucoup plus permĂ©ables aux influences extĂ©rieures que ses dĂ©tracteurs ne lâimaginent.
En 1970 sort le premier album de Black Sabbath qui sâouvre par un titre lourd et morbide prĂ©figurant Ă lui seul des dĂ©cennies de rock lugubre marquĂ© par Lovecraft et Lucifer. DĂ©sormais prononcĂ©e, la rupture dâavec ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© relativisera les promesses de paix et dâamour vĂ©hiculĂ©es par une Ă©poque rongĂ©e par le doute.
Cette cĂ©sure rĂ©sonnera comme un coup de tonnerre dont lâĂ©cho, au fil des ans, sera amplifiĂ© par des formations comme Saint Vitus, Gore, Nirvana, Kyuss, Soundgarden, Corrosion Of Conformity, Grief, Nebula, Earth, High On Fire, ainsi que par ce que mettront en Ă©vidence Stephen OâMalley et Greg Anderson, au sein de la dizaine de collectifs dans lesquels ils sâillustrent, comme au travers de leur label Southern Lord, dont les rĂ©alisations et les rééditions dessinent les contours dâune internationale underground, versĂ©e dans une neurasthĂ©nie jouissive au potentiel dâaddiction Ă©norme : celle â notamment â du doom et du sludge dans tous leurs Ă©tats, tels que dĂ©clinĂ©s partout sur la planĂšte, entre autres par Nadja (Canada), Electric Wizard (Angleterre), Orthodox (Espagne), Our Love Will Destroy The World (Nouvelle-ZĂ©lande), Reverend Bizarre (Finlande), Ufomammut (Italie) ou Khanate (USA). En Ă©voquant le Jugement dernier, « Black Sabbath », le morceau, a de plus montrĂ© la voie par laquelle le black metal â de Venom Ă Xasthur â nâavait plus quâĂ sâengouffrer.
Cette histoire fait suite Ă HardânâHeavy, Sonic Attack, 66-78.
Revue de presse
- Hard'n Heavy 1966 - 1978 & 1978 - 2010 Bolmar Castaneda Daily Rock Février 2011
- Hard'n'Heavy 1978-2010 GérÎme Guibert Magic Janvier 2011
- Pour un journal du Hard ! Hard Anthologie ! Le Patriote 23 décembre 2010
- Hard'n'Heavy 1978-2010 Cyrille Lanöé Revue & Corrigée Décembre 2010
- Hard'n'Heavy 1978-2010 Raymond Sérini Nouvelle vague Décembre 2010
- Hard'n'Heavy 1978-2010 Olivier Drago Noise Novembre 2010
- Hard'n'Heavy 1978-2010 Sylvain Fake for real Octobre 2010
- Hard'n'Heavy 1978-2010 Eric Serva France Musique - Tapage nocturne Octobre 2010
Il existe une vraie et abondante bibliographie dâouvrages metal dont on ne parle que trop peu souvent dans la presse : impossible dâen dresser ici lâexhaustive liste, la plupart venant dâAngleterre ou bien des US ; au moins profitĂ©-je de ce mois assez creux pour LIRE les tonnes de bouquins accumulĂ©s avec retard, jouissant des heures et des heures dâoisivetĂ© et de lecture peinard une caĂŻpiâ Ă la main pendant huit jours sous le soleil de Rio. Lâun des derniers nĂ©s de la sĂ©rie Le Mot Et Le Reste, cette incroyable collection dâouvrages didactiques consacrĂ©s Ă la musique au sens large et trĂšs ouvertement libres dâembrasser les scĂšnes plus obscures, câest le grand retour fort attendu du tandem Philippe Robert et Jean-Sylvain Cabot, qui nous avaient dĂ©jĂ fortement captivĂ© avec leur bouquin HardânâHeavy 1966-1978, ici chroniquĂ© fin 2009 ; et bien câest enfin cet automne quâa Ă©tĂ© publiĂ© leur tome 2, ⊠Zero Tolerance For Silence â quel titre mes aĂŻeux ! En un peu plus dâune centaine de belles chroniques concises et trĂšs professionnelles, le duo de spĂ©cialistes nous invite Ă partager sa vision assez subjective de ce qui est reprĂ©sentatif, indispensable et quintessenciel dans lâunivers du metal (au sens trÚÚÚÚs large du terme !) depuis une trentaine dâannĂ©es. Au sein mĂȘme de ces sphĂšres underground, les chocs sont frontaux : peu de complaisance et des choix Ă©tonnants, mĂ»rs, risquĂ©s, amoureux et complĂštement inattendus puisque si quelques tĂ©nors du genre et leurs albums phares sont Ă©videmment retenus pour les annĂ©es 80 (Motörhead, Black Sabbath, Iron Maiden, Judas Priest, Metallica, Slayer), on sâattarde ici surtout sur des seconds couteaux moins populaires, mais bien dĂ©finitivement cultes pour les fins connaisseurs (Angel Witch, Trouble, Saint Vitus, Black Flag, Mercyful Fate, Bathory, etc.). A partir des annĂ©es 90, les deux journalistes recensent certains opus incandescents des scĂšnes effectivement trĂšs confidentielles et Ă©mergentes telles que le stoner, le black, lâindustriel, alors quâon bascule drastiquement pendant les annĂ©es 2000 dans une forme dâĂ©litisme Ă la fois plus Ă©clectique et archi-tĂ©nĂ©breux que jamais avec des groupes drone, post-core, domm (ah, tous ces Boris, Khanate, Ufomammut, Sun O)))), Xasthur, Om, etc.). On est mĂȘme parfois surpris de retrouver dans ce magma de noms tordus et vraiment pointus (câest du âmetalâ, hein, nâoublions pas !âŠ) des rĂ©fĂ©rences plus communes telles que les Queens Of The Stone Age, Marilyn Manson⊠Ou encore le diptyque contestable que forme Use Your Illusion. Surprenant, audacieux et presque engagĂ©, ce deuxiĂšme volet fournira une autre vision de la discothĂšque metal idĂ©ale Ă ceux qui nâont ni peur du risque ni froid aux oreilles, et qui possĂšdent les ressources vitales pour aller au-delĂ de leur petit univers habituel.
Brillant et aventureux, dâautant que câest admirablement bien agencĂ© et rĂ©digĂ©. Une nouvelle source de rĂ©fĂ©rence, incontournable et parallĂšle.
Voici deux livres que les amateurs de rock 70âs et du gros son dâaujourdâhui devront apprĂ©cier. Le thĂšme est tout simplement lâhistoire du hard rock et du metal. Le premier sâattaque Ă toute la dĂ©cennie qui va de lâapparition de Led Zep et de Black Sabbath jusquâaux premiers balbutiements du punk. Il nous cite leurs racines : Hendrix, Cream, etc⊠et insiste sur lâinfluence que le groupe dâOzzy a eu sur le cĂŽtĂ© sombre de ce qui allait suivre. Dans ces pages, nous trouvons tous les albums qui ont marquĂ© cette dĂ©cennie. Il insiste Ă©galement sur la diffĂ©rence et les points communs qui ont pu exister entre les deux genres. Le deuxiĂšme livre sâattelle Ă nous procurer le rĂ©cit du rock des trente derniĂšres annĂ©es : du punk en passant par les Iron Maiden, Motörhead, le thrash et la vague grunge mais aussi par les mouvements moins connus allant du black metal de Venom jusquâau doom de Saint Vitus.
Deux livres trĂšs complets pour ceux qui voudront avoir, en un millier de pages, lâhistoire vraie du riff lourd, technique et rapide.
On sous-estime trop souvent lâaspect performatif des anthologies du rock. Alors quâelles sont prĂ©sentĂ©es comme des Ă©vidences, les idĂ©ologies sous-jacentes aux jugements repĂ©rant les albums quâil faut retenir jouent un rĂŽle dans leur consĂ©cration. Ou, au contraire, leur oubli. Or, le mĂ©lomane est submergĂ© par les best of et autres Top 100 du rock rĂ©alisĂ©s par des baby-boomers qui proposent des rĂ©trospectives Ă la papa sur le mode rĂ©current du âCâĂ©tait mieux avantâ ou âDepuis Led Zep, rien de nouveau, Ă part peut ĂȘtre The White Stripesâ. Le lecteur un brin critique arrive bien souvent Ă saturation, mĂȘme lorsquâil est fan de bruit.
On accueillera donc avec jubilation le tome 2 de HardâNâHeavy, qui propose une relecture radicale du patrimoine metal, dynamitant le catĂ©chisme de lâhistoire mainstream du genre. Quâon est loin ici, pour le plus grand bonheur des spĂ©lĂ©ologues de la pĂ©pite underground, de la doxa ronronnante qui met insatiablement en avant les mĂȘmes dinosaures! Dans la logique posĂ©e par le premier tome, HardâNâHeavy 1966 1978 Sonic Attack (2009), les auteurs font de Black Sabbath et MotĂŽrhead les deux mamelles du son pachydermique et rebelle qui essaime depuis lors de Saint-Vitus Ă Sleep, de Godflesh Ă Earth. Les hĂ©ros du livre, et leurs fils conducteurs, sont les multiples projets de Stephen OâMalley et Greg Anderson, dont Sunn O))) constitue la partie la plus visible. Mais autour de ce plat de rĂ©sistance, Philippe Robert et Jean Sylvain Cabot ajoutent une dose de true black metal (pour le culte du secret et les guitares ante shoegazing), une autre de grindcore (pour la perpĂ©tuation de lâesprit punk) et une constellation dâoriginaux peu identifiables (de Big Black Ă Current 93, via les Melvins).
Le lecteur sort avec lâenvie intense de dĂ©fricher autant de territoires dâĂ©coutes inconnus.
AprĂšs un premier tome paru il y a un an, 1966-1978 Sonic Attack, les auteurs rĂ©cidivent en faisant (re)dĂ©couvrir au lecteur des groupes phares parfois cultes, parfois oubliĂ©s ou injustement ignorĂ©s, au travers dâalbums ayant jalonnĂ© lâhistoire de mouvements musicaux aussi riches et variĂ©s que sont le trash, le doom, le punk, le hardcore, le mĂ©tal, le sludge, le heavy-mĂ©tal, le black, le death, le grind, le stonerâŠ
La grosse caractĂ©ristique de ce livre, et lâimportance du travail des auteurs, outre la mine de renseignements fournis, câest de mettre en Ă©vidence les passerelles existant entre certains styles musicaux. Ils pointent alors un paradoxe tout Ă fait intĂ©ressant montrant que le passage dâun genre Ă lâautre passe par la continuitĂ© (lâinfluence maĂźtresse dâorigine Ă©voquĂ©e ici et reprise tout le long du livre Ă©tant Black Sabbath) et une ârupture sans appelâ avec les aĂźnĂ©s (exemple donnĂ© indiquant quâil nây aurait pas eu de death-metal sans la dĂ©testation du trash par exemple).
Autre particularitĂ©, des groupes cultes en cĂŽtoient dâautres, plus confidentiels, traitĂ©s sur le mĂȘme pied dâĂ©galitĂ©. DĂ©couvrir, au cours de la lecture la place faite au trĂšs bon album âDead Men Tell No Talesâ du groupe de doom bayonnais Monarch ! reste une surprise bien agrĂ©able. Au fil de la lecture, lâenvie de réécouter tout un tas dâalbums Ă©voquĂ©s par les auteurs, parfois mis de cĂŽtĂ© depuis des annĂ©es, et aussi de plonger dans la dĂ©couverte des autres groupes nous prend, signe que le virus de la passion est transmis, et heureusement, peu importe la gĂ©nĂ©rationâŠ
Le Mot et le Reste poursuit dans sa collection Formes, les rĂ©flexions et les regards possibles sur route forme dâart (peinture, littĂ©rature et bien sĂ»r musique). Ici la maison dâĂ©dition nous propose le deuxiĂšme volume du binĂŽme Philippe ROBERT / Jean Sylvain CABOT autour et sur les musiques extrĂȘmes liĂ©es au bard rock et ses dĂ©rivĂ©s: le metal, le grunge ou le doom (le premier volet a Ă©tĂ© chroniquĂ© dans notre numĂ©ro prĂ©cĂ©dent). Cela ne fait aucun doute: lâĂ©mergence do hard rock est concomitante de la fin dâune certaine innocence associĂ©e Ă lâidĂ©alisme hippie en tant quâexpĂ©rience collective. Triste synchronisme, la guerre du Vietnam sâen est mĂȘlĂ©e, obscurcissant lâhorizon de toute une gĂ©nĂ©ration, et la dĂ©sillusion sâest encore amplifiĂ©e dâun cran aprĂšs les Ă©vĂ©nements tragiques dAltamont en 1969 âŠlit-on en prĂ©face de ce dictionnaire exhaustif aux entrĂ©es Ă©parses et variĂ©es. De Saint-Vitus Ă Sunn O))), on dĂ©ambule dâalbums en albums qui ont retenu lâattention des auteurs mais aussi du public, pour quelques disques vendus Ă plusieurs millions dâexemplaires: ceux de Sepultura ou Marilyn Manson, entre autres. Car oui il y est question de disques, avec ces entrĂ©es en double page consacrĂ©es aux albums marquants, classĂ©s par ordre chronologique. OĂč chaque disque y est dissĂ©quĂ©, remis dans le contexte de son annĂ©e de sortie, et pour les plus anciens dâentre eux (pour rappel on couvre la pĂ©riode 1978 â 2010) une analyse de lâĆuvre assez liĂ©e Ă son hĂ©ritage, une fois les annĂ©es digĂ©rĂ©es (et lâalbum aussi), avec mĂȘme quelques conseils de groupes similaires. Une vĂ©ritable pieuvre des musiques âlourdesâ (permettez moi lâexpression sans aucun sous-entendu bien sĂ»r) avec pĂȘle-mĂȘle Fugazi, Carcass, God Flesh, Soundgarden, Nirvana, Shellac, Om, Earth, Nine Inch Nails, Zeni Geva, Black FlagâŠ
Une vĂ©ritable photographie dâun rock parfois dĂ©criĂ©, parfois adulĂ© ou incompris. Et un angle de lecture fort agrĂ©able. Une bonne encyclopĂ©die en somme.
AprĂšs un premier ouvrage paru lâan dernier consacrĂ© Ă la naissance et lâapogĂ©e du hard rock Hardânâheavy 1966-1978 : Sonic attack, les deux auteurs rĂ©cidivent comme promis, consacrant ce second volume aux Ă©volutions du genre, ne se contentant pas dâĂ©voquer les groupes les plus vendeurs mais donnant une fois encore Ă dĂ©couvrir cette foisonnante scĂšne musicale, Ă travers les nombreux courants apparus au fil des ans, du hard FM au death metal en passant par le doom, le sludge, etc.. Plus dâune centaine dâalbums marquants sont ici prĂ©sentĂ©s chronologiquement, permettant de rĂ©viser ses classiques mais Ă©galement de réévaluer un domaine musical dont la crĂ©ativitĂ© est trop souvent sous-estimĂ©e.
[âŠ]
On continue donc notre visite guidĂ©e au pays des dĂ©cibels et des amplis qui crĂ©pitent selon le mĂȘme schĂ©ma: Ă travers une nouvelle sĂ©lection toute personnelle de disques. Car câest Ă©crit noir sur blanc Ă la fin du livre: Les deux tomes de Hard âNâ Heavy constituent un parcours, non exhaustif et plus ou moins subjectif, des musiques dures et lourdes de 1966 Ă 2010. En effet, sinon comment expliquer lâabsence au sommaire de ce second volume de Ministry, Unsane. Anthrax, Fudge Tunnel, Tad, Bad Brains, Obituary. High On Fire, Cop Shoot Cop. etc., et la prĂ©sence de seconds couteaux Ă notre humble avis trĂšs dispensables tels Orange Goblin, Nebula, Radio Moscow, Witchcraft, Hair Police Ufomsmmut, on Striborg.
Mais ne chipotons pas, car cette critique est des plus subjectives et une grande partie des incontournables sont bel et bien dissĂ©quĂ©s ici Angel Dust de Faith No More, Betty dâHeimet, Zen Arcade dâ Husker Du, Dirt dâAlice In Chains, Goat de Jesus Lizard, le premier Iron Maiden, Badmotorfinger de Soundgarden. Vulgar Display Of Power de Pantera. Capture & Release de Khanate. The Downward Spiral de MIN, Sky Volley de Kyusa, Songs About Fucking de Big Black, Reign In Blood de Slayer, Black Metal de Venom, Complete Discography de Minor Threat, Earth 2 de Earth, arrĂȘtons-nous lĂ .
Et saluons lâĂ©clectisme dont font preuve ces deux auteurs Ă©rudits qui signent des chroniques nettes, concises et prĂ©cises , pas de verbiage. On apprĂ©ciera aussi certains choix qui Ă©vitent lâĂ©vidence lorsquâil sâagit de puiser dans la discographie de certains artistes majeurs (Peel Sessions de Carcass, instinct d âIggy Pop, Bleach de Nirvana, Uncle Anesthesia des Screaming Trees, Arc de Neil Young, Lysol des Melvins, Serenade in Red dâOxbow, Neurosis & Jarboe de Neurosis, Six Liranies For Heliogabsius de John Zorn, Hollywood de Marilyn MansonâŠ) et bien Ă©videmment de dĂ©couvrir quelques perles oubliĂ©es au passage (Pagan Altar Destroy All Monsters, Angel WitchâŠ) De Masonic Auditorium du Sonic âs Rendez vous Band (1978) Ă Monoliths & Dimensions de Sunn o))) (2009), un voyage instructif et mouvementĂ© au pays du bruit qui fait plaisir Ă entendre. Ăa ne vous rappelle pas quelque chose?
Un an aprĂšs le premier Hard ânâ Heavy, Philippe Robert et Jean-Sylvain Cabot remettent ça. Ils nous racontent la suite de cette glorieuse dĂ©cennie 70 oĂč sâĂ©taient imposĂ©s le hard rock et le heavy metal, ils nous racontent une histoire unifiĂ©e du rock fort et des guitares bruyantes, ils passent en revue cette plĂ©iade de genres divers et parfois mĂȘme antagonistes qui, depuis plus de trente ans, ont pour projet commun dâexploiter jusquâau bout les possibilitĂ©s immenses offertes par le bruit assourdissant des guitares.
Un an aprĂšs, voici donc le second volume du Hard ânâ Heavy que Jean-Sylvain Cabot et Philippe Robert ont consacrĂ© au hard rock et au heavy metal. Dans le premier tome, les auteurs avaient retracĂ©, via la sĂ©lection dâune centaine dâalbums, lâĂ©popĂ©e de ce genre musical le long dâune dĂ©cennie qui avait largement Ă©tĂ© la sienne, les annĂ©es 70. Cette fois, ils sâattaquent Ă la suite, et sâemploient Ă rĂ©pondre Ă une question prĂ©cise : quâest devenu ce rock bruyant aprĂšs ces annĂ©es de gloire, quâest-il advenu de lui aprĂšs que le punk et la new wave lâaient contestĂ© ? Eh bien la rĂ©ponse, de leur part, semble ĂȘtre sans Ă©quivoque : jusquâĂ aujourdâhui, il nâa jamais cessĂ© dâĂȘtre absolument passionnant.
DĂšs la prĂ©face, et aprĂšs dans la revue des albums, les auteurs nient que la new wave ait dĂ©finitivement invalidĂ© le metal. A la suite de Julian Cope, ancien punk passĂ© au rock lourd avec Brain Donor, ou encore de cet excellent This Ainât the Summer of Love, oĂč Steve Waksman rĂ©visait certaines idĂ©es reçues sur lâhistoire parallĂšle des deux genres, Robert et Cabot cessent de les opposer. Lâhistoire du punk puis du hardcore, leur rĂ©conciliation tardive avec les guitar heroes chevelus, leur influence sur eux, de Metallica Ă Guns ânâ Roses, montrent quâils ont Ă©tĂ© davantage une rĂ©gĂ©nĂ©ration du metal que sa nĂ©gation.
Aussi les auteurs nous racontent-ils une histoire unifiĂ©e du rock fort et des guitares bruyantes, oĂč Iron Maiden, Judas Priest et ZZ Top cĂŽtoient Black Flag, Minor Threat et HĂŒsker DĂŒ. Ils passent en revue toute une sĂ©rie de genres divers, parfois antagonistes (hardcore, death metal, black metal, thrash metal, sludge, grindcore, doomâŠ) dont les projets sont : soit de jouer le plus vite possible, soit de ralentir les tempos ; soit dâĂȘtre rĂ©pĂ©titifs, soit de multiplier les ruptures ; soit dâĂȘtre concis, soit de prolonger les morceaux ; soit de jouer de la mĂ©lodie, soit dâen effacer toute trace ; soit dâĂ©taler sa virtuositĂ©, soit de tirer profit de ses imperfections ; soit de plonger au trĂ©fonds des tĂ©nĂšbres, soit dâatteindre la grĂące ; soit de jouer le metal le plus pur, soit de multiplier les audaces crossover ; soit dâĂȘtre psychĂ©dĂ©lique, soit de viser lâĂ©pure ; mais toujours, toujours, dâexploiter jusquâau bout les possibilitĂ©s immenses offertes par le bruit assourdissant des guitares.
A travers ces descriptions de disques, on entrevoit aussi le changement progressif du statut du metal, de genre honni par lâĂ©lite critique au dĂ©but des 80âs, Ă forme cooptĂ©e par elle dans les annĂ©es 2000. Plus on avance dans Hard ânâ Heavy, plus on approche de la derniĂšre chronique, celle du Monoliths & Dimensions de Sunn O))) qui a marquĂ© la consĂ©cration du genre auprĂšs dâun vaste public branchĂ©, plus on entend parler de connexions entre le rock lourd et lâavant-garde. Ce ne sont plus de purs produits de la scĂšne metal qui sây adonnent, mais des touche-Ă -tout comme Julian Cope, John Zorn et David Tibet. Et les pages se remplissent dâallusions trĂšs The Wire Ă Merzbow, La Monte Young, Pauline Oliveros, Eliane Radigue ou Diamanda Galas. Bref, on sâĂ©loigne de lâimage redneck et working class qui a longtemps caractĂ©risĂ© le hard rock.
Lâautre grand intĂ©rĂȘt de ce livre, câest quâil peut se lire au regard du premier, les auteurs rappelant sans cesse qui, parmi les vĂ©tĂ©rans des annĂ©es 60 et 70, on entend encore sur les disques metal rĂ©cents. Hendrix, par exemple, est toujours lĂ , et Hawkwind se montre dâune Ă©tonnante actualitĂ© chez les mĂ©taleux dâaujourdâhui. Cependant, comme soulignĂ© en ouverture, le grand gagnant au jeu de la postĂ©ritĂ©, câest indubitablement Black Sabbath, qui Ă©crase par KO les deux autres grands quâĂ©taient autrefois Deep Purple et Led Zeppelin. Leurs riffs sĂ©pulcraux semblent avoir influencĂ© irrĂ©mĂ©diablement deux bons tiers (voire plus) des gens citĂ©s ici, par delĂ mĂȘme les genres, comme le prouve la passion prĂ©coce de Black Flag et de la scĂšne hardcore pour le groupe dâOsbourne et dâIommi.
Aussi, comme dâhabitude avec les livres de Philippe Robert, quâil les ait Ă©crits seul ou pas, de grandes rĂ©fĂ©rences cĂŽtoient des disques confidentiels, des choix plus personnels se mĂȘlent aux classiques reconnus, et chaque prĂ©sentation dâalbum est accompagnĂ©e de suggestions dâĂ©coute, qui font de ce nouveau volume de Hard ânâ Heavy une autre source inĂ©puisable de dĂ©couvertes, capable de contenter le nĂ©ophyte comme lâauditeur plus averti.
Cette profusion de rĂ©fĂ©rences est la force du livre, mais elle en est aussi, parfois, la limite. A force dâĂ©rudition, les auteurs se mettent Ă Ă©crire de longues phrases Ă tiroir, pour raconter telle anecdote, ou rapporter telle connexion avec dâautres artistes, musiciens ou autres. Ils multiplient les digressions, les parenthĂšses et les propositions subordonnĂ©es. Tout cela est tellement riche que ça en donne le tournis, quâil faut du temps et du recul pour digĂ©rer. Mais la passion, il faut lâavouer, cela ne sâendigue pas facilement. Et celle qui traverse ce deuxiĂšme tome de Hard ânâ Heavy nâest rien de moins que trĂšs communicative.
Ma premiĂšre chronique musicale de ce soir est consacrĂ©e Ă un livre qui a priori nâintĂ©resse personne sur les ondes de France Musique, il est en effet fort Ă parier que peu dâentre vous manifeste beaucoup de curiositĂ© pour le monde du hard rock. Et pourtant les liens entre les musiques nouvelles et expĂ©rimentales (qui sont le sujet de cette Ă©mission hebdomadaire) et le hard rock existent bel et bien. Câest ce que nous dĂ©montre Philippe Robert et Jean Sylvain Cabot dans leur dernier ouvrage Ă©ditĂ© chez Le Mot et Le Reste et intitulĂ© HardânâHeavy 1978-2010.
Evidemment ce nâest pas le sujet principal de ce livre que dâĂ©tablir les connections artistiques entre les genres mais tout son intĂ©rĂȘt rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă capturer notre curiositĂ©, notre attention de mĂ©lomanes assidus autour dâune bonne centaine dâalbum hard Ă©ditĂ©s entre 1978 et 2009.
Du rustique Sonic Rendezvous Band de Fred Sonic Smith aux expĂ©rimentations sonores de Sun O))) il y a ici beaucoup Ă apprendre, Ă dĂ©couvrir et bien sur surtout Ă Ă©couter diffĂ©remment. Car mĂȘme si pas mal de ces artistes ont un talent assez limitĂ© et se cantonnent Ă un style souvent chargĂ© de lourdeurs et emprunt de naĂŻvetĂ© affligeante, beaucoup dâautres (Ă lâinstar dâun John Coltrane, dâun Pharoah Sanders ou dâun GĂ©rard Grisey) ont la capacitĂ© de sĂ©duire par la qualitĂ© de leurs lignes mĂ©lodiques, par leurs aptitudes instrumentales ou vocales, par lâoriginalitĂ© de leur dĂ©marche musicale, mais surtout par leur capacitĂ© Ă libĂ©rer une Ă©nergie sauvage, jouissive et hautement communicative. Que les plus classiques dâentre vous réécoutent pour cette pĂ©riode 78-2010 : les excellentes mĂ©lodies du groupe Cheap Trick, le blues texan de ZZ Top, les riffs sombres de Black Sabbath ou le punk mĂ©tal de Motörhead, pour les plus aventureux Philippe Robert et jean Sylvain Cabot nous recommandent judicieusement les expĂ©rimentations de Destroy All Monsters, de Oxbow et de Sun O))).
Ce livre est la suite dâun premier ouvrage intitulĂ© Sonic Attack et consacrĂ© Ă la pĂ©riode 66-78 Ă©galement Ă©ditĂ© chez Le Mot et Le Reste.
France Musique â Tapage nocturne