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Parution : 13/09/2024
ISBN : 9782384314690
600 pages (16,6 x 23,5 cm)

33 €

Free Party - Nouvelle Édition

Une histoire, des histoires

Un recueil de tĂ©moignages, de sons et d’images pour une immersion totale dans l’univers libre et ouvert des free parties.

La free party est la branche clandestine et radicale de la rave. NĂ©e en Angleterre, profondĂ©ment liĂ©e Ă  des modes de vie nomades et alternatifs, elle s’est agencĂ©e comme une vĂ©ritable contreculture dans les 90’s. C’est en Europe qu’elle a connu son plus fort dĂ©veloppement jusqu’à un Ăąge d’or, au terme de la dĂ©cennie, suivi d’une rĂ©pression violente dans les annĂ©es deux mille. Au travers de plus d’une quarantaine de tĂ©moignages, l’ouvrage propose de montrer comment elle a changĂ© leurs vies et orientĂ© leurs choix. RĂ©alisĂ©s sur un panel variĂ© de reprĂ©sentants du mouvement, ces entretiens entraĂźnent le lecteur dans un monde de voyages, d’utopies, de galĂšres. Sans masque, les tĂ©moins se livrent et offrent des rĂ©cits trĂšs denses Ă  l’auteur qui a vĂ©cu lui-mĂȘme ce mouvement de l’intĂ©rieur.

Revue de presse

- « Faire la fĂȘte de maniĂšre libre » : le mouvement des free parties se dĂ©fend face Ă  la stigmatisation politique JĂ©rĂŽme Hourdeaux MĂ©diapart 13 juin 2026
- La culture free ne théorise pas une idéologie libertaire : elle l'a fait vivre. Gaëlle Desnos CQFD n°253 juin 2026
- Free Party : Le cauchemar obsessionnel du gouvernement Blast 6 juin 2026
_ Les livres La rédaction Tsugi 10 septembre 2024
- Interview - De Mitterrand à la tecktonik : le récit fou de 20 ans de Techno Parade (1/2) Ana Boyrie et Maxime Jacob Greenroom 29 septembre 2018
- Coup de cƓur livre Paul Muselet Clutch Ă©tĂ© 2018
- Entretien avec Guillaume Kosmicki Marion Raynaud Lacroix I-D // Vice 13 septembre 2017
- Free Party. Une histoire, des histoires Thibaut Allemand Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017
- 2001, l'Odysée des Raves Party Fabrice Drouelle Affaires Sensibles - France Inter 29 juin 2017
- Machine Musik Elizabeth Tchoungi France Culture // Sur écoute 21 septembre 2013
- Le Grand bain Sonia Devillers France Inter 23 août 2012
- « Cette utopie collective n'est pas morte, les yeux brillent encore » Jean-Baptiste Bernard Article 11 Février-Mars 2012
- Bulles noires Stéphane Allégret Radio Libertaire 15 octobre 2011
- L'atelier du son Thomas Baumgartner France Culture 16 septembre 2011
- Emission Speciale Robex Radio Grenouille 14 juin 2011
- Rave, story of a dream J SA Ventilo n°280 Mai 2011
- Entretien avec Guillaume Kosmicki Agents d'entretiens Agents d'entretiens Mai 2011
interview Desperate bloglife mai 2011
- Non, le mouvement techno n'est pas mort Marion Ablain OUEST FRANCE 22 avril 2011
- Une histoire, des histoires Hub ShitWalker & Sherlock Oh Gosh Avril 2011
- Electron, toujours plus libre Rodéric Mounir et Benoßt Perrier Le Courrier 21 avril 2011
- Free Party codotusylv Fake for real 11 février 2011
- Free party Eric Deshayes NéosphÚres Février 2011
- Essai en février : travellers, raves et free parties Isa Alter1fo 10 février 2011
- Soirée "Free Party" Thibaut Allemand Let's Motiv Février 2011
- Free Party Marc di Rosa Nouvelle Vague Février 2011
- Partysan J. P. Mouvement Jan-Fev-Mars 2011
- Soirée de lancement, table ronde et musique Erwan Canal B nov-déc 2010
- Free Party Thibaut Allemand Letsmotiv (nord) Novembre 2010
- Free Party Canal B / Émission Wake Up Call Novembre 2010
- Free Party Yanick Philipponat midi libre.com Novembre 2010
- Free Party Entretien ChĂąteau merdique - Radio Canal B (Rennes) Novembre 2010
- Free Party Entretien / Dominique Jeuvrey Radio Campus Novembre 2010
- Free Party Laure Narlian Site culture.france2.fr Novembre 2010
- Le livre du mois Stéphanie Lopez Tsugi Octobre 2010
- Des vies en Free Parties Entretien O. Pernot/G. Kosmicki Trax Septembre 2010

- « Faire la fĂȘte de maniĂšre libre » : le mouvement des free parties se dĂ©fend face Ă  la stigmatisation politique

À l’occasion de cette journĂ©e de mobilisation historique pour le mouvement des free parties, Mediapart a demandĂ© Ă  plusieurs spĂ©cialistes d’expliquer Ă  quoi il correspond exactement, d’oĂč il vient, ce qu’il s’y passe et les valeurs qu’il dĂ©fend.

Qu’est-ce que le mouvement free party ?

À l’origine des free parties, il y a les rave parties, des fĂȘtes nĂ©es, Ă  la fin des annĂ©es 1980, de la rĂ©pression par le gouvernement de Margaret Thatcher des fĂȘtes techno. « Un texte de 1986 notamment a imposĂ© la fermeture des lieux de fĂȘte et des bars de nuit Ă  partir de 2 heures du
matin, raconte Guillaume Kosmicki, musicologue et auteur du livre Free party. Une histoire, des histoires (Le mot et le reste, 2018, rééditĂ© en septembre 2024). C’est toute la jeunesse du Royaume-Uni qui s’est retrouvĂ©e Ă  la rue, au milieu de la nuit, Ă  chercher des lieux pour poursuivre la fĂȘte. »

À lire ici

JérÎme Hourdeaux
Médiapart 13 juin 2026

- La culture free ne théorise pas une idéologie libertaire : elle l'a fait vivre.

Rave party, free party, teknival : dans les mĂ©dias comme chez les politiques, ça cafouille sĂ©vĂšre. Mais une chose est claire : quel que soit le nom, ils sont contre. Dans Free party : une histoire, des histoires (Le mot et le reste, 2024), le musicologue et ancien teufeur Guillaume Kosmicki, revient sur l’histoire de cette fĂȘte libre, dĂ©butĂ©e dans les annĂ©es 1990, et toujours pas terminĂ©e. Entretien.

Avant d’entrer dans le sujet, est-ce qu’on peut remettre un peu d’ordre dans les dĂ©finitions : c’est quoi la diffĂ©rence entre rave party, free party et teknival ?

« À l’origine, les raves parties dĂ©signent des fĂȘtes clandestines organisĂ©es autour des musiques Ă©lectroniques apparues dans l’Angleterre de la fin des annĂ©es 1980. À l’époque les clubs fermaient Ă  2 heures du matin, laissant sur le carreau toute une jeunesse complĂštement Ă©lectrisĂ©e. La rave venait combler une soif de prolonger la nuit. Le mot en lui-mĂȘme signifie “battre la campagne”, mais renvoie aussi Ă  l’idĂ©e de dĂ©blatĂ©rer, dĂ©lirer. Puis, au dĂ©but des annĂ©es 1990, toujours au Royaume-Uni, Ă©mergent les free parties. Leur moteur : le nomadisme, l’idĂ©e d’une fĂȘte qui se dĂ©place. Issues de la culture squat, elles portent un idĂ©al plus libertaire oĂč l’esprit communautaire prime sur la logique marchande. Peu Ă  peu, le mouvement revendique son ancrage underground et rompt avec les raves, jugĂ©es trop commerciales. Le teknival est, en quelque sorte, un festival de free parties : il rassemble plusieurs sound systems et s’étire sur plusieurs jours. Le premier Ă©vĂšnement qui porte ce nom est organisĂ© en juillet 1993 Ă  Beauvais, mĂȘme si ça avait dĂ©jĂ  eu lieu au Royaume-Uni. »

À lire ici

Gaëlle Desnos
CQFD n°253 juin 2026

- Free Party : Le cauchemar obsessionnel du gouvernement

Les free-parties, comment de simples fĂȘtes organisĂ©es hors du cadre marchand sont-elles devenues le cauchemar des personnalitĂ©s politiques et mĂ©diatiques aux penchants autoritaires ?

Peu de mouvements culturels ont subi un acharnement rĂ©pressif aussi intense. Cette rĂ©pression revĂȘt plusieurs formes. D’abord, il y a la dĂ©sinformation. Les free-parties sont sans cesse diabolisĂ©es, et leurs participants caricaturĂ©s Ă  l’extrĂȘme. Ce sont des “punks Ă  chiens”, des “droguĂ©s” qui envahissent les villages pour troubler le sommeil des honnĂȘtes gens. Et puis il y a la rĂ©pression policiĂšre. Loin des regards, dans les champs ou les forĂȘts, pendant la nuit ou au petit matin, les free-parties sont un terrain d’expĂ©rimentation idĂ©al pour l’appareil rĂ©pressif de l’État. On ne compte plus les fois oĂč gendarmes et policiers ont fait un usage de la force disproportionnĂ© et absurde sur des personnes venues faire la fĂȘte. Face Ă  cette violence, le mouvement a fait preuve d’une rĂ©silience impressionnante, mais aujourd’hui, deux nouveaux textes sĂ©curitaires mettent son existence en pĂ©ril. La proposition de loi 1133 et le projet RIPOST, portĂ©s par la droite et le centre, accentuent les peines encourues par les organisateurs et participants de ces manifestations.

Alors comment expliquer qu’un mouvement culturel et artistique suscite autant de haine ? Pour trouver des rĂ©ponses et lever le voile qui entoure ces fĂȘtes, Blast reçoit Guillaume Kosmicki, musicologue et auteur du livre Free Party : Une histoire, des histoires, et laisse la parole Ă  divers acteurs de la culture Free-Party.

Lien de l’émission

Blast 6 juin 2026

_ Les livres

Souvenez-vous, il y a un peu plus d’un an, nous faisions notre une avec la ville qui a vu naĂźtre la house music, Chicago. Mais le style musical est bien sĂ»r loin d’ĂȘtre le seul Ă  rĂ©gner sur la Windy City comme on l’appelle. Le trĂšs Ă©rudit Streets Of Chicago est lĂ  pour nous le rappeler. Il y a eu d’abord le jazz de l’exilĂ© Louis Armstrong ou des natifs Benny Goodman et Quincy Jones, et bien sĂ»r le blues de ceux venus du delta du Mississippi pour chercher la gloire sur les bords du lac Michigan, avec les studios Chess comme terre d’accueil. Puis encore la soul et le funk chers Ă  Curtis Mayfield ou Ă  la famille Jackson (oui, comme Michael). Plus prĂšs de nous, citons aussi les noms de Kanye West, Chance The Rapper ou des rockers The Smashing Pumpkins et Steve Albini. Comme le titre l’indique, Philippe Brossat nous raconte l’histoire musicale de Chicago en nous faisant visiter ses rues, du North Side au South Side, en passant par The Loop ou Lincoln Park. Une approche maline et vraiment captivante qui donne envie illico de s’en servir comme d’un guide pour aller visiter la capitale de l’Illinois. Signalons aussi, chez le mĂȘme Ă©diteur, une nouvelle Ă©dition de l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur la fĂȘte libre : Free Party, une histoire, des histoires. Le pluriel est important puisque Guillaume Kosmicki raconte Ă  travers les tĂ©moignages des acteurs et actrices de cette scĂšne si particuliĂšre, la grande Ă©popĂ©e d’un mouvement qui est aussi un mode de vie.

La rédaction
Tsugi 10 septembre 2024

- Interview - De Mitterrand à la tecktonik : le récit fou de 20 ans de Techno Parade (1/2)

Guillaume Kosmicki a Ă©tĂ© interviewĂ© par deux journalistes de l’équipe de Greenroom Ă  l’occasion des vingt ans de la Techno Parade. TĂ©moignages.

DJ mis sur Ă©coute ou Ă©piĂ©s par les renseignements, descentes de police lors des rave parties
 En 1998, en rĂ©action aux menaces des autoritĂ©s, les grands acteurs de la scĂšne Ă©lectronique française dĂ©filent dans Paris, sur des 38 tonnes sonorisĂ©s. Ainsi fut la premiĂšre Techno Parade, qui a rassemblĂ© jusqu’à 200 000 personnes place de la Nation pour le set de Laurent Garnier. Une grande histoire toujours en marche, parsemĂ©e de jets de sucettes, de castagne, de lycĂ©ens Ă©pris de tecktonik, et d’un PrĂ©sident de la RĂ©publique en rave party. Vingt ans plus tard, et pour la premiĂšre fois, (presque) tous les protagonistes racontent.

Jack Lang, ancien ministre de la Culture, prĂ©sident de l’Institut du Monde Arabe : Peu de gens le savent, mais la France est une terre de naissance de la musique Ă©lectronique. Il y avait, au sein de l’ORTF (ancien office de l’audiovisuel public, ndlr), un centre de recherche en musique expĂ©rimentale.

Jack de Marseille, DJ : A la fin des annĂ©es 1980, l’acid house, populaire en Angleterre et aux États-Unis, arrive timidement en France. La premiĂšre fois que tu entends ces sons-lĂ , tu te demandes un peu ce que c’est. TrĂšs vite, j’ai cherchĂ© des endroits oĂč on pouvait danser sur cette musique. DĂšs 1990, c’est rĂ©ellement l’aspect communautaire qui m’emballe : la techno et la house Ă©taient des musiques de marginaux. On ne s’habillait pas comme tout le monde et on Ă©prouvait un sentiment de libertĂ© incroyable en soirĂ©es.Jack Lang : C’est en Allemagne de l’Est que la techno est apparue comme art de rĂ©sistance. Ma premiĂšre expĂ©rience techno, je l’ai vĂ©cue Ă  Berlin Est en 1988. J’étais en voyage officiel avec le PrĂ©sident François Mitterrand. Heiner Muller, un dramaturge et auteur trĂšs cĂ©lĂšbre Ă  l’époque, vivait sur place et nous a dit : « Venez, je vous emmĂšne quelque part ! » Et on s’est retrouvĂ© dans une sorte de chantier, plus ou moins abandonnĂ©, oĂč se tenait une rave party.

Josselin Hirsch, premier prĂ©sident de Technopol, association Ă  l’origine de la techno-parade : Avec mes potes, on n’hĂ©sitait pas Ă  faire 500 kilomĂštres pour aller Ă  des soirĂ©es techno, comme Ă  la friche la Belle de Mai de Marseille. On a vite lancĂ© une Ă©mission de radio. Un jour, un inconnu Ă  Montpellier nous a contactĂ© et nous a proposĂ© d’organiser une rave : la Neuro rave. Le type a disparu avec la caisse
 Ça nous a quand mĂȘme permis de nous Ă©tablir en tant que collectif. On Ă©tait une vingtaine et on a lancĂ© la premiĂšre soirĂ©e « BorĂ©alis » en 1993 au New-York Ă  PĂ©zenas.

Jack de Marseille : J’ai mixĂ© Ă  cette soirĂ©e d’ailleurs, sur le parking du club !

Josselin Hirsch : 2500 personnes se sont ramenĂ©es. Tout le monde avait la sensation de vivre quelque chose Ă  part. Quand tu Ă©tais dans les soirĂ©es, l’ambiance n’avait rien Ă  voir avec les discothĂšques, oĂč les filles se faisaient draguer lourdement, la musique Ă©tait celle de nos parents. L’arrivĂ©e de la techno a Ă©tĂ© un changement de paradigme complet.

Eric Morand, co-fondateur avec Laurent Garnier du label F-Com : J’ai commencĂ© Ă  organiser des raves quand je travaillais pour le label Barclay. J’étais dĂ©jĂ  Ă  l’époque dans la house et la techno. Au mĂȘme moment, je rencontre Laurent Garnier. On a tout de suite sympathisĂ© et on est devenu potes, puis on a montĂ© ensemble le label F-Com en 1994. Entre-temps, en 1992, nous avons organisĂ© une rave Ă  l’Arche de la DĂ©fense.

« LESRENSEIGNEMENTSAVAIENTNOSNOMS »

Jack Lang : Pour des raisons trĂšs Ă©tranges, les musiques Ă©lectroniques et les raves ont commencĂ© Ă  susciter une sorte de mĂ©fiance, de peur mĂȘme, plus ou moins irrationnelle et la musique techno avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par certains dans la presse et dans la politique comme une musique du diable. On s’imaginait que les participants y cĂ©lĂ©braient je ne sais quel rituel satanique.

Josselin Hirsch : C’était une sous-culture, complĂštement minoritaire, mal vue, associĂ©e Ă  la drogue.

Jack Lang : Je ne sais pas comment cette image s’est propagĂ©e. Il y a probablement eu des incidents ici ou lĂ , avec des maires
 Mais la France est un pays Ă  la fois rĂ©volutionnaire et rĂ©actionnaire.

Jack de Marseille : A partir de 1993 ou 1994, les flics nous emmerdent. Les services de renseignements avaient nos noms, ceux de tous les fanzines Ă©lectro, de tous les DJ, de tous les organisateurs. Des hĂ©licoptĂšres de police volaient au dessus des raves ! On m’a mĂȘme mis sur Ă©coute ! On nous prenait pour des activistes, quoi. D’ailleurs, pour les flics, « DJ » ça signifiait « Dealer Jockey » !

Josselin Hirsch : Je me souviens qu’à PĂ©zenas, il y avait mĂȘme un gendarme qui faisait le tour des lycĂ©es pour faire de la prĂ©vention anti-rave auprĂšs des jeunes.Jack Lang : Chacune des formes musicales contemporaines s’est heurtĂ©e Ă  une rĂ©ticence et Ă  une hostilitĂ©. Les concerts de rock de groupes indĂ©pendants faisaient dĂ©jĂ  l’objet d’interdits dans les annĂ©es 1980.

Tommy Vaudecrane, prĂ©sident actuel de Technopol : Lors d’une free party dans un entrepĂŽt de Melun, on s’est fait encercler par les CRS, qui ont cassĂ© les vitres du bĂątiment et ont tirĂ© des bombes lacrymogĂšnes Ă  l’intĂ©rieur. Tu avais une porte de deux mĂštres sur deux pour sortir mais il y avait 4000 personnes dans l’entrepĂŽt
 c’était ultra violent !

Christophe CrĂ©nel, rĂ©dacteur en chef de Plus vite que la musique sur M6 : En mĂȘme temps, c’était quand mĂȘme Charles Pasqua en poste au ministĂšre de l’IntĂ©rieur jusqu’en 1995, donc pas vraiment un raver dans l’ñme


Jack de Marseille : Pour contrer cette mauvaise image, la scÚne techno française avait besoin de se construire une légitimité artistique.

Eric Morand : MĂȘme dans l’industrie du disque, la techno n’était pas reconnue. Quand Pascal NĂšgre a repris Barclay, la musique Ă©lectronique n’était pas son truc. Tout le monde me prenait pour un fou furieux quand je parlais de techno
 Lorsque je leur ai fait Ă©couter les premiers morceaux de Laurent Garnier, ils m’ont rĂ©pondu avec une drĂŽle de voix : « Oh ! Dis-Donc ! On dirait du Jean-Michel Jarre ! » A partir de lĂ , j’ai compris que je perdais mon temps


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« PHASE DE RÉUNIONITEAIGUË »

Christophe Vix : À la base, le nom « Techno Parade » ne partait pas favori. On pensait appeler ça « Charivari » ! C’était pas mal, alors que Techno Parade, c’est plus littĂ©ral.

Sophie Bernard, membre de Technopol de 1997 Ă  2009 : C’était mon idĂ©e, Charivari ! Parce que j’étudiais l’Histoire mĂ©diĂ©vale Ă  cette Ă©poque. Le charivari Ă©tait une sorte de carnaval au Moyen-Age, un truc dionysiaque qui s’entendait de loin.

Eric Morand : Il y a eu une phase de rĂ©unionite aiguĂ« pour monter l’évĂ©nement. Certaines se tenaient d’ailleurs chez Jack Lang.

Christophe Vix : Je me souviens trĂšs bien de toutes ces rĂ©unions. Il y a eu beaucoup d’engueulades, sur tous les sujets possibles : financiers, offres des chars
 ça se tapait dessus, ça s’envoyait des bourre-pif en pleine rĂ©union


Samuel Raymond : C’était violent. Mais ça m’a appris mon mĂ©tier. Voir chacun essayer de tirer la couverture sur soi, se battre pour savoir qui prĂ©senterait l’évĂ©nement. Certains n’arrĂȘtaient pas d’essayer de doubler les autres ou de s’imposer. C’était la guerre !

Eric Morand : Les grands absents de ce moment-lĂ , c’est la French Touch. DĂšs l’apparition du projet de la Techno Parade, toute cette gĂ©nĂ©ration, les Daft, les Sinclar, a Ă©tĂ© contactĂ©e et tous ont dit : « Ah non mais nous on n’est pas techno ». Ce n’était pas leur truc, ils n’étaient pas du tout militants


Christophe Vix : Ils nous trouvaient dĂ©jĂ  ringards. Ils n’aimaient pas le cĂŽtĂ© rave qui sent la gadoue. On Ă©tait moins Ă©litistes que toute cette nouvelle scĂšne. Ils ne se revendiquaient pas de la mĂȘme histoire, alors que. D’autres ont refusĂ© de participer, des collectifs qui refusaient l’idĂ©e de dĂ©filer avec des sponsors.

« LESCANDIDATURESPARFAX »

Guillaume Kosmicki, musicologue, spĂ©cialiste de la musique Ă©lectronique et auteur de deux livres, sur les musiques Ă©lectroniques et les free party) : Pour avoir le droit d’organiser une fĂȘte sur un char, il fallait payer cher. Les collectifs de free party ne pouvaient pas ĂȘtre en accord avec cet Ă©tat d’esprit, ils venaient d’un systĂšme qui marchait sur le troc, il y avait un esprit libertaire.

Josselin Hirsch : De toute façon, on ne pouvait pas monter ça sur nos propres fonds. C’est un Ă©vĂ©nement qui coĂ»tait 1,8 million de francs, on Ă©tait donc obligĂ© de faire appel aux sponsors.

Sophie Bernard : Une fois l’évĂ©nement validĂ©, j’étais chargĂ©e de l’attribution des chars. Une vraie galĂšre. Il fallait programmer quarante chars et respecter certaines contraintes : on devait reprĂ©senter tous les styles et s’assurer que les collectifs viennent de partout en France, dans un souci de reprĂ©sentation. Et Ă  l’époque, on recevait les candidatures par fax !

Samuel Raymond : On a reçu de l’aide de tout le monde. Pour la grande scĂšne place de la Nation, ça coĂ»tait un max. On nous a alors filĂ© les contacts de Jean-Paul Goude pour la scĂ©nographie et on a passĂ© une aprĂšs-midi chez lui avec Sophie Bernard Ă  discuter.

Sophie Bernard : C’était « Monsieur scĂ©nographie » en France. Je me rappelle que chez lui, il y avait plein de photos monstrueuses accrochĂ©es aux murs. J’étais tellement impressionnĂ©e que je n’ai pas dĂ©crochĂ© un mot.

Samuel Raymond : Il a fini par nous donner des Ă©lĂ©ments graphiques. Tout ça gratuitement ! C’était en mode : « Venez chez moi les jeunes ! On boit un thĂ©, on fait des dessins, vous m’expliquez votre truc. Ah, je vois qu’on pourrait faire un truc comme ça
 » Cette spontanĂ©itĂ© Ă©tait vraiment gĂ©niale !

UNEFÊTETOUTE LA NUITDANS UN TRAIN

Guilaume Kosmicki : Pendant toute la semaine qui a prĂ©cĂ©dĂ© la Parade, beaucoup d’évĂ©nements off se sont tenus, comme des petits squats dans des lieux associatifs. Il y avait du cĂŽtĂ© de la Villette, sur le canal de l’Ourcq, une semaine d’évĂ©nements techno avec un thĂšme par soir organisĂ© par le collectif Freaks Factory : une soirĂ©e hardcore, une soirĂ©e trance. Et puis, le grand jour avec le dĂ©filĂ© et ces milliers de raveurs.

Christophe CrĂ©nel : M6 avait misĂ© gros sur l’évĂ©nement. Plus vite que la musique avait pour mission de couvrir la journĂ©e avec quelques directs. On a mĂȘme filmĂ© les voyageurs de l’association Zenophobia qui sont partis la veille de Toulouse, dans un train spĂ©cialement affrĂ©tĂ© par la SNCF avec des DJ Ă  l’intĂ©rieur. Autant dire que certains Ă©taient en grande forme quand le cortĂšge a dĂ©marrĂ© Place Denfert-Rochereau Ă  14h


SĂ©bastien Lara, membre de l’association Zenophobia : J’ai demandĂ© Ă  un gars qui bossait Ă  la SNCF : « Vous n’auriez pas un wagon qu’on pourrait amĂ©nager en club pour aller sur Paris ? » Étonnement, le mec m’a rĂ©pondu que oui. Pour 150 francs, on a pris des passagers Ă  Toulouse, Montauban et Cahors. Il y avait une cabine DJ oĂč des platines Ă©taient installĂ©es sur des bouĂ©es pour que le diamant des platines ne saute pas. Vers 21 heures, on a commencĂ© Ă  envoyer le son, les lumiĂšres et Ă  ouvrir le bar. C’était un vrai club, quoi ! Le seul arrĂȘt s’est fait Ă  Limoges, vers 3 heures du matin oĂč tout le monde est descendu sur le quai pour danser. On a dĂ» retarder le train. On Ă©tait une centaine environ, tous entre 20 et 50 ans. On a fini par arriver Ă  Paris sur les coups de 7 heures du matin. Imaginez l’état !

Eric Morand : C’était trĂšs tendu sur le parcours, du fait de la frĂ©quentation. La RATP aussi a morflĂ©.

Guillaume Kosmicki : Je sortais d’un after, je n’avais pas dormi de la nuit et lorsque j’ai pris le mĂ©tro pour aller Ă  la parade du cĂŽtĂ© de Denfert-Rochereau, la rame s’est arrĂȘtĂ©e. Il n’y avait plus moyen de continuer car les stations Ă©taient blindĂ©es. C’était fort. Les wagons Ă©taient remplis de teufeurs et de raveurs, et j’ai entendu la voix du chauffeur dire : « Pour cause de Techno Parade, le mĂ©tro ne peut pas aller plus loin, nous vous invitons Ă  descendre sur ce quai ». Tout le monde a commencĂ© Ă  hurler, c’était super.

Sophie Bernard : Une fois sur place, on a hallucinĂ©. C’était un mĂ©lange de stupeur et d’excitation absolue face Ă  la foule qui se dĂ©plaçait. On Ă©tait une petite Ă©quipe et on se rendait compte qu’on accouchait d’un gros, gros truc.

SĂ©bastien Lara : Quand on est arrivĂ© Ă  la Techno Parade pour rĂ©cupĂ©rer le char, on Ă©tait morts ! On avait comme partenaire Chupa Chups, qui nous avait donnĂ© des tonnes de sucettes. Les personnes qui s’occupaient de la sĂ©curitĂ© du char ont sans doute vĂ©cu les pires moments de leur vie. On arrĂȘtait pas de jeter des sucettes aux gens et tous se jetaient sous le char pour aller en chercher
 Un vrai bordel !

Josselin Hirsch : D’ailleurs, la seule plainte qu’on ait reçu aprĂšs la Parade a Ă©tĂ© portĂ©e par une mĂšre dont le fils s’était pris une sucette en pleine gueule.

(Ă  suivre : la deuxiĂšme partie de la grande histoire de la Techno Parade)

RETROUVEZ L’INTERVIEWCOMPLÈTESURGREENROOM

Ana Boyrie et Maxime Jacob
Greenroom 29 septembre 2018

- Coup de cƓur livre

Les Ă©ditions Le mot et le reste rééditent un des livres les plus reprĂ©sentatifs de l’historique et de l’évolution de l’état d’esprit des free parties europĂ©ennes. Pour ce document colossal conçu comme un recueil de tĂ©moignages, Guillaume Kosmicki met Ă  profit sa fine connaissance du milieu avec des anecdotes issues de sound-systems prĂ©curseurs (Spiral Tribe, Heretik
), de cerfs plus rĂ©cents (Epsylonn) et de quantitĂ© de travellers anonymes ayant pour certains poussĂ© l’expĂ©rience jusqu’en Afrique et en Mongolie. Une des dĂ©finitions les plus fidĂšles du mouvement, au croisement des avis, des expĂ©riences, et du ressenti !

Allez lire ce numéro de Clutch sur Issuu.com

Paul Muselet
Clutch été 2018

- Entretien avec Guillaume Kosmicki

Musicologue spĂ©cialiste du mouvement free party, Guillaume Kosmicki est revenu pour i-D sur l’évolution de la techno, de son essence Ă  ses dĂ©voiements.

« Le boum boum est fĂ©dĂ©rateur, il structure l’architecture sonore » : Guillaume Kosmicki vit la techno comme un raveur mais quand il la pense, c’est avec une rigueur toute universitaire. Au dĂ©but des annĂ©es 1990, alors que les raves dĂ©barquent en France et qu’il achĂšve sa licence en musicologie, il dĂ©couvre un univers dont la singularitĂ© le frappe immĂ©diatement : la fĂȘte n’a plus de durĂ©e, de scĂšne, ni de lieu attitrĂ©. Il en parle Ă  l’un de ses professeurs, qui saisit l’intĂ©rĂȘt du mouvement naissant et l’incite Ă  en faire le sujet de ses recherches. C’est le dĂ©but d’une longue immersion dans les fĂȘtes qui cĂ©lĂšbrent la diffusion d’une nouvelle musique, la techno. Rapidement victimes de leur succĂšs, raves et free parties mettent en avant un son diffĂ©rent et de nouvelles pratiques festives qui ne manquent pas d’attirer la curiositĂ© des jeunes. La machine mĂ©diatique s’emballe, les dĂ©cibels s’amplifient et alors qu’elle s’impose dans les clubs, la techno finit par alimenter les querelles opposant teufeurs, Ă©lus locaux et reprĂ©sentants du gouvernement. Mais Ă  l’heure oĂč sa diffusion massive tend Ă  perdre de vue son pouvoir contestataire, Guillaume Kosmicki garde le souvenir d’une Ă©poque oĂč l’on imaginait que la techno pouvait encore « changer le monde ». i-D l’a rencontrĂ©.

*En 1997, vous Ă©criviez un article intitulĂ© « Techno, une musique de rĂ©volte ? » en Ă©voquant les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les teufeurs pour se rassembler lĂ©galement. Quel Ă©tait l’esprit qui rĂ©gnait sur cette pĂ©riode ? *
À cette Ă©poque, je frĂ©quentais Ă  la fois le milieu des raves et des free parties. En 1995, une circulaire est tombĂ©e : « Les raves, des situations Ă  haut risque », distribuĂ©e Ă  tous les prĂ©fets de France, qui leur conseillait diffĂ©rentes mĂ©thodes pour pouvoir faire annuler ces Ă©vĂ©nements. Cette circulaire ne s’adressait pas aux free parties, qui ne demandaient jamais l’autorisation mais plutĂŽt Ă  des Ă©vĂ©nements de type rave, oĂč les organisateurs Ă©taient plus enclins Ă  se mettre en accord avec la loi. À ce moment lĂ  en France, on a assistĂ© Ă  une vague d’annulations assez phĂ©nomĂ©nale, souvent le jour mĂȘme, pour cause d’absence d’autorisations prĂ©fectorales. Ça a plombĂ© beaucoup d’associations. Comme les free parties Ă©taient alors encore difficiles Ă  identifier, ce sont les raves qui ont Ă©tĂ© trĂšs pĂ©nalisĂ©es. Le public s’est donc rabattu sur les free parties avant que la rĂ©pression ne s’organise et se rĂ©percute ensuite sur elles. Le terme « rave » a commencĂ© Ă  avoir mauvaise presse et mĂȘme le mot de « techno » a progressivement disparu. Les journalistes se sont mis Ă  parler de « musiques Ă©lectroniques », c’était une tactique pour les rattacher Ă  des musiques plus anciennes, comme les oeuvres de Pierre Henry ou Karlheinz Stockhausen. Ça a permis Ă  la techno de retrouver ses lettres de noblesse.

En quoi l’illĂ©galitĂ© a participĂ© Ă  la construction du mythe ?
L’illĂ©galitĂ© a favorisĂ© la radicalisation de la scĂšne clandestine et la musique est elle aussi devenue plus violente. Il y avait une euphorie, une utopie, l’idĂ©e Ă©tait de “changer le monde avec la techno”. C’est quelque chose qu’on entendait aussi dans les raves au dĂ©part. Des gens faisaient le choix de cette vie, pensaient que la techno pouvait changer les choses, ils militaient aussi pour la dĂ©croissance, pensaient pouvoir vivre de pas grand chose, dans des camions, grĂące au recyclage et Ă  la rĂ©cupĂ©ration. Ils vivaient pour le collectif, dans l’esprit de perpĂ©tuer ces fĂȘtes. L’argent Ă©tait secondaire.

Au-delĂ  de l’aspect lĂ©gal, qu’est ce qui distinguait rĂ©ellement les raves des free parties ?
Le mouvement techno se rĂ©unissait dĂ©jĂ  autour de pratiques particuliĂšres. Mais au dĂ©but des annĂ©es 1990 en Angleterre, des collectifs se sont mis Ă  organiser des fĂȘtes d’une couleur plus libertaire, mĂȘme s’ils rĂ©futaient le mot «politique» qu’ils considĂ©raient comme un gros mot. C’était de la politique vĂ©cue au quotidien avec un mode de vie qui correspondait Ă  des aspirations musicales et esthĂ©tiques. Une vie dans des camions, sans travail salariĂ© rĂ©gulier qui permettait Ă  ces teufeurs de rĂ©pandre la techno de maniĂšre nomade. Ce mouvement s’est appelĂ© « free party » en rĂ©fĂ©rence Ă  la libertĂ© qu’il prĂŽnait mais il y avait aussi une idĂ©e de gratuitĂ©, de don. Les free parties se distinguaient par leur rapport Ă  l’argent, privilĂ©giant le troc et la donation Ă  la diffĂ©rence de certaines raves qui fonctionnaient sur des buts lucratifs. Les deux mouvements ont Ă©tĂ© trĂšs proches avant qu’une scission advienne vers 1995. Le mouvement des free parties a alors eu tendance Ă  se radicaliser musicalement en allant vers le hardcore et les musiques dures. Mais les raves hardcore ont aussi existĂ© ! C’est donc plutĂŽt la question du mode de vie qui a sĂ©parĂ© les deux mouvements, l’investissement Ă©tant sans doute encore plus fort dans la free party oĂč pouvait s’opĂ©rer un vrai dĂ©crochage, une immersion.

Qu’est ce qui rassemblait cette jeunesse ?
Le public qui frĂ©quentait les raves et les free parties prĂ©sentait de nombreuses similaritĂ©s, mĂȘme si le choix de dĂ©crocher de la sociĂ©tĂ© ne se posait pas dans le premier cas. La vĂ©ritable diffĂ©rence se situait alors avec le clubbeur, beaucoup plus urbain et gĂ©nĂ©ralement dotĂ© d’un pouvoir d’achat supĂ©rieur.

Est-ce que ce mythe aurait pu exister avec une autre musique que la techno ?
La techno est une musique parfaitement en accord avec les idĂ©es utopiques qui ont accompagnĂ© sa diffusion. Son geste de composition est basĂ© sur le collectif et rejette l’idĂ©e mĂȘme de propriĂ©tĂ© privĂ©e. L’usage du sampler permet de prĂ©lever des tas de petits extraits de sons, y compris d’autres musiques. On peut les recycler, les rĂ©adapter, les recoller entre eux et fabriquer un morceau. Quand quelqu’un compose un morceau, il le fait pour la collectivitĂ© techno : un Dj va forcĂ©ment s’en emparer et retailler dans le disque avec sa table de mixage, puis le fusionner avec un autre morceau. Au mieux, il va sublimer le titre, au pire le massacrer. MĂȘme un mix peut ĂȘtre re-samplĂ© par un autre musicien : c’est un processus trĂšs horizontal, trĂšs diffĂ©rent de la propriĂ©tĂ© du morceau telle qu’on la conçoit dans d’autres musiques.
Ensuite, au sein du morceau mĂȘme, la techno fonctionne sur des empilements de bandes sonores, souvent rĂ©pĂ©titives, qui forment des boucles. Le danseur peut librement se fixer sur tel ou tel son. Le “boum boum” est Ă©videmment fĂ©dĂ©rateur : il structure l’architecture sonore. Mais n’importe quel Ă©lĂ©ment est susceptible d’apparaĂźtre ou de disparaĂźtre : il n’existe pas de hiĂ©rarchie, pas d’élĂ©ment principal, pas de pyramide avec un Ă©lĂ©ment qui prĂ©domine sur les autres et dirige l’ensemble. La diffĂ©rence avec un chanteur ou un solo de guitare, c’est que tous les autres instruments semblent lĂ  pour soutenir le reste, on retient la mĂ©lodie jouĂ©e par le soliste et pas forcĂ©ment ce qu’il y a en dessous. À l’inverse, dans la techno, tous les Ă©lĂ©ments musicaux sont Ă  Ă©galitĂ©. MĂȘme le dispositif scĂ©nique est trĂšs horizontal : les artistes sont souvent au niveau des gens, devant le son pour abolir l’idĂ©e mĂȘme de hiĂ©rarchie.

La starification du Dj est donc le plus grand écueil de la scÚne techno ?
La starification s’est opĂ©rĂ©e sur un milieu totalement diffĂ©rent mais mĂȘme dans les free parties, j’ai vu des tentatives pour aller vers ce terrain-lĂ . Pourtant, Ă  la base, il s’agit de ne pas faire de show, de laisser faire les gens, les projections d’images et d’autres stimulations sensorielles. Jouer en live au milieu du public est une expĂ©rience trĂšs intĂ©ressante : on n’est pas sur des retours, on ressent les mĂȘmes sensations que les danseurs et on perçoit les phĂ©nomĂšnes de transe autour, la vibration est vraiment collective.

Vous redoutiez la dissolution de la techno dans le « clubbing ». Qu’est ce qui vous semblait contradictoire dans ce rapprochement ?
La pratique de la rave Ă©tait rĂ©volutionnaire, parce qu’elle remettait totalement en question l’idĂ©e d’espace-temps. Il n’y a plus d’horaires, plus de barriĂšres entre la scĂšne et le public et pas de service d’ordre : tout est mĂȘlĂ©. Le club est un espace fermĂ© alors que les raves se font dans la nature ou dans des bĂątiments en ruines, dans un endroit qui laisse une libertĂ© d’exploration. Les raves en pleine nature ou dans des friches laissent beaucoup plus de possibles de dĂ©couvertes et d’auto-initiation que n’en permet le club.

Justement, les hangars et les lieux dĂ©saffectĂ©s sont aujourd’hui trĂšs prisĂ©s par de gros organisateurs de soirĂ©es techno. Quel regard portez-vous sur ces Ă©vĂšnements Ă  but lucratif qui surfent sur l’esprit « free party » ?
Je connais mal ce milieu et je ne me sens pas lĂ©gitime pour porter un jugement dessus. Ce qui est intĂ©ressant, c’est que l’idĂ©e se rĂ©approprier des friches a fait son chemin. Ça ne s’est pas seulement fait Ă  travers la musique, la mode, a par exemple aussi jouĂ© un rĂŽle important mais la rave a Ă©tĂ© trĂšs forte dans cette transition. C’est une belle idĂ©e de recycler des lieux, de rĂ©cupĂ©rer des endroits Ă  l’abandon plutĂŽt que de dĂ©truire des espaces naturels. Aujourd’hui, l’idĂ©e est dans l’air du temps avec des friches artistiques, des rĂ©habilitations de lieux dĂ©saffectĂ©s : c’est un phĂ©nomĂšne gĂ©ographique et social qui s’étend au niveau mondial, et que les raves avaient vu venir.

Comment expliquez-vous que la techno n’a pas pu rĂ©sister Ă  cet effort de rĂ©cupĂ©ration ?
La rĂ©cupĂ©ration est le propre de la sociĂ©tĂ© de consommation : c’est quelque chose d’incontournable. DĂšs qu’il y a une bonne idĂ©e, elle s’en empare et la dĂ©voie, pour la mettre Ă  son image. Alors qu’elles dĂ©tournaient les codes de la publicitĂ© et cherchaient Ă  lutter contre la sociĂ©tĂ© de consommation, les idĂ©es des situationnistes ont fini par servir aux publicitaires pendant les annĂ©es 1980. Tout peut ĂȘtre subverti par cette grosse machine : la techno et les raves, qui Ă©taient des idĂ©es de contestation dans l’action, ont elles aussi pu servir d’arguments commerciaux. Les nouvelles idĂ©es sont essentielles Ă  la contestation parce qu’elles peuvent toujours ĂȘtre avalĂ©es goulument par la machine capitaliste et la sociĂ©tĂ© du spectacle. Alors qu’il Ă©tait mal vu dans les annĂ©es 1990, le mot « rave » est d’ailleurs revenu en force ces derniĂšres annĂ©es, notamment dans la bouche d’organisateurs de grosses soirĂ©es, pour se transformer en message publicitaire.

En entrant dans l’illĂ©galitĂ©, les rave parties sont finalement devenues beaucoup plus visibles.
En 2001, le gouvernement a voulu lĂ©gifĂ©rer sur le mouvement techno en ajoutant un amendement dans une loi sur la sĂ©curitĂ© quotidienne, c’était le projet Mariani. Il y a eu des discussions, des rencontres entre hommes politiques et teufeurs. C’était un moment difficile car aucun d’entre nous n’étions prĂȘts Ă  ce genre de rencontre, nous Ă©tions tous assez naĂŻfs Ă  l’inverse des politiques qui eux ne l’étaient pas. Fallait-il accepter de dĂ©battre avec eux ou fuir la discussion ? Les sound systems se sont organisĂ©s pour envoyer des dĂ©lĂ©guĂ©s. L’incomprĂ©hension Ă©tait forte mais certains politiques ont rĂ©ussi Ă  comprendre que la rave party s’inscrivait dans la continuitĂ© de mouvements dĂ©sintĂ©ressĂ©s. Ce fut une pĂ©riode trĂšs dense qui a permis de rĂ©unir des sound systems qui n’avaient jamais menĂ© ce type de discussions. Certains crachaient sur ceux qui s’y rendaient, d’autres y voyaient l’occasion de changer : c’était une foire d’idĂ©es trĂšs contradictoires qui a durĂ© plusieurs annĂ©es et qui continue encore avec la relĂšve des jeunes sound-systems.

En septembre 1998 a lieu la premiÚre Techno Parade. Comment est-elle reçue ?
La parade a Ă©tĂ© beaucoup critiquĂ©e parce qu’elle Ă©tait organisĂ©e par de grands pontes de la techno. L’objectif Ă©tait de rĂ©unir toute la « famille » de la techno mais la free party en Ă©tait immĂ©diatement exclue car il fallait payer pour pouvoir obtenir un char. Le fait que la publicitĂ© s’invite dans la parade a beaucoup affectĂ© son image chez les teufeurs. Un Teknival prĂšs de La Villette a donc suivi la Techno Parade, restĂ© dans les mĂ©moires comme le « fuck tecknoparade » en rĂ©ponse Ă  l’évĂ©nement dont Jack Lang s’était fait le porte-parole.

La techno n’a t-elle pas montrĂ© Ă  ce moment lĂ  qu’elle pouvait ĂȘtre un outil politique ?
Elle a servi de tribune pour Jack Lang, qui s’est retrouvĂ© Ă  prendre la parole dans de multiples mĂ©dias, ce qui l’a beaucoup aidĂ© Ă  conforter son image « cool ». Il s’en est servi comme d’un tremplin pour revenir sur le devant de la scĂšne. Le mot politique ne me gĂȘne pas du tout : tout ce qu’on fait est politique. Et comme pour toute musique, la maniĂšre de crĂ©er la techno, de la diffuser, de la concevoir est Ă©minemment politique.

Conseils de lecture :
Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors, Éditions Le mot et le reste
Free Party, Une histoire, des histoires, Éditions Le mot et le reste

Lire l’interview sur le site de I-D

Marion Raynaud Lacroix
I-D // Vice 13 septembre 2017

- Free Party. Une histoire, des histoires

Cette fresque Ă©mouvante revient sur vingt ans de rave, de la naissance des Spiral Tribe Ă  la diaspora Ă©lectronique (France, Italie, RĂ©publique TchĂšque). Guillaume Kosmicki (alias Tournesol au sein d’Ôko System) est un musicologue capable de s’enflammer pour un mix d’lxindamix ou une symphonie de Mahler. La force de son ouvrage? Le refus de l’histoire froide. À la maniĂšre de Please Kilt Me ou Manchester Music City, sont interrogĂ©s une quarantaine d’acteurs, des pionniers anglais aux convertis continentaux. Ce flux oral colle parfaitement Ă  un mouvement qui n’a jamais eu de manifeste Ă©crit. Ces tĂ©moignages de trajectoires personnelles et variĂ©es Ă©tonnent parfois et remuent, souvent. S’ajoute Ă©galement le plaisir de revivre, sous une autre forme, quelques mĂ©morables moments. Aujourd’hui, les free parties sont scindĂ©es entre d’un cĂŽtĂ©, des naĂŻfs souhaitant, en vain, un dialogue avec l’État. De l’autre, des irrĂ©ductibles plus inventifs refusant catĂ©goriquement de transiger avec les autoritĂ©s. En attendant, les raves ne servent plus de contre-feu, et c’est trĂšs bien ainsi.

Thibaut Allemand
Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017

- 2001, l'Odysée des Raves Party

A la fin des annĂ©es 80, la vague des fĂȘtes de musique Ă©lectronique frappe l’Europe de ses premiĂšres notes. En Angleterre d’abord, puis ensuite en France, le phĂ©nomĂšne des « Raves Party » dĂ©barque sans crier gare et il renverse tout ce qui se trouve sur son passage !

Dans leurs valises : les « Raves » rĂ©introduisent avec elles un mode de vie et un Ă©tat d’esprit qu’on avait oubliĂ© depuis les annĂ©es « Woodstock ». Celui d’une fĂȘte qui rime avec libertĂ© et qui se dĂ©roule hors de toute contrainte d’espace ou de temps ! Sur leurs platines : les DJ des « Sound systĂšmes », vĂ©ritables maĂźtres de cĂ©rĂ©monies, distillent un son d’un genre nouveau : brutal, rythmĂ© et aliĂ©nant
 de la musique House et par la suite de la techno Ă  l’état pur ! Dans leurs poches : les fĂȘtards, qu’on surnomme aussi les « raiveurs » (Ravers), sont prĂȘt Ă  braver les Ă©lĂ©ments pendant des jours pour communier avec la musique !

VĂ©ritable Ovni dans le paysage musical, les « Raves Party » tracent leur route de rassemblements en rassemblements, de festivals en festivals ! À chacun de leur passage, Ă  proximitĂ© des villes ou dans les campagnes, elles suscitent autant d’engouement qu’elles engendrent d’inquiĂ©tudes voir d’incomprĂ©hensions
 Car bien malgrĂ© elles, ils planent au-dessus du mouvement le spectre de la violence, de l’incivisme et de la consommation de drogue ! De fausses idĂ©es reçues qui, largement relayĂ©es dans la presse, vont ĂȘtre Ă  l’origine d’une sĂ©vĂšre campagne de rĂ©pression par les responsables politique. Au point que progressivement muselĂ©es, les Raves Party vont ĂȘtre concurrencĂ©es par un autre type de fĂȘte, encore plus libertaires celles-lĂ , les « Free Party » !

Alors quelle est donc l’origine de ces fĂȘtes sur fond de musique Ă©lectronique qu’on appelle plus communĂ©ment « les Raves » ? Comment sont-elles arrivĂ©es en France ? Quelles sont les vĂ©ritables motivations de leurs organisateurs ? Pourquoi le mouvement s’est-t-il divisĂ© entre lĂ©galitĂ© et illĂ©galitĂ© ? Et enfin comment les pouvoirs publics ont-ils rĂ©agi face Ă  ce mouvement ?

Invité Guillaume Kosmicki

Guillaume Kosmicki, musicologue, enseignant-confĂ©rencier, spĂ©cialiste du phĂ©nomĂšne techno Ă  travers les raves et les free party, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de rĂ©fĂ©rences sur le sujet dont « Free Party, une histoire, des histoires » paru avec un CD en 2010, aux Ă©ditions Le mot et le reste. Avec nous Ă©galement par tĂ©lĂ©phone depuis Brest, Vincent Tanguy, Porte-parole des Sounds SystĂšmes breton. Il organise des Free Party et il est d’ailleurs membre du collectif « 7-1-6 » (« c’est ainsi »).

Réécoutez cette émission en cliquant ici

Fabrice Drouelle
Affaires Sensibles - France Inter 29 juin 2017

- Machine Musik

Guillaume Kosmicki Ă©tait l’invitĂ© d’Elizabeth Tchoungui sur France Culture pour une Ă©mission qui passe en revue la scĂšne musicale allemande Ă  l’occasion des Ă©lections lĂ©gislatives.

Mandaté pour ses ouvrages Free Party et Musiques électroniques, Guillaume Kosmicki analyse la scÚne électronique actuelle.

“ [Le militantisme au sein de free parties] n’est pas de l’ordre de la rĂ©union, de la formalisation d’idĂ©es pour un futur, mais vraiment d’un engagement dans la vie de tous les jours”.

À réécouter au plus vite !

Elizabeth Tchoungi
France Culture // Sur écoute 21 septembre 2013

- Le Grand bain

Jeudi 23 aoĂ»t 2012, Guillaume Kosmicki Ă©tait invitĂ© Ă  l’émission Le Grand Bain consacrĂ©e Ă  la techno pour rĂ©pondre Ă  la question : “La techno est-elle devenue une musique officielle?”

ÉCOUTER L’ÉMISSION

Sonia Devillers
France Inter 23 août 2012

- « Cette utopie collective n'est pas morte, les yeux brillent encore »

Entretien avec Guillaume Kosmicki, auteur de Free Party. Une histoire, des histoires

Ils ne voulaient pas d’argent. Ni transiger avec les autoritĂ©s. Ni Ă©couter de la musique insipide produite au kilomĂštre. Ils voulaient l’improvisation et la folie, l’enthousiasme et le plein air. Leurs fĂȘtes Ă©taient libres, rebelles et illĂ©gales, sans rĂšgles imposĂ©es. Autogestion teknoĂŻde.
Dans les annĂ©es 1990, les enfants de la tekno , activistes de la free party, ont organisĂ© certaines des plus classieuses fĂȘtes de tous les temps. Mais au cours des annĂ©es 2000, l’utopie a pris du plomb dans le son. Trop de monde, d’attention mĂ©diatique. De flics et de marchands du temple. Plus assez de politique, de valeurs partagĂ©es. Les folles fĂȘtes se sont faites conformes et mortifĂšres.
Le mouvement free party n’est pas mort, pourtant : dans les campagnes, les forĂȘts, les failles urbaines, il bouge encore. Et certains n’ont jamais cessĂ© de danser, bien dĂ©cidĂ©s Ă  ne rien lĂącher. Guillaume Kosmicki, ancien activiste et musicologue, en dresse le joli constat dans Free Party. Une histoire, des histoires (Ă©ditions Le mot et le reste ). L’ouvrage, qui compile des dizaines de tĂ©moignages, trace le beau (et parfois triste) panorama de plus de quinze ans d’utopie tekno, par la voix de ceux qui y ont participĂ©. Et n’omet pas une certaine dĂ©ception – rĂ©volution teknoĂŻde avortĂ©e. Bilan.

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Ta premiĂšre fois ?
C’était en 1994. Étudiant Ă  Aix-en-Provence, je rentrais Ă  la citĂ© U avec des amis, aprĂšs une soirĂ©e en ville. Il Ă©tait tard, on marchait en bord de route ; un camion s’est arrĂȘtĂ©. Les mecs nous ont donnĂ© un flyer, juste comme ça. Il s’agissait des Psykiatriks, l’un des premiers sons français, des Parisiens versĂ©s dans le hardcore .
J’y suis allĂ©, Ă  cette fĂȘte. Et j’ai pris une claque. Une vraie claque. À cause de la maniĂšre dont les choses se goupillaient. Du fait de dĂ©barquer dans un endroit pas du tout prĂ©vu pour ça, sans aucune des normes habituellement imposĂ©es – pas de droit d’entrĂ©e, de videurs ou de service de sĂ©curitĂ©, de lieu officiel. Et de la musique qui ne paraissait respecter aucune rĂšgle, libre d’emprunter, de mĂ©langer et fusionner.
J’ai pris le train en marche. On se retrouvait alors en pleine cambrousse, ou dans des hangars abandonnĂ©s, des endroits parfois totalement fous oĂč rĂ©gnait une libertĂ© incroyable. Il n’y avait pas vraiment de dĂ©but ou de fin, pas de concert ni de scĂšne ou d’artiste star. Juste un truc qui se faisait, oĂč tout le monde semblait avoir un rĂŽle Ă  jouer. Chacun acteur. Les musiciens, peu visibles ou mĂȘme cachĂ©s, n’étaient jamais en position de performance spectaculaire. Ça participait de l’utopie de la fĂȘte, cette espĂšce de communion partagĂ©e par tant d’inconnus issus de milieux diffĂ©rents. Toute une faune Ă©parpillĂ©e dans ses goĂ»ts et ses dĂ©lires, et se retrouvant pourtant avec le mĂȘme plaisir.

Tu t’y es investi à fond ?
Avec plusieurs casquettes. Teufeur, bien sĂ»r. Musicien, aussi, au sein d’Öko System. À l’époque, j’étais plutĂŽt axĂ© hard, expĂ©rimental, voire parfois hardcore ou hardtek, mais jamais trop dans les rails. On se produisait parfois avec un ami qui venait du jazz, et qui joue aujourd’hui sous le nom Mekanik Kantatik ; c’était toujours trĂšs chaotique, avec des textures un peu distordues et un son agressif. Il y avait beaucoup d’improvisation ; il arrivait mĂȘme qu’on perde les gens en route

J’étais aussi observateur. En 1995, je suivais un cursus de musicologie, et un prof m’a poussĂ© Ă  travailler sur les free parties. Il pensait Ă  raison que cela pouvait faire un bon sujet d’enquĂȘte. Je dĂ©barquais donc en teuf avec mon petit calepin et mon enregistreur. Parfois, je m’amusais ; Ă  d’autres moments, j’étais plus sĂ©rieux, façon observation participante. Au fond, on peut dire que je n’ai jamais cessĂ© ce travail commencĂ© en 1995 – je continue aujourd’hui Ă  rĂ©flĂ©chir sur le mouvement des free parties, j’écris, je donne des cours ou des confĂ©rences.

Ce qui nous amùne à ton ouvrage, Free Party. Une histoire, des histoires

J’avais dĂ©jĂ  Ă©crit quelques articles sur le sujet, plutĂŽt scientifiques, avec un regard assez distanciĂ©. Mais pour ce livre, je ne voulais pas d’un ton univoque, façon cours magistraux. Et encore moins d’une quelconque objectivitĂ© : ce mouvement, j’en suis. Je me refusais aussi Ă  dresser une histoire officielle de la free party – celle-ci n’existe pas. En fait, ce sont les trajectoires individuelles qui m’intĂ©ressaient. Avec l’idĂ©e qu’elles participent toutes d’une grande et multiple histoire, d’un mouvement trĂšs divers qui existe depuis plus de 15 ans.
J’ai donc recueilli une quarantaine de tĂ©moignages. Ceux d’anciens, actifs au milieu des annĂ©es 1990, ou de plus jeunes, de membres de sound systems ou d’électrons libres, de musiciens ou de teufeurs, d’anonymes ou de gens un peu plus connus. Certains ont participĂ© Ă  des sons restĂ©s plus ou moins mythiques – Spiral Tribes , Facom Unit, Tomahawk, Sound Conspiracy ou Heretik. Beaucoup se sont investis sans compter, montant des sons, prenant la route en camion, en mode travellers, ou vivant en squats. D’autres se sont « contentĂ©s » d’aller danser chaque week-end. Mais tous sont traitĂ©s sur un pied d’égalitĂ©, sans hiĂ©rarchie, qu’ils aient dĂ©couvert la teuf en 1994 ou s’y soient mis aprĂšs 2000. Ce qui m’importe, c’est la façon dont la free party a changĂ© leur vie.

Elle-mĂȘme a changĂ©. Pas forcĂ©ment en bien, d’ailleurs

Je situerais la cassure en 1998-99, quand le public a commencĂ© Ă  dĂ©barquer de façon massive. LĂ , les choses ont en effet commencĂ© Ă  changer, une part croissante des teufeurs se comportant en consommateurs. Ils ne cherchaient plus Ă  s’investir, Ă  participer d’une maniĂšre ou d’une autre.
Il y a quelques signes assez marquants de cette Ă©volution. En 1999, les premiers stands de merguez, prĂ©sents d’ordinaire sur les marchĂ©s ou les fĂȘtes foraines, se sont incrustĂ©s sur de gros Ă©vĂ©nements. Ces gens n’avaient rien Ă  voir avec le mouvement, ils Ă©taient juste lĂ  pour Ă©couler leur marchandise. Le signe Ă©vident d’une dĂ©gradation par rapport Ă  l’idĂ©al premier, qui veut que chacun soit autonome, prĂ©voie de quoi boire et manger le temps de la fĂȘte. OĂč est le do it yourself quand tu peux acheter ton sandwich Ă  prix fixe, Ă  un mec dans une guĂ©rite ?
Et puis, il y a eu aussi l’arrivĂ©e massive de dealers. La drogue a toujours Ă©tĂ© prĂ©sente, et le deal Ă©galement – les produits psychotropes participent de la fĂȘte tekno, de son cĂŽtĂ© hĂ©doniste. À une Ă©poque, certains sons en vendaient d’ailleurs eux-mĂȘmes, pour s’autofinancer. Mais l’arrivĂ©e du deal en masse, avec de gros trafiquants Ă©coulant leurs produits Ă  la criĂ©e, a eu un effet trĂšs nĂ©gatif. Minh-Thu, activiste marseillaise, remarque ainsi dans le livre : « Les deux derniĂšres teufs que j’ai faites m’ont Ă©loignĂ© de tout ça : je me suis tapĂ© un kilomĂštre Ă  pied dans un supermarchĂ© de la drogue, avec des personnes qui n’avaient rien Ă  voir avec le mouvement et qui en ont profitĂ© pour se faire des couilles en or [
]. Je ne l’avais pas vu avant, j’ai percutĂ© en 99. »
Le comportement des participants s’est aussi modifiĂ©. On a vu de plus en plus de gens qui, aprĂšs une nuit ou quelques jours de fĂȘte, abandonnaient tous leurs dĂ©chets par terre. Laisser ses poubelles sur place parce qu’on sait que quelqu’un va les ramasser : quoi de plus consommateur ? Les mĂȘmes ne cherchaient pas Ă  sortir des sentiers battus, Ă  faire des dĂ©couvertes musicales. Et ils sifflaient le Dj quand ils le jugeaient trop expĂ©rimental ou trop mou ; pas assez conforme, en somme.

La fĂȘte libre devenait normĂ©e ?
C’était sans doute fatal. Tout mouvement, mĂȘme trĂšs ouvert Ă  la base, finit par se fabriquer des codes. Ce n’est pas que pĂ©joratif : ceux-ci participent de la culture. Mais s’ils deviennent monolithiques et impĂ©ratifs, si la personne qui n’est pas habillĂ©e en kaki des pieds Ă  la tĂȘte et qui n’adopte pas une attitude plutĂŽt dure a droit Ă  des regards de travers, ça devient beaucoup moins sympathique. Comme le remarque Vincent, teufeur des dĂ©buts : « Les choses prĂ©dĂ©finies ont une tendance Ă  l’intolĂ©rance. À partir du moment oĂč la free party s’est dĂ©finie elle-mĂȘme en disant ‘On est ça !’, elle est devenue intolĂ©rante. »
Il y a ainsi eu, au dĂ©but des annĂ©es 2000, une pĂ©riode assez dĂ©primante. Ça tournait en rond, et le public en Ă©tait partiellement responsable. Il Ă©tait dĂ©sormais trop massif pour qu’il soit possible de partager avec lui certaines valeurs. Et il Ă©tait aussi trop pressĂ© d’en ĂȘtre, de trouver comment ça marche : il se reportait sur les codes les plus basiques.
Mais le public n’est pas seul en cause : certains sons n’ont clairement pas transmis le bon modĂšle. Eux aussi se sont comportĂ©s de façon trop stĂ©rĂ©otypĂ©e, dans la musique comme dans l’attitude. Pour certains, le fait d’organiser une teuf se suffisait Ă  lui-mĂȘme – il n’y avait plus de rĂ©flexion artistique, musicale ou politique. Et une bonne partie des sound systems les plus connus se sont lancĂ©s dans une course en avant ; il fallait organiser les plus grosses fĂȘtes, avec des murs de son dĂ©mesurĂ©s. Spectaculaire, mais triste.

Pour parfait symbole de la pĂ©riode, d’immenses teknivals rĂ©unissant des dizaines de milliers de personnes

Les activistes de la free ont toujours voulu partager leur culture. Faire venir le plus de monde possible, avec un cĂŽtĂ© parfois prosĂ©lyte. Les Spiral Tribes ont mĂȘme distribuĂ© des flyers dans le mĂ©tro parisien, au dĂ©but des annĂ©es 1990

Mais quand il y a trop de monde, ça devient ingĂ©rable. Les gens se montrent responsables quand ils ne sont que quelques centaines ; ils s’en fichent quand ils se comptent par milliers. En mai 2004, le teknival de Chambley, organisĂ© sous l’égide de Sarkozy, a rassemblĂ© prĂšs de 95 000 personnes
 Ça n’avait plus de sens.
Les mĂ©dias ont jouĂ© un rĂŽle dans cette course au gigantisme. Rien de trĂšs neuf : les premiers articles trĂšs nĂ©gatifs sur les raves sont parus dans les journaux français en 1992-93. Alors mĂȘme qu’une culture trĂšs forte voyait le jour, avec des gens lançant des associations et initiant des projets passionnants, les mĂ©dias et les autoritĂ©s ont participĂ© d’une mĂȘme rĂ©pression, qui a largement tuĂ© dans l’Ɠuf ce premier Ă©lan. Ils ont jouĂ© la diabolisation, certains allant jusqu’à faire le lien entre danseurs et nazis. Cela explique en partie la faiblesse de la culture rave en France.
Les mĂ©dias ont ensuite embrayĂ© sur les free parties – particuliĂšrement Ă  partir de 2001. Ils en ont fait des tonnes, notamment Ă  la tĂ©lĂ©, et ont traitĂ© le mouvement de façon idiote, avec des raccourcis et des prĂ©jugĂ©s permanents. Cette alliance d’une couverture mĂ©diatique massive et d’une dramatisation inepte a paradoxalement donnĂ© envie Ă  beaucoup de jeunes d’aller faire un tour en teuf. C’était the place to be, le public accourait parce qu’il en avait entendu parler au 20 Heures et qu’il voulait dĂ©couvrir en quoi ça consistait, et non plus parce qu’il croyait Ă  certaines idĂ©es. Dans ces phĂ©nomĂšnes de masse ingĂ©rables, la culture free party s’est noyĂ©e ; il ne restait plus que des milliers de personnes, trop souvent lĂ  pour de mauvaises raisons.
Les choses se sont ensuite un peu calmĂ©es. La rĂ©pression trĂšs dure lancĂ©e en 2001 contre les free parties a sans doute contraint le mouvement Ă  se replier sur lui-mĂȘme

Il faut prĂ©ciser le contexte. Nous sommes en 2001, le gouvernement Jospin fait passer la Loi sur la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (LSQ). Laquelle comprend un amendement dirigĂ© contre les free parties, dĂ©posĂ© initialement par le dĂ©putĂ© RPR Thierry Mariani : il impose une dĂ©claration prĂ©alable en prĂ©fecture, sous peine de saisie du matĂ©riel. Dans le livre, un teufeur, Olive, explique : « Mariani [
] est notamment le mec qui dĂ©fend le milieu des boĂźtes de nuit. Il Ă©tait rĂ©putĂ© pour ĂȘtre un connard fini, utilisĂ© pour lancer Ă  l’AssemblĂ©e les dĂ©bats sur les sujets les plus chauds. Il s’est emparĂ© de ça, et ça a commencĂ© Ă  baver grave, on s’en est pris plein la gueule. » L’application de son amendement a entraĂźnĂ© des dizaines et dizaines de saisies, sans pour autant permettre aux sound systems d’organiser des Ă©vĂ©nements de façon lĂ©gale : tout Ă©tait fait pour que les fĂȘtes n’aient plus lieu. En arriĂšre-plan, les violences policiĂšres, la chasse aux teufeurs et une rĂ©pression permanente.
En tant que telle, cette loi est liberticide et scandaleuse. Mais de façon paradoxale, elle a peut-ĂȘtre fait du bien au mouvement sur le long terme. Parce qu’elle a mis fin aux rassemblements gigantesques et aux dĂ©bordements qui les accompagnaient, enclenchant une dĂ©crue du nombre de participants. Py, du sound system breton Mandragore, note ainsi qu’on est depuis « revenus Ă  des soirĂ©es beaucoup plus petites, plus confidentielles, peut-ĂȘtre plus ‘underground’ ». Pas faux.

La free n’est pas morte, alors ?
Bien au contraire ; et j’espĂšre que cela ressort du livre. J’ai Ă©tĂ© trĂšs surpris de constater l’enthousiasme de jeunes sound systems – disons, ceux nĂ©s aprĂšs la loi de 2001. En Bretagne, c’est le cas de sons comme Epsylonn-Otoktone ou Mandragore : ils font preuve de la mĂȘme ferveur que leurs aĂźnĂ©s des annĂ©es 1990, leurs fĂȘtes sont colorĂ©es et ouvertes, la musique y est variĂ©e et inventive. S’il y a eu une large dĂ©sillusion autour de ce mouvement, certains se battent encore pour lui. Et ils ont su garder ce dĂ©sir de mĂ©langer les cultures, de mettre tout le monde Ă  Ă©galitĂ©, de voyager pour faire dĂ©couvrir la musique
 Cette utopie collective n’est pas morte, les yeux brillent encore. L’immĂ©diatisme a toujours de l’avenir.

L’immĂ©diatisme ?
Il s’agit d’un concept artistico-politique basĂ© sur la crĂ©ation collective et dĂ©veloppĂ© par Hakim Bey, l’auteur de Zone d’Autonomie Temporaire, TAZ – livre ayant Ă©normĂ©ment marquĂ© le monde de la free. Pour rĂ©sumer, l’immĂ©diatisme prĂŽne la distance avec la mĂ©diation : il faut privilĂ©gier les activitĂ©s artistiques qui y ont le moins recours, les pires Ă©tant celles qui passent par la tĂ©lĂ©vision, et rĂ©intĂ©grer l’art dans le quotidien.
Hakim Bey explique donc qu’il convient de se passer de toute mĂ©diation au profit de l’intervention collective directe. Selon lui, « il faut sortir de l’hĂ©ritage du NĂ©olithique », qui a menĂ© au partage du travail et aux sociĂ©tĂ©s industrielles, « pour renouer » avec la maniĂšre dont les hommes pratiquaient l’art au PalĂ©olithique. Revenir Ă  des pratiques collectives et « prĂ©servĂ©es par le secret », en rĂ©inventant une Ă©conomie du don.
Ce concept entre en concordance avec nombre d’idĂ©es portĂ©es par le mouvement free party. Notamment parce que la composition d’une Ɠuvre y est Ă©minemment collective. Tu pars d’un sample pris sur un morceau qui n’est pas le tien, tu composes avec ce sample un nouveau morceau, et un autre Dj va le mixer avec d’autres morceaux qu’il n’aura pas créés non plus. Il s’agit d’une chaĂźne de crĂ©ation, dans laquelle chacun a un rĂŽle Ă  jouer et oĂč la propriĂ©tĂ© intellectuelle ou artistique n’a plus cours. Tout le monde amĂšne sa petite pierre Ă  l’édifice, poursuivant l’Ɠuvre collective. Mais Hakim Bey ne le verrait sans doute pas totalement ainsi ; lui refuse l’ordinateur et les nouvelles technologies.

Le collectif anti-productiviste PiĂšces et Main d’Oeuvre (PMO) vient justement de publier Techno, le son de la technopole , ouvrage trĂšs critique sur l’utopie tekno. Ils Ă©crivent notamment : « Non seulement les beats Ă©lectroniques ne suppriment en rien l’aliĂ©nation Ă  la machine, mais ils accompagnent l’émergence du capitalisme high-tech, partageant sa soumission Ă  la tyrannie technologique, son projet de monde hors-sol et sa fabrique de l’homme-machine post-moderne. »
J’ai parcouru Le Son de la technopole, et je ne suis pas d’accord avec ce que j’ai lu. Dans leur composition, les morceaux teknos sont – c’est vrai – une imitation de la machine omnipotente, celle qui Ă©crase. La machine est un outil d’oppression, le philosophe JĂŒrgen Habermas en parlait dĂ©jĂ  dans les annĂ©es 1960, analysant sous cet angle la technologie et la communication.
Il est aussi vrai que dans le milieu tekno, on s’abreuve littĂ©ralement de bruits oppressants et rĂ©pĂ©titifs, assez semblables Ă  ceux d’une usine. Et on le fait en masse, devant un grand totem d’oĂč a complĂštement disparu l’ĂȘtre humain – la plupart du temps, le Dj se cache ; et mĂȘme s’il est devant nous, on ne le regarde pas.
Mais Ă  la diffĂ©rence de PMO, j’estime que ce dispositif a pour but de jouer avec la domination, et de la critiquer. Dans un trĂšs grand nombre de morceaux teknos, le rĂŽle du break est essentiel – plantades, cassures, suspensions, ralentissements et accĂ©lĂ©rations font la musique. La machine est sans cesse contrainte. Et ce sont justement les instants oĂč elle est mise Ă  mal qui dĂ©clenchent le plaisir des danseurs.
La machine n’est finalement centrale qu’en ce que le battement du beat, ce boum-boum, Ă©voque celui du cƓur. Elle n’existe que tant qu’elle est humaine, et qu’elle se plante Ă  rĂ©pĂ©tition. Tant qu’elle est Ă  notre image. Elle n’est plus seulement mĂ©canique, mais aussi organique. C’est d’ailleurs le message que portaient au dĂ©but les Spiral Tribe, qui revendiquaient l’alliance entre la technologie et la nature.

ARTICLE 11

Jean-Baptiste Bernard
Article 11 Février-Mars 2012

- Bulles noires

Dans son Ă©mission du 15 octobre, StĂ©phane recevait Guillaume Kosmicki pour parler d’Hakim Bey, de raves et de musiques Ă©lectroniques.

Lien permanent pour réécouter l’émission

Stéphane Allégret
Radio Libertaire 15 octobre 2011

- L'atelier du son

Dans la deuxiĂšme partie de l’émission, le musicologue Guillaume Kosmicki revient sur les Sermons radiophoniques d’Hakim Bey, qui paraissent aux Ă©ditions Le Mot et le Reste et dont il signe l’introduction. Hakim Bey, thĂ©oricien amĂ©ricain, inventeur du concept de “Zones d’autonomes temporaires”, explique ici “l’immĂ©diatisme”, ou l’art comme jeu quotidien. Guillaume Kosmicki explique en quoi la parole d’Hakim Bey entre en Ă©cho avec les free parties et la musique Ă©lectronique.

L’Atelier du son
Lien permanent sur le site de Guillaume Kosmicki

Thomas Baumgartner
France Culture 16 septembre 2011

- Emission Speciale

ÉMISSIONSPÉCIALE autour de « FREEPARTY » de GUILLAUMEKOSMICKI

AprĂšs le passionnant “Musiques Électroniques” dont nous vous avions dĂ©jĂ  parlĂ© sur ces ondes, “Free Party, une histoire, des histoires” est le nouveau livre de Guillaume Kosmicki, toujours aux excellentes Éditions Le Mot Et Le Reste. À l’occasion de la sortie de cette somme inĂ©dite et documentĂ©e sur un mouvement alternatif qui a connu en France des Ă©volutions contrastĂ©es, l’auteur rencontrait Raff (OQP / Sound Conspiracy), Zool (Metek) et Mrik (I.O.T. Records), trois acteurs de la Free Party interviewĂ©s dans son livre. La rencontre, organisĂ©e au Daki Ling Ă  Marseille et suivie d’un DJ set de Feud’jay (I.O.T. Records), Ă©tait animĂ©e par Robex pour Radio Grenouille qui a Ă©galement rĂ©alisĂ© cette Ă©mission spĂ©ciale.

Pour réécouter l’émission :
Radio Grenouille

Robex
Radio Grenouille 14 juin 2011

- Rave, story of a dream

RAVE, STORY OF A DREAM > LE 6 AU CARGO DE NUIT (ARLES)

Fin 2010 sortait sur les Ă©ditions Le mot et le reste un superbe livre entiĂšrement consacrĂ© Ă  l’histoire des raves, Free party : une histoire, des histoires.
ComposĂ© en grande partie d’interviews, il est l’Ɠuvre de l’enseignant/confĂ©rencier en musicologie Guillaume Kosmicki, activiste techno sous le pseudonyme Tournesol, et hĂŽte d’une fĂȘte (Nicolas Cante alias Nikoll et Rokette 77 du Heretik System y sont invitĂ©s) instructive, qui commence dĂšs 18h par une confĂ©rence
 Pas banal.
FREE PARTY : UNEHISTOIRE, DESHISTOIRES (LE MOT ET LE RESTE)

J SA
Ventilo n°280 Mai 2011

- Entretien avec Guillaume Kosmicki

*Agents d’entretiens, le portail d’interviews pour balayer les idĂ©es reçues, a interrogĂ© Guillaume Kosmicki.
Extraits*

Enseignant et confĂ©rencier, Guillaume Kosmicki est un spĂ©cialiste des musiques Ă©lectroniques, dont les deux ouvrages parus sur la question (Musiques Ă©lectroniques – Des avant-gardes aux dance floors et Free parties – Une histoire, des histoires) font figure de rĂ©fĂ©rences pour tous les aficionados de ce courant musical si intimement liĂ© Ă  la fĂȘte. De la thĂ©orie Ă  la pratique, il n’y a qu’un pas que l’enseignant franchit volontiers en troquant sa tenue de confĂ©rencier pour celle de DJ Tournesol, son pseudo une fois la nuit tombĂ©e. En cette pĂ©riode estivale qui voit fleurir comme des champignons magiques les plus gros festivals de musiques Ă©lectroniques, il Ă©tait donc de rigueur de faire un tour d’horizon sur la techno d’hier, d’aujourd’hui et de demain, afin de mieux comprendre l’engouement exponentiel pour ce mouvement qui se veut d’abord libertaire. En piste !

À quelle pĂ©riode les premiĂšres musiques dites Ă©lectroniques sont-elles apparues ?
Tout dĂ©pend de ce que l’on entend par “musiques Ă©lectroniques”. Historiquement, la premiĂšre fois que l’on a utilisĂ© le terme, c’était en 1951, Ă  Cologne, en Allemagne, dans le laboratoire de la WDR, Ă  propos d’une musique entiĂšrement rĂ©alisĂ©e Ă  partir de synthĂ©tiseurs. Le projet Ă©tait initiĂ© par l’universitaire Herbert Werner-Eppler, le technicien Robert Beyer et le compositeur Herbert Eimert. Ils ont vite Ă©tĂ© rejoints par de nombreux autres compositeurs, comme Karlheinz Stockhausen en 1952, puis Henri Pousseur et Karel Goeyvaertz en 1954. Le projet a essaimĂ© ensuite dans de nombreux autres pays, comme en Italie en 1955, au studio de la RAI Ă  Milan, avec Luciano Berio, Bruno Maderna et Luigo Nono. Inutile de prĂ©ciser que les musiques qui sortaient alors de ces studios, reposant sur des processus compositionnels trĂšs savants et souvent inspirĂ©s par le sĂ©rialisme intĂ©gral alors en vogue chez les compositeurs d’avant-garde, Ă©taient trĂšs Ă©loignĂ©es de la techno et de la house. Mais, d’un point de vue technologique, on pourrait aussi dans l’absolu parler de musiques Ă©lectroniques, Ă  partir du moment oĂč l’on a commencĂ© Ă  utiliser des instruments reposant sur des nouvelles lutheries en appelant Ă  l’électricitĂ©. Les premiers essais sont le TĂ©lĂ©graphe musical d’Elisha Grey en 1876, le Dynamophone de Thaddeus Cahill en 1905, l’Audion piano de Lee de Forest en 1915 (l’inventeur de la triode, et donc de l’amplification d’un signal sonore), puis le ThereminVox de LĂ©on Theremine en 1920. DĂšs lors, les nouvelles inventions ne vont cesser d’apparaĂźtre dans les annĂ©es qui suivent, et de nombreuses Ɠuvres de compositeurs vont intĂ©grer ces instruments, et parfois reposer entiĂšrement sur leur utilisation (que l’on pense par exemple Ă  des Ɠuvres d’Olivier Messiaen sur Ondes Martenot, ou Ă  celles de Paul Hindemith et d’Oskar Sala sur Mixturtrautonium). L’utilisation de ces nouvelles lutheries a commencĂ© Ă  se gĂ©nĂ©raliser dans tous les genres musicaux Ă  la fin des annĂ©es 1960, au moment oĂč elles se sont multipliĂ©es et vendues Ă  grande Ă©chelle (synthĂ©tiseurs Moog, puis Arp, Oberheim etc.). Au-delĂ  des musiques savantes, le rock, le jazz, le funk, la soul et bien d’autres genres les ont alors adoptĂ©es sans discontinuer. On parle en effet couramment de “techno rock” dans les annĂ©es 1970 ou d’“electro-pop” dans les annĂ©es 1980.
La musique Ă©lectronique englobe aussi l’utilisation de l’enregistrement, non plus comme support de reproduction sonore, mais comme outil de crĂ©ation musicale. Au-delĂ  du prĂ©curseur John Cage, qui a utilisĂ© des platines de tourne-disques dans une Ɠuvre dĂšs 1939, les expĂ©riences ont Ă©tĂ© nombreuses Ă  partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme la musique concrĂšte de Pierre Schaeffer en 1948 (rejoint par Pierre Henry en 1949) ou les premiers gestes virtuoses des disc-jockeys jamaĂŻcains Ă  la mĂȘme pĂ©riode, qui transformeront ce personnage en un vĂ©ritable acteur musical. Les studios d’enregistrement deviennent des vĂ©ritables espaces de crĂ©ation Ă  la mĂȘme pĂ©riode. Finalement, ce que l’on appelle aujourd’hui “musiques Ă©lectroniques” ne se concentre que sur des musiques apparues autour de 1985, au moment oĂč se sont trĂšs largement dĂ©mocratisĂ©es les nouvelles technologies musicales, avec l’apparition du concept de “home studio”, permis par l’utilisation d’une nouvelle norme de communication entre les diffĂ©rents instruments, permettant de les synchroniser (le MIDI), et les premiĂšres possibilitĂ©s de l’informatique musicale. Et encore, on ne parlait pas de “musiques Ă©lectroniques” mais de musiques “techno” et “house”. Le terme ne s’est imposĂ© qu’en 1995-96 en France, alors que la rave avait trĂšs mauvaise presse et qu’il fallait, pour certains organisateurs, donner des lettres de noblesse Ă  ces musiques. Ainsi, en utilisant cette dĂ©finition gĂ©nĂ©rique, on rattachait artificiellement cette electronic dance music Ă  une longue tradition historique. On a vu sortir dans la presse d’énormes raccourcis comme celui qui veut que Pierre Henry soit “le grand-pĂšre de la techno”. Le lien rĂ©el qui existe entre toutes ces musiques est la technologie, et c’est surtout ce qu’il faut en retenir. Il y a aussi la tendance gĂ©nĂ©rale de musiques reposant sur le timbre plus que sur d’autres paramĂštres. (
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Pour consulter l’intĂ©gralitĂ© des Ă©changes avec Guillaume K. sur les musiques Ă©lectroniques et les free parties :
Agents d’entretiens

Agents d'entretiens
Agents d'entretiens Mai 2011

interview

Qu’est ce qui t’a poussĂ© Ă  vouloir raconter l’histoire des free parties ?

Ça fait longtemps que je suis concernĂ© par le sujet. Lors de mes premiĂšres raves et de mes premiĂšres free parties, en 1994-1995, j’étais aussi Ă©tudiant en musicologie. Un prof (Jean-Marie Jacono) m’a proposĂ© de mener une maĂźtrise sur le sujet l’annĂ©e suivante, sous sa direction. J’ai acceptĂ© et j’ai endossĂ© dĂšs lors deux casquettes : celle du teuffeur (parce que ce mouvement me parlait vraiment et que j’y sentais des rĂ©ponses Ă  mes aspirations) et celle du chercheur, et puis bientĂŽt trois, avec celle de musicien (sous le nom de Tournesol, au sein du collectif Öko System). Ça a Ă©tĂ© le cas pendant de nombreuses annĂ©es ensuite, et j’ai eu l’occasion d’écrire un certain nombre d’articles sur la question, de 1997 jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai donc jamais cessĂ© de m’y intĂ©resser.

C’est mon Ă©diteur, Yves Jolivet (Le Mot et le Reste), avec qui j’avais dĂ©jĂ  travaillĂ© en 2009 pour « Musiques Ă©lectroniques : des avant-gardes aux dance floors », qui m’a lancĂ© sur ce nouveau livre. On a Ă©laborĂ© ensemble le projet. il s’agissait de ne pas Ă©crire un livre universitaire, ni de le saupoudrer d’analyses sociologiques, mais bien de laisser parler des acteurs, non anonymes, sans masque et sans sujet tabou, de leur propre expĂ©rience dans le mouvement. Ça fait des annĂ©es qu’ils ne se montraient pas au grand jour, de par la nature clandestine du mouvement. Aujourd’hui, alors que bien d’entre eux avaient changĂ© de voie, ils se sentaient beaucoup plus de s’exposer ainsi. Le but Ă©tait aussi de montrer comment ce mouvement avait influencĂ© leur vie, en fonction de ce qu’ils faisaient aujourd’hui (et malgrĂ© des parcours trĂšs variĂ©s).

Comment as tu choisi les intervenants?

Tout cela s’est basĂ© sur la confiance. J’ai longuement expliquĂ© le projet Ă  chacun d’entre eux, je leur ai bien dit ce que je comptais en faire, c’est Ă  dire pas du tout un travail de journaliste, mais un vrai recueil de tĂ©moignages sincĂšres, sur des donnĂ©es brutes : ce qu’ils accepteraient de me livrer. Je les remercie vraiment de ce qu’ils m’ont fait passer.

Au dĂ©part, j’avais tablĂ© sur une quinzaine de tĂ©moins. Je souhaitais un panel variĂ©, Ă  l’image de la free party, sans hiĂ©rarchie : des personnages « historiques » comme des anonymes, des musiciens, des membres de sound-systems, connus et plus discrets, des anciens, et des (trĂšs) nouveaux, des Ă©lectrons libres, des cuisiniers etc. Rapidement, le panel est passĂ© Ă  20, puis Ă  30, et j’ai dĂ» me faire violence pour m’arrĂȘter Ă  43 tĂ©moins en tout


Certains me disaient ne pas du tout se sentir « reprĂ©sentatifs » de la chose, mais justement, tout le monde l’est au mĂȘme titre, c’est bien lĂ  l’objet de ce livre, oĂč l’on trouve des membre de la Spiral Tribe, des Heretik, de Sound Conspiracy aux cĂŽtĂ©s de bergers, de squateurs, de performers


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Pour consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’interview, rendez-vous sur le site Desperate bloglife
Présentation du livre Free party, sur Desperate bloglife

Desperate bloglife mai 2011

- Non, le mouvement techno n'est pas mort

1995-2005, la “ Techno “ emmĂšne avec elle des centaines de milliers de jeunes en quĂȘte de nouvelles sensations danser dans les champs sur du gros son. Aujourd’hui, le mouvement ne fait plus la une de l’actualitĂ©, remplacĂ© rĂ©cemment par le phĂ©nomĂšne des apĂ©ros Facebook. Qu’en reste-t-il ?
“ Le milieu a eu tendance Ă  s’autodĂ©truire. Il y a eu trop de gens d’un seul coup. On Ă©tait loin du cĂŽtĂ© punk des dĂ©buts. “ A 37 ans, Damien Raclot-Dauliac a raccrochĂ©, comme beaucoup des pionniers des free parties. De cette Ă©poque, il a tirĂ© un documentaire sans tabous, We had a dream. Mais lui-mĂȘme le reconnaĂźt : le mouvement est loin d’ĂȘtre Ă©teint.
Petit saut, vingt ans en arriĂšre. Quand les free parties dĂ©barquent d’Angleterre, aux alentours de 1993, les flyers annonçant ces tĂȘtes clandestines circulent de main en main. Pour s’y rendre, il faut appeler une boĂźte vocale, qui vous conduit dans des hangars, des usines dĂ©saffectĂ©es, des clairiĂšres
 Le mouvement prend de l’ampleur. Guillaume Kosmicki, auteur d’un pavĂ© de 700 pages sur l’histoire des free parties, a vĂ©cu les dĂ©buts. Il a portĂ© la double casquette de teufeur et de chercheur en musicologie. Comme beaucoup, il s’est investi Ă  l’ñge de vingt ans, plein d’utopie.

L’Âge d’or en Bulgarie
Mais Ă  la fin des annĂ©es 90, un virage s’opĂšre. L’effet de mode gagne du terrain. “ On est passĂ© de quelques centaines Ă  plusieurs milliers “. Dans son livre, tous les tĂ©moins Ă©voquent ce changement : la transformation en “ supermarchĂ©s de la drogue “, la violence, la musique uniquement “ boum boum boum “, l’invasion massive de teufeurs en blousons kaki, surnommĂ©s les “ petits pois “
 Le couperet ne tarde pas Ă  tomber : en 2001, l’amendement Mariani prĂ©voit que tout rassemblement de plus de 500 personnes doit ĂȘtre dĂ©clarĂ© en prĂ©fecture.
“ La loi a entraĂźnĂ© la mĂ©diatisation du phĂ©nomĂšne et a multipliĂ© le nombre de participants. Entre 2001 et 2005, ils Ă©taient plus de 300 000 “, rappelle Lionel Pourtau, sociologue. C’est le temps des grands teknivals “ lĂ©gaux “, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de teufeurs. Les images vĂ©hiculĂ©es se rĂ©pĂštent : pieds dans la gadoue, voisins effrayĂ©s, grand renfort de policiers
 Ces rassemblements deviennent ingĂ©rables. Les zones pour les accueillir de plus en plus rares.
“ Aujourd’hui, il n’y a plus ce mouvement massif “, explique Guillaume Kosmicki. Pour trouver des grands teknivals encore libres, il faut aller dans l’Est. “ C’est l’ñge d’or en Bulgarie et en Roumanie. Aucune loi ne les interdit 
 pour le moment. “
Mais le mouvement n’a pas pour autant disparu en France. Il se fait plus discret. “ Il a baissĂ© d’un tiers en volume, mais on compte 600 Ă  700 Ă©vĂ©nements par an “, prĂ©cise Lionel Pourtau. Ce sont de petits rassemblements de 100 Ă  300 personnes “ qui ne prĂ©occupent plus les autoritĂ©s ni les mĂ©dias “. Si les fĂȘtes lĂ©gales et encadrĂ©es se sont imposĂ©es, des free parties clandestines continuent d’ĂȘtre organisĂ©es. “ On revient un peu comme au dĂ©part “, constate Damien Raclot-Dauliac.

Des fĂȘtes plus petites
Pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations, le mouvement est loin d’ĂȘtre mort. En Bretagne, rĂ©gion la plus impliquĂ©e, avec le Sud-Ouest et l’Ile-de-France, les sound systems se sont rassemblĂ©s pour organiser, depuis 2007, des festivals multisons, en accord avec les prĂ©fectures. Des fĂȘtes lĂ©gales, qui ont lieu dans chaque dĂ©partement breton, une fois par an, et rassemblent de 2 000 Ă  5 000 personnes. “ Il fallait trouver un compromis. Les grands teknivals devenaient ingĂ©rables, explique Alexis Raisin, 25 ans, prĂ©sident d’Asso29, qui regroupe les 52 sound systems du FinistĂšre. On Ă©vite de faire trop de pub pour ne pas avoir trop de monde. ça marche au bouche Ă  oreille. Chacun donne ce qu’il veut Ă  l’entrĂ©e, il y a des dĂ©cors originaux, la musique est plus variĂ©e, plus Ă©lectro. “
“ On est encore une culture Ă  part, comme au dĂ©but, poursuit le jeune FinistĂ©rien. Pour preuve : on continue d’ĂȘtre gĂ©rĂ© par le ministĂšre de l’IntĂ©rieur, pas par celui de la Culture !”

Marion Ablain
OUEST FRANCE 22 avril 2011

- Une histoire, des histoires

S’il vous arrive d’avoir des difficultĂ©s Ă  trouver le sommeil aprĂšs un after trop chargĂ© je ne serais trop vous conseiller la lecture de ce passionnant ouvrage. Guillaume Kosmicki qui est musicologue de son Ă©tat nous propose un livre de tĂ©moignages sur l’aventure des free partys en France.Tout y passe, des mythiques dĂ©but avec les « Spiral Tribe » en passant par l’explosion du mouvement Ă  l’aube des annĂ©es 2000.
Les grands crews français sont passĂ© en revu et les tĂ©moignages de ces acteurs nous apportent un Ă©clairage plutĂŽt intĂ©ressant. Tous ont un regard objectif sur la montĂ©e en puissance puis le dĂ©clin du mouvement. Sont mis en avant l’aventure collective, le voyage, les rencontres, les nouvelles façons de faire la fĂȘte et bien Ă©videmment la drogue. Ceux qui ont kiffĂ© ce style de soirĂ©e dĂ©voreront le livre avec une petite larme Ă  l’oeil, les curieux auront une idĂ©e assez prĂ©cise de ce qui s’est passĂ© dans nos forĂȘts ces 15 derniĂšres annĂ©es et les connards resteront des connards et c’est trĂšs bien ainsi.

En complĂ©ment vous pouvez regarder l’excellent documentaire sur le Heretik sound system baptisĂ© “ We Had a Dream “.

ajout de ShitWalker

Et avant de lire le bouquin vous pouvez aussi regarder le documentaire « World Traveller Adventures » 4 docus suivants les aventures humanitaires des posse/soundsystem Tomahawk, I.O.T et Teknokrates vers l’Afrique, des Desert Storm vers la Bosnie, du Sound Conspiracy vers Goa, et un docu sur l’histoire des pionniers Spiral Tribe. TrĂšs bonne intro avant de s’attaquer au pavĂ© car vous retrouverez certains acteurs dans les 2 supports. On vous a mis les vidĂ©os Ă  la suite du billet, on est cool.

Pour repasser au livre, j’insisterai sur l’objectivitĂ© et la franchise de ces tĂ©moignages. On y retrouve les fameux Spiral Tribe, Kanyar, Tomahawk, Heretiks, DFaze, les Galettes Bretonnes et bien d’autres ainsi qu’une chronologie complĂšte des tekos et Ă©vĂšnements marquants l’histoire du mouvement. Un vrai condensĂ© qui vous permettra, peut-ĂȘtre, d’enfin diffĂ©rencier le traveller et sa recherche d’un mode de vie autonome, et le teufeur, qui vient faire la fĂȘte en panoplie et qui n’a pas toujours aidĂ© le mouvement. La traduction du mot free n’ayant pas la mĂȘme signification pour tout le monde. Bouquin recommandĂ©.

Sur le site, des vidéos en ligne : Oh Gosh

Hub ShitWalker & Sherlock
Oh Gosh Avril 2011

- Electron, toujours plus libre

FESTIVAL
GenĂšve vibre pour la culture Ă©lectronique sous toutes ses formes durant quatre jours. Rencontre avec le trio organisateur et entretien avec Guillaume Kosmicki, musicologue vĂ©tĂ©ran des “ free parties “ techno.

Visionner le clip promotionnel d’Electron, c’est prendre la mesure d’un Ă©vĂ©nement qui, sans les dĂ©serter, dĂ©borde largement les pistes de danse pour s’élancer dans toutes les directions, des plus ludiques aux plus pointues. Comment rĂ©sumer un festival qui condense en un week-end de PĂąques pas moins de 120 propositions internationales – musique, danse, cinĂ©ma, confĂ©rences et ateliers confondus ?(
)
Ce cru 2011, qui devrait attirer entre 15 000 et 20 000 personnes, illustre le mĂ©lange d’audace critique, de candeur festive et d’éfficacitĂ© logistique de l’association Headfun : issue de la trĂšs alternatives Usine, elle pilote un Ă©vĂ©nement qui se hisse dĂ©sormais au rang des manifestations phares de la culture numĂ©rique aux cĂŽtĂ©s des Nuits sonores de Lyon, de la Transmediale de Berlin et de Sonar Ă  Barcelone. (
)
Avec son budget d’1,5 millions de francs, le festival commence Ă  peser lourd dans le paysage. (
) De quoi voir l’avenir sereinement en dĂ©veloppant l’approche pluridisciplinaire, favorisĂ©e par la complĂ©mentaritĂ© entre JĂ©rĂŽme Soudan, lui-mĂȘme plasticien et compositeur issu de la musique Ă©lectro-industrielle et AndrĂ© Joye, plus orientĂ© dancefloor. (
)
RĂ©habiliter l’esprit critique en dĂ©battant avec le musicologue Guillaume Kosmicki des free parties des annĂ©es 1990, hĂ©ritiĂšres des rassemblements de l’époque hippie, et du skateboard en tant qu’appropriation crĂ©ative de l’espace urbain; dĂ©couvrir la nouvelle lutherie Ă©lectronique avec les experts Alain Crevoisier et Atau Tanaka,; dĂ©cloisonner Ă©lectronique, rock, danse contemporaine et vidĂ©o : autant d’enjeux qu’Electron brasse avec une vigueur Ă©clairĂ©e.
(
)

LE “ BEAT “ ET L’UTOPIE (propos recueillis par Benoüt Perrier)
Skateurs, teufeurs, mĂȘme combat? Dans le cadre du Festival Electron, le musicologue Guillaume Kosmicki dĂ©bat samedi avec des acteurs genevois de la culture et du skate des «espaces libres comme lieu de manifestation», une problĂ©matique commune au skate et Ă  la techno underground. Le premier se joue du mobilier urbain, exploitant rampes et marches d’escalier comme surfaces ou tremplins Ă  figures. Quant Ă  la seconde, elle a connu toutes sortes de dĂ©tournements d’endroits, de la halle industrielle transformĂ©e en club Ă  la piscine Molitor investie par le collectif Heretik et 2000 danseurs en 2001, en passant par nombre de fĂȘtes sauvages dans les villes, Ă  leur pĂ©riphĂ©rie ou Ă  la campagne. Un mouvement nĂ© Ă  la fois d’une volontĂ© d’indĂ©pendance des acteurs et d’une idĂ©ologie du partage, et rendu possible par la portabilitĂ© nouvelle d’une musique qui ne nĂ©cessite que deux platines vinyle, un mixeur et de grosses baffles pour transformer n’importe quel espace en zone d’évolution festive. En la matiĂšre, Guillaume Kosmicki a une expĂ©rience de premiĂšre main puisqu’il a frĂ©quentĂ© pendant plus de quinze ans le milieu français des free parties – ces raves souvent en extĂ©rieur organisĂ©es plus ou moins en catimini dĂšs la fin des annĂ©es 1980. Il en a tirĂ© un livre, recueil de tĂ©moignages qui dĂ©taille l’idĂ©ologie de cette scĂšne dont l’éthique – anticonsumĂ©risme, anonymat et do it yourself– a profondĂ©ment marquĂ© la musique Ă©lectronique. Joint par tĂ©lĂ©phone, il ne renie en rien les idĂ©aux qu’il a connus. Si son analyse
n’en donne pas un portrait en nĂ©gatif, elle explore les demi-teintes qui colorent les cultures Ă©lectroniques.
La techno est-elle une musique urbaine?
Guillaume Kosmicki: A la base, oui. Elle naßt dans un contexte urbain, joue sur son aspect mécanique et emploie la régularité implacable des sons industriels. Mais
de nombreux sound systems (groupe de musiciens possĂ©dant leur propre Ă©quipement de sonorisation, ndlr) se montent avec des gens qui ne viennent pas de la ville; on voit aussi de plus en plus cette musique dans des villages perdus, notamment parce qu’il est plus facile d’y ĂȘtre discret.
Quel est le lien entre ces dĂ©placements de lieux et le son qu’on y diffuse?
– Le fait que la free party est une culture du squat se voit jusque dans sa musique. Celle-ci est faite Ă  partir d’échantillons sonores, des samples, remettant en cause la
notion de propriĂ©tĂ© intellectuelle. Ce dernier point trouve un Ă©cho flagrant dans l’utilisation festive, parfois clandestine, d’espaces dont ce n’est pas la destination
premiĂšre.
Quelle est l’importance de la transe dans ces activitĂ©s musicales?
– Elle est Ă©vidente. Cette musique de l’hĂ©donisme – dans ses structures mĂȘme, sa longueur, son flux ininterrompu – est construite pour la transe, ainsi que les dispositifs dans lesquels elle est mise en place.
MalgrĂ© le relatif dĂ©clin de cette pratique,cela fait plus de vingt ans que des sound systems sillonnent l’Europe en organisant des fĂȘtes techno spontanĂ©es.
Ont-ils inventé un mode de vie?
– Oui, il y a quelque chose de tout Ă  fait particulier dans l’existence de ces nomades. Ils ont des maniĂšres de faire propres, des rites, des croyances, des valeurs. Ce phĂ©nomĂšne est aussi remarquable dans la dimension de la vie communautaire, de la hiĂ©rarchie ou de son absence. Tout le monde s’investit et met tout en commun, l’argent notamment, pour le mĂȘme but, le mĂȘme principe.
Et lĂ ,le vĂ©tĂ©ran des free parties que vous ĂȘtes participe Ă  un festival gigantesque et payant

– Certes, je me retrouve beaucoup plus dans une fĂȘte Ă  l’extĂ©rieur, sans entrĂ©e ni sortie, avec des tarifs tirĂ©s vers le bas qui sont des tarifs d’échange, de do-
nation, de troc. Mais je suis conscient que des choses tout Ă  fait spectaculaires ne peuvent pas ĂȘtre prĂ©sentĂ©es sous ces auspices-lĂ . J’aime voir un spectacle et des
artistes dans une mise en place qui ne pourrait pas se faire en do it yourself. De la mĂȘme maniĂšre, j’aime Ă©couter des concerts de musique classique oĂč, Ă  l’op-
posĂ© d’une fĂȘte free oĂč tout le monde est acteur, le spectateur se doit au silence et Ă  la concentration.
L’équipe qui pilote Electron est issue du milieu alternatif. Un phĂ©nomĂšne courant: ces personnes aiment ce qu’elles ont longtemps fait de maniĂšre underground et ne
veulent pas arrĂȘter. Si elles ont acquis dans leurs pratiques prĂ©cĂ©dentes des moyens et des connaissances qui leur permettent de
continuer à une autre échelle, tant mieux.

Pour consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’article : Le Courrier

Rodéric Mounir et Benoßt Perrier
Le Courrier 21 avril 2011

- Free Party

C’est le deuxiĂšme livre de Guillaume Kosmicki sorti chez Le Mot et le Reste, et il traite d’un sujet proche du prĂ©cĂ©dent. Le format, cependant, est diffĂ©rent. AprĂšs nous avoir retracĂ© toute l’histoire des musiques Ă©lectroniques, aprĂšs avoir voulu ĂȘtre exhaustif, l’auteur s’est intĂ©ressĂ© plus en dĂ©tail Ă  l’une de ses manifestations les plus notables, la free party.

Free Party est le deuxiĂšme livre de Guillaume Kosmicki chez Le Mot et le Reste, et sa thĂ©matique est proche du prĂ©cĂ©dent. Le format, cependant, est tout Ă  fait diffĂ©rent. AprĂšs nous avoir prĂ©sentĂ© l’histoire des musiques Ă©lectroniques en un trĂšs large panorama, l’auteur a pris sa loupe et s’est intĂ©ressĂ© plus en dĂ©tail Ă  l’une de ses manifestations les plus notables et les plus spectaculaires, la free party. Aussi, dĂ©passant sa dĂ©marche de musicologue, il s’intĂ©resse Ă  tous les aspects de ce mouvement, sociaux, lĂ©gaux, politiques, esthĂ©tiques, il se penche sur le vĂ©cu de ses principaux acteurs (oui, les vrais acteurs, et non les simples consommateurs), bien plus que sur leur musique.

Surtout, plutĂŽt que d’adopter le ton neutre de l’universitaire, Kosmicki conjugue ce nouvel ouvrage Ă  la premiĂšre personne, en en faisant le trĂšs long recueil (600 pages !) d’interviews d’activistes de la mouvance des free parties, de tĂ©moignages discrĂštement introduits par quelques Ă©clairages, et accompagnĂ©s d’un lexique, d’une chronologie, d’une bibliographie et mĂȘme d’un CD audio. De fait, respectueux des parcours individuels, conscient de la grande diversitĂ© qui a caractĂ©risĂ© les gens qui ont fait vivre les free parties en France et ailleurs, Kosmicki semble avoir renoncĂ© Ă  tirer de leurs dires des enseignements gĂ©nĂ©raux, il n’a pas voulu les trahir, il s’est voulu simple tĂ©moin.

Il y a toutefois une logique dans l’agencement de tous ces propos. Ceux-ci sont regroupĂ©s en chapitres, lesquels traitent de tel ou tel thĂšme, de tel ou tel sound system, de tel ou tel Teknival particuliĂšrement marquant. Et le tout est disposĂ© dans un ordre chronologique, racontant ainsi une sorte d’histoire en plusieurs Ă©pisodes : d’abord l’élĂ©ment dĂ©clencheur qu’a Ă©tĂ© l’arrivĂ©e en France de Spiral Tribe ; ensuite, les pionniers, l’underground, les premiers sound systems ; puis le succĂšs et l’exposition mĂ©diatique, entrainant l’irruption des politiques dans le champ autrefois prĂ©servĂ© des free parties ; surviennent alors les dĂ©ceptions, les rĂ©actions dĂ©sabusĂ©es et la nostalgie de ceux qui ont Ă©tĂ© Ă  l’origine du mouvement ; avant que n’arrive la relĂšve, la nouvelle gĂ©nĂ©ration, puis d’autres pistes Ă  explorer, comme les multisons, ou ces grandes expĂ©ditions en dehors de l’Europe.

Et ce grand rĂ©cit Ă  plusieurs voix se laisse lire. Car mĂȘme si, comme votre serviteur, on ne s’est intĂ©ressĂ© que de trĂšs loin Ă  toutes ces fĂȘtes et tous ces teknivals qui ont fait bouger la France, l’Europe, le Monde, dans les quinze ou vingt derniĂšres annĂ©es, il est difficile de ne pas ĂȘtre intriguĂ© par les expĂ©riences peu banales vĂ©cues par tous les gens que Kosmicki laisse s’exprimer. Ici ou lĂ , on se passionne pour leurs galĂšres (ces ennuis mĂ©caniques, ces dĂ©boires avec les flics, les alĂ©as de la prĂ©caritĂ©, ces maladies chopĂ©es en Afrique), comme pour leurs anecdotes savoureuses (ce curĂ© en soutane haranguant les teufeurs au milieu d’une fĂȘte, ce teknival dans les steppes avec des cavaliers, des Hell’s Angels et des lutteurs mongols au beau milieu du dancefloor
). Bref, si nous avons tous d’inoubliables souvenirs de guerre, quand bien mĂȘme nous avons prĂ©fĂ©rĂ© les fĂȘtes de village aux free parties, ceux-lĂ  se montrent quand mĂȘme particuliĂšrement truculents.

Et puis, mĂȘme si l’auteur s’interdit de le faire, rien ne prive le lecteur de tirer ses propres enseignements de ce qu’ont Ă©tĂ© les free parties au temps de leur splendeur. On peut le faire, par exemple, avec la grille de lecture que Simon Reynolds appliquait Ă  la rave music et Ă  ses suites, dans son fondamental Energy Flash. Le cĂ©lĂšbre critique anglais y disait que tout Ă©tait parti de l’ecstasy, que cette drogue, mĂȘme si on pouvait parfaitement apprĂ©cier les musiques Ă©lectroniques sans la consommer, avait Ă©tĂ© l’élĂ©ment dĂ©clencheur, qu’elle avait lancĂ© un mouvement qui prendrait successivement des formes trĂšs distinctes, Ă  mesure qu’il conquĂ©rait d’autres pays, d’autres classes sociales, d’autres communautĂ©s
 et que d’autres psychotropes venaient se mĂȘler Ă  tous cela.

En lisant Free Party, on situe mieux Ă  quel moment de l’histoire de la techno, de la house et de leurs cousines, ces fĂȘtes libres et champĂȘtres ont pu surgir. Les interlocuteurs de Kosmicki le disent bien, ou tout du moins une bonne partie d’entre eux : ils n’ont pas Ă©tĂ© des pionniers des musiques Ă©lectroniques. Il y eut d’abord l’univers des branchĂ©s et des clubs, premiers Ă  s’intĂ©resser aux musiques des boites gay et black amĂ©ricaines. Ensuite, est venue la masse, avec le phĂ©nomĂšne des raves sĂ©dentaires. Ceux qui allaient devenir travellers et balader leurs sound systems sur les routes n’y Ă©taient pas encore impliquĂ©s. A l’occasion, avant d’ĂȘtre Ă  la tĂȘte de cette troisiĂšme vague, ils regardaient mĂȘme cela avec hostilitĂ© et dĂ©fiance, ils Ă©taient plutĂŽt branchĂ©s punk, ou rock alternatif, voire hip-hop.

Les free parties, dans leur version française au moins, c’est la rencontre entre une certaine marginalitĂ©, celle des squats et des saltimbanques, avec le mouvement rave. Ses acteurs, c’était ceux qui avaient Ă©tĂ© autrefois des hippies tardifs, puis des punks tardifs, en retard mais plus impliquĂ©s. Ce n’était plus l’univers des branchĂ©s et des danseurs bariolĂ©s, mais de la tekno qui tape fort et des gens piercĂ©s et habillĂ©s en kaki. Ce n’était plus des hĂ©donistes apolitiques, mais des hommes et des femmes engagĂ©s dans la gauche alternative, dans l’écologie, ou simplement des asociaux. Ce n’était plus le domaine du seul ecstasy, c’était aussi celui de la LSD, la drogue psychĂ©dĂ©lique par excellence, ou de la kĂ©tamine. C’était tout ça, plus la musique Ă©lectronique, et plus le nomadisme.

Bien sĂ»r, toutes ces gĂ©nĂ©ralitĂ©s n’excluent pas les exceptions. De nombreux contre-exemples abondent, les acteurs du mouvement Ă©tant souvent les premiers Ă  combattre les automatismes, les caricatures et les orthodoxies qui menaçaient leur mouvement. Les parcours, Kosmicki le rappellerait encore, sont individuels. Comme l’indique le sous-titre de Free Party, il n’y a pas qu’une histoire, mais des histoires, qui se croisent ou divergent en permanence, et qui gagnent Ă  ĂȘtre connues, quand bien mĂȘme on n’a jamais vu en tous ces gens qu’une bande de hippies crasseux new age arrivĂ©s aprĂšs la pluie dans le grand bain des musiques Ă©lectroniques. Car ce que Free Party raconte, au-delĂ  des teknivals, des sound systems et de tout ce folklore, c’est aussi la grandeur, les dĂ©cadences et les mĂ©tamorphoses que connaĂźt fatalement tout mouvement musical d’importance.

Fake for real

codotusylv
Fake for real 11 février 2011

- Free party

La forme de l’ouvrage ne pouvait mieux coller au sujet : des dizaines d’entretiens Ă©clatĂ©s et rĂ©agencĂ©s en une somme de plus de 700 pages (en comptant les annexes ; le livre est Ă©galement accompagnĂ© d’un cd de 14 titres). Trois grandes parties structurent tout de mĂȘme chronologiquement l’ensemble : “la dĂ©couverte”, “franchir le pas”, “et aprĂšs
”. Un travail de synthĂšse plus conventionnel aurait sans doute permis plus de concision et de clartĂ©, mais le rĂ©sultat aurait forcĂ©ment Ă©tĂ© partial, moins riche. Ici c’est l’énergie brute des entretiens qui est prĂ©servĂ©e. FREEPARTY, ce sont des parcours personnels qui se rejoignent lors de rassemblements aux rythmes des sound systems dans le but de kiffer la vibe, de s’abandonner Ă  la transe avec ou sans adjonction de substances psychotropes. L’impression de vivre collectivement quelque chose d’extrĂȘmement fort est relatĂ© Ă  de nombreuses reprises, tout comme l’impression de vivre une utopie transperçant le rĂ©el.

On croise et recroise tel ou tel participant et peu Ă  peu se dessine l’histoire touffue de la free party, de l’emblĂ©matique Ă©quipe anglaise de Spiral Tribe, qui organisa ses premiĂšres fĂȘtes en France en 1993, aux activistes de Teknokrates, OQP, Sound Conspiracy, AlliĂ©s-NĂ©s, et bien d’autres. On se familiarise, au sens propre, avec eux Ă  travers leurs tĂ©moignages apportant des angles de vue contrastĂ©s sur les free parties et teknivals (Beauvais, Millau, Tarnos, Vitry-le-François, Courcelles
). L’engouement pour cette culture alternative est tel qu’à la fin des annĂ©es quatre-vingt dix ce ne sont plus seulement quelques dizaines ou centaines de personnes qui se rassemblent mais souvent des milliers. Alors mĂȘme qu’au sein des organisateurs les motivations ont pu Ă©voluer, alors que le son des free parties se fait plus hardcore, les politiques s’en mĂȘlent pour “mettre de l’ordre”. Cela dĂ©bouche sur l’adoption de la Loi sur la SĂ©curitĂ© Quotidienne et son fameux amendement Mariani en octobre 2001, qui marque la fin d’une Ă©poque.

La loi n’est pas seule responsable des dĂ©sillusions. Il y a aussi le business de la drogue aux accents mafieux, la dĂ©fonce sans conscience, le manque d’ouverture musicale
 Les tĂ©moignages sont particuliĂšrement francs et directs sur ces aspects. Et puis le mouvement continue tout de mĂȘme. Pour quelques-uns ce sont de nouveaux dĂ©parts, des voyages aux États-Unis, en AmĂ©rique du Sud, en Afrique, en Europe de l’Est, la Mongolie
 Ce sont aussi de nouvelles maniĂšres de vivre l’alternative qui se dessinent, notamment en rejoignant des squats autogĂ©rĂ©s et crĂ©atifs.

Guillaume Kosmicki nous avait livrĂ© un excellent Musiques Ă©lectroniques, retraçant l’histoire de ces musiques, et offrait donc une approche plus “thĂ©orique”. FREEPARTY en est en quelque sorte le pendant pratique. Il permet une violente plongĂ©e dans le rĂ©el, dans des vies portĂ©es par la musique et donc, ce n’est pas un paradoxe, trĂšs sincĂšrement ancrĂ©es dans le monde contemporain.

NéosphÚres

Eric Deshayes
NéosphÚres Février 2011

- Essai en février : travellers, raves et free parties

Un musicien free universitaire

On a dĂ©couvert Guillaume Kosmicki avec la sortie d’un des meilleurs ouvrages Ă©crits sur la musique Ă©lectronique (et en passionnĂ©, on peut dire qu’on en a lu un paquet
) : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes au dancefloor. Il tentait d’y dĂ©finir les musiques Ă©lectroniques Ă  partir de la naissance de l’enregistrement et du changement d’esthĂ©tique basĂ©e non plus sur la hauteur des notes mais sur le timbre, sur la matiĂšre sonore. On avait apprĂ©ciĂ© que dans cet ouvrage, musiques populaires et musiques dites « savantes » aient une place identique. Le musicologue parlait aussi bien de Ligeti, de Fluxus, de musique Ă©lectro-acoustique, de musique rĂ©pĂ©titive, que de krautrock, de house ou de techno
 On avait apprĂ©ciĂ© cette grande ouverture d’esprit Ă  toutes les musiques ainsi que l’approche historique et universitaire qui reste Ă  chaque chapitre parfaitement accessible.

Musicologue, confĂ©rencier et universitaire, Guillaume Kosmicki est aussi musicien. Membre du collectif öko system, groupe punk/electronique marseillais, il a Ă©galement participĂ© de prĂšs Ă  la scĂšne des free parties et des teknivals. Il continue d’ailleurs de se produire sous le nom de Tournesol dans des Ă©vĂ©nements alternatifs, des free parties ou des squats, dans un registre moins hardtek/hardcore qu’à ses dĂ©buts mais plus techno acid et dancefloor. On a lu qu’il avait fait ses Ă©tudes de 2Ăšme et 3Ăšme cycle en courant « les raves, les free parties et les teknivals Ă©quipĂ© d’un appareil photo, d’un carnet de notes et d’un magnĂ©tophone pour recueillir des tĂ©moignages » 
 On a donc Ă©tĂ© que peu Ă©tonnĂ© en voyant le titre de son nouvel ouvrage, paru lui aussi chez Le Mot et le Reste, Ă©diteur, qui comme Allia, propose dĂ©sormais une collection impressionnante d’ouvrages musicaux de qualitĂ©.

La free party appréhendée à travers les témoignages
Free Party, une histoire, des histoires. Et c’est d’abord la premiĂšre chose qui frappe Ă  la lecture de ce livre. S’il est synthĂ©tique car il regroupe une multitude de tĂ©moignages en un mĂȘme ouvrage, ce livre ne cherche pas Ă  synthĂ©tiser, Ă  circonscrire l’histoire du mouvement des free parties dans une seule voix. Guillaume Kosmicki a en effet choisi de prĂ©senter son livre sous forme d’une quarantaine de tĂ©moignages d’acteurs de ce mouvement. Dans le registre rock, on pense Ă  Please Kill Me qui donnait Ă  lire les diffĂ©rentes voix du punk new yorkais. On pense aussi dans un registre plus sociologique aux ouvrages de Studs Terkel, Ă©crivain amĂ©ricain rassemblant des tĂ©moignages divers et nombreux sur le concept de race ou sur la Grande DĂ©pression. Studs Terkel voulait Ă©crire une « histoire orale » de la Grande DĂ©pression. On pourrait dire que l’ouvrage de Guillaume Kosmicki souhaite dĂ©livrer une « histoire orale de la free party » .

Free party mur
Guillaume Kosmicki y donne la parole Ă  des acteurs trĂšs divers : des membres de la Spiral Tribe, le mythique collectif anglais, d’autres des sound-systems français OKP, Teknocrates, les Galettes Bretonnes, Tomahawk ou Heretik, d’autres de Penguins Records, du label Kanyar, les fondateurs du webzine Defcore, celui de CRS (Cirkus Road System) – collectif de performances artistiques -, de Full Vibes, de Facom Unit, l’instigateur de la radio l’Eko des Garrigues, des travellers ou teufeurs plus anonymes, pour n’en citer que quelques uns. On reconstruit donc progressivement ce qui s’est passĂ© Ă  travers ces tĂ©moignages, parfois concordants, parfois opposĂ©s.

Ces tĂ©moignages recueillis, Guillaume Kosmicki a ensuite dĂ©cidĂ© de les dĂ©couper, de les rĂ©organiser autour de thĂšmes, Ă©vĂšnements, histoires d’un sound-system particulier : le teknival de Millau, le label Kanyar, les premiĂšres expĂ©riences de rave, le collectif des teknocrates, le chill out, la scission rave/free party, les drogues, la musique jouĂ©e
 etc. Chaque sous-chapitre est ainsi racontĂ© par diverses voix qui dĂ©fendent parfois des avis diffĂ©rents. La partie sur les raves vs free parties donne ainsi Ă  entendre la voix de la Tribu des Pingouins Ă  l’origine d’une des plus grosses raves (entendez payante) du sud de la France, Borealis, celles des teufeurs qui passent des free (entendez sur donation) aux raves sans distinction, d’autres qui pestent quand le public de ravers dĂ©barque dans les free
 Et la force du livre est de ne pas hiĂ©rarchiser ces diffĂ©rents tĂ©moignages mais de leur laisser Ă  tous une place Ă©quivalente « Ă  l’image de l’utopie de la free party » ainsi que le suggĂšre la quatriĂšme de couverture.

NO SACEMINSIDE
Free par NeSs’tahLe livre se dĂ©coupe en trois parties distinctes : La dĂ©couverte, Franchir le pas, Et aprĂšs
, mais est aussi complĂ©tĂ© par une chronologie dĂ©taillĂ©e qui permet de remettre tout ce qu’on a lu dans l’ordre et de replacer les faits marquants (prĂ©misses, dĂ©veloppements du mouvement, les teknivals qui ont fait date, la crĂ©ation de certains sound-systems, ou les « dĂ©cisions politiques et lĂ©gislatives ayant des consĂ©quences sur l’évolution du mouvement » ). Suivent aussi une bibliographie, une « webographie » , plusieurs photos couleurs de diffĂ©rents teknivals, sound systems, etc. On notera aussi l’utilitĂ© du glossaire pour qui n’est pas forcĂ©ment familier de la diffĂ©rence entre sound-system (systĂšme de sonorisation mobile complet, vĂ©hicule qui le transporte et personnes qui s’en servent), teknival ( « Free party gĂ©ante de plusieurs jours regroupant plusieurs sound-systems Ă  l’invitation de l’un deux ») ou free party ( « fĂȘte techno clandestine et sur donation (
) libre sur les conditions d’accĂšs »)


Et comme l’histoire des free est aussi une histoire musicale, Guillaume Kosmicki a choisi de glisser un disque Ă  la fin de son ouvrage afin de donner un aperçu sonore des diffĂ©rents musiciens, des divers styles et des diffĂ©rentes Ă©poques de la free party. On notera que le disque, en accord avec les principes des acteurs de la free party, ne contient que des morceaux non dĂ©clarĂ©s Ă  la SACEM.

Des histoires individuelles
Les trois parties de l’ouvrage permettent de recentrer les propos autour de grandes lignes directrices. La dĂ©couverte retrace pour chacun des acteurs cette rencontre Ă©motionnelle souvent puissante avec la tekno et la free party. On y sourit en lisant ces parcours divers qui ne se ressemblent pas : de Marko qui dĂ©couvre le son acid une nuit sur France Culture Ă  Benji qui vient de la mouvance rock’n roll et qui voit impuissant ses amis un Ă  un « tomber dans la techno », de CCil et son « dĂ©clic » pendant le nouvel an 94 Ă  Berlin avec les Spiral Tribe Ă  Josy d’origine antillaise qui suit un pote lui ayant affirmĂ© « Il y a deux mille blancs qui dansent dans un entrepĂŽt » et qui ne peut en croire ses oreilles
 Une des rĂ©ussites de ce chapitre, c’est que sont juxtaposĂ©s les tĂ©moignages de diffĂ©rentes Ă©poques : les paroles des teufeurs « premiĂšre gĂ©nĂ©ration » sont mĂ©langĂ©es avec les rĂ©cits d’une dĂ©couverte de la tekno par de nouveaux adeptes plus d’une dĂ©cennie plus tard. On y retrouve pourtant beaucoup de points communs. Pour autant, tous ne viennent pas pour les mĂȘmes raisons, tous ne partagent pas les mĂȘmes valeurs, mais qu’importe, car comme le rappelle l’un des tĂ©moignages : « free », ça ne veut pas dire « gratis » mais « libre » . La variĂ©tĂ© des aspirations des acteurs de cette contre-culture l’illustre constamment.

Free
Dans la deuxiĂšme partie du livre, Franchir le pas, Guillaume Kosmicki rassemble les tĂ©moignages de ceux qui s’engagent le plus souvent corps et Ăąmes dans l’aventure. Autrefois simples teufeurs, ces individus deviennent Ă  leur tour acteurs des free parties. La tekno les a amenĂ©s Ă  ce basculement « plus ou moins rapide et plus ou moins radical » . Certains restent sĂ©dentaires, mais la plupart prennent la route et deviennent des travellers ou plus exactement des « tekno travellers ». Ils sillonnent l’Europe et parfois le monde entier pour organiser des free un peu partout. Certains « appartiennent » Ă  un sound-system, d’autres Ă©voluent en « Ă©lectrons libres » . Certains ont dĂ©jĂ  des enfants qu’ils emmĂšnent avec eux. D’aucuns vivent en communautĂ©s nomades, d’autres dans des squats. Tous ont cependant choisi une vie sans confort et loin des valeurs du consumĂ©risme.

habiter-le-nomadisme-exemple-habitat-mobile-travellers-mouvement-techno3Dans la derniĂšre partie du livre, Et aprĂšs, on retrouve nos travellers, ravers et free parteux Ă  un moment diffĂ©rent de leurs existences : dĂ©sillusion pour certains, mais surtout activisme encore pour la plupart d’entre eux. MĂȘme si les actions ont souvent changĂ©. D’aucuns montent des sound-systems sĂ©dentaires, d’autres quittent l’Europe et partent avec leurs camions sur d’autres continents, d’autres encore s’inscrivent dans un mouvement plus gĂ©nĂ©ral de squat artistique (voir l’excellent chapitre sur « La Villa » rennaise et Lâ€˜Ă©laboratoire). Les Rennais y dĂ©couvriront aussi le parcours d’un disquaire aux oreilles sans angle mort, ou celui de sound-systems bretons nĂ©s aprĂšs « la loi » (2001, l’amendement Mariani impose aux organisateurs des free parties une dĂ©claration prĂ©alable en prĂ©fecture sous peine de saisie de matĂ©riel) mais qui existent et alternent fĂȘtes lĂ©gales et illĂ©gales.

Pourtant, note Guillaume Kosmicky, « si diverses soient-elles, bien des voies choisies par les acteurs de la free au sortir de cette pĂ©riode de leur vie sont pour eux une suite logique de leur investissement et (
) ils y retrouvent les valeurs auxquelles ils ont adhĂ©rĂ© » . On suit ces voies et ces parcours avec un intĂ©rĂȘt grandissant au fil des pages, heureux d’apprĂ©hender cette rĂ©alitĂ© par des voix multiples, diffĂ©rentes, qui donnent toute son Ă©paisseur Ă  ce mouvement complexe.

Alors, la free party, une histoire ? Non, résolument, des histoires.
alter1fo.com

Isa
Alter1fo 10 février 2011

- Soirée "Free Party"

En trois mois, les free parties sont devenues LE marronnier de Let’s Motiv. Mais que voulez-vous, c’est une question d’actualitĂ© : aprĂšs avoir Ă©voquĂ© We Had A Dream, Ă©mouvant documentaire de Damien Raclot-Dauliac au sujet des Heretik, le sound system qui a cramĂ© la capitale, puis signalĂ© la parution de l’ouvrage passionnant de Guillaume Kosmicki (Free Party : Une Histoire, des Histoires), on ne peut passer sous silence la soirĂ©e organisĂ©e Ă  l’Hybride le 18 fĂ©vrier. Entre deux mixes assurĂ©s par DfazĂ© (LE sound system nordiste Ă©voquĂ© dans le bouquin), les auteurs prĂ©sentent leurs Ɠuvres et rĂ©pondent Ă  vos questions. Nous, on en a dĂ©jĂ  deux sous le coude : pourquoi Kosmicki a-t-il passĂ© sous silence la scĂšne breakcore et un crew comme Peace Off ? Et plus prosaĂŻquement : c’est oĂč l’after ?

18.02, 19h : warm up Dfaze, 20h30 : We Had A Dream, 21h30 : table ronde avec G. Kosmicki, Dyna, D. Raclot-Dauliac, 22h30 : DJ set.
Lille, L’Hybride, 4 euros. +33 320 88 24 66

Thibaut Allemand
Let's Motiv Février 2011

- Free Party

DerniĂšre rĂ©volution musicale Ă  ce jour, la techno ne s’est pas cantonnĂ©e aux pistes de danse, mais a aussi explorĂ© les territoires inconnus d’une nouvelle maniĂšre de faire la fĂȘte, celle de la « free party ». Apparue en Angleterre, Ă  la toute fin des annĂ©es 80, cette contre-culture prĂŽne l’expĂ©rience ultime de la fĂȘte, sans fin et sans limites gĂ©ographiques ni temporelles. Une rupture totale avec des concerts de rock courts, prĂ©visibles et ennuyeux. PubliĂ© aux Ă©ditions marseillaises « Le mot et le reste », le livre d’entretiens « Free Party » nous fait revivre la passionnante histoire des « free » Ă  travers la multitude de petites histoires individuelles qui la composent. Des pionniers anglais du sound-system Spiral Tribe aux jeunes Bretons d’Epsylonn, sans oublier les Heretik franciliens, les principaux acteurs du mouvement racontent leur parcours, entre utopie des dĂ©buts et dĂ©sillusions des annĂ©es 2000. Musicien sous le nom de Tournesol dans le milieu des « free parties », l’auteur, le musicologue Guillaume Kosmicki, n’élude pas les tĂ©moignages qui fĂąchent (drogue, rĂ©pression et rĂ©cupĂ©ration commerciale), mais retranscrit toute la richesse d’un mouvement qui ne se limite pas Ă  une simple alternative aux discothĂšques. Il est aussi un autre mode de vie, qui a expĂ©rimentĂ© avant l’heure la dĂ©croissance, l’autogestion Ă©nergĂ©tique et la libertĂ© de la « TAZ », cette zone autonome temporaire imaginĂ©e par le philosophe Hakim Bey.
www.nouvelle-vague.com

Marc di Rosa
Nouvelle Vague Février 2011

- Partysan

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 robuste ouvrage dans lequel dans lequel Guillaume Kosmicki agrĂšge les tĂ©moignages de nombreux activistes d’un mouvement Ă  la fois hĂ©doniste (Vive la fĂȘte
) et anticapitaliste (
libre et gratuite). Dans le vrillant sillage des Spiral Tribe – sĂ©minal sound-system anglais qui rĂ©pandit cette nouvelle fiĂšvre en Europe continentale (et au-delĂ ) – et autres aventuriers de l’extase en rythme(s), toute une utopique Ă©popĂ©e revit sous nos yeux, d’immenses espĂ©rances en cruelles dĂ©sillusions.

J. P.
Mouvement Jan-Fev-Mars 2011

- Soirée de lancement, table ronde et musique

Cette Ă©mission de Canal B a Ă©tĂ© diffusĂ©e Ă  plusieurs reprises durant le mois de dĂ©cembre. Elle prĂ©sente notamment des extraits de la table ronde qui s’est tenue le 27 novembre au Jardin moderne Ă  Rennes, en ouverture de la nuit festive organisĂ©e pour le lancement de l’ouvrage. Cette discussion d’un peu plus d’une heure a Ă©tĂ© animĂ©e par GaĂ«l Cordon, responsable du Centre de Ressource du Jardin Moderne, et a rassemblĂ© Jeff 23 (Spiral Tribe), Minh-Thu (Kanyar), PY (Mandragore), Mat (Epsylonn), et Guillaume Kosmicki, l’auteur du livre. Ces tĂ©moins, par la particularitĂ© de leurs approches, ont offert un condensĂ© de la diversitĂ© des quarante tĂ©moignages qui forment le livre. Voici l’enregistrement de cette table ronde dans sa quasi-intĂ©gralitĂ©, rĂ©alisĂ© par Erwan, de Canal B (seuls les Ă©changes avec le public, Ă  la fin, ont Ă©tĂ© un peu Ă©courtĂ©s):

- intégrale Canal B

- format court (15’) Canal B

- les photos de la soirée : 18-55.org

Erwan
Canal B nov-déc 2010

- Free Party

Quelques semaines aprĂšs la parution d’un DvD retraçant la folle Ă©popĂ©e du Sound System Heretik, cette somme dĂ©finitive revient sur vingt ans de rave, de la naissance des Spiral Tribe Ă  la diaspora Ă©lectronique (France, Italie, RĂ©publique TchĂšque
). La grande force du musicologue (et DJ) Guillaume Kosmicki rĂ©side dans le refus de l’histoire froide et monolithique : la parole est donnĂ©e aux acteurs de la fĂȘte. Sporadiquement, l’auteur de Musiques Ă©lectroniques : Des avant-gardes aux dance floors (2009) recontextualise ces souvenirs empreints de nostalgie. Certes, les free parties, dernier mouvement underground de grande ampleur (oxymore ?) du siĂšcle dernier sont enterrĂ©es. L’esprit originel, lui, pourrait bien renaĂźtre sous d’autres formes. EspĂ©rons.

Letsmotiv

Thibaut Allemand
Letsmotiv (nord) Novembre 2010

- Free Party

Canal B

Canal B / Émission Wake Up Call Novembre 2010

- Free Party

Vient également de sortir le passionnant livre de Guillaume Kosmicki
Free party, une histoire, des histoires, constituĂ© d’une quarantaine de tĂ©moignages trĂšs variĂ©s de ceux qui ont vĂ©cu l’ñge d’or du mouvement.

Midi libre.com

Yanick Philipponat
midi libre.com Novembre 2010

- Free Party

l’émission

Entretien
ChĂąteau merdique - Radio Canal B (Rennes) Novembre 2010

- Free Party

Entretien avec Guillaume Kosmicki:

Radio Campus
L’émission

Entretien / Dominique Jeuvrey
Radio Campus Novembre 2010

- Free Party

culture.france2.fr

Laure Narlian
Site culture.france2.fr Novembre 2010

- Le livre du mois

Ils s’appellent Tomahawk, Heretik, UFO, Spiral Tribe, Psychopat, Defcore, Kanyar. Des noms barbares pour les uns, des tribus mythiques pour les autres. Des collectifs, des sound systems, la somme de trajectoires singuliĂšres qui s’entrecroisent depuis vingt ans, pour Ă©crire un large chapitre de la contre culture: celui des free parties. Ayant vĂ©cu le mouvement de l’intĂ©rieur, Guillaume Kosmicki met en perspective, dans Free party, une histoire, des histoires, une quarantaine de tĂ©moignages, deux gĂ©nĂ©rations d’électrons libres qui racontent leurs tribulations tribales. Autant de rĂ©cits qui jalonnent la grande histoire des free, au fil des Teknivals (Millau 1994, Tarnos 1995, Vitry 1996
 jusqu’à la gĂ©nĂ©ration 2.0). Alors que beaucoup pensent que la fĂȘte s’est achevĂ©e avec les annĂ©es 90, des collectifs comme Epsylon tĂ©moignent aujourd’hui d’une nouvelle vivacitĂ©. Des anciens, des nouveaux, des figures historiques, des anonymes, des utopistes, des rĂ©sistants, des activistes
 En confrontant ces parcours complĂ©mentaires, Kosmicki remet cette scĂšne de l’ombre en pleine lumiĂšre, en montrant sans masque ce que les free ont amenĂ© aux gens, comment elles ont parfois orientĂ© leur vie, façonnĂ© leur ĂȘtre et boostĂ© leurs Ă©lans.

Stéphanie Lopez
Tsugi Octobre 2010

- Des vies en Free Parties

Musicologue et enseignant, spĂ©cialiste du phĂ©nomĂšne des raves et des free party, Guillaume Kosmicki est l’auteur de Free Party, une histoire, des histoires.
Un ouvrage de tĂ©moignages rares et sincĂšres d’acteurs majeurs du mouvement.

Trax: Comment est nĂ©e l’idĂ©e de ce livre?
Guillaume Kosmiki: je travaille sur le sujet depuis Iongtemps. De 1995 Ă  2000, j’ai suivi des Ă©tudes supĂ©rieures de musicologie pendant lesquelles j’ai Ă©tudiĂ© les phĂ©nomĂšnes de transe dans les raves, leur signification musicale ce que veulent nous dire ces musiques sur notre monde, sur notre environnement. En parallĂšle. j’ai couru les raves, les free parties et les teknivals Ă©quipĂ© d’un appareil photo, d’un carnet de notes et d’un magnĂ©tophone pour recueillir des tĂ©moignages, J’y ai fait aussi des lives sous le nom de Tournesol, En 2009, j’ai publie le livre Musiques Ă©lectroniques: Des avant gardes aux dance floors, aux Ă©ditions Le Mot et le Reste. Un ouvrage didactique sur l’histoire des musiques Ă©lectroniques. Connaissant mon parcours, mon Ă©diteur m’a lancĂ© sur le projet d’un ouvrage sur le mouvement free party.

Trax: Comment cet ouvrage est-il structuré?
GK: Nous avons dĂ©cidĂ© d’aborder le mouvement free party sous un angle trĂšs personnel, Ă  savoir celui de tĂ©moignages. Donc, depuis un an, je parcours la France pour interviewer les tĂ©moins, suivre leurs parcours de vie, avec des joies et des dĂ©ceptions. Je me suis intĂ©ressĂ© en particulier Ă  la vie dans les sound-systems et Ă  des notions comme le “Do It Yourself”, le nomadisme, l’esprit du voyage, J’ai suivi la maniĂšre dont les acteurs du mouvement ont Ă©voluĂ© jusqu’à aujourd’hui. En tout, le livre rĂ©unit 40 tĂ©moins qui retracent 20 ans d’histoire du mouvement free party. Il y a des personnages « historiques», de nombreux sound-systems comme 69db, Jeff et Debbie (Spiral Tribe), Mark (Teknokrates), Josy et Vincent (FullVibes), Ber et Zrtol (Metek), Ben (Heretik)


Pour complĂ©ter ce panel, j’ai rĂ©alisĂ© des interviews d’autres activistes du mouvement: Marko (radio Éko des Garrigues, label Kanyar), Ziggy (bookeuse), Gino (Cirkus Road System), Benji (sculpteur sur metal), Foo (musicien live, ancien traveller), DFI0 et Gonzo (du site Internet DĂ©fcore), Olive (musicien, organisateur).

Trax: Comment le mouvement rave s’est-il transformĂ© en mouvement free party?
GK: Au dĂ©part et jusqu’en 1995/1996, le mouvement rave Ă©tait uni. Il y avait des fĂȘtes clandestines depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990, avec tous les styles de musiques Ă©lectroniques, du hardcore au dub, en passant par la house et la techno
 Et puis, il y a eu une scission entre d’un cĂŽtĂ©, une partie des organisateurs qui ont cherchĂ© la voie de la professionnalisation et de l’autre une radicalisation du mouvement rave Ă  cause de la rĂ©pression fĂ©roce par les pouvoirs publics.
1996, c’est d’ailleurs la crĂ©ation de Technopol, suite Ă  l’annulation de la rave Polaris Ă  Lyon. Du coup, une partie du mouvement rave et le public avec, glisse vers la free party, illĂ©gale avec une musique la plupart du temps hard core, hard tek, transcore. j’ai interviewĂ© William et StĂ©phane de Pinguins Records Ă  Montpellier. Leur tĂ©moignage montre bien la scission entre des soirĂ©es officielles, comme les BorĂ©alis qu’ils organisaient, et des free parties, Fuck Borealis, qui avaient lieu en mĂȘme temps.

Trax : Quelle a été la meilleure période du mouvement free party?
GK: Dans cette histoire d’une vingtaine d’annĂ©es, chacun a vĂ©cu sa pĂ©riode d’euphorie. Chacun a son parcours, ses souvenirs de bons moments. Aujourd’hui, de nombreux sound-systems perpĂ©tuent l’esprit du mouvement avec envie, Ă©nergie et gĂ©nĂ©rositĂ©, avec un goĂ»t nouveau pour la crĂ©ation artistique (dĂ©cors, lumiĂšres) et en s’ouvrant Ă  tous les styles Ă©lectroniques. Mais de mon point de vue, le mouvement free party s’est beaucoup essoufflĂ© au cours des annĂ©es 2000 pour plusieurs raisons. Il y a eu la mĂ©diatisation, alors qu’au dĂ©part le mouvement Ă©tait clandestin. Du coup, c’est devenu un phĂ©nomĂšne de masse. La qualitĂ© des soirĂ©es a baissĂ© aussi : moins d’esprit, moins d’ambiance, une musique plus uniforme, voire carrĂ©ment rigide, monolithique. Certains musiciens se sont dĂ©tachĂ©s du don de soi, de leur musique, et ont recherchĂ© la notoriĂ©tĂ©, Et puis, l’arrivĂ©e de nouvelles drogues a changĂ© la fĂȘte, les drogues psychĂ©dĂ©liques (LSD, MDMA) ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par la cocaĂŻne, la kĂ©tamine.
Globalement, l’utopie prĂŽnĂ©e par le mouvement a changĂ© avec les annĂ©es.

Trax :A-t-il été facile de traiter le sujet de la drogue avec vos interlocuteurs?
GK: Le livre se veut le plus franc possible, au plus proche du vécu, et le sujet de la drogue est traité complÚtement. Dans le livre, on sent des émotions, des instants qui touchent au sublime, et des moments glauques aussi.

Trax : L’histoire du mouvement free party est peu connue, et paraĂźt enfouie dans une mĂ©moire pourtant proche

GK Le livre m’a demandĂ© un grand travail de recherche. Principalement parce que les sound systems n’ont pas de mĂ©moire collective: ils ne tenaient pas de blog,n’avaient pas de sites Internet. Mais aujourd’hui, ce travail est justement facilitĂ© par Internet. Tout un pan d’histoire ressurgit grĂące Ă  des sites qui collectent les souvenirs, les flyers, les photos. Il y a aussi les mĂ©moires de chacun des participants, et tout le challenge du livre a Ă©tĂ© de raviver cette mĂ©moire, de croiser les souvenirs avec des dates, des lieux, des fĂȘtes. Évidemment, j’ai aussi vĂ©cu le mouvement free party de l’intĂ©rieur, comme universitaire et comme teuffeur, et j’ai gardĂ© de nombreux documents, des flyers que j’avais datĂ©s et classĂ©s. J’ai aussi Ă©tĂ© chroniqueur de free parties sur te site Internet Kanyar Ă  partir de 1998, toujours sous le pseudonyme de Tournesol. Du cĂŽtĂ© des mĂ©dias traditionnels, il y a peu d’archives, ils ont peu ou pas traitĂ© ce sujet, ou principalement sous l’angle sensationnaliste, en rubrique faits divers, et pas d’un point de vue culturel ou social.

Trax: Le livre est accompagné de documents inédits

GK: il comprend un cahier photos en couleurs de 32 pages, de nombreux clichĂ©s noir et blanc et aussi pas mal de flyers. Mais il est Ă©galement accompagnĂ© d’un CD de 14 titres, avec des sound-systems connus (Metek, Ubik, Dfaze) et des artistes amateurs. Tous sont hors Sacem car Ă  l’époque, le refus des taxes et des rĂšgles Ă©tablies avait un sens.

Trax: Quel enseignement principal tirez-vous de l’ensemble des tĂ©moignages recueillis?
GK: Toutes les personnes que j’ai interviewĂ©es ont retenu des Ă©lĂ©ments positifs de leur passage dans un sound-system ou dans le mouvement free party. Que ce soit un esprit de dĂ©brouille, de “Do It Yourself”, ou une entraide entre les personnes. Cela a forgĂ© leur personnalitĂ©. Dans une apprĂ©ciation plus gĂ©nĂ©rale, je dirais que la free party est une nouvelle forme de fĂȘte qui s’est mise en place il y a une vingtaine d’annĂ©es. Ce n’est ni un bal sur une place de village, ni un concert, c’est une nouvelle forme festive qui s’est inscrite durablement dans la paysage social et culturel,

Entretien O. Pernot/G. Kosmicki
Trax Septembre 2010