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Parution : 17/11/2011
ISBN : 9782360540303
360 pages (148 x 210)

24 €

Folk & renouveau

Une balade anglo-saxonne

EXTRAIT

On doit aux Lomax, John le pĂšre et Alan le fils, d’avoir recueilli des instants magiques uniques, entre autres en rapport avec le folk. Par exemple, c’est Alan Lomax qui, le premier, en aoĂ»t 1941 dans une plantation du Mississippi, enregistre le bluesman Muddy Waters, alors totalement inconnu. Son premier magnĂ©tophone, John Lomax le rĂ©cupĂ©ra des mains de la veuve de Thomas Edison, et l’utilisa pour collecter des chansons de cow-boys, mais aussi des chants traditionnels captĂ©s jusque dans les États sĂ©grĂ©gationnistes du Sud, en milieu naturel, qu’il s’agisse de fermes, d’églises voire mĂȘme de prisons. Cette aventure, dans laquelle le pĂšre entraĂźna trĂšs tĂŽt le fils, a permis de rĂ©vĂ©ler un monde qui serait probablement restĂ© inconnu du plus grand nombre sans eux; un monde que leur gĂ©nie visionnaire a su faire exister sur disque, dans le cadre d’une Ă©coute paradoxale et domestique.

Le folk est un courant musical riche et authentique, en perpĂ©tuelle Ă©volution. Un courant dont l’influence demeure considĂ©rable et qui, Ă  l’origine, est issu du peuple Ă  destination du peuple.
Dans le folk, ce sont le plus souvent des situations de la vie courante qui sont relatĂ©es, et ceci aussi bien dans la veine classique que dans la renaissance urbaine associĂ©e aux clubs amĂ©ricains et britanniques sous la houlette des Fred Neil, Karen Dalton, Bob Dylan, Bert Jansch et John Renbourn pour ce qui concerne la gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 1960. Que le renouveau du folk actuel s’arrime dans la permanence d’une certaine tradition (Woody Guthrie voire John Jacob Niles aux Etats-Unis, Shirley Collins ou Fairport Convention en Angleterre) ne l’a nullement empĂȘchĂ© d’intĂ©grer des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs, issus du psychĂ©dĂ©lisme par exemple, des musiques ethniques ou mĂȘme de l’improvisation, comme en a derniĂšrement tĂ©moignĂ© le free ou le freak folk de Devendra Banhart ou le retour de Vashti Bunyan aux cĂŽtĂ©s d’Animal Collective.
Cet ouvrage parcourt neuf dĂ©cennies d’albums, de la cĂ©lĂšbre anthologie d’Harry Smith Ă  Joanna Newsom, en passant par Donovan, Trees, Dando Shaft, Heron, Ed Askew, Michael Hurley, Bonnie “ Prince “ Billy, Crosby, Stills, Nash & Young ou Leonard Cohen, sans oublier les virtuoses du finger-picking que sont John Fahey, Robbie Basho, Jack Rose ou James Blackshaw, parmi 130 autres non moins intĂ©ressants.

Revue de presse

PlanĂšte Folk Barbara Carlotti France Inter // Cosmic Fantaisie 27 mai 2014
Dominique Boulay PARIS MOVE 2012
MILLEFEUILLES août 2012
Jean-Jacques BIRGE le blog de Jean-Jacques BIRGE septembre 2012
Sylvain Bertot Fake for real mai 2012
Interview Nicolas Moreau TRANZISTOR avril 2012
Paul-Yves Bourand Revue & Corrigée
Des mots et des notes Bruno Guermonprez VIBRATIONS mars 2012
Philippe Robert : Ballade en Ballade Cécile Le Lun TOHUBOHU 20 février 2012
Sur la route du Folk Micmag 05/02/2012
Fabrice Vanoverberg Le Son du Grisli février 2012
Romain Decoret GUITARIST (& BASS) MAGAZINE février 2012
LES NEUF DECENNIES DU FOLK GUY DAROL LE MAGAZINE DES LIVRES fév-mars-avril 2012
Folk et hard-rock donnent le LA aux éditions Le Mot et le Reste F.H. PUBLI-K-ATIONS - le temps des livres janvier 2012
Vincent Théval MAGIC REVUE POP MODERNE janvier 2012
MATADOR Chrystelle André radio TROIS COULEURS 22 décembre 2011
Millefeuilles 2011 Journal Ventilo 14 décembre 2011
Piers Faccini, folk alchimiste Elsa Boublil et Jean Rovarino FRANCE INTER émission SUMMERTIME 18 décembre 2011
Folk & renouveau Jean Dezert LES MAÎTRES FOUS dĂ©cembre 2011
Une liste free par Guillaume Belhomme et Philippe Robert JOSEPH GHOSN josephghosn.wordpress.com 11 décembre 2011
That's all, folk ! Radio That's all Folk 3 décembre 2011
L'Interview musique Nicolas Debade VENTILO 12 décembre 2011
Une balade anglo-saxonne L'agenda stéphanois # 403 7 déc. - 3 janv. 2011-2012
Un florilĂšge de livres pour les fĂȘtes Raymond SĂ©rini NOUVELLE VAGUE 7 dĂ©cembre 2011
Hotte d'or 2011 - sélection Noël LES INROCKUPTIBLES 7 au 13 décembre 2011
Clint Simonson, DE STILJ RECORDS 23 novembre 2011
Easy Rider n°1126 Olivier Valerio RADIO PFM 20 novembre 2011
Sélection Livres LE BRISE GLACE novembre 2011
ADDICTIONS Laurence Pierre FRANCE INTER 17 novembre 2011
NOVA BOOK BOX Richard GAITE RADIO NOVA 17 novembre 2011
SELECTION ROCK POP BERTRAND LOUTTE ARTE JOURNAL SOIR 14 novembre 2011
That's all, folk ! TRAVERSES 9 novembre 2011
UNE LISTE FOLK, PAR PHILIPPE ROBERT JOSEPH GHOSN josephghosn.wordpress.com 27 août 2011

PlanĂšte Folk

Sur chaque planĂšte oĂč l’art musical a Ă©tĂ© assimilĂ© par la population, il existe un folklore, dessinant la tradition et l’histoire de chaque contrĂ©es. Barbara Carlotti s’intĂ©resse de plus prĂ©s au folk fĂ©minin.

Barbara Carlotti revient sur le folk et fait appel Ă  plusieurs reprises Ă  notre ouvrage.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSIONICI

Barbara Carlotti
France Inter // Cosmic Fantaisie 27 mai 2014

L’occasion d’effectuer un fabuleux voyage sonore dans le temps et d’un continent Ă  l’autre nous est offerte grĂące Ă  ce superbe ouvrage oĂč Ă©rudition et simplicitĂ© ne sont pas antagonistes, mais complĂ©mentaires. Folksongs, songster, folksinger, medecine shows, country music, oldtime, folk boom, revival old time, Folk Revival, Folk Rock, Acid Folk, Acid Folk, NĂ©ofolk, Lo-Fi, Free Folk ne seront plus de vains mots pour le lecteur et John Lomax ou Alan Lomax (son fils), Woodie Guthrie, Bob Dylan ou les Byrds feront bientĂŽt partie de votre famille.
Ce qui a dĂ©butĂ© il y a plusieurs centaines d’annĂ©es a pris une ampleur certaine aux alentours des annĂ©es vingt. En 1927, pour ĂȘtre prĂ©cis, puisque c’est de cette annĂ©e-lĂ  que datent les premiers 78 tours rĂ©pertoriĂ©s, avant que cela ne se poursuive jusqu’à Greenwich Village, New York, au dĂ©but des annĂ©es soixante, pour ensuite se dĂ©velopper encore et donner naissance Ă  des courants musicaux dont nous ne faisons qu’évoquer l’esprit, jusqu’au Free folk d’aujourd’hui. Une histoire qui a dĂ©marrĂ© il y a bien longtemps et qui n’a jamais cessĂ© de se poursuivre
 Car tant qu’il y aura des humains, des artistes, des musiciens et des auditeurs pour le faire perdurer, pour composer, jouer, interprĂ©ter et le faire vivre, rien ne s’opposera Ă  ce que le Folk poursuive sa route encore longtemps
!

S’en suit une sĂ©rie de chroniques judicieuses et pertinentes de disques que nous avons, pour certains, tenus entre nos mains et que nous aurions aimĂ© avoir Ă©coutĂ©s, pour d’autres
. Plus de cent cinquante et un disques recensĂ©s, avec en plus, Ă  chaque fois, les rubriques ‘A Ă©couter aussi’ et ‘Egalement conseillĂ©s’ qui dĂ©multiplient les opportunitĂ©s de faire de vraies dĂ©couvertes. Et des artistes que nous croyions enfouis au fond de notre mĂ©moire, reviennent en force: Bert Jansch, Fairport Convention, Incredible String Band, et beaucoup d’autres

En somme, l’encyclopĂ©die sur le Folk que nous n’osions espĂ©rer. La dĂ©couverte livresque que nous n’imaginions mĂȘme pas dans nos dĂ©lires les plus fous. Je regrette cependant que ne figurent pas Ă  la fin du bouquin quelques pages blanches que chacun aurait pu complĂ©ter par des notes perso sur ses dĂ©couvertes les plus rĂ©centes, car la roue de l’histoire continue et les nouvelles dĂ©couvertes commencent dĂ©jĂ  Ă  s’accumuler: Baskery, Brooke Fraser, Carolina Chocolate Drops, Ed Halle, Eth, Ex Norwegian, Joep Pelt, Red Sky July, Straylings, TD Lind, Three Cane Whale
, et tant d’autres, encore. Lisons et relisons encore tout ce qui est Ă©voquĂ© ici, car cela se bouscule dĂ©jĂ  pour faire partie d’un second volume
!!!

PARISMOVE

Dominique Boulay
PARIS MOVE 2012

De maniĂšre assez logique, la parution de ce nouvel ouvrage chez les Ă©ditions du Mot et du Reste, consacrĂ© au folk anglo-saxon et Ă©crit par Bruno Meillier et Philippe Robert satisfera les amateurs de ce domaine musical par la possibilitĂ© offerte Ă  la fois de rĂ©viser ses classiques comme de dĂ©couvrir des albums restĂ©s jusque-lĂ  plutĂŽt confidentiels. Pour ainsi dire, la lecture de l’ouvrage donnera l’envie de replonger dans la discographie des Byrds, de Neil Young ou encore des pionniers comme Pete Seeger et Woody Guthrie, comme rappellera les seconds couteaux assez souvent oubliĂ©s de tels classements (tant Roy Harper, Michael Hurley que Perry Leopold) et conduira au goĂ»t du jour des musiciens complĂštement ignorĂ©s (Harry Taussig, The Tree People ou bien Dick Gaughan).

Avec ses chroniques de plus de cent-cinquante albums complĂ©tĂ©es par un riche addenda en fin d’ouvrage, multipliant au moins par quatre le nombre de disques mentionnĂ©s, cette anthologie du folk constitue bel et bien un inventaire pleinement exhaustif de ce qui s’est fait dans ce registre musical, cela quand bien mĂȘme on pourrait s’étonner de certains choix d’albums : Rains On Lens pour Smog par exemple alors que les derniers disques de Callahan comme Apocalypse et Sometimes I Wish We Were An Eagle sont oubliĂ©s tout comme d’ailleurs un album Ă  mes yeux important du point de vue de l’hĂ©ritage de la musique amĂ©ricaine, Ă  savoir From The Great American Songbook de Tom Carter et Christian Kiefer. Bien entendu chacun pourrait y aller de sa critique pour la sĂ©lection de tel ou tel album mais ce serait Ă©piloguer sans fin sur les manques et les dĂ©fauts inhĂ©rents Ă  ce type d’entreprise de classification.

Comme l’indique le titre de l’ouvrage, Folk & Renouveau, les auteurs ont souhaitĂ© Ă©galement intĂ©grĂ© des albums qui pourront paraĂźtre moins s’étiqueter folk au premier abord, c’est-Ă -dire en fait des pratiques qui dĂ©passent le cadre strict de ce rĂ©pertoire mais qui l’intĂšgrent pleinement Ă  leur identitĂ©. C’est le cas par exemple de Fables Of The Construction de R.E.M. que l’on identifierait plus comme de la pop-rock mais qui, par l’hommage de Peter Buck Ă  certains musiciens britanniques (le disque a d’ailleurs Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  Londres par Joe Boyd, le producteur de Fairport Convention et de l’Incredible String Band), transgresse les frontiĂšres clairement dĂ©limitĂ©es. NĂ©anmoins, c’est plutĂŽt le sentiment d’une continuitĂ© de l’hĂ©ritage des annĂ©es 1960-1970 qui se fait le plus ressentir Ă  la mention des disques qui nous sont contemporains : le folk primitif cher Ă  John Fahey est prolongĂ© par Jack Rose comme James Blackshaw, le folk savamment orchestrĂ© se retrouve chez Joanna Newsom, le folk-rock puise de nouvelles ressources auprĂšs des entitĂ©s que sont Ben Chasny et mv & ee, le traditionnel offre toujours de nouvelles perspectives Ă  des musiciens comme Alasdair Roberts ou les Baird Sisters, etc. Seuls ce que l’on nomme le dark folk ou le nĂ©o-folk avec David Tibet et In Gowan Ring comme quelques expĂ©riences isolĂ©es (tel le projet de Michael Gira avec The Angels Of Light) semblent instaurer une pratique disons plus inĂ©dite en regard des pĂ©riodes anciennes.

C’est que la pĂ©riode, pour faire large, situĂ©e entre 1965 et 1975 correspond vĂ©ritablement Ă  un boom folk du cĂŽtĂ© des Etats-Unis et de l’Angleterre et continue, notamment au grĂ© des rééditions, Ă  motiver les aspirations des musiciens du XXIe siĂšcle. En fait, si l’on se prĂȘte Ă  comptabiliser les disques par pĂ©riodes Ă  travers l’ouvrage, on se rend compte que bien plus de la moitiĂ© des albums ont Ă©tĂ© publiĂ©s Ă  ce moment tandis que des dĂ©cennies suivantes jusqu’à nos jours, la tendance folk, du moins les hautes qualitĂ©s du folk choisies par les deux auteurs, est nettement moindre. De prime abord, on s’étonnera quand mĂȘme de constater que les annĂ©es 1980 offrent plus de bons albums que les annĂ©es 1990 mais l’addenda viendra en fin de compte renverser la tendance (39 albums pour les annĂ©es 1990 contre 21 pour la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente). Sans nul doute l’abondance d’albums pour les annĂ©es 2000 provient, comme cela est mĂ©canique dans les classements de ce genre (Ă  titre d’exemple le classement des meilleurs films de tous les temps Ă  l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958 faisait la part belle aux productions d’aprĂšs-guerre), de l’ancrage des deux auteurs dans la pĂ©riode : on retient bien plus facilement ce que l’on a connu rĂ©cemment.

DĂšs lors faut-il rĂ©flĂ©chir particuliĂšrement aux mĂ©canismes qui ont une fonction mĂ©morielle et qui participent en fin de compte d’un processus de patrimonialisation. Lesquels sont-ils? A ce titre, l’ouvrage, qui joue bien sĂ»r lui aussi un rĂŽle dans le façonnement d’une mĂ©moire du folk, indique bien, au travers des notices de chaque album, l’importance Ă  la fois des passeurs pour faire dĂ©couvrir des musiciens (que ce soit Ben Chasny pour Gary Higgins ou David Tibet pour Comus), des rééditions Ă  travers des labels spĂ©cialisĂ©s (Ă  l’instar de Light In The Attic), des reprises, singuliĂšrement lorsqu’elles sont l’Ɠuvre d’artistes de notoriĂ©tĂ© publique (Chan Marshall risque bien plus de faire connaĂźtre par ses reprises Michael Hurley que ne le pourrait Espers) mais aussi des rencontres musicales entre gĂ©nĂ©rations (Vashti Bunyan enregistrant avec Animal Collective Ă  un moment oĂč le groupe est cĂ©lĂ©brĂ©). Il faudrait Ă©voquer Ă©galement le rĂŽle assignĂ© Ă  la critique musicale dans ce processus bien qu’elle puisse paraĂźtre de nos jours bien moins influente, amoindrie par les liens sociaux du net qui se crĂ©ent Ă  travers forums et blogs.

MĂȘme si cela pourra paraĂźtre initialement plutĂŽt conventionnel, il faut souligner la pertinence de Bruno Meillier et Philippe Robert d’avoir Ă©tabli en introduction de leur liste d’albums une chronologie de l’histoire du folk car ses origines, bien moins connues que le reste, sont Ă©clairĂ©es de maniĂšre parfaitement claire et synthĂ©tique. OĂč l’on voit combien le folk au dĂ©but du XXe siĂšcle Ă©tait sensiblement inscrit dans le quotidien des catĂ©gories sociales les plus pauvres – les travailleurs et surtout les exilĂ©s – Ă  travers une tradition orale (un film comme Hallelujah de King Vidor sorti en 1928 montre bien, dans un tout autre registre musical, cette intĂ©gration de la musique Ă  la vie de tous les jours). Il est chose aisĂ©e en consĂ©quence de saisir la forte politisation de ce registre aux cĂŽtĂ©s des mouvements sociaux et du militantisme, politisation que l’on redĂ©couvrira d’ailleurs dans le contexte amĂ©ricain de la fin des annĂ©es 1960
mais qui semble aujourd’hui grandement absente. D’un point de vue technique, l’ouvrage incite Ă  se consacrer Ă  un chantier de rĂ©flexion important quant Ă  l’apparition puis la systĂ©matisation de l’enregistrement de la musique folk, deux Ă©tapes qui se tiennent sur une pĂ©riode allant de la fin des annĂ©es 1920 aux annĂ©es 1950 : en somme nous ne connaissons qu’une partie infime des chants et pratiques folk de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle malgrĂ© les travaux de captation respectifs de Moses Asch et d’Alan Lomax comme la passion de collectionneur d’Harry Smith.

En guise de conclusion, j’insisterai sur le fait que l’ouvrage permet de saisir la rĂ©elle fĂ©conditĂ© des liens entre la jeune gĂ©nĂ©ration de musiciens de folk (qui souvent d’ailleurs Ă©volue en plus sur d’autres domaines musicaux) et leurs aĂźnĂ©s, laquelle fĂ©conditĂ© nourrit Ă  mon sens les albums les plus importants de ces derniĂšres annĂ©es. Dans ce sens, l’inquiĂ©tude d’un Simon Reynolds, Ă  travers son ouvrage RĂ©tromania, quant Ă  une paralysie de l’innovation musicale par de trop nombreuses formes nostalgiques du passĂ© me semble minimiser la qualitĂ© musicale qui peut ressortir d’un certain classicisme. C’est dire en fait combien Reynolds confond trop Ă  mon goĂ»t modernitĂ© et amĂ©lioration de la qualitĂ© musicale. Si notre Ă©poque n’aura peut-ĂȘtre pas suscitĂ© de ruptures musicales profondes comme les Ă©poques antĂ©rieures, au moins peut-on fortement se rĂ©jouir de son intĂ©rĂȘt et de son enthousiasme quant Ă  son passĂ© et son histoire ; attitude – bien entendu lorsqu’elle se veut intelligible – qui prĂ©figure une meilleure comprĂ©hension de son identitĂ©, par-lĂ  mĂȘme de son prĂ©sent. Je crois vraiment qu’il faut se fĂ©liciter de voir un vieux de la vieille comme Neil Young, accompagnĂ© de son Crazy horse, prendre un rĂ©el plaisir Ă  se plonger dans les mĂ©andres de l’histoire amĂ©ricaine Ă  travers son dernier album de reprises intitulĂ© significativement Americana car, Ă  partir d’un matĂ©riau prĂ©existant, peut s’élaborer une esthĂ©tique stimulante et enrichissante, mĂȘme si elle ne rompt pas radicalement avec son modĂšle.

MILLEFEUILLES

MILLEFEUILLES août 2012

Philippe Robert et Bruno Meillier signent un livre inattendu lorsque l’on connaĂźt leur goĂ»t pour les musiques innovatrices. Leur Ă©tude sur le folk et ses dĂ©clinaisons actuelles, souvent empreintes de rock, est tout Ă  fait cohĂ©rente grĂące Ă  leur ouverture d’esprit et leurs choix Ă©clectiques.
Musicien (Etron Fou Leloublan, Les I, Bruniferd, Zero Pop, etc.), organisateur du festival Musiques Innovatrices Ă  Saint-Étienne, Bruno Meillier est Ă©galement label manager de OkhĂȘstra International, distributeur en France de tout ce qui se fait d’original en matiĂšre discographique. Leur locomotive est le cĂ©lĂšbre Tzadik dirigĂ© par John Zorn, mais ils s’occupent de plus d’une centaine de labels tels Ambiances MagnĂ©tiques, BVAAST, Cuneiform, FMP, GRRR, In Situ, Intakt, Knitting Factory, NĂ»ba, Potlatch, Trace, Umlaut, Victo, etc.
Le journaliste Philippe Robert a collaboré aux Inrockuptibles, à Vibrations, Jazz Magazine, Guitare & Claviers et signé sept ouvrages sur la musique aux éditions Le mot et le reste dont ce remarquable Folk et renouveau, une balade anglo-saxonne.
AprÚs un survol historique des différents courants, les auteurs ont choisi environ 150 albums pour illustrer leur propos.
Les folksongs et la musique traditionnelle anglo-saxonne n’ont jamais Ă©tĂ© ma tasse de thĂ©, mais il n’existe aucun genre qui ne mĂ©rite qu’on s’y attache pour peu que l’on soit correctement guidĂ© ! Le moindre rejet musical n’est qu’affaire de psychanalyse, les histoires familiales orientant fondamentalement nos goĂ»ts. Face Ă  l’excellence on se laissera surprendre et emporter.
Traçant ma route parmi cette somme fortement argumentĂ©e j’ai pu ainsi retrouver des Ă©motions oubliĂ©es en Ă©coutant les albums Ă©voquĂ©s qui avaient marquĂ© ma jeunesse ou en faisant de nombreuses dĂ©couvertes puisque le panorama dĂ©bute en 1927 avec la cĂ©lĂšbre Anthologie de la musique folk amĂ©ricaine publiĂ©e par Harry Smith et se dĂ©veloppe jusqu’à aujourd’hui. Le folk s’est toujours colorĂ© de maintes influences en se mariant, par exemple, avec l’énergie Ă©lectrique du rock ou la libertĂ© du jazz et de l’improvisation. Pendant ces 90 ans la critique sociale et politique y a rivalisĂ© avec les Ă©lucubrations dĂ©livrĂ©es par l’alcool et les psychotropes.
Par affinitĂ© j’ai laissĂ© tomber les classiques Peter Seeger, Woody Guthrie ou Bob Dylan, pour profiter de la voix envoĂ»tante de Sandy Denny avec Fairport Convention ou Fotheringay, des envolĂ©es psychĂ©dĂ©liques de Crosby Stills Nash & Young, des Byrds ou Buffalo Springfield. Mais j’ai surtout fait des dĂ©couvertes en me plongeant dans Alasdair Roberts, Comus, Espers, Roy Harper, Pearls Before Swine, Peter Walker, R.E.M., The Holy Modal Rounders qui m’avaient Ă©chappĂ© ou en dĂ©vorant coup sur coup treize albums de l’Incredible String Band qui m’avait tant plu Ă  l’adolescence pour leur inventivitĂ© dĂ©bridĂ©e et leur naturel dĂ©complexĂ©.
Si Folk et renouveau est bien une balade, c’est aussi une mine, un territoire gigantesque dont Robert et Meillier ont dressĂ© la carte en s’en faisant les passeurs pour quiconque souhaite s’ouvrir sans cesse Ă  de nouveaux paysages et se laisser porter par de sublimes ballades.

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Jean-Jacques BIRGE
le blog de Jean-Jacques BIRGE septembre 2012

Ah, on l’attendait avec impatience ce nouveau Philippe Robert. Il ne l’avait pas annoncĂ©, mais son existence coulait de source. Il Ă©tait Ă©vident, vu certains choix dans ses sĂ©lections prĂ©cĂ©dentes, que notre critique et Ă©rudit allait un jour consacrer un ouvrage tout entier Ă  un genre qui le mĂ©rite, ce trĂšs prolifique folk qui plonge ses racines au plus profond des musiques traditionnelles anglo-saxonnes, et se montre toujours aussi vivant de nos jours.
Comme pour ses deux volumes sur le hard rock, Philippe Robert a choisi cette fois de s’accorder du renfort en la personne de Bruno Meillier, un connaisseur, musicien et activiste, auteur par ailleurs d’ouvrages sur le rock psychĂ©dĂ©lique. Et c’est exactement comme attendu, du Robert (et Meillier, donc) du meilleur cru qui, sur le mĂȘme principe que ses livres prĂ©cĂ©dents chez Le Mot et le Reste, brosse une histoire du genre et l’illustre Ă  travers une sĂ©lection de plusieurs dizaines d’albums, Ă©talĂ©s sur prĂšs d’un siĂšcle, incluant figures de proue et artistes maudits, passant sans cesse de l’AmĂ©rique Ă  la Grande Bretagne, ou vice-versa, abordant toutes les tendances, toutes les Ă©volutions du folk, de Woody Guthrie et la Carter Family Ă  Joanna Newsom et Alasdair Roberts, en passant Dylan (le seul citĂ© deux fois, ce qui ne choquera personne), Fairport Convention et Billy Bragg.

A nouveau, on retrouve ces prĂ©sentations d’albums denses, riches, jaillissantes, remplies de tant de rĂ©fĂ©rences que les phrases semblent s’allonger et s’éterniser, qu’elles en deviennent parfois difficiles Ă  suivre, tout autant qu’elles orientent le lecteur vers des dizaines d’autres Ɠuvres, d’autres artistes, d’autres pistes. C’est Ă  nouveau un ouvrage qui se lit vite, mais cite assez de disques pour se repaitre de folk pendant toute une vie.

Bref, c’est trĂšs exactement ce qui Ă©tait attendu, et on bataillerait sec pour trouver un reproche sĂ©rieux Ă  adresser Ă  cette nouvelle livraison. Quelques rĂ©pĂ©titions dans l’introduction, quand il est dit Ă  deux reprises que Sandy Denny a collaborĂ© avec Led Zep ? Des broutilles. Un manque de clartĂ© quand on parle des racines du folk, quand on semble confondre le Sud amĂ©ricain et les Appalaches ? LĂ  encore, pinaillage. L’éternel magistĂšre du magazine Wire sur les Ă©crits de Philippe Robert ? Il y a pire comme rĂ©fĂ©rence.

Peut-ĂȘtre alors pourrons-nous regretter l’absence de rĂ©fĂ©rences extĂ©rieures au monde anglophone, alors que les autres volumes proposaient des sĂ©lections trĂšs internationales. Cependant, comme le souligne le sous-titre, Une Balade Anglo-Saxonne, comme les auteurs eux-mĂȘmes le rappellent, le folk est substantiellement anglais, amĂ©ricain, voire irlandais et Ă©cossais. Le folk des autres pays, sous ses formes brutes ou mutantes, c’est ce que d’aucuns ont voulu regrouper sous l’appellation fourre-tout de “world music”.

Non, dĂ©cidĂ©ment, il y a peu Ă  reprocher Ă  ce livre. Peut-ĂȘtre pourrons-nous juste regretter qu’il laisse une question importante sans rĂ©ponse : pourquoi donc ce folk semble-t-il increvable ? Pourquoi subsiste-t-il comme une tendance forte de la musique populaire? Pourquoi parvient-il Ă  se rĂ©gĂ©nĂ©rer mieux que ces musiques traditionnelles amĂ©ricaines plus momifiĂ©es que sont le blues et la country ? Oh, certes, il arrive quelquefois Ă  ces deux autres genres de retrouver quelques couleurs, par exemple il y a 10 ou 15 ans, avec les disques de R.L. Burnside pour l’un, ou avec le retour d’un Johnny Cash sous le patronage de Rick Rubin pour l’autre. Mais rien de commun avec l’extraordinaire pĂ©rennitĂ© de ce folk qui irrigue toutes les dĂ©cennies, mĂȘme pendant le coup de mou des annĂ©es 80, et qui fait encore l’actualitĂ© au XXIĂšme siĂšcle dans sa version freak, psych ou weird.

Peut-ĂȘtre cette longĂ©vitĂ© est-elle due Ă  l’adoption prĂ©coce de ce genre musical par les intellos et par Greewich Village, des gens qui avaient les moyens mĂ©diatiques et relationnels d’entretenir la tradition du folk, quand le blues renvoyait Ă  une image passĂ©e et dĂ©valorisante de l’homme noir, et que la country, enferrĂ©e dans une imagerie de cow-boys, Ă©tait devenue la musique des rednecks. Mais pas sĂ»r, cependant, car ces styles lĂ  ont eues aussi, parfois, les faveurs des branchĂ©s
 Alors pourquoi ?

On ne le sait pas vraiment. Mais qu’importe. Exemples Ă  l’appui, le livre, l’un des meilleurs d’une sĂ©rie pas loin d’ĂȘtre irrĂ©prochable, dĂ©montre la vivacitĂ© exceptionnelle de ce genre sorti du fond des Ăąges et du terroir anglo-saxon, et c’est tout ce qui compte.

PS : il n’aura Ă©chappĂ© Ă  personne que l’auteur de ces lignes sort prochainement un ouvrage dans la mĂȘme collection que ce livre. Il tient Ă  prĂ©ciser, cependant, qu’il avait commencĂ© Ă  commenter les publications Le Mot et le Reste bien avant d’avoir envisagĂ© de publier quoi que ce soit chez cet Ă©diteur, et qu’il continuera dans les mĂȘmes conditions, sans renoncer Ă  partager des avis sincĂšres, favorables ou moins, sur ses diffĂ©rentes sorties.

FAKEFORREAL

Sylvain Bertot
Fake for real mai 2012

Interview

GalvaudĂ©, assaisonnĂ© Ă  toutes les sauces – de l’acid folk au metal-folk
 -, le terme « folk » renvoie Ă  une histoire multisĂ©culaire, que retracent Philippe Robert et Bruno Meillier, auteurs d’un rĂ©cent livre consacrĂ© Ă  cette musique qui n’a jamais cessĂ© de se rĂ©inventer. « Forever young » chantait Bob Dylan


Philippe Robert : Le mot mĂȘme de “folk” date d’une Ă©poque oĂč l’on ne parlait pas encore de pop music. La musique dite folk dĂ©signe la musique des gens, d’un peuple : disons que c’est la musique des gens du peuple Ă  destination de leurs semblables. Il s’agit au dĂ©part, du 18e jusqu’au 20e siĂšcle, d’une musique traditionnelle, de transmission orale, Ă  l’origine vocale (a capella) puis accompagnĂ©e d’instruments acoustiques. On associe souvent Ă  tort le folk aux seuls États-Unis. Probablement parce que l’histoire de l’édification de ce grand pays est la plus rĂ©cente, et que c’est lĂ  que le brassage communautaire a Ă©tĂ© le plus fort, que des composantes infiniment variĂ©es se sont mĂ©langĂ©es : les anonymes couplets des esclaves noirs des plantations du Sud, les refrains nostalgiques des matelots de la marine marchande, les balades s’élevant des caravanes d’émigrĂ©s irlandais ou Ă©cossais, la musique des indigĂšnes indiens
 Autant d’affluents qui sont venus grossir le courant !
Bruno Meillier : Le folk est avant tout une musique de mĂ©tissages, de renouvellement d’une tradition constamment remise sur l’ouvrage, de fertilisations croisĂ©es aussi. Ce qui en fait quelque chose d’éminemment complexe. Les pionniers de l’histoire du folk ont beaucoup insistĂ© sur toutes ces racines et branches qui ont fini par faire la modernitĂ© de cette musique au cours du vingtiĂšme siĂšcle.

Quand émerge le courant « folk » en tant que tel ? Avec des artistes fondateurs comme Woody Guthrie ?
B. M. : Le folk Ă©merge du fonds commun dont nous venons de parler. Avec la figure du « songster », ancĂȘtre du « folksinger » Ă  proprement parler : de vĂ©ritables troubadours allant de fermes en campements d’ouvriers, en Ă©change du gĂźte et du couvert d’abord, avant d’ĂȘtre enregistrĂ©s sur 78 tours, puis de commencer Ă  se professionnaliser. L’expansion de cet art populaire s’est donc fait en fonction de la richesse des Ă©changes culturels. Le folk s’est inspirĂ© du blues (courant dans lequel les Noirs s’adressent Ă  leur communautĂ©) et de la country (oĂč l’instrumentation est la mĂȘme, mais pas les prĂ©occupations politiques, tout du moins jusqu’à l’émergence tardive du mouvement rebelle et anti-conservateur dit “outlaw”). Dans les Appalaches, ce fut un lent processus menĂ© par des inconnus, ce que relate entre autres la fameuse Anthologie de la Musique Folk AmĂ©ricaine concoctĂ©e par Harry Smith, et dont les premiers enregistrements datent de 1927.
P. R. : Avec Woody Guthrie, au dĂ©but des annĂ©es 30, le folk se montre de plus en plus impliquĂ© dans les problĂšmes de son temps. DĂšs lors, les chansons vont s’adapter aux Ă©vĂšnements, Ă©pouser des causes. On est en prise direct sur le social : on parlera mĂȘme de chanson syndicaliste. Pete Seeger en fournit un autre exemple.

Comment et par qui naßt le « renouveau » que connaßt le folk dans les années 1950 et 1960 ?
P.R. : L’engagement du folk, ses prises de position socio-politiques en faveur des exclus, des opprimĂ©s, des Noirs, des Indiens finira par sĂ©duire les campus universitaires et les quartiers intellectuels des grandes villes du nord des USA. Les clubs de Greenwich Village Ă  New-York offrent alors un vĂ©ritable théùtre des opĂ©rations Ă  des folkeux surgis de partout, et animĂ©s de motivations identiques. Le festival de Newport constitue la grande messe annuelle, cĂ©lĂ©brant un vĂ©ritable mouvement qui se traduira mĂȘme par l’obtention de certains droits civiques.
B. M. : Incontestablement Woody Guthrie et Pete Seeger ont Ă©tĂ© les pionniers de ce renouvellement. Eux-mĂȘmes se sont inspirĂ©s des chansons traditionnelles collectĂ©es par quelqu’un comme Alan Lomax. Et Bob Dylan, sur qui au milieu des sixties tous les regards se porteront, s’est nourri de tout ce joli monde. Sa parfaite connaissance du rĂ©pertoire et son talent finiront par en faire un porte-parole. D’autres, en parallĂšle, proposeront de ce renouvellement une version Ă©dulcorĂ©e : le Kingston Trio notamment, ou encore Peter, Paul & Mary.

Ce « folk boom » ne concernera pas que les USA

B.M. : Par le diminutif “folk” (pour” folk music”), on dĂ©signe gĂ©nĂ©ralement ce qui ressort de la sphĂšre anglo-saxonne. C’est-Ă -dire, grosso modo, ce qui vient des USA mais aussi du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Écosse (on se doute bien que le Canada finira par jouer un rĂŽle : il suffit de citer Joni Mitchell, Leonard Cohen, Gordon Lightfoot ou Neil Young pour s’en convaincre). Des AmĂ©ricains comme Dylan, Ramblin’ Jack Elliott, Tom Paxton, Joan Baez, Dave Van Ronk, Judy Collins ou Buffy Sainte-Marie auront une influence dĂ©terminante sur ce qui se tramera dĂšs les annĂ©es 1960 en Europe. Ils viennent mĂȘme se faire entendre Ă  Londres. Presque tous traversent l’Atlantique quand ils ne s’y installent pas pour un temps (Jackson C. Frank). L’Angleterre, avec Davy Graham, puis Fairport Convention, Steeleye Span, Michael Chapman, Mick Softley, Nick Drake
 ne sera pas en reste question renouveau. Ce sera, lĂ  aussi, un long processus, dans lequel un Ewan McColl ou une Shirley Collins ont jouĂ©, les premiers, un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant en collectant et rĂ©interprĂ©tant les chants traditionnels de leurs pays.

AncrĂ© initialement dans la tradition, le folk s’en dĂ©tache dans les annĂ©es 1960 et 1970 : peut-on dire que c’est Dylan qui lance le mouvement ?
P.R. : Si Bob Dylan est loin d’ĂȘtre le seul, il est manifestement un catalyseur. Son rapport aux Beatles, le scandale Ă  Newport oĂč son groupe joue Ă©lectrique, le fait que ses chansons se dĂ©politisent autant qu’elles s’électrifient
 Beaucoup de choses se renouvellent Ă  son contact. MĂȘme si un guitariste Ă©cossais d’origine guyanaise, Davy Graham en l’occurrence, a aussi beaucoup fait de son cĂŽtĂ©, en s’inspirant des ragas indiens et de la musique arabo-andalouse. Un autre exemple de cette interpĂ©nĂ©tration constante et fertile.
B.M. : Le folk Ă©voluera alors au grĂ© des mĂ©tissages. Quand le rock psychĂ©dĂ©lique, une excroissance du folk-rock, accapare l’attention, le folk s’en inspire : on parlera d’acid folk. Beaucoup plus tard, le folk intĂ©grera des Ă©lĂ©ments issus du punk-rock, en matiĂšre de production notamment, avec ce que l’on a appelĂ© la lo-fi. Si le folk paraĂźt se diversifier, son appellation, elle, perdure, quelque soit le prĂ©fixe qu’on lui accole. Le folk Ă©volue avec son temps, mais les prĂ©occupations d’antan ne perdent jamais non plus de leur actualitĂ©. Avec un groupe comme Current 93, qualifiĂ© de nĂ©o-folk dans les annĂ©es 1990, on se retrouve en ligne directe de la tradition de Shirley Collins, Tim Hart et Maddy Prior, qui date des annĂ©es 1960. La nouveautĂ© proviendrait d’un zeste d’acide rajoutĂ©, comme chez l’Incredible String Band, ou dans le sillage d’un Comus, groupe singulier des seventies.

Le folk connaĂźt un renouveau depuis une vingtaine d’annĂ©es

B.M. : Depuis les annĂ©es 1990, le folk s’est au moins renouvelĂ© plusieurs fois
 La plus intĂ©ressante des mĂ©tamorphoses est probablement la derniĂšre en date. Celle qui a fait titrer au magazine anglais The Wire : “Welcome to the New Weird America”. Elle a commencĂ© par reflĂ©ter une rĂ©alitĂ© amĂ©ricaine, directement issue des plus barrĂ©es des expĂ©rimentations de l’acid folk des sixties, avant d’influencer l’Angleterre. Ces musiciens, appartenant Ă  ce que l’on a fini par nommer « free folk », ou bien issus du renouveau Ă©cossais, qu’il s’agisse d’un Matt Valentine, d’un Jack Rose ou d’un Alasdair Roberts n’ignorent rien de la tradition des John Fahey, Shirley Collins ou Roscoe Holcomb. Ces musiciens ne sortent pas de n’importe oĂč, ils ne se sont pas improvisĂ©s musiciens de folk parce qu’ils en auraient eu la dĂ©gaine : la mode, aujourd’hui, voudrait que tout ce qui est acoustique, sur tempo de ballade, soit du folk. C’est infiniment plus complexe. Tout renouvellement ne se fonde que sur une bonne connaissance du passĂ©.
P.R. : Le folk, dans son ensemble, d’hier Ă  aujourd’hui, correspond Ă  un mĂȘme geste, dĂ©sintĂ©ressĂ©, authentique, avec ses hĂ©sitations, ses Ă©volutions, d’ailleurs pas si drastiquement rĂ©volutionnaires que ça puisque le rattachement Ă  une ou plusieurs traditions lui importe. Mais tout en gardant Ă  l’esprit qu’un genre musical qui n’évolue pas tombe rapidement en dĂ©liquescence. Le be bop, dans le jazz, s’est mĂ©tamorphosĂ© Ă  un moment donnĂ© en free jazz : c’est un mĂȘme geste une fois de plus. Il n’y a pas de rupture, contrairement Ă  ce qu’on peut croire “sur le coup”. Juste continuitĂ© d’une mĂȘme histoire. Idem pour le folk. L’électrification d’une musique acoustique est une rĂ©volution de salon, somme toute annexe. Le scandale qu’on lui associe a juste Ă©tĂ© amplifiĂ© afin de crĂ©er du mythe.

À lire
SignĂ© par Bruno Meillier et Philippe Robert, ex-journaliste Ă  Vibrations, aux Inrockuptibles, etc., Folk & renouveau (aux Éditions Le mot et le reste) constitue une parfaite introduction au folk. Une impeccable sĂ©lection commentĂ©e de 150 disques clĂ©s, des pĂšres fondateurs aux derniers rejetons de la famille folk, oĂč figurent bien sĂ»r les incontournables – Bob Dylan, Neil Young
- mais aussi quantitĂ© d’artistes oubliĂ©s par l’histoire officielle, et dont les disques ont pourtant conservĂ© une « inaltĂ©rable jeunesse ». Une mine d’or.

Nicolas Moreau
TRANZISTOR avril 2012

Fruit d’une collaboration bicĂ©phale inĂ©dite – Philippe Robert et Bruno Meillier –, cette “balade anglo-saxonne” propose un itinĂ©raire en 147 Ă©tapes dans la plĂ©thorique production dispensĂ©e dans le sabir qui s’échappa des Ăźles britanniques pour envahir la planĂšte.
Qu’ils soient australiens, canadiens, amĂ©ricains, ou godons de base, les patients radiographiĂ©s sont tous traitĂ©s de la mĂȘme façon : un de leurs enregistrements sert de point de mire, autour duquel est bĂątie une biographie succincte, qui appelle d’autres cousinages, voire des ramifications de parentĂ©s, ou des suggestions d’écoutes parallĂšles qui peuvent Ă©tonner.
Renommés ou à diffusion plus confidentielle, chanteurs à textes ou instrumentistes muets, les spécimens sélectionnés trouvent leurs places dans ces 360 pages (ISBN 9781360540303) sans se piétiner. Chacun peut le vérifier contre 23 euros


Paul-Yves Bourand
Revue & Corrigée

Des mots et des notes

La qualitĂ© Ă©ditoriale de la collection Formes, publiĂ©e par Le Mot et le Reste, n’est plus Ă  prouver. Pas plus que le sĂ©rieux et l’implication des auteurs pour ce volume consacrĂ© Ă  la musique folk, de ses origines au disque (l’Anthology Of American Folk Music de Harry Smith) jusqu’à aujourd’hui (MV& EE), dans le cadre strict du monde anglo-saxon, Bruno Meillier (acteur de la scĂšne française puisque musicien, organisateur-programmateur de festival et distributeur) ainsi que Philippe Robert (ancien collaborateur du journal que vous tenez entre les mains et dĂ©jĂ  auteur de trĂšs substantiels volumes de la collection, dont celui consacrĂ© aux exigeantes musiques expĂ©rimentales que nous vous recommandons avec ferveur) livrent un parcours sĂ©rieux et trĂšs complet, sinon parfaitement exhaustif, de cette musique magique, protĂ©iforme et paradoxale parfois. AprĂšs un propos liminaire clair et synthĂ©tique qui rend bien compte de la notion de genres (folk rock, acid folk, free folk, etc.) sans lui donner plus d’importance que la musique elle-mĂȘme, ils dĂ©roulent une sĂ©lection bien sentie d’albums indispensables et symboliques de chaque courant*, balançant entre inĂ©vitables bornes (Woody Guthrie, Bob Dylan, Fairport Convention ou Bert Jansch), familiers des happy few (Peter Walker, Judee Sill ou Michael Chapman) et dĂ©couvertes providentielles (The Trees Community, O.W.L. ou In Gowan Ring).
Les renvois discographiques dans les notices ainsi que dans un addendum particuliĂšrement bien vu prolongeront durablement les dĂ©couvertes. Un livre qu’on n’est pas prĂšs de refermer.

Bruno Guermonprez
VIBRATIONS mars 2012

Philippe Robert : Ballade en Ballade

AprĂšs le rock, la great black music ou les musiques expĂ©rimentales, Philippe Robert poursuit sa visite parallĂšle des genres musicaux en s’attaquant cette fois-ci au folk. Il est Ă  l’honneur du dernier Tohu Bohu : chronique de son livre “Folk et renouveau” par Kalcha et mini-interview plus dĂ©taillĂ©e ici .

Ce nouveau livre revient sur le folk dont vous remontez le fil jusqu’à la fin des annĂ©es 20. Qu’est-ce qui explique que cette musique traverse les Ăąges avec autant de succĂšs ?
Le folk a certes un long passĂ©, rĂ©sultant d’un enracinement profond et constamment remis sur l’ouvrage. Mais pour autant il n’a, me semble-t-il, pas toujours eu du succĂšs. Je dirais que l’on assiste depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000, enfin, Ă  son retour en grĂące. Car aprĂšs le folk boom des 60s, suivi par la percĂ©e des singers-songwriters dans les annĂ©es 1970, l’avĂšnement du punk-rock a quelque peu bousculĂ© la donne. L’image du folk, pendant un temps au moins, a mĂȘme fini par paraĂźtre (Ă  tort) dĂ©suĂšte, au moment de l’émergence de la new wave notamment. Peut-ĂȘtre n’avait-on alors pas saisi Ă  quelle point l’idĂ©e sous-tendue par le “do it yourself” punk Ă©tait proche des prĂ©occupations du folk ? Pourtant cela ressortait des disques d’un Billy Bragg dans les annĂ©es 1980, un musicien dont l’on dira qu’il est un hĂ©ritier de Clash, Dylan et Woody Guthrie. Un homme, une guitare (“cette machine peut tuer les fascistes” ne l’oublions pas), un engagement : l’histoire est simple – et finalement indĂ©modable. Ceci Ă©tant le folk n’est pas que cela, heureusement, comme le dĂ©montre son Ă©volution. Dans les annĂ©es 1990, il aura irriguĂ© la lo-fi par exemple. Et son expression demeure imperturbablement variĂ©e : chantĂ©e ou instrumentale ; acoustique ou Ă©lectrique ; traditionnelle ou quasiment expĂ©rimentale en ce qui concerne le free folk des annĂ©es 2000. Sa variĂ©tĂ©, son enracinement profond, son renouveau incessant en ont fait une musique vivante capable de reflĂ©ter toutes sortes de prĂ©occupations, quelle que soit l’époque. Ce qui fait sa force, et, au final, son succĂšs. Incontestablement Bob Dylan, Leonard Cohen, Tim Buckley, Nick Drake ou John Fahey, qu’on les aime ou pas d’ailleurs, sont devenus des figures incontournables. Pour notre part, Bruno (Meillier, avec qui j’ai Ă©crit ce livre) et moi, nous les adorons tous les cinq !

Quels critĂšres retenez-vous pour qu’un disque soit dans la sĂ©lection ?
Des critĂšres Ă  la fois qualitatifs et historiques. Tous les disques choisis me semblent importants, Ă  des degrĂ©s divers. Il y a des albums, assez peu d’ailleurs, dont l’intĂ©rĂȘt me paraĂźt surtout historique, et ceux-lĂ  fonctionnent comme des balises, des repĂšres. Par contre la plupart des disques sĂ©lectionnĂ©s le sont pour leur qualitĂ© musicale, Ă©videmment. Ainsi y a-t-il dans “Folk & Renouveau” des classiques sur lesquels tout le monde s’entend Ă  juste titre, du genre Bob Dylan, Neil Young, Leonard Cohen. Mais il n’y a pas que ça non plus, loin de lĂ . On y trouve donc, et surtout, des trĂ©sors cachĂ©s, dus Ă  des groupes assez obscurs comme Dando Shaft, Trees, Mellow Candle, Comus, OW.L., Silmaril et quantitĂ© d’autres. Ceci Ă©tant l’élaboration de la liste a pris quelque temps, jusqu’à s’affiner au fil de la rĂ©daction – quelques suppressions, quelques rajouts, afin d’équilibrer plus ou moins ce qui peut aussi se lire comme un rĂ©cit, enfin je crois. Avec Bruno, nous nous sommes parfaitement entendus. Aucune friction Ă  ce sujet, ni Ă  quelque autre que ce soit. De toute maniĂšre, cette histoire du folk en forme de “balade anglo-saxonne” ne fait que proposer un parcours possible. A partir des addenda du livre, d’autres pourraient ĂȘtre constituĂ©s et ĂȘtre tous aussi “valides”.

Vous avez sorti plusieurs “discothĂšques idĂ©ales parallĂšles”. D’oĂč vous vient ce besoin/cette envie de ne pas vous contenter de l’Histoire officielle ?
Justement, pour revenir Ă  ma rĂ©ponse prĂ©cĂ©dente, je dirais que ces itinĂ©raires, s’ils sont parallĂšles, ne sont pas idĂ©aux pour autant : bien d’autres, Ă©tablis Ă  partir des seuls addenda de fin d’ouvrage par exemple, seraient aussi pertinents
 Mais effectivement je crois que l’Histoire officielle de la musique ne reflĂšte en rien sa richesse, que ce n’est la plupart du temps que l’Histoire de l’industrie du disque et de ses gros vendeurs. Cependant je reconnais sans problĂšmes qu’il existe des “best-sellers” dont la qualitĂ© est indĂ©niable et touche Ă  l’universalisme. Sauf que la reconnaissance de ceux-ci s’exerce en gĂ©nĂ©ral au dĂ©triment des chercheurs irrĂ©ductibles ou de ceux qui n’ont pas vocation de faire carriĂšre. Les “perdants magnifiques” m’attirent plus que les gagnants, et mĂȘme si j’apprĂ©cie Beatles et Rolling Stones, Gene Clark et Townes Van Zandt prĂ©sentent Ă  mes oreilles infiniment plus de charme. Chacun sa tasse de thĂ©. Et ce n’est pas du snobisme que de raisonner ainsi, comme le laisserait sous-entendre, non sans humour, “Le Dictionnaire snob du rock”. Pour dire : en ce qui concerne le cinĂ©ma et le western en particulier, j’aime tout autant (sinon plus) le mĂ©connu “La ChevauchĂ©e des bannis” d’AndrĂ© de Toth que “La PrisonniĂšre du dĂ©sert” de John Ford. En ce qui concerne le folk, Bruno et moi nous sommes retrouvĂ©s sur quantitĂ© de noms : Roscoe Holcomb, Sweeney’s Men, Steeleye Span, Tim Hart & Maddy Prior, Anne Briggs, Steve Tilston
 Eveiller la curiositĂ© a Ă©tĂ© l’un des moteurs de la rĂ©alisation de cet ouvrage.

TOHUBOHU

Cécile Le Lun
TOHUBOHU 20 février 2012

Sur la route du Folk

Dans “Folk & renouveau, une balade anglo-saxonne”, Philippe Robert et Bruno Meillier, deux passionnĂ©s de musique, retracent plus d’un demi-siĂšcle de musique folk. Un ouvrage qui se lit comme un roman.

“On doit aux Lomax, John le pĂšre et Alan le fils, d’avoir recueilli des instants magiques uniques, entre autres en rapport avec le folk. Par exemple, c’est Alan Lomax qui, le premier, en aoĂ»t 1941 dans une plantation du Mississippi, enregistre le bluesman Muddy Waters, alors totalement inconnu. Son premier magnĂ©tophone, John Lomax le rĂ©cupĂ©ra des mains de la veuve de Thomas Edison, et l’utilisa pour collecter des chansons de cow-boys, mais aussi des chants traditionnels captĂ©s jusque dans les États sĂ©grĂ©gationnistes du Sud, en milieu naturel, qu’il s’agisse de fermes, d’églises voire mĂȘme de prisons. Cette aventure, dans laquelle le pĂšre entraĂźna trĂšs tĂŽt le fils, a permis de rĂ©vĂ©ler un monde qui serait probablement, sans eux, restĂ© inconnu du plus grand nombre ; un monde que leur gĂ©nie visionnaire a su faire exister sur disque, dans le cadre d’une Ă©coute paradoxale et domestique”.

Philippe Robert et Bruno Meillier sont passionnĂ©s de musique. Le premier a, entre autres, Ă©crit plusieurs ouvrages sur le sujet, du folk au black mĂ©tal, en passant par les musiques expĂ©rimentales. Le second est musicien et organisateur-programmateur du Festival Musiques Innovatrices Ă  Saint Etienne. A eux deux, ils viennent de tracer la route Ă  suivre pour dĂ©couvrir le folk. Neuf dĂ©cennies d’albums sont revisitĂ©es dans leur livre, “Folk & renouveau, une balade anglo-saxonne”. De la cĂ©lĂšbre anthologie d’Harry Smith Ă  Joanna Newsom, en passant par Donovan, Crosby, Stills, Nash & Young ou encore LĂ©onard Cohen. On apprend ainsi que le folk n’est pas qu’un “rĂ©pertoire de vieilles chansons” mais qu’il est un courant musical riche et en perpĂ©tuelle Ă©volution.

Micmag 05/02/2012

Magnifique passeur d’idĂ©es musicales, les Ă©ditions Le Mot Et Le Reste n’ont guĂšre l’habitude de prendre leur lectorat pour du vulgum pecus de tĂȘte de gondole chez Auchan. Respectueux de l’intelligence de son public, adeptes des formes identifiables (ah, les couvertures, Ă  la fois dĂ©pouillĂ©es et allĂ©chantes), balayeur de genres en marge des conventions, la maison marseillaise n’a eu de cesse, depuis sa crĂ©ation en 1996, de (re)dĂ©fricher les genres, en un arc tendu qui relie le passĂ© au prĂ©sent – dans tous les cas, il est exclusivement anglo-saxon comme le souligne le sous-titre de l’ouvrage, conçu telle une promenade balayant les trois-quarts du vingtiĂšme siĂšcle et le dĂ©but du suivant. HabituĂ© des lieux, l’ex-Inrocks/Jazz Magazine/Vibrations Philippe Robert en est Ă  son cinquiĂšme numĂ©ro sur LM&LR, sans compter ses parutions auprĂšs d’autres Ă©diteurs (dont votre grisli prĂ©fĂ©rĂ©). Moins auteur et plus acteur de terrain, Bruno Meillier a multipliĂ© les activitĂ©s en plus de trente ans d’activisme – musicien dans plusieurs projets dont Etron Fou Leloublan ou Zero Pop), label manager d’OrkhĂȘstra International et programmateur du festival stĂ©phanois Musiques Innovatrices.

TĂ©moin de cette philosophie musicologique – rassurez-vous, le propos n’a rien d’intellectualisant en dĂ©pit de son exigence et de son acuitĂ© – la couverture de leur premier ouvrage commun relie deux Ɠuvres majusculement majuscules de la folk music – The Times They Are A-Changin de Bob Dylan et Ys de Joanna Newsom. En une imposante et magistrale recomposition d’un paysage exclusivement anglophone Ă  guitare acoustique (et autres instruments Ă  cordes), leur Folk & Renouveau parcourt, en prĂšs de 150 albums majoritairement indispensables, un style que traversent prĂšs de quatre-vingts ans discographiques. Nullement exhaustif tel que les deux auteurs le prĂ©cisent dans leur avant-propos (encore que
), le parcours dĂ©bute, faudrait-il Ă©crire Ă©videmment, en 1927 avec l’incontournable Anthology Of American Folk Music Edited By Harry Smith pour s’achever en 2009 avec le Barn Nova des nĂ©o-hippies Matt Valentine et Erika Elder, alias MV & EE.

MĂȘme si chacun complĂštera la liste avec quelques disques Ă  ses yeux incontournables (pour ma part, j’y aurai inclus Jay Reatard, Marissa Nadler (citĂ©e toutefois en p. 37), Tara Jane O’Neil, Jana Hunter ou Meg Baird en solo – encore que cette derniĂšre soit de la partie en tant que vocaliste d’Espers ET moitiĂ© du duo Baird Sisters, ce qui est dĂ©jĂ  remarquable). Au-delĂ  de ces remarques forcement personnelles, plusieurs aspects, davantage objectifs, frappent l’Ɠil dĂšs la consultation des 350 pages du livre. D’abord, la trĂšs grande diversitĂ© des artistes citĂ©s : sur 147 productions discographiques recensĂ©es, un seul personnage a l’honneur d’apparaĂźtre Ă  deux reprises – et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de M. Dylan himself, pour un opus en studio encore acoustique (le dĂ©jĂ  citĂ© The Times They Are A-Changin) et un live (The Royal Albert Hall Concert) qui a marquĂ© la vĂ©ritable rupture de Robert Zimmermann avec la musique folk.

Heureusement, la liste, aussi merveilleuse soit-elle, ne se rĂ©sume pas une Ă  une simple table des matiĂšres rĂ©pĂ©titive et soĂ»lante. A l’issue de chaque article, Robert et Meillier nous gratifient d’une sĂ©lection bienvenue des productions de l’artiste prĂ©sentĂ©. Dans le cas des trĂšs actifs Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young, la dĂ©marche est bienvenue, tant les liens tissant leurs canevas musicaux se doivent d’ĂȘtre mis en Ă©vidence, ne fut-ce que succinctement (ou bien la brique compterait le triple de pages et deviendrait rapidement indigeste). Pour les autres reprĂ©sentants de la « cause », le choix s’avĂšre naturellement moins cornĂ©lien, soit en raison de la briĂšvetĂ© de leur discographie, voulue (Bridget St John, Judee Sill) ou non (Tim Buckley, Nick Drake). Bien que, lĂ  aussi, les digressions soint parfois discutables (pourquoi s’arrĂȘter en 1969 pour Buffy Sainte-Marie ?), la vision d’ensemble n’est pas loin de ressembler Ă  un Top 1000 de la folk music, qu’elle soit traditionnelle, freak, acid, New Weird Americana ou psychĂ©.

Autre complĂ©ment d’information, sinon peu original mais bienvenu, les auteurs mettent en relief les parentĂ©s stylistiques des musiciens en citant des noms aux univers cousins (John Fahey ou Jack Rose pour Robbie Basho), parfois au-delĂ  du genre majoritairement abordĂ© (Animal Collective chez Vashti Bunyan). Le plus souvent, les rapprochements sont d’une Ă©vidente pertinence, versant d’ailleurs au-delĂ  des limites de la folk pure (Mojave 3 ou Lambchop en lien Ă©vident avec le trĂšs dĂ©primĂ© Fables Of The Reconstruction de R.E.M., Coil en glorieux prĂ©dĂ©cesseur de Current 93, etc.). Nul doute qu’au cours des prochaines annĂ©es et dĂ©cennies, la liste ne demandera qu’à ĂȘtre prolongĂ©e, tellement la vitalitĂ© de la musique folk anglo-saxonne demeure Ă©levĂ©e. Pour notre part, et que les auteurs nous pardonnent cette intrusion, nous y verrions bien le rĂ©cent et formidable Smoke Ring For My Halo de Kurt Vile, indispensable en 2011 comme il le sera Ă  l’avenir.

LE SON DU GRISSLI

Fabrice Vanoverberg
Le Son du Grisli février 2012

VĂ©ritable courant musical underground, la folk music est en perpĂ©tuelle Ă©volution et son influence reste considĂ©rable. En partant des racines, Woody Guthrie aux USA, Bert Jansch ou Fairport Convention en Angleterre, le folk a intĂ©grĂ© le psychĂ©dĂ©lisme, les musiques ethniques, la world, l’americana et de nombreux autres courants musicaux. Cet ouvrage retrace neuf dĂ©cennies d’albums, de la fameuse anthologie d’Harry Smith aux fields recordings d’Alan Lomax qui inspirĂšrent Dylan, Joan Baez et autres, jusqu’à PJ Harvey, Donovan, Dando Shaft, Crosby, Stills, Nash & Young, Leonard Cohen, ou les guitaristes John Fahey, Sandy Bull et Robbie Basho. En tout plus de 130 artistes Ă  (re)dĂ©couvrir.

Romain Decoret
GUITARIST (& BASS) MAGAZINE février 2012

LES NEUF DECENNIES DU FOLK

PHILIPPE Robert et Bruno Meillier sont deux vigies des ocĂ©ans de musique. Le premier est l’auteur de nombreuses sommes ouvrant des voies depuis les rivages buissonneux de la pop et du rock vers des trĂ©sors souvent oubliĂ©s. Le second fut le saxophone du groupe Etron Fou Leloublan. Il est l’organisateur programmateur du festival Musiques Innovatrices Ă  Saint Étienne et le label manager de la structure de distribution OrkhĂȘstra International qui est l’une des sources les plus sĂ»res pour qui cherche Ă  s’abreuver en raretĂ©s (jazz, rock, musiques savantes, traditionnelles, improvisĂ©es). A eux deux, ils sont capables de dĂ©placer des montagnes, notamment celles qui rĂ©sultent de l’accumulation des poussiĂšres recouvrant les zones de la vraie musique.
Ils viennent de tracer la seule route qu’il convient de suivre pour dĂ©couvrir le vaste palais du folk, un monument dont les premiĂšres pierres furent posĂ©es en 1927. Tel un parcours chronologique, Folk & Renouveau, dĂ©roule, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, l’histoire d’un mouvement issu de la rencontre des sea shanties, des chants indiens et des cantiques de la tradition mĂ©thodiste Ă©vangĂ©lisatrice. Une pĂąte musicale chansonnĂ©e par les fermiers US qui deviendra une multitude de façons dont les artisans se nomment Woody Guthrie, Joan Baez, Bob Dylan, Buffy Sainte Marie ou encore Bert Jansch. Ceci n’est pas un panorama, nous disent Philippe Robert et Bruno Meillier, en s’excusant de ne pas ĂȘtre exhaustifs. Certes, il faudrait bien des volumes pour couvrir toutes les pages de la folk music. Tout de mĂȘme, voici quelque chose de suffisamment grand pour connaĂźtre le mouvement sous tous ses aspects Ă  partir de la famille chantante des Carter jusqu’aux perpĂ©tuateurs, de Joanna Newsom Ă  Simon Finn qui vient de faire paraĂźtre un nouveau disque, Through Stones (Ten To One/OrkhĂȘstra International). Les Lillois auront la chance de pouvoir l’entendre Ă  La Malterie (42 rue Kuhlman), le 22 fĂ©vrier.
Parmi les quelques cent soixante noms citĂ©s dans ce livre, il en est un que nous aimons particuliĂšrement. Michael Hurley, nĂ© en 1941 Ă  Bucks County (Pennsylvanie), est un homme de la route de l’école Kerouac. II a dix sept ans lorsqu’il entreprend sa dĂ©rive Ă  travers l’AmĂ©rique. En 1964, il est signĂ© sur le label Folkways (celui lĂ  mĂȘme qui prĂ©cisa les carriĂšres de Pete Seeger, de Woody Guthrie et de Dock Boggs). La lĂ©gende veut que First Songs fut enregistrĂ© sur un magnĂ©tophone Ă  cassettes ayant appartenu Ă  Leadbelly, figure Ă  rixe du temple folk.(
)

LE MAGAZINEDESLIVRES

GUY DAROL
LE MAGAZINE DES LIVRES fév-mars-avril 2012

Folk et hard-rock donnent le LA aux éditions Le Mot et le Reste

(
) Et des lĂ©gendes, il y en a aussi, dans un autre style musical : le folk. Depuis bien plus longtemps, d’ailleurs, faut-il le prĂ©ciser, car 1927 marque l’annĂ©e des premiers enregistrements des grands noms du genre.
Depuis neuf dĂ©cennies, la folk music inspire la culture populaire et n’a cessĂ© d’influencer les nouveaux courants musicaux. Fred Neil, Karen Dalton, Bob Dylan, Bert Jansch, John Renbourn, Joanna Newsom, Woody Guthrie, Pete Seeger
 La liste des chanteurs et des musiciens Ă  avoir apportĂ© Ă  ce style musical ses lettres de noblesse est interminable.
De leur cĂŽtĂ©, Bruno Meillier et Philippe Robert ont relevĂ© le dĂ©fi de sĂ©lectionner les albums les plus emblĂ©matiques du genre, de les replacer dans leur contexte historique et de montrer pourquoi ces Ɠuvres traversent le temps.
Loin des encyclopédies et des anthologies fastidieuses, les deux hommes proposent une randonnée musicale à la fois vivante et originale et revisite les plus beaux monuments du patrimoine folk. Passionnant !

PUBLI-K-ATIONS

F.H.
PUBLI-K-ATIONS - le temps des livres janvier 2012

C’est un mouvement fascinant, facile Ă  observer, passionnant Ă  suivre : pris en main par les jeunes gĂ©nĂ©rations, le folk se rĂ©gĂ©nĂšre au contact du monde moderne, plonge ses racines dans un terreau culturel que les dĂ©cennies renouvellent sans cesse. L’une de ses plus spectaculaires mutations fut incarnĂ©e par Bob Dylan en 1966, qui inventa l’électricitĂ©, en quelque sorte. Mais notre gĂ©nĂ©ration n’est pas en reste, avec deux vagues successives, dans les annĂ©es 90 (Will Oldham, Swell ou Red House Painters) et 2000 (Sufjan Stevens, Andrew Bird, etc). C’est ce phĂ©nomĂšne auquel s’attaquent Philippe Robert et Bruno Meillier dans un ouvrage au parti pris efficace : une introduction de quarante pages qui retrace Ă  grands traits l’histoire du folk et plus prĂ©cisĂ©ment du folk enregistrĂ©, suivie de prĂšs de cent cinquante notules consacrĂ©es Ă  des disques essentiels, proposĂ©es dans l’ordre chronologique. La liste dĂ©marre par la mythique Anthology Of American Folk Music (1952), compilation d’enregistrements rĂ©alisĂ©s entre 1927 et 1932, rĂ©unis par Harry Smith. Les auteurs n’oublient pas le folk anglais, souvent ignorĂ© tant l’AmĂ©rique semble avoir imposĂ© son imaginaire et son imagerie dans le domaine. Le premier rĂ©flexe au contact d’un tel recueil est d’aller lui chercher des noises, en l’occurrence de pointer les oublis et impasses. L’exercice rĂ©vĂšle une moindre pertinence des auteurs sur la pĂ©riode la plus rĂ©cente, avec l’absence d’articles consacrĂ©s Ă  la jeune scĂšne londonienne (Mumford & Sons, Laura Marling) ou Ă  quelques jeunes gĂ©ants amĂ©ricains, comme M. Ward ou Sufjan Stevens. Ce dernier pourtant a jouĂ© un rĂŽle dĂ©cisif en incorporant, notamment, les musiques rĂ©pĂ©titives dans le folk. Heureusement, les auteurs sont allĂ©s chercher d’autres artistes et disques moins Ă©vidents (MV & EE, Dredd Foole & Ed Yazijian) et la plongĂ©e dans l’histoire du genre alterne classiques incontournables et rĂ©fĂ©rences plus obscures. Chaque notule prĂ©sente l’album retenu, une discographie sĂ©lective et les artistes plus ou moins proches. L’ensemble forme une impressionnante somme de rĂ©fĂ©rences et histoires, dont le travail documentaire et analytique est par endroits gĂątĂ© par une Ă©criture trop touffue, voire maladroite. Ce qui n’empĂȘche pas d’y trouver de quoi assouvir sa curiositĂ©.

Vincent Théval
MAGIC REVUE POP MODERNE janvier 2012

MATADOR

Aujourd’hui, dans l’arĂšne, un livre qui sĂ©duira aussi bien les nĂ©ophytes que les amateurs Ă©clairĂ©s : Folk & Renouveau, une balade anglo-saxonne, oĂč sont passĂ©s en revue 150 albums de folk, d’acid-folk, de free-folk et de freak-folk. Interview de l’un des deux auteurs de l’ouvrage, Philippe Robert. (co-Ă©crit avec Bruno Meillier). (Une interview fleuve et passionnante de Philippe Robert dans l’émission culturelle de Chrystelle AndrĂ© sur les ondes du lundi au vendredi, diffusĂ©e en deux parties, jeudi 22 dĂ©cembre et vendredi 23 dĂ©cembre. Extraits.)

Chrystelle AndrĂ© : Vient de paraĂźtre aux Ă©ditions le Mot et le Reste le 7e ouvrage de Philippe Robert. AprĂšs les musiques expĂ©rimentales, le pop, le post-punk, vous vous ĂȘtes attaquĂ© Ă  la folk music. Folk & Renouveau raconte avec une belle plume limpide et Ă  travers 150 albums l’histoire de cette musique amĂ©ricaine dont les racines plongent trĂšs loin dans le cƓur des premiers immigrants.. Est-ce qu’il y a un clichĂ©, Philippe Robert, sur le folk qui vous rend dingue. Par exemple, le folk, c’est une musique de hippies ?

Philippe Robert : Oui, il y a beaucoup de clichĂ©s attachĂ©s Ă  la folk music, effectivement, musique de hippies. Pendant des annĂ©es je pense, la folk music a Ă©tĂ© un peu mise au ban, grosso modo aprĂšs le mouvement punk. Autant le folk a pu avoir beaucoup de succĂšs Ă  une certaine Ă©poque autant ça n’a plus Ă©tĂ© le cas passĂ© un certain cap. J’en veux pour preuve, par exemple, le magazine Rock & Folk. Autant on a pu y parler de folk Ă  un moment donnĂ©, avec un spĂ©cialiste comme Jacques Vassal et avec de grands entretiens, Bob Dylan, Leonard Cohen, etc. autant passĂ© une certaine Ă©poque j’ai l’impression que le folk apparaĂźt comme une musique de vieilles barbes ou de personnages un peu barbants alors que c’est pas ça du tout. J’en veux pour preuve le renouveau actuel. C’est d’ailleurs pour ça que le livre s’appelle Folk & Renouveau, parce que le folk est quand mĂȘme une succession de renouveaux, c’est une musique qui s’est constamment renouvelĂ©e au contact d’univers qui parfois peuvent paraĂźtre a priori trĂšs Ă©loignĂ©s de la folk music.

CA : Ce qui est Ă©tonnant c’est que dans les annĂ©es 1990 justement, aprĂšs le grunge, le folk revient, reprend le dessus.

PR : Oui complĂštement. Je pense Ă  quelqu’un comme Kurt Cobain qui a Ă©coutĂ© beaucoup d’artistes des annĂ©es 1930 et pas seulement : Led Zeppelin, du metal, ou je ne sais quoi. C’était un fan de Leadbelly qu’il a d’ailleurs repris dans une Ă©mission acoustique. Effectivement, avec le grunge, il y a un retour du folk, oui, complĂštement, et un peu plus tard, d’autres artistes s’y intĂ©resseront, amĂ©ricains souvent, qui proposeront des choses intĂ©ressantes.

CA : Grosse question : comment pourrait-on dĂ©finir la musique folk ? Est-ce que c’est la musique du mal de vivre par exemple ?

PR : C’est difficile quand on s’est penchĂ© sur le folk – je n’ai pas Ă©crit ce livre seul, comme il a Ă©tĂ© dit en prĂ©ambule (
) Le folk n’est pas qu’une histoire de paroles. Autant le folk Ă©tait engagĂ© au dĂ©but autant Ă  une certaine pĂ©riode je dirais presque qu’il se dĂ©sengage. Dylan y est pour beaucoup dans cette Ă©volution. Pour moi, c’est vraiment une succession de renouveaux, une musique qui se nourrit d’une quantitĂ© d’influences qui peuvent ĂȘtre liĂ©es aux musiques du monde. Par exemple, la musique indienne a eu je trouve une influence considĂ©rable sur le folk, sur certains guitaristes et d’ailleurs, puisque je parle de guitaristes, le folk n’est pas non plus qu’une musique chantĂ©e puisque c’est une musique instrumentale. Il y a de grands guitaristes, je pense Ă  John Fahey, Ă  Robbie Basho, Ă  Peter Lang et Ă  quantitĂ© d’autres guitaristes dont la plupart des albums sont instrumentaux. Certes Robbie Basho chante mais l’essentiel de son Ɠuvre est quand mĂȘme instrumentale donc je dirais que d’un cĂŽtĂ©, il y a des gens comme Pete Seeger et Woody Guthrie, qui sont des gens trĂšs engagĂ©s, on peut parler mĂȘme parfois de chansons quasiment syndicalistes, Bob Dylan arrive, le folk s’électrifie, les Byrds c’est dĂ©jĂ  autre chose et Ă  un moment par exemple l’influence des Beatles sur le folk devient Ă©norme. Faut savoir que les Beatles partents aux Etats-Unis si ma mĂ©moire est bonne en 1964 pour participer Ă  une Ă©mission tĂ©lĂ© de Ed Sullivan, Ed Sullivan Show. AprĂšs, la folk music s’en trouvera complĂštement transformĂ©e et ce Ă  tous les niveaux. DĂ©jĂ , acoustique n’apparaĂźtra plus comme la seule garantie d’une authenticitĂ© possible dans le milieu du folk. Donc le folk, c’est quelque chose en constante Ă©volution. Nous on a beaucoup insistĂ© lĂ -dessus, dans notre livre, jusqu’à aujourd’hui avec le mouvement free-folk qui va puiser Ă  l’improvisation voire au free jazz mĂȘme si c’est pas totalement nouveau, Tim Buckley s’y Ă©tait dĂ©jĂ  essayĂ© sur certains de ses albums dont Lorca (1970).

Pause musicale

PR : GrĂące au travail des labels, aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile d’avoir du recul par rapport Ă  n’importe quelle musique. (
) Ce que je veux dire c’est qu’aujourd’hui, on a accĂšs Ă  des disques auxquels on n’avait pas du tout accĂšs Ă  l’époque de leur sortie. Et je pense qu’un magazine comme Rock & Folk retenait majoritairement les disques reçus Ă  la rĂ©daction, que les rĂ©dacteurs Ă©taient nĂ©anmoins des passionnĂ©s, que ceux-ci achetaient beaucoup des disques qu’ils devaient aussi chroniquer, mais Ă  cĂŽtĂ© de ça, il y avait beaucoup d’autoproduction, des disques assez rares et assez difficiles Ă  trouver qui ont fini par devenir l’apanage des collectionneurs et qui ont fini aussi par coĂ»ter trĂšs cher. Et grĂące Ă  certains labels qui ont fini par racheter trĂšs cher ces disques, ils sont aujourd’hui Ă  la disposition de tout le monde y compris en vinyle parfois mais la plupart en CD et on peut redĂ©couvrir des groupes.

Pause musicale

CA : Si le folk se renouvelle sans cesse, ses racines plongent trĂšs loin dans les chants de marin et la musique celte, par exemple. C’est trĂšs intĂ©ressant, l’histoire de la folk, Philippe Robert.

PR : En fait, c’est toujours pareil. Comme je l’ai dit le folk est en perpĂ©tuelle Ă©volution. Il se nourrit d’apports extĂ©rieurs, d’allers-retours gĂ©ographiques. Dans notre livre, il y a un sous-titre important : une balade anglo-saxonne. Donc on s’est cantonnĂ© au domaine anglo-saxon, c’est-Ă -dire pas seulement au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis mais aussi l’Australie, le Canada, etc. Il y a des musiciens qui font des allers-retous entre l’Angleterre et les Etats-Unis, qui se nourrissent les uns les autres donc effectivement les chants de marins, les chants des ouvriers
 En Angleterre, ce genre de choses a Ă©tĂ© beaucoup documentĂ© par certains labels, je pense au label Topic (NDE : Topic Records : http://www.topicrecords.co.uk/) et par des gens, je pense Ă  Ewan MacColl, lĂ  on est en Ecosse. Aux Etats-Unis, d’autres ont documentĂ© quasiment la mĂȘme chose, je pense Ă  Alan Lomax, qui dresse une histoire de la folk music, une histoire Ă  la fois faite de photographies et d’enregistrements de terrain. Les amĂ©ricains se sont nourris de quantitĂ© de choses, y compris le chant des indiens, le blues aussi.

CA : Le chant des esclaves aussi.

PR : Oui, le chant des esclaves, et ce qui est intĂ©ressant, c’est qu’on a des musiciens anglais qui partent sur le terrain aux Etats-Unis, je pense Ă  Shirley Collins, qui part rejoindre Alan Lomax en 1959, et Ă  l’inverse on a des musiciens amĂ©ricains, je pense Ă  Peggy Seeger, la demi-sƓur de Pete Seeger, qui elle part en Ecosse rejoindre Ewan MacColl qui est une grande figure du folk et qui deviendra son compagnon. Avec parfois des traditions trĂšs fortes qui sont conservĂ©es et Ă  l’inverse je dirais des musiciens qui cherchent Ă  dĂ©passer ces traditions. C’est un peu comme dans le jazz. A une Ă©poque, les gens qui apprĂ©ciaient le be-bop n’étaient pas forcĂ©ment les mĂȘmes que ceux qui apprĂ©ciaient le swing (
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ECOUTER L’EMISSION DU JEUDI 22
ECOUTER L’EMISSION DU VENDREDI 23

Chrystelle André
radio TROIS COULEURS 22 décembre 2011

Millefeuilles 2011

Il serait interminable de vouloir dresser la liste des qualitĂ©s qui font la pertinence du folk Ă  l’heure actuelle, sous l’ombre tutĂ©laire d’artistes comme Woody Guthrie, rentrĂ©s dans la lĂ©gende au fil de leurs vagabondages. Il serait Ă©galement interminable de vouloir dresser la liste des rĂ©fĂ©rences accumulĂ©es et intelligemment ordonnĂ©es sur papier par l’érudit Philippe Robert, dont on ne peut que vous conseiller l’ensemble de la biographie Ă©ditĂ©e par Le Mot et le Reste, maison d’édition marseillaise, dont il serait interminable de dresser la liste des bienfaits.

VENTILO

Journal Ventilo 14 décembre 2011

Piers Faccini, folk alchimiste

Le 18 dĂ©cembre, Summertime recevait Piers Faccini pour une Ă©mission 100% folk, une bien belle balade folk, en partie construite autour de l’ouvrage de Philippe Robert et Bruno Meillier.

SUMMERTIME

Elsa Boublil et Jean Rovarino
FRANCE INTER émission SUMMERTIME 18 décembre 2011

Folk & renouveau

Philippe Robert et Bruno Meillier ont Ă©ditĂ© une anthologie d’albums de folk prĂ©sentĂ©s avec passion aux Ă©ditions Le Mot et le Reste. On y retrouve de vieux amis, ce qui est dĂ©jĂ  pas mal, mais surtout on y dĂ©couvre de vĂ©ritables pĂ©pites. L’ouvrage commence avec l’Anthology of American Folk Music d’Harry Smith et s’achĂšve en 2009 avec Barn Nova de MV & EE sur Ecstatic Peace, maniĂšre de dire que le genre n’a pas rendu les armes et que l’histoire continue. On reparle bientĂŽt ici-mĂȘme d’un projet en cours aux Ă©ditions Le mot et le reste


LESMAÎTRESFOUS

Jean Dezert
LES MAÎTRES FOUS dĂ©cembre 2011

Une liste free par Guillaume Belhomme et Philippe Robert

Bien que nous ayons le mĂȘme Ă©diteur, Guillaume Belhomme, Philippe Robert et moi, ne nous sommes jamais rencontrĂ©s. Mais je corresponds rĂ©guliĂšrement avec Philippe, qui avait fait une belle liste folk pour ce blog et dont le livre sur le folk anglo-saxon vient de sortir (et il est trĂšs recommandĂ© : on y dĂ©couvre des disques jusqu’alors inconnus et trĂšs attirants). Ensemble, ils font un fanzine autour du free jazz : Free Fight. Du coup, alors qu’ils prĂ©parent le numĂ©ro 2, je leur ai demandĂ© une liste de leurs disques free favoris. Philippe Robert : “A l’initiative de Guillaume (Belhomme), Ă  qui l’on doit trois ouvrages sur le jazz (une anthologie en deux tomes, une biographie d’Eric Dolphy), nous avons entrepris, lui et moi, d’explorer nos discothĂšques respectives Ă  coup de chroniques d’albums plus ou moins rares que nous possĂ©dons en vinyle, et issus du free jazz ou de ses parages. A chaque texte correspondent des photos personnelles, comme autant de mises en abymes et de correspondances. Le rĂ©sultat s’appelle Free Fight, This Is (Our) New Thing, c’est une petite publication A5 Ă©ditĂ©e Ă  100 exemplaires. On peut trouver sur le site du Souffle Continu les derniers exemplaires disponibles du premier tome. Le second volet paraĂźtra quant Ă  lui en janvier et peut ĂȘtre prĂ©-commandĂ© directement sur www.lesondugrisli.com.”

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CONTINUEZ LA LECTURE

JOSEPH GHOSN
josephghosn.wordpress.com 11 décembre 2011

That's all, folk !

Cette Ă©mission, premiĂšre d’une duologie, se consacrait au livre co-signĂ© par Bruno Mellier et Philippe Robert, paru aux Ă©ditions du Mot et du Reste, « FOLK ET RENOUVEAU (UNEBALADEANGLO-SAXONNE) ». En un parcours de 150 disques, ce livre se propose de dresser une histoire de la folk musique et de ses actuelles descendances
 Cette premiĂšre Ă©mission dĂ©bute dans les annĂ©es 50 et s’achĂšve Ă  la fin des annĂ©es 60


ECOUTER L’EMISSION – PARTIE 1
ECOUTER L’EMISSION – PARTIE 2

Radio That's all Folk 3 décembre 2011

L'Interview musique

A l’occasion, dĂ©but dĂ©cembre, de la sĂ©ance d’écoute folk qu’il a menĂ© au Daki Ling Ă  Marseille, Philippe Robert a Ă©tĂ© interviewĂ© par le journal VENTILO. Une interview fleuve et trĂšs intĂ©ressante qui nous fait dĂ©couvrir le personnage, son Ă©coute et son rapport Ă  la musique, ses ouvrages, son goĂ»t pour le folk et la musique psychĂ©dĂ©lique mais, entre toutes, du jazz et du free jazz. Il revient aussi, bien sĂ»r, sur la genĂšse de Folk & Renouveau, co-Ă©crit avec Bruno Meillier, label manager d’OrkhĂȘstra International et fondateur du Festival Les Musiques innovatrices.

EXTRAITS :
Philippe Robert
 ce nom vous dit sĂ»rement quelque chose. Si vous vous intĂ©ressez Ă  la littĂ©rature musicale du moins, vous l’aurez probablement dĂ©jĂ  croisĂ© en rayons ou en bas d’un article. AprĂšs avoir collaborĂ© pour de nombreux titres de la presse Ă©crite française spĂ©cialisĂ©e (des Inrocks Ă  Mouvement, pour ne citer que les plus connus), il se consacre depuis quelques annĂ©es Ă  la rĂ©daction d’ouvrages, en proposant des discographies sĂ©lectives Ă©laborĂ©es en parcours initiatiques, au cƓur des musiques d’hier et d’aujourd’hui, tous styles confondus. InvitĂ© dĂ©but dĂ©cembre au Daki Ling pour animer une sĂ©ance d’écoute collective organisĂ©e par le GRIM et l’AMI, afin de marquer la sortie de son nouveau bouquin Folk et renouveau, une balade anglo-saxonne paru aux Ă©ditions marseillaises Le Mot et le Reste, nous nous sommes longuement entretenu avec lui.

Peux-tu te présenter comme tu te présenterais à des personnes que tu viens de rencontrer ?
J’ai beaucoup de mal avec ça. DĂ©jĂ , j’ai un boulot Ă  cĂŽtĂ©, qui me prend beaucoup de temps, donc le principal de mon activitĂ©, ce n’est pas d’écrire des livres, mĂȘme si c’est ce qui m’intĂ©resse le plus. Je ne vis pas de l’écriture et je ne me prĂ©sente pas comme un auteur. J’en ai un peu vĂ©cu Ă  l’époque oĂč je travaillais dans la presse, mais je ne me suis Ă©galement jamais considĂ©rĂ© comme un journaliste, tout au plus comme un collaborateur free-lance. Pour ceux dont je me souviens de tĂȘte, j’ai bossĂ© pour Les Inrockuptibles, Vibrations, Jazz Magazine, Mouvement, Revue & CorrigĂ©e, Guitare & Claviers, Batteur Magazine
 Et puis j’ai surtout travaillĂ© pour des fanzines plus ou moins connus comme Octopus, des choses plus underground comme Ortie. J’ai commencĂ© avec les fanzines, mon propre titre bien sĂ»r, NumĂ©ro ZĂ©ro, mais aussi celui de Marie-Pierre Bonniol, Supersonic Jazz, anciennement installĂ© Ă  Marseille. J’ai peut-ĂȘtre Ă©tĂ© professionnel Ă  une Ă©poque, donc, mais je n’ai jamais revendiquĂ© ce statut, tout comme je ne revendique pas, aujourd’hui, le statut d’auteur. J’écris des livres pour partager des choses et y voir plus clair dans ma discothĂšque, principalement. Et je prĂ©fĂšre plutĂŽt discuter avec les gens que de me prĂ©senter de quelque maniĂšre que ce soit.

Comment présenterais-tu ton dernier livre, Folk & renouveau, une balade anglo-saxonne ?
Tout d’abord, je n’ai pas Ă©crit ce livre tout seul, mais avec Bruno Mellier, un ami de longue date, que j’avais interviewĂ© pour Revue & CorrigĂ©e, car il est musicien. Il organise dĂ©sormais, entre autres, le festival Les Musiques innovatrices Ă  Saint-Etienne. Mon premier bouquin, Rock, Pop, un itinĂ©raire bis en 140 albums essentiels, toujours chez Le Mot et le Reste, faisait dĂ©jĂ  la part belle au folk. Puis j’ai sorti plusieurs livres, et Yves Jolivet, le fondateur de la maison d’édition, m’a proposĂ© d’écrire un livre sur le folk. Et mĂȘme si Ă  l’époque j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© Ă©crire un livre sur le psychĂ©dĂ©lisme, l’idĂ©e a finalement germĂ©. Ce qui Ă©tait important pour Bruno et moi, c’est que ce ne soit pas un livre de plus sur le folk ; la notion de « renouveau » est d’autant plus importante que le folk, si on le regarde bien, tout au moins au XXe siĂšcle — on commence le bouquin en 1927 —, n’est qu’une succession de renouveaux et d’allers-retours, notamment entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A propos, malgrĂ© le fait que le folk soit traditionnellement anglo-saxon, penses-tu qu’il y avait, Ă  l’époque, une culture folk française ?
Oui, bien sĂ»r. Il y a des groupes de folk français historiques, issus des annĂ©es 70. Il y a mĂȘme un livre assez peu connu qui, il me semble, a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© par la Librairie ParallĂšle Ă  Paris, recensant tous les disques de folk sortis en France Ă  cette Ă©poque-lĂ . Et puis il ne faut pas oublier que nous avons un magazine nommĂ© Rock & Folk, et s’il s’appelle comme ça, c’est, entre autres, grĂące Ă  Jacques Vassal, qui tenait sa rubrique « Fou du folk », faisant Ă©cho de ce qui se passait en France mais pas seulement. Ok, dans Rock & Folk, le gros de l’artillerie c’était des articles consacrĂ©s Ă  Bob Dylan et Leonard Cohen, mais Ă  cĂŽtĂ© de ça, Jacques Vassal pouvait parler de Malicorne, La Bamboche ou autres. En ce qui nous concerne, nous ne voulions pas trop Ă©largir le sujet, qui nous paraĂźt trop vaste, et puis nous ne sommes pas assez compĂ©tents en matiĂšre de folk français. Il y a trĂšs peu de spĂ©cialistes dans ce domaine. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup livre un livre sur ce mouvement. En plus, si la majoritĂ© des vinyles de folk anglo-saxons ont Ă©tĂ© rééditĂ©s, mĂȘme les plus obscurs, ce n’est pas du tout le cas des français. Beaucoup coĂ»tent dĂ©sormais une fortune et sont rĂ©servĂ©s aux collectionneurs.

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LIRE L’INTERVIEW EN ENTIER

Nicolas Debade
VENTILO 12 décembre 2011

Une balade anglo-saxonne

Musicien, label manager de la structure OrkhĂȘstra International et crĂ©ateur du festival “Les musiques innovatrices” (via “Toto n’aime pas la soupe”), Bruno Meillier a co-Ă©crit avec Philippe Robert, ancien collaborateur des Inrockuptibles, Jazz magazine, Guitares & Claviers
, cet ouvrage impressionnant ! Plus qu’un rĂ©pertoire de vieilles chansons, ce que les Anglo-saxons ont fini par nommer folk music est le fruit d’un processus entamĂ© depuis des centaines d’annĂ©es, et remis sur l’ouvrage au fur et Ă  mesure de l’évolution de l’environnement dans lequel les folksongs ont pris naissance. Et cela du moment oĂč les 78-tours commencĂšrent Ă  s’écouler par milliers Ă  destination du public rural, soit depuis 1927, annĂ©e dont datent les enregistrements les plus anciens retenus dans la fameuse Anthologie de la musique folk amĂ©ricaine d’Harry Smith, jusqu’à l’émergence du mouvement free folk dans les annĂ©es deux mille. Neuf dĂ©cennies que raconte cet ouvrage, traversĂ©es et nourries d’échanges culturels au contact de l’électricitĂ© du rock, du psychĂ©dĂ©lisme ou de l’improvisation chĂšre au jazz. Ou encore : de Roscoe Holcomb Ă  Pete Seeger, de Woody Guthrie Ă  Bob Dylan, des Byrds Ă  Fairport Concention, de Tim Buckley Ă  Dredd Foole, de John Fahey Ă  James Blackshaw, de Tyrannosaurus Rex Ă  Devendra Banhart, et de Karen Dalton Ă  Joanna Newsom en Ă  peine moins de 150 albums replacĂ©s dans leur contexte.

L'agenda stéphanois # 403 7 déc. - 3 janv. 2011-2012

Un florilĂšge de livres pour les fĂȘtes

Comme Ă  l’habitude, les Ă©diteurs nous proposent en cette fin d’annĂ©e de nombreux ouvrages de grande qualitĂ© concernant le monde musical, l’histoire de la musique et ses hĂ©ros intemporels, afin que nous puissions faire des cadeaux marquants Ă  nos proches. Les Ă©ditions Le mot et le Reste de Marseille frappent encore trĂšs fort avec quatre livres et en premier lieu, Folk et Renouveau de Philippe Robert et Bruno Meiller qui propose une analyse des diffĂ©rents styles de ce courant et un choix trĂšs pointu d’albums couvrant neuf dĂ©cennies d’Harry Smith Ă  Leonard Cohen et Bonnie Prince Billy en passant par Devandra Banhart. Ensuite, voici Hammer of the gods de Stephen Davis, la biographie de rĂ©fĂ©rence du mythique groupe Led Zeppelin enfin traduite en français, aprĂšs avoir connu un succĂšs retentissant Ă  travers le Monde. À noter Ă©galement Beat Hotel de Barry Miles qui retrace avec brio les annĂ©es parisiennes des grandes figures du beat Ginsberg, Burroughs et Corso et Bill Graham prĂ©sente, l’autobiographie du promoteur amĂ©ricain de gĂ©nie qui marqua les annĂ©es soixante et soixante-dix Les Ă©ditions Camion Blanc ne sont pas en reste avec Rock and Roll Rebel ?, une biographie passionnante de Jean Do Bernard qui nous conte le parcours de Neil Young , l’un des musiciens les plus brillants de sa gĂ©nĂ©ration, qui a marquĂ© quatre dĂ©cennies faites de rock, de blues de folk et de country. L’anthropologie du rock psychĂ©dĂ©lique anglais d’Alain Pire nous emporte dans la rĂ©volution culturelle qui secoua l’Angleterre entre fin 1965 et fin 1967. L’auteur se penche en dĂ©tail sur la contre-culture, le lsd et la musique de l’époque qui ont modifiĂ© en profondeur la sociĂ©tĂ© occidentale. Les Ă©ditions du Castor Astral marquent, quant Ă  elle, leur diffĂ©rence avec British blues de Gilles Blampain. L’Angleterre des annĂ©es 60 succomba au blues et de nombreux groupes mythiques (Rolling Stones, Who, Yardbirds, Pretty things) et bien d’autres se firent les chantres de ce mouvement musical trĂ©pidant. ParrallĂšlement, apparut dans les mĂȘmes annĂ©es, une tribu d’un genre nouveau, les Mods, dandies Ă©litiste des temps modernes dont l’influence fut considĂ©rable et François Thomazeau nous la rappelle dans Mods, la rĂ©volte par l’élĂ©gance. Les Ă©ditions Jbz ont dĂ©cidĂ© de fĂȘter Ă  leur maniĂšre le 50e anniversaire de la naissance des Beatles avec The beatles Discomania de François Plassat. L’auteur dĂ©roule pas Ă  pas, disque aprĂšs disque, le fil d’un demi-siĂšcle de la crĂ©ation musicale des Fab Four Ă  travers la discographie du groupe, mais Ă©galement le parcours solo de chaque musicien et leurs innombrables participations Ă  d’autres albums en tant qu’invitĂ©s. Autre analyse discographique, celle de l’oeuvre de Renaud Ă  travers le recueil d’Alain Wodraschka qui apporte un Ă©clairage nouveau sur le rĂ©pertoire du chanteur et rĂ©vĂšle une existence semĂ©e de joies, de drames, de succĂšs fulgurants et de passages Ă  vide. Pour terminer ce tour d’horizon non exhaustif, les Ă©ditions Fetjaine nous proposent La discothĂšque parfaite de la chanson française de Stan Cuesta et Gilles Verlant, dans une exploration Ă©rudite de tous les genres et un choix de 200 albums indispensables d’Edith Piaf Ă  Gainsbourg jusqu’à Jp Ntaf ou Renan Luce. Enfin, Dom Kiris a choisi dan Rock Collection de se pencher sur tout le look rock de 1950 Ă  aujourd’hui Ă  travers instruments, mode, attitude, voitures, danse etc
 Cet ouvrage dĂ©taille toutes les composantes de chaque Ă©poque, de chaque look en s’attachant aux stars ou aux anonymes qui ont popularisĂ© ces « mouvements de mode », allant des rocker, baba, grunge, new wave ou glam.

NOUVELLEVAGUE

Raymond Sérini
NOUVELLE VAGUE 7 décembre 2011

Hotte d'or 2011 - sélection Noël

Authentique. Un mĂ©lomane averti en vaut deux. Et il fallait bien deux mĂ©lomanes avertis pour raconter la longue et riche histoire du folk anglo-saxon, de 1927 Ă  aujourd’hui. Pas de chichis, mais cent cinquante disques racontĂ©s dans des textes fouillĂ©s et passionnĂ©s. On retrouvera dans ce livre beaucoup de nos amis et, mieux encore, on s’en dĂ©couvrira de nouveaux.

LES INROCKUPTIBLES 7 au 13 décembre 2011

Le label “De Stilj Records” aime Folk & Renouveau et le promeut sur son site !

“Bien plus qu’un rĂ©pertoire de vieilles chansons, ce que les Anglo-Saxons ont fini par nommer folk music est le fruit d’un processus entamĂ© depuis des centaines d’annĂ©es, et constamment remis sur l’ouvrage au fur et Ă  mesure de l’évolution de l’environnement dans lequel les folksongs ont pris naissance. Profond, l’enracinement n’a pas empĂȘchĂ© renouvellement et mĂ©tamorphoses. Et cela du moment oĂč les 78-tours commencĂšrent Ă  s’écouler par milliers Ă  destination du public rural, soit depuis 1927, annĂ©e dont datent les enregistrements les plus anciens retenus dans la fameuse Anthologie de la musique folk amĂ©ricaine d’HARRY SMITH, jusqu’à l’émergence du mouvement free folk dans les annĂ©es deux mille. Neuf dĂ©cennies que raconte cet ouvrage, traversĂ©es et nourries d’échanges culturels au contact de l’électricitĂ© du rock, du psychĂ©dĂ©lisme ou de l’improvisation chĂšre au jazz.”

DE STILJRECORD

Clint Simonson,
DE STILJ RECORDS 23 novembre 2011

Easy Rider n°1126

Folk & Renouveau, livre de la semaine de l’excellente Ă©mission Easy Rider prĂ©sentĂ©e par Olivier Valerio sur Radio PFM.

RADIOPFM

Olivier Valerio
RADIO PFM 20 novembre 2011

Sélection Livres

Bien plus qu’un rĂ©pertoire de vieilles chansons, ce que les Anglo-Saxons ont fini par nommer folk music est le fruit d’un processus entamĂ© depuis des centaines d’annĂ©es, et constamment remis sur l’ouvrage au fur et Ă  mesure de l’évolution de l’environnement dans lequel les folksongs ont pris naissance. Profond, l’enracinement n’a pas empĂȘchĂ© renouvellement et mĂ©tamorphoses. Et cela du moment oĂč les 78-tours commencĂšrent Ă  s’écouler par milliers Ă  destination du public rural, soit depuis 1927, annĂ©e dont datent les enregistrements les plus anciens retenus dans la fameuse Anthologie de la musique folk amĂ©ricaine d’Harry Smith, jusqu’à l’émergence du mouvement free folk dans les annĂ©es 2000. Neuf dĂ©cennies que raconte cet ouvrage, traversĂ©es et nourries d’échanges culturels au contact de l’électricitĂ© du rock, du psychĂ©dĂ©lisme ou de l’improvisation chĂšre au jazz. Ou encore : de Roscoe Holcomb Ă  Pete Seeger, de Woody Guthrie Ă  Bob Dylan, des Byrds Ă  Fairport Convention, de Tim Buckley Ă  Dredd Foole, de John Fahey Ă  James Blackshaw, de Tyrannosaurus Rex Ă  Devendra Banhart, et de Karen Dalton Ă  Joanna Newsom en Ă  peine moins de 150 albums replacĂ©s dans leurs contextes.

“LE BRISEGLACE:http://www.le-brise-glace.com/fr/Espace_info/A_decouvrir/A-lire-FOLK-et-RENOUVEAU
_634.html

LE BRISE GLACE novembre 2011

ADDICTIONS

Hier soir (jeudi 17 novembre), l’émission Addictions prĂ©sentĂ©e par Laurence Pierre du lundi au jeudi Ă©tait largement consacrĂ©e au folk ainsi qu’à la sortie de l’ouvrage Folk & Renouveau (“
un Ă©vĂ©nement, c’est la sortie de ce livre absolument Ă©norme
 Le livre est trĂšs trĂšs bien fait 
”). A la clĂ© aussi une playlist Folk en partie issue de l’ouvrage et une prĂ©sentation d’un autre titre paru aux Ă©ditions le mot et le reste : Bill Graham prĂ©sente, une vie rock’n‘roll.

ADDICTIONS

Laurence Pierre
FRANCE INTER 17 novembre 2011

NOVA BOOK BOX

Lecture d’un extrait de Folk & Renouveau (chronique consacrĂ©e Ă  l’album Pink Moon de Nick Drake) jeudi 17 novembre dans l’émission littĂ©raire Nova Book Box de Richard Gaitet, sur Radio Nova.

“Natif du village de Tanworth-in-Arden oĂč il passe Ă©galement le terme d’une existence que submerge un mal-ĂȘtre prononcĂ©, Nick Drake n’aurait-il eu d’autre alternative que de dissimuler son excĂšs de vulnĂ©rabilitĂ© aux coups de boutoir du monde ? Plume poĂ©tique si fragile qu’elle ne saurait avoir Ă©tĂ© taillĂ©e pour forcer une malle, cet ex-Ă©tudiant en lettres anglaises n’en apprĂ©cie pas moins Rimbaud et Verlaine (attrait pour la France qu’il cultive depuis un sĂ©jour Ă  Aix-en-Provence en 1967), tout en se dĂ©lectant de Chopin, Delius, Dylan et du folk baroque anglais. Joe Boyd, devenu son producteur aprĂšs qu’il eĂ»t Ă©tĂ© alertĂ© par Ashley Hutchings (Fairport Convention, Steeleye Span) a confiĂ© Ă  John Wood, preneur de son de ses autres disques, la dĂ©licate mission de recueillir cette voix en rĂ©sonance toujours plus intime avec le beau
et le vrai. Si Five Leaves Left fut l’album de la floraison, Bryter Later celui de la fructification (John Cale ne tarit pas d’éloges sur son auteur depuis qu’il y a participĂ©), Pink Moon, bien qu’enregistrĂ© en quelques heures, est l’opus du ponant et des ombres qui s’allongent Ă  mesure que la lumiĂšre dĂ©croĂźt. De peu de mots, de
peu de notes, ainsi dĂ©sirĂ© par un crĂ©ateur de vingt-trois ans que prĂ©occupe – rendez-vous compte – un resserrement de lui-mĂȘme autour d’ultimes forces vives, cet au-delĂ  du folk relĂšve d’une sublimation si Ă©vidente qu’il serait rĂ©ducteur (en tout cas pas moins que chez Robert Johnson ou Van Gogh Ă  qui l’astreinte de l’effacement
s’apparente) d’aller suspendre cette « lune rose » au crochet d’un quelconque courant. S’il fait dĂ©sormais loi que l’Ɠuvre d’art, une fois tranchĂ© le cordon ombilical d’avec son crĂ©ateur, poursuit une destinĂ©e qui lui est propre, on ignore encore Ă  l’époque de sa parution que Pink Moon deviendra le disque le plus vendu de
Nick Drake. Hormis quelques touches de piano enfoncĂ©es sur le morceau-titre, la voix et la guitare se prĂȘteront, sans autre accompagnement, au rite de la consolation ici cĂ©lĂ©brĂ© Ă  onze reprises.
Participent Ă  cet Ă©panchement d’ñme en Ăąme : « Know », noyau d’étoile se gorgeant d’énergie en son tourbillon accĂ©lĂ©rĂ© ; « Road » et sa guirlande de syncopes ; ou bien encore « Horn » dont trois notes de guitare affleurent Ă  la surface du vide. Si la mĂ©canique obsessionnelle de « Parasite » fait Ă©cho au « Dear Prudence » des
Beatles, « From The Morning » cĂ©lĂšbre l’aube d’un jour nouveau, puis asperge d’une rosĂ©e diluant toutes les peurs de la nuit. Un matin du 25 novembre 1974, Nick Drake s’absentera de ce monde ignorant que son Ɠuvre parlerait un jour au plus grand nombre.”

RADIONOVA

Richard GAITE
RADIO NOVA 17 novembre 2011

SELECTION ROCK POP

Dans ARTEJOURNAL (Ă©dition du soir) datĂ© du 14 novembre, parmi la sĂ©lection Rock Pop de Bertrand Loutte, prĂ©sentation de l’ouvrage Folk & Renouveau intitulĂ©e des “balises sur les chemins tortueux du folk”.
Vous pouvez visionner la vidéo pendant 7 jours encore sur www.arte.tv/plus7 (à partir de la minute 22), sinon, voici une transcription du sujet.

“C’est au tour du folk anglo-saxon, aprĂšs le post-punk et les musiques expĂ©rimentales, d’ĂȘtre soumis au tamis de Philippe Robert, indispensable encyclopĂ©diste. SecondĂ© par Bruno Meillier, l’auteur arpente un genre aux ramifications plus nombreuses qu’on l’imagine. PrĂšs de 150 albums sur neuf dĂ©cennies sont ici auscultĂ©s, de Woody Guthrie Ă  Joanna Newsom, en passant par les Byrds ou The Incredible String Band, sans oublier Bert Jansch, guitariste essentiel disparu le mois dernier et Ă  qui il convient de rendre hommage.”

Voir la vidéo

BERTRAND LOUTTE
ARTE JOURNAL SOIR 14 novembre 2011

That's all, folk !

L’excellent Ă©diteur marseillais Le Mot et le Reste s’apprĂȘte Ă  sortir Folk et Renouveau, une balade anglo-saxonne, un ouvrage rĂ©alisĂ© par Bruno Meillier (ex-Etron Fou Leloublan, Les I, Bruniferd, Zero Pop
, organisateur du festival Musiques innovatrices et label manager d’OrkhĂȘstra International) et Philippe Robert (ancien collaborateur aux Inrockuptibles, Vibrations, Jazz Magazine, Guitare et Claviers, et dĂ©jĂ  auteur de plusieurs livres chez le mĂȘme Ă©diteur).
Cet ouvrage, Ă  paraĂźtre le 17 novembre prochain, parcourt neuf dĂ©cennies d’albums, de la cĂ©lĂšbre anthologie de Harry Smith Ă  Joanna Newsom en passant par Donovan, Trees, Dando Shaft, Heron, Ed Askew, Michael Hurley, Bonnie “Prince” Billy, Crosby, Stills, Nash and Young ou Leonard Cohen, sans oublier les virtuoses du finger-picking que sont John Fahey, Robbie Basho, Jack Rose ou James Blackshaw, parmi 130 autres non moins intĂ©ressants.

TRAVERSES

TRAVERSES 9 novembre 2011

UNE LISTE FOLK, PAR PHILIPPE ROBERT

Philippe et moi avons tous deux sorti des livres chez le mĂȘme Ă©diteur (Le Mot Et Le Reste) et Ă©crit pour le mĂȘme journal. Nous ne nous sommes jamais rencontrĂ©s, en vrai, mais j’ai souvent eu l’impression de le croiser. J’avais mĂȘme reçu une lettre, il y a 15 ans, d’une fille qui Ă©tait sa copine et qui, Ă  la lecture de mes papiers, m’écrivait en plaisantant, que, vu mes goĂ»ts, je devais ĂȘtre lui sous un pseudonyme. Ces jours-ci, Philippe travaille sur un livre autour du folk. Et il a eu la gentillesse de m’adresser cette liste commentĂ©e, reprenant quelques essentiels du genre, avec un texte d’introduction – Ă  vous, maintenant, d’aller dĂ©nicher les morceaux, les albums, les vidĂ©os
 Philippe Robert : « Une liste plutĂŽt centrĂ©e sur le folk-rock et l’acid folk anglo-saxons des annĂ©es 1960 et 1970, dĂ©bouchant toutefois sur le free folk des annĂ©es 2000. C’est-Ă -dire trĂšs prĂ©cisĂ©ment ce dans quoi je baigne aujourd’hui, du fait de l’écriture Ă  quatre mains de « Folk & Renouveau, une balade anglo-saxonne », composĂ© avec mon ami Bruno Meillier, qu’on connaĂźt surtout comme musicien, organisateur du festival Musiques Innovatrices Ă  Saint Etienne et label manager d’OrkhĂȘstra International. Ce livre couvrira la pĂ©riode 1927-2011, Ă©normĂ©ment de choses me touchant dans le folk, de John Jacob Niles Ă  Martin Simpson, de Roscoe Holcomb Ă  David Crosby, de Roy Harper Ă  Steve Tilston (l’autre Nick Drake si c’est possible). Avec Bruno cela fait dĂ©jĂ  quelques annĂ©es que l’on s’est retrouvĂ© autour de cette musique, le festival qu’il programme ayant mĂȘme offert l’occasion d’écouter le gĂ©nial Simon Finn. »

Sandy Bull « Fantasias For Guitar & Banjo », Vanguard, 1963.
L’un des chocs musicaux du guitariste Sandy Bull aura Ă©tĂ© la dĂ©couverte du free jazz d’Ornette Coleman, via son ami le bassiste Buell Neidlinger, qui jouait alors avec Cecil Taylor. D’oĂč l’idĂ©e d’enregistrer un LP instrumental, dont une des faces est un duo avec le batteur Billy Higgins, dans une veine Ă©voquant le duo Mick Flower / Chris Corsano. « Carmina Burana » de Carl Orff est aussi repris, et l’on se demande Ă  quel point Matthew Young a pu en avoir ou pas connaissance au moment d’en enregistrer sa version sur le trĂšs bon « Traveler’s Advisory » dans les annĂ©es 1980.

Pat Kilroy « Light Of Day », Elektra, 1966.
Un des grands disques d’un label qui n’en manque pas. Assez proche de ce que fera Tim Buckley Ă  l’époque de « Lorca » et « Starsailor ». InfluencĂ© par Gurdjieff, la musique d’Ali Akbar Khan et les percussions africaines – entre autres. Pat disait chercher de nouveaux horizons
 Sous son nom, c’est malheureusement son seul disque. Le jour de NoĂ«l 1967, Pat disparaĂźt des suites d’une grave maladie. On lui doit aussi un disque psychĂ© en trio avec The New Age et son amie Susan Graubard.

Dino Valenti « Dino Valente », Epic, 1968.
Les soi-disant fans de Quicksilver Messenger Service ont toujours dĂ©testĂ© ce chanteur au profit du guitariste John Cipollina, parce qu’ils prĂ©fĂšrent les longues improvisations planantes aux chansons. En ce qui me concerne ils ont tort. Ecouter ce disque devrait rĂ©concilier les rĂ©fractaires, enfin j’espĂšre : quelle voix, et quelles compos ! Et puis certains passages des Quicksilver postĂ©rieurs Ă  « Happy Trails » valent largement le dĂ©tour. C’est un peu la mĂȘme chose qu’avec Fleetwood Mac aprĂšs le dĂ©part de Peter Green, la fameuse pĂ©riode « Welch » vilipendĂ© çà et lĂ  par les amateurs de blues-rock purs et durs.

Robbie Basho « Venus In Cancer », Blue Thumb, 1969.
A la diffĂ©rence de John Fahey, Robbie Basho reste Ă  dĂ©couvrir. Pour feu-Jack Rose l’histoire de la douze cordes commençait et finissait avec Robbie Basho. C’est excessif mais pas loin d’ĂȘtre vrai. « Cathedrals et Fleur de Lis » est un des chefs-d’Ɠuvre du genre. Et quand Robbie chante c’est aussi beau que du Yma Sumac. Pete Townshend l’adorait. Jimmy Page connaĂźt ce disque par cƓur. James Blackshaw et Steffen Basho-Junghans s’en sont approchĂ©s dans les annĂ©es 2000 : « River Of Heaven » du premier porte bien son nom, c’est une Ɠuvre majeure.

Michael Chapman « Fully Qualified Survivor », Harvest, 1970.
L’un des trois albums prĂ©fĂ©rĂ©s de John Peel en 1970. Grosse influence sur David Bowie qui en dĂ©bauchera le second guitariste, Ă  savoir Mick Ronson, pour ses Spiders From Mars. A l’époque Bowie Ă©coutait Tyrannosaurus Rex, Comus, Biff Rose et ça s’entend jusque sur « Hunky Dory » : la classe ! Aujourd’hui Thurston Moore redĂ©couvre Michael Chapman, lui offre d’improviser Ă  la gratte, et ça se trouve sur Ecstatic Peace!.

Perry Leopold « Experiment In Metaphysics », WS, 1970.
Un disque autoproduit, distribuĂ© gratuitement aux passants et enregistrĂ© en une journĂ©e dans le sous-sol d’une boutique de Philadelphie. La pochette : juste une Ă©tiquette collĂ©e, portant mention de l’auteur et du titre de la chose. Un disque parait-il rĂ©alisĂ© sous LSD (la lĂ©gende ?), sous influence trĂšs certainement : et selon Perry il s’agit de prendre conscience qu’éveil et chaos sont des Ă©lĂ©ments insĂ©parables d’une mĂȘme rĂ©alitĂ©. Grosse influence dans les annĂ©es 2000 sur Daniel Higgs.

Peter Walker « Long Lost Tapes 1970 », Tompkins Square, 1970.
En fait ce disque n’est sorti qu’en 2009, sauf qu’il a Ă©tĂ© enregistrĂ© en 1970 pour paraitre cette annĂ©e-lĂ  sinon celle d’aprĂšs, mais pas quarante ans plus tard ! Timothy Leary disait de ce guitariste qu’il mettait en vibration le code gĂ©nĂ©tique de l’humanitĂ©, et c’est Ă  ce titre qu’il lui a confiĂ© d’accompagner musicalement des initiations au LSD. La vie de Peter Walker est un roman. Aujourd’hui il joue du flamenco qui n’appartient qu’à lui, un peu comme Josephine Foster avec son mari Victor Herrero. Ben Chasny, de Six Organs Of Admittance, le prĂ©fĂšre encore Ă  Robbie Basho et John Fahey (ça exagĂšre pas mal chez les virtuoses de la guitare sĂšche). Et ces bandes perdues oscillent entre raga psychĂ© et free jazz tout cool. Avec Mark Whitecage, Perry Robinson, Badal Roy


O.W.L. « Of Wonderous Legends », Locust, 1971.
En 2004, Dawson Prater, du label Locust, dĂ©couvre dans un dĂ©pĂŽt-vente de Chicago un test pressing de ce groupe relativement mystĂ©rieux que je conseille vivement aux fans de Pearls Before Swine de la pĂ©riode ESP. Pochette superbe, Ă  la hauteur de l’inspiration revendiquĂ©e : William Blake, Ingmar Bergman, le romantisme victorien, et les visites au Louvre et Ă  Cluny afin de se ressourcer aux mythes et symboles de la vieille Europe. Cet album a Ă©tĂ© pensĂ© comme une « Ă©popĂ©e naĂŻve » dĂ©barrassĂ©e de toute niaiserie

Davy Graham « Broken Biscuits », Les Cousins, 2007.
On pourrait faire coĂŻncider l’émergence du folk-rock britannique avec la sortie d’un influent EP rĂ©alisĂ© par le guitariste Davy Graham en 1961. Dessus se trouve « Angi » sur lequel tous les guitaristes, y compris Bert Jansch, John Renbourn et Richard Thompson, se sont exercĂ©s les doigts. Dans son jeu de multiples empreints se mĂ©langent, faits au british blues d’Alexis Korner, au folk celtique, Ă  la Renaissance Ă©lisabĂ©thaine. Sans oublier la musique marocaine et les gammes indiennes. Tout ceci est Ă  l’honneur sur ce disque tardif d’un Davy techniquement diminuĂ©, mais extrĂȘmement touchant, comme Billie Holiday sur la fin de sa vie.

Dredd Foole & Ed Yazijian « That Lonesome Road Between Hurt And Soul », Bo’ Weavil, 2009.
L’un des grands disques du free folk. L’inspiration principale en est le yodle hallucinĂ© de Tim Buckleyy sur « Lorca ». L’on songera aussi Ă  certaines impros d’Erica Pomerance pour le label underground new-yorkais ESP, ou Ă  MIJ, pourquoi pas ? A Ă©couter en prioritĂ© les quinze minutes ici consacrĂ©es Ă  Tim Buckley, Ă©poustouflantes. Et le dĂ©marquage d’avec « Someone Said » de Jay Mascis And The Frog. Parfois David Crosby Ă  l’époque de « If I Could Only Remember My Name » n’est pas loin non plus.

Le blog de Joseph Ghosn

JOSEPH GHOSN
josephghosn.wordpress.com 27 août 2011