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Parution : 21/11/2025
ISBN : 9782384317158
360 pages (148 x 210)

26 €

Field Recording - Nouvelle édition

L'usage sonore du monde en 100 albums

La réédition augmentĂ©e d’un ouvrage qui raconte comment certains ont cherchĂ© et sont parvenus Ă  saisir le « chant du monde ».

Le chant de l’oiseau-lyre d’Australie, les vents de Patagonie, les flĂ»tes sacrĂ©es ‘Aré’ arĂ© des Îles Salomon, les vibrations des bĂątiments de nos villes ou les louanges exaltĂ©es des pĂȘcheurs de perles de BahreĂŻn ne sont que quelques exemples des innombrables sons et musiques abordĂ©s dans cet ouvrage consacrĂ© Ă  la pratique du field recording, de l’enregistrement de terrain. Tout au long du XXe siĂšcle, des hommes et des femmes ont parcouru le monde afin de capter des curiositĂ©s sonores pour des raisons scientifiques, patrimoniales et esthĂ©tiques. Ce sont des audio-naturalistes, des collecteurs de musique traditionnelle, mais aussi des compositeurs avides de dĂ©couvrir un nouveau matĂ©riau musical. Les microphones sont leurs outils, voire leurs instruments, l’écoute est leur mĂ©thode d’approche. En sortant du studio, ils prennent le risque de se confronter Ă  l’imprĂ©visible, Ă  l’incontrĂŽlable, au fragile parfois. Ils se nomment Alan Lomax, Chris Watson ou encore Luc Ferrari. Cent disques rendent ici compte de leur quĂȘte, toujours en cours, du « chant du monde ». Une riche introduction et trois interviews de figures majeures du field recording (Jean C. RochĂ©, Bernard Lortat-Jacob et Peter Cusack) complĂštent cette anthologie. Cette Ă©dition est augmentĂ©e de deux articles, d’une bibliographie mise Ă  jour et d’une liste de 50 disques parus depuis 2012.

Revue de presse

_ Cinq albums pour découvrir le field recording Cecilia Cavassoni Tsugi 24 décembre 2025
Artistes, chercheurs et amateurs : ils mettent la beauté du monde sur écoute Thibaut Schepman Terra Eco 23 juin 2014
Field Recording, l'usage sonore du monde Jean-Jacques Birgé Mediapart 30 avril 2014
Le Field recording: geler et dégeler le chant du monde Jean-Luc Rieder RTS // Musique en mémoire 14, 15, 16, 17, 18 octobre 2013
Le Field Recording - Plein champ sur les sons du monde Traverses n°33 Juin 2013
Field Recording, L'usage sonore du monde en 100 albums Desartsonnants 28 février 2013
Voyage au coeur d'un océan de sons Maxence Grugier MCD mars - avril - mai 2013
Ouvert la nuit Alexandre Héraud France Inter 27 mars 2013
Field Music Julien Broquet Larsen Janvier-février 2013
Interview d'Alexandre Galand pour Field Recording Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine janvier fĂ©vrier 2013
Un jour sur la terre Yves Blanc émission PlanÚte Bleue, RTS 26 janvier 2013
LA MIXTAPE D'ALEXANDRE GALAND JOSEPH GHOSN blog
Radio Campus Rennes 13 janvier 2013
Enregistrer les chants d'oiseaux, une pratique entre art et science Arnaud Devillard SCIENCES ET AVENIR 4 janvier 2013
Conférence à la BeauHaus 16 décembre 2012
L'Atelier du son Thomas Baumgartner France Culture 14 décembre 2012
GLITCH ADRIEN LANDIVIER LE MOUV 24 NOVEMBRE 2012
Au sein des sons StĂ©phane DESCHAMPS LES INROCKUPTIBLES 10 DÉCEMBRE 2012
Balade dans des champs sonores Thomas BAUMGARTNER L'ATELIER DU SON - FRANCE CULTURE 14 DÉCEMBRE 2012
Tous les Ă©chos du monde Christophe TAUPIN MOUVEMENT.NET 19 DÉCEMBRE 2012
Qu'est-ce qu'un "field recording"? François GORIN TÉLÉRAMA n°3286 5 JANVIER 2013
L'ART DU MICRO ZONE GRISE DÉCEMBRE 2012
TAPAGE NOCTURNE ERIC SERVA FRANCE MUSIQUE 28 DÉCEMBRE 2012
Guillaume BELHOMME Le Son du grisli décembre 2012
BIG BANG ! Anne Mattheeuws MUSIQ3 - RTBF 3 DÉCEMBRE 2012
MAGMA NICOLAS JULLIARD RADIO TÉLÉVISION SUISSE 3 DÉCEMBRE 2012
Émission consacrĂ©e Ă  Field Recording Radio Campus 25 novembre 2012
La Matinale de France musique Christophe Bourseiller FRANCE MUSIQUE 22/11/2012
BIG BANG ! Sébastien Biset MUSIQ3 - RTBF 19 NOVEMBRE 2012
FIELDS OF GOLD Julien Broquet FOCUS VIF 16 novembre 2012

_ Cinq albums pour découvrir le field recording

La rĂ©daction de Tsugi vous propose de dĂ©couvrir cinq albums usant de field recording — autrement dit, enregistrement de terrain — avec l’un des spĂ©cialistes de cette pratique, Alexandre Galand, historien de l’art et auteur du livre Field recording : l’usage sonore du monde en 100 albums.

En 2012, Alexandre Galand, auteur d’une thĂšse sur la peinture flamande du 16Ăšme siĂšcle et amateur de musique expĂ©rimentale, publie Field recording : l’usage sonore du monde en 100 albums (Ă©ditions Le Mot et Le Reste). Passionnant et fourni, l’ouvrage dĂ©crypte les diffĂ©rentes pratiques de l’enregistrement de terrain, mettant Ă  l’honneur la musique que le monde produit et ceux qui avec patience et lenteur se frottent Ă  ses notes imprĂ©visibles.

Cette annĂ©e, Alexandre Galand fait paraĂźtre cette une version augmentĂ©e de son livre, enrichie d’une bibliographie et d’une discographie Ă©tendue, ainsi que de deux essais inĂ©dits. En conviant la pensĂ©e de diffĂ©rents auteurs et autrices, l’auteur se concentre sur la question Ă©cologique alors que l’urgence de la crise climatique s’intensifie et qu’aucun espace n’échappe au bruit des humains. Pour Tsugi, il nous livre et dĂ©crypte cinq albums, permettant de nous initier Ă  la pratique du field recording.

À lire ici

Cecilia Cavassoni
Tsugi 24 décembre 2025

Artistes, chercheurs et amateurs : ils mettent la beauté du monde sur écoute

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Mais tous ne cherchent pas forcement l’exotique ou la raretĂ©. « Les types et styles de captations sont trĂšs nombreux. Les audio-naturalistes enregistrent les sons de la nature, le mouvement de l’ethnomusicologie collecte les musiques traditionnelles et il y a aussi beaucoup d’artistes et musiciens qui se servent des sons comme matĂ©riaux de composition », indique Alexandre Galand, docteur en histoire et auteur du passionnant ouvrage : Field recording : l’usage sonore du monde en 100 albums (Le mot et le reste, 2012).

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LIRE L’ARTICLEDANSSONINTÉGRALITÉ

Thibaut Schepman
Terra Eco 23 juin 2014

Field Recording, l'usage sonore du monde

LE BLOG

Le passionnant ouvrage d’Alexandre Galand paru sur la non moins excellente collection Formes de l’éditeur Le Mot et le Reste m’ouvre les yeux sur une pratique naturelle consistant Ă  enregistrer sur le terrain aussi bien les ambiances que la musique. L’usage sonore du monde en 100 albums se rĂ©fĂšre Ă©videmment au rĂ©cit de voyage de Nicolas Bouvier paru en 1963, qui inspira entre autres le cinĂ©aste StĂ©phane Breton pour sa collection de films ethnographiques. Si les dĂ©couvertes sont nombreuses parmi trois grandes sections, la captation des sons de la nature, celle des musiques des hommes et les compositions qui s’en emparent, on se perd un peu dans le classement Ă  l’intĂ©rieur de chacune.

On peut aussi regretter l’absence d’analyse sur les motivations de tel ou tel compositeur Ă  intĂ©grer des sĂ©quences documentaires dans ses fictions, d’autant que c’est la partie la plus faible de l’introduction alors que ces mĂ©langes occupent la majeure partie de l’ouvrage. Quelle raison a chacun de se confronter au monde sonore en dehors d’un contexte musical ? Quelle diffĂ©rence s’exprime entre nature et culture ? La sĂ©lection trĂšs orientĂ©e “musiques du monde” dans la seconde partie et “musique Ă©lectro-acoustique” dans la troisiĂšme (analogie avec le travail solitaire du preneur de son ?) en oublie les rockers et les jazzmen aux motivations fort diffĂ©rentes, tels RenĂ© Lussier (Le trĂ©sor de la langue dressant un pont entre le l’Histoire du QuĂ©bec et la musique), Frank Zappa (producteur de Wild Man Fisher, artiste de rue schizophrĂ©nique), Barney Wilen (Moshi, influence d’un voyage en Afrique, et Auto Jazz – Tragic Destiny Of Lorenzo Bandini, Ă©nergie de la course automobile), Colette Magny (Mai 68 avec les reportages de Chris Marker), parmi tant d’autres. Ce n’est pas seulement une question de choix, car l’absence d’articulations historiques qui ont pourtant fait le succĂšs de plusieurs ouvrages de la collection ne nous permet que de picorer ici et lĂ  des informations, certes prĂ©cieuses. AprĂšs avoir interrogĂ© le spĂ©cialiste des chants d’oiseaux Jean C. RochĂ©, l’ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob et le musicien improvisateur Peter Cusack, Alexandre Galand nous offre nĂ©anmoins 100 pistes, autant d’albums pour la plupart mĂ©connus, pour alimenter notre curiositĂ© dans ce domaine ouvert de l’écoute sans frontiĂšres.

Chaque parcours est une invitation au voyage. Je me revois en 1966 arpentant le Maroc avec le petit magnĂ©tophone portable italien de ma sƓur, enregistrant les Gnaouas, les singes magots de la forĂȘt, les mĂ©dinas de FĂšs et Marrakech, afin de sonoriser le montage diapo de nos vacances. Trois ans plus tard je capturais le son du Festival d’Amougies, seul tĂ©moignage musical aujourd’hui accessible du premier festival de musique pop et jazz europĂ©en. J’en profitai pour immortaliser l’ambiance du public, les annonces de Pierre LattĂšs et les coups de gueule de Mouna. Il me faudra ensuite attendre de rentrer Ă  l’Idhec en 1971 pour dĂ©velopper mes expĂ©riences sonores, encouragĂ© par l’enseignement de Michel Fano et AimĂ© Agnel. L’écoute radiophonique de Luc Ferrari et Barney Wilen au Pop Club de JosĂ© Artur m’avaient dĂ©jĂ  titillĂ©, mais la dĂ©couverte d’Edgard VarĂšse grĂące Ă  Frank Zappa fut dĂ©terminante. Pour simplifier, merci John Cage, toute organisation de sons n’est-elle pas musique dĂšs lors que l’on signifie son dĂ©but et sa fin ? En 1975, DĂ©fense de, mon premier album, intĂšgre des bruitages et l’annĂ©e suivante Un drame musical instantanĂ© branchera le tĂ©lĂ©phone du studio sur la table de mixage de maniĂšre Ă  incorporer les coups de fil reçus pendant nos improvisations ! J’avais pris l’habitude de diffuser des reportages sonores parmi les instruments comme les chiffres du loto dans Rideau ! (1980), On tourne (1981) entiĂšrement enregistrĂ© dans une usine de mĂ©taux, une partie de chasse dans Ne pas ĂȘtre admirĂ©. Être cru. (1982) et le mĂ©tro dans L’homme Ă  la camĂ©ra (1983) avec le grand orchestre, le haras de Blois pour Les blancs jouent et gagnent (1987) ou le casino de Deauville pour le film L’argent de Marcel L’Herbier (1988), etc. Les saynĂštes que compose la litanie de mes rĂ©pondeurs tĂ©lĂ©phoniques (1977-89), les radiophonies revendiquant leurs social soundscapes (1974-81) ou la Mascarade Machine (2010) transformant le flux hertzien en mĂ©lodies n’appartiennent-ils pas tout autant au genre du field recording ? En 1994 j’organisai les bandes rapportĂ©es du Haut-Karabagh par Richard Hayon comme un carnet de notes, rĂ©cit de voyage oĂč ces Musiques du Front se jouaient dans les cimetiĂšres, les tranchĂ©es et les ruines. J’ai longtemps marchĂ©, un micro fichĂ© sur chaque oreille, mais aujourd’hui j’utilise un petit Nagra discret et compact. Sur scĂšne il m’arrive aujourd’hui d’utiliser les samples que Chris Watson a commercialisĂ© pour SonicCouture


Le field recording devient un dĂ©cor de théùtre (prĂ©-Ă©tabli) oĂč se dĂ©roule l’action (par exemple, improvisĂ©e), sa vĂ©racitĂ© documentaire permettant aux auditeurs de s’immiscer dans des fictions imaginaires. Plus gĂ©nĂ©ralement composer des partitions sonores mĂȘlant bruits, voix et musiques m’a poussĂ© Ă  considĂ©rer le field recording comme une composante essentielle de mon travail, et ce dans les trois cas citĂ©s par Galand, en enregistrant les bruits de la nature et des activitĂ©s humaines, en privilĂ©giant parfois des prises de son in situ, en intĂ©grant ces Ă©lĂ©ments Ă  des compositions hybrides. MĂȘme le studio est chez moi un terrain particulier oĂč la vie quotidienne a sa place. L’improvisation y est pour beaucoup. Comme toute organisation sonore est musique, tout enregistrement devient ainsi field recording, pulvĂ©risant les frontiĂšres qui sĂ©parent le vivant du vĂ©cu.

Jean-Jacques Birgé
Mediapart 30 avril 2014

Le Field recording: geler et dégeler le chant du monde

La capture du son a toujours reprĂ©sentĂ© un fantasme : François Rabelais en 1552 dans Pantagruel dĂ©crit le gel de paroles et sons de champs de bataille qui peuvent ĂȘtre entendus lors du dĂ©gel au printemps suivant ; l’écrivain Charles Sorel en 1632 dĂ©crit la capture du son dans des Ă©ponges.

Il faut attendre 1807 pour que la technologie commence Ă  concrĂ©tiser ce rĂȘve : Thomas Young imprime les vibrations d’un diapason Ă  la surface d’un cylindre rotatif couvert de noir de fumĂ©e.

Alexandre Galand est invitĂ© Ă  prĂ©senter son ouvrage Field Recordings, L’Usage sonore du monde, et Ă  discuter de cette pratique souvent mĂ©connue du grand public.

Au total, cinq Ă©missions autour de la discipline de l’enregistrement de terrain

Pour les réécouter, reportez-vous aux liens ci-dessous :

PremiĂšre partie

DeuxiĂšme partie

Jean-Luc Rieder
RTS // Musique en mémoire 14, 15, 16, 17, 18 octobre 2013

Le Field Recording - Plein champ sur les sons du monde

Le vent et l’eau sont-ils des instruments de musique ? Peut-on rĂ©duire l’enregistrement de joueuses de luth aux Philippines dans leur milieu naturel Ă  un audio-reportage? À quoi bon garder cette captation grĂ©sillante et Ă  peine audible d’un chant breton des annĂ©es 1910 ? Enregistrer dans un jardin japonais un rĂ©cipient mĂ©tallique enfoui sous les pierres qui amplifie les gouttes d’eau qui s’y infiltrent suffit-il Ă  faire un disque ? Capter les vibrations sourdes et les frĂ©quences basses du pergĂ©lisol (ou permafrost) permet-il d’étiqueter un disque comme Ă©tant de l’électro-ambient ? L’oiseau-lyre est-il meilleur imitateur que le Papou de Nouvelle-GuinĂ©e ?

Ces questions, parmi d’autres, sont au coeur de la pratique du « field recording », ou enregistrement de terrain. La naissance de cette pratique est consĂ©cutive Ă  celle des systĂšmes d’enregistrement portables, qui ont fait perdre au studio son exclusivitĂ© en matiĂšre d’enregistrement. Depuis la fin du XIXe siĂšcle donc, le field recording n’a cessĂ©, sur le plan artistique, de gagner
 du terrain !

Depuis qu’on a les moyens de le capter dans son propre Ă©lĂ©ment, le « chant du monde » a engendrĂ© de nombreuses dĂ©marches de collecte sonore aux visĂ©es trĂšs diffĂ©rentes. On aurait donc bien tort rĂ©duire l’enregistrement de terrain Ă  une simple fonction documentaire. De par la multitude des matĂ©riaux sonores qu’il propose et le foisonnement de pratiques crĂ©atrices fondĂ©es sur ces matĂ©riaux qu’il a engendrĂ©es, le field recording doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un vaste champ artistique Ă  part entiĂšre.

C’est ce que s’est proposĂ© de dĂ©montrer Alexandre GALAND, docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie, dans ce livre dont le sous-titre, L’Usage sonore du monde en 100 albums, fait une judicieuse rĂ©fĂ©rence Ă  un autre cĂ©lĂšbre ouvrage, L’Usage du monde, de l’écrivain suisse Nicolas BOUVIER. PersonnalitĂ© majeure du rĂ©cit de voyage au XXe siĂšcle, BOUVIER fut aussi l’un des premiers « chasseurs de sons » non professionnels. Il a arpentĂ© les rĂ©gions qu’il a traversĂ©es (Yougoslavie, Turquie, Iran, Pakistan, Afghanistan, Inde, Sri Lanka, Japon
) muni d’un prototype de magnĂ©tophone Nagra (l’ancĂȘtre de l’enregistreur numĂ©rique), et a enregistrĂ© les musiques qu’il a entendues, de Zagreb Ă  Tokyo. Tant sa vie que son oeuvre font de BOUVIER une figure tutĂ©laire de la philosophie que se doit d’adopter tout chasseur de son : se rendre disponible et se mettre Ă  l’écoute du voyage et du monde extĂ©rieur.

Dans la premiĂšre partie de son ouvrage, Alexandre GALAND retrace l’historique de la pratique du field recording, et dĂ©montre qu’elle est indissociable de l’évolution des techniques d’enregistrement. Plus l’enregistreur portable est devenu
souple et facile à manier, plus les enregistrements de terrain se sont multipliés, et ce dans différents domaines. Alexandre GALAND en distingue principalement trois.

Le premier est la captation des sons de la nature, ou audionaturalisme, et ses sous-divisions (la biophonie, qui traite des sons de la flore et de la faune, notamment les chants d’oiseaux et cris d’animaux ; et la gĂ©ophonie, qui Ă©tudie les sons des phĂ©nomĂšnes climatiques, comme les orages, les vagues, les volcans
). L’auteur de Field Recording pointe dĂ©jĂ  quelques problĂ©matiques liĂ©es Ă  cette pratique, notamment celle de la prĂ©sence humaine dans la nature, et ses consĂ©quences. Fautil gommer toute trace sonore de manifestation humaine (genre bruits d’avion au-dessus d’une jungle) lorsqu’on cherche Ă  restituer les sons d’un environnement donnĂ© ou les cris d’une espĂšce animale prĂ©cise, au risque de crĂ©er un fantasme de monde « Ă©dĂ©nique » et inviolĂ© ?

Le deuxiĂšme est la captation des musiques des hommes, ou ethnomusicologie, dont l’auteur rappelle la gĂ©nĂšse et qu’il distingue trĂšs clairement de la « world music ». GALAND Ă©voque quelques dates marquantes de la dĂ©couverte des musiques non-occidentales par les compositeurs contemporains et recense le travail de diffusion de quelques maisons de disques rĂ©putĂ©es dans la captation in situ de musiques traditionnelles (Folkways, Lyrichord, AIMP, Ocora, Topic
). Dans ce domaine aussi, des questions Ă©pineuse surgissent, mettant en Ă©vidence l’antagonisme entre la fonction originairement sociale ou religieuse au sein d’un groupe culturel local de ces musiques traditionnelles et leur mise en pĂąture en tant qu’objets de consommation esthĂ©tique Ă  Ă©chelle globale. Dans ce domaine comme dans celui de l’audio-naturalisme pointe Ă©videmment le problĂšme fatidique (mais aussi tarte Ă  la crĂšme) de l’authenticitĂ© et de la « puretĂ© », rĂ©elle ou supposĂ©e, de la matiĂšre enregistrĂ©e.

Le troisiĂšme domaine du field recording recensĂ© par Alexandre GALAND est celui de la composition, dont Pierre SCHAEFFER fut un pionnier. Distinct des deux autres orientations Ă  caractĂšre gĂ©nĂ©ralement plus scientifique, patrimonial ou documentaire, la pratique de la composition Ă  base d’enregistrements de terrain a pris des tournures variĂ©es que GALAND recense : musique concrĂšte, Ă©cologie acoustique, paysage sonore, « sound mapping »  toutes procĂšdent des mĂȘmes principes (Ă©coute, enregistrement, traitement) et soulĂšvent de pertinentes questions sur l’acte mĂȘme d’enregistrer en tant que maniĂšre de composer, sur le choix de prĂ©server les sons captĂ©s tel quels dans une composition, ou de les transformer jusqu’à les rendre mĂ©connaissables, afin paradoxalement de mieux restituer l’impression subjective que la matiĂšre a laissĂ©e sur le « capteur », par exemple, etc.

En plus de tracer une perspective historique et de relever les questions tant Ă©thiques qu’artistiques que soulĂšve chacun des trois genres de field recording qu’il a dĂ©finis, Alexandre GALAND a tenu Ă©galement Ă  interroger certains pratiquants de l’enregistrement de terrain. Chaque chapitre est ainsi complĂ©tĂ© par un entretien avec un spĂ©cialiste : Jean C. ROCHÉ pour la partie audionaturaliste, Bertrand LORTATJACOB pour l’ethnomusicologie et Peter CUSACK
pour le domaine de la composition. Chacun fait part de la passion qui anime son travail, et du regard que la pratique du field recording lui a permis d’avoir sur le monde.

La division stylistique opĂ©rĂ©e par Alexandre GALAND permet au lecteur d’apprĂ©hender avec plus de clartĂ© la pluralitĂ© du domaine artistique que reprĂ©sente le field recording.
Mais l’auteur s’accorde lui-mĂȘme Ă  reconnaĂźtre que certaines oeuvres enregistrĂ©es peuvent relever d’un domaine comme d’un autre et que la frontiĂšre entre audio-naturalisme, ethnomusicologie et composition est dans certains cas trĂšs tĂ©nue, ou savamment effacĂ©e.

La seconde partie de l’ouvrage, conformĂ©ment Ă  son sous-titre, est constituĂ©e de 100 chroniques de disques qu’Alexandre GALAND jugent primordiaux dans chaque domaine de field recording. Coassements de grenouilles, chants
d’oiseaux, brame de cerfs, chants de baleines et cris de singes se partagent la partie audio-naturaliste, oĂč l’on fait connaissance avec les enregistrements de Ludwig KOCH, Jean C. ROCHE, Roger PAYNE, Fernand DEROUSSEN, etc.

Chants de gorge inuits, chants de prisonniers américains, flûtes boliviennes, rajasthanaises ou mélanésiennes, gamelans indonésiens, polyphonies éthiopiennes, cérémonies tibétaines, chants pygmées, argentins ou ainous, jödel suisse, cloches suédoises, xylophones gabonais, tourneries de derviches et gongs cambodgiens figurent parmi les richesses sonores léguées par les cultures traditionnelles, captées par Alan LOMAX, John LEVY, David LEWISTON, Constantin BRAILOIU, Laurent JEANNEAU, Art ROSENBAUM, Deben BHATTACHARYA, Hugh TRACEY, Anne CHAPMAN, Hugo ZEMP, Tucker MARTINE ou François JOUFFA. Cette partie recense également un enregistrement de MOONDOG dans les rues de New York.

La partie « composition » est la plus riche en rĂ©fĂ©rences discographiques. On y croise Henri POUSSEUR, Alvin LUCIER, Steve REICH, Éric LA CASA, Kristoff K. ROLL, CĂ©cile LE PRADO, Peter CUSACK, Luc FERRARI, Éric CORDIER, Charlemagne PALESTINE, Francisco LOPEZ, Yann PARANTHOËN, Pierre HENRY, Akio SUZUKI, MichĂšle BOKANOWSKI, Douglas QUIN, etc. Difficile de dire si, Ă  travers ces rĂ©fĂ©rences, tous les sons du monde entier ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s, mais quand on voit que certains sont parvenus Ă  capter des sons dans des zones infrĂ©quentables par l’homme ou des sons inaudibles Ă  l’oreille humaine, on rĂ©alise que le monde entier s’épanouit dĂ©cidĂ©ment sur plusieurs plan de rĂ©alitĂ© !

Conscient que sa sĂ©lection est forcĂ©ment incomplĂšte et subjective, Alexandre GALAND a complĂ©tĂ© son livre d’une discographie supplĂ©mentaire et d’une bibliographie. On notera Ă©galement que chaque chapitre et mĂȘme quelques chroniques sont chapeautĂ©s par une citation livresque, rappelant ainsi que l’écoute du monde a stimulĂ© de nombreuses muses littĂ©raires et poĂ©tiques Ă  travers les Ă©poques


À dĂ©faut d’ĂȘtre une « bible » exhaustive (exercice aussi fastidieux qu’impossible), Field Recording, l’Usage sonore du monde en 100 albums s’avĂšre un guide introductif hautement recommandable pour dĂ©couvrir l’immense variĂ©tĂ© des productions du genre. Et pour ceux qui voudraient aller plus loin, l’auteur tient Ă©galement un blog qui achĂšve de convaincre que, loin d’ĂȘtre un « style de musique », le field recording est surtout un pourvoyeur de chants du monde et de champs magnĂ©tiques qui invitent Ă  Ă©couter « autrement » 

Blog d’Alexandre GALAND

Traverses n°33 Juin 2013

Field Recording, L'usage sonore du monde en 100 albums

AprĂšs avoir lu, et mĂȘme et relu, le livre d’Alexandre Galand consacrĂ© au field recording, paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, je vous livre ici quelques notes et impressions.

Tout d’abord, le classement du genre en trois catĂ©gories adoptĂ© ici, s’il ne permet pas de faire entrer toutes les pratiques et esthĂ©tiques dans une boĂźte prĂ©cise, a le mĂ©rite de proposer des repĂšres assez lisibles, entre ethnomusicologie, audionaturalisme et composition (sonore et/ou musicale). Certes, les choses ne sont pas aussi Ă©tanches que cela, l’auteur le reconnaĂźt lui-mĂȘme, mais cette classification donne nĂ©anmoins une idĂ©e des pratiques oĂč mĂ©moire, patrimoine, recherche, Ă©cologie et paysage sonore, crĂ©ation artistique relĂšvent du socle commun des field recordings.
Outils, mĂ©thodes, technique, genre esthĂ©tique, l’ouvrage ne cherche pas Ă  enfermer l’objet d’étude dans une approche qui se rĂ©vĂ©lerait assez vite rĂ©ductrice tant, selon les Ă©poques, les objectifs et les preneurs de sons, les field recordings empruntent Ă  toutes ces dĂ©marches.

Le mot field recording reste lui-mĂȘme difficile Ă  traduire, enregistrement de champ, de terrain, in situ, phonographies
 ce qui conforte d’ailleurs la pluralitĂ© de la chose.

Mais revenons en Ă  l’ouvrage d’Alexandre Galland. AprĂšs une courte et trĂšs pertinente introduction, ce dernier a choisi d’entamer son livre par trois interviews de spĂ©cialistes en la matiĂšre, reprĂ©sentant tour Ă  tour l’approche audionaturaliste avec Jean-Claude RochĂ©, ethno-musicologique, avec Bernard Lortat-Jacob et artistique avec Peter Cusak, tous trois praticiens reconnus de l’enregistrement de terrain.
Ces interviews nous permettent de saisir, par la voix de chasseurs de sons selon une expression rĂ©guliĂšrement employĂ©e il y a quelques annĂ©es, les enjeux et les passions qui animent des hommes dĂ©sireux de connaĂźtre un peu mieux leur Monde par l’oreille.

Le sous-titre mĂȘme mĂȘme de l’ouvrage fait implicitement rĂ©fĂ©rence Ă  l’extraordinaire rĂ©cit de voyage de Nicolas Bouvier, lequel emportera justement avec lui un des premier et mythique magnĂ©tophone Nagra, que lui confiera feu Stefan Kudelski en personne, son inventeur et constructeur.

Nous arrivons ensuite Ă  la deuxiĂšme partie de l’ouvrage, la plus consistante, puisqu’elle nous propose 100 enregistrements, couvrant les trois approches dĂ©finies par l’auteur.
J’ai toujours un a priori Ă  lire une sorte de catalogue discographique, genre parfois assez ennuyeux oĂč se succĂšdent descriptions et coups de cƓur, de façon parfois assez dĂ©cousue.
Et bien dans le cas de ce livre, trĂšs heureuse surprise, la lecture se vit comme un vĂ©ritable roman d’aventure, avec des expĂ©riences aux quatre coins du Monde, dans des villes contemporaines, des villages perdus dans des forĂȘts tropicales, sous les eaux, prĂšs des volcans. On y cĂŽtoient des artistes, chercheurs, historiens, des gens “de tous les jours” des tribus menacĂ©es de disparition, voire disparues, des pratiques musicales propres Ă  un lieu, une culture, des rites sacrĂ©s, des communications animales, des expĂ©rimentations musicales et sonores

On voit comment certains tentent de rester au plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© alors que d’autres puisent de la matiĂšre sonore pour la retravailler et la recomposer parfois assez radicalement.
L’anthropologie, la sociologie, l’histoire, les nouvelles technologies, l’expĂ©rimentation sonore et artistique se dĂ©ploient sous nos yeux, et quasiment sous nos oreilles tant j’‘ai eu l’impression d’entendre autant que de lire ces pages, dans une incroyable variĂ©tĂ© de gestes et de postures, d’images visuelles et sonores.
Il y a lĂ  de la magie, du dĂ©paysement, de l’exotisme, sans pour autant que l’auteur ne donne dans l’emphatique, ou ne nous assĂšne des idĂ©ologies prĂ©digĂ©rĂ©es. On sent dans ses Ă©crits Ă  la fois une formidable passion pour le sujet et une sorte de pudeur pour ne pas trop envahir le sujet du moi personnel. La couverture spacio-temporelle du livre est aussi large que la variĂ©tĂ© des pratiques et des expressions artistiques citĂ©es.
Tout est clair, documentĂ©, et donne envie de réécouter des enregistrements parfois endormis sur les rayons d’une armoire, voire de courir en acheter d’autres.
Comme vous l’aurez sans doute compris, j’ai beaucoup aimĂ© ce livre qui est devenu pour moi, en peu de temps, une rĂ©fĂ©rence sur un sujet jusque lĂ  peu ou pas traitĂ© en langue française, en mĂȘme temps qu’un livre de chevet, voire de voyage, dans lequel je navigue rĂ©guliĂšrement au grĂ© des Ă©poques et des usages sonores du monde.

LE BLOG

Desartsonnants 28 février 2013

Voyage au coeur d'un océan de sons

Domaine particulier au sein de la production sonore, le “Field recording” fut d’abord le fruit d’une approche scientifique et technique visant Ă  collecter les sons du monde avant s’ĂȘtre une dĂ©marche esthĂ©tique et artistique usant de ces mĂȘmes sons comme de matĂ©riaux crĂ©atifs. Au fil du temps, l’une comme l’autre ont remis les bruits du monde au centre de la crĂ©ation. La parution de Field Recording, l’usage sonore du monde aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, est l’occasion de se pencher sur ce qu’il est rĂ©ellement convenu d’appeler – depuis la naissance de la musique concrĂšte dans les annĂ©es 50, puis de l’ambient dans les 70’s, du hip hop, et de l’apparition du sampleur dans les annĂ©es 90 – “l’art du Field Recording”.

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] DĂšs le dĂ©part le Field Recording se prĂ©sente comme un caste champ opĂ©ratoire composĂ© d’enjeux et de finalitĂ©s aussi riches que variĂ©s. Sur ce plan le livre d’Alexandre Galand, Field Recording, l’usage sonore du monde en 100 albums, est une vĂ©ritable mine d’enseignements. L’auteur insiste – Ă  raison – sur cette dichotomie, scientifique/artistique, qui s’avĂšre complĂ©mentaire au fil du temps. ComposĂ© d’un long essai historiographique, de trois interviews (Jean C. RochĂ©, Bernard Lortat-Jacob et Peter Cusack) et d’une solide discographie, cet ouvrage est une premiĂšre en langue française et une excellente entrĂ©e en matiĂšre pour l’amateur souhaitant se plonger dans cet ocĂ©an de sons.

Maxence Grugier
MCD mars - avril - mai 2013

Ouvert la nuit

Alexandre Galand sera l’invitĂ© de l’émission Ouvert la nuit pour parler de son ouvrage Field Recording // Podcast disponible ICI

Alexandre Héraud
France Inter 27 mars 2013

Field Music

PassionnĂ© par les disciplines artistiques se donnant le monde pour objet, le LiĂ©geois Alexandre Galand vient de publier un livre tout entier dĂ©diĂ© Ă  l’enregistrement de terrain. Field Recording. L’Usage sonore du monde en 100 albums vient de paraĂźtre chez Le Mot et le Reste et raconte ces grand curieux qui immortalisent les chants des prisonniers, des PygmĂ©es, des singes, du vent et des grenouilles.

Sorti en 1979 du ventre maternel, docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie, Alexandre Galand se passionne depuis un bout de temps dĂ©jĂ  pour les disciplines artistiques se donnant le monde pour objet. Le cinĂ©ma documentaire et le rĂ©cit de voyages. Le nature writing et la peinture de paysages
 Pas Ă©tonnant que le LiĂ©geois consacre un livre Ă  l’enregistrement de terrain.

[
] L’enregistrement de terrain naĂźt Ă  la fin du XIXe siĂšcle avec l’apparition de matĂ©riel d’enregistrement de plus en plus facile Ă  transporter. Le studio perd alors de sa fatalitĂ© et l’homme peut partir par les chemins pour capter quantitĂ© de musiques et de sons, explique Alexandre Galand dans son passionnant ouvrage.

[
] Comment un Belge relativement inconnu au bataillon finit-il par publier un livre sur un sujet a priori aussi incongru chez Le Mot et le Reste, l’une des toutes meilleures maisons d’édition françaises en matiĂšre d’écrits musicaux. Je me suis retrouvĂ© sans emploi pendant quelques mois aprĂšs ma thĂšse de doctorat, se souvient Alexandre. Je tenais Ă  rentabiliser le temps Ă  ma disposition et je me suis mis en tĂȘte d’écrire sur le sujet. Gamin, je m’intĂ©ressais Ă  l’ornithologie et aux chants d’oiseaux. Je me suis par la suite, pendant mes Ă©tudes, penchĂ© sur les relations de l’homme avec son milieu de vie et me suis pris de passion pour les musiques expĂ©rimentales. J’avais dĂ©jĂ  un peu tĂątĂ© de l’écriture en collaborant avec La MĂ©diathĂšque sur Archipel (le site web consacrĂ© aux musiques inclassables). J’ai dĂšs lors tout simplement, comme on jette une bouteille la mer, contactĂ© ce chouette Ă©diteur.

Un chouette Ă©diteur pour un livre fascinant qui vous fera Ă©couter d’une autre oreille le monde qui nous entoure et regarder d’un autre oeil les farfelus du son comme ceux croisĂ©s chaque annĂ©e Ă  Mons le temps de City Sonic, le festival des arts sonores.

Julien Broquet
Larsen Janvier-février 2013

Interview d'Alexandre Galand pour Field Recording

DĂšs que les Ă©volutions techniques l’ont permis, l’homme s’est mis Ă  capter le monde, enregistrer le rĂ©el, prĂ©server la mĂ©moire. De ces milliers de disques basĂ©s sur des prises de son en direct, Alexandre Galand a effectuĂ© une sĂ©lection mĂ©ticuleuse pour n’en garder que cent, un exercice de “best-of” Ă  la fois ludique et contraignant, permettant nĂ©anmoins d’arrĂȘter le temps et de poser un regard rĂ©trospectif sur tout ce qui a Ă©tĂ© dĂ©jĂ  accompli dans ce domaine, avec tout le diversitĂ© qui le caractĂ©rise. Notre environnement fourmille en effet de vibrations fascinantes dĂšs qu’on dĂ©cide d’en avoir une Ă©coute concentrĂ©e.

D’oĂč t’es venu cet intĂ©rĂȘt pour les pratiques sonores et quand est-ce qu’a germĂ© l’idĂ©e d’un ouvrage sur le sujet?
Plus jeune, je pratiquais l’ornithologie et une partie de l’apprentissage de ce loisir consistait en l’écoute de cassettes et disques de chants d’oiseaux. Ces sĂ©ances s’apparentaient souvent Ă  un vrai plaisir grĂące aux talents musicaux des volatiles. [
] De fil en aiguille je me suis familiarisĂ© avec des pratiques musicales qui mettent en question les relations que l’homme entretient avec le paysage, avec le monde animal ou mĂȘme avec des sons d’origine industrielle. L’idĂ©e d’écrire un livre sur ces pratiques correspond Ă  une envie de contrainte afin d’en savoir plus, avant tout dans un but personnel.

[
]

Le choix de diviser le livre et la pratique du field recording en trois catĂ©gories (les audionaturalistes, les ethnomusicologues, puis ceux qui composent avec ce matĂ©riau) t’a-t-il aidĂ© dans ton approche ou cette dichotomie prĂ©sentait-elle certaines contraintes?
Il fallait clarifier le propos pour ne pas fournir une liste qui ne soit qu’une accumulation de coups de coeur. Les deux premiĂšres sections se penchent ainsi sur des enregistrements de terrain oĂč le capteur de sons est lĂ  pour transmettre, pour jouer le rĂŽle de passeur entre l’évĂ©nement sonore et ‘auditeur ultĂ©rieur. Son intervention devrait ainsi ĂȘtre la plus neutre possible. [
] Je me suis pourtant rendu compte, en Ă©crivant, que cette prĂ©tendue neutralitĂ© qui serait une des marques des collecteurs de sons de la nature et de musiques traditionnelles n’était qu’un leurre. Tout acte d’enregistrement procĂšde de choix.

Suite de l’interview “ici” : http://www.obskuremag.net/articles/alexandre-galand-le-field-recording-interview-bonus-obskure-mag-13/

Maxime Lachaud
ObskĂŒre Magazine janvier fĂ©vrier 2013

Un jour sur la terre

La couverture du livre “Field recording”. [Le mot et le reste]
Cette semaine, “La PlanĂšte Bleue” va vous prĂ©senter un livre absolument formidable, “Field recording, l’usage sonore du monde”, un bouquin Ă©tonnant et rare sur l’enregistrement de terrain.

A 100’000 annĂ©es-lumiĂšre de la daube marketĂ©e de prĂšs qu’on nous fourgue en essayant de nous faire croire que c’est de la musique, ce livre recense une centaine d’albums exceptionnels, enregistrĂ©s dans la rue, dans la forĂȘt ou sous la mer.

Pour réécouter l’émission, c’est ICI

PLANÈTEBLEUE

Yves Blanc
émission PlanÚte Bleue, RTS 26 janvier 2013

LA MIXTAPE D'ALEXANDRE GALAND

En plus d’ĂȘtre aux commandes du blog Les Maitres Fous, Alexandre Galand a sorti rĂ©cemment un livre dĂ©jĂ  classique, ne serait-ce qu’à cause de son statut si singulier, qui traite des disques de field recordings – enregistrements de terrain, qui reproduisent les bruits du monde. Alexandre en a fait un guide dense et labyrinthique, car de cette pratique qui semble rĂ©servĂ©e aux explorateurs scientifiques, s’est dĂ©veloppĂ©e une multitude de possibilitĂ©s sonores, musicales, concrĂštes, au-delĂ  du geste documentaire pur. Son livre, donc, Field Recording, l’usage sonore du monde en 100 albums (Le Mot Et Le Reste, qui est par ailleurs l’éditeur de deux de mes livres), est un prĂ©cieux guide de dĂ©couvertes, une cartographie au sein d’un amoncellement d’enregistrements cherchant dĂ©jĂ  eux-mĂȘmes Ă  Ă©tablir une carte sonore du monde. A ma demande, Alexandre a fait une mixtape, expliquĂ©e ainsi : » La thĂ©matique de cette compilation est l’inaudible. Perturbations Ă©lectromagnĂ©tiques dans la ionosphĂšre, cris d’animaux aquatiques ou de chauves-souris, fonte des glaces du Lac BaĂŻkal ou encore vibrations de fils tĂ©lĂ©phoniques dans le dĂ©sert australien, tous ces sons ne peuvent ĂȘtre perçus par l’homme s’il n’use d’un Ă©quipement technique adaptĂ© (microcontacts, hydrophones
). Ce terrain de l’inaudible, immense et d’une richesse insoupçonnĂ©e, est explorĂ© inlassablement par quelques artistes qui parviennent Ă  en rĂ©vĂ©ler la beautĂ© musicale. En cela, ils contribuent Ă  « mettre en morceaux le jeu consolant des reconnaissances » de nos modes d’écoute, ce qui est peut-ĂȘtre une des qualitĂ©s principales du field recording. En accompagnement, une briolĂ©e aux bƓufs berrichonne et un jodle du Muotatal donnent Ă  penser une autre forme d’inaudible, de par la disparition des modes d’ĂȘtre qui les faisaient vivre
 »

Merci Ă  lui pour ces choix, son livre et les morceaux qui suivent :

Solo Whale, Roger Payne, Songs of the Humpback Whale (1970, BGO, 2001)

Sferics, Alvin Lucier, Sferics (1982, Lovely Music, 2009)

Primal Image, Alan Lamb, Archival Recordings (Dorobo, 1995)

At the Sea Ice Edge, Douglas Quin, Antarctica (Wild Sanctuary, 1998)

Bottle at Mountain Road, Toshiya Tsunoda, Extract from field recording archive #2 (HĂ€pna, 1999)

Baikal Ice Flow Split 2, Peter Cusack, Baikal Ice (Spring 2003) (ReR Megacorp, 2004)

Magnetic Nets, Christina Kubisch, Interpreting the Soundscape (Leonardo Music Journal, 2006)

Isolation/Measurement, Jana Winderen, Energy Field (Touch, 2010)

P. pispistrellus/M. daubentonii, Michel Barataud – Ballades dans l’inaudible. MĂ©thode d’identification acoustique des Chauves-souris de France (Sittelle, 1996)

Ferdinand Brunot, Briolée aux boeufs, 1913.

« JĂŒĂŒzli » Jodel du Muotatal. Suisse (Hugo Zemp, 1979, Collection du CNRS et du MusĂ©e de l’Homme, Chant du Monde)

A écouter par ici.

le blog de Joseph Ghosn

JOSEPH GHOSN
blog

Chronique sur l’ouvrage FIELDRECORDING Ă  partir de 23’. Une Ă©mission Ă  Ă©couter ICI

Radio Campus Rennes 13 janvier 2013

Enregistrer les chants d'oiseaux, une pratique entre art et science

Dans le livre “Field recording”, Alexandre Galand explore la pratique de l’enregistrement des sons de la nature ou de musiques traditionnelles. Interview.
SHAMA. En 1889, le phonographe Edison existe depuis une douzaine d’annĂ©es. C’est avec cet appareil que le tout premier enregistrement connu du chant d’un oiseau est rĂ©alisĂ© par
 un enfant de huit ans ! L’Allemand Ludwig Koch, futur preneur de son spĂ©cialiste de l’enregistrement de chants d’oiseaux et de sons urbains, avait en effet l’habitude de traĂźner son phonographe dans la mĂ©nagerie familiale. Il capta ainsi le chant d’un shama Ă  croupion blanc, inaugurant de ce qui allait devenir une vĂ©ritable discipline : l’audio-naturalisme.
Alexandre Galand, docteur en histoire, art et archĂ©ologie, dĂ©taille cette pratique mĂ©connue dans un livre, Field recording. Enregistrements de la faune (biophonie), bruit de la pluie, du vent, des volcans, des vagues (gĂ©ophonie), sans oublier les captations de musiques du monde entier, dans les Ăźles du Pacifique, chez les Inuits, au Rajasthan ou dans le Mississippi, l’exercice se situe Ă  la croisĂ©e de la dĂ©marche artistique et scientifique.

Sciences et Avenir: A la lecture de votre livre, les disques de chants d’oiseaux semblent avoir d’abord une vocation artistique. Ont-ils aussi une visĂ©e scientifique ?
Alexandre Galand: L’audio-naturalisme s’est principalement dĂ©veloppĂ© en dehors du cadre de la recherche acadĂ©mique. La dimension artistique de cette pratique paraĂźt Ă©vidente : on n’enregistre et on n’édite pas de la mĂȘme maniĂšre un chant d’oiseau, le brame du cerf ou le roulement des vagues. Cela dit, l’audio-naturalisme relĂšve de plusieurs domaines scientifiques : la biologie, l’acoustique ou la gĂ©ographie, et l’audio-naturaliste est souvent un bon naturaliste avant tout.
Les disques engendrĂ©s peuvent donc ĂȘtre Ă©coutĂ©s pour le loisir, l’évasion, mais aussi participer d’une prise de conscience des problĂšmes Ă©cologiques de notre temps. Sans oublier la portĂ©e Ă©ducative; je pense aux guides conçus pour apprendre Ă  reconnaĂźtre les chants et cris d’oiseaux.

SetA: De tels enregistrements ont-ils suscité de réelles découvertes ?
AG: C’est en tout cas un terrain d’études trĂšs fertiles. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter la revue Bioacoustics.
Il faut aussi mentionner l’existence de la zoomusicologie. Cette discipline, contestĂ©e, Ă©tudie les aspects musicaux des productions acoustiques animales : les structures, les rĂ©pĂ©titions ou encore la durĂ©e des intervalles des cris et chants animaux.
Pour les domaines qui m’intĂ©ressent, c’est-Ă -dire ceux du disque et des interpĂ©nĂ©trations entre art et science, je retiens le cas du compositeur californien David Dunn. Pour son disque The Sound of Light in Trees, il a conçu un systĂšme d’enregistrement de trĂšs petite taille afin de rĂ©vĂ©ler le paysage sonore de l’intĂ©rieur d’un pin Ă  pignons, un arbre du nord du Nouveau-Mexique. Dunn souligne alors un problĂšme Ă©cologique majeur : la prolifĂ©ration des scolytes. Ces colĂ©optĂšres xylophages consomment habituellement le bois des arbres les plus faibles et participent ainsi Ă  la rĂ©gĂ©nĂ©ration des forĂȘts. Or, avec le changement climatique entraĂźnant des hivers plus chauds, ces insectes ont tendance Ă  se multiplier et Ă  dĂ©cimer des forĂȘts entiĂšres. Dunn a collaborĂ© avec des agents forestiers afin de localiser les populations d’insectes sur le point de s’activer, en se fondant sur leur production sonore. Ce travail a permis de prendre des mesures pour freiner l’expansion des colonisateurs.

SetA: Et dans le domaine des musiques traditionnelles ?
AG: LĂ , l’origine de la captation de musiques sur le terrain (field recording, en anglais, ndlr), est directement liĂ©e au domaine scientifique. Jusqu’aux annĂ©es 1950 et 1960, ce sont presque uniquement des ethnomusicologues qui enregistrent. La pratique n’est pas encore disponible pour le tout venant, notamment en raison du coĂ»t des appareils que seules des institutions officielles peuvent prendre en charge.

SetA: Que recherche l’ethnomusicologue ?
AG: Il serait difficile de le rĂ©sumer en quelques phrases, mais disons que l’ethnomusicologie s’intĂ©resse notamment aux origines de la musique (qui d’aprĂšs certains serait apparue avant le langage). Qu’est-ce qui, parmi les diffĂ©rentes productions sonores humaines, peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme de la musique, et par qui ? Existe-t-il des universaux, c’est-Ă -dire des traits communs Ă  des groupes humains parfois trĂšs Ă©loignĂ©s gĂ©ographiquement, dans la pratique, la maniĂšre de penser et les structures de la musique ?
Avec des gens comme Alan Lomax, Hugh Tracey ou Deben Bhattacharya apparaissent ensuite des collecteurs de musiques non plus seulement intĂ©ressĂ©s par leur portĂ©e scientifique, mais aussi par leur valeur patrimoniale et leur capacitĂ© Ă  susciter l’émotion. Transmettre ces musiques vers un plus large public est d’une importance capitale.

SetA: CĂŽtĂ© technique, on est passĂ© du phonographe au nagra et aujourd’hui aux enregistreurs numĂ©riques. Cette Ă©volution vers plus de maniabilitĂ© a-t-elle fait Ă©voluer le « field recording », tant dans sa pratique que dans ses contenus ?
AG: Jusqu’au milieu du 20e siĂšcle, la durĂ©e d’un enregistrement au phonographe est trĂšs limitĂ©e. Avec l’invention du magnĂ©tophone, mais aussi avec les disques 33-tours de longue durĂ©e, on a pu donner une meilleure idĂ©e de ces sons et musiques et de leur contexte d’exĂ©cution.
Il reste que l’usage du matĂ©riel le plus sophistiquĂ© n’est jamais une garantie de rĂ©ussite artistique. Dans l’enregistrement de terrain, l’écoute est une Ă©tape primordiale. Savoir rĂ©agir de maniĂšre sensible, parfois intuitive, Ă  l’irruption de phĂ©nomĂšnes sonores intĂ©ressants est tout aussi important. La technique ne favorise en rien ces aptitudes.

SetA: Vous expliquez qu’il existe de moins en moins d’espaces vierges, que les captations de sons de la nature sont souvent parasitĂ©es par la prĂ©sence humaine. Faut-il la gommer ? D’autant que le numĂ©rique facilite les choses..
AG: La possibilitĂ© de manipuler des sons n’a pas attendu le numĂ©rique pour se dĂ©velopper. Echantillonner des disques, dĂ©couper la bande magnĂ©tique, accĂ©lĂ©rer ou dĂ©cĂ©lĂ©rer, ajouter des effets : tous ces procĂ©dĂ©s existent depuis des dĂ©cennies.
Dans le cadre de l’audio-naturalisme, l’opĂ©rateur doit au minimum restituer des enregistrements respectant la cohĂ©rence Ă©cologique (cohabitation des espĂšces). Pour le reste, gommer la prĂ©sence humaine est impossible, l’enregistrement lui-mĂȘme est dĂ» Ă  la prĂ©sence et Ă  l’action d’un audio-naturaliste ! Ensuite, en occultant les bruits d’origine anthropique (rumeur urbaine, moteurs d’avions), ne risque-t-on pas de transmettre un fantasme de nature plutĂŽt que sa rĂ©alitĂ©, mĂȘme si celle-ci est dĂ©cevante ? Ce choix revient Ă  l’opĂ©rateur.

LIRE. Alexandre Galand, Field recording, l’usage sonore du monde en 100 albums, Le mot et le reste, 2012, 312 pages.
ECOUTER. Le catalogue de Frémeaux et Associés Editeur proposent, entre autre, des disques de sons de la nature et de musiques traditionnelles. Le site Naturophonia vend en téléchargement plus de 230 sons.

SCIENCES ET AVENIR

Arnaud Devillard
SCIENCES ET AVENIR 4 janvier 2013

Conférence à la BeauHaus

- Le 16 décembre, de 15.00 à 18.00, conférence à la BeauHaus http://www.beaubeau.be/neuf/ à Bruxelles.

16 décembre 2012

L'Atelier du son

- Le 14 dĂ©cembre Ă  23.00, L’Atelier du son sur France Culture podcast ICI

Thomas Baumgartner
France Culture 14 décembre 2012

GLITCH

Rien Ă  voir avec cette Ă©mission freak out! iet c’est bien comme ça, Glitch recommande Ă©galement la lecture de Field recording, l’usage sonore du monde en 100 albums par Alexandre Galand sorti ce mois ci aux Ă©ditions Le mot et le reste
 PASSIONNANT !

LE MOUV

ADRIEN LANDIVIER
LE MOUV 24 NOVEMBRE 2012

Au sein des sons

Deux livres et un double CD pour mieux comprendre le travail des explorateurs de sons, aujourd’hui tellement vĂ©nĂ©rĂ©s par les “vinyl diggers”.
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Dans un autre livre qui vient de paraĂźtre, Filed Recording – l’usage sonore du monde en 100 albums, il est bien sĂ»r question d’Alan Lomax. Ce passionnant bouquin d’Alexandre Galand prĂ©sente, via des disques et des entretiens, les diffĂ©rentes formes d’enregistrements de terrain – depuis les bibliothĂšques sonores de cris d’animaux jusqu’aux oeuvres de musique concrĂšte en passant par les musiciens de rue et de folk. Une mine d’idĂ©es shopping pour les vinyl diggers.

LESINROCKUPTIBLES

Stéphane DESCHAMPS
LES INROCKUPTIBLES 10 DÉCEMBRE 2012

Balade dans des champs sonores

Field recording. Aujourd’hui cette anglo-saxonne expression, qu’on ne saurait traduire par “paysage sonore” (cf. les commentaires ci-dessous), mais qu’on peut entendre comme “enregistrement de plein champ” ou “enregistrement de terrain”, devient un mot de passe. Mode ou consĂ©quence des Ă©volutions techniques, de nombreux artistes se rĂ©clament aujourd’hui du field recording. Il est temps d’en parler pour savoir ce qu’il y a d’artistique Ă  enregistrer une route, une rue, un chemin ou des oiseaux. Outil ou genre? MĂ©thode ou fin en soi? Alexandre Galand, auteur de Field recording, l’usage sonore du monde en 100 albums, aux Ă©ditions Le Mot et le Reste (oĂč il convoque notamment la figure de l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier), est avec nous pour nous aider Ă  rĂ©pondre de maniĂšre illustrĂ©e. Le compositeur et artiste sonore Pali Meursault, dont la prochaine piĂšce Offset est bientĂŽt disponible, est lĂ  aussi. On s’appuie sur les productions de son label Universinternational, qui existe depuis dix ans.

Pour réécouter l’émission, cliquez ICI

L’ATELIER DU SON – FRANCECULTURE

Thomas BAUMGARTNER
L'ATELIER DU SON - FRANCE CULTURE 14 DÉCEMBRE 2012

Tous les échos du monde

PubliĂ©e chez Le Mot Et Le Reste, l’anthologie Field Recording, l’usage sonore du monde en 100 albums d’Alexandre Galand nous invite Ă  croiser les chemins de zoologistes preneurs de sons, d’ethnologues luttant contre l’oubli et de porteurs de microphones dont les diverses approches convergent dans un dĂ©sir commun de restituer l’inĂ©puisable richesse de notre environnement sonore.

La fascination des hommes pour les sons qui les entourent et leur reproduction remonte Ă  la nuit des temps. Alexandre Galand illustre ce vieux fantasme en citant François Rabelais qui dans le Quart-Livre (1552) fait assister Pantagruel au « gel » puis au « dĂ©gel », le printemps suivant, des paroles et autres bruits entendus sur le champ de bataille. Fixer les sons pour les rĂ©pĂ©ter et les comprendre, mais Ă©galement pour les archiver. La possibilitĂ© d’immortaliser ces prĂ©cieux bruits ne verra le jour qu’à la fin du XIXe siĂšcle, avancĂ©es techniques aidant, avec le phonographe d’Edison. Comme l’explique Galand, l’enregistrement de terrain (field recording), a germĂ© et Ă©voluĂ© en parallĂšle des innovations techniques et de la portabilitĂ© croissante des moyens d’enregistrement au fil du XXe siĂšcle. Les premiers magnĂ©tophones Nagra apparaissent vers 1950 et, dix ans plus tard, la dĂ©mocratisation des moyens d’enregistrement et des voyages ouvre ce nouveau domaine d’exploration Ă  maints amateurs passionnĂ©s.

En juin 1998, dans la rubrique « The Primer », consacrĂ©e Ă  un genre musical illustrĂ© de rĂ©fĂ©rences discographiques, le magazine anglais The Wire avait sous la plume de Richard Henderson donnĂ© une vision trĂšs restrictive du field recording en le limitant Ă  son seul pan ethnomusicologique. Selon Galand, l’enregistrement de terrain consiste en trois vastes domaines aux frontiĂšres peu marquĂ©es. Dans son anthologie, avant de se livrer Ă  une sĂ©lection commentĂ©e de cent albums proposant autant de facettes possibles, il dĂ©finit dans une longue et passionnante introduction ces trois domaines : la captation des sons de la nature, celle de la musique des hommes, et la composition. Chacune des descriptions de ces sous-genres est conclue par une interview d’un de ses protagonistes les plus marquants. S’agissant de l’audio-naturalisme, l’auteur s’attarde sur les enregistrements de chants d’oiseaux de Ludwig Koch et donne la parole Ă  Jean C. RochĂ©. La section dĂ©diĂ©e Ă  l’ethnomusicologie nous fait voyager entre le gamelan de Bali, les cĂ©rĂ©monies mazatĂšques du champignon sacrĂ© au sud du Mexique et le New York de Moondog , s’attarde sur les travaux d’Alan Lomax, Deben Bhattacharya et Hugh Tracey et rappelle l’importance de labels comme Folkways, Dust-to-Digital, Topic, Ocora et Auvidis avant de poser quelques questions Ă  Bernard Lortat-Jacob. Enfin la partie consacrĂ©e Ă  la composition revient entre autres sur les Ɠuvres et les approches de Luigi Russolo, Pierre Schaeffer, Walter Ruttman, Luc Ferrari, Michelle Bokanowski, Chris Watson et sur les labels Lovely Music, Wergo, Touch, empreintes DIGItales et Bruit Clair, tout en laissant la conclusion Ă  Peter Cusack.

Cette curieuse et passionnante anthologie aborde avec une acuitĂ© stimulante les enjeux techniques, scientifiques et artistiques qui sous-tendent le field recording, multipliant les repĂšres historiques et les citations finement choisies pour dresser au final une cartographie infiniment prĂ©cise d’un champ artistique aussi fertile que mĂ©connu. Ainsi sommes-nous dĂ©sormais plus Ă  mĂȘme d’apprĂ©hender et comprendre voix et bruits, aussi infimes soient-ils, du monde dans lequel nous vivons.

MOUVEMENT

Christophe TAUPIN
MOUVEMENT.NET 19 DÉCEMBRE 2012

Qu'est-ce qu'un "field recording"?

Capter le blues du Mississippi, les flûtes du Rajasthan ou les chants des oiseaux
 une pratique décrite dans deux ouvrages passionnants.

Qu’est-ce qu’un « field recording » ? Deux livres, passionnants et complĂ©mentaires, cernent la question. Dans le premier, The land where the blues began, traduit prĂšs de vingt ans aprĂšs sa parution amĂ©ricaine, Alan Lomax raconte par le dĂ©tail comment, dĂšs les annĂ©es 1930, avec son pĂšre John, il a enregistrĂ© dans le delta du Mississippi des musiciens noirs aussi dĂ©munis que talentueux. Certains de ces bluesmen s’appelaient Son House, Leadbelly, Big Bill Broonzy, Muddy Waters. Il s’agissait de garder la trace, mĂȘme fugace, d’un foisonnement musical alors non reconnu, Ă  la fois primitif et sophistiquĂ©. Ce travail de dĂ©frichage a donnĂ© quantitĂ© de recueils et d’anthologies, qui forment une encyclopĂ©die vivante du folk et du blues, et continuent d’exercer leur influence aujourd’hui. Sous-titrĂ© L’Usage sonore du monde en 100 albums, en hommage Ă  l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier, l’ouvrage d’Alexandre Galand, Field Recording, Ă©largit la notion d‘« enregistrement de terrain ». Sa recension part d’une vision ethnographique pour dĂ©river jusqu’à la musique concrĂšte et aux « captations d’environnement sonore ». On y croise donc des chants d’oiseaux, des flĂ»tes du Rajasthan
 et les Prison Songs collectĂ©es par Alan Lomax.

TÉLÉRAMA

François GORIN
TÉLÉRAMA n°3286 5 JANVIER 2013

L'ART DU MICRO

Alan Lamb est chercheur en neurophysiologie. En 1976, il dĂ©couvre en pĂ©riphĂ©rie rurale de Perth, Australie, plus d’un kilomĂštre de fils tĂ©lĂ©phoniques abandonnĂ©s, soient douze poteaux et six fils dĂ©gainĂ©s. AgitĂ©s par le vent, ces fils produisent des sons, un chant de la rencontre entre une production humaine abandonnĂ©e et une Ă©nergie naturelle, autonome. Un baptĂȘme, « Faraway Wind Organ », des micros pour des heures d’enregistrement, les Ă©lĂ©ments Ă©tant sensibles Ă  des Ă©vĂšnements aussi subtils que le trot des pattes d’une araignĂ©e, et parmi d’autres rĂ©sultats, un disque brut, Archival Recordings sorti en 1995, aux deux longues pistes d’un drone nĂ© de reliques industrielles, hypnotique, dense, vivant.

Ce disque, avec quatre-vingt-dix-neuf autres, est prĂ©sentĂ© par Alexandre Galand dans Field Recording, L’Usage sonore du monde en cent albums, immersion dans l’univers des enregistrements dits de terrain. Une anthologie donc, mais aussi une introduction Ă©lĂ©gante, des interviews d’acteurs majeurs et qui permettent de saisir les trois principales dĂ©marches regroupĂ©es sous cet alias unique, audio-naturalisme, collecte ethno-musicologique, composition, et leurs fertiles interpĂ©nĂ©trations. Le style ne pĂšche jamais tant la phrase est alerte, vive, concise. Le nĂ©ophyte pris du minimum vital de curiositĂ© dĂ©sespĂ©rera vite de trouver le temps de localiser puis d’écouter l’intĂ©gralitĂ© des disques choisis, tant Galand sait transmettre la joie qu’il a Ă©prouvĂ©e Ă  la dĂ©couverte de chacun d’entre eux. Un micro, un enregistreur, un disque, et le monde est Ă  nouveau lĂ , devant soi, prĂȘt Ă  l’usage, prĂȘt Ă  la sauvegarde, pour qui veut s’en donner la peine.

ZONEGRISE

ZONE GRISE DÉCEMBRE 2012

TAPAGE NOCTURNE

Alexandre Galand était invité à participer à cette émission (lien vers le podacast ICI). Eric Serva chronique ainsi son ouvrage Field Recording :

“Le Field Recording si nous employons souvent cet anglicisme dans le monde musical je vous avoue qu’a chaque fois elle me gĂȘne un petit peu. Bien sĂ»r les habituĂ©s savent de quoi il retourne mais cette terminologie empruntĂ©e englobe tant de choses qu’on ne peut pas savoir, sans autres prĂ©cisions, de quel type de sons, de bruits ou de musiques il est question. J’ai toujours considĂ©rĂ© que, par opposition avec les musiques créées par l’homme, on pourrait peut-ĂȘtre parler de musiques du rĂ©el, celles des sons de la nature ou des villes avec tout ce qu’elles peuvent comporter comme diversitĂ©, avec ou sans une prĂ©sence humaine en arriĂšre plan, avec ou sans celle d’objets sonores. Mais Alexandre Galand prĂ©sente fort bien, sur plus de 300 pages, une vision trĂšs large du field recording qui inclue les enregistrement de voix, de chants et de danses. Vous y retrouverez donc dans le descriptif de cette discipline : Le travail d’audio-naturalistes, d’ethno-musicologues, de compositeurs de musique ainsi qu’une sĂ©lection (qui a du ĂȘtre un vĂ©ritable casse-tĂȘte tant la discographie est Ă©norme) d’une centaine de disques de rĂ©fĂ©rences agrĂ©ablement chroniquĂ©s. Tout cela est complĂ©tĂ© par une liste annexe de plus de 200 albums, une bibliographie et pas mal d’adresses de sites internet. Le voyage sonore est sans fin : Du Weather Report de Chris Watson qui nous emmĂšne au Kenya, en Ecosse, en Islande, Douglas Quin qui enregistre les grands silences de l’Antarctique, les magnifiques disques de chants d’oiseaux rĂ©alisĂ©s par Jean RochĂ©, Akin Fernandez qui nous fait dĂ©couvrir de trĂšs mystĂ©rieux messages captĂ©s sur les ondes courtes, les compositions de musiques concrĂšte de MichĂšle Bokanovski, de Pierre Henry, de Luc Ferrari ou de Moondog qui utilisent tour Ă  tour les sons du cirque, de la ville ou du quotidien, le Mali enregistrĂ© par Martine Tucker, les flĂ»tes du Rajasthan par GeneviĂšvre Dournon
 Ce livre est une mine d’une richesse et d’une diversitĂ© sonore passionnante et plus attrayante que la plupart des catalogues d’agences de voyages. Pour illustrer cet ouvrage, je vous propose d’entendre un petit mixe de sons de fauves et d’orage enregistrĂ©s au Kenya par Chris Watson au Kenya suivis de joueuses de Luth enregistrĂ©es aux Philippines par Boris Lelong pour l’association Altamira et quelques conversations captĂ©es sur les ondes et mises en musique par paddy McAloon sur son magnifique album intitulĂ© I Trawl the Megahertz.” (Eric Serva pour France Musique – dĂ©cembre 2012)

FRANCEMUSIQUE

ERIC SERVA
FRANCE MUSIQUE 28 DÉCEMBRE 2012

Dans W2 [1998-2008], Eric La Casa citait dĂ©jĂ  Nicolas Bouvier et L’Usage du Monde : « Certains pensent qu’ils font un voyage, en fait, c’est le voyage qui vous fait ou vous dĂ©fait. » Au tour aujourd’hui d’Alexandre Galand, ancienne plume du son du grisli mais plus encore docteur Ăšs MaĂźtres fous (autre hommage qui trahit chez l’homme un goĂ»t pour l’ethnologie mĂȘlant image et son) d’adresser une pensĂ©e Ă  Bouvier – et Ă  ses souvenirs de voyages recueillis sur Nagra dont traitait L’oreille du voyageur il y quelques annĂ©es – dans le sous-titre de l’ouvrage qu’il consacre aux enregistrements de terrain : Field recording.

Presque autant que le monde dont Bouvier fit l’usage, le champ est vaste et divisĂ© en plus en bien nombreuses parcelles (Ă©cologie, documentaire, crĂ©ation radiophonique, biographie, journalisme, musique
) : une grande introduction le rappelle, qui dit de quoi retourne l’exercice du field recording : Ă  dĂ©faut de dĂ©finition arrĂȘtĂ©e, une description large qui explore trois grands domaines : captation des sons de la nature, captation de la musique des hommes et composition.

PassĂ©e une brĂšve histoire de systĂšmes d’enregistrement que l’on peut emporter, voici que s’ouvre un livre que l’on dira « des Merveilles » pour Ă©voquer un autre voyageur d’importance. Traitant de nature, l’anthologie raconte d’abord les enregistrements d’oiseaux de Ludwig Koch et donne la parole Ă  Jean C. RochĂ©. Traitant d’ethnomusicologie, elle insiste sur les enregistrements faits « sur le terrain » de chants Ă  sauver Ă  jamais de l’oubli (fantĂŽmes d’Alan Lomax et d’Hugh Tracey) et interroge Bernard Lortat-Jacob. Traitant enfin de musique, elle retourne Ă  Russolo, Ruttman et Schaeffer, avant de mettre en lumiĂšre des disques signĂ©s Steve Reich, Luc Ferrari, Alvin Lucier, Bill Fontana, Eric La Casa, Kristoff K. Roll, BJ Nilsen, Aki Onda, Eric Cordier, Geir Jenssen, Laurent Jeanneau, Jana Winderen
 et de laisser Peter Cusack expliquer ses prĂ©occupations du jour.

A l’image du « field recording », le livre est protĂ©iforme, curieux et cultivĂ©. Il est aussi l’Ɠuvre d’un esthĂšte qui ne peut cacher longtemps que l’idĂ©e qu’il se fait du « beau » a eu son mot Ă  dire dans la sĂ©lection Ă©tablie. Non moins pertinente, celle-ci profite en plus et en consĂ©quence de citations littĂ©raires – de Rabelais Ă  Apollinaire – qui tombent toujours Ă  propos. Comme le fera ici, en guise de conclusion, cette sentence de Victor Hugo qui inspira Pierre Henry : « Tout bruit Ă©coutĂ© longtemps devient une voix. »

LE SON DU GRISLI

Guillaume BELHOMME
Le Son du grisli décembre 2012

BIG BANG !

Archipel épisode 2/2 consacré à Field Recording à réécouter ICI

BIGBANG

Anne Mattheeuws
MUSIQ3 - RTBF 3 DÉCEMBRE 2012

MAGMA

RecensĂ©s par le jeune historien belge Alexandre Galand, les disques prĂ©sentĂ©s dans ce nouvel ouvrage “Field Recording- L’Usage sonore du monde en 100 albums” (Editions le mot et le reste) tĂ©moignent d’une activitĂ© vaste et mĂ©connue. Ou comment rendre compte du monde qui nous entoure par l’oreille, le micro et la table de montage, des chants inuits aux cris des singes, en passant par le bruit des trains et le son des plantes.

Un reportage de 12 mn dans le cadre de l’émission Magma Ă  réécouter ICI

NICOLAS JULLIARD
RADIO TÉLÉVISION SUISSE 3 DÉCEMBRE 2012

Émission consacrĂ©e Ă  Field Recording

Le dimanche 25 novembre de 20.30 Ă  22.30 : prĂ©sentation du livre sur Radio Campus dans le cadre de l’émission MU // podcast disponible ICI

Radio Campus 25 novembre 2012

La Matinale de France musique

Le jeudi 22 novembre 2012, Christophe Bourseiller a eu un coup de cƓur pour l’ouvrage Field Recording. Il en parle dans sa matinale.

À réécouter ICI (coup de cƓur Ă  21 mn)

Christophe Bourseiller
FRANCE MUSIQUE 22/11/2012

BIG BANG !

Le 19 novembre dans l’émission BIGBANG !, SĂ©bastien Biset invitait Alexandre Galand pour son ouvrage “Fieldrecording, l’usage sonore du monde en 100 albums”.
Une émission à réécouter ICI

Sébastien Biset
MUSIQ3 - RTBF 19 NOVEMBRE 2012

FIELDS OF GOLD

Depuis la fin du XIXE siĂšcle, des hommes comme Alan Lomax et Chris Watson courent le monde, immortalisent le vent, le chant des prisonniers, des pĂȘcheurs et des baleines, l’enregistrement de terrain fait aujourd’hui l’objet d’un livre : FIELDRECORDING : L’USAGE DU MONDE EN 100 ALBUMS. Voyage voyage


Le field recording, c’est souvent l’histoire de mecs qui mettent leur micro lĂ  oĂč on risque de ne jamais glisser l’oreille. [
] Il n’est ni un genre ni une Ă©cole. Il est un ensemble de pratiques. Des pratiques qui s’intĂ©ressent Ă  des objets trĂšs diversifiĂ©s comme la vie quotidienne et domestique, la paysage sonore d’un lieu, d’un village, d’une rĂ©gion. [
] Ou plus largement, des situations rares voire exceptionnelles. Du moins Ă  nos tympans. [
] NĂ© en 1979, fascinĂ© par les musiques expĂ©rimentales te les relations de l’Homme avec son milieu de vie, Alexandre Galand est docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie. Il se passionne pour les disciplines artistiques de donnant le monde pour objet. Le cinĂ©ma documentaire, le rĂ©cit de voyage et le nature writing, la peinture de paysages mais aussi, donc, le field recording auquel le LiĂ©gois vient de consacrer un livre, Field Recording. L’Usage du monde en 100 albums.

“Le field recording, c’est la magie de la fugacitĂ©, explique-t-il. Quelque chose qu’on croise de maniĂšre relativement inopinĂ©e. Dans la vie de tous les jours ou dans des circonstances plus exotiques. DĂšs que le son est produit, il appartient au passĂ©. Avec ma formation d’historien, j’y suis extrĂȘmement sensible. Surtout dans le contexte actuel oĂč tout s’uniformise.“
[
]
Le Mot et le reste s’est fait une spĂ©cialitĂ© des bouquins qui nous promĂšnent dans des courants musicaux Ă  travers de savantes sĂ©lections de disques. Le LiĂ©geois Alexandre Galand se penche sur le field recording, l’enregistrement de terrain, et en recommande 100 plaques dĂ©cryptĂ©es aprĂšs une introduction historique explicative et trois interviews de spĂ©cialistes. Un peu brainly, certes, mais passionnant.

Julien Broquet
FOCUS VIF 16 novembre 2012