Field Recording - Nouvelle édition
L'usage sonore du monde en 100 albums
La réédition augmentĂ©e dâun ouvrage qui raconte comment certains ont cherchĂ© et sont parvenus Ă saisir le « chant du monde ».
Le chant de lâoiseau-lyre dâAustralie, les vents de Patagonie, les flĂ»tes sacrĂ©es âArĂ©â arĂ© des Ăles Salomon, les vibrations des bĂątiments de nos villes ou les louanges exaltĂ©es des pĂȘcheurs de perles de BahreĂŻn ne sont que quelques exemples des innombrables sons et musiques abordĂ©s dans cet ouvrage consacrĂ© Ă la pratique du field recording, de lâenregistrement de terrain. Tout au long du XXe siĂšcle, des hommes et des femmes ont parcouru le monde afin de capter des curiositĂ©s sonores pour des raisons scientifiques, patrimoniales et esthĂ©tiques. Ce sont des audio-naturalistes, des collecteurs de musique traditionnelle, mais aussi des compositeurs avides de dĂ©couvrir un nouveau matĂ©riau musical. Les microphones sont leurs outils, voire leurs instruments, lâĂ©coute est leur mĂ©thode dâapproche. En sortant du studio, ils prennent le risque de se confronter Ă lâimprĂ©visible, Ă lâincontrĂŽlable, au fragile parfois. Ils se nomment Alan Lomax, Chris Watson ou encore Luc Ferrari. Cent disques rendent ici compte de leur quĂȘte, toujours en cours, du « chant du monde ». Une riche introduction et trois interviews de figures majeures du field recording (Jean C. RochĂ©, Bernard Lortat-Jacob et Peter Cusack) complĂštent cette anthologie. Cette Ă©dition est augmentĂ©e de deux articles, dâune bibliographie mise Ă jour et dâune liste de 50 disques parus depuis 2012.
Revue de presse
Artistes, chercheurs et amateurs : ils mettent la beauté du monde sur écoute Thibaut Schepman Terra Eco 23 juin 2014
Field Recording, l'usage sonore du monde Jean-Jacques Birgé Mediapart 30 avril 2014
Le Field recording: geler et dégeler le chant du monde Jean-Luc Rieder RTS // Musique en mémoire 14, 15, 16, 17, 18 octobre 2013
Le Field Recording - Plein champ sur les sons du monde Traverses n°33 Juin 2013
Field Recording, L'usage sonore du monde en 100 albums Desartsonnants 28 février 2013
Voyage au coeur d'un océan de sons Maxence Grugier MCD mars - avril - mai 2013
Ouvert la nuit Alexandre Héraud France Inter 27 mars 2013
Field Music Julien Broquet Larsen Janvier-février 2013
Interview d'Alexandre Galand pour Field Recording Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine janvier fĂ©vrier 2013
Un jour sur la terre Yves Blanc émission PlanÚte Bleue, RTS 26 janvier 2013
LA MIXTAPE D'ALEXANDRE GALAND JOSEPH GHOSN blog
Radio Campus Rennes 13 janvier 2013
Enregistrer les chants d'oiseaux, une pratique entre art et science Arnaud Devillard SCIENCES ET AVENIR 4 janvier 2013
Conférence à la BeauHaus 16 décembre 2012
L'Atelier du son Thomas Baumgartner France Culture 14 décembre 2012
GLITCH ADRIEN LANDIVIER LE MOUV 24 NOVEMBRE 2012
Au sein des sons StĂ©phane DESCHAMPS LES INROCKUPTIBLES 10 DĂCEMBRE 2012
Balade dans des champs sonores Thomas BAUMGARTNER L'ATELIER DU SON - FRANCE CULTURE 14 DĂCEMBRE 2012
Tous les Ă©chos du monde Christophe TAUPIN MOUVEMENT.NET 19 DĂCEMBRE 2012
Qu'est-ce qu'un "field recording"? François GORIN TĂLĂRAMA n°3286 5 JANVIER 2013
L'ART DU MICRO ZONE GRISE DĂCEMBRE 2012
TAPAGE NOCTURNE ERIC SERVA FRANCE MUSIQUE 28 DĂCEMBRE 2012
Guillaume BELHOMME Le Son du grisli décembre 2012
BIG BANG ! Anne Mattheeuws MUSIQ3 - RTBF 3 DĂCEMBRE 2012
MAGMA NICOLAS JULLIARD RADIO TĂLĂVISION SUISSE 3 DĂCEMBRE 2012
Ămission consacrĂ©e Ă Field Recording Radio Campus 25 novembre 2012
La Matinale de France musique Christophe Bourseiller FRANCE MUSIQUE 22/11/2012
BIG BANG ! Sébastien Biset MUSIQ3 - RTBF 19 NOVEMBRE 2012
FIELDS OF GOLD Julien Broquet FOCUS VIF 16 novembre 2012
La rĂ©daction de Tsugi vous propose de dĂ©couvrir cinq albums usant de field recording â autrement dit, enregistrement de terrain â avec lâun des spĂ©cialistes de cette pratique, Alexandre Galand, historien de lâart et auteur du livre Field recording : lâusage sonore du monde en 100 albums.
En 2012, Alexandre Galand, auteur dâune thĂšse sur la peinture flamande du 16Ăšme siĂšcle et amateur de musique expĂ©rimentale, publie Field recording : lâusage sonore du monde en 100 albums (Ă©ditions Le Mot et Le Reste). Passionnant et fourni, lâouvrage dĂ©crypte les diffĂ©rentes pratiques de lâenregistrement de terrain, mettant Ă lâhonneur la musique que le monde produit et ceux qui avec patience et lenteur se frottent Ă ses notes imprĂ©visibles.
Cette annĂ©e, Alexandre Galand fait paraĂźtre cette une version augmentĂ©e de son livre, enrichie dâune bibliographie et dâune discographie Ă©tendue, ainsi que de deux essais inĂ©dits. En conviant la pensĂ©e de diffĂ©rents auteurs et autrices, lâauteur se concentre sur la question Ă©cologique alors que lâurgence de la crise climatique sâintensifie et quâaucun espace nâĂ©chappe au bruit des humains. Pour Tsugi, il nous livre et dĂ©crypte cinq albums, permettant de nous initier Ă la pratique du field recording.
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Mais tous ne cherchent pas forcement lâexotique ou la raretĂ©. « Les types et styles de captations sont trĂšs nombreux. Les audio-naturalistes enregistrent les sons de la nature, le mouvement de lâethnomusicologie collecte les musiques traditionnelles et il y a aussi beaucoup dâartistes et musiciens qui se servent des sons comme matĂ©riaux de composition », indique Alexandre Galand, docteur en histoire et auteur du passionnant ouvrage : Field recording : lâusage sonore du monde en 100 albums (Le mot et le reste, 2012).
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LIRE LâARTICLEDANSSONINTĂGRALITĂ
Le passionnant ouvrage dâAlexandre Galand paru sur la non moins excellente collection Formes de lâĂ©diteur Le Mot et le Reste mâouvre les yeux sur une pratique naturelle consistant Ă enregistrer sur le terrain aussi bien les ambiances que la musique. Lâusage sonore du monde en 100 albums se rĂ©fĂšre Ă©videmment au rĂ©cit de voyage de Nicolas Bouvier paru en 1963, qui inspira entre autres le cinĂ©aste StĂ©phane Breton pour sa collection de films ethnographiques. Si les dĂ©couvertes sont nombreuses parmi trois grandes sections, la captation des sons de la nature, celle des musiques des hommes et les compositions qui sâen emparent, on se perd un peu dans le classement Ă lâintĂ©rieur de chacune.
On peut aussi regretter lâabsence dâanalyse sur les motivations de tel ou tel compositeur Ă intĂ©grer des sĂ©quences documentaires dans ses fictions, dâautant que câest la partie la plus faible de lâintroduction alors que ces mĂ©langes occupent la majeure partie de lâouvrage. Quelle raison a chacun de se confronter au monde sonore en dehors dâun contexte musical ? Quelle diffĂ©rence sâexprime entre nature et culture ? La sĂ©lection trĂšs orientĂ©e âmusiques du mondeâ dans la seconde partie et âmusique Ă©lectro-acoustiqueâ dans la troisiĂšme (analogie avec le travail solitaire du preneur de son ?) en oublie les rockers et les jazzmen aux motivations fort diffĂ©rentes, tels RenĂ© Lussier (Le trĂ©sor de la langue dressant un pont entre le lâHistoire du QuĂ©bec et la musique), Frank Zappa (producteur de Wild Man Fisher, artiste de rue schizophrĂ©nique), Barney Wilen (Moshi, influence dâun voyage en Afrique, et Auto Jazz â Tragic Destiny Of Lorenzo Bandini, Ă©nergie de la course automobile), Colette Magny (Mai 68 avec les reportages de Chris Marker), parmi tant dâautres. Ce nâest pas seulement une question de choix, car lâabsence dâarticulations historiques qui ont pourtant fait le succĂšs de plusieurs ouvrages de la collection ne nous permet que de picorer ici et lĂ des informations, certes prĂ©cieuses. AprĂšs avoir interrogĂ© le spĂ©cialiste des chants dâoiseaux Jean C. RochĂ©, lâethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob et le musicien improvisateur Peter Cusack, Alexandre Galand nous offre nĂ©anmoins 100 pistes, autant dâalbums pour la plupart mĂ©connus, pour alimenter notre curiositĂ© dans ce domaine ouvert de lâĂ©coute sans frontiĂšres.
Chaque parcours est une invitation au voyage. Je me revois en 1966 arpentant le Maroc avec le petit magnĂ©tophone portable italien de ma sĆur, enregistrant les Gnaouas, les singes magots de la forĂȘt, les mĂ©dinas de FĂšs et Marrakech, afin de sonoriser le montage diapo de nos vacances. Trois ans plus tard je capturais le son du Festival dâAmougies, seul tĂ©moignage musical aujourdâhui accessible du premier festival de musique pop et jazz europĂ©en. Jâen profitai pour immortaliser lâambiance du public, les annonces de Pierre LattĂšs et les coups de gueule de Mouna. Il me faudra ensuite attendre de rentrer Ă lâIdhec en 1971 pour dĂ©velopper mes expĂ©riences sonores, encouragĂ© par lâenseignement de Michel Fano et AimĂ© Agnel. LâĂ©coute radiophonique de Luc Ferrari et Barney Wilen au Pop Club de JosĂ© Artur mâavaient dĂ©jĂ titillĂ©, mais la dĂ©couverte dâEdgard VarĂšse grĂące Ă Frank Zappa fut dĂ©terminante. Pour simplifier, merci John Cage, toute organisation de sons nâest-elle pas musique dĂšs lors que lâon signifie son dĂ©but et sa fin ? En 1975, DĂ©fense de, mon premier album, intĂšgre des bruitages et lâannĂ©e suivante Un drame musical instantanĂ© branchera le tĂ©lĂ©phone du studio sur la table de mixage de maniĂšre Ă incorporer les coups de fil reçus pendant nos improvisations ! Jâavais pris lâhabitude de diffuser des reportages sonores parmi les instruments comme les chiffres du loto dans Rideau ! (1980), On tourne (1981) entiĂšrement enregistrĂ© dans une usine de mĂ©taux, une partie de chasse dans Ne pas ĂȘtre admirĂ©. Ătre cru. (1982) et le mĂ©tro dans Lâhomme Ă la camĂ©ra (1983) avec le grand orchestre, le haras de Blois pour Les blancs jouent et gagnent (1987) ou le casino de Deauville pour le film Lâargent de Marcel LâHerbier (1988), etc. Les saynĂštes que compose la litanie de mes rĂ©pondeurs tĂ©lĂ©phoniques (1977-89), les radiophonies revendiquant leurs social soundscapes (1974-81) ou la Mascarade Machine (2010) transformant le flux hertzien en mĂ©lodies nâappartiennent-ils pas tout autant au genre du field recording ? En 1994 jâorganisai les bandes rapportĂ©es du Haut-Karabagh par Richard Hayon comme un carnet de notes, rĂ©cit de voyage oĂč ces Musiques du Front se jouaient dans les cimetiĂšres, les tranchĂ©es et les ruines. Jâai longtemps marchĂ©, un micro fichĂ© sur chaque oreille, mais aujourdâhui jâutilise un petit Nagra discret et compact. Sur scĂšne il mâarrive aujourdâhui dâutiliser les samples que Chris Watson a commercialisĂ© pour SonicCoutureâŠ
Le field recording devient un dĂ©cor de théùtre (prĂ©-Ă©tabli) oĂč se dĂ©roule lâaction (par exemple, improvisĂ©e), sa vĂ©racitĂ© documentaire permettant aux auditeurs de sâimmiscer dans des fictions imaginaires. Plus gĂ©nĂ©ralement composer des partitions sonores mĂȘlant bruits, voix et musiques mâa poussĂ© Ă considĂ©rer le field recording comme une composante essentielle de mon travail, et ce dans les trois cas citĂ©s par Galand, en enregistrant les bruits de la nature et des activitĂ©s humaines, en privilĂ©giant parfois des prises de son in situ, en intĂ©grant ces Ă©lĂ©ments Ă des compositions hybrides. MĂȘme le studio est chez moi un terrain particulier oĂč la vie quotidienne a sa place. Lâimprovisation y est pour beaucoup. Comme toute organisation sonore est musique, tout enregistrement devient ainsi field recording, pulvĂ©risant les frontiĂšres qui sĂ©parent le vivant du vĂ©cu.
La capture du son a toujours reprĂ©sentĂ© un fantasme : François Rabelais en 1552 dans Pantagruel dĂ©crit le gel de paroles et sons de champs de bataille qui peuvent ĂȘtre entendus lors du dĂ©gel au printemps suivant ; lâĂ©crivain Charles Sorel en 1632 dĂ©crit la capture du son dans des Ă©ponges.
Il faut attendre 1807 pour que la technologie commence Ă concrĂ©tiser ce rĂȘve : Thomas Young imprime les vibrations dâun diapason Ă la surface dâun cylindre rotatif couvert de noir de fumĂ©e.
Alexandre Galand est invitĂ© Ă prĂ©senter son ouvrage Field Recordings, LâUsage sonore du monde, et Ă discuter de cette pratique souvent mĂ©connue du grand public.
Au total, cinq Ă©missions autour de la discipline de lâenregistrement de terrain
Pour les réécouter, reportez-vous aux liens ci-dessous :
Le vent et lâeau sont-ils des instruments de musique ? Peut-on rĂ©duire lâenregistrement de joueuses de luth aux Philippines dans leur milieu naturel Ă un audio-reportage? Ă quoi bon garder cette captation grĂ©sillante et Ă peine audible dâun chant breton des annĂ©es 1910 ? Enregistrer dans un jardin japonais un rĂ©cipient mĂ©tallique enfoui sous les pierres qui amplifie les gouttes dâeau qui sây infiltrent suffit-il Ă faire un disque ? Capter les vibrations sourdes et les frĂ©quences basses du pergĂ©lisol (ou permafrost) permet-il dâĂ©tiqueter un disque comme Ă©tant de lâĂ©lectro-ambient ? Lâoiseau-lyre est-il meilleur imitateur que le Papou de Nouvelle-GuinĂ©e ?
Ces questions, parmi dâautres, sont au coeur de la pratique du « field recording », ou enregistrement de terrain. La naissance de cette pratique est consĂ©cutive Ă celle des systĂšmes dâenregistrement portables, qui ont fait perdre au studio son exclusivitĂ© en matiĂšre dâenregistrement. Depuis la fin du XIXe siĂšcle donc, le field recording nâa cessĂ©, sur le plan artistique, de gagner⊠du terrain !
Depuis quâon a les moyens de le capter dans son propre Ă©lĂ©ment, le « chant du monde » a engendrĂ© de nombreuses dĂ©marches de collecte sonore aux visĂ©es trĂšs diffĂ©rentes. On aurait donc bien tort rĂ©duire lâenregistrement de terrain Ă une simple fonction documentaire. De par la multitude des matĂ©riaux sonores quâil propose et le foisonnement de pratiques crĂ©atrices fondĂ©es sur ces matĂ©riaux quâil a engendrĂ©es, le field recording doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un vaste champ artistique Ă part entiĂšre.
Câest ce que sâest proposĂ© de dĂ©montrer Alexandre GALAND, docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie, dans ce livre dont le sous-titre, LâUsage sonore du monde en 100 albums, fait une judicieuse rĂ©fĂ©rence Ă un autre cĂ©lĂšbre ouvrage, LâUsage du monde, de lâĂ©crivain suisse Nicolas BOUVIER. PersonnalitĂ© majeure du rĂ©cit de voyage au XXe siĂšcle, BOUVIER fut aussi lâun des premiers « chasseurs de sons » non professionnels. Il a arpentĂ© les rĂ©gions quâil a traversĂ©es (Yougoslavie, Turquie, Iran, Pakistan, Afghanistan, Inde, Sri Lanka, JaponâŠ) muni dâun prototype de magnĂ©tophone Nagra (lâancĂȘtre de lâenregistreur numĂ©rique), et a enregistrĂ© les musiques quâil a entendues, de Zagreb Ă Tokyo. Tant sa vie que son oeuvre font de BOUVIER une figure tutĂ©laire de la philosophie que se doit dâadopter tout chasseur de son : se rendre disponible et se mettre Ă lâĂ©coute du voyage et du monde extĂ©rieur.
Dans la premiĂšre partie de son ouvrage, Alexandre GALAND retrace lâhistorique de la pratique du field recording, et dĂ©montre quâelle est indissociable de lâĂ©volution des techniques dâenregistrement. Plus lâenregistreur portable est devenu
souple et facile à manier, plus les enregistrements de terrain se sont multipliés, et ce dans différents domaines. Alexandre GALAND en distingue principalement trois.
Le premier est la captation des sons de la nature, ou audionaturalisme, et ses sous-divisions (la biophonie, qui traite des sons de la flore et de la faune, notamment les chants dâoiseaux et cris dâanimaux ; et la gĂ©ophonie, qui Ă©tudie les sons des phĂ©nomĂšnes climatiques, comme les orages, les vagues, les volcansâŠ). Lâauteur de Field Recording pointe dĂ©jĂ quelques problĂ©matiques liĂ©es Ă cette pratique, notamment celle de la prĂ©sence humaine dans la nature, et ses consĂ©quences. Fautil gommer toute trace sonore de manifestation humaine (genre bruits dâavion au-dessus dâune jungle) lorsquâon cherche Ă restituer les sons dâun environnement donnĂ© ou les cris dâune espĂšce animale prĂ©cise, au risque de crĂ©er un fantasme de monde « Ă©dĂ©nique » et inviolĂ© ?
Le deuxiĂšme est la captation des musiques des hommes, ou ethnomusicologie, dont lâauteur rappelle la gĂ©nĂšse et quâil distingue trĂšs clairement de la « world music ». GALAND Ă©voque quelques dates marquantes de la dĂ©couverte des musiques non-occidentales par les compositeurs contemporains et recense le travail de diffusion de quelques maisons de disques rĂ©putĂ©es dans la captation in situ de musiques traditionnelles (Folkways, Lyrichord, AIMP, Ocora, TopicâŠ). Dans ce domaine aussi, des questions Ă©pineuse surgissent, mettant en Ă©vidence lâantagonisme entre la fonction originairement sociale ou religieuse au sein dâun groupe culturel local de ces musiques traditionnelles et leur mise en pĂąture en tant quâobjets de consommation esthĂ©tique Ă Ă©chelle globale. Dans ce domaine comme dans celui de lâaudio-naturalisme pointe Ă©videmment le problĂšme fatidique (mais aussi tarte Ă la crĂšme) de lâauthenticitĂ© et de la « puretĂ© », rĂ©elle ou supposĂ©e, de la matiĂšre enregistrĂ©e.
Le troisiĂšme domaine du field recording recensĂ© par Alexandre GALAND est celui de la composition, dont Pierre SCHAEFFER fut un pionnier. Distinct des deux autres orientations Ă caractĂšre gĂ©nĂ©ralement plus scientifique, patrimonial ou documentaire, la pratique de la composition Ă base dâenregistrements de terrain a pris des tournures variĂ©es que GALAND recense : musique concrĂšte, Ă©cologie acoustique, paysage sonore, « sound mapping »⊠toutes procĂšdent des mĂȘmes principes (Ă©coute, enregistrement, traitement) et soulĂšvent de pertinentes questions sur lâacte mĂȘme dâenregistrer en tant que maniĂšre de composer, sur le choix de prĂ©server les sons captĂ©s tel quels dans une composition, ou de les transformer jusquâĂ les rendre mĂ©connaissables, afin paradoxalement de mieux restituer lâimpression subjective que la matiĂšre a laissĂ©e sur le « capteur », par exemple, etc.
En plus de tracer une perspective historique et de relever les questions tant Ă©thiques quâartistiques que soulĂšve chacun des trois genres de field recording quâil a dĂ©finis, Alexandre GALAND a tenu Ă©galement Ă interroger certains pratiquants de lâenregistrement de terrain. Chaque chapitre est ainsi complĂ©tĂ© par un entretien avec un spĂ©cialiste : Jean C. ROCHĂ pour la partie audionaturaliste, Bertrand LORTATJACOB pour lâethnomusicologie et Peter CUSACK
pour le domaine de la composition. Chacun fait part de la passion qui anime son travail, et du regard que la pratique du field recording lui a permis dâavoir sur le monde.
La division stylistique opĂ©rĂ©e par Alexandre GALAND permet au lecteur dâapprĂ©hender avec plus de clartĂ© la pluralitĂ© du domaine artistique que reprĂ©sente le field recording.
Mais lâauteur sâaccorde lui-mĂȘme Ă reconnaĂźtre que certaines oeuvres enregistrĂ©es peuvent relever dâun domaine comme dâun autre et que la frontiĂšre entre audio-naturalisme, ethnomusicologie et composition est dans certains cas trĂšs tĂ©nue, ou savamment effacĂ©e.
La seconde partie de lâouvrage, conformĂ©ment Ă son sous-titre, est constituĂ©e de 100 chroniques de disques quâAlexandre GALAND jugent primordiaux dans chaque domaine de field recording. Coassements de grenouilles, chants
dâoiseaux, brame de cerfs, chants de baleines et cris de singes se partagent la partie audio-naturaliste, oĂč lâon fait connaissance avec les enregistrements de Ludwig KOCH, Jean C. ROCHE, Roger PAYNE, Fernand DEROUSSEN, etc.
Chants de gorge inuits, chants de prisonniers américains, flûtes boliviennes, rajasthanaises ou mélanésiennes, gamelans indonésiens, polyphonies éthiopiennes, cérémonies tibétaines, chants pygmées, argentins ou ainous, jödel suisse, cloches suédoises, xylophones gabonais, tourneries de derviches et gongs cambodgiens figurent parmi les richesses sonores léguées par les cultures traditionnelles, captées par Alan LOMAX, John LEVY, David LEWISTON, Constantin BRAILOIU, Laurent JEANNEAU, Art ROSENBAUM, Deben BHATTACHARYA, Hugh TRACEY, Anne CHAPMAN, Hugo ZEMP, Tucker MARTINE ou François JOUFFA. Cette partie recense également un enregistrement de MOONDOG dans les rues de New York.
La partie « composition » est la plus riche en rĂ©fĂ©rences discographiques. On y croise Henri POUSSEUR, Alvin LUCIER, Steve REICH, Ăric LA CASA, Kristoff K. ROLL, CĂ©cile LE PRADO, Peter CUSACK, Luc FERRARI, Ăric CORDIER, Charlemagne PALESTINE, Francisco LOPEZ, Yann PARANTHOĂN, Pierre HENRY, Akio SUZUKI, MichĂšle BOKANOWSKI, Douglas QUIN, etc. Difficile de dire si, Ă travers ces rĂ©fĂ©rences, tous les sons du monde entier ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s, mais quand on voit que certains sont parvenus Ă capter des sons dans des zones infrĂ©quentables par lâhomme ou des sons inaudibles Ă lâoreille humaine, on rĂ©alise que le monde entier sâĂ©panouit dĂ©cidĂ©ment sur plusieurs plan de rĂ©alitĂ© !
Conscient que sa sĂ©lection est forcĂ©ment incomplĂšte et subjective, Alexandre GALAND a complĂ©tĂ© son livre dâune discographie supplĂ©mentaire et dâune bibliographie. On notera Ă©galement que chaque chapitre et mĂȘme quelques chroniques sont chapeautĂ©s par une citation livresque, rappelant ainsi que lâĂ©coute du monde a stimulĂ© de nombreuses muses littĂ©raires et poĂ©tiques Ă travers les Ă©poquesâŠ
Ă dĂ©faut dâĂȘtre une « bible » exhaustive (exercice aussi fastidieux quâimpossible), Field Recording, lâUsage sonore du monde en 100 albums sâavĂšre un guide introductif hautement recommandable pour dĂ©couvrir lâimmense variĂ©tĂ© des productions du genre. Et pour ceux qui voudraient aller plus loin, lâauteur tient Ă©galement un blog qui achĂšve de convaincre que, loin dâĂȘtre un « style de musique », le field recording est surtout un pourvoyeur de chants du monde et de champs magnĂ©tiques qui invitent Ă Ă©couter « autrement »âŠ
AprĂšs avoir lu, et mĂȘme et relu, le livre dâAlexandre Galand consacrĂ© au field recording, paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, je vous livre ici quelques notes et impressions.
Tout dâabord, le classement du genre en trois catĂ©gories adoptĂ© ici, sâil ne permet pas de faire entrer toutes les pratiques et esthĂ©tiques dans une boĂźte prĂ©cise, a le mĂ©rite de proposer des repĂšres assez lisibles, entre ethnomusicologie, audionaturalisme et composition (sonore et/ou musicale). Certes, les choses ne sont pas aussi Ă©tanches que cela, lâauteur le reconnaĂźt lui-mĂȘme, mais cette classification donne nĂ©anmoins une idĂ©e des pratiques oĂč mĂ©moire, patrimoine, recherche, Ă©cologie et paysage sonore, crĂ©ation artistique relĂšvent du socle commun des field recordings.
Outils, mĂ©thodes, technique, genre esthĂ©tique, lâouvrage ne cherche pas Ă enfermer lâobjet dâĂ©tude dans une approche qui se rĂ©vĂ©lerait assez vite rĂ©ductrice tant, selon les Ă©poques, les objectifs et les preneurs de sons, les field recordings empruntent Ă toutes ces dĂ©marches.
Le mot field recording reste lui-mĂȘme difficile Ă traduire, enregistrement de champ, de terrain, in situ, phonographies⊠ce qui conforte dâailleurs la pluralitĂ© de la chose.
Mais revenons en Ă lâouvrage dâAlexandre Galland. AprĂšs une courte et trĂšs pertinente introduction, ce dernier a choisi dâentamer son livre par trois interviews de spĂ©cialistes en la matiĂšre, reprĂ©sentant tour Ă tour lâapproche audionaturaliste avec Jean-Claude RochĂ©, ethno-musicologique, avec Bernard Lortat-Jacob et artistique avec Peter Cusak, tous trois praticiens reconnus de lâenregistrement de terrain.
Ces interviews nous permettent de saisir, par la voix de chasseurs de sons selon une expression rĂ©guliĂšrement employĂ©e il y a quelques annĂ©es, les enjeux et les passions qui animent des hommes dĂ©sireux de connaĂźtre un peu mieux leur Monde par lâoreille.
Le sous-titre mĂȘme mĂȘme de lâouvrage fait implicitement rĂ©fĂ©rence Ă lâextraordinaire rĂ©cit de voyage de Nicolas Bouvier, lequel emportera justement avec lui un des premier et mythique magnĂ©tophone Nagra, que lui confiera feu Stefan Kudelski en personne, son inventeur et constructeur.
Nous arrivons ensuite Ă la deuxiĂšme partie de lâouvrage, la plus consistante, puisquâelle nous propose 100 enregistrements, couvrant les trois approches dĂ©finies par lâauteur.
Jâai toujours un a priori Ă lire une sorte de catalogue discographique, genre parfois assez ennuyeux oĂč se succĂšdent descriptions et coups de cĆur, de façon parfois assez dĂ©cousue.
Et bien dans le cas de ce livre, trĂšs heureuse surprise, la lecture se vit comme un vĂ©ritable roman dâaventure, avec des expĂ©riences aux quatre coins du Monde, dans des villes contemporaines, des villages perdus dans des forĂȘts tropicales, sous les eaux, prĂšs des volcans. On y cĂŽtoient des artistes, chercheurs, historiens, des gens âde tous les joursâ des tribus menacĂ©es de disparition, voire disparues, des pratiques musicales propres Ă un lieu, une culture, des rites sacrĂ©s, des communications animales, des expĂ©rimentations musicales et sonoresâŠ
On voit comment certains tentent de rester au plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© alors que dâautres puisent de la matiĂšre sonore pour la retravailler et la recomposer parfois assez radicalement.
Lâanthropologie, la sociologie, lâhistoire, les nouvelles technologies, lâexpĂ©rimentation sonore et artistique se dĂ©ploient sous nos yeux, et quasiment sous nos oreilles tant jââai eu lâimpression dâentendre autant que de lire ces pages, dans une incroyable variĂ©tĂ© de gestes et de postures, dâimages visuelles et sonores.
Il y a lĂ de la magie, du dĂ©paysement, de lâexotisme, sans pour autant que lâauteur ne donne dans lâemphatique, ou ne nous assĂšne des idĂ©ologies prĂ©digĂ©rĂ©es. On sent dans ses Ă©crits Ă la fois une formidable passion pour le sujet et une sorte de pudeur pour ne pas trop envahir le sujet du moi personnel. La couverture spacio-temporelle du livre est aussi large que la variĂ©tĂ© des pratiques et des expressions artistiques citĂ©es.
Tout est clair, documentĂ©, et donne envie de réécouter des enregistrements parfois endormis sur les rayons dâune armoire, voire de courir en acheter dâautres.
Comme vous lâaurez sans doute compris, jâai beaucoup aimĂ© ce livre qui est devenu pour moi, en peu de temps, une rĂ©fĂ©rence sur un sujet jusque lĂ peu ou pas traitĂ© en langue française, en mĂȘme temps quâun livre de chevet, voire de voyage, dans lequel je navigue rĂ©guliĂšrement au grĂ© des Ă©poques et des usages sonores du monde.
Domaine particulier au sein de la production sonore, le âField recordingâ fut dâabord le fruit dâune approche scientifique et technique visant Ă collecter les sons du monde avant sâĂȘtre une dĂ©marche esthĂ©tique et artistique usant de ces mĂȘmes sons comme de matĂ©riaux crĂ©atifs. Au fil du temps, lâune comme lâautre ont remis les bruits du monde au centre de la crĂ©ation. La parution de Field Recording, lâusage sonore du monde aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, est lâoccasion de se pencher sur ce quâil est rĂ©ellement convenu dâappeler â depuis la naissance de la musique concrĂšte dans les annĂ©es 50, puis de lâambient dans les 70âs, du hip hop, et de lâapparition du sampleur dans les annĂ©es 90 â âlâart du Field Recordingâ.
[âŠ] DĂšs le dĂ©part le Field Recording se prĂ©sente comme un caste champ opĂ©ratoire composĂ© dâenjeux et de finalitĂ©s aussi riches que variĂ©s. Sur ce plan le livre dâAlexandre Galand, Field Recording, lâusage sonore du monde en 100 albums, est une vĂ©ritable mine dâenseignements. Lâauteur insiste â Ă raison â sur cette dichotomie, scientifique/artistique, qui sâavĂšre complĂ©mentaire au fil du temps. ComposĂ© dâun long essai historiographique, de trois interviews (Jean C. RochĂ©, Bernard Lortat-Jacob et Peter Cusack) et dâune solide discographie, cet ouvrage est une premiĂšre en langue française et une excellente entrĂ©e en matiĂšre pour lâamateur souhaitant se plonger dans cet ocĂ©an de sons.
Alexandre Galand sera lâinvitĂ© de lâĂ©mission Ouvert la nuit pour parler de son ouvrage Field Recording // Podcast disponible ICI
PassionnĂ© par les disciplines artistiques se donnant le monde pour objet, le LiĂ©geois Alexandre Galand vient de publier un livre tout entier dĂ©diĂ© Ă lâenregistrement de terrain. Field Recording. LâUsage sonore du monde en 100 albums vient de paraĂźtre chez Le Mot et le Reste et raconte ces grand curieux qui immortalisent les chants des prisonniers, des PygmĂ©es, des singes, du vent et des grenouilles.
Sorti en 1979 du ventre maternel, docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie, Alexandre Galand se passionne depuis un bout de temps dĂ©jĂ pour les disciplines artistiques se donnant le monde pour objet. Le cinĂ©ma documentaire et le rĂ©cit de voyages. Le nature writing et la peinture de paysages⊠Pas Ă©tonnant que le LiĂ©geois consacre un livre Ă lâenregistrement de terrain.
[âŠ] Lâenregistrement de terrain naĂźt Ă la fin du XIXe siĂšcle avec lâapparition de matĂ©riel dâenregistrement de plus en plus facile Ă transporter. Le studio perd alors de sa fatalitĂ© et lâhomme peut partir par les chemins pour capter quantitĂ© de musiques et de sons, explique Alexandre Galand dans son passionnant ouvrage.
[âŠ] Comment un Belge relativement inconnu au bataillon finit-il par publier un livre sur un sujet a priori aussi incongru chez Le Mot et le Reste, lâune des toutes meilleures maisons dâĂ©dition françaises en matiĂšre dâĂ©crits musicaux. Je me suis retrouvĂ© sans emploi pendant quelques mois aprĂšs ma thĂšse de doctorat, se souvient Alexandre. Je tenais Ă rentabiliser le temps Ă ma disposition et je me suis mis en tĂȘte dâĂ©crire sur le sujet. Gamin, je mâintĂ©ressais Ă lâornithologie et aux chants dâoiseaux. Je me suis par la suite, pendant mes Ă©tudes, penchĂ© sur les relations de lâhomme avec son milieu de vie et me suis pris de passion pour les musiques expĂ©rimentales. Jâavais dĂ©jĂ un peu tĂątĂ© de lâĂ©criture en collaborant avec La MĂ©diathĂšque sur Archipel (le site web consacrĂ© aux musiques inclassables). Jâai dĂšs lors tout simplement, comme on jette une bouteille la mer, contactĂ© ce chouette Ă©diteur.
Un chouette Ă©diteur pour un livre fascinant qui vous fera Ă©couter dâune autre oreille le monde qui nous entoure et regarder dâun autre oeil les farfelus du son comme ceux croisĂ©s chaque annĂ©e Ă Mons le temps de City Sonic, le festival des arts sonores.
DĂšs que les Ă©volutions techniques lâont permis, lâhomme sâest mis Ă capter le monde, enregistrer le rĂ©el, prĂ©server la mĂ©moire. De ces milliers de disques basĂ©s sur des prises de son en direct, Alexandre Galand a effectuĂ© une sĂ©lection mĂ©ticuleuse pour nâen garder que cent, un exercice de âbest-ofâ Ă la fois ludique et contraignant, permettant nĂ©anmoins dâarrĂȘter le temps et de poser un regard rĂ©trospectif sur tout ce qui a Ă©tĂ© dĂ©jĂ accompli dans ce domaine, avec tout le diversitĂ© qui le caractĂ©rise. Notre environnement fourmille en effet de vibrations fascinantes dĂšs quâon dĂ©cide dâen avoir une Ă©coute concentrĂ©e.
DâoĂč tâes venu cet intĂ©rĂȘt pour les pratiques sonores et quand est-ce quâa germĂ© lâidĂ©e dâun ouvrage sur le sujet?
Plus jeune, je pratiquais lâornithologie et une partie de lâapprentissage de ce loisir consistait en lâĂ©coute de cassettes et disques de chants dâoiseaux. Ces sĂ©ances sâapparentaient souvent Ă un vrai plaisir grĂące aux talents musicaux des volatiles. [âŠ] De fil en aiguille je me suis familiarisĂ© avec des pratiques musicales qui mettent en question les relations que lâhomme entretient avec le paysage, avec le monde animal ou mĂȘme avec des sons dâorigine industrielle. LâidĂ©e dâĂ©crire un livre sur ces pratiques correspond Ă une envie de contrainte afin dâen savoir plus, avant tout dans un but personnel.
[âŠ]
Le choix de diviser le livre et la pratique du field recording en trois catĂ©gories (les audionaturalistes, les ethnomusicologues, puis ceux qui composent avec ce matĂ©riau) tâa-t-il aidĂ© dans ton approche ou cette dichotomie prĂ©sentait-elle certaines contraintes?
Il fallait clarifier le propos pour ne pas fournir une liste qui ne soit quâune accumulation de coups de coeur. Les deux premiĂšres sections se penchent ainsi sur des enregistrements de terrain oĂč le capteur de sons est lĂ pour transmettre, pour jouer le rĂŽle de passeur entre lâĂ©vĂ©nement sonore et âauditeur ultĂ©rieur. Son intervention devrait ainsi ĂȘtre la plus neutre possible. [âŠ] Je me suis pourtant rendu compte, en Ă©crivant, que cette prĂ©tendue neutralitĂ© qui serait une des marques des collecteurs de sons de la nature et de musiques traditionnelles nâĂ©tait quâun leurre. Tout acte dâenregistrement procĂšde de choix.
Suite de lâinterview âiciâ : http://www.obskuremag.net/articles/alexandre-galand-le-field-recording-interview-bonus-obskure-mag-13/
La couverture du livre âField recordingâ. [Le mot et le reste]
Cette semaine, âLa PlanĂšte Bleueâ va vous prĂ©senter un livre absolument formidable, âField recording, lâusage sonore du mondeâ, un bouquin Ă©tonnant et rare sur lâenregistrement de terrain.
A 100â000 annĂ©es-lumiĂšre de la daube marketĂ©e de prĂšs quâon nous fourgue en essayant de nous faire croire que câest de la musique, ce livre recense une centaine dâalbums exceptionnels, enregistrĂ©s dans la rue, dans la forĂȘt ou sous la mer.
Pour réécouter lâĂ©mission, câest ICI
En plus dâĂȘtre aux commandes du blog Les Maitres Fous, Alexandre Galand a sorti rĂ©cemment un livre dĂ©jĂ classique, ne serait-ce quâĂ cause de son statut si singulier, qui traite des disques de field recordings â enregistrements de terrain, qui reproduisent les bruits du monde. Alexandre en a fait un guide dense et labyrinthique, car de cette pratique qui semble rĂ©servĂ©e aux explorateurs scientifiques, sâest dĂ©veloppĂ©e une multitude de possibilitĂ©s sonores, musicales, concrĂštes, au-delĂ du geste documentaire pur. Son livre, donc, Field Recording, lâusage sonore du monde en 100 albums (Le Mot Et Le Reste, qui est par ailleurs lâĂ©diteur de deux de mes livres), est un prĂ©cieux guide de dĂ©couvertes, une cartographie au sein dâun amoncellement dâenregistrements cherchant dĂ©jĂ eux-mĂȘmes Ă Ă©tablir une carte sonore du monde. A ma demande, Alexandre a fait une mixtape, expliquĂ©e ainsi : » La thĂ©matique de cette compilation est lâinaudible. Perturbations Ă©lectromagnĂ©tiques dans la ionosphĂšre, cris dâanimaux aquatiques ou de chauves-souris, fonte des glaces du Lac BaĂŻkal ou encore vibrations de fils tĂ©lĂ©phoniques dans le dĂ©sert australien, tous ces sons ne peuvent ĂȘtre perçus par lâhomme sâil nâuse dâun Ă©quipement technique adaptĂ© (microcontacts, hydrophonesâŠ). Ce terrain de lâinaudible, immense et dâune richesse insoupçonnĂ©e, est explorĂ© inlassablement par quelques artistes qui parviennent Ă en rĂ©vĂ©ler la beautĂ© musicale. En cela, ils contribuent à « mettre en morceaux le jeu consolant des reconnaissances » de nos modes dâĂ©coute, ce qui est peut-ĂȘtre une des qualitĂ©s principales du field recording. En accompagnement, une briolĂ©e aux bĆufs berrichonne et un jodle du Muotatal donnent Ă penser une autre forme dâinaudible, de par la disparition des modes dâĂȘtre qui les faisaient vivre⊠»
Merci Ă lui pour ces choix, son livre et les morceaux qui suivent :
Solo Whale, Roger Payne, Songs of the Humpback Whale (1970, BGO, 2001)
Sferics, Alvin Lucier, Sferics (1982, Lovely Music, 2009)
Primal Image, Alan Lamb, Archival Recordings (Dorobo, 1995)
At the Sea Ice Edge, Douglas Quin, Antarctica (Wild Sanctuary, 1998)
Bottle at Mountain Road, Toshiya Tsunoda, Extract from field recording archive #2 (HĂ€pna, 1999)
Baikal Ice Flow Split 2, Peter Cusack, Baikal Ice (Spring 2003) (ReR Megacorp, 2004)
Magnetic Nets, Christina Kubisch, Interpreting the Soundscape (Leonardo Music Journal, 2006)
Isolation/Measurement, Jana Winderen, Energy Field (Touch, 2010)
P. pispistrellus/M. daubentonii, Michel Barataud â Ballades dans lâinaudible. MĂ©thode dâidentification acoustique des Chauves-souris de France (Sittelle, 1996)
Ferdinand Brunot, Briolée aux boeufs, 1913.
« JĂŒĂŒzli » Jodel du Muotatal. Suisse (Hugo Zemp, 1979, Collection du CNRS et du MusĂ©e de lâHomme, Chant du Monde)
A écouter par ici.
Chronique sur lâouvrage FIELDRECORDING Ă partir de 23â. Une Ă©mission Ă Ă©couter ICI
Dans le livre âField recordingâ, Alexandre Galand explore la pratique de lâenregistrement des sons de la nature ou de musiques traditionnelles. Interview.
SHAMA. En 1889, le phonographe Edison existe depuis une douzaine dâannĂ©es. Câest avec cet appareil que le tout premier enregistrement connu du chant dâun oiseau est rĂ©alisĂ© par⊠un enfant de huit ans ! LâAllemand Ludwig Koch, futur preneur de son spĂ©cialiste de lâenregistrement de chants dâoiseaux et de sons urbains, avait en effet lâhabitude de traĂźner son phonographe dans la mĂ©nagerie familiale. Il capta ainsi le chant dâun shama Ă croupion blanc, inaugurant de ce qui allait devenir une vĂ©ritable discipline : lâaudio-naturalisme.
Alexandre Galand, docteur en histoire, art et archĂ©ologie, dĂ©taille cette pratique mĂ©connue dans un livre, Field recording. Enregistrements de la faune (biophonie), bruit de la pluie, du vent, des volcans, des vagues (gĂ©ophonie), sans oublier les captations de musiques du monde entier, dans les Ăźles du Pacifique, chez les Inuits, au Rajasthan ou dans le Mississippi, lâexercice se situe Ă la croisĂ©e de la dĂ©marche artistique et scientifique.
Sciences et Avenir: A la lecture de votre livre, les disques de chants dâoiseaux semblent avoir dâabord une vocation artistique. Ont-ils aussi une visĂ©e scientifique ?
Alexandre Galand: Lâaudio-naturalisme sâest principalement dĂ©veloppĂ© en dehors du cadre de la recherche acadĂ©mique. La dimension artistique de cette pratique paraĂźt Ă©vidente : on nâenregistre et on nâĂ©dite pas de la mĂȘme maniĂšre un chant dâoiseau, le brame du cerf ou le roulement des vagues. Cela dit, lâaudio-naturalisme relĂšve de plusieurs domaines scientifiques : la biologie, lâacoustique ou la gĂ©ographie, et lâaudio-naturaliste est souvent un bon naturaliste avant tout.
Les disques engendrĂ©s peuvent donc ĂȘtre Ă©coutĂ©s pour le loisir, lâĂ©vasion, mais aussi participer dâune prise de conscience des problĂšmes Ă©cologiques de notre temps. Sans oublier la portĂ©e Ă©ducative; je pense aux guides conçus pour apprendre Ă reconnaĂźtre les chants et cris dâoiseaux.
SetA: De tels enregistrements ont-ils suscité de réelles découvertes ?
AG: Câest en tout cas un terrain dâĂ©tudes trĂšs fertiles. Il suffit pour sâen rendre compte de consulter la revue Bioacoustics.
Il faut aussi mentionner lâexistence de la zoomusicologie. Cette discipline, contestĂ©e, Ă©tudie les aspects musicaux des productions acoustiques animales : les structures, les rĂ©pĂ©titions ou encore la durĂ©e des intervalles des cris et chants animaux.
Pour les domaines qui mâintĂ©ressent, câest-Ă -dire ceux du disque et des interpĂ©nĂ©trations entre art et science, je retiens le cas du compositeur californien David Dunn. Pour son disque The Sound of Light in Trees, il a conçu un systĂšme dâenregistrement de trĂšs petite taille afin de rĂ©vĂ©ler le paysage sonore de lâintĂ©rieur dâun pin Ă pignons, un arbre du nord du Nouveau-Mexique. Dunn souligne alors un problĂšme Ă©cologique majeur : la prolifĂ©ration des scolytes. Ces colĂ©optĂšres xylophages consomment habituellement le bois des arbres les plus faibles et participent ainsi Ă la rĂ©gĂ©nĂ©ration des forĂȘts. Or, avec le changement climatique entraĂźnant des hivers plus chauds, ces insectes ont tendance Ă se multiplier et Ă dĂ©cimer des forĂȘts entiĂšres. Dunn a collaborĂ© avec des agents forestiers afin de localiser les populations dâinsectes sur le point de sâactiver, en se fondant sur leur production sonore. Ce travail a permis de prendre des mesures pour freiner lâexpansion des colonisateurs.
SetA: Et dans le domaine des musiques traditionnelles ?
AG: LĂ , lâorigine de la captation de musiques sur le terrain (field recording, en anglais, ndlr), est directement liĂ©e au domaine scientifique. Jusquâaux annĂ©es 1950 et 1960, ce sont presque uniquement des ethnomusicologues qui enregistrent. La pratique nâest pas encore disponible pour le tout venant, notamment en raison du coĂ»t des appareils que seules des institutions officielles peuvent prendre en charge.
SetA: Que recherche lâethnomusicologue ?
AG: Il serait difficile de le rĂ©sumer en quelques phrases, mais disons que lâethnomusicologie sâintĂ©resse notamment aux origines de la musique (qui dâaprĂšs certains serait apparue avant le langage). Quâest-ce qui, parmi les diffĂ©rentes productions sonores humaines, peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme de la musique, et par qui ? Existe-t-il des universaux, câest-Ă -dire des traits communs Ă des groupes humains parfois trĂšs Ă©loignĂ©s gĂ©ographiquement, dans la pratique, la maniĂšre de penser et les structures de la musique ?
Avec des gens comme Alan Lomax, Hugh Tracey ou Deben Bhattacharya apparaissent ensuite des collecteurs de musiques non plus seulement intĂ©ressĂ©s par leur portĂ©e scientifique, mais aussi par leur valeur patrimoniale et leur capacitĂ© Ă susciter lâĂ©motion. Transmettre ces musiques vers un plus large public est dâune importance capitale.
SetA: CĂŽtĂ© technique, on est passĂ© du phonographe au nagra et aujourdâhui aux enregistreurs numĂ©riques. Cette Ă©volution vers plus de maniabilitĂ© a-t-elle fait Ă©voluer le « field recording », tant dans sa pratique que dans ses contenus ?
AG: Jusquâau milieu du 20e siĂšcle, la durĂ©e dâun enregistrement au phonographe est trĂšs limitĂ©e. Avec lâinvention du magnĂ©tophone, mais aussi avec les disques 33-tours de longue durĂ©e, on a pu donner une meilleure idĂ©e de ces sons et musiques et de leur contexte dâexĂ©cution.
Il reste que lâusage du matĂ©riel le plus sophistiquĂ© nâest jamais une garantie de rĂ©ussite artistique. Dans lâenregistrement de terrain, lâĂ©coute est une Ă©tape primordiale. Savoir rĂ©agir de maniĂšre sensible, parfois intuitive, Ă lâirruption de phĂ©nomĂšnes sonores intĂ©ressants est tout aussi important. La technique ne favorise en rien ces aptitudes.
SetA: Vous expliquez quâil existe de moins en moins dâespaces vierges, que les captations de sons de la nature sont souvent parasitĂ©es par la prĂ©sence humaine. Faut-il la gommer ? Dâautant que le numĂ©rique facilite les choses..
AG: La possibilitĂ© de manipuler des sons nâa pas attendu le numĂ©rique pour se dĂ©velopper. Echantillonner des disques, dĂ©couper la bande magnĂ©tique, accĂ©lĂ©rer ou dĂ©cĂ©lĂ©rer, ajouter des effets : tous ces procĂ©dĂ©s existent depuis des dĂ©cennies.
Dans le cadre de lâaudio-naturalisme, lâopĂ©rateur doit au minimum restituer des enregistrements respectant la cohĂ©rence Ă©cologique (cohabitation des espĂšces). Pour le reste, gommer la prĂ©sence humaine est impossible, lâenregistrement lui-mĂȘme est dĂ» Ă la prĂ©sence et Ă lâaction dâun audio-naturaliste ! Ensuite, en occultant les bruits dâorigine anthropique (rumeur urbaine, moteurs dâavions), ne risque-t-on pas de transmettre un fantasme de nature plutĂŽt que sa rĂ©alitĂ©, mĂȘme si celle-ci est dĂ©cevante ? Ce choix revient Ă lâopĂ©rateur.
LIRE. Alexandre Galand, Field recording, lâusage sonore du monde en 100 albums, Le mot et le reste, 2012, 312 pages.
ECOUTER. Le catalogue de Frémeaux et Associés Editeur proposent, entre autre, des disques de sons de la nature et de musiques traditionnelles. Le site Naturophonia vend en téléchargement plus de 230 sons.
- Le 16 décembre, de 15.00 à 18.00, conférence à la BeauHaus http://www.beaubeau.be/neuf/ à Bruxelles.
- Le 14 dĂ©cembre Ă 23.00, LâAtelier du son sur France Culture podcast ICI
Rien Ă voir avec cette Ă©mission freak out! iet câest bien comme ça, Glitch recommande Ă©galement la lecture de Field recording, lâusage sonore du monde en 100 albums par Alexandre Galand sorti ce mois ci aux Ă©ditions Le mot et le reste⊠PASSIONNANT !
Deux livres et un double CD pour mieux comprendre le travail des explorateurs de sons, aujourdâhui tellement vĂ©nĂ©rĂ©s par les âvinyl diggersâ.
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Dans un autre livre qui vient de paraĂźtre, Filed Recording â lâusage sonore du monde en 100 albums, il est bien sĂ»r question dâAlan Lomax. Ce passionnant bouquin dâAlexandre Galand prĂ©sente, via des disques et des entretiens, les diffĂ©rentes formes dâenregistrements de terrain â depuis les bibliothĂšques sonores de cris dâanimaux jusquâaux oeuvres de musique concrĂšte en passant par les musiciens de rue et de folk. Une mine dâidĂ©es shopping pour les vinyl diggers.
Field recording. Aujourdâhui cette anglo-saxonne expression, quâon ne saurait traduire par âpaysage sonoreâ (cf. les commentaires ci-dessous), mais quâon peut entendre comme âenregistrement de plein champâ ou âenregistrement de terrainâ, devient un mot de passe. Mode ou consĂ©quence des Ă©volutions techniques, de nombreux artistes se rĂ©clament aujourdâhui du field recording. Il est temps dâen parler pour savoir ce quâil y a dâartistique Ă enregistrer une route, une rue, un chemin ou des oiseaux. Outil ou genre? MĂ©thode ou fin en soi? Alexandre Galand, auteur de Field recording, lâusage sonore du monde en 100 albums, aux Ă©ditions Le Mot et le Reste (oĂč il convoque notamment la figure de lâĂ©crivain-voyageur Nicolas Bouvier), est avec nous pour nous aider Ă rĂ©pondre de maniĂšre illustrĂ©e. Le compositeur et artiste sonore Pali Meursault, dont la prochaine piĂšce Offset est bientĂŽt disponible, est lĂ aussi. On sâappuie sur les productions de son label Universinternational, qui existe depuis dix ans.
Pour réécouter lâĂ©mission, cliquez ICI
LâATELIER DU SON â FRANCECULTURE
PubliĂ©e chez Le Mot Et Le Reste, lâanthologie Field Recording, lâusage sonore du monde en 100 albums dâAlexandre Galand nous invite Ă croiser les chemins de zoologistes preneurs de sons, dâethnologues luttant contre lâoubli et de porteurs de microphones dont les diverses approches convergent dans un dĂ©sir commun de restituer lâinĂ©puisable richesse de notre environnement sonore.
La fascination des hommes pour les sons qui les entourent et leur reproduction remonte Ă la nuit des temps. Alexandre Galand illustre ce vieux fantasme en citant François Rabelais qui dans le Quart-Livre (1552) fait assister Pantagruel au « gel » puis au « dĂ©gel », le printemps suivant, des paroles et autres bruits entendus sur le champ de bataille. Fixer les sons pour les rĂ©pĂ©ter et les comprendre, mais Ă©galement pour les archiver. La possibilitĂ© dâimmortaliser ces prĂ©cieux bruits ne verra le jour quâĂ la fin du XIXe siĂšcle, avancĂ©es techniques aidant, avec le phonographe dâEdison. Comme lâexplique Galand, lâenregistrement de terrain (field recording), a germĂ© et Ă©voluĂ© en parallĂšle des innovations techniques et de la portabilitĂ© croissante des moyens dâenregistrement au fil du XXe siĂšcle. Les premiers magnĂ©tophones Nagra apparaissent vers 1950 et, dix ans plus tard, la dĂ©mocratisation des moyens dâenregistrement et des voyages ouvre ce nouveau domaine dâexploration Ă maints amateurs passionnĂ©s.
En juin 1998, dans la rubrique « The Primer », consacrĂ©e Ă un genre musical illustrĂ© de rĂ©fĂ©rences discographiques, le magazine anglais The Wire avait sous la plume de Richard Henderson donnĂ© une vision trĂšs restrictive du field recording en le limitant Ă son seul pan ethnomusicologique. Selon Galand, lâenregistrement de terrain consiste en trois vastes domaines aux frontiĂšres peu marquĂ©es. Dans son anthologie, avant de se livrer Ă une sĂ©lection commentĂ©e de cent albums proposant autant de facettes possibles, il dĂ©finit dans une longue et passionnante introduction ces trois domaines : la captation des sons de la nature, celle de la musique des hommes, et la composition. Chacune des descriptions de ces sous-genres est conclue par une interview dâun de ses protagonistes les plus marquants. Sâagissant de lâaudio-naturalisme, lâauteur sâattarde sur les enregistrements de chants dâoiseaux de Ludwig Koch et donne la parole Ă Jean C. RochĂ©. La section dĂ©diĂ©e Ă lâethnomusicologie nous fait voyager entre le gamelan de Bali, les cĂ©rĂ©monies mazatĂšques du champignon sacrĂ© au sud du Mexique et le New York de Moondog , sâattarde sur les travaux dâAlan Lomax, Deben Bhattacharya et Hugh Tracey et rappelle lâimportance de labels comme Folkways, Dust-to-Digital, Topic, Ocora et Auvidis avant de poser quelques questions Ă Bernard Lortat-Jacob. Enfin la partie consacrĂ©e Ă la composition revient entre autres sur les Ćuvres et les approches de Luigi Russolo, Pierre Schaeffer, Walter Ruttman, Luc Ferrari, Michelle Bokanowski, Chris Watson et sur les labels Lovely Music, Wergo, Touch, empreintes DIGItales et Bruit Clair, tout en laissant la conclusion Ă Peter Cusack.
Cette curieuse et passionnante anthologie aborde avec une acuitĂ© stimulante les enjeux techniques, scientifiques et artistiques qui sous-tendent le field recording, multipliant les repĂšres historiques et les citations finement choisies pour dresser au final une cartographie infiniment prĂ©cise dâun champ artistique aussi fertile que mĂ©connu. Ainsi sommes-nous dĂ©sormais plus Ă mĂȘme dâapprĂ©hender et comprendre voix et bruits, aussi infimes soient-ils, du monde dans lequel nous vivons.
Capter le blues du Mississippi, les flûtes du Rajasthan ou les chants des oiseaux⊠une pratique décrite dans deux ouvrages passionnants.
Quâest-ce quâun « field recording » ? Deux livres, passionnants et complĂ©mentaires, cernent la question. Dans le premier, The land where the blues began, traduit prĂšs de vingt ans aprĂšs sa parution amĂ©ricaine, Alan Lomax raconte par le dĂ©tail comment, dĂšs les annĂ©es 1930, avec son pĂšre John, il a enregistrĂ© dans le delta du Mississippi des musiciens noirs aussi dĂ©munis que talentueux. Certains de ces bluesmen sâappelaient Son House, Leadbelly, Big Bill Broonzy, Muddy Waters. Il sâagissait de garder la trace, mĂȘme fugace, dâun foisonnement musical alors non reconnu, Ă la fois primitif et sophistiquĂ©. Ce travail de dĂ©frichage a donnĂ© quantitĂ© de recueils et dâanthologies, qui forment une encyclopĂ©die vivante du folk et du blues, et continuent dâexercer leur influence aujourdâhui. Sous-titrĂ© LâUsage sonore du monde en 100 albums, en hommage Ă lâĂ©crivain voyageur Nicolas Bouvier, lâouvrage dâAlexandre Galand, Field Recording, Ă©largit la notion dâ« enregistrement de terrain ». Sa recension part dâune vision ethnographique pour dĂ©river jusquâĂ la musique concrĂšte et aux « captations dâenvironnement sonore ». On y croise donc des chants dâoiseaux, des flĂ»tes du Rajasthan⊠et les Prison Songs collectĂ©es par Alan Lomax.
Alan Lamb est chercheur en neurophysiologie. En 1976, il dĂ©couvre en pĂ©riphĂ©rie rurale de Perth, Australie, plus dâun kilomĂštre de fils tĂ©lĂ©phoniques abandonnĂ©s, soient douze poteaux et six fils dĂ©gainĂ©s. AgitĂ©s par le vent, ces fils produisent des sons, un chant de la rencontre entre une production humaine abandonnĂ©e et une Ă©nergie naturelle, autonome. Un baptĂȘme, « Faraway Wind Organ », des micros pour des heures dâenregistrement, les Ă©lĂ©ments Ă©tant sensibles Ă des Ă©vĂšnements aussi subtils que le trot des pattes dâune araignĂ©e, et parmi dâautres rĂ©sultats, un disque brut, Archival Recordings sorti en 1995, aux deux longues pistes dâun drone nĂ© de reliques industrielles, hypnotique, dense, vivant.
Ce disque, avec quatre-vingt-dix-neuf autres, est prĂ©sentĂ© par Alexandre Galand dans Field Recording, LâUsage sonore du monde en cent albums, immersion dans lâunivers des enregistrements dits de terrain. Une anthologie donc, mais aussi une introduction Ă©lĂ©gante, des interviews dâacteurs majeurs et qui permettent de saisir les trois principales dĂ©marches regroupĂ©es sous cet alias unique, audio-naturalisme, collecte ethno-musicologique, composition, et leurs fertiles interpĂ©nĂ©trations. Le style ne pĂšche jamais tant la phrase est alerte, vive, concise. Le nĂ©ophyte pris du minimum vital de curiositĂ© dĂ©sespĂ©rera vite de trouver le temps de localiser puis dâĂ©couter lâintĂ©gralitĂ© des disques choisis, tant Galand sait transmettre la joie quâil a Ă©prouvĂ©e Ă la dĂ©couverte de chacun dâentre eux. Un micro, un enregistreur, un disque, et le monde est Ă nouveau lĂ , devant soi, prĂȘt Ă lâusage, prĂȘt Ă la sauvegarde, pour qui veut sâen donner la peine.
Alexandre Galand était invité à participer à cette émission (lien vers le podacast ICI). Eric Serva chronique ainsi son ouvrage Field Recording :
âLe Field Recording si nous employons souvent cet anglicisme dans le monde musical je vous avoue quâa chaque fois elle me gĂȘne un petit peu. Bien sĂ»r les habituĂ©s savent de quoi il retourne mais cette terminologie empruntĂ©e englobe tant de choses quâon ne peut pas savoir, sans autres prĂ©cisions, de quel type de sons, de bruits ou de musiques il est question. Jâai toujours considĂ©rĂ© que, par opposition avec les musiques créées par lâhomme, on pourrait peut-ĂȘtre parler de musiques du rĂ©el, celles des sons de la nature ou des villes avec tout ce quâelles peuvent comporter comme diversitĂ©, avec ou sans une prĂ©sence humaine en arriĂšre plan, avec ou sans celle dâobjets sonores. Mais Alexandre Galand prĂ©sente fort bien, sur plus de 300 pages, une vision trĂšs large du field recording qui inclue les enregistrement de voix, de chants et de danses. Vous y retrouverez donc dans le descriptif de cette discipline : Le travail dâaudio-naturalistes, dâethno-musicologues, de compositeurs de musique ainsi quâune sĂ©lection (qui a du ĂȘtre un vĂ©ritable casse-tĂȘte tant la discographie est Ă©norme) dâune centaine de disques de rĂ©fĂ©rences agrĂ©ablement chroniquĂ©s. Tout cela est complĂ©tĂ© par une liste annexe de plus de 200 albums, une bibliographie et pas mal dâadresses de sites internet. Le voyage sonore est sans fin : Du Weather Report de Chris Watson qui nous emmĂšne au Kenya, en Ecosse, en Islande, Douglas Quin qui enregistre les grands silences de lâAntarctique, les magnifiques disques de chants dâoiseaux rĂ©alisĂ©s par Jean RochĂ©, Akin Fernandez qui nous fait dĂ©couvrir de trĂšs mystĂ©rieux messages captĂ©s sur les ondes courtes, les compositions de musiques concrĂšte de MichĂšle Bokanovski, de Pierre Henry, de Luc Ferrari ou de Moondog qui utilisent tour Ă tour les sons du cirque, de la ville ou du quotidien, le Mali enregistrĂ© par Martine Tucker, les flĂ»tes du Rajasthan par GeneviĂšvre Dournon⊠Ce livre est une mine dâune richesse et dâune diversitĂ© sonore passionnante et plus attrayante que la plupart des catalogues dâagences de voyages. Pour illustrer cet ouvrage, je vous propose dâentendre un petit mixe de sons de fauves et dâorage enregistrĂ©s au Kenya par Chris Watson au Kenya suivis de joueuses de Luth enregistrĂ©es aux Philippines par Boris Lelong pour lâassociation Altamira et quelques conversations captĂ©es sur les ondes et mises en musique par paddy McAloon sur son magnifique album intitulĂ© I Trawl the Megahertz.â (Eric Serva pour France Musique â dĂ©cembre 2012)
Dans W2 [1998-2008], Eric La Casa citait dĂ©jĂ Nicolas Bouvier et LâUsage du Monde : « Certains pensent quâils font un voyage, en fait, câest le voyage qui vous fait ou vous dĂ©fait. » Au tour aujourdâhui dâAlexandre Galand, ancienne plume du son du grisli mais plus encore docteur Ăšs MaĂźtres fous (autre hommage qui trahit chez lâhomme un goĂ»t pour lâethnologie mĂȘlant image et son) dâadresser une pensĂ©e Ă Bouvier â et Ă ses souvenirs de voyages recueillis sur Nagra dont traitait Lâoreille du voyageur il y quelques annĂ©es â dans le sous-titre de lâouvrage quâil consacre aux enregistrements de terrain : Field recording.
Presque autant que le monde dont Bouvier fit lâusage, le champ est vaste et divisĂ© en plus en bien nombreuses parcelles (Ă©cologie, documentaire, crĂ©ation radiophonique, biographie, journalisme, musiqueâŠ) : une grande introduction le rappelle, qui dit de quoi retourne lâexercice du field recording : Ă dĂ©faut de dĂ©finition arrĂȘtĂ©e, une description large qui explore trois grands domaines : captation des sons de la nature, captation de la musique des hommes et composition.
PassĂ©e une brĂšve histoire de systĂšmes dâenregistrement que lâon peut emporter, voici que sâouvre un livre que lâon dira « des Merveilles » pour Ă©voquer un autre voyageur dâimportance. Traitant de nature, lâanthologie raconte dâabord les enregistrements dâoiseaux de Ludwig Koch et donne la parole Ă Jean C. RochĂ©. Traitant dâethnomusicologie, elle insiste sur les enregistrements faits « sur le terrain » de chants Ă sauver Ă jamais de lâoubli (fantĂŽmes dâAlan Lomax et dâHugh Tracey) et interroge Bernard Lortat-Jacob. Traitant enfin de musique, elle retourne Ă Russolo, Ruttman et Schaeffer, avant de mettre en lumiĂšre des disques signĂ©s Steve Reich, Luc Ferrari, Alvin Lucier, Bill Fontana, Eric La Casa, Kristoff K. Roll, BJ Nilsen, Aki Onda, Eric Cordier, Geir Jenssen, Laurent Jeanneau, Jana Winderen⊠et de laisser Peter Cusack expliquer ses prĂ©occupations du jour.
A lâimage du « field recording », le livre est protĂ©iforme, curieux et cultivĂ©. Il est aussi lâĆuvre dâun esthĂšte qui ne peut cacher longtemps que lâidĂ©e quâil se fait du « beau » a eu son mot Ă dire dans la sĂ©lection Ă©tablie. Non moins pertinente, celle-ci profite en plus et en consĂ©quence de citations littĂ©raires â de Rabelais Ă Apollinaire â qui tombent toujours Ă propos. Comme le fera ici, en guise de conclusion, cette sentence de Victor Hugo qui inspira Pierre Henry : « Tout bruit Ă©coutĂ© longtemps devient une voix. »
Archipel épisode 2/2 consacré à Field Recording à réécouter ICI
RecensĂ©s par le jeune historien belge Alexandre Galand, les disques prĂ©sentĂ©s dans ce nouvel ouvrage âField Recording- LâUsage sonore du monde en 100 albumsâ (Editions le mot et le reste) tĂ©moignent dâune activitĂ© vaste et mĂ©connue. Ou comment rendre compte du monde qui nous entoure par lâoreille, le micro et la table de montage, des chants inuits aux cris des singes, en passant par le bruit des trains et le son des plantes.
Un reportage de 12 mn dans le cadre de lâĂ©mission Magma Ă réécouter ICI
Le dimanche 25 novembre de 20.30 Ă 22.30 : prĂ©sentation du livre sur Radio Campus dans le cadre de lâĂ©mission MU // podcast disponible ICI
Le jeudi 22 novembre 2012, Christophe Bourseiller a eu un coup de cĆur pour lâouvrage Field Recording. Il en parle dans sa matinale.
Ă réécouter ICI (coup de cĆur Ă 21 mn)
Le 19 novembre dans lâĂ©mission BIGBANG !, SĂ©bastien Biset invitait Alexandre Galand pour son ouvrage âFieldrecording, lâusage sonore du monde en 100 albumsâ.
Une émission à réécouter ICI
Depuis la fin du XIXE siĂšcle, des hommes comme Alan Lomax et Chris Watson courent le monde, immortalisent le vent, le chant des prisonniers, des pĂȘcheurs et des baleines, lâenregistrement de terrain fait aujourdâhui lâobjet dâun livre : FIELDRECORDING : LâUSAGE DU MONDE EN 100 ALBUMS. Voyage voyageâŠ
Le field recording, câest souvent lâhistoire de mecs qui mettent leur micro lĂ oĂč on risque de ne jamais glisser lâoreille. [âŠ] Il nâest ni un genre ni une Ă©cole. Il est un ensemble de pratiques. Des pratiques qui sâintĂ©ressent Ă des objets trĂšs diversifiĂ©s comme la vie quotidienne et domestique, la paysage sonore dâun lieu, dâun village, dâune rĂ©gion. [âŠ] Ou plus largement, des situations rares voire exceptionnelles. Du moins Ă nos tympans. [âŠ] NĂ© en 1979, fascinĂ© par les musiques expĂ©rimentales te les relations de lâHomme avec son milieu de vie, Alexandre Galand est docteur en Histoire, Art et ArchĂ©ologie. Il se passionne pour les disciplines artistiques de donnant le monde pour objet. Le cinĂ©ma documentaire, le rĂ©cit de voyage et le nature writing, la peinture de paysages mais aussi, donc, le field recording auquel le LiĂ©gois vient de consacrer un livre, Field Recording. LâUsage du monde en 100 albums.
âLe field recording, câest la magie de la fugacitĂ©, explique-t-il. Quelque chose quâon croise de maniĂšre relativement inopinĂ©e. Dans la vie de tous les jours ou dans des circonstances plus exotiques. DĂšs que le son est produit, il appartient au passĂ©. Avec ma formation dâhistorien, jây suis extrĂȘmement sensible. Surtout dans le contexte actuel oĂč tout sâuniformise.â
[âŠ]
Le Mot et le reste sâest fait une spĂ©cialitĂ© des bouquins qui nous promĂšnent dans des courants musicaux Ă travers de savantes sĂ©lections de disques. Le LiĂ©geois Alexandre Galand se penche sur le field recording, lâenregistrement de terrain, et en recommande 100 plaques dĂ©cryptĂ©es aprĂšs une introduction historique explicative et trois interviews de spĂ©cialistes. Un peu brainly, certes, mais passionnant.