Exile On Main Street - Nouvelle édition
Une saison en enfer avec les Rolling Stones
Traduit de lâamĂ©ricain par Philippe Paringaux
RĂ©alisĂ© dans des conditions rocambolesques dans lâimmense villa NellcĂŽte louĂ©e par Keith Richards en 1971, alors que tous les Rolling Stones Ă©taient en exil sur la CĂŽte dâAzur, Exile On Main Street est souvent perçu comme un des meilleurs albums des Stones. La variĂ©tĂ© des compositions, la tournĂ©e amĂ©ricaine S.T.P. qui suivit cet enregistrement, le documentaire Cocksucker Blues consacrĂ© Ă cette mĂȘme tournĂ©e et interdit par les Stones eux-mĂȘmes car trop compromettant, les sĂ©ances dâimprovisation dantesques enregistrĂ©es qui servirent de base Ă leur seul double album studio, la tension grandissante au sein du groupe. Tout ce qui entoure cet album est mythique. Ă cette Ă©poque, les Stones ont vraiment dansĂ© avec le Diable et Robert Greenfield le raconte.
Revue de presse
BOOKS Romain Decoret GUITARIST (& BASS) MAGAZINE octobre 2011
En enfer avec les Stones P.Sz. Fanzine Abus dangereux mai 2009
Une plongĂ©e crue dans l'enfer de la vie des Rolling Stones pendant l'Ă©tĂ© 1971. Ăric Monnet nonfiction.fr juillet 2009
Stones en exil Yann Plougastel Le Monde 2 23/03/09
Jean-Marc Grosdemouge www.m-la-Music.net
Wild horses en Provence Gaston Carré Luxemburger Wort Mars 2009
En 1972, le critique R. Greenfield suivait The Rolling Stones en tournĂ©e aux Ătats-Unis. Il en avait tirĂ© S.T.P., Ă travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones, vĂ©ritable Ă©popĂ©e aux USA. Quelques annĂ©es plus tard, il publiait cet ouvrage, narrant les conditions ahurissantes dans lesquelles fut enregistrĂ© leur dernier chef-dâĆuvre. Blues cramĂ©, testament rockânâroll⊠On peut ressasser dâautres clichĂ©s, histoire dâoublier quâil sâagit dâun disque mis en boĂźte du cĂŽtĂ© de Nice par des exilĂ© fiscaux shootĂ©s Ă lâhĂ©ro. Câest ce que nous rappelle aussi Greenfield dans ce rĂ©cit Ă©pique et subjectif (prenant ouvertement parti pour Richards contre Jagger). Drames, trahisons, perdition⊠DerriĂšres son titre rimbaldien, une tragĂ©die shakespearienne. Ădifiant et passionnant.
Les éditions Le Mot et Le Reste proposent plusieurs rééditions pour la rentrée.
- Hammer of the Gods â La Saga Led Zeppelin, par Stephen Davis, traduction de Philippe Paringaux, est une vision hallucinante de Led Zep sur la route, en studio et Ă la ville, basĂ©e sur les mĂ©moires de leur road-manager et homme de main, lâinfĂąme Richard Cole. A ne manquer sous aucun prĂ©texte.
- STP (Stones Touring Party) â A travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones.
- Exile on Main Street â Une saison en enfer avec les Rolling Stones. Ces deux livres de Robert Greenfield qui voyageait avec les Stones Ă©voquent la pĂ©riode 1969-1973, sans doute la plus excessive du âmeilleur groupe de rockânâroll du mondeâ.
- Under Their Thumb, de Bill German, est un nouveau livre Ă©crit par un journaliste new-yorkais proche des Stones dans les seventies et eighties. Les dĂ©buts de la dissension entre Mick & KeithâŠ
Régal de vérité électrique
DĂ©but avril 1971, les membres des Rolling Stones sont forcĂ©s de quitter lâAngleterre pour Ă©chapper au fisc auquel chacun dâeux doit plus de 200 000 livres. Keith Richards, guitariste et compositeur du groupe, qui vient de sortir dâune nouvelle cure de dĂ©sintoxication, sâenvole vers le sud de la France avec son fils Marlon, pour rejoindre une villa que ses agents lui ont louĂ©e. Anita Pallenberg, mannequin, actrice, mĂšre de Marlon et muse de Richards, les y rejoindra dĂšs quâelle aura fini sa propre cure de dĂ©sintoxication une dizaine de jours plus tard.
Jusquâau 29 novembre de la mĂȘme annĂ©e, date du dĂ©part dĂ©finitif des Stones de France pour Los Angeles, la villa louĂ©e par Richards, prĂ©nommĂ©e Nellcote et situĂ©e dans les hauteurs de Villefranche sur Mer, va devenir le lieu dâhabitat et de dĂ©fonce de Richards et Pallenberg, oĂč lâon croisera toutes sortes de personnages, alimentĂ©s par toutes sortes de substances, tandis que les caves humides de la maison seront amĂ©nagĂ©es pour servir de studio dâenregistrement au prochain album des Stones Exile on Main Street qui doit prĂ©figurer leur retour aux Etats-Unis pour une gigantesque et lĂ©gendaire tournĂ©e. Cette sĂ©rie de concerts amĂ©ricains de 1972 fut le sujet du premier livre de Robert Greenfield sur les Stones, STP Ă travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones publiĂ© en 1977. Trente ans plus tard, Greenfield dĂ©cide de nous conter lâannĂ©e 1971, bien plus terrible.
Ce qui se passa Ă Nellcote cette annĂ©e lĂ est entourĂ© de mystĂšre et recouvert dâune aura mythique ; Keith Richards devenant Ă la fois Bob Dylan qui enregistre avec The Band les Basement Tapes dans la cave de Big Pink, ou Des Esseintes, hĂ©ros de Ă Rebours, perdu dans sa solitude dĂ©cadente. Ce fut peut-ĂȘtre surtout une histoire de drogues⊠Selon le mot de Mick Taylor â second guitariste du groupe Ă lâĂ©poque, citĂ© par Greenfield en exergue : « Pour moi, ce nâĂ©tait rien dâautre quâune bande de musiciens dĂ©foncĂ©s essayant dâenregistrer un disque enfermĂ©s dans une cave ».
EnregistrĂ© en 1971, dans la cave de la villa Nellcote sur la CĂŽte dâAzur, lâalbum Exile On Main Street est souvent considĂ©rĂ© comme lâun des meilleurs des Rolling Stones. Il a pourtant Ă©tĂ© enfantĂ© avec difficultĂ©, entre les problĂšmes de couple de Mick et de Bianca, de drogue de Keith et de relation entre membres du groupe, Mick Taylor, notamment, qui se demandait ce quâil faisait là ⊠Avec un brio Ă©poustouflant, Robert Greenfield, ancien journaliste au magazine Rolling Stone, retrace ce moment trĂšs particulier.
Robert Greenfield qui a retrouvĂ© la plupart des survivants de cette aventure raconte la saison en enfer que vont vivre les protagonistes dans Exile on Main Street, Ă©crit comme un drame shakespearien avec ses hĂ©ros, ses seconds rĂŽles et son dĂ©cor. Il raconte surtout comment Nellcote, la somptueuse villa louĂ©e, par Keith tout prĂšs de Nice, se transforme en Hellcote, oĂč tout se liquĂ©fie sous le soleil de plomb mĂ©diterranĂ©en, oĂč la tension entre Jagger et Richards devient palpable. Leur studio mobile est installĂ© dans le jardin et les Stones enregistrent selon la mĂ©thode de Keith : le groupe jamme et le magnĂ©to tourne. Au bout de sept semaines, rien nâest sorti de la cave de la villa. Il leur faudra passer quinze jours et quarante bobines pour plier âTumbing diceâ. Lâalbum, double, leur prendra prĂšs de neuf mois.
Les Ă©ditions Le Mot et le Reste publient une page dâHistoire du rock.
Nous sommes nombreux Ă considĂ©rer le double album Exile on main street comme lâopus le plus abouti, le plus « inspirĂ© » des Rolling Stones. Exile est servi par la puissance de feu de « Sticky Fingers » et de « Let it bleed » mais, aussi, par une inventivitĂ© qui procĂšde dâune forme de « poĂ©sie », quand bien mĂȘme ce terme lĂ peut surprendre dans le contexte des Stones en gĂ©nĂ©ral et en regard des conditions prĂ©ludant Ă lâĂ©laboration de cet album en particulier. Car si Exile est marquĂ© par une culmination dans lâordre de la crĂ©ativitĂ©, sa gestation est marquĂ©e de mĂȘme par lâexaspĂ©ration de ce qui fut la folie stonienne en acte.
En bisbille avec la justice et le fisc, les Stones en 1971 sâexilent dans le sud de la France, prĂšs de Villefranche sur Mer, dans une villa Nellcote louĂ©e par Keith Richards. Objectif de cette villĂ©giature : la crĂ©ation dâun nouvel album, qui soit susceptible de renflouer les caisses, de lĂ©gitimer une nouvelle tournĂ©e amĂ©ricaine et, accessoirement, de faire oublier le sanglant Ă©piloque de la prĂ©cĂ©dente Ă Altamont. Au travail !
Une smala en Provence
Un travail difficile, alĂ©atoire, Ă saillies et Ă Ă©clipses, car câest une horde hirsute et hallucinĂ©e qui va camper Ă Nellcote, avec femmes et enfants, techniciens, « fournisseurs » et fricoteurs, et cette smala dĂ©lurĂ©e va sâadonner Ă la plus sidĂ©rante des bacchanales, cuite et recuite dans la moiteur de lâĂ©tĂ© mĂ©ridional, dans un chaudron oĂč macĂšrent les psychotropes et les poudres de perlimpinpin. Richards, en particulier, conforte son statut de « plus Ă©lĂ©gante Ă©pave du rockân roll », et câest au bord du coma, souvent, quâil compose ces pierres perlĂ©es que sont « Sweet Virginia », « Happy », « All down the line ». Le critique Philippe ManĆuvre parlera dâ« un disque monumental, une jungle marĂ©cageuse de chansons, de riffs mal Ă©quarris, dâĂ©motions sournoises ».
Câest une page dâhistoire du rock qui en cet Ă©tĂ© 1971 sâĂ©crit en Provence. Et câest Robert Greenfield, qui aux Ă©ditions Le Mot et le Reste avait prĂ©cĂ©demment donnĂ© STP, chronique dâune tournĂ©e amĂ©ricaine des Stones, qui rend compte de cette page dâanthologie. Or, si STP Ă©tait entachĂ© de digressions longues comme un rail, cet Exile on main street â une saison en enfer avec les Stones se lit dâun trait, tant son Ă©bourriffant contenu est servi par une plume qui depuis STP sâest allĂ©gĂ©e et acĂ©rĂ©e, perfide toujours, goguenarde encore, mais plus tranchante dans la clairvoyante ironie dont Greenfied fait montre Ă lâencontre dâune histoire qui est la sienne et celle dâune gĂ©nĂ©ration, dont Keith Richards est Ă la fois le « hĂ©ros » et « lâanti hĂ©ros ». Câest la subtile ambivalence de Greenfield qui confĂšre au livre sa pertinence, en ce quâelle forme, comme en Ă©cho, les harmoniques de lâambiguĂŻtĂ© propre Ă son objet narratif.
Comme une blessure profonde
« GuidĂ©s par les souvenirs flous de personnes dont la mĂ©moire a non seulement souffert de ce quâelles ont ingĂ©rĂ© Ă lâĂ©poque, mais aussi de ce qui a transpirĂ© au long des 35 annĂ©es qui nous sĂ©parent de cet Ă©pique Ă©tĂ© dans le Sud de la France, nous sommes sur le point dâembarquer pour ce qui sera Ă coup sĂ»r un trĂšs tortueux voyage dans un passĂ© oĂč tout ne peut ĂȘtre quâobscurĂ©ment perçu Ă travers un verre et pourra, mĂȘme alors, nâĂȘtre que la fugitive silhouette de la vĂ©ritĂ©. »
Vision tronquĂ©e ? Dâun Ă©pisode qui en derniĂšre analyse procĂ©derait dâun fantasme ? Un fantasme fondateur alors, car « tout comme le sang dâune blessure profonde, la musique dâExile on main Street a suintĂ©, ruisselĂ©, gouttĂ© et sâest infiltrĂ©e dans notre culture. Bien que lâalbum soit aujourdâhui plus vieux que Mick et Keith quand ils lâont enregistrĂ©, on dirait que les gens sont encore fascinĂ©s par sa provenance ».
Ainsi parle Robert Greenfield, et câest Le Mot et le Reste qui a recueilli lâexpression de cette fascination, apportant ainsi une nouvelle pierre Ă une collection Ă©ditoriale en passe de devenir une rĂ©fĂ©rence majeure pour la culture « rock ».