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Parution : 18/09/2014
ISBN : 9782360541454
488 pages (14,8 x 21 cm)

27 €

En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

« De toute la littĂ©rature produite par les Fab Four depuis quarante ans, En Studio avec les Beatles devrait s’imposer comme l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence [
] Quel autre livre peut se prĂ©valoir de jeter ainsi un Ă©clairage neuf sur une discographie aussi aimĂ©e et intimement connue ? »

Vincent ThĂ©val – Magic

Introduction de Elvis Costello
Traduction de Philippe Paringaux

En 1962, Ă  l’ñge de quinze ans, Geoff Emerick dĂ©crocha le job de ses rĂȘves en devenant assistant ingĂ©nieur du son aux Studios d’Abbey Road. L’endroit Ă©tait Ă  l’époque mondialement renommĂ© pour ses enregistrements classiques, mais il hĂ©bergeait Ă©galement un obscur label nommĂ© Parlophone, dirigĂ© par George Martin.
DĂšs sa deuxiĂšme journĂ©e de travail, Emerick Ă©tait prĂ©sent quand un quatuor dĂ©penaillĂ© venu de Liverpool, Les Beatles, vint effectuer sa toute premiĂšre sĂ©ance d’enregistrement. La chanson, « Love Me Do », ne tarda pas Ă  grimper dans les hit-parades et, depuis, la musique populaire n’a plus jamais Ă©tĂ© la mĂȘme.
Au cours des sept annĂ©es suivantes, Emerick allait travailler aux cĂŽtĂ©s des Beatles. À l’ñge de dix-neuf ans, Emerick devint ingĂ©nieur du son en titre et fut chargĂ© d’enregistrer l’album rĂ©volutionnaire du groupe que fut Revolver. À mesure que le groupe et lui-mĂȘme repoussaient les limites technologiques de l’enregistrement, il mit au point des mĂ©thodes qui donnĂšrent au son des Beatles une nouvelle couleur.
Dans En Studio avec les Beatles, Geoff Emerick relate ses expĂ©riences d’ingĂ©nieur du son et nous fait visiter l’envers du dĂ©cor des innovations musicales et des expĂ©rimentations sonores d’oĂč rĂ©sultĂšrent les meilleurs disques du groupe.

Prix du Livre Rock 2010.
Ce prix a Ă©tĂ© créé par les Librairies L’Arbre Ă  Lettres

Revue de presse

Musique : l'album blanc des Beatles réédité Laurent Hakim France 3 // Le 12/13 National 16 novembre 2018
- Interview Geoff Emerick - La musique, du noir et blanc au technicolor Roderic Mounir Le Courrier 11 août 2017
- Geoff Emerick, l'oreille et la plume des Beatles CĂ©dric Rouquette Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017
- Entretient avec Goeff Emerick CĂ©dric Rouquette Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017
- Interview - Sgt. PepperÊčs Lonely Hearts Club Band: 50 ans! Nicolas Julliard RTS // Nectar 30 mai 2017
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Nicolas Houle Le Soleil 14 septembre 2014
- The Beatles, L'enver du décors en studio Romain Décoret Guitarist&Bass magazine Nov. - Déc. 2014
- Cover Me #1 : J'ai reprisé mes Beatles Jean Rovarino rf8 6 novembre 2014
- Réédition du livre de Geoff Emerick, le sixiÚme Beatles qui révolutionna la pop Maxence Grugier Fluctuat.premiere.fr 15 octobre 2014
- Livre de la semaine Radio P.FM // Easy Rider 21 septembre 2014
- L'atelier du son Thomas Baumgartner France Culture 28 octobre 2011
- Los Beatles: El técnico de sonido del grupo toma la palabra Javier de Castro Efe Eme, diario de actualidad musical février 2011
- Sous les pavés, la page Roderic Mounir Le Courrier 5 février 2011
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Christian Le Morvan Blues magazine janv-fev-mars 2011
- En studio avec les Beatles - Nouvelle Ă©dition Freewheelin’JeanDo Xroads Octobre 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Daily-rock (GenÚve) Juillet 2010
- Les Beatles de l'intérieur Olivier Nuc Le Figaro 29 juin 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Stéphane Picher Le Libraire/ journal des librairies indépendantes Juin 2010
- Les Beatles vandalisĂ©s? Entretien P. ManƓuvre/G. Emerick Rock & Folk juillet 2010
- Le prix du Livre rock rĂ©compense “En studio avec les Beatles” Clarisse Normand Livreshebdo.fr 7 juin 10
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Patrick Scarzello Sud-Ouest 26 mai 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Vernon Gonzai Avril 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Corboland78 paperblog.fr 3 avril 2010
- Craquement de chaussure JL Tafforeau jeanluctafforeau.blogspot.com 28 décembre 2009
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Dino Revue et Corrigée # 83 Mars 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Vincent Théval Magic Février 2010
- "Here's Geoff the Sun" ! Zak Laughed Fanzine Mange disque Février 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle Ă©dition Éric Serva France Musique / Tapage Nocturne FĂ©vrier 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Nas/im Ventilo Décembre 2009
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Arnaud Devillard Suite 101 Janvier 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Sophie Rosemont nonfiction.fr Janvier 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition AgnÚs Léglise Rock & Folk Janvier 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition Raymond Serini Nouvelle vague Janvier 2010
- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition William Rejault Site le post.fr Décembre 2009

Musique : l'album blanc des Beatles réédité

Musique : l’album blanc des Beatles rééditĂ©

L’album blanc, enregistrĂ© dans la douleur et publiĂ© il y a cinquante ans, a Ă©tĂ© rééditĂ© vendredi 9 novembre. Retour sur l’histoire de ce disque, symbole de la discorde dans le groupe.

Revolution est l’un des tubes du fameux album blanc des Beatles, The White Album, sorti il y a cinquante ans et rééditĂ© en novembre 2018. Ce double album est une vraie rĂ©volution plus ou moins glorieuse dans l’histoire des quatre stars de la pop anglaise. Lorsqu’ils composent cet album en 1968, les Beatles sont marquĂ©s par plusieurs Ă©preuves. Deux ans auparavant, ils ont renoncĂ© aux concerts, dĂ©couragĂ©s par les fans hystĂ©riques plus bruyants que leur propre musique. Alors, ils se sont isolĂ©s en studio et ont composĂ© leur chef-d’oeuvre, l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Mais cette euphorie a Ă©tĂ© ternie par la mort brutale de leur manager Brian Epstein, et leur sĂ©jour en Inde n’a pas suffi Ă  ressouder le groupe autour d’un nouveau projet.

“L’album de la sĂ©paration”

Pour l’album blanc, ils se remettent au travail, mais la mĂ©thode est dĂ©sormais moins collective. “Le double album blanc, c’est quatre mecs sĂ©parĂ©s chacun dans son coin”, analyse Daniel Lesueur, auteur de Beatles, la discographie dĂ©finitive. Sur les maquettes inĂ©dites publiĂ©es dans le double album blanc, on ne soupçonne pas encore les fĂącheries qui vont Ă©clater en studio. Mais par la suite, les quatre garçons ne se supportent plus. Leur ingĂ©nieur du son, Geoff Emerick, Ă©voque dans ses mĂ©moires, En studio avec les Beatles, “une situation de plus en plus insupportable”. Pour François Jouffa, auteur du Dictionnaire des Beatles, “c’est l’album de la sĂ©paration”. Ils sortiront encore deux autres albums avant de prendre chacun leur route.

Voir la revue de presse

Laurent Hakim
France 3 // Le 12/13 National 16 novembre 2018

- Interview Geoff Emerick - La musique, du noir et blanc au technicolor

Il y a 50 ans, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band consacrait le « studio comme instrument ». Geoff Emerick, l’ingĂ©nieur du son des Beatles, se souvient. Et le directeur du Groupe de recherches musicales de Paris (GRM) remonte aux sources de l’expĂ©rimentation du son.

Ne lui parlez pas de l’édition remixĂ©e de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, sortie ce printemps pour marquer les 50 ans du plus grand album pop de tous les temps. « Pepper’s est iconique, pourquoi le retoucher? C’est absurde. » Quand Geoff Emerick entre au service de la firme EMI en 1962, comme ingĂ©nieur du son assistant, il a tout juste 16 ans. Heureux hasard, les Beatles, un jeune groupe de Liverpool, est en passe de tracer les contours de la pop, futur agent d’une British invasion planĂ©taire. Aux studios londoniens d’Abbey Road, Emerick est tĂ©moin des toutes premiĂšres ­sessions de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison avec leur nouveau batteur Ringo Starr.

En 1966, il est bombardĂ© bras droit du producteur George Martin pour l’enregistrement de l’album Revolver, qui marque une progression radicale en termes de composition et de prise de son. Quelques mois plus tard, Geoff Emerick assiste les Fab Four sur un enregistrement encore plus ambitieux, baptisĂ© Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Un tsunami psychĂ©dĂ©lique qui bouleverse la culture en profondeur. Une lucarne de fantaisie et d’idĂ©alisme colorĂ©, avant que les dĂ©sillusions n’aient ­raison du Flower Power. Vendu Ă  plusieurs millions d’exemplaires en quelques mois, il en sera la bande-son le temps d’un «Summer of Love».

Si sa qualitĂ© de «premier album-concept du rock» fait dĂ©bat – ledit concept ayant Ă©tĂ© dĂ©fini tardivement par Paul McCartney pour un ensemble de chansons Ă  la cohĂ©sion relative –, la mise en boĂźte de Sgt. Pepper’s a donnĂ© lieu Ă  d’innombrables trouvailles, souvent nĂ©es des ­limitations technologiques de l’époque.

Bach, le vaudeville et le ­psychédélisme

Il s’agit de sonner «neuf» sur tous les plans par des bruitages, en trafiquant les bandes, en utilisant des instruments inĂ©dits (tel le mellotron, ancĂȘtre de l’échantillonneur de sons), en associant musiciens rock et classiques indiens, en convoquant un orchestre symphonique, en jouant en permanence le dĂ©calage (Bach cĂŽtoie le vaudeville, la fĂȘte foraine, Lewis Carroll et les expĂ©riences psychĂ©dĂ©liques des Beatles). Sans oublier la fameuse pochette Pop Art de Peter Blake et Jann Haworth.

Qu’il soit ou non le meilleur album des Beatles, Sgt Pepper’s fut un laboratoire d’expĂ©rimentations dont s’inspireront plusieurs gĂ©nĂ©rations de musiciens et de techniciens de studio, jusqu’à nos jours. Geoff Emerick Ă©voque ces sessions mythiques pour Le Courrier, avec passion et un brin de nostalgie.

Sgt. Pepper’s n’est pas qu’un chef-d’Ɠuvre musical, c’est aussi une rĂ©volution en matiĂšre d’enregistrement. Quelles ­innovations ont vu le jour durant ces sessions?

Geoff Emerick: Vous voulez parler des mille et une maniĂšres de s’arracher les cheveux? Plus sĂ©rieusement, il faut remonter Ă  Revolver, quand j’ai remplacĂ© Norman Smith comme ingĂ©nieur du son attitrĂ© des Beatles. À l’époque, le travail chez EMI suivait des rĂšgles strictes, il y avait une façon de placer les ­micros et le rĂŽle du technicien se limitait Ă  capter fidĂšlement le son des interprĂštes. On ne s’avisait pas de changer les procĂ©dures.

Mais les Beatles ne voulaient pas d’un son fade Ă  la Cliff Richard qui dominait en Grande-Bretagne. J’écoutais beaucoup de musique amĂ©ricaine et je savais qu’on pouvait obtenir autre chose. Pour ­l’enregistrement de «Tomorrow Never Knows», premier morceau des sessions de Revolver, j’ai commencĂ© par rapprocher les micros des toms de Ringo et j’ai glissĂ© un pull dans la grosse caisse pour Ă©touffer la rĂ©sonance. J’ai ainsi obtenu un son sec et percutant.

Nous avons aussi poussĂ© les graves de la basse de Paul pour compenser la perte qui se produisait gĂ©nĂ©ralement au mastering. Et il y a cette histoire que j’ai souvent racontĂ©e: John me ­demandant de faire sonner sa voix «comme si le DalaĂŻ-lama chantait au sommet d’une montagne Ă  vingt miles du studio».

Comment relÚve-t-on un tel défi?

J’aurais pu m’asseoir et en rire, mais il fallait trouver une solution. Je suis allĂ© voir en rĂ©gie et suis tombĂ© sur cette ­cabine Leslie Ă  haut-parleur rotatif, ­utilisĂ©e pour faire vibrer le son de l’orgue Hammond. J’ai repassĂ© la piste vocale au travers et le rĂ©sultat a Ă©tĂ© ­simplement fantastique.

Vous aviez passĂ© le test sur cette ­premiĂšre journĂ©e avec les Beatles


Oui, mais avec ma hiĂ©rarchie, ce fut une autre paire de manches. Le placement peu orthodoxe des micros risquait de les endommager, ce qui m’a valu des remontrances. Il y a donc eu une nĂ©gociation entre le manager du groupe et le studio, au terme de laquelle il a Ă©tĂ© convenu que cette technique se limiterait aux seuls enregistrements des Beatles. Nous faisions tomber les ­barriĂšres, mais progressivement, car je risquais ma place. Je ne faisais que contourner les obstacles pour rĂ©pondre aux demandes des Beatles!

Il faut savoir que jusqu’alors, Abbey Road accueillait essentiellement des ensembles symphoniques. Toute la ­hiĂ©rarchie Ă©tait composĂ©e d’anciens ingĂ©nieurs du son classiques, qui mĂ©prisaient la pop. Les producteurs de Maria Callas et des grands orchestres travaillaient en costume cravate. Les techniciens portaient des blouses blanches de laboratoire, et les surveillants des vestes marron. Ce code vestimentaire a perdurĂ© un temps dans la pop.

C’était avant que la drogue ne s’immisce dans le studio.

Oui, mais pas tant que ça. Les Beatles Ă©taient des bosseurs, ils attendaient ­gĂ©nĂ©ralement la fin des sessions pour se relĂącher. Ils s’éclipsaient dans la piĂšce qui leur Ă©tait rĂ©servĂ©e, en surplomb du studio, et rĂ©apparaissaient tout sourires, gloussant comme des gosses – ils adoraient ça. George Martin, qui Ă©tait de la vieille Ă©cole, ne se doutait de rien, mais mon assistant et moi savions ce qui se tramait.

Le 24 novembre 1966 dĂ©butent donc les sessions de Sgt. Pepper’s, avec un ­budget quasi illimitĂ© et sans date butoir. Saviez-vous dans quelle mesure les Beatles ambitionnaient de surpasser Revolver et d’égaler Pet Sounds des Beach Boys, sorti six mois plus tĂŽt?

Pas vraiment. On savait les Beatles trĂšs frustrĂ©s par leur derniĂšre tournĂ©e, dans l’incapacitĂ© de reproduire en ­public les chansons de Revolver. Le ­premier jour des sessions de Sgt. Pepper’s, John est entrĂ© dans la cabine et a dĂ©clarĂ©: «On ne jouera plus jamais en live. À partir de maintenant, on va pouvoir enregistrer nos chansons sans se soucier de les ­reproduire en concert.» George Martin est restĂ© bouche bĂ©e. Naturellement, tout le monde s’est tournĂ© vers moi. Mais nous n’avions pas d’équipement plus sophistiquĂ© que pour Revolver!

Quel était le principal défi technique?

La grande diffĂ©rence avec les enregistrements actuels oĂč l’on dispose d’un nombre de pistes illimitĂ©, c’est qu’avec 4 ou 8 pistes, on Ă©tait forcĂ© de prendre les bonnes dĂ©cisions sur-le-champ. Chaque piste Ă©tant occupĂ©e par plusieurs instruments, la prise jouĂ©e devait satisfaire tout le monde, sinon on recommençait. John Ă©tait indulgent, il Ă©tait d’abord intĂ©ressĂ© par la spontanĂ©itĂ© et l’étrangetĂ©, mais pour un perfectionniste comme Paul, la prise devait ĂȘtre bonne Ă  110%. Les effets sur les instruments Ă©tant ajoutĂ©s au moment de la prise, on Ă©coutait le produit fini au fur et Ă  mesure de l’enregistrement.

Le titre inaugural de ces sessions, «Strawberry Fields Forever», ne ­figure pas sur Sgt. Pepper’s, mais il sonne d’emblĂ©e trĂšs expĂ©rimental.

Le rĂ©sultat est un collage de deux prises aux tempos et tonalitĂ©s diffĂ©rentes: Ă  la demande de John, qui aimait le dĂ©but d’une prise et la fin d’une autre, nous avons ralenti la bande et assemblĂ© les deux bouts. C’était de l’artisanat pur! «Strawberry Fields Forever» et «Penny Lane» sont sortis en single Ă  la demande d’EMI, qui voulait un nouveau succĂšs commercial. Mais imaginez que ces deux chansons aient Ă©tĂ© retenues pour l’album, il aurait fallu pour cela renoncer Ă  deux autres dont nous sommes aujourd’hui familiers.

Sur le moment, aviez-vous conscience de rĂ©aliser une Ɠuvre hors du commun?

Oui, c’était une sensation incroyable. «A Day in the Life», qui clĂŽt l’album, est une si belle chanson! Je me souviens quand John l’a chantĂ©e pour la premiĂšre fois dans le studio, seul Ă  la guitare. C’était empli d’émotion, ça vous filait des frissons! L’enregistrement de ce titre a Ă©tĂ© de loin le plus complexe. Il y a cette conclusion magistrale avec le crescendo orchestral et cet accord de mi majeur plaquĂ© sur plusieurs pianos simultanĂ©ment, compresseur rĂ©glĂ© Ă  fond pour faire durer le son le plus longtemps possible. Encore une derniĂšre boucle sonore, et voilĂ , c’était fini. On n’aurait pas pu rĂȘver mieux. Nous avions hĂąte de faire Ă©couter le rĂ©sultat aux amis des Beatles. Les Hollies, les Rolling Stones et d’autres sont ­venus Ă  Abbey Road, et le sentiment gĂ©nĂ©ral Ă©tait que ce disque allait marquer son temps. On avait ­littĂ©ralement l’impression de passer du noir et blanc au technicolor!

Diriez-vous que ce disque a posé les bases des enregistrements à venir?

Sans aucun doute. Sans Sgt. Pepper’s, les studios auraient continuĂ© Ă  travailler un certain temps de maniĂšre ­rudimentaire, avec des bandes et de la colle! Nous avons osĂ© des choses qui nous auraient valu des problĂšmes si elles avaient Ă©tĂ© dĂ©couvertes par nos supĂ©rieurs, mais qui ont contribuĂ© au son si particulier et Ă  la perception ­collective de cette ­musique. Nous avons commis des erreurs qui sont ­devenues des standards.

Depuis, avec le numérique, tout est devenu possible.

Le son de Ringo existe aujourd’hui en «plug-in» (son pour instrument virtuel, ndlr). Mais rien ne remplace les accidents heureux et l’inventivitĂ© nĂ©e des limitations. Ce qui fait une chanson, c’est d’abord le feeling au moment de l’interprĂ©ter. Lors d’une session avec Paul, bien des annĂ©es plus tard, j’ai vu l’ingĂ©nieur du son dĂ©placer le curseur du logiciel Pro Tools sur la piste de ­batterie afin de corriger chaque coup. Tout le cĂŽtĂ© humain Ă©tait gommĂ©! J’ai compris qu’un tournant avait Ă©tĂ© pris. J’ai travaillĂ© avec de nombreux artistes aprĂšs les Beatles – The Zombies, Robin Trower, Mahavishnu Orchestra, Elvis Costello – et pour moi, enregistrer un disque restera toujours comme peindre une toile avec des ­pinceaux.

Les Beatles et dans leur ­sillage toute la gĂ©nĂ©ration psychĂ©dĂ©lique des Pink Floyd, Jimi Hendrix et The Doors ont Ă©largi la palette sonore de la pop Ă  la fin des sixties. Manipuler les bandes magnĂ©tiques en les passant Ă  l’envers, en trafiquant leur vitesse de dĂ©filement ou en crĂ©ant des boucles sonores, ajouter des bruitages et effets en tout genre ont Ă©tendu la grammaire musicale et enrichi l’expĂ©rience auditive. Le studio est devenu un outil de crĂ©ation Ă  part entiĂšre, et non plus le simple lieu de la captation.

Cette rĂ©volution a Ă©tĂ© influencĂ©e par la pratique de studios spĂ©cialisĂ©s qui, dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1950, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de fonds publics et mis Ă  profit les innovations technologiques apparues durant la Seconde Guerre mondiale. Le compositeur Karlheinz Stockhausen expĂ©rimente au studio de la WDR, Ă  Cologne. L’atelier radiophonique de la BBC est fondĂ© par Daphne Oram, pionniĂšre de la musique Ă©lectronique. A Milan, le studio de phonologie musicale de la RAI est le QG des compositeurs contestataires Luigi Nono et Luciano Berio.

Et Ă  Paris, le studio du Groupe de recherches musicales (GRM) de l’ingĂ©nieur polytechnicien Pierre Schaeffer, rattachĂ© au Service de la ­recherche de l’ORTF, est le berceau de ­la musique «concrĂšte». Soit une musique conçue Ă  partir de sons prĂ©enregistrĂ©s, et dont Pierre Henry et Iannis Xenakis furent des emblĂšmes.

La recherche sonore au cƓur des enjeux

C’est dans ces laboratoires que s’invente la musique du futur, selon le vƓu formulĂ© en 1913 par Luigi Russolo dans L’Art des bruits. Le manifeste futuriste appelait les compositeurs Ă  remplacer la gamme de timbres restreinte des instruments de l’orchestre par la «variĂ©tĂ© infinie» des timbres obtenus par des procĂ©dĂ©s expĂ©rimentaux. Les Beatles, en dĂ©formant les sons et en plaçant des bruits ­extra-musicaux sur «Tomorrow Never Knows», «Strawberry Fields Forever» ou «Revolution 9», n’ont pas fait autre chose.

«Les Beatles ont importĂ© dans la pop des pratiques venues de l’électroacoustique», acquiesce François J. Bonnet, nouveau jeune directeur artistique de l’INA-GRM. Lui-mĂȘme compositeur (sous le pseudonyme Kassel Jaeger), il tient Ă  distinguer «les musiciens pop qui colorent par quelques effets leur Ă©criture assez classique des compositeurs qui placent la recherche sonore au cƓur des enjeux.»

Reste que les Fab Four, qui se disaient influencĂ©s par les expĂ©riences de Cage et Stockhausen, ont montrĂ© la voie Ă  suivre. «AprĂšs eux, d’autres musiciens pop se sont emparĂ©s de cet esprit de ­studio.» François J. Bonnet cite ­Radiohead ou ­encore le courant kraut-rock ouest-allemand des annĂ©es 1970, qui Ɠuvrait Ă  la lisiĂšre du rock et de la musique Ă©lectroacoustique. «Irmin Schmidt et Holger Czuckay du groupe Can ont Ă©tĂ© Ă©lĂšves de Stockhausen, rappelle le directeur de l’INA-GRM. Et en France, Jean-Michel Jarre a travaillĂ© au GRM (de 1969 Ă  1971, ndlr). Il a fait le grand Ă©cart entre expĂ©rimentation confidentielle et concerts de masse.»

Formatages de l’industrie culturelle

Confidentiel, le mot est lĂąchĂ©. Aussi influente soit-elle, la musique produite dans ces murs ­savants est-elle susceptible de sĂ©duire le grand public? «C’est en tout cas l’objectif du GRM, par la politique des concerts gratuits et la pĂ©dagogie ­menĂ©e autour de nos activitĂ©s.» François J. Bonnet rappelle aussi l’expĂ©rience de PrĂ©sence Electronique GenĂšve, dĂ©clinaison du festival parisien coproduit par Radio France depuis 2005. Ce ­partenariat avec les organisateurs du festival ­genevois Electron s’est interrompu aprĂšs six Ă©ditions pour raisons financiĂšres, mais le directeur du GRM espĂšre bien la relancer.

A cela s’ajoute une activitĂ© Ă©ditoriale foisonnante: quinze vinyles sont dĂ©jĂ  parus Ă  l’enseigne de Recollection GRM sur Mego, label du musicien autrichien Peter ­Rehberg. Des Ɠuvres de Luc Ferrari, François Bayle ou Bernard Parmegiani extraites des archives par François J. Bonnet sont accessibles Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’auditeurs.

«Soixante ans plus tard, on parle encore du GRM. Il a remis des siĂšcles de considĂ©rations musicales en question, sans pour autant faire table rase. Pierre Schaeffer a voulu ouvrir grand les portes Ă  des compositeurs non issus du Conservatoire.» Venu du rock puis de l’électronique, François J. Bonnet illustre cette ouverture Ă  la tĂȘte de l’institution. «Il n’y a rien d’obscur. Les musiques exigeantes sont ouvertes Ă  tous, Ă  condition d’abandonner ses prĂ©jugĂ©s.» La mĂ©fiance ­populaire Ă  l’égard des pratiques expĂ©rimentales serait d’ailleurs moins la consĂ©quence d’un dĂ©ficit de culture que d’un excĂšs d’a priori, les formatages de l’industrie culturelle de masse tendant Ă  homogĂ©nĂ©iser les contenus.

Finalement, Ă  l’heure oĂč le numĂ©rique rend tout concevable, oĂč rĂ©side l’enjeu pour les musiques du futur? «Moins dans la crĂ©ation elle-mĂȘme que dans la qualitĂ© des conditions d’écoute. Paradoxalement, alors que l’expĂ©rimentation musicale est allĂ©e trĂšs loin, on a créé des gĂ©nĂ©rations d’auditeurs de mauvais fichiers compressĂ©s sur des enceintes d’ordinateur. L’exigence d’écoute est un enjeu majeur dans une sociĂ©tĂ© Ă  dominante visuelle.»

Retrouvez l’interview de Geoff Emerick sur le site du Courrier

Roderic Mounir
Le Courrier 11 août 2017

- Geoff Emerick, l'oreille et la plume des Beatles

L’ingĂ©nieur du son du plus grand groupe de rock de l’histoire est aussi celui qui a le mieux donnĂ© Ă  voir, entendre et sentir l’alchimie romanesque qui avait prĂ©sidĂ© Ă  sa trajectoire.

Lire toute la littĂ©rature consacrĂ©e aux Beatles depuis que le groupe a foudroyĂ© l’histoire de la musique impliquerait d’y consacrer une partie de votre vie. Peut-ĂȘtre mĂȘme toute votre existence, comme le fait Mark Lewisohn, auteur d’une trilogie monstre baptisĂ©e All These Years. Son premier volume (2013) de 944 pages s’arrĂȘte au 31 dĂ©cembre 1962. Juste aprĂšs la sortie du premier 45 tours du groupe 
 Quelques pĂ©pites Ă©mergent de la bibliothĂšque sur le sujet: la biographie Lennon de Philip Norman est dĂ©finitive (2008); l’autobiographie de Paul McCartney, Many Years from Now (1998), est une mine; l’autobiographie de George Martin, All You Need ls Ears, est un tĂ©moignage ancien (1978) mais encore sous-exploitĂ©. S’il ne devait en rester qu’un, il faudrait se jeter sur Here, There and Everywhere de Geoff Emerick, En studio avec les Beatles dans sa version française. Le titre français donne la fausse impression d’un ouvrage pour geeks, capables d’écouter les outtakes de Sgt. Pepper en plissant les yeux devant les passages Ă©voquant les effets techniques de Strawberry Fields Forever. La valeur du livre dĂ©passe largement ces dĂ©chiffrements musicaux, qui n’en restent pas moins savoureux. C’est un document oĂč Geoff Emerick apparaĂźt comme un tĂ©moin capital. D’un cĂŽtĂ©, totalement immergĂ© dans le cercle fermĂ© du groupe, au contact direct de ses obsessions artistiques. De l’autre, aussi distant que nĂ©cessaire avec le noyau dur pour Ă©taler au grand jour leurs personnalitĂ©s attachantes, mais ambivalentes et parfois repoussantes. Geoff Emerick commence comme stagiaire chez EMI Ă  seize ans, le jour mĂȘme oĂč les Beatles entrent Ă  Abbey Road. Il devient l’ingĂ©nieur du son du groupe Ă  dix-neuf ans au moment de la rĂ©volution, Revolver, qu’il a personnellement sculptĂ©e. L’acclamĂ© Sgt. Pepper lui doit ses prodigieuses innovations. Emerick est l’homme qui a dit non aux Beatles en claquant la porte du studio pendant l’enregistrement de l’album blanc, au faĂźte de la crise de nerfs perpĂ©tuelle du groupe. Il revient pour Abbey Road, sous contraintes techniques et humaines maximales. Le livre rĂ©ussit le prodige simple de donner
au lecteur l’impression qu’il Ă©tait lĂ , lui aussi, pour vivre avec le groupe son accession au sommet et sa vertigineuse dĂ©sintĂ©gration. Quiconque possĂšde un intĂ©rĂȘt minimal pour les Beatles et quelques connaissances de base sur son histoire aura l’impression que toutes les piĂšces du puzzle s’assemblent comme
par magie grĂące Ă  des anecdotes et dialogues trop longtemps enfouis. Clinique avec tout le monde et tendre avec presque personne, le rĂ©cit de Geoff Emerick n’a jamais Ă©tĂ© contestĂ© par le groupe et ses proches collaborateurs.

Cédric Rouquette
Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017

- Entretient avec Goeff Emerick

Entretien avec Geoff Emerick, l’ingĂ©nieur du son des plus grands disques des Fab Four et auteur du livre En Studio avec les Beatles. Il Ă©voque pour nous la magie de ses Ă©crits et du son qu’il a créé pour le groupe, notamment celui de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

Notre rédaction considÚre que votre livre En studio avec les Beatles est le plus grand must read sur les Beatles. Comment réagissez-vous?

Oh c’est fantastique. C’est Ă  chaque fois gratifiant d’entendre que les gens ont aimĂ© lire le livre. Il a Ă©tĂ© traduit en sept langues, j’en suis trĂšs heureux.

Pourquoi l’avoir Ă©crit ?

On m’y encourageait depuis longtemps. Pendant toute ma carriĂšre aprĂšs les Beatles, tous les artistes avec lesquels je travaillais n’arrĂȘtaient pas de me poser des questions: “Alors, c’était comment, le studio avec les Beatles? Comment vous avez enregistrĂ© ci et ça ?”. Je racontais mes histoires, et ça se terminait toujours par “il faut que tu Ă©crives un livre, tu dois absolument Ă©crire un livre ». Ça a Ă©tĂ© comme ça pendant des annĂ©es, trĂšs bon enfant. Les questions portaient sur le making of des chansons qui avaient bouleversĂ© les gens. Ce n’était pas vraiment « non mais, comment il Ă©tait, John, en rĂ©alitĂ© ? ». Tout ce que je rĂ©pondais, c’était « non, je ne crois pas que je ferai ce bouquin. Je n’aime pas trop me livrer.

Pourquoi avoir changĂ© d’avis ?

Un jour de 1999, le journaliste Howard Massey a fait un article sur moi dans EQ Magazine et je l’ai trouvĂ© remarquablement bien Ă©crit. Je refusais la plupart des demandes d’interview, parce que je retrouvais toujours mes propos dĂ©formĂ©s. Pas cette fois. J’avais trouvĂ© le texte superbe et fidĂšle. Puis Howard m’a appelĂ© : « voulez-vous faire ce livre ? ». J’ai dit OK et j’ai tenu mon engagement. Ça a durĂ© cinq ans. Oh, bien sĂ»r, pas tous les jours. J’allais Ă  Long Island, chez lui, et on enregistrait longtemps, en passant la carriĂšre des Beatles au peigne fin, chanson par chanson, dans l’ordre des sĂ©ances d’enregistrement. Si je n’avais pas Ă©tĂ© moi-mĂȘme l’ingĂ©nieur du son de ces sessions, j’étais dans les parages Ă  EMI.

Le travail des Beatles faisait dĂ©jĂ  l’objet d’une abondante littĂ©rature. Que souhaitiez-vous apporter ?

Mon opinion, parce que les gens me la demandaient. Rien d’autre. C’est un livre “non autorisĂ©â€, mais vous savez, beaucoup d’infos ont Ă©tĂ© relayĂ©es par des gens qui n’étaient pas lĂ  quand toutes les chansons Ă©taient enregistrĂ©es. Moi, j’y Ă©tais. Et nous n’étions pas si nombreux dans ce cas : dans ce studio, il y avait les quatre Beatles, George Martin, mon assistant, les deux roadies Mal (Evans) et Neil (Aspinall), et moi. Il y a beaucoup de choses que les fans croient savoir mais qui ne proviennent d’aucun d’entre nous. Des anecdotes mĂ©ritaient d’ĂȘtre corrigĂ©es. Les gens me demandent souvent d’oĂč venait l’incroyable crĂ©ativitĂ© des Beatles. J’étais aux premiĂšres loges pour assister au fonctionnement du binĂŽme entre Paul McCartney et John Lennon. D’un cĂŽtĂ©, Je romantique qui se donne Ă  100% en permanence et qui avait une approche trĂšs musicale de tout ce qu’il faisait. De l’autre, le mec attachant et inconstant, dont l’investissement fonctionnait par vagues, et plus concep­tuel dans son approche. C’est ce mĂ©lange-lĂ  qui Ă©tait magique.

La restitution des dialogues est trÚs précise, trÚs clinique. Comment vous souvenez-vous de tout cela?

La vraie question est: comment oublier une telle expĂ©rience? Il n’y avait pas de routine, on faisait des choses diffĂ©rentes tous les jours. Je ne suis pas hypermnĂ©sique, mais j’ai une bonne mĂ©moire. Les discussions avec Richard, mon assistant, ont fait littĂ©ralement resurgir des choses qui Ă©taient enfouies. Avec les Beatles, on essayait de tout faire diffĂ©remment. Il fallait mobiliser ses neurones tous les jours, tout ce qu’on faisait Ă©tait nouveau. Ça crĂ©e des souvenirs inaltĂ©rables. Je me souviens comme si c’était hier du moment oĂč nous avons Ă©coutĂ© la version finale de A Day in the Life pour la premiĂšre fois. Ça m’a fait un effet de dingue, ça a laissĂ© une empreinte indĂ©lĂ©bile.

Vous écornez les mythes de George Harrison et George Martin. Vous en étiez forcément conscient


Sur George Harrison, je savais qu’il y aurait des critiques. Le retour que j’ai eu le plus souvent aprĂšs la sortie du livre tournait autour de ça. Mais Ă  mes yeux, il n’y a pas grand chose. Ce que j’écris, c’est vrai ou faux? C’est la seule question qui vaille. George Harrison, il suffit d’observer son itinĂ©raire dans Je groupe. j’ai Ă©crit qu’il n’était clairement pas aussi bon que Lennon et McCartney pendant la premiĂšre moitiĂ© de la carriĂšre du groupe, puis qu’il s’est tournĂ© vers la musique indienne pour Ă©chapper un peu Ă  son statut de Beatles. À la fin, il est devenu un excellent guitariste et compositeur aprĂšs avoir appris Ă  jouer du sitar, oĂč la technique est diffé­rente. J’ai entendu des “oui mais vous ne devriez pas l’écrire”, toujours est-il que ça s’est passĂ© comme ça. Quant Ă  George Martin, tout le monde sait que sa fonction Ă©tait “producteur”, donc qu’il avait plu­sieurs artistes, qu’une bonne part de son travail Ă©tait d’organiser des sessions. J’ai Ă©crit qu’il n’était pas lĂ  quand les Beatles terminaient tard, et de fait, Ă  partir de Revolver, ils travaillent surtout le soir et la nuit. Comment aurait-il pu les enregistrer la nuit et faire la sĂ©ance de Cilla Black le lendemain matin? J’ai Ă©crit qu’il avait perdu le contrĂŽle sur le groupe Ă  partir du White Album, mais qui peut prĂ©tendre le contraire? Les gens ont le droit de critiquer, mais ce sont les faits, c’est ce que j’ai vu. En tout cas, je ne l’ai pas fait pour â€œĂ©corner des mythes”. C’est venu comme c’est venu dans mon rĂ©cit.

Paul McCartney, Yoko Ono ou Pattie Harrison vous ont-ils contacté aprÚs la parution?

Aucun retour de qui que ce soit. J’ai vu Paul il y a un an, on a eu une discussion sympa mais on n’a pas Ă©voquĂ© le livre une seule seconde. Je ne suis pas certain qu’il l’ait lu. Je pouvais m’attendre Ă  des critiques mais je me doutais qu’aucune ne viendrait des insiders.

Aviez-vous lu tout ou partie des livres consacrés aux Beatles avant de vous attaquer au vÎtre?

Non, pas du tout. Je sais qu’il existe de nombreuses personnes qui sont bien plus spĂ©cialistes que moi mĂȘme si, je le rĂ©pĂšte, il faut faire le tri parmi toute une sĂ©rie d’anecdotes. Je m’en remets au travail de Mark Lewisohn qui, depuis The Beatles Day by Day (1988), semble le plus complet sur le groupe.

Les cinquante ans de Sgt. Pepper sont célébrés en ce moment. Avez-vous écouté les remix proposés par les coffrets de réédition?

Non, j’ai refusĂ© de les Ă©couter et on ne m’y prendra pas. Sgt. Pepper est une Ɠuvre d’art iconique, un objet musical qui a traversĂ© le temps, pourquoi voulez-vous le remixer? Pour faire de l’argent, voilĂ  la rĂ©ponse. Remixer Sgt. Pepper, c’est comme s’amuser Ă  repeindre par-dessus La Joconde. Qui peut avoir une idĂ©e pareille? Quand vous avez la Joconde, vous n’y touchez pas. Il y a eu beaucoup de dĂ©sinformation autour du mix stĂ©rĂ©o de Sgt. Pepper. Soi-disant, le groupe l’aurait totalement nĂ©gligĂ©, et le mix aurait Ă©tĂ© expĂ©diĂ© Ă  la va-vite. C’est ridicule. Je vais vous dire comment ça s’est passĂ©. Nous avons commencĂ© par le mixage mono, qui correspondait aux conditions d’écoute de la plu­part des appareils Ă  l’époque. Le groupe y a assistĂ©, et c’était exactement ce que nous voulions. George Martin, Richard (son assistant) et moi avions pris des notes sur tous les rĂ©glages, et nous voulions les mĂȘmes pour le stĂ©rĂ©o. Sauf que l’enjeu Ă©tait spĂ©cifique: nous avions un quatre-pistes, avec parfois deux pistes de voix rĂ©servĂ©es, toute la rythmique sur une piste, et un arrangement sur la derniĂšre.
Trouver un Ă©quilibre entre les basses, mĂ©dium et aigus en stĂ©rĂ©o dans une telle configuration est difficile. Mais nous avons passĂ© quatre jours et demi dessus, entiĂšrement dĂ©diĂ©s au meilleur mix possible. Il a fallu ajuster plein de petites choses, ajouter des effets, pour mettre en valeur la grande diversitĂ© de sons du disque. Le groupe nous a dit “on vous fait confiance pour que ça sonne de la mĂȘme façon”. Ils n’avaient pas besoin d’ĂȘtre lĂ , c’est tout. Quand il a entendu la version stĂ©rĂ©o Ă  l’époque, Brian Wilson, le cerveau des Beach Boys, a Ă©tĂ© le premier Ă  dire que c’était extraordinaire. Les nouveaux mix de Sgt. Pepper ne correspondent pas Ă  l’intention que nous avions. C’est un acte de dĂ©molition.

Avez-vous été sollicité pour travailler sur ce remix ?

Non et, de toute façon, j’aurais refusĂ©. Cette idĂ©e de vouloir refaire un classique m’échappe complÚ­tement. Comme m’échappe complĂštement l’idĂ©e qu’il fallait remixer et remasteriser les albums des Beatles Ă  Abbey Road (ndlr. en 2009). Ce n’est pas Abbey Road qui a fait le son de Sgt. Pepper. Ce sont trois personnes 


Et concernant les chutes de studio, quelles sont celles qui vous semblent le plus dignes d’intĂ©rĂȘt ?

Vous savez, les prises non retenues Ă©taient simplement moins bonnes que celles de la version finale. Il me semble que la durĂ©e des chutes republiĂ©es est plus courtes que celles de l’Anthology de 1996 (ndlr. c’est inexact mais certaines prises sont les mĂȘmes).

Dans la version française de votre livre, il est Ă©crit que vous avez procĂ©dĂ© Ă  huit prises orchestrales de l’explosion finale sonore d’ A Day in the life. Elles n’y figurent pas.

Pas huit prises: cinq. Mais elles sont toutes sur le disque final. Nous avons enregistrĂ© cinq prises de l’orchestre. Nous n’étions pas censĂ©s le faire, nous aurions dĂ» payer les 45 musiciens cinq fois, sinon. Nous leur avons dit que c’étaient des essais. Ce que vous entendez sur la chanson, ce sont ces cinq prises rejouĂ©es en simultanĂ©. C’était la pre­miĂšre fois que deux enregistreurs quatre-pistes fonctionnaient en mĂȘme temps.

Beaucoup de fans manifestent l’idĂ©e que Sgt. Pepper a moins bien vieilli que Revolver ou le White Album. Qu’en pensez-vous ?

Quand on a commencĂ© Revolver, j’avais des idĂ©es de sons que je voulais entendre. Les membres du groupe m’ont demandĂ© de les trouver et j’ai dĂ» y arriver sans les logiciels et tous les plug-ins que nous avons aujourd’hui. J’y suis parvenu en changeant le positionnement des micros et cela a changĂ© Ă  jamais la façon d’enregistrer les guitares. Sur le White Album, la tension Ă©tait Ă©norme, les Beatles Ă©taient Ă  bout de nerfs et ils jouaient trĂšs trĂšs fort, avec des rĂ©glages qui me posaient pro­blĂšme tellement le volume Ă©tait haut. Cela donne un son plus punchy. Sgt. Pepper a davantage de sons de claviers, moins de solos, c’est trĂšs diffé­rent. Je ne sais pas si ça rĂ©pond exactement Ă  la question, mais c’est ce qui me vient.

Notre derniĂšre question est une observation. On va vous dire ce qui nous sĂ©duit tant dans votre livre: il donne l’impression au lecteur d’ĂȘtre un insider, il donne la sensation incroyable d’avoir cĂŽtoyĂ© les Beatles.

C’est juste et j’ai une derniĂšre anecdote Ă  ce sujet. Harold Massey m’avait demandĂ© si je voulais des photos dans le livre. J’ai rĂ©pondu: “non, surtout pas”. Parce que si vous reprĂ©sentez les gens et les lieux avec des photos, vous empĂȘchez l’ima­ginaire de fonctionner, et j’avais bien l’intention de donner aux gens assez d’informations pour se reprĂ©senter ces lieux et ces personnes que je connaissais si bien.

Cédric Rouquette
Magic. Revue pop moderne ÉtĂ© 2017

- Interview - Sgt. PepperÊčs Lonely Hearts Club Band: 50 ans!

À l’occasions des cinquante ans de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, l’émission Nectar revient sur l’enregistrement du disque avec Geoff Emerick en interview.

CÊčest sans doute lÊčalbum le plus cĂ©lĂšbre de lÊčhistoire du rock: “Sgt. PepperÊčs Lonely Hearts Club Band”, huitiĂšme album des Beatles, fĂȘte son demi-siĂšcle. CĂ©lĂ©brĂ© par la critique, adoptĂ© par le public (32 millions dÊčexemplaires vendus), il symbolise le passage du rock Ă  lÊčĂąge adulte.

Réécouter l’émission sur le site de la RTS

Nicolas Julliard
RTS // Nectar 30 mai 2017

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Des bouquins sur les Beatles ? Il en pleut. Les parutions pertinentes sont toutefois plus rares. Parmi les heureuses exceptions, les mĂ©moires du rĂ©putĂ© ingĂ©nieur de son Geoff Emerick. RĂ©digĂ© avec verve, l’ouvrage se lit comme un roman, y compris dans les premiers chapitres, ou le Britannique raconte son entrĂ©e dans les lĂ©gendaires – naguĂšre conservateurs et austĂšres – studios d’Abbey Road. Emerick a enregistrĂ© les chansons les plus mythiques des Beatles, permettant au groupe de crĂ©er des titres fascinants en rapiéçant des bandes ou en innovant avec des techniques d’enregistrement audacieuses qui ont fait Ă©cole. Emerick n’a pas la langue de bois : il ne se gĂȘne pas pour dĂ©crire les comportements moins heureux des musiciens ou de ses collĂšgues, ainsi que les moments plus difficiles. Il traite Ă©galement de ses aventures post-Beatles en compagnie de Paul McCartney. Passionnant.

Nicolas Houle
Le Soleil 14 septembre 2014

- The Beatles, L'enver du décors en studio

Geoff Emercik est devenu Ă  19 ans l’ingĂ©nieur du son en titre des Beatles Ă  Abbey Road. Aujourd’hui il est souvent en charge de la sonorisation des show live de Paul McCartney. Il relate ici ses expĂ©riences avec les Fab Four & George Martin. Pour dĂ©couvrir l’envers du dĂ©cor des innovations musicales et des nouvelles techniques d’enregistrement d’oĂč rĂ©sultĂšrent les meilleurs albums de John, Paul, George & Ringo. Un ouvrage de rĂ©fĂ©rence, qui obtint le prix du livre Rock en 2010 et dont la réédition Ă©tait trĂšs attendue. Ne le manquez pas cette fois-ci.

Romain Décoret
Guitarist&Bass magazine Nov. - Déc. 2014

- Cover Me #1 : J'ai reprisé mes Beatles

rf8 continue ses playlists et se base sur le livre de Geoff Emerick pour sa premiÚre playlist consacrée au covers.

DÉCOUVRIR LA PLAYLIST DE RF8

Jean Rovarino
rf8 6 novembre 2014

- Réédition du livre de Geoff Emerick, le sixiÚme Beatles qui révolutionna la pop

En Studio avec les Beatles de Geoff Emerick et Howard Massey a obtenu le prix du Livre Rock 2010 et vient d’ĂȘtre rééditĂ© en France. L’ouvrage raconte comment, inspirĂ© par l’un des plus grand groupe pop de tous les temps, un apprenti ingĂ©nieur du son de 19 ans, Geoff Emerick rĂ©volutionna tout simplement la pop et le rock, inventa le psychĂ©dĂ©lisme, et plus encore.

Geoff Emerick Ă  tout juste 15 ans quand il pĂ©nĂštre dans les bientĂŽt mythiques studios d’Abbey Road. DĂ©jĂ  renommĂ© pour ses enregistrements de musique classique, le lieu Ă©tait aussi l’asile d’un petit label, Parlophone, propriĂ©tĂ© de George Martin, qui sera plus tard connu comme “le cinquiĂšme membre des Beatles” grĂące Ă  son travail sur le fameux Sgt Peppers. Le jeune Emerick, plein d’admiration pour son mentor, Ă©tait loin de se douter que quatre ans plus tard, Martin, lui et les Fab Four rĂ©volutionneront le monde de la pop en enregistrant le monumental Revolver.“Comment un jeune anglais, poussĂ© par l’imagination sans limite de quatre musiciens et des techniques de studio encore rudimentaires allait apprendre Ă  modifier la nature mĂȘme du studio d’enregistrement, le transformant en vĂ©ritable instrument, osant mĂȘme la transformation et l’altĂ©ration des sons en tournant le dos Ă  la mĂ©thode classique voulant que l’on captait dans ce genre d’endroit, les instruments de la maniĂšre la plus fidĂšle possible ?”, c’est en gros ce que raconte En Studio avec les Beatles. Un beau volume de presque 500 pages. Une plongĂ©e au cƓur du son et des personnages de son Ă©poque.

Parmi les merveilles dĂ©cortiquĂ©es ici, Revolver bien sur – avec des morceaux comme “Tomorrow Never Knows” cet album datant de 1966 inventait carrĂ©ment le psychĂ©dĂ©lisme et appliquait les principes de la musique Ă©lectronique telle qu’on la concevait chez Stockhausen par exemple, Ă  la pop music – mais aussi Sgt. Pepper’s, le prodigieux White Album et Abbey Road (voir le chapitre Ă©pique, “Une enclume, un lit et trois flingues”), tous les albums les plus fameux du groupe y passent. DrĂŽle et bien Ă©crit (bĂ©nĂ©ficiant d’un humour trĂšs british), En Studio avec les Beatles bĂ©nĂ©ficie aussi d’une foule d’anecdotes peu connues (le pĂ©riple du groupe Ă  Lagos, la fondation du studio, les tensions, les annĂ©es Apple, le label des Beatles, la vie aprĂšs les Beatles
). Ce livre est idĂ©al pour les fans autant que pour ceux qui se mettent tardivement Ă  la discographie du groupe, dĂ©couvrant les trĂ©sors qu’elle recĂšle et son influence sur l’histoire de la musique, des Beach Boys Ă  Artic Monkeys, mettons. AgrĂ©mentĂ© d’une trĂšs intĂ©ressante prĂ©face d’Elvis Costello, et un constat de l’artiste : “Une trĂšs grande partie des sons obtenues aujourd’hui dans les studios d’enregistrement provient de petites boĂźtes qui se contentent de reproduire les innovations soniques du passĂ©â€, En Studio avec les Beatles vient remettre les pendules Ă  l’heure et rappel que la postĂ©ritĂ© en revient majoritairement aux gens, trop souvent oubliĂ©s, comme Geoff Emerick. EspĂ©rons que le livre donnera aussi envie aux jeunes musiciens de dĂ©passer les limitations de leur Ă©poque, et d’enfin oser innover.

Maxence Grugier
Fluctuat.premiere.fr 15 octobre 2014

- Livre de la semaine

L’équipe d’Easy Rider vous parle de En studio avec les Beatles et vous explique en quoi cet ouvrage est indispensable.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSION EN PODCAST

Radio P.FM // Easy Rider 21 septembre 2014

- L'atelier du son

AprĂšs ĂȘtre entrĂ© comme assistant aux studios d’Abbey Road en 1962, Geoff Emerick est devenu l’ingĂ©nieur en titre du son des Beatles Ă  partir du mythique album Revolver (1966). Il a accompagnĂ© la rĂ©volution du son des Beatles (et donc de tout un pan du rock), en s’occupant par la suite de Sgt.Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967), du White Album (1968), et d’Abbey Road (1969). Tentatives, innovations, demandes extravagantes des membres du groupes, rĂ©ussites, nouvelles couleurs, limites techniques repoussĂ©es
 VoilĂ  de quoi il parlera dans L’Atelier du Son.

Geoff Emerick sera en duplex de New York, oĂč il reçoit fin octobre la mĂ©daille de l’Audio Engineering Society, remises aux professionnels qui ont contribuĂ© par leurs travaux aux avancĂ©es de l’audio dans le monde.

Geoff Emerick a publié En studio avec les Beatles, avec Howard Massey, prix du livre Rock 2010 (éd. Le Mot et Le Reste).

Thomas Baumgartner (production) et Véronik Lamendour (réalisation.

Réécouter l’émission

Thomas Baumgartner
France Culture 28 octobre 2011

- Los Beatles: El técnico de sonido del grupo toma la palabra

“Este es, sin lugar a dudas, el título que todos los beatlemaníacos estábamos esperando para cerrar el círculo informativo y divulgativo sobre el tema de cómo se parieron, en lo práctico, las canciones de los Beatles”

El libro “En studio avec les Beatles” recoge las memorias de Geoff Emerick, tĂ©cnico de sonido en prĂĄticamente todas las grabaciones del grupo de Liverpool, aportando visiones inĂ©ditas del trabajo en estudio y de la gestaciĂłn de las canciones. Javier de Castro nos cuenta de quĂ© va. (
)

Pour lire l’intĂ©gralitĂ© de l’article : www.efeeme.com

Javier de Castro
Efe Eme, diario de actualidad musical février 2011

- Sous les pavés, la page

CONTRE-CULTURE
L’édition est en proie Ă  une frĂ©nĂ©sie de rock et de culture underground. Le succĂšs de la biographie de Keith Richards cache le travail en profondeur d’éditeurs indĂ©pendants comme Le Mot et le Reste et Camion Blanc.
«Les chroniqueurs de rock sont des gens incapables d’écrire, interrogeant des gens incapables de parler, pour des gens incapables de lire.» PlacĂ©e en exergue du rĂ©pertoire musical des Editions Allia, la phrase de Frank Zappa prĂȘte Ă  sourire. Qu’on ne s’y trompe pas: depuis quelques annĂ©es, l’édition francophone est en proie Ă  une vĂ©ritable boulimie de contre-culture. Longtemps nĂ©gligĂ©es, les musiques et cultures underground font l’objet d’un feu nourri, entre (auto)biographies d’artistes – souvent traduites de l’anglais, mais pas seulement – et livres thĂ©matiques consacrĂ©s aux styles musicaux les plus pointus, aux moeurs les plus marginales et aux visions les plus subjectives d’auteurs souvent eux-mĂȘmes acteurs. On est loin de la sociologie universitaire et de la distance critique journalistique. L’immersion Ă  l’amĂ©ricaine est passĂ©e par lĂ  – le gonzo-journalisme de feu Hunter S. Thompson, lui-mĂȘme objet de plusieurs publications (1).

OccultĂ©s par les figures tutĂ©laires de la critique anglo-Ă©tasunienne – Lester Bangs, Nick Tosches, Greil Marcus, Nick Kent, Jon Savage, Nik Cohn –, les Français peuvent tout de mĂȘme revendiquer quelques exĂ©gĂštes hauts en couleur de la cause rock (Patrick Eudeline, Philippe Manoeuvre, Philippe Garnier, Daniel Vermeille) et une poignĂ©e d’apĂŽtres singuliĂšrement Ă©clairĂ©s comme Alain Pacadis, Yves Adrien ou Jean-François Bizot, pionnier de la presse underground dĂšs 1970 avec «Actuel» (lire ci-dessous).
Fruit d’une Ă©volution gĂ©nĂ©rationnelle, tout ce qui touche Ă  la contre-culture, du flower power Ă  la rave party en passant par les mouvement punk et gothique, attire aujourd’hui un lectorat allant de 18 Ă  60 ans. Sans doute l’accession d’anciens marginaux aux avant-postes mĂ©diatiques (TV, radio, magazines) et le gigantesque brassage d’internet ont-ils contribuĂ© Ă  aiguiser cette curiositĂ© postmoderne pour ce tout qui est «culte» 

Le rock au catalogue
A tout seigneur, tout honneur: les Editions Allia, sur l’impulsion de leur fondateur GĂ©rard BerrĂ©by, passionnĂ© de dadaĂŻsme, de situationnisme et de rock, ont traduit dĂšs 1998 les classiques de Greil Marcus, Nick Tosches et Jon Savage (2). Autre maison exigeante, Tristram ajoute aussi du rock Ă  son catalogue en publiant Lester Bangs ou Patti Smith («Mer de corail», sur les liens entre la chanteuse et le photographe Robert Mapplethorpe).
Avant de fermer boutique en 2008, Kargo, spĂ©cialisĂ© en anthropologie et en histoire des arts, a apportĂ© une contribution prĂ©cieuse Ă  la comprĂ©hension de courants Ă©mergents ou mĂ©connus. Ainsi de «The New Beats. Cultures, musique et attitudes du hip hop» de S.H. Fernando, «Ocean Of Sound: ambient music, mondes imaginaires et voix de l’éther» de David Toop, ou le «Krautrocksampler» de Julian Cope, anthologie amoureuse du rock expĂ©rimental allemand des annĂ©es 1970. La bonne nouvelle est qu’un projet Ă©ditorial baptisĂ© Zones Sensibles doit trĂšs prochainement succĂ©der Ă  Kargo.
On mentionnera encore Le Castor Astral, «animal curieux, tĂȘtu et farouchement indĂ©pendant», selon sa devise et qui, parallĂšlement aux romans et essais, publie d’excellents ouvrages sur la musique – parmi les plus rĂ©cents, «Le Rap est nĂ© en JamaĂŻque» de Bruno Blum, vĂ©tĂ©ran des revues «Actuel» et «Best» et de Radio Nova.
C’est d’ailleurs Ă  un ancien du Castor Astral, Philippe Blanchet, qu’on doit une nouvelle collection dĂ©jĂ  indispensable: Rivages/Rouge (chez Payot & Rivages). LibellĂ©e «musiques et contre-culture», elle combine visuels guĂ©rilla, titres Ă  rallonge et signatures 100% crĂ©dibles pour faire mouche. «Culture Clash. Punk, rockers, Big Audio Dynamite, dreadlocks et vidĂ©o» est signĂ© Don Letts, musicien et vidĂ©aste anglais, cofondateur du groupe Big Audio Dynamite avec Mick Jones des Clash. «Manchester Music City 1976-1996», une histoire de la capitale de la brit-pop et de l’acid-house, est dĂ» Ă  John Robb, musicien et journaliste de la BBC et Channel 4. «Hippie Hippie Shake», voyage au coeur des utopies et du psychĂ©dĂ©lisme des sixties est l’oeuvre d’un pape de la presse underground, Richard Neville. Et pour couronner le tout, «Guitar Army» de John Sinclair compile les Ă©crits d’époque du manager du groupe MC5 et leader du White Panther Party. Un manifeste du flower power rĂ©volutionnaire.

Effet durable
Fondateur des Editions Le Mot et le Reste, Ă  Marseille, Yves Jolivet jette un regard lucide sur cette dĂ©bauche Ă©ditoriale: «J’ai 52 ans, j’ai connu le rock comme adolescent et Ă©crit dans des fanzines. Le temps fait que cette musique devient oeuvre au mĂȘme titre que la littĂ©rature ou le théùtre. Aujourd’hui, on a la distance et les outils pour l’analyser.» DĂšs 1996, Yves Jolivet a publiĂ© des livres d’artistes, de la poĂ©sie et des essais. Pourquoi Le Mot et le Reste? «Au dĂ©part il y avait les textes, et moi, je m’occupais du reste», rĂ©sume-t-il. Aujourd’hui, il emploie quatre personnes et tient bon, Ă  condition de rĂ©investir le produit des ventes. «Contrairement au roman qui subit un effet de mode, le livre rock s’adresse Ă  des accros. L’effet est durable.» Les titres les plus confidentiels sont compensĂ©s par des succĂšs qui bĂ©nĂ©ficient parfois d’un coup de pouce de l’actu: «En Studio avec les Beatles» de Geoff Emerick, rĂ©cit des sessions d’enregistrement d’albums mythiques comme «Revolver» et «Sgt. Pepper’s», est sorti en mĂȘme temps que la discographie remasterisĂ©e des Beatles. De quoi atteindre les 7000 exemplaires contre 2000 habituellement, ce qui reste modeste comparĂ© au best-seller «Life», de Keith Richards (lire ci-dessous). «Pas sĂ»r que le dĂ©cĂšs de Captain Beefheart (musicien expĂ©rimental mort en dĂ©cembre, ndlr) ait un impact sur les ventes de la biographie qu’on doit sortir», tempĂšre Yves Jolivet, qui prĂ©cise que le projet Ă©tait en chantier depuis un an.
Coup de coeur, soin esthĂ©tique mais aussi pragmatisme: le modĂšle Ă©conomique a changĂ© depuis Speed 17, illustre et Ă©phĂ©mĂšre collection que les HumanoĂŻdes AssociĂ©s avaient confiĂ©e Ă  Philippe Manoeuvre, il y a une trentaine d’annĂ©es de cela. Avant d’échouer dans le jury de Nouvelle Star, l’ancien rĂ©dacteur en chef de la revue SF «MĂ©tal Hurlant», aujourd’hui Ă  la tĂȘte de «Rock & Folk», fut ainsi le premier Ă  publier Bukowski en France avec «MĂ©moires d’un vieux dĂ©gueulasse», en 1977. Chez Speed 17, Hunter S. Thompson et Hubert Selby Jr cĂŽtoyaient les Rolling Stones et les Sex Pistols.
De «Rock & Folk», Yves Jolivet souligne le rĂŽle pionnier: «Philippe Paringaux (ancien rĂ©dacteur en chef ayant prĂ©cĂ©dĂ© Manoeuvre, ndlr) a su façonner et transmettre une Ă©criture au sein de sa rĂ©daction». Son nom figure sur la couverture de deux best-sellers parus chez des poids lourds de l’édition – «The Beatles Anthology» (Seuil, 2000) et «John Lennon. Une vie», de Philip Norman (Robert Laffont, 2010) –, mais il a aussi traduit pour Le Mot et le Reste trois titres promis au statut de classiques: celui de Geoff Emerick citĂ© plus haut, mais aussi «Exile on Main Street. Une saison en enfer avec les Rolling Stones» de Robert Greenfield et «Kind of Blue. Le making of du chef-d’oeuvre de Miles Davis» d’Ashley Kahn.
Le Mot et le Reste ne disposant pas «du million qu’il fallait mettre sur la table pour les droits de Life», Yves Jolivet poursuit son travail de fond avec l’aide des subventions – Centre national du livre, Conseil rĂ©gional – sans lesquelles presque aucun indĂ©pendant ne survivrait. Il garde un oeil rivĂ© sur internet: c’est dans ce vivier de passionnĂ©s qu’il a dĂ©nichĂ© Eric Deshayes, animateur de NĂ©osphĂšres, site de rĂ©fĂ©rence du rock expĂ©rimental et progressif, pour lui commander «Au-delĂ  du Rock. La vague planante, Ă©lectronique et expĂ©rimentale allemande des annĂ©es 70» et «L’Underground musical en France».

Le coté obscur
Des biographies des Sex Pistols, The Cure, Motörhead, Throbbing Gristle, Kraftwerk, Serge Gainsbourg, Noir DĂ©sir, Johnny Cash et Nirvana; des livres thĂ©matiques sur le metal extrĂȘme, la musique industrielle et le rock au cinĂ©ma; des rĂ©cits subjectifs sur une scĂšne particuliĂšre: depuis prĂšs de deux dĂ©cennies, Camion Blanc est «l’éditeur qui vĂ©hicule le rock». La formule va comme un gant (de cuir) Ă  cette petite entreprise phare de l’underground, fondĂ©e en 1992 Ă  Nancy. Depuis quelques annĂ©es, elle se double d’une collection sulfureuse (Camion Noir) qui traite de sorcellerie, d’ésotĂ©risme, de pornographie, de vampires, de serial killers ou encore des «racines occultes du nazisme». Des documents, Ă  l’image de la Bible satanique d’Anton LaVey, publiĂ©s sans tabou ni apologie.
Difficile de passer Ă  cĂŽtĂ© de ce catalogue de 300 titres aux couvertures uniformes: photo noir/blanc la plupart du temps, titre sur un bandeau noir et nom de l’auteur dans un rectangle de couleur. L’aventure a commencĂ© quand SĂ©bastien Raizer et Fabrice Revolon ont dĂ©cidĂ© de publier Ă  compte d’auteur l’ouvrage qu’ils avaient Ă©crit mais qui ne trouvait pas preneur: les 500 premiers exemplaires de «Joy Division. LumiĂšre et TĂ©nĂšbres» ont Ă©tĂ© Ă©coulĂ©s en trois semaines et le livre est rĂ©guliĂšrement rééditĂ© depuis. D’inopinĂ©e, l’aventure est devenue professionnelle. Issu de Maths Sup, SĂ©bastien Raizer raconte: «Ce premier bouquin, on l’a fabriquĂ© dans une prison oĂč les dĂ©tenus suivaient un CAP d’imprimerie. Ils Ă©taient contents d’imprimer autre chose que des prospectus et des bulletins de vote! On l’a envoyĂ© Ă  Bernard Lenoir, qui en a parlĂ© sur France Inter, et les disquaires indĂ©pendants ont Ă©tĂ© nos premiers clients. On n’avait fait aucune Ă©tude de marchĂ©, mais visiblement la demande existait.»
Le tandem est rejoint par GĂ©rard N’Guyen, fondateur de l’un des premiers labels indĂ©pendants français (les Disques du soleil et de l’acier), vĂ©tĂ©ran du fanzine «ATEM» qui a soutenu tous les courants novateurs des annĂ©es 1970. Le quatriĂšme associĂ©, Dominique Franceschi, est Ă  l’origine des rĂ©cents «Kiss sans fard», autobiographie de Gene Simmons, et «Hell Bent for Leather. Confessions d’un accro au heavy metal» de Seb Hunter. Des plaisirs coupables qui rendent toute rĂ©sistance futile.
Les quatre Ă©diteurs prospectent de maniĂšre autonome et gĂšrent chaque projet de A Ă  Z, promotion incluse. Celle-ci se concentre sur les magazines spĂ©cialisĂ©s: «Un papier dans LibĂ© ou Les Inrocks a de toute façon un impact trĂšs limitĂ© pour les domaines que nous traitons.» Les commandes passent essentiellement par le web et les disquaires et libraires indĂ©pendants encore existants: «La grande distribution ne fait plus son boulot, dĂ©plore SĂ©bastien Raizer. Elle nĂ©glige le stock au profit des nouveautĂ©s. Dans beaucoup de succursales, les chefs ne se donnent mĂȘme plus la peine de passer les commandes que leur transmettent les responsables de rayons.» Et Camion Blanc, justement, se targue de n’avoir aucun titre Ă©puisĂ©, «sauf ceux pour lesquels le contrat avec l’ayant-droit n’a pu ĂȘtre reconduit». L’éditeur a trouvĂ© son public: «Depuis 1992, le mĂ©tier a changĂ© cinq fois. Il faut s’adapter. On ne recherche les coups, les livres qui engloutissent une fortune en publicitĂ© et finissent au marteau-pilon au bout de deux mois. Nos atouts sont la singularitĂ© et le travail de fond. C’est l’avenir de l’édition. Les gĂ©nĂ©ralistes peuvent fermer boutique.»
Cette approche sans concession se veut somme toute rĂ©aliste: Camion Blanc finance aussi ses titres les plus marginaux avec des succĂšs plus prĂ©visibles – un livre sur Noir DĂ©sir, ou «Les Seigneurs du Chaos», oeuvre culte sur la scĂšne black metal scandinave et ses brĂ»leurs d’églises, ou encore la «Bible satanique», trois titres vendus Ă  10’000 exemplaires chacun. Quant aux prĂ©jugĂ©s sur ses penchants sulfureux, SĂ©bastien Raizer les minimise: «La vraie censure, c’est le silence. Un curĂ© invitĂ© sur un plateau de tĂ©lĂ© avait brandi en vocifĂ©rant la Bible satanique. Le lendemain, les ventes explosaient.» En ces temps de rĂ©trĂ©cissement pernicieux de la libertĂ© d’expression, l’embellie de l’édition contre-culturelle a de bonnes chances de se poursuivre.

Roderic Mounir
Le Courrier 5 février 2011

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

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Ce livre est une mine pour qui s’intĂ©resse Ă  l’enregistrement (vintage), mais sans ĂȘtre rĂ©barbatif du tout pour les autres.
Un livre passionnant, tant il fourmille de dĂ©tails qui nous donnent l’impression d’ĂȘtre en studio avec les Beatles Ă  en entendre le chuintement des Bandes son, Ă  sentir l’odeur de l’herbe (!) qui planait lors des cessions d’enregistrement.

Christian Le Morvan
Blues magazine janv-fev-mars 2011

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Imaginez. Vous ĂȘtes nĂ© Ă  Londres dans une maison douillette. En 1962 vous avez quinze ans et vous nourrissez pour la musique une vĂ©ritable passion suite Ă  la dĂ©couverte de vieux 78 t cachĂ©s au fonds d’une malle. L’école ne vous convient plus et vous dĂ©cidez de franchir les portes des studios EMI afin d’y postuler pour un emploi. A cette Ă©poque, ces studios sont avant tout rĂ©servĂ©s aux enregistrements de musique classique, mais servent aussi Ă  enregistrer des chanteurs (ou chanteuses) de variĂ©tĂ© et dans la maison Emi, les ingĂ©nieurs du son travaillent en blouse blanche et le personnel de la maintenance, en blouse grise. EMI est Ă  l’image de toutes les sociĂ©tĂ©s d’aprĂšs guerre L’ambiance y est assez
fonctionnaire et la discipline, stricte. Votre entretient d’embauche se dĂ©roule merveilleusement bien et vous dĂ©crochez le poste. DĂšs votre second jour de travail comme assistant ingĂ©nieur du son, on vous charge d’aller retrouver dans un studio de la maison, quatre garçons turbulents qui viennent enregistrer une chanson « Love Me Do ».

A partir de lĂ , tout bascule.

Geoff Emerick (c’était lui le gamin de 15 ans) va se retrouver au cƓur d’une des plus excitantes histoires de la musique rock (et mĂȘme, de la musique en gĂ©nĂ©ral) puisqu’il va travailler, sous la houlette de George Martin, Ă  enregistrer pratiquement tout ce que les Beatles ont fait de mieux : Revolver, Sgt Peppers, White Album, Abbey Road. Ses mĂ©moires, rĂ©digĂ©es avec la complicitĂ© du journaliste Howard Massey et en rassemblant les souvenirs d’anciens collaborateurs de EMI donnent un Ă©clairage nouveau sur les quatre potes de Liverpool. De la frĂ©nĂ©sie des dĂ©buts oĂč la collaboration entre les musiciens et le « staff technique » permit de reculer les frontiĂšres du son et d’enrichir les titres de gĂ©niales trouvailles musicales, jusqu’au clash final, provoquĂ© par trop de tout (drogue, cĂ©lĂ©britĂ©, femmes) qui fit que les musiciens, sur les derniers albums, ne se retrouvaient quasiment plus tous ensemble en studio, chacun enregistrant ses parties, seul


Emerick dissĂšque cette histoire avec une certaine luciditĂ©, dressant un portrait, somme toute assez prĂ©cis, de chaque musicien, dĂ©voilant aussi les rapports qu’il avait avec chacun d’eux et ne cache pas, qu’au final, il a une vraie admiration pour Paul Mac Cartney (du reste, aprĂšs le split des Beatles, Geoff Emerick travaillera avec Mc Cartney, notamment sur son album : Band On The Run). Pendant un court moment, on a le sentiment qu’Emerick a tendance Ă  tirer un peu trop la couverture Ă  lui, Ă  savoir que les albums des Beatles n’auraient pas sonnĂ© ainsi s’il n’avait pas Ă©tĂ© lĂ  pour apporter toutes ces idĂ©es, relĂ©guant mĂȘme George Martin, le producteur, Ă  un rĂŽle subalterne. Mais bien vite ce sentiment s’estompe, la vraie histoire reprenant pleinement ses droits. D’autant qu’on a droit Ă  quelques anecdotes pas piquĂ©es des vers (celle concernant Harrison qui se fait piquer ses gĂąteaux par Yoko Ono est
croustillante).

L’introduction, signĂ©e Elvis Costello (Geoff Emerick enregistra son « Imperial Bedroom » piĂšce majeure dans l’Ɠuvre de Costello) est une pure merveille. Elvis revient sur le rĂŽle prĂ©pondĂ©rant du producteur et de l’ingĂ©nieur du son, sans qui, bien sur, certains chefs d’Ɠuvre musicaux n’auraient pas la mĂȘme texture sonore.

La traduction, signée Philippe Paringaux, est, une fois de plus, irréprochable.

Enfin, sachez que ce bouquin a reçu le Prix du Livre Rock, rĂ©compense créée par les librairies L’Arbre Ă  Lettres. Mais mĂȘme sans ce prix, la lecture de ce livre est plus que recommandĂ©e.

Freewheelin’JeanDo
Xroads Octobre 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Depuis la sĂ©paration des Beatles, il y a maintenant quarante ans, les librairies sont rĂ©guliĂšrement envahies par tout un tas d’ouvrages plus ou moins pertinents sur les quatre garçons dans le vent, biographies non autorisĂ©es, rĂ©vĂ©lations Ă  l’emporte-piĂšce et tĂ©moignages de personnes les ayant croisĂ©s un soir, trĂšs tard, dans un couloir mal Ă©clairé  ce genre.

Paul McCartney racontait il y a encore quelques annĂ©es sa maniĂšre de les juger : il en prenait un, l’ouvrait au hasard et commençait Ă  lire. AprĂšs trois erreurs, il le refermait Ă  jamais. Il en aurait beaucoup refermĂ©. On sait aussi qu’il s’est abstenu, tout comme Ringo Star, de commenter le livre de mĂ©moires de Geoff Emerick qui est sorti ces jours. Pourquoi? Simplement par respect pour l’ingĂ©nieur du son historique des Beatles. Il faut dire que du haut de ses quinze ans, cet assistant ingĂ©nieur, qui rencontre les Beatles lors de son deuxiĂšme jour de travail, ne va pas tarder Ă  violer toutes les rĂšgles d’enregistrement des studios Abbey Road pour donner un son novateur au groupe qui va rĂ©volutionner la pop music.

Commençant Ă  dĂ©placer le matĂ©riel, Ă  repositionner les micros, Ă  saturer les amplis et Ă  filtrer les voix, prenant de plus en plus d’importance dans le processus d’enregistrement du quatuor. Emerick commence gentiment, Ă  seize ans, Ă  devenir aussi indispensable que le vĂ©nĂ©rable George Martin, visiblement un peu dĂ©passĂ© par la rĂ©volution musicale en marche. Les Beatles refusent de sonner comme tout le monde sonnait Ă  l’époque. Grouillant d’anecdotes de studio aussi passionnantes que vĂ©ridiques, ce livre est un vĂ©ritable cadeau pour les fans des Beatles et de musique contemporaine en gĂ©nĂ©ral.

Imaginez, sept ans de vie commune Ă  enregistrer la bande-son d’une partie de l’humanitĂ©. Sept ans Ă  observer l’avĂšnement de quatre individus aussi connus que JĂ©sus, l’arrivĂ©e des drogues dans le groupe, l’érosion inĂ©luctable de la camaraderie et le dĂ©but de la fin. RacontĂ© par un homme de soixante-quatre ans, ce livre semble ĂȘtre narrĂ© par un jeune homme, preuve que le bonhomme, en plus d’avoir encore toute sa tĂȘte et toute sa mĂ©moire, a surtout gardĂ© la passion de ses jeunes annĂ©es et un dynamisme dont pourrait s’imprĂ©gner certains jeunes vieux. A noter une belle prĂ©face de Elvis Costello (dont Geoff Emerick a Ă©tĂ© l’ingĂ©nieur du son durant deux dĂ©cennies) qui rĂ©sume Ă  merveille les plus de quatre-cent-cinquante pages Ă  venir, en profitant pour glisser toute la tendresse et le respect qu’il Ă©prouve pour ce gĂ©nie du son un peu oubliĂ© mais que cet ouvrage devrait sans peine remettre dans la lumiĂšre.

daily-rock.com

Daily-rock (GenĂšve) Juillet 2010

- Les Beatles de l'intérieur

Ils sont nombreux Ă  prĂ©tendre au statut de cinquiĂšme Beatles. Ceux qui, dans l’ombre de John, Paul, George et Ringo, les ont aidĂ©s Ă  accoucher d’une Ɠuvre qui demeure parmi les plus passionnantes du siĂšcle dernier. Il en est un qui n’a jamais revendiquĂ© ce titre mais figure pourtant en bonne place parmi les prĂ©tendants au titre. Son nom, Geoff Emerick, est inconnu de la majoritĂ© d’entre nous. Seuls quelques passionnĂ©s de la lecture de notes de pochette auront remarquĂ© ce patronyme, accolĂ© Ă  des rĂ©ussites aussi indiscutables que Revolver, Sgt Pepper ou Abbey Road.

L’éditeur Le Mot et le reste, qui se dote d’un impressionnant catalogue d’ouvrages musicaux, a eu la riche idĂ©e de traduire le livre de souvenirs du bonhomme, initialement publiĂ© en Grande Bretagne en 2005. A peine parue, la traduction française, signĂ©e par Philippe Paringaux, rĂ©dacteur en chef des grandes annĂ©es de Rock&Folk, s’est vu attribuer le prix du livre rock 2010. Les souvenirs de ce discret gentleman sont prĂ©facĂ©s par Elvis Costello, avec qui il collabora sur le meilleur album du binoclard, Imperial Bedroom, en 1982. La saga de ce monsieur, embauchĂ© aux studios EMI Ă  l’ñge de 15 ans, est proprement fascinante. Promu ingĂ©nieur du son quatre ans plus tard, il fit ses armes avec l’album Revolver, un des disques les plus novateurs des sixties sur le plan du son. Les Beatles sont alors sur le point d’abandonner les tournĂ©es, et l’équipe de George Martin va les aider Ă  transposer sur disques leurs idĂ©es avant gardistes. Sans jamais chercher Ă  tirer la couverture Ă  lui, Emerick dĂ©cortique le processus crĂ©atif des quatre de Liverpool comme nul autre ne l’avait fait auparavant. Il dĂ©crit fort prĂ©cisĂ©ment l’interaction entre ces quatre amis vite propulsĂ©s au sommet, la complexitĂ© de leurs relations au fil des ans, et le rĂŽle particulier dĂ©volu Ă  George Harrison: Ă©crasĂ© par Lennon-McCartney au dĂ©but, le guitariste s’affirma pleinement comme leur alter ego au moment de l’album Abbey Road. Emerick ne nous Ă©pargne aucune des tensions qui ont prĂ©cipitĂ© la fin de l’histoire, mais il le fait sans voyeurisme et sans prendre parti pour l’un ou l’autre.

Il demeure fascinant qu’un ouvrage comme celui-ci puisse encore nous Ă©clairer sur une aventure qui prit fin avec les annĂ©es 1960, mais En studio avec les Beatles le fait Ă  merveille.

Olivier Nuc
Le Figaro 29 juin 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

MĂȘme si son nom n’est mentionnĂ© nulle part sur la pochette du Sgt Pepper’s des Beatles Geoff Emerick remporta un Grammy pour son travail d’ingĂ©nieur du son. Il avait seulement vingt ans Ă  l’époque, mais travaillait rĂ©guliĂšrement avec le Fab Four depuis leurs dĂ©buts. Son rĂ©cit d’«homme de l’ombre» est fascinant : Ă  une Ă©poque oĂč on peut crĂ©er un son vintage grĂące Ă  un ordinateur, il faut louer le travail de pionner de ce «pousseux de boutons» cĂ©leste qui devait dĂ©sobĂ©ir Ă  ses patrons d’EMI pour obtenir les sons que dĂ©siraient les quatre vedettes.

En prime, nous avons droit Ă  une vision de l’intĂ©rieur sur le processus crĂ©ateur du groupe, avec ses conflits de plus en plus graves Ă  mesure que la fin approche, mĂȘme si les quatre amis pouvaient Ă  tout moment retrouver leur complicitĂ© tapageuse, ou au besoin dresser un mur infranchissable entre eux et le reste du monde. Le plus incroyable est que cet homme sache rester humble, alors que les mĂ©lomanes du monde lui doivent tant, mĂȘme sans le savoir. Captivant.

librairiepantoute.com

Stéphane Picher
Le Libraire/ journal des librairies indépendantes Juin 2010

- Les Beatles vandalisés?

IngĂ©nieur du son aux vĂ©nĂ©rables studios EMI, le Britannique raconte dans ses mĂ©moires les Beatles depuis la console d’enregistrement.

Propos analogique et passionnant


 la suite dans le Rock & Folk de juillet p66-p72

Entretien P. ManƓuvre/G. Emerick
Rock & Folk juillet 2010

- Le prix du Livre rock rĂ©compense “En studio avec les Beatles”

FondĂ© par les librairies parisiennes L’Arbre Ă  letttres, le prix du Livre rock a Ă©tĂ© remis le 4 juin Ă  Geoff Emerick et Howard Massey pour En studio avec les Beatles (Le Mot et le Reste).
Pour sa deuxiÚme édition, le prix du Livre rock 2010 a été décerné vendredi 4 juin, au bar La Mécanique ondulatoire (Paris 11e), au document En studio avec les Beatles de Geoff Emerick et Howard Massey paru aux éditions Le Mot et le Reste.

L’ouvrage vient d’ailleurs de faire l’objet d’un retirage Ă  2 000 exemplaires alors que l’éditeur s’apprĂȘte Ă  changer de distributeur pour passer de Vilo Ă  Harmonia Mundi.

Livreshebdo.fr

Clarisse Normand
Livreshebdo.fr 7 juin 10

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Leur ingĂ©nieur du son raconte l’étonnant quotidien, riche d’inventions, au sein du studio.

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Tous leurs secrets d’enregistrement se trouvent dans ses MĂ©moires: bandes ralenties de piano pour donner du grain, ou bien accĂ©lĂ©rĂ©es pour rattraper une tonalitĂ© et bien sĂ»r Ă  l’envers

Des moments d’expĂ©rimentations magiques, oĂč s’inventent de nouvelles maniĂšres d’enregistrer, de nouveaux sons. L’avant-garde des techniques de masse.

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Patrick Scarzello
Sud-Ouest 26 mai 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Vous faisiez quoi vous, le 6 avril de vos 19 ans ? Geoff Emerick, lui, prenait officiellement ses fonctions d’ingĂ©nieur du son pour les Beatles, l’album s’appelerait Revolver et la premiĂšre sĂ©ance serait dĂ©diĂ©e Ă  Tomorrow Never Knows. Les indications de John Lennon : «Je veux que ma voix ressemble Ă  celle du DalaĂŻ Lama psalmodiant depuis le sommet d’une lointaine montagne». Inutile de broder, non ?

La suite sur Gonzai

Vernon
Gonzai Avril 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition


 Je voudrai citer tel ou tel passage, tant chaque page est rĂ©jouissante, mais il faudrait reproduire le livre in extenso. Tout le bouquin est un rĂ©gal pour les amateurs de musique et les fans des Beatles en particulier, qui le liront avec un CD des “ Fab Four “ en bande son. Absolument indispensable Ă©videmment.

Corboland78
paperblog.fr 3 avril 2010

- Craquement de chaussure


 Le rĂ©cit est vif, direct et franc. On y apprend une foule de choses sur la genĂšse de l’Ɠuvre des quatre garçons dans le vent, un vent crĂ©atif, parfois bon et parfois mauvais, mais toujours exceptionnel. Le livre dĂ©passe les habituels clichĂ©s trop souvent accumulĂ©s Ă  propos des Beatles et nous permet de mieux comprendre le processus crĂ©atif du groupe en studio ainsi que la part respective de chacun dans les trĂšs nombreux morceaux enregistrĂ©s de 1966 Ă  1969.

JL Tafforeau
jeanluctafforeau.blogspot.com 28 décembre 2009

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Un vrai conte de fées. La fée électricité, la fée pop musique, la fée magnétophone, la fée gravure


A l’ñge de 15 ans, en 1962, Geoff Emerick est engagĂ© par les studios de la firme EMI. Lors de sa deuxiĂšme journĂ©e de travail, il assiste Ă  la premiĂšre session d’enregistrement d’un groupe encore peu connu, The Beatles. Il s’agit de la mise en boĂźte de ce qui deviendra un succĂšs Ă©norme, « Love me do », point de dĂ©part d’un phĂ©nomĂšne unique dans l’histoire de la musique populaire. C’est aussi le dĂ©but d’un carriĂšre extraordinaire pour le jeune Emerick qui se verra confier par George Martin, le producteur-arrangeur du groupe, la responsabilitĂ© de l’enregistrement de l’album Revolver en 1966 (il a donc 19 ans). Ce disque, Ă  plus d’un titre (je ne peux que conseiller de l’écouter trĂšs attentivement), est une rupture dans l’histoire des musiques populaires enregistrĂ©es.

Ce livre, traduit par Philippe Paringaux, nous invite Ă  dĂ©couvrir presque jour aprĂšs jour, pour ce disque et les suivants (sauf « Let it be », qui fut massacrĂ© par le sinistre Phil Spector), les mĂ©thodes de travail, les innombrables astuces destinĂ©es Ă  compenser les faiblesses relatives du matĂ©riel de l’époque (comment synchroniser des magnĂ©tophones limitĂ©s Ă  deux pistes, monter et coller, comment fabriquer des effets inĂ©dits, rĂ©aliser des Ă©chantillons, mettre en place des boucles, comment gonfler le son, comment utiliser des bruitages, introduire des objets sonores
toutes idĂ©es et situations banales aujourd’hui, mais qui faisaient l’objet de dĂ©couvertes et recherches chez EMI – parfois, on se dit qu’ils auraient pu lorgner du cĂŽtĂ© de l’ORTF
) pour satisfaire des besoins Ă  la fois dĂ©mesurĂ©s et totalement justifiĂ©s artistiquement.

Ce livre est indispensable pour les amateurs de ce groupe (cette deuxiĂšme pĂ©riode, 66-69, est assez Ă©tonnante artistiquement, par son cĂŽtĂ© flamboyant et une Ă©tonnante incohĂ©rence qui en a fait certainement le charme : mĂȘme les albums Ă  thĂšme offrent une multitudes d’entrĂ©es), qui au passage auront le loisir de dĂ©couvrir leurs idoles de jeunesse sous un jour pas toujours sympathique
 Pour les musiciens et techniciens, le plaisir de dĂ©couvrir les modes de fonctionnement en studio, avant le rĂšgne du multipiste puis du numĂ©rique.

Pour tous les lecteurs, il sera possible de dĂ©couvrir de l’intĂ©rieur les articulations de la fabrications des succĂšs mais aussi des rĂ©ussites (et elles furent trĂšs nombreuses), la ringardise du gĂ©ant EMI, le rĂŽle du hasard et de l’intuition, les deux clĂ©s du talent de Mac Cartney et Lennon, mais enfin l’importance de l’investissement de Martin et Emerick. J’ai rĂ©-Ă©coutĂ© ensuite ces galettes qui bercĂšrent mon adolescence : Revolver, Sgt Peppers , White Album, Abbey Road, et les quelques bijoux rĂ©partis sur les bandes sonores des films « Magical mystery tour » et « Yellow Submarine » et sur l’indispensable compilation « Past masters » qui rassemble les perles absentes des albums. J’ai pu, amusĂ©, dĂ©couvrir le secret de fabrication de la chanson « Yellow submarine », sur laquelle mon premier groupe s’arracha les cheveux en 1967 : forcĂ©ment, ce n’est pas facile de rĂ©aliser ce collage en direct

On pourra reprocher aux auteurs quelques longueurs et rĂ©pĂ©titions. Ce qu’on doit retenir : le goĂ»t pour le travail et le recherche, l’investissement au service de la crĂ©ation, une certaine dĂ©sacralisation des idoles mais un profond respect pour les personnes.
MĂȘme si George H. a vraiment souffert pour sortir ses solos – il fut parfois remplacĂ© en studio par Paul Mc C., reconnaissons qu’à partir de 1968, il a enfin trouvĂ© son style
 Je m’égare.

Dino
Revue et Corrigée # 83 Mars 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

De toute la littĂ©rature produite par les Fab Four depuis quarante ans, En Studio avec les Beatles devrait s’imposer comme l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence, celui qui restitue avec le plus de prĂ©cision et de pertinence l’évolution musicale du groupe.
Pendant plus de 400 pages, il n’est question que de musique et de gens qui la font, de part et d’autre de la vitre qui sĂ©pare le studio de la cabine technique.
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Dans un style prĂ©cis et Ă©lĂ©gant En studio avec les Beatles est Ă  la fois un formidable roman d’initiation , une ample fresque sur l’invention de la pop moderne, un document prĂ©cieux et dĂ©taillĂ© sur le fonctionnement d’un studio d’enregistrement dans les annĂ©es 60 et le mĂ©tier d’ingĂ©nieur du son, le tĂ©moignage enthousiaste de l’Ɠuvre d’une vie.
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Surtout, le livre replace au cƓur du processus artistique l’intelligence technique et l’imagination bricoleuse que Geoff Emerick mobilise pour donner corps aux idĂ©es des Beatles.
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Quel autre livre peut se prévaloir de jeter ainsi un éclairage neuf sur une discographie aussi aimée et intimement connue?

Vincent Théval
Magic Février 2010

- "Here's Geoff the Sun" !

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) «C’est foutrement gĂ©nial» dit Lennon, «c’est le DalaĂŻ Lennon !» s’exclame Paul (McCartney, vous l’aurez devinĂ©) «Bien jouĂ© Geoff» insiste Georges Martin
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De toute Ă©vidence Geoff a rĂ©ussi son coup
..et ce n’est pas fini,car si il vient de rĂ©volutionner la façon de traiter le son d’une voix en la passant dans une cabine Leslie d’Orgue Hammond, Emerick va en plus, quelques minutes plus tard enchanter Ringo en violant pour la premiĂšre fois les rĂšgles trĂšs strictes des placements de micros de batterie (ils sont fous ces anglais !!) et ainsi inventer un son de batterie Ă©tonnement prĂ©cis, subtil et maintes fois copiĂ© dans les 40 annĂ©es suivantes sur tout bon disque de pop music
.. Nous sommes le 6 avril 1966, le groupe s’appelle The Beatles, la chanson se nommera finalement “Tommorow Never Knows” et l’album qui sortira sous le nom de Revolver va ni plus ni moins changer radicalement la maniĂšre d’enregistrer de la musique.

Si les Beatles ont avec ce morceau (puis ensuite avec Revolver tout entier) posĂ© les bases d’une ravissante pop anglaise psychĂ©dĂ©lique (le sitar et la tambura de Georges Harrison) et involontairement, une partie de la musique Ă©lectronique (les loops sonores de McCartney, la batterie de Ringo) c’est avant tout Ă  Georges Martin et Ă  Geoff Emerick qu’ils le doivent.Quand le premier est l’entier responsable de l’introduction de sections de cuivres et d’orchestres Ă  cordes dans les chansons des Beatles, le deuxiĂšme est assurĂ©ment l’artisan des expĂ©rimentations des Fab Four, celui qui a transformĂ© le rĂȘve en rĂ©alitĂ©, des samples hĂ©tĂ©roclites en vĂ©ritable instrument et des idĂ©es farfelues en rĂ©volution musicale.

Dans ce formidable bouquin qu’on lit comme un roman d’aventure palpitant,il dĂ©crit,avec une subjectivitĂ© fort bienvenue dans le nombre incalculable de livres sur le sujet, ses moments passĂ©s Ă  enregistrer les Beatles : des longues nuits incroyablement productives de Revolver et Sgt Pepper jusqu’a Ă  Abbey Road, chant du cygne extraordinaire menĂ© par McCartney en passant par la zizanie et la fuite de l’enregistrement du White Album, qui aprĂšs la lecture de ce livre devient un album maudit,mauvais et malsain tandis qu’on se surprend encore a fredonner Dear Prudence ou Ă  head-banger sur Helter Skelter.

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Et si l’idĂ©e de casser votre tirelire pour l’achat de l’intrĂ©grale des Beatles en mono vous rebute complĂštement, celui du livre de Geoff Emerick et sa lecture, pour beaucoup moins cher, vous feront au moins saisir l’intĂ©rĂȘt d’écouter les merveilles des Fab Four avec un systĂšme sonore adĂ©quate (comment ainsi savoir que leur premiers tubes perdent toute la puissance de leur interprĂ©tation quand ils sont jouĂ©s en stĂ©rĂ©o) ou tout simplement comprendre pourquoi cet ingĂ©nieur du son parfois oubliĂ© au profit du producteur Georges Martin a permit la crĂ©ation des plus grandes merveilles de la pop music qui n’ont depuis, jamais Ă©tĂ© Ă©galĂ©es.

Zak Laughed
Fanzine Mange disque Février 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Geoff Emerick est un sujet de sa majestĂ© d’origine modeste dont l’ingĂ©niositĂ© a rendu d’incommensurables services Ă  la nation en travaillant avec la plus cĂ©lĂšbre formation pop des annĂ©es soixante et soixante dix. En effet en 1962 Geoff trouve, Ă  15 ans, le job de ses rĂȘves : il est embauchĂ© Ă  Londres en tant qu’assistant ingĂ©nieur du son dans les trĂšs rĂ©putĂ©s studios d’enregistrements EMI. Deux jours plus tard, il assiste Ă  la premiĂšre sĂ©ance du groupe de jeunes dont tout le monde parle : les Beatles.

Les Beatles qui reviendrons plus tard avec un imaginaire musical novateur, des exigences artistiques et techniques souvent inĂ©dites et, il faut bien le dire, parfois incroyablement farfelues. Ces mĂȘmes Beatles rencontreront jusqu’à leur sĂ©paration (et pour certains d’entre eux pendant leur carriĂšre en solo), un autre imaginaire capable de rĂ©pondre Ă  leurs attentes, celui de Geoff Emerick, jeune assistant puis ingĂ©nieur qui n’hĂ©sitera pas Ă  transgresser les rĂšgles d’utilisation du matĂ©riel, Ă  bricoler des systĂšmes d’enregistrements tout Ă  fait expĂ©rimentaux et Ă  crĂ©er, avec des bouts de ficĂšles, des inventions soniques tout Ă  fait extraordinaires.

Quand John Lennon demande Ă  ce que sa voix ressemble Ă  celle du DalaĂŻ Lama psalmodiant depuis le sommet d’une lointaine montagne, tout le monde se regarde, les uns sont fascinĂ©s, d’autres restent dubitatifs pendant que l’équipe technique commence Ă  paniquer, je pense qu’on le serait Ă  moins. Geoff Emerick, lui, sent la pression monter sur ses Ă©paules, il fait l’inventaire du matĂ©riel Ă  disposition et trĂšs vite imagine utiliser un systĂšme d’enceintes tournantes pour donner Ă  la voix de John ce son Ă  priori impossible. Le rĂ©sultat est impressionnant, les musiciens sont emballĂ©s par cette trouvaille. C’est pour l’ingĂ©nieur le dĂ©but d’une certaine reconnaissance de la part des Beatles et de Georges Martin, mais c’est surtout le dĂ©but d’une carriĂšre extraordinaire au cours de laquelle il n’aura de cesse d’imaginer et de bricoler des inventions qui participeront Ă  la naissance de nouvelles identitĂ©s sonores aujourd’hui dĂ©finitivement gravĂ©es dans l’histoire musicale du vingtiĂšme siĂšcle.

Le livre est tout Ă  fait passionnant, il apporte une vision, un tĂ©moignage Ă©tonnamment prĂ©cis sur le quotidien des Beatles, de leur entourage avec une constante bienveillance pour les uns et une dent dure mais lucide pour les autres. Elvis Costello, qui travaillera Ă©galement dans les annĂ©es 80 avec Geoff Emerick, signe la prĂ©face et souligne judicieusement toute la gĂ©nĂ©rositĂ©, la simplicitĂ© et l’humour de son auteur en mettant en exergue cette phrase dĂ©licieuse de Geoff Emerick lorsqu’il Ă©crit «Nous enregistrĂąmes Tomorrow Never Knows, puis nous rentrĂąmes chez nous dĂ©guster quelques gĂąteaux secs.»

Le livre est un pur moment de culture et d’histoire musicale anglaise, il s’intitule En Studio avec les Beatles, il est Ă©ditĂ© chez Le Mot et le Reste dans la collection Attitudes, on doit sa traduction Ă  l’excellente plume de Philippe Paringaux.

Tapage Nocturne

Éric Serva
France Musique / Tapage Nocturne Février 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Hasard du calendrier ou coup bien calculĂ©, ce livre arrive au moment oĂč le plus grand groupe de l’Histoire de la pop subit la plus grande entreprise marketing de l’Histoire de la pop. RĂ©jouissons-nous, car cela pourrait bien profiter aux Ă©ditions marseillaises Le Mot et le Reste qui le mĂ©ritent depuis longtemps pour l’ensemble de leur catalogue. En studio avec les Beatles relate l’expĂ©rience — ou plus prĂ©cisĂ©ment les expĂ©riences sonores — de Geoff Emerick, ingĂ©-son des Fab Four de 1966 Ă  la fin. C’est la meilleure pĂ©riode des Beatles, et le bouquin est passionnant. PrĂ©face d’Elvis Costello, traduction de l’éminent journaliste Philippe Paringaux : la totale.

Ventilo

Nas/im
Ventilo Décembre 2009

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Captivant. Passionnant. Addictif mĂȘme. En 1962, Geoff Emerick n’a pas encore 16 ans quand il est embauchĂ© comme assistant ingĂ©nieur du son aux studios EMI du 3 Abbey Road, Ă  Londres. Pour son deuxiĂšme jour de travail, il assiste Ă  l’enregistrement de « Love me Do » d’un groupe de Liverpool dont tout le monde parle. En 1966, Emerick devient l’ingĂ©nieur du son attitrĂ© des Beatles. Il s’occupera d’eux pour les albums Revolver, Sergent Pepper’s, Abbey Road et pour de nombreux singles mythiques. En 2005, il publie ses souvenirs de cette pĂ©riode.

Traduit en français en 2009 (par l’ancien rock critic Philippe Paringaux), son livre et un puits d’informations, d’anecdotes et de dĂ©tails techniques, un rĂ©cit sans fioritures, toujours bien Ă©crit et trĂšs humble. C’est le genre de livre qui vous apprend quelque chose Ă  chaque paragraphe : le son de la batterie sur « Tomorrow Never Knows », les astuces de George Martin pour obtenir un son inĂ©dit, le montage de « This Boy », le jeu limitĂ© de George Harrison, etc.

En studio avec les Beatles est aussi une fenĂȘtre ouverte sur l’univers trĂšs particulier de ces fameux studios EMI. Une ambiance administrative, trĂšs hiĂ©rarchisĂ©e, fonctionnant comme une bureaucratie, en complet dĂ©calage par rapport aux sixties dĂ©bridĂ©es, dehors !

Emerick nous fournit Ă©galement une belle galerie de portraits. Ceux des quatre Beatles bien sĂ»r, parmi lesquels l’auteur nouera une vraie complicitĂ© avec McCartney, mais aussi du producteur George Martin, grand anglais digne et sĂ©vĂšre Ă  l’ancienne, et Norman Smith, le premier ingĂ©nieur du son, plus en phase avec la pop-music.

Suite101

Arnaud Devillard
Suite 101 Janvier 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

Ce n’est pas un hasard si on le surnomme “Oreilles d’Or” chez EMI. DĂšs son arrivĂ©e, Ă  l’ñge de 16 ans, dans les studios d’enregistrement d’EMI, Geoff Emerick fait grande impression. Naturellement douĂ©, mĂ©lomane, passionnĂ© et pointilleux, il fait vite des merveilles en studio d’enregistrement. EmbauchĂ© comme stagiaire en 1962, il assiste aux premiĂšres sĂ©ances d’enregistrement des quatre garçons dans le vent. Évoluant rapidement grĂące Ă  son sens du dĂ©tail, il assiste l’ingĂ©nieur du son Norman Smith sur les albums des Beatles. Jusqu’à Revolver, en 1966. Smith Ă©tant parti s’occuper des prometteurs Pink Floyd, George Martin dĂ©signe comme Emerick ingĂ©nieur du son officiel des Beatles. Il n’a que 19 ans. C’est Ă  ce moment-lĂ , rempli d’angoisse et d’excitation (prĂ©monitoires de la suite des Ă©vĂ©nements), que dĂ©bute En studio avec les Beatles.
Heureusement, Emerick passe l’épreuve du feu et rĂ©ussit mĂȘme Ă  trouver l’astuce magique, grĂące Ă  la fameuse cabine Leslie, pour que la voix de John Lennon « sonne comme celle du DalaĂŻ Lama chantant du haut d’une montagne » sur le fameux et avant-gardiste morceau “Tomorrow Never Knows”. Et ce n’est que le dĂ©but. Pendant sept annĂ©es, et ici plusieurs centaines de pages, Emerick trouvera des solutions diverses, variĂ©es et souvent incroyables, pour satisfaire les caprices sonores les plus fous des Beatles. C’est entre les quatre murs des studios Abbey Road (qualifiĂ©s de “glauques” par Emerick!) que s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de la pop music. Sgt. Pepper’s Lonely Heart Club Band n’aurait pas Ă©tĂ© tel qu’il est, avec une telle chatoyance sonore, si Emerick ne s’en Ă©tait pas mĂȘlĂ©. Mais cette Ă©mulation constante, cette passion et la fiertĂ© de travailler avec des musiciens hors-pairs que sont les Beatles ne suffisent pas Ă  compenser les dissensions grandissantes qui se crĂ©ent au fil des annĂ©es. Le mauvais caractĂšre de Ringo Starr, la distance de George Harrison, l’obstination de Paul McCartney et le lunatisme de John Lennon deviennent ingĂ©rables. Emerick claque la porte pendant l’enregistrement du White Album
 Pour mieux revenir sur Abbey Road, le chant du cygne du groupe!
MalgrĂ© une position de choix pour voir et donc commenter les Ă©vĂ©nements personnels qui influĂšrent sur la destinĂ©e des Beatles (l’arrivĂ©e de Yoko Ono, la dĂ©ception indienne, les drogues, etc.), Emerick ne tombe jamais dans la psychologie de bas Ă©tage. D’aprĂšs lui, les Beatles se sĂ©parent d’abord et surtout pour cause de divergences artistiques (John veut aller plus loin dans l’avant-garde tandis que Paul souhaite rester dans la pop, etc.) et non pas pour Ă  cause de sombres et mesquines querelles de couples Lennon/McCartney.

MĂȘme aprĂšs les Beatles, la vie continue. Emerick revient sur la construction puis le naufrage des studios Abbey Road puis ses multiples collaborations avec McCartney, notamment avec les Wings. Ces expĂ©riences seront le ciment d’une longue amitiĂ©, renforcĂ©e lorsque McCartney et Emerick perdent respectivement leurs Ă©pouses emportĂ©es par le cancer. L’ingĂ©nieur du son se souvient aussi de son rĂŽle dans les enregistrements des Badfinger et d’Elvis Costello. C’est ce dernier qui signe la prĂ©face de l’ouvrage, louant les qualitĂ©s d’écoute – dans tous les sens du terme – d’Emerick. Costello ne cache pas sa joie de voir enfin la vie de studio des Beatles rĂ©vĂ©lĂ©e, rĂ©action comprĂ©hensible lorsqu’on sait que les Beatles, Ă  leur maniĂšre, rĂ©inventĂšrent, de maniĂšre pĂ©renne et rĂ©volutionnaire, la musique.

L’ouvrage de Geoff Emerick, co-Ă©crit avec l’auteur et critique Howard Massey, s’avĂšre donc passionnant, souvent drĂŽle, parfois Ă©mouvant et, surtout, trĂšs instructif. Nul besoin d’ĂȘtre un spĂ©cialiste du genre pour comprendre l’immense rĂŽle que jouent les techniciens et les ingĂ©nieurs du son sur l’enregistrement d’un album, de qui plus est un album des Beatles. MalgrĂ© leurs alĂ©as d’humeur et leur fiertĂ© dĂ©mesurĂ©e, ceux-ci vouaient une confiance aveugle Ă  leur Ă©quipe. Ce qui n’est plus souvent le cas aujourd’hui, regrette un Emerick nostalgique des bricolages analogiques. DĂ©sormais, les musiciens se chargent souvent de la production de leurs disques
 Ă  raison ou, le prĂ©cise l’auteur, Ă  tort. Mais nulle rĂ©flexion dĂ©magogique ici, Emerick fait comme il l’a toujours fait: il donne, aussi humblement et sincĂšrement possible, son avis
 Ce prĂ©cieux sens de le musique et des techniques du son lui valent quatre Grammy Awards dont le dernier en date, en 2003, rĂ©compense l’ensemble de son oeuvre.

Enfin, En Studio avec les Beatles atteste, une fois encore, des talents de traducteur du brillant journaliste Philippe Paringaux. Le rĂ©cit ne serait peut-ĂȘtre pas aussi fluide et cohĂ©rent sans son pertinent dĂ©cryptage. “Le destin a voulu que j’assiste Ă  la toute premiĂšre sĂ©ance d’enregistrement des Beatles en septembre 1962, et Ă  la derniĂšre, le 20 aoĂ»t 1969”, nous confie Geoff Emerick, omettant de prĂ©ciser que c’est Ă©galement son talent qui l’a menĂ© sur les sentiers (sinueux) de la gloire. Et faisant des mĂ©moires d’un modeste (mais indispensable) ingĂ©nieur du son des Beatles un ouvrage passionnant autant qu’édifiant.

nonfiction.fr

Sophie Rosemont
nonfiction.fr Janvier 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

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) On dĂ©vore le bouquin, que l’on soit ou pas Beatles dingo ou seulement curieux de comprendre le vrai truc derriĂšre les titres les plus entendus, rabĂąchĂ©s, inĂ©vitables au monde! Bien sĂ»r, en apprendre un peu plus sur les quatre de Liverpool, leurs rapports respectifs, leurs hĂ©sitations, leurs Ă©checs et leurs rĂ©ussites magistrales, ajoute au plaisir dĂ©lectable que ce vĂ©nĂ©rable gentleman transmet avec simplicitĂ©.

AgnÚs Léglise
Rock & Folk Janvier 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

L’annĂ©e 2009 aura Ă©tĂ© celle des Beatles avec la réédition de leur Ɠuvre intĂ©grale en CD et la parution de nombreux ouvrages les concernant.
Parmi les plus intéressants, ce recueil fleuve de presque 500 pages ressort du lot.
Dans cet ouvrage incontournable, Geoff Emerick nous permet de dĂ©couvrir qu’il mit au point des mĂ©thodes qui donnĂšrent au son des Beatles une nouvelle couleur.

Raymond Serini
Nouvelle vague Janvier 2010

- En studio avec les Beatles - Nouvelle édition

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William Rejault
Site le post.fr Décembre 2009