En route vers Woodstock - Nouvelle édition
De Kerouac Ă Dylan, la longue marche des babyboomers
Ce nâest pas un livre sur Woodstock, oĂč dâailleurs il ne se passa rien [âŠ] mais un livre qui permet de comprendre pourquoi 500 000 personnes se sont retrouvĂ©es pour vivre trois jours de musique, de paix et dâamour divisant profondĂ©ment lâAmĂ©rique et posant trĂšs clairement la diversitĂ© des aspirations dâune jeunesse en rupture avec ce quâil restait du rĂȘve amĂ©ricain de leurs parents.
Ăric Serva, France Musique
© Le mot et le reste, premiÚre édition, 2009.
© Le mot et le reste, deuxiÚme édition, 2014.
En route vers Woodstock est le tĂ©moignage des espoirs et des combats dâune gĂ©nĂ©ration en rupture avec le rĂȘve amĂ©ricain, les babyboomers, retraçant ses mouvements, expliquant ses racines et analysant ses rĂ©volutions. Avec la musique â notamment le rock â comme fil conducteur, câest une AmĂ©rique en profonde mutation qui est ici dĂ©cryptĂ©e, rythmĂ©e par un cortĂšge auquel prennent part Bill Haley, Elvis Presley, Chuck Berry, Joan Baez, Jimi Hendrix, et surtout Bob Dylan mais Ă©galement Jack Kerouac, James Dean, Allen Ginsberg, Ken Kesey, Martin Luther King, le clan Kennedy⊠JusquâĂ lâultime couronnement , le symbole de ces annĂ©es mĂ©morables : trois jours de de âpaix, musique et amourâ le 15, 16 et 17 aoĂ»t 1969, pour un festival mythique qui faillit ne jamais voir le jour, dont les artisants et parcipants restĂšrent Ă jamais nostalgiques.
Revue de presse
- Des droits civiques au LSD : les chemins qui menÚrent à Woodstock Sandrine Samii Le Nouveau Magazine Littéraire 14 août 2019
- Il y a 50 ans, Woodstock Serge Hartmann Les DerniĂšres Nouvelles d'Alsace 22 juillet 2019
- En Route vers Woodstock - De Kerouac Ă Dylan - Ăric Serva France Musique 07 mai 2009
- Mémoire d'un festival L'Alsace
Aux rythmes du blues, du folk et du rock psychĂ©dĂ©lique, En route vers Woodstock de Jean-Marc Bel raconte le cheminement politique et artistique qui mena la jeunesse amĂ©ricaine jusquâau festival mythique, il y a maintenant 50 ans. Paru pour la premiĂšre fois en 1994, cet ouvrage remarquable est rééditĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste.
Sans relĂąche, les personnages de Sur la route de Jack Kerouac sont Ă la recherche de « ĂA » : la « pulse ». Ils la trouvent auprĂšs dâune bande de musiciens afro-amĂ©ricains jouant derriĂšre une boĂźte de nuit Ă San Fransisco â « ça y est, le sax chope la pulse et tout le monde lâa compris » â ou en partageant leurs visions hallucinĂ©es de la route â « la voiture tanguait au rythme de la bonne pulse quâon tenait nous-mĂȘmes dans notre joie, notre enthousiasme suprĂȘme du fait de parler et de vivre jusquâau bout, jusquâau nĂ©ant de la transe ». PubliĂ© en 1957, ce livre a eu une influence importante sur les babyboomers, alors adolescents, qui se retrouveront douze ans plus tard au festival de Woodstock. Dans son ouvrage, Jean-Marc Bel ne sâattarde pas sur les performances dĂ©sormais mythiques de ces trois jours de paix et de musique, au profit dâun autre questionnement : quelles routes durent prendre ces jeunes pour en arriver lĂ ? Pour leurs aĂźnĂ©s, marquĂ©s par la Grande DĂ©pression, la route conjure des images de familles chassĂ©es de chez elles par la pauvretĂ©, les Joads des Raisins de la colĂšre de Steinbeck. Rien Ă voir avec une quĂȘte dâidentitĂ© et dâauthenticitĂ©. Les babyboomers sont diffĂ©rents : « Ces adolescents ont lâenthousiasme de ceux qui, eux, nâont connu ni la dĂ©pression, ni la guerre, ni le maccarthysme, et tiennent pour acquise la richesse que produit lâAmĂ©rique », explique Bel. VĂ©nĂ©rant James Dean, Elvis Presley et Marlon Brando, refusant lâordre Ă©tabli « sans autre cause quâune impression de malaise, (âŠ) sans mĂȘme rĂȘver dâune autre sociĂ©tĂ© », ces rebels without a cause sont rattrapĂ©s par la guerre froide et les vieux dĂ©mons de lâAmĂ©rique.
La Marche sur Washington
Certains prennent la route pour dĂ©fendre le mouvement des droits civiques. Alors quâen thĂ©orie, grĂące au boycott des bus de Montgomery initiĂ© par Rosa Parks et Martin Luther King, un arrĂȘt de la Cour SuprĂȘme a rendu illĂ©gale la sĂ©grĂ©gation dans les transports depuis 1956, les Ătats du Sud continuent Ă traiter les voyageurs afro-amĂ©ricains comme des criminels. Pour protester contre cette situation, les premiers freedom rides (« voyages de la libertĂ© ») sont organisĂ©s en 1961. Des groupes de voyageurs noirs et blancs empruntent les mĂȘmes bus avec lâintention de traverser le Sud des Etats-Unis et de faire valoir concrĂštement lâintĂ©gration. Des foules les attendent sur leur chemin, armes en main, et de nombreux militants sont mis en prison, malgrĂ© la lĂ©galitĂ© de leur action au niveau fĂ©dĂ©ral. « Comme au pas de cette vieille femme noire qui, alors quâon lui demandait si elle nâĂ©tait pas fatiguĂ©e de marcher durant le boycott des bus de Montgomery, avait rĂ©pondu (âŠ) « si, ami, mes pieds sont trĂšs fatiguĂ©s, mais mon Ăąme est sereine », le mouvement des Noirs pour les droits civiques allaient poursuivre son cheminement souterrain ».
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Aux rythmes du blues, du folk et du rock psychĂ©dĂ©lique, En route vers Woodstock de Jean-Marc Bel raconte le cheminement politique et artistique qui mena la jeunesse amĂ©ricaine jusquâau festival mythique, il y a maintenant 50 ans. Paru pour la premiĂšre fois en 1994, cet ouvrage remarquable est rééditĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste.
Sans relĂąche, les personnages de Sur la route de Jack Kerouac sont Ă la recherche de « ĂA » : la « pulse ». Ils la trouvent auprĂšs dâune bande de musiciens afro-amĂ©ricains jouant derriĂšre une boĂźte de nuit Ă San Fransisco â « ça y est, le sax chope la pulse et tout le monde lâa compris » â ou en partageant leurs visions hallucinĂ©es de la route â « la voiture tanguait au rythme de la bonne pulse quâon tenait nous-mĂȘmes dans notre joie, notre enthousiasme suprĂȘme du fait de parler et de vivre jusquâau bout, jusquâau nĂ©ant de la transe ». PubliĂ© en 1957, ce livre a eu une influence importante sur les babyboomers, alors adolescents, qui se retrouveront douze ans plus tard au festival de Woodstock. Dans son ouvrage, Jean-Marc Bel ne sâattarde pas sur les performances dĂ©sormais mythiques de ces trois jours de paix et de musique, au profit dâun autre questionnement : quelles routes durent prendre ces jeunes pour en arriver lĂ ? Pour leurs aĂźnĂ©s, marquĂ©s par la Grande DĂ©pression, la route conjure des images de familles chassĂ©es de chez elles par la pauvretĂ©, les Joads des Raisins de la colĂšre de Steinbeck. Rien Ă voir avec une quĂȘte dâidentitĂ© et dâauthenticitĂ©. Les babyboomers sont diffĂ©rents : « Ces adolescents ont lâenthousiasme de ceux qui, eux, nâont connu ni la dĂ©pression, ni la guerre, ni le maccarthysme, et tiennent pour acquise la richesse que produit lâAmĂ©rique », explique Bel. VĂ©nĂ©rant James Dean, Elvis Presley et Marlon Brando, refusant lâordre Ă©tabli « sans autre cause quâune impression de malaise, (âŠ) sans mĂȘme rĂȘver dâune autre sociĂ©tĂ© », ces rebels without a cause sont rattrapĂ©s par la guerre froide et les vieux dĂ©mons de lâAmĂ©rique.
La Marche sur Washington
Certains prennent la route pour dĂ©fendre le mouvement des droits civiques. Alors quâen thĂ©orie, grĂące au boycott des bus de Montgomery initiĂ© par Rosa Parks et Martin Luther King, un arrĂȘt de la Cour SuprĂȘme a rendu illĂ©gale la sĂ©grĂ©gation dans les transports depuis 1956, les Ătats du Sud continuent Ă traiter les voyageurs afro-amĂ©ricains comme des criminels. Pour protester contre cette situation, les premiers freedom rides (« voyages de la libertĂ© ») sont organisĂ©s en 1961. Des groupes de voyageurs noirs et blancs empruntent les mĂȘmes bus avec lâintention de traverser le Sud des Etats-Unis et de faire valoir concrĂštement lâintĂ©gration. Des foules les attendent sur leur chemin, armes en main, et de nombreux militants sont mis en prison, malgrĂ© la lĂ©galitĂ© de leur action au niveau fĂ©dĂ©ral. « Comme au pas de cette vieille femme noire qui, alors quâon lui demandait si elle nâĂ©tait pas fatiguĂ©e de marcher durant le boycott des bus de Montgomery, avait rĂ©pondu (âŠ) « si, ami, mes pieds sont trĂšs fatiguĂ©s, mais mon Ăąme est sereine », le mouvement des Noirs pour les droits civiques allaient poursuivre son cheminement souterrain ».
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Du 15 au 17 aoĂ»t 1969, 500 000 enfants du flower power se retrouvaient Ă Woodstock. Retour sur la bande-son de ces trois jours « de paix, de musique et dâamour ».
Ne croyez personne au-dessus de 30 ans. » La formule quâaffectionnait cette jeunesse contestataire se vĂ©rifiait jusquâauprĂšs des organisateurs du festival de Woodstock : quatre entrepreneurs dont la somme des Ăąges ne totalisait pas 100 ans. PassionnĂ©s de musique mais ayant tout de mĂȘme un minimum le sens des affaires, ils tablaient sur cette formule du festival pop qui avait connu le succĂšs Ă Newport en 1965 avec Bob Dylan en tĂȘte dâaffiche, Monterey en 1967 ou encore Ă Miami en 1968. Jusque-lĂ , rien nâavait encore Ă©tĂ© tentĂ© du cĂŽtĂ© de New York, dont le potentiel Ă©tait pourtant Ă©norme. Une lacune Ă combler, donc. DâaprĂšs leurs calculs Ă 50 000 spectateurs, ils Ă©taient dans les clous. Ă 70 000, câĂ©tait le jackpot. On sait quâils seront au final 500 000 ! Ce qui nâempĂȘcha pas les jeunes businessmen de connaĂźtre le douloureux frisson de la dĂ©route financiĂšre. Parce quâau final, les coĂ»ts de production, cachets des artistes compris Ă©taient bien plus Ă©levĂ©s quâattendus. Et aussi et surtout parce quâemportĂ©e dans lâĂ©lan du flower power et du rejet de lâĂ©conomie marchande, une masse Ă©norme de spectateurs força lâentrĂ©e du festival, sans payer un seul cent. Ce furent les droits du film, rĂ©alisĂ© par Michael Wadleigh, assistĂ© dâun certain Martin Scorsese, et de la b.o. qui lâaccompagnera, qui remettront Ă flot les quatre investisseurs. Un film qui fera beaucoup pour la postĂ©ritĂ© du festival. Elle immortalisera des moments dâanthologie : Jimi Hendrix (le plus gros cachet du festival) crucifiant lâhymne amĂ©ricain en dâĂ©lectriques distorsions, Joe Cocker et sa version Ă©nervĂ©e et rugueuse de With a little help from my friends, Santana avec un Soul sacrifice dâune Ă©nergie folle oĂč le jeune batteur Michael Shrieve (20 ans !) exĂ©cute un solo Ă couper le souffle, Ten Years After et un Iâm going home qui vaudra Ă Alvin Lee le titre de guitariste le plus rapide Ă lâOuest du Pecos⊠à lâoccasion du 50e anniversaire du festival, une réédition en triple CD fait resurgir cet instant exceptionnel dans lâhistoire de la musique populaire. Les Who, Jefferson Airplane, Janis Joplin, The Band, Crosby, Stills & Nash⊠Que du bonheur. Seul regret, mais on imagine quâil sâagit de tristes problĂšmes de droits : lâabsence dans cette version du passage de Jimi Hendrix â Woodstock 50 th anniversary, chez Rhino. Ă la bande-son, sâajoutent les images. Celle du livre-coffret que signe Michka Assayas et dans lequel figure le film de Michael Wadleigh en blu-ray. Fin connaisseur du rock (dont il pilote le dictionnaire dans la trĂšs respectable collection Bouquins de chez Laffont), lâauteur y restitue le contexte dans lequel sâinscrivait le festival, et propose une discographie qui documente le meilleur de la scĂšne musicale de la fin des sixties â Woodstock, three days of peace & music, chez GM Ăditions. Moins luxueuse, mais embrassant bien plus largement son sujet, la réédition dâEn route vers Woodstock, du regrettĂ© Jean-Marc Bel. Paru en 1994, il sâagit-lĂ dâun ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur la culture populaire amĂ©ricaine, les Ă©volutions et contradictions de la sociĂ©tĂ© dans un pays confrontĂ© Ă la fois Ă la lutte pour les droits civiques de la communautĂ© afro-amĂ©ricaine et Ă la guerre du Vietnam. Car si en aoĂ»t 1969, 500 000 jeunes sâĂ©taient rĂ©unis sur le site de Bethel pour communier dans la paix, la musique et lâamour, 500 000 autres se battaient au Vietnam. â En route vers Woodstock, Ă©ditions Le Mot
et le Reste.
Retour sur les annĂ©es 60 : Les Ă©ditions Le Mot et Le Reste ont rĂ©cemment rééditĂ© un ouvrage du regrettĂ© Jean Marc Bel intitulĂ© En Route vers Woodstock â De Kerouac Ă Dylan â La Longue Marche des Babyboomers. Ce nâest pas un livre sur Woodstock, ou dâailleurs il ne se passa rien puisque les habitants de cette ville refusĂšrent de voir dĂ©barquer chez eux des milliers de hippies et que le festival dit de Woodstock se passa Ă Bethel Ă une centaine de kilomĂštres au sud ouest du point initial, mais câest un livre sur le pourquoi du comment cinq cent mille personnes se sont retrouvĂ©es pour vivre trois jours de musique, de paix et dâamour divisant profondĂ©ment lâAmĂ©rique et posant trĂšs clairement la diversitĂ© des aspirations dâune jeunesse en rupture avec ce quâil restait du rĂȘve amĂ©ricain de leurs parents. Lâouvrage est passionnant puisquâil va chercher les sources de cette autre longue marche dans lâhistoire politique, Ă©conomique, sociale et artistique des Etats Unis dâAmĂ©rique. Les guerres dâEurope, du Pacifique, du sud est asiatique, la crise de 29, le McCarthysme, la SDN, lâONU, le plan Marshall, la guerre froide, la radio, la tĂ©lĂ©, les Ă©meutes, la conquĂȘte de lâespace, le babyboom, Big Brother, les Kennedy, la CIA, le FBI, les multinationales, la guerre des six jours, les colonels grecs, Cuba, la bombe H de Mao, les marĂ©es noires et bien dâautres choses encore sont briĂšvement mais clairement explicitĂ©s et sont en parallĂšle mises en relation avec leurs effets : la lutte pour les droits civiques et les libertĂ©s et la naissance dâune contre culture inspirĂ©e par des poĂštes, des militants, des prophĂštes et gourous plus ou moins volontaires. Cette longue marche des babyboomers formera dans la seconde partie des annĂ©es 60 une rĂ©volution pacifique autour dâĂ©crivains, de poĂštes, de religieux, de stars et anonymes et bien sĂ»r de musiciens. Bill Haley, Chuck Berry, Elvis, Joan Baez, Bob Dylan, Woody Guthrie, Country Joe McDonald, les Beach Boys, les Byrds, le Gratefull Dead, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, les Doors et puis les groupes anglais bien sur qui envahiront les Ătats Unis dĂšs 1964. Ce livre est une mine dâor pour commencer Ă dĂ©couvrir et comprendre ce que furent les mouvement freaks, beatniks, hippies, les communautĂ©s urbaines ou rurales, le rĂŽle et lâimportance dâAllen Ginsberg, de Jack Kerouac, de Martin Luther King, de Malcom X, des Blacks Panthers, la gravitĂ© des Ă©meutes et de leurs rĂ©pressions sans oublier les dĂ©couvertes et les ravages quâont entrainĂ© les recherches de paradis artificiels. Tout cela Ă©tait Ă la hauteur des aspirations dâune jeunesse qui vivait sans le savoir le crĂ©puscule dâune Ă©poque et dâun rĂȘve dont les poussiĂšres dâespoir brillent encore aujourdâhui Ă la simple Ă©vocation du mot Woodstock.
Tandis que 500 000 soldats US se battaient au Vietnam, 500 000 hippies fĂȘtaient Woodstock. Cet ouvrage, passionnant et fraĂźchement rééditĂ© met en lumiĂšre le terrible contraste qui fit trembler lâAmĂ©rique conservatrice et danser la planĂšte.
Comme le dĂ©crypte le regrettĂ© Jean-Marc Bel (RIP 2005),Woodstock a rĂ©volutionnĂ© les consciences. Son analyse embrasse le XXe siĂšcle dans sa globalitĂ© : crises sociales, guerres, lutte pour les droits civiques, babyboom, Ă©mergence du blues et du rockânârollâŠTout allait converger dans lâexutoire Woodstock, jusquâĂ ce
quâHendrix maltraite lâhymne amĂ©ricain au lever du soleil. Plus rien ne serait jamais comme avant.