🔍
Parution : 22/11/2018
ISBN : 9782360548729
176 pages (14,8 x 21 cm)

17 €

ÉpuisĂ©

Version numérique

Elliott Smith

Can't Make A Sound

Thierry Jourdain revient sur la carriĂšre et la vie d’Elliott Smith, dans un texte concis oĂč les analyses d’albums rythment la narration de sa vie bien trop courte.

INDISPONIBLE À LA VENTE

Initialement compositeur et musicien dans le groupe de rock alternatif Heatmiser, le jeune Elliott Smith de Portland travaille rapidement seul Ă  la composition d’albums trĂšs sobres Ă  guitare/voix dont le succĂšs est grandissant. ConformĂ©ment Ă  son style de vie, il met en place un univers poĂ©tique, plutĂŽt sombre et dĂ©licat, Ă  contre-courant du grunge qui envahit la planĂšte et les annĂ©es quatre-vingt-dix. La reconnaissance vient avec son troisiĂšme album et sa rencontre avec Gus Van Sant pour lequel il Ă©crira « Miss Misery » pour le film Good Will Hunting. NominĂ©e aux oscars en 1998 face au mastodonte « My Heart Will Go On » interprĂ©tĂ© par CĂ©line Dion pour Titanic, la chanson, et son interprĂ©tation lors de la cĂ©rĂ©monie, marquent les esprits et posent le jeune gĂ©nie en Ă©tendard du cool. Cette reconnaissance ne l’empĂȘchera pas de mettre fin Ă  ses jours, Ă  l’ñge dĂ©routant de 34 ans. IcĂŽne des annĂ©es quatre-vingt-dix, on le range volontiers aux cĂŽtĂ©s de Nirvana, Beck ou Jeff Buckley.

Revue de presse

- L'anniversaire du jour : An introduction to Elliott Smith Sophie Marchand Alpha Beta Nova // Nova 4 novembre 2020
- Elliott Smith Stéphane Quinard Burn Your Life 8 mai 2019
- Frictions - quand les mots sonnent Richard Gaitet Nova // Nova Book Box 20 mars 2019
- ELLIOTT SMITH : SA BIOGRAPHIE PAR THIERRY JOURDAIN Michel Ribes Musik Please 25 février 2019
- Les affaires musicales du 11 décembre Sophie Marchant & Jean Morel Radio Nova / Bam Bam 11 décembre 2018
- Elliott Smith dans Basique F France 2 // Basique 21 décembre 2018
- Elliott Smith Patrick Beguinel Litzic.fr 8 janvier 2018
- Interview - Elliott Smith par Thierry Jourdain Louis Teyssedou Soul Kitchen 2 décembre 2018

- L'anniversaire du jour : An introduction to Elliott Smith

Tous les jours dans Alpha Beta Nova (lundi au vendredi, 9h-13h), Sophie Marchand cĂ©lĂšbre un anniversaire, d’une personne, d’un disque ou d’un Ă©vĂ©nement.

“Ces jours-ci, ce sont les dix ans d’une compilation qui se prĂ©sente comme une introduction Ă  un artiste que j’aime immensĂ©ment. An Introduction to Elliott Smith, publiĂ© par le label Kill Rock Stars en 2010.
[
]
Il va Ă©tudier la philosophie, monter un groupe, dĂ©primer, nier qu’il touche Ă  la drogue et commencer Ă  affiner ses extraordinaires talents de compositeurs et mĂ©lodistes. Je vous conseille une super biographie Ă  son propos publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Ă©crite par Thierry Jourdain pour comprendre tout ce qui lui arrive Ă  cette Ă©poque-là”

L’anniversaire du jour est Ă  lire en intĂ©gralitĂ© sur Nova

Sophie Marchand
Alpha Beta Nova // Nova 4 novembre 2020

- Elliott Smith

Dire que nous avons failli rater cet artiste, cette musique, ce livre


Cet auteur a eu au moins le mérite, de nous (re)mettre une bonne petite claque derriÚre les oreilles, en nous rappelant définitivement les faits suivants.

Personne ne devrait raisonnablement ignorer cet artiste maudit, cet ange dont les ailes peinĂšrent Ă  se dĂ©ployer, mais qui, malgrĂ© tout, malgrĂ© lui, rĂ©ussit Ă  nous offrir une poignĂ©e d’albums.

[
]

Au fil des pages, et Ă  mesure qu’ES avance dans sa propre existence, il apparait Ă©vident, le contraire nous aurait d’ailleurs paru suspect, que l’alcool, les drogues rĂ©crĂ©atives puis dures, deviennent au quotidien, des bĂ©quilles chimiques indispensables Ă  son Ă©quilibre Ă©motionnel. Elles lui permettent alors de pouvoir rester pour quelques instants encore, l’ombre de lui-mĂȘme, de faire illusion sur scĂšne, en studio, alors que ses ailes de sĂ©raphin se nĂ©crosent. Dangereusement. DĂ©finitivement.

Sa disparition prématurée restera un mystÚre. Violente. Désarmante.

D’une certaine maniĂšre, elle lui sera pourtant fidĂšle, exhibant seulement aux yeux de toutes et de tous, l’abyssale difficultĂ© d’ĂȘtre Elliot Smith, ce petit garçon qui, Ă  l’instar de Ferdinand le taureau au grand cƓur, prĂ©fĂ©rait humer les fleurs, que de combattre dans l’arĂšne.

Seule l’idĂ©e d’un repos Ă©ternel, chĂšrement acquis, nous console 
 un peu.
Incontournables. Cultissimes. Éternels.

Lisez toute la chronique sur Burn Your Life

Stéphane Quinard
Burn Your Life 8 mai 2019

- Frictions - quand les mots sonnent

Richard Gaitet vous lit le passage d’Elliott Smith par Paris en clîture de sa boüte à livres.

Réécouter l’émission sur le site de Nova

Richard Gaitet
Nova // Nova Book Box 20 mars 2019

- ELLIOTT SMITH : SA BIOGRAPHIE PAR THIERRY JOURDAIN

Thierry Jourdain rĂ©sume avec prĂ©cision la trop courte carriĂšre d’Elliott Smith. Depuis son enfance malheureuse au Texas jusqu’à la triste issue que l’on connait.

Comme Jeff Buckley ou Nick Drake avant lui, Elliott Smith a finalement su transformer ses angoisses et son mal-ĂȘtre en des chansons mĂ©lancoliques, qui ont virĂ© au sublime. En 150 pages, Thierry Jourdain parvient Ă  synthĂ©tiser la carriĂšre du grand Elliott Smith. Son livre nous aide Ă©galement Ă  comprendre ce qui a dictĂ© ses choix tout au long de sa courte vie. Le rĂ©cit chronologique convient ici parfaitement, car ce sont les Ă©lĂ©ments factuels qui sont privilĂ©giĂ©s.

Egalement apprĂ©ciĂ©es, les explications de texte des chansons, ainsi que les Ă©volutions des paroles au fil du temps, preuve de son changement d’état d’esprit au dĂ©but des annĂ©es 2000. Can’t Make A Sound est vraiment un livre pour les fans et offre une bonne occasion de se replonger dans l’Ɠuvre parfaite du songwriter amĂ©ricain.

Lisez l’article en ligne

Michel Ribes
Musik Please 25 février 2019

- Les affaires musicales du 11 décembre

BAMBAM, c’est le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animĂ© par Sophie Marchand et Jean Morel, du lundi au vendredi sur Nova.

Aujourd’hui, on explore le baladeur du rappeur le plus souriant de France, Nemir. On parle de musique en Somalie et on vous a prĂ©parĂ© un dossier sur la lĂ©gende Elliott Smith. Et en plus de ça, on vous recommande de super documentaires.

Réécouter l’émission sur le site de Nova

Sophie Marchant & Jean Morel
Radio Nova / Bam Bam 11 décembre 2018

- Elliott Smith dans Basique

Basique, c’est l’essentiel de la musique, tous les jours sur France 2. Pour les fĂȘtes, Basique vous recommande quelques cadeaux Ă  mettre sous le sapin dont le livre de Thierry Jourdain.

Revoir la chronique

F
France 2 // Basique 21 décembre 2018

- Elliott Smith

Le simple nom d’Elliott Smith ne dit peut-ĂȘtre pas grand-chose Ă  certaines personnes, pourtant, nous sommes sĂ»rs et certains qu’elles ont dĂ©jĂ  entendu sa musique, ne serait-ce qu’au travers du film Will Hunting dont un des titres de Smith, Miss Misery, fait partie.

Pour d’autres, le nom d’Elliott Smith est synonyme d’excellence. En effet, ce songwriter Ă©corchĂ© façonnait ses chansons avec une sensibilitĂ© exacerbĂ©e.* C’est ce que nous dĂ©montre avec brio Thierry Jourdain dans cette biographie* parue chez Le mot et le reste, Elliott Smith, can’t make a sound.

L’auteur y revient bien entendu en dĂ©tail sur le parcours du chanteur et sur ce qui façonne en partie son Ɠuvre, Ă  savoir une enfance chaotique (divorce de ses parents alors qu’il est jeune enfant, remariage de sa mĂšre avec un homme violent alors qu’il n’a que 4 ans). De ce mariage naissent des maltraitances dont Elliott Smith ne dira rien, ou presque. Il s’exprimera par sa musique, et par l’autodestruction.

Au dĂ©but de sa carriĂšre, le grunge fait rage et les noms Ă  la mode sont ceux de Nirvana ou Alice in chains. Au sein de Heatmiser, Smith joue du rock, du lourd, mais il sent que ses compositions nĂ©cessitent un Ă©crin plus doux, plus en adĂ©quation avec ses goĂ»ts. Cependant, les autres membres du groupe Ă©tant ses potes, il ressent des difficultĂ©s Ă  les quitter. Pourtant, il trouve le courage de s’en Ă©manciper pour proposer sa musique au plus grand nombre, dans le format qui lui convient.

Ce n’est pas simple car il propose une musique complĂštement en dĂ©calage avec l’époque. Il joue en acoustique, avec une maniĂšre de jouer n’appartenant qu’à lui, pourtant ses compositions trouvent preneur et sa carriĂšre se lance doucement. Certains sentent chez le garçon un talent Ă©norme, qui sera confirmĂ© lorsque son titre Miss Misery, qu’il interprĂšte sur la scĂšne des Oscars, le met en pleine lumiĂšre. Commence alors son ascension fulgurante.

Celle-ci est jalonnĂ©e d’excĂšs, comme toutes les rock stars, ou comme tout ceux qui en ont trop bavĂ©. Sa musique pourtant reste toujours aussi limpide, Ă©prise des atmosphĂšres Ă  la Beatles dont l’amĂ©ricain est un grand fan. A partir de Either/Or, les choses changent pour lui mais il se sent en dĂ©calage : il aimerait retrouver le cĂŽtĂ© confidentiel, faire des chansons comme autrefois, avec peu de moyens. Malheureusement, le destin en dĂ©cide autrement. Elliott Smith meurt poignardĂ© alors qu’il s’était sorti d’annĂ©es d’addiction diverses. Meurtre ou suicide, la question demeure. Tout comme l’aura de ce chanteur vĂ©ritablement Ă  part.

Thierry Jourdain retrace son histoire avec beaucoup de tact. Il ne dĂ©rive jamais vers le pathos, n’entre pas dans des Ă©lucubrations sans fondement, mais restitue l’ñme d’Elliott Smith de façon totalement honnĂȘte Ă  travers ses textes (ils sont ici proposĂ©s en anglais et en français, cette traduction tenant compte des doubles sens propres Ă  l’amĂ©ricain), Ă  travers ses combats contre l’alcool et la drogue. La frontiĂšre n’est jamais franchie dans le mauvais goĂ»t ou le voyeurisme obscĂšne ce qui rend cette biographie indispensable aux nĂ©ophytes comme aux amateurs confirmĂ©s de ce petit gĂ©nie du rock indĂ©pendant.

Bien Ă©videmment, un vĂ©ritable travail de recherche est ici effectuĂ©, allant jusqu’à dĂ©crypter les codas de Smith en dĂ©tail, revenant sur sa technique, ses accords fĂ©tiches et bien entendu ses thĂšmes de prĂ©dilection qu’étaient la sĂ©paration, la douleur du passĂ©. Pourtant, ce livre n’est pas plombĂ© par un ciel d’orage ou par une tempĂȘte sur le point d’éclater, non, il rĂšgne ici comme un parfum de confidence, comme si Elliott Smith, au travers de l’habile plume de Thierry Jourdain, se confiait Ă  nous.

Pour terminer le livre, celui-ci note le fait qu’Elliott Smith vouait un grand amour Ă  la France, dont les journalistes avaient pu dĂ©celer tout le talent d’auteur. Étrangement, alors que nous aurions pu finir ce livre sur la note noire de son dĂ©cĂšs pas encore Ă©lucidĂ©, le parti pris de l’auteur tant Ă  la faire disparaĂźtre au profit d’un temps suspendu bienveillant qui fait qu’aucun arriĂšre-goĂ»t amer ne nous reste en bouche.

DĂšs lors, nous ne saurions que trop vous conseiller cette lecture passionnante et, bien entendu, de pencher une oreille attentive sur l’Ɠuvre de ce garçon qui ne manquera pas de vous Ă©mouvoir.

Retrouver l’article sur LITZIC.FR

Patrick Beguinel
Litzic.fr 8 janvier 2018

- Interview - Elliott Smith par Thierry Jourdain

Mais qui Ă©tait Elliott Smith ? Disparu tragiquement en 2003 Ă  l’ñge de 34 ans, Smith reste au final un mystĂšre. Son visage, toujours dissimulĂ© par une casquette ou cachĂ© par un bonnet ne laissait pas entrevoir les immenses fragilitĂ©s de sa personnalitĂ©.

De Smith, on connaissait ses disques. De 1994 Ă  2000, ce natif du Nebraska va trouver son bonheur Ă  Portland et enregistrer cinq albums. Thierry Jourdain revient sur le parcours de ce garçon fragile dotĂ© d’une capacitĂ© de crĂ©ation hallucinante. Etoile filante des 90’s, Smith fit, comme les Guided By Voices, une adaptation amĂ©ricaine de la pop anglaise. Richement documentĂ©e et formidablement bien Ă©crite, Elliott Smith : Can’t Make A Sound explique enfin le destin hors-norme de cet amĂ©ricain.

Qu’est-ce qui t’a poussĂ© Ă  Ă©crire un livre sur Elliott Smith ?
A l’issue d’un premier ouvrage terminĂ© et publiĂ© sur Bruce Springsteen, j’ai dĂ©butĂ©, courant 2017, l’écriture d’un livre sur R.E.M. qui je le savais me demanderai plusieurs annĂ©es, d’un point de vue Ă©motionnel et surtout d’un point de vue investigations. J’ai alors commencĂ© en parallĂšle Ă  Ă©crire sur d’autres artistes qui me tiennent Ă  cƓur, pour diverses raisons, pendant les breaks que je m’impose dans l’écriture de ce livre. Elliott Smith fut l’un de ces artistes sur lesquels j’ai eu envie d’écrire pendant l’une de ces pauses. Je pensais qu’il m’engagerait Ă©motionnellement moins que certains autres parce que je l’ai dĂ©couvert assez tardivement et qu’il a donc, moins, accompagnĂ© ma vie mais je me suis fais avoir Ă  mon propre piĂšge. Plus j’en apprenais sur lui et plus j’approfondissais son Ɠuvre, plus j’avais l’impression qu’il faisait partie de moi et qu’il exprimait pour moi ce que je ressentais. Au mĂȘme titre que celui sur la pĂ©riode 1977-1980 de Springsteen et celui en cours sur l’ensemble de l’existence de R.E.M. (1980 – 2011), l’écriture de ce livre sur Elliott Smith est devenu un besoin viscĂ©ral, me permettant de dire Ă©galement des choses sur moi, Ă  travers lui et Ă  travers ses propres mots (voir « maux »). Quand j’étais en train d’en achever l’écriture, j’ai rencontrĂ© quelqu’un qui avait une belle façon de l’apprĂ©cier : « Elliott Smith, selon l’état dans lequel je me sens, il me donne envie de tomber amoureuse ou de me suicider ». Je lui avais demandĂ© « Et lĂ , dans quel Ă©tat te sens-tu ? » et elle m’avait rĂ©pondu « On verra ». Ses propos rĂ©sument assez bien Elliott Smith : la lumiĂšre et l’obscuritĂ©. Et du coup, je n’ai pas eu besoin d’écrire « Say Yes » car Elliott Smith l’avait dĂ©jĂ  Ă©crite.

La couverture est raccord avec ta démarche. Pourquoi avoir opté pour un plan chronologique ?
Ce qui m’intĂ©resse chez les artistes que j’admire et plus gĂ©nĂ©ralement les personnes que je rencontre, artistes ou non, c’est le processus de crĂ©ation ou si ce n’est pas de l’art Ă  proprement parlĂ© le « processus de construction de quelque chose ». J’ai voulu Ă©voquer Elliott Smith Ă  travers son Ɠuvre, prolonger ce qu’il Ă©tait Ă  partir de son Ă©criture et de ses compositions pour parler de ses Ă©volutions et de ses choix, artistiques et personnels. L’aspect chronologique s’imposait ainsi de lui-mĂȘme. Pour expliquer son Ɠuvre, il fallait d’abord tracer les contours de son enfance, de sa famille, des diffĂ©rentes villes qu’il a, souvent, subis pour pouvoir ensuite parler de ses chansons. En ce qui concerne la couverture, nous avons rĂ©flĂ©chis avec l’équipe des Ă©ditions Le Mot et Le Reste sur ce qui conviendrait le mieux Ă  mon texte et effectivement, ce principe de bandeaux de 4 disques caractĂ©ristique de beaucoup des ouvrage qu’ils publient, Ă©tait le plus cohĂ©rent. Ils m’ont demandĂ© de choisir les 4 disques que je voulais et sans rĂ©flĂ©chir ça a Ă©tĂ© Roman Candle, Either/Or (mon prĂ©fĂ©rĂ©), XO et Figure 8.

Pourquoi Either/Or est ton disque préféré ?
Il n’y a jamais aucun titre que j’ai envie de passer pour aller sur un suivant qui me plairait plus. Musicalement, Either/Or est Ă  mi-chemin entre la lo-fi sombre de ses deux premiers albums et du son de studio trĂšs produit des deux qui suivront et d’un point de vue des textes, il poursuit sur ses prĂ©occupations habituelles, qui sont aussi les miennes : d’un cĂŽtĂ© les relations humaines et amoureuses et de l’autre la solitude et la mort. Et puis c’est aussi sur cet album que figurent mes deux titres prĂ©fĂ©rĂ©s d’Elliott Smith : Between The Bars et Say Yes. Les deux me bouleversent au plus haut point, chacune pour des raisons diffĂ©rentes. Quand il Ă©crit Say Yes, il vient de se faire quitter par quelqu’un dont il Ă©tait Ă©perdument amoureux et qui a bouleversĂ© sa vie Ă  tout jamais. Tout ce qu’il veut Ă  ce moment-lĂ , c’est la faire revenir et qu’ils se remettent ensemble mais ça n’arrivera pas. Il culpabilise alors d’avoir tout ratĂ© et l’exprime Ă  travers cette chanson. Il y Ă©voque le fait que parfois tout peut changer en bien ou en mal en un rien de temps, grĂące ou Ă  cause d’une seule et simple personne. Cet album est pour moi son premier chef-d’Ɠuvre.

On en apprend un peu plus sur la personnalité fortement complexe de Smith. A partir de quand rentre-t-il en dépression ? Alterne-t-il les phases dépressives et les phases non dépressives ?
C’est assez compliquĂ© de dĂ©finir rĂ©ellement Ă  partir de quand Elliott Smith rentre en dĂ©pression et si c’était vĂ©ritablement de la “dĂ©pression”. Je parlerai, en fait, plutĂŽt d’un mal ĂȘtre et ce mal ĂȘtre il l’a toujours eu en lui. IntrinsĂšquement les personnes Ă  fleur de peau et qui dĂ©veloppent une Ă©motivitĂ© exacerbĂ©e ne peuvent que prĂ©senter des caractĂ©ristiques de la dĂ©pression quand on voit le monde dans lequel nous vivons. Elliott Smith, de ce que l’on a pu m’en dire mais Ă©galement de ce que j’ai pu lire, Ă©tait quelqu’un d’extrĂȘmement drĂŽle
 mais par phase. Il a effectivement, Ă  partir d’un certain moment, alternĂ© des phases dĂ©pressives et des phases d’euphories, qui Ă©taient probablement en lien avec certaines addictions et relations sentimentales. S’il faut parler d’un changement radical, il se dĂ©clenche Ă  partir de la cĂ©rĂ©monie des Oscars en 1998 oĂč il devient cĂ©lĂšbre malgrĂ© lui puis vĂ©ritablement aprĂšs la sortie de l’album Figure 8 en 2000.

A partir de quel Ăąge tombe-t-il dans la drogue ?
Comme pour beaucoup de personnes fragiles, les problĂšmes viennent Ă  partir du moment oĂč les projecteurs se tournent sans prĂ©venir et de maniĂšre excessive et disproportionnĂ©e sur eux. Ma dĂ©marche d’écriture n’est jamais dans une approche polĂ©mique ou en tout cas qui s’attarde sur ce genre d’élĂ©ments pĂ©riphĂ©riques Ă  l’Ɠuvre de l’artiste. Comme j’ai pu le dire prĂ©cĂ©demment, tout bascule Ă  partir des Oscars en 1998 et dĂ©gĂ©nĂšre pendant la tournĂ©e suivant la sortie de Figure 8 en 2000. Je n’élude surtout pas les parts d’ombres d’Elliott SMith dans ce livre au contraire mais ce n’est jamais ça le sujet principal. Je ne veux jamais me concentrer sur les Ă©lĂ©ments racoleurs ou relevant du fait divers.

On s’aperçoit surtout qu’une bonne partie des acteurs de la scĂšne rock indĂ© US des annĂ©es 90 est totalement ravagĂ©e par la drogue
 Comment ses addictions influent, selon toi, sur son processus de crĂ©ation ?
Je ne suis en aucun cas un spĂ©cialiste des addictions, loin de moi l’idĂ©e d’avoir un discours ou une rĂ©flexion lĂ -dessus. Je n’ai aucune idĂ©e sur comment les drogues ou l’alcool influent sur le processus de crĂ©ation, en bien ou en mal, et encore moins quelles influences elles pouvaient avoir sur Elliott Smith, si ce n’est le fait de le rendre paranoĂŻaque les derniĂšres moments de sa vie. Il y a des Ă©tudes mĂ©dicales et sociologiques trĂšs sĂ©rieuses qui mettent en parallĂšle, justement, toxicomanie et processus crĂ©atif, partant du postulat qu’artiste et toxicomane sont tous deux victimes Ă  leur façon d’une “dĂ©faillance d’ĂȘtre”. Une des conditions nĂ©cessaires au processus crĂ©atif serait un certain dĂ©mantĂšlement identitaire avant de se retrouver rĂ©parĂ© par la crĂ©ation. L’enjeu est alors par quelle voix d’accĂšs on accĂšde Ă  cet Ă©branlement identitaire. L’addiction quelle qu’elle soit devient alors excitante et rassurante. Selon moi, dans la majeure partie des cas, elle n’aide en rien l’apparition d’un gĂ©nie qui ne le serait pas dĂ©jĂ . Elle l’aide peut-ĂȘtre juste sur le moment Ă  se croire suffisamment protĂ©gĂ© et hors sol pour favoriser l’apparition de conditions propices Ă  la crĂ©ation. Tout ce que je sais, factuellement, c’est qu’à l’époque oĂč il Ă©tait sous hĂ©roĂŻne de maniĂšre trĂšs intense et sous mĂ©dicament, Elliott Smith n’était pas capable de donner un seul bon concert, n’arrivant ni Ă  jouer correctement Ă  la guitare ses chansons, ni Ă  s’en rappeler les paroles. Il n’a jamais eu besoin de la moindre drogue, douce ou dure, pour Ă©crire ou composer. C’est vĂ©ritablement le sentiment d’exclusion sociale, de solitude et de mal-ĂȘtre qui a dĂ©clenchĂ© en lui toutes ses addictions, que ce soit l’alcool, les drogues et les mĂ©dicaments. Ce fut ensuite le principe du cercle vicieux oĂč toutes ses addictions n’ont fait que tout empirer. Pour crĂ©er, il faut lĂącher prise, prendre un certain recul avec ses problĂšmes mais sans pour autant en faire abstraction et laisser l’inconscient travailler
 peut-ĂȘtre que c’est tout cela Ă  la fois que recherchaient dans les substances auxquelles ils Ă©taient addicts ces acteurs de la scĂšne rock indĂ© US des annĂ©es 90 que tu Ă©voques. Et encore, cela dĂ©passait de bien loin la simple scĂšne rock indĂ©, notre gĂ©nĂ©ration se souvient Ă©galement d’acteurs comme River Phoenix ou mĂȘme plus rĂ©cemment Heath Ledger et Philip Seymour Hoffman


[
]

Retrouvez l’interview en intĂ©gralitĂ© sur Soul Kitchen

Louis Teyssedou
Soul Kitchen 2 décembre 2018