ISBN : 9782360548729
176 pages (14,8 x 21 cm)
Elliott Smith
Can't Make A Sound
Thierry Jourdain revient sur la carriĂšre et la vie dâElliott Smith, dans un texte concis oĂč les analyses dâalbums rythment la narration de sa vie bien trop courte.
INDISPONIBLE Ă LA VENTE
Initialement compositeur et musicien dans le groupe de rock alternatif Heatmiser, le jeune Elliott Smith de Portland travaille rapidement seul Ă la composition dâalbums trĂšs sobres Ă guitare/voix dont le succĂšs est grandissant. ConformĂ©ment Ă son style de vie, il met en place un univers poĂ©tique, plutĂŽt sombre et dĂ©licat, Ă contre-courant du grunge qui envahit la planĂšte et les annĂ©es quatre-vingt-dix. La reconnaissance vient avec son troisiĂšme album et sa rencontre avec Gus Van Sant pour lequel il Ă©crira « Miss Misery » pour le film Good Will Hunting. NominĂ©e aux oscars en 1998 face au mastodonte « My Heart Will Go On » interprĂ©tĂ© par CĂ©line Dion pour Titanic, la chanson, et son interprĂ©tation lors de la cĂ©rĂ©monie, marquent les esprits et posent le jeune gĂ©nie en Ă©tendard du cool. Cette reconnaissance ne lâempĂȘchera pas de mettre fin Ă ses jours, Ă lâĂąge dĂ©routant de 34 ans. IcĂŽne des annĂ©es quatre-vingt-dix, on le range volontiers aux cĂŽtĂ©s de Nirvana, Beck ou Jeff Buckley.
Revue de presse
- Elliott Smith Stéphane Quinard Burn Your Life 8 mai 2019
- Frictions - quand les mots sonnent Richard Gaitet Nova // Nova Book Box 20 mars 2019
- ELLIOTT SMITH : SA BIOGRAPHIE PAR THIERRY JOURDAIN Michel Ribes Musik Please 25 février 2019
- Les affaires musicales du 11 décembre Sophie Marchant & Jean Morel Radio Nova / Bam Bam 11 décembre 2018
- Elliott Smith dans Basique F France 2 // Basique 21 décembre 2018
- Elliott Smith Patrick Beguinel Litzic.fr 8 janvier 2018
- Interview - Elliott Smith par Thierry Jourdain Louis Teyssedou Soul Kitchen 2 décembre 2018
Tous les jours dans Alpha Beta Nova (lundi au vendredi, 9h-13h), Sophie Marchand cĂ©lĂšbre un anniversaire, dâune personne, dâun disque ou dâun Ă©vĂ©nement.
âCes jours-ci, ce sont les dix ans dâune compilation qui se prĂ©sente comme une introduction Ă un artiste que jâaime immensĂ©ment. An Introduction to Elliott Smith, publiĂ© par le label Kill Rock Stars en 2010.
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Il va Ă©tudier la philosophie, monter un groupe, dĂ©primer, nier quâil touche Ă la drogue et commencer Ă affiner ses extraordinaires talents de compositeurs et mĂ©lodistes. Je vous conseille une super biographie Ă son propos publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Ă©crite par Thierry Jourdain pour comprendre tout ce qui lui arrive Ă cette Ă©poque-lĂ â
Lâanniversaire du jour est Ă lire en intĂ©gralitĂ© sur Nova
Dire que nous avons failli rater cet artiste, cette musique, ce livreâŠ
Cet auteur a eu au moins le mérite, de nous (re)mettre une bonne petite claque derriÚre les oreilles, en nous rappelant définitivement les faits suivants.
Personne ne devrait raisonnablement ignorer cet artiste maudit, cet ange dont les ailes peinĂšrent Ă se dĂ©ployer, mais qui, malgrĂ© tout, malgrĂ© lui, rĂ©ussit Ă nous offrir une poignĂ©e dâalbums.
[âŠ]
Au fil des pages, et Ă mesure quâES avance dans sa propre existence, il apparait Ă©vident, le contraire nous aurait dâailleurs paru suspect, que lâalcool, les drogues rĂ©crĂ©atives puis dures, deviennent au quotidien, des bĂ©quilles chimiques indispensables Ă son Ă©quilibre Ă©motionnel. Elles lui permettent alors de pouvoir rester pour quelques instants encore, lâombre de lui-mĂȘme, de faire illusion sur scĂšne, en studio, alors que ses ailes de sĂ©raphin se nĂ©crosent. Dangereusement. DĂ©finitivement.
Sa disparition prématurée restera un mystÚre. Violente. Désarmante.
Dâune certaine maniĂšre, elle lui sera pourtant fidĂšle, exhibant seulement aux yeux de toutes et de tous, lâabyssale difficultĂ© dâĂȘtre Elliot Smith, ce petit garçon qui, Ă lâinstar de Ferdinand le taureau au grand cĆur, prĂ©fĂ©rait humer les fleurs, que de combattre dans lâarĂšne.
Seule lâidĂ©e dâun repos Ă©ternel, chĂšrement acquis, nous console ⊠un peu.
Incontournables. Cultissimes. Ăternels.
Lisez toute la chronique sur Burn Your Life
Richard Gaitet vous lit le passage dâElliott Smith par Paris en clĂŽture de sa boĂźte Ă livres.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de Nova
Thierry Jourdain rĂ©sume avec prĂ©cision la trop courte carriĂšre dâElliott Smith. Depuis son enfance malheureuse au Texas jusquâĂ la triste issue que lâon connait.
Comme Jeff Buckley ou Nick Drake avant lui, Elliott Smith a finalement su transformer ses angoisses et son mal-ĂȘtre en des chansons mĂ©lancoliques, qui ont virĂ© au sublime. En 150 pages, Thierry Jourdain parvient Ă synthĂ©tiser la carriĂšre du grand Elliott Smith. Son livre nous aide Ă©galement Ă comprendre ce qui a dictĂ© ses choix tout au long de sa courte vie. Le rĂ©cit chronologique convient ici parfaitement, car ce sont les Ă©lĂ©ments factuels qui sont privilĂ©giĂ©s.
Egalement apprĂ©ciĂ©es, les explications de texte des chansons, ainsi que les Ă©volutions des paroles au fil du temps, preuve de son changement dâĂ©tat dâesprit au dĂ©but des annĂ©es 2000. Canât Make A Sound est vraiment un livre pour les fans et offre une bonne occasion de se replonger dans lâĆuvre parfaite du songwriter amĂ©ricain.
BAMBAM, câest le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animĂ© par Sophie Marchand et Jean Morel, du lundi au vendredi sur Nova.
Aujourdâhui, on explore le baladeur du rappeur le plus souriant de France, Nemir. On parle de musique en Somalie et on vous a prĂ©parĂ© un dossier sur la lĂ©gende Elliott Smith. Et en plus de ça, on vous recommande de super documentaires.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de Nova
Basique, câest lâessentiel de la musique, tous les jours sur France 2. Pour les fĂȘtes, Basique vous recommande quelques cadeaux Ă mettre sous le sapin dont le livre de Thierry Jourdain.
Le simple nom dâElliott Smith ne dit peut-ĂȘtre pas grand-chose Ă certaines personnes, pourtant, nous sommes sĂ»rs et certains quâelles ont dĂ©jĂ entendu sa musique, ne serait-ce quâau travers du film Will Hunting dont un des titres de Smith, Miss Misery, fait partie.
Pour dâautres, le nom dâElliott Smith est synonyme dâexcellence. En effet, ce songwriter Ă©corchĂ© façonnait ses chansons avec une sensibilitĂ© exacerbĂ©e.* Câest ce que nous dĂ©montre avec brio Thierry Jourdain dans cette biographie* parue chez Le mot et le reste, Elliott Smith, canât make a sound.
Lâauteur y revient bien entendu en dĂ©tail sur le parcours du chanteur et sur ce qui façonne en partie son Ćuvre, Ă savoir une enfance chaotique (divorce de ses parents alors quâil est jeune enfant, remariage de sa mĂšre avec un homme violent alors quâil nâa que 4 ans). De ce mariage naissent des maltraitances dont Elliott Smith ne dira rien, ou presque. Il sâexprimera par sa musique, et par lâautodestruction.
Au dĂ©but de sa carriĂšre, le grunge fait rage et les noms Ă la mode sont ceux de Nirvana ou Alice in chains. Au sein de Heatmiser, Smith joue du rock, du lourd, mais il sent que ses compositions nĂ©cessitent un Ă©crin plus doux, plus en adĂ©quation avec ses goĂ»ts. Cependant, les autres membres du groupe Ă©tant ses potes, il ressent des difficultĂ©s Ă les quitter. Pourtant, il trouve le courage de sâen Ă©manciper pour proposer sa musique au plus grand nombre, dans le format qui lui convient.
Ce nâest pas simple car il propose une musique complĂštement en dĂ©calage avec lâĂ©poque. Il joue en acoustique, avec une maniĂšre de jouer nâappartenant quâĂ lui, pourtant ses compositions trouvent preneur et sa carriĂšre se lance doucement. Certains sentent chez le garçon un talent Ă©norme, qui sera confirmĂ© lorsque son titre Miss Misery, quâil interprĂšte sur la scĂšne des Oscars, le met en pleine lumiĂšre. Commence alors son ascension fulgurante.
Celle-ci est jalonnĂ©e dâexcĂšs, comme toutes les rock stars, ou comme tout ceux qui en ont trop bavĂ©. Sa musique pourtant reste toujours aussi limpide, Ă©prise des atmosphĂšres Ă la Beatles dont lâamĂ©ricain est un grand fan. A partir de Either/Or, les choses changent pour lui mais il se sent en dĂ©calage : il aimerait retrouver le cĂŽtĂ© confidentiel, faire des chansons comme autrefois, avec peu de moyens. Malheureusement, le destin en dĂ©cide autrement. Elliott Smith meurt poignardĂ© alors quâil sâĂ©tait sorti dâannĂ©es dâaddiction diverses. Meurtre ou suicide, la question demeure. Tout comme lâaura de ce chanteur vĂ©ritablement Ă part.
Thierry Jourdain retrace son histoire avec beaucoup de tact. Il ne dĂ©rive jamais vers le pathos, nâentre pas dans des Ă©lucubrations sans fondement, mais restitue lâĂąme dâElliott Smith de façon totalement honnĂȘte Ă travers ses textes (ils sont ici proposĂ©s en anglais et en français, cette traduction tenant compte des doubles sens propres Ă lâamĂ©ricain), Ă travers ses combats contre lâalcool et la drogue. La frontiĂšre nâest jamais franchie dans le mauvais goĂ»t ou le voyeurisme obscĂšne ce qui rend cette biographie indispensable aux nĂ©ophytes comme aux amateurs confirmĂ©s de ce petit gĂ©nie du rock indĂ©pendant.
Bien Ă©videmment, un vĂ©ritable travail de recherche est ici effectuĂ©, allant jusquâĂ dĂ©crypter les codas de Smith en dĂ©tail, revenant sur sa technique, ses accords fĂ©tiches et bien entendu ses thĂšmes de prĂ©dilection quâĂ©taient la sĂ©paration, la douleur du passĂ©. Pourtant, ce livre nâest pas plombĂ© par un ciel dâorage ou par une tempĂȘte sur le point dâĂ©clater, non, il rĂšgne ici comme un parfum de confidence, comme si Elliott Smith, au travers de lâhabile plume de Thierry Jourdain, se confiait Ă nous.
Pour terminer le livre, celui-ci note le fait quâElliott Smith vouait un grand amour Ă la France, dont les journalistes avaient pu dĂ©celer tout le talent dâauteur. Ătrangement, alors que nous aurions pu finir ce livre sur la note noire de son dĂ©cĂšs pas encore Ă©lucidĂ©, le parti pris de lâauteur tant Ă la faire disparaĂźtre au profit dâun temps suspendu bienveillant qui fait quâaucun arriĂšre-goĂ»t amer ne nous reste en bouche.
DĂšs lors, nous ne saurions que trop vous conseiller cette lecture passionnante et, bien entendu, de pencher une oreille attentive sur lâĆuvre de ce garçon qui ne manquera pas de vous Ă©mouvoir.
Retrouver lâarticle sur LITZIC.FR
Mais qui Ă©tait Elliott Smith ? Disparu tragiquement en 2003 Ă lâĂąge de 34 ans, Smith reste au final un mystĂšre. Son visage, toujours dissimulĂ© par une casquette ou cachĂ© par un bonnet ne laissait pas entrevoir les immenses fragilitĂ©s de sa personnalitĂ©.
De Smith, on connaissait ses disques. De 1994 Ă 2000, ce natif du Nebraska va trouver son bonheur Ă Portland et enregistrer cinq albums. Thierry Jourdain revient sur le parcours de ce garçon fragile dotĂ© dâune capacitĂ© de crĂ©ation hallucinante. Etoile filante des 90âs, Smith fit, comme les Guided By Voices, une adaptation amĂ©ricaine de la pop anglaise. Richement documentĂ©e et formidablement bien Ă©crite, Elliott Smith : Canât Make A Sound explique enfin le destin hors-norme de cet amĂ©ricain.
Quâest-ce qui tâa poussĂ© Ă Ă©crire un livre sur Elliott Smith ?
A lâissue dâun premier ouvrage terminĂ© et publiĂ© sur Bruce Springsteen, jâai dĂ©butĂ©, courant 2017, lâĂ©criture dâun livre sur R.E.M. qui je le savais me demanderai plusieurs annĂ©es, dâun point de vue Ă©motionnel et surtout dâun point de vue investigations. Jâai alors commencĂ© en parallĂšle Ă Ă©crire sur dâautres artistes qui me tiennent Ă cĆur, pour diverses raisons, pendant les breaks que je mâimpose dans lâĂ©criture de ce livre. Elliott Smith fut lâun de ces artistes sur lesquels jâai eu envie dâĂ©crire pendant lâune de ces pauses. Je pensais quâil mâengagerait Ă©motionnellement moins que certains autres parce que je lâai dĂ©couvert assez tardivement et quâil a donc, moins, accompagnĂ© ma vie mais je me suis fais avoir Ă mon propre piĂšge. Plus jâen apprenais sur lui et plus jâapprofondissais son Ćuvre, plus jâavais lâimpression quâil faisait partie de moi et quâil exprimait pour moi ce que je ressentais. Au mĂȘme titre que celui sur la pĂ©riode 1977-1980 de Springsteen et celui en cours sur lâensemble de lâexistence de R.E.M. (1980 â 2011), lâĂ©criture de ce livre sur Elliott Smith est devenu un besoin viscĂ©ral, me permettant de dire Ă©galement des choses sur moi, Ă travers lui et Ă travers ses propres mots (voir « maux »). Quand jâĂ©tais en train dâen achever lâĂ©criture, jâai rencontrĂ© quelquâun qui avait une belle façon de lâapprĂ©cier : « Elliott Smith, selon lâĂ©tat dans lequel je me sens, il me donne envie de tomber amoureuse ou de me suicider ». Je lui avais demandĂ© « Et lĂ , dans quel Ă©tat te sens-tu ? » et elle mâavait rĂ©pondu « On verra ». Ses propos rĂ©sument assez bien Elliott Smith : la lumiĂšre et lâobscuritĂ©. Et du coup, je nâai pas eu besoin dâĂ©crire « Say Yes » car Elliott Smith lâavait dĂ©jĂ Ă©crite.
La couverture est raccord avec ta démarche. Pourquoi avoir opté pour un plan chronologique ?
Ce qui mâintĂ©resse chez les artistes que jâadmire et plus gĂ©nĂ©ralement les personnes que je rencontre, artistes ou non, câest le processus de crĂ©ation ou si ce nâest pas de lâart Ă proprement parlĂ© le « processus de construction de quelque chose ». Jâai voulu Ă©voquer Elliott Smith Ă travers son Ćuvre, prolonger ce quâil Ă©tait Ă partir de son Ă©criture et de ses compositions pour parler de ses Ă©volutions et de ses choix, artistiques et personnels. Lâaspect chronologique sâimposait ainsi de lui-mĂȘme. Pour expliquer son Ćuvre, il fallait dâabord tracer les contours de son enfance, de sa famille, des diffĂ©rentes villes quâil a, souvent, subis pour pouvoir ensuite parler de ses chansons. En ce qui concerne la couverture, nous avons rĂ©flĂ©chis avec lâĂ©quipe des Ă©ditions Le Mot et Le Reste sur ce qui conviendrait le mieux Ă mon texte et effectivement, ce principe de bandeaux de 4 disques caractĂ©ristique de beaucoup des ouvrage quâils publient, Ă©tait le plus cohĂ©rent. Ils mâont demandĂ© de choisir les 4 disques que je voulais et sans rĂ©flĂ©chir ça a Ă©tĂ© Roman Candle, Either/Or (mon prĂ©fĂ©rĂ©), XO et Figure 8.
Pourquoi Either/Or est ton disque préféré ?
Il nây a jamais aucun titre que jâai envie de passer pour aller sur un suivant qui me plairait plus. Musicalement, Either/Or est Ă mi-chemin entre la lo-fi sombre de ses deux premiers albums et du son de studio trĂšs produit des deux qui suivront et dâun point de vue des textes, il poursuit sur ses prĂ©occupations habituelles, qui sont aussi les miennes : dâun cĂŽtĂ© les relations humaines et amoureuses et de lâautre la solitude et la mort. Et puis câest aussi sur cet album que figurent mes deux titres prĂ©fĂ©rĂ©s dâElliott Smith : Between The Bars et Say Yes. Les deux me bouleversent au plus haut point, chacune pour des raisons diffĂ©rentes. Quand il Ă©crit Say Yes, il vient de se faire quitter par quelquâun dont il Ă©tait Ă©perdument amoureux et qui a bouleversĂ© sa vie Ă tout jamais. Tout ce quâil veut Ă ce moment-lĂ , câest la faire revenir et quâils se remettent ensemble mais ça nâarrivera pas. Il culpabilise alors dâavoir tout ratĂ© et lâexprime Ă travers cette chanson. Il y Ă©voque le fait que parfois tout peut changer en bien ou en mal en un rien de temps, grĂące ou Ă cause dâune seule et simple personne. Cet album est pour moi son premier chef-dâĆuvre.
On en apprend un peu plus sur la personnalité fortement complexe de Smith. A partir de quand rentre-t-il en dépression ? Alterne-t-il les phases dépressives et les phases non dépressives ?
Câest assez compliquĂ© de dĂ©finir rĂ©ellement Ă partir de quand Elliott Smith rentre en dĂ©pression et si câĂ©tait vĂ©ritablement de la âdĂ©pressionâ. Je parlerai, en fait, plutĂŽt dâun mal ĂȘtre et ce mal ĂȘtre il lâa toujours eu en lui. IntrinsĂšquement les personnes Ă fleur de peau et qui dĂ©veloppent une Ă©motivitĂ© exacerbĂ©e ne peuvent que prĂ©senter des caractĂ©ristiques de la dĂ©pression quand on voit le monde dans lequel nous vivons. Elliott Smith, de ce que lâon a pu mâen dire mais Ă©galement de ce que jâai pu lire, Ă©tait quelquâun dâextrĂȘmement drĂŽle⊠mais par phase. Il a effectivement, Ă partir dâun certain moment, alternĂ© des phases dĂ©pressives et des phases dâeuphories, qui Ă©taient probablement en lien avec certaines addictions et relations sentimentales. Sâil faut parler dâun changement radical, il se dĂ©clenche Ă partir de la cĂ©rĂ©monie des Oscars en 1998 oĂč il devient cĂ©lĂšbre malgrĂ© lui puis vĂ©ritablement aprĂšs la sortie de lâalbum Figure 8 en 2000.
A partir de quel Ăąge tombe-t-il dans la drogue ?
Comme pour beaucoup de personnes fragiles, les problĂšmes viennent Ă partir du moment oĂč les projecteurs se tournent sans prĂ©venir et de maniĂšre excessive et disproportionnĂ©e sur eux. Ma dĂ©marche dâĂ©criture nâest jamais dans une approche polĂ©mique ou en tout cas qui sâattarde sur ce genre dâĂ©lĂ©ments pĂ©riphĂ©riques Ă lâĆuvre de lâartiste. Comme jâai pu le dire prĂ©cĂ©demment, tout bascule Ă partir des Oscars en 1998 et dĂ©gĂ©nĂšre pendant la tournĂ©e suivant la sortie de Figure 8 en 2000. Je nâĂ©lude surtout pas les parts dâombres dâElliott SMith dans ce livre au contraire mais ce nâest jamais ça le sujet principal. Je ne veux jamais me concentrer sur les Ă©lĂ©ments racoleurs ou relevant du fait divers.
On sâaperçoit surtout quâune bonne partie des acteurs de la scĂšne rock indĂ© US des annĂ©es 90 est totalement ravagĂ©e par la drogue⊠Comment ses addictions influent, selon toi, sur son processus de crĂ©ation ?
Je ne suis en aucun cas un spĂ©cialiste des addictions, loin de moi lâidĂ©e dâavoir un discours ou une rĂ©flexion lĂ -dessus. Je nâai aucune idĂ©e sur comment les drogues ou lâalcool influent sur le processus de crĂ©ation, en bien ou en mal, et encore moins quelles influences elles pouvaient avoir sur Elliott Smith, si ce nâest le fait de le rendre paranoĂŻaque les derniĂšres moments de sa vie. Il y a des Ă©tudes mĂ©dicales et sociologiques trĂšs sĂ©rieuses qui mettent en parallĂšle, justement, toxicomanie et processus crĂ©atif, partant du postulat quâartiste et toxicomane sont tous deux victimes Ă leur façon dâune âdĂ©faillance dâĂȘtreâ. Une des conditions nĂ©cessaires au processus crĂ©atif serait un certain dĂ©mantĂšlement identitaire avant de se retrouver rĂ©parĂ© par la crĂ©ation. Lâenjeu est alors par quelle voix dâaccĂšs on accĂšde Ă cet Ă©branlement identitaire. Lâaddiction quelle quâelle soit devient alors excitante et rassurante. Selon moi, dans la majeure partie des cas, elle nâaide en rien lâapparition dâun gĂ©nie qui ne le serait pas dĂ©jĂ . Elle lâaide peut-ĂȘtre juste sur le moment Ă se croire suffisamment protĂ©gĂ© et hors sol pour favoriser lâapparition de conditions propices Ă la crĂ©ation. Tout ce que je sais, factuellement, câest quâĂ lâĂ©poque oĂč il Ă©tait sous hĂ©roĂŻne de maniĂšre trĂšs intense et sous mĂ©dicament, Elliott Smith nâĂ©tait pas capable de donner un seul bon concert, nâarrivant ni Ă jouer correctement Ă la guitare ses chansons, ni Ă sâen rappeler les paroles. Il nâa jamais eu besoin de la moindre drogue, douce ou dure, pour Ă©crire ou composer. Câest vĂ©ritablement le sentiment dâexclusion sociale, de solitude et de mal-ĂȘtre qui a dĂ©clenchĂ© en lui toutes ses addictions, que ce soit lâalcool, les drogues et les mĂ©dicaments. Ce fut ensuite le principe du cercle vicieux oĂč toutes ses addictions nâont fait que tout empirer. Pour crĂ©er, il faut lĂącher prise, prendre un certain recul avec ses problĂšmes mais sans pour autant en faire abstraction et laisser lâinconscient travailler⊠peut-ĂȘtre que câest tout cela Ă la fois que recherchaient dans les substances auxquelles ils Ă©taient addicts ces acteurs de la scĂšne rock indĂ© US des annĂ©es 90 que tu Ă©voques. Et encore, cela dĂ©passait de bien loin la simple scĂšne rock indĂ©, notre gĂ©nĂ©ration se souvient Ă©galement dâacteurs comme River Phoenix ou mĂȘme plus rĂ©cemment Heath Ledger et Philip Seymour HoffmanâŠ
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