Electrosound
Machines, musiques & cultures
Electrosound est le catalogue de lâexposition qui sera prĂ©sentĂ©e Ă lâEspace Fondation EDF Ă Paris, du 25 mai au 1er octobre 2016.
PubliĂ© Ă lâoccasion de lâexposition Electrosound organisĂ©e Ă Paris Ă lâEspace Fondation EDF, Electrosound, le livre, Ă la fois catalogue et ouvrage historique de rĂ©fĂ©rence, se consacre Ă lâĂ©volution, aux usages, aux courants et aux esthĂ©tiques de la musique Ă©lectronique. Tout comme lâexposition, il balaie un large spectre des musiques Ă©lectroniques, allant de 1945 Ă nos jours, des pionniers et chercheurs de lâaprĂšs-guerre jusquâau triomphe actuel et populaire de lâelectro. Ă travers le prisme des instruments ou des technologies comme le home-studio, les premiers sampleurs, les synthĂ©tiseurs Moog, le MIDI, le logiciel Ableton Live, les firmes Roland ou EMS, le circuit-bending et le do it yourself, sans oublier les derniĂšres recherches en matiĂšre de spatialisation et de traitement du son, les textes du catalogue Ă©voquent la maniĂšre dont chacun de ces outils se rĂ©vĂšle emblĂ©matique dâune Ă©poque, dâune esthĂ©tique, dâun contexte sociotechnique, de la pratique des artistes et des ingĂ©nieurs qui ont façonnĂ© la musique Ă©lectronique du XX^e^ et XXI^e^ siĂšcle.
Richement illustrĂ© en photos dâĂ©poques et en encadrĂ©s, le livre comporte par ailleurs de nombreux tĂ©moignages, citations et entretiens dâartistes comme Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk.
âą Commissaires de lâexposition :
Jean-Louis Frechin et Uros Petrevski (Nodesign)
⹠Commissaire associé : Jean-Yves Leloup
âą Graphisme : Encore
âą Auteurs : Mark Brend, RolandCahen, Ăric Deshayes, Jean-Louis Frechin, Mathieu Guillien, David Korn, Olivier Lamm, Jean-Yves Leloup, François Pachet, Uros Petrevski, Jean-Philippe Renoult, David Toop
Revue de presse
- Comment la musique électronique est passée des laboratoires de recherche aux clubs Yann Perreau Les Inrockuptibles 29 septembre 2016
- Machines, vocodeur et autres synthétiseurs Matthieu Conquet France Culture // Continent Musiques 24 septembre 2016
- Electrosound Arnaud Devillard Sciences et avenir Août 2016
- Jean-Yves Leloup est l'invité de La Matinale Nicolas Herbeaux LCI // L'invité de La Matinale 7 août 2016
- Les livres de juillet François Girodineau Silence Is Sexy 4 juillet 2016
- Interview de Jean-Yves Leloup Mélanie Bauer France Inter // Back To Back 1 août 2016
- Electro : déjà la rétro ! Judicaël Lavrador Beaux-Arts Magazine Juin 2016
- L'euphorie électro Connaissances des Arts Juillet - Août 2016
- Interview - Jean-Yves Leloup : 25 ans Ă coucher sur le papier la musique de vos nuits blanches Ingrid Luquet-Gad Les Inrockuptibles 23 juin 2016
- Notre sélection de lectures musicales pour l'été Ellen Ichters RTS // pl3in le poste 27 juin 2016
- Des sons et du sens Olivier Pernot Trax Juin 2016
Ă lâoccasion de lâexposition « Electrosound, du lab au dancefloor » de la Fondation EDF qui sâest dĂ©roulĂ©e du 25 mai au 2 octobre 2016, Jean-Yves Leloup, commissaire associĂ©, journaliste culturel des musiques Ă©lectroniques et auteur de Musique Non Stop : pop mutations & rĂ©volution techno (Le Mot et Le Reste, 2015), a rĂ©pondu Ă nos questions Ă propos des mutations Ă©lectroniques dans la musique.
SpĂ©cialiste du genre, ses rĂ©flexions portent largement, en plus de la problĂ©matique spĂ©cifique de la mise en exposition, sur lâhistoire des musiques Ă©lectroniques Ă travers les contextes technique, Ă©conomique, gĂ©ographique, social et culturel. Autant de portes dâentrĂ©e qui animeront par ailleurs des chroniques et des recensions sur Nonfiction.fr pour comprendre et interroger « lâĂ©lectro ».
En partenariat notamment avec Ascidiacea, collectif actif sur les scĂšnes artistiques et mĂ©diatiques de la crĂ©ation sonore et numĂ©rique, et le comitĂ© de lâEthnomusicology Review de lâUCLA (USA), nous chercherons Ă apprĂ©hender cet objet spĂ©cifique, actuel et encore assez peu Ă©tudiĂ© : la musique Ă©lectronique.
Pierre angulaire dâun projet qui vous accompagnera pendant plusieurs mois, cet entretien vidĂ©o avec Jean-Yves Leloup apporte de nombreuses pistes de rĂ©flexion sur lâapparition, les mutations et la dĂ©mocratisation des musiques Ă©lectroniques.
DĂ©couvrez la video de lâentretien de J-Y. Leloup ici
Une exposition et deux livres retracent lâhistoire fascinante des musiques Ă©lectroniques, des âlaboratoiresâ et de la âmusique des bruitsâ des dĂ©fricheurs des annĂ©es 1920 aux dancefloors dâaujourdâhui. Une contre-culture qui a su sâimposer comme le genre musical dĂ©sormais le plus populaire auprĂšs des jeunes. Essentiel.
En cet aprĂšs-midi de fin septembre, une foule peu commune, pour un lieu dâart contemporain, dĂ©ambule dans lâespace de la fondation EDF. CollĂ©giens, lycĂ©ens, Ă©tudiants et mĂȘme des enfants de 8-10 ans. Si certains sont probablement en sortie de classe, la plupart sont ici de leur plein grĂ©. Il faut dire que le sujet de lâexpo a de quoi intĂ©resser la nouvelle gĂ©nĂ©ration: selon une enquĂȘte de France Musique, la musique Ă©lectronique est devenue le genre musical le plus Ă©coutĂ© des 15- 24 ans. Une popularitĂ© liĂ©e Ă la rĂ©volution du numĂ©rique certes, mais aussi Ă la facilitĂ© dâaccĂšs et de crĂ©ation dĂ©sormais, avec tout type dâengin Ă©lectronique, Ă commencer par le tĂ©lĂ©phone portable.
« Ce mec devait se demander Ă lâĂ©poque : est-ce quâun jour on se souviendra de moi ? » sâamuse une adolescente qui observe une ondioline cet instrument en bois, Ă clavier, inventĂ© en 1940 en France, qui utilise un systĂšme de tube Ă vide, nous dit le cartel. Lâexposition est passionnante, qui fait dĂ©couvrir ces instruments extraordinaires, la plupart dâentre eux disparus de la circulation ou oubliĂ©s car obsolĂštes, Ă la fois bijoux de technologie, de lutherie, dâinnovation et dâinventivitĂ©. ExposĂ©es ici comme des Ćuvres dâart Ă part entiĂšre, ces machines façonnĂšrent lâhistoire du genre pour se confondre au fur et Ă mesure avec la musique elle-mĂȘme, reprenant le rĂȘve technologique de Marshall Mc Luhan, le medium est le message. Des fondations, le ThĂ©rĂ©mine inventĂ© par le russe Lev Termen en 1920, instrument Ă vent permettant, en bougeant ses mains, de jouer avec lâair comme sâil sâagissait des cordes dâune harpe, jusquâĂ la rĂ©volution contemporaine du home-studio en passant par le Atari ST des annĂ©es quatre vingt qui proposa les premiers logiciels de MAO Musique AssistĂ©e par Ordinateur, câest toute lâhistoire dâun mouvement, avec ses schisme et son esthĂ©tique, qui est ici retracĂ©e. Une formidable aventure humaine, technologique et musicale oĂč prĂ©dominent les principes dâaudace, de crĂ©ativitĂ© et de fun, car il sâest toujours sâagit, avant tout, de sâamuser (et de danser). Certes les pionniers visionnaires en costume-cravate ont des regards sĂ©rieux, mais de leurs photos se transmet ce « plaisir de laboratoire », comme le dit joliment lâun des commissaires de lâexposition, Jean -Yves Leloup. Des groupes les plus connus aux dĂ©fricheurs oubliĂ©s par lâHistoire, les principaux acteurs de cette rĂ©volution toujours en marche ponctuent le parcours. On comprend ainsi comment cette musique, dâabord savante et expĂ©rimentale, a pĂ©nĂ©trĂ© peu Ă peu la culture populaire jusquâaux quidams mixant dĂ©sormais sur leurs portables des sons quâils tĂ©lĂ©chargent sur des groupes Facebook. Au sol, une frise historique rappelle, annĂ©e par annĂ©e, les Ă©vĂ©nements qui jalonnent cette histoire, dressant un parallĂšle entre les engins Ă©lectroniques exposĂ©s et ce qui se passe dans la culture mainstream. Car lâun influe sur lâautre, la musique captant le zeitgeist de son Ă©poque, les rĂ©volutions technologiques influençant, en Ă©change, celle-ci.
Au premier Ă©tage, dans un espace intitulĂ© « Atelier », on peut expĂ©rimenter soi-mĂȘme les instruments phares de lâĂ©lectroâ synthĂ©tiseur, sĂ©quenceur, vocodeur. Certains pianotent sur un Mini-Moog de 1972, dâautres sâĂ©clatent sur une boite Ă rythmes TR808 de 1984. Dâautres encore se sont emparĂ©s du Collective Loop, une forme de sĂ©quenceur circulaire auquel on peut jouer avec son I-phone. Une gigantesque salle de jeu oĂč lâon redevient un enfant, Ă©bahi face aux machines, robots accessibles et sensuelles, expĂ©rience presque magique qui donne envie de sây mettre, de bricoler, dâinventer des sons. Au sous-sol, une chambre obscure reproduit lâatmosphĂšre du club â amplis de toutes tailles au mur, boule disco au dessus de la tĂȘte, et une grande platine devant soi. Turntabling et V-Jing sur 33 tour : chacun est invitĂ©, dâun coup de main, Ă faire apparaĂźtre lâun des clips dâune centaine de noms de rĂ©fĂ©rence du mouvement. Lâexposition se clĂŽt en beautĂ© avec les photos de Jacob Khrist, qui documente depuis six ans cette scĂšne festive Ă©lectro parisienne en pleine effervescence. On pĂ©nĂštre avec lui dans ces lieux industriels, usines dĂ©saffectĂ©es, interzones, squats, etc. « En quĂȘte de sons » sâintitule ce travail remarquable, dâautant plus frappant quâon le dĂ©couvre en silence. Des clichĂ©s dâanonymes sâoubliant au rythme de la musique, les yeux fermĂ©s, en communion avec le DJ, insouciants de leur apparence. Mouvements de corps, cannettes de biĂšre, sourires ; joie, ferveur, charme brut dâune jeunesse rĂ©solument acquise Ă la cause de lâĂ©lectro. Impression de replonger dans lâatmosphĂšre unique des premiĂšres raves des nineties, comme si rien nâavait (trop) changĂ©. La jeunesse ne vieillit pas, comme la musique quâelle Ă©coute : elle se mĂ©tamorphose. La boucle est bouclĂ©e.
Si lâexposition se termine dans quelques jours, deux livres viennent complĂ©ter la rĂ©flexion, et lâexpĂ©rience. Electrosound dâabord, le catalogue de lâexpo ouvrage aussi instructif quâaccessible sur le thĂšme. Et, dans un autre registre, la bande dessinĂ©e culte Le chant de la machine, de David Blot et Mathias Cousin. Initialement publiĂ© en 2000, cette réédition replonge, dans un style dĂ©licieusement old school Ă la Robert Crumb, aux tous dĂ©buts de lâaventure Ă laquelle participa activement David, pilier de radio Nova et initiateur, avec dâautres, des mythiques soirĂ©es Respect du Queen en 1996. Ce nâest pas pour rien que les Daft Punk lui rendent hommage, en prĂ©face de lâalbum. A noter enfin : un programme spĂ©cial Nuit Blanche ce samedi Ă lâespace Fondation EDF (plus dâinfos dessous).
Lire lâarticle sur le site des Inrocks
Histoire(s) de lâexpĂ©rience et du son, avec la compositrice Emmanuelle Gibello et une visite guidĂ©e au cĆur de lâexposition Electrosound, du lab au dancefloor Ă la Fondation EDF, avec son co-commissaire Jean-Yves Leloup et le musicien Jonathan Fitoussi.
PassĂ©, prĂ©sent et futur de la musique Ă©lectronique avec en premiĂšre partie dâĂ©mission, dĂ©ambulation au cĆur des machines et de lâĂ©volution de lâĂ©lectro Ă lâexposition Electrosound, du lab au dancefloor Ă la Fondation EDF (Ă voir jusquâau 2 octobre) avec le co-commissaire Jean-Yves Leloup, journaliste et auteur notamment de Digital Magma : de lâutopie des raves parties Ă la gĂ©nĂ©ration mp3 (Ă©d. Le Mot et le Reste) et le musicien et expĂ©rimentateur Jonathan Fitoussi. Du ThĂ©rĂ©mine par Clara Rockmore au synthĂ©tiseur Buchla, en passant le Oramics Graphic Sound créé par Daphne Oram, une des pionniĂšres de lâĂ©lectro jusquâau vocodeur utilisĂ© par Kraftwerk, Continent Musiques explore tout un pan de lâhistoire musicale, au grĂ© des inventions sonores et matĂ©rielles.
Réécouter lâĂ©mission de Matthieu Conquet sur le site de France Culture
Ce livre accompagne une exposition Ă©ponyme sur la musique Ă©lectronique qui se tient Ă Paris, jusquâau 2 octobre. Mais il en est bien plus que le simple catalogue. Câest une aventure technologique et artistique qui est racontĂ©e lĂ , entre analyses, anecdotes, interviews. Passionnant.
Jean-Yves Leloup Ă©tait lâinvitĂ© de La Matinale sur LCI pour parler de lâexposition Electrosound et du catalogue attenant.
Pour revoir lâinterview de Jean-Yves Leloup câest ICI
Nous connaissons dĂ©jĂ le journaliste J-Y Leloup pour son travail remarquable sur la musique Ă©lectronique depuis plus de vingt ans (lire notre interview). On le dĂ©couvre dĂ©sormais curateur pour la Fondation EDF, qui organise une exposition sur le sujet depuis le 25 mai dernier, et quâon pourra encore voir jusquâau 2 octobre, rue RĂ©camier dans le 7Ăšme arrondissement Ă Paris. Montrer lâimmatĂ©riel, voilĂ un dĂ©fi que Leloup a su relever haut la main. Il propose nĂ©anmoins ce catalogue Ă©ditĂ© avec le concours du Mot et le Reste pour approfondir son approche. Mais il sâagit en fait ici dâun vĂ©ritable ouvrage qui offrira aux nĂ©ophytes comme aux connaisseurs une bonne occasion de faire le tour de la question. Passionnant, Electrosound propose dâabord une Ă©criture Ă plusieurs mains et sous diffĂ©rents formats (articles, interviews, illustrations) qui retrace lâhistoire de la musique Ă©lectroniques en cinq volets, de ses balbutiements avant guerre jusquâĂ 2016. On lira des entrĂ©es sur une sĂ©lection de techniques, dâinstruments, de courants et dâartistes qui ont tous su marquer de leur emprunte un genre aujourdâhui au cĆur de la crĂ©ation musicale contemporaine.
Retrouvez les livres de juillet sur Silence Is Sexy
Le journaliste Jean-Yves Leloup est notre premier invité cette semaine
De la musique Ă©lectronique plein les poches, il vient nous parler de lâexposition âElectrosound, du lab au dancefloorâ prĂ©sentĂ©e Ă la fondation EDF jusquâau 2 octobre 2016.
Au programme :
Le titre pour faire aimer la musique éléctronique à ta mamie
Jean-Yves Leloup a choisi âAvril 14th _- _Vanessa Wagner & Murcof
MĂ©lanie a rĂ©pondu âSpace â Magic Flyâ
Le titre utopie des rave parties
Jean-Yves Leloup a choisi âPapua New Guinea â The Future Sound Of Londonâ
MĂ©lanie a rĂ©pondu â808 state â Pacific Stateâ
Titre Invité : Radiomentale
Un titre au croisement de lâart et de la musique
MĂ©lanie a choisi âJukebox babe â Alan Vegaâ
Jean-Yves Leloup a rĂ©pondu âSame Time Tomorrow â Laurie Andersonâ
Un titre qui magnifie lâimage
MĂ©lanie a choisi âPing pong song â Shawn Leeâs Ping Pong Orchestraâ
Jean-Yves Leloup a rĂ©pondu âThe Park â François-Eudes Chanfraultâ
Titre Inter : CanopĂ©e â Polo et Pan
Réécouter lâĂ©mission sur le site de France Inter
De Chicago Ă Berlin, lâĂ©popĂ©e dâun art musical total
DerriĂšre les platines ou devant les laptops, des pionniers aux DJ stars, lâexposition retrace lâhistoire de la musique Ă©lectronique, sous la houlette dâun des meilleurs historiens et praticiens du genre, Jean·Yves
Leloup. Pilier de Radio FG dans les annĂ©es 1990. Il forme aujourdâhui avec Ăric Pajot le duo RadioMentale. Didactique, le show envisage cette musique pĂ©trie de pulsations et de sons neufs sous tous ses aspects : techniques, sociaux, gĂ©ographiques et artistlques. Lâelectro est nĂ©cessairement
liĂ©e au dĂ©veloppement des machines, mises a lâĂ©preuve dĂšs les annĂ©es 1950 par des musiciens avant-gardistes qui leur arrachent les premiers grincements stridents et ludiques. Ce qui fait de Pierre Schaeffer ou de Robert Moog les aĂŻeux de tous les DJ contemporains. Dans les annĂ©es 1980, lâordinateur bouleverse la vie des foyers et les Ă©tudes du petit dernier, mais aussi le line-up sur le dancefloor que lâinvention du synthĂ©tiseur et de la boite Ă rythmes avait dĂ©jĂ bien chauffĂ©. Puis la
rĂ©volution numĂ©rique des annĂ©es 2OOO achĂšve de mettre tous les fichiers sonores en partage : si bien que lâelectro est en tĂȘte de pont du dĂ©bat sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle et le copyleft (lâanti-copyright). Ă travers photographies et machines, lâexposition documente ces bouleversements successifs mais cerne aussi les subtiles nuances existant entre les diffĂ©rentes veines: techno de Detroit ou de Berlin, deep house de Chicago, French touch parisienne, les variations rythmiques nâauront plus de
secret pour les profanes.
LâEspace Fondation EDF devient le temple de la musique Ă©lectronique, retraçant son histoire depuis la fin des annĂ©es 1960, et donnant accĂšs Ă de nombreux instruments mythiques (synthĂ©tiseurs, boĂźtes Ă rythme) et Ă la Boombox, espace dâĂ©coute et dâexploration musicale.
Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990, Jean-Yves Leloup, journaliste, animateur radio, auteur et curateur, fait Ćuvre de passeur. Lâengagement dâune vie ? La musique Ă©lectronique, longtemps boudĂ©e par les mĂ©dias frileux de lâHexagone, dont il sera un dĂ©fenseur de la premiĂšre heure. Entretien.
Depuis quelques annĂ©es, le curseur des revivals pointe sur les 90s. AttifĂ©s de leur survĂȘt Fila, bob sur la tĂȘte et collier tattoo pour parfaire la panoplie, les club kids dâaujourdâhui se prennent Ă brĂ»ler pour une dĂ©cennie musicale quâils nâont vĂ©cue que par ouĂŻ-dire â ou plutĂŽt, par captations vidĂ©o lo-fi diggĂ©es sur YouTube. Les raves et leur ancĂȘtre les free-party, les info-lines, lâecsta Ă 150 francs, et surtout, lâĂąge dâor de la musique Ă©lectronique : une Ăšre bĂ©nie.
BĂ©nie, vraiment ? En France, les dĂ©buts du genre ne se font pas dans lâallĂ©gresse. Loin sâen faut. Car contrairement Ă ses voisins outre-Atlantique, outre-Manche, teutons ou du BĂ©nĂ©lux, lâHexagone ignore la nouvelle venue. Durant les premiĂšres annĂ©es, lâaccueil a tout dâune chasse aux sorciĂšres, les mĂ©dias dominants fustigeant les mĂ©faits de la drogue et la dĂ©bauche tout azimuts, forcĂ©ment associĂ©es Ă ces sonoritĂ©s venues de lâespace. Pour ceux qui sâattachent Ă dĂ©fendre le genre, la tĂąche est dâautant plus ardue : la critique musicale prend des allures de rĂ©bellion. Les rares qui sây hasardent, durant ces annĂ©es de traversĂ©e du dĂ©sert (et des parkings bĂ©tonnĂ©s), endossent le rĂŽle de vĂ©ritables passeurs, contribuant Ă faire sortir de lâombre une musique contrainte de se vivre dans la confidentialitĂ©.
Jean-Yves Leloup est de ceux-lĂ . âLe John Peel françaisâ, avait mĂȘme lancĂ© un ami Ă qui je parlais de mon entrevue avec lui. CoĂ©quipier de lâaventure du magazine Coda, le principal (sinon lâunique) magazine dĂ©diĂ© Ă la musique Ă©lectronique au dĂ©but des 90s, animateur de radio sur Radio FG et Nova, critique pour LibĂ©ration, Actuel, Tsugi ou Trax, sa contribution Ă lâintroduction de la musique Ă©lectronique auprĂšs du grand public sera dĂ©cisive. Ăgalement impliquĂ© dans le monde de lâart contemporain, membre collectif le Bureau des VidĂ©os et commissaire dâexposition, son approche le mĂšne Ă Ă©largir le spectre, et Ă replacer la musique Ă©lectronique dans un contexte dont on la coupe souvent : son rĂŽle social certes, son lien avec les autres disciplines artistiques aussi, mais surtout son histoire, alors quâil est dâusage de la fantasmer comme la musique du futur. Son histoire justement, et ses racines plongĂ©es dans le terreau des musiques planantes des annĂ©es 1970 ou de la new wave, voilĂ le fil que dĂ©roule Jean-Yves Leloup Ă la Fondation Electra EDF Ă Paris, dans le cadre de lâexpo Electrosound dont il assure le co-commissariat aux cĂŽtĂ©s dâUros Petrevski et Jean-Louis FrĂ©chin. Nous lâavons rencontrĂ© pour Ă©voquer les prĂ©misses de la scĂšne techno française, le paysage mĂ©diatique de lâĂ©poque, mais aussi le rĂŽle du critique musique aujourdâhui.
Pour beaucoup, vous avez jouĂ© le rĂŽle du passeur, introduisant le grand public Ă un genre encore mĂ©connu Ă lâorĂ©e des annĂ©es 1990 en France : la musique Ă©lectronique. De votre cĂŽtĂ©, comment sâest faite la rencontre ?
Jean-Yves Leloup â Ce quâon oublie souvent, câest que Kraftwerk ou Jean-Michel Jarre passaient assez souvent Ă la radio ou Ă la tĂ©lĂ©vision Ă la fin des annĂ©es 1970 et au dĂ©but des annĂ©es 1980. Ils Ă©taient prĂ©sents dans le paysage audiovisuel français au mĂȘme titre que toute la pop synthĂ©tique britannique ou la new wave, deux genres par ailleurs fortement marquĂ©s par lâĂ©lectronique. Les ados comme moi, on Ă©coutait ça au mĂȘme titre que Lou Reed, les chanteurs français ou la pop dĂ©crite dans les premiers numĂ©ros des Inrocks. MĂȘme Ă cette Ă©poque, la musique Ă©lectronique infusait lâensemble de la sociĂ©tĂ© : Jacno avait composĂ© un morceau de Nesquik, François de Roubaix [compositeur de musique de films dans les annĂ©es 70, connu pour son usage du synthĂ©, et inspiration majeure de la musique Ă©lectronique des annĂ©es 90, dont SĂ©bastien Tellier ou Air, ndlr] le gĂ©nĂ©rique de la sĂ©rie dâanimationChapi Chapo, et mĂȘme le jingle de lâaĂ©roport de Paris, que lâon doit au compositeur de musique Ă©lectro-acoustique Bernard Parmegiani. Câest aussi ce quâon essaye de montrer dans lâexpo Ă la Fondation Electra : que la musique Ă©lectronique nâapparaĂźt pas subitement, quâelle sâinscrit dans une histoire et un contexte social global. Ensuite, ce qui a Ă©tĂ© assez important pour moi, câest que je me suis retrouvĂ© Ă travailler pour Radio FG en 1989 pour mon service civil. CâĂ©tait lâĂ©poque oĂč avaient lieu les toutes premiĂšres raves en France. Je me suis vraiment retrouvĂ© au milieu du cyclone, puisque la radio, avec ses Ă©missions, Ă©tait le point de rendez-vous des DJs et des producteurs, ainsi que le point dâinformation pour toutes les raves party et les soirĂ©es en club. Et en mĂȘme temps, jâavais aussi un recul sur ce mouvement en train de naĂźtre : jâavais Ă©coutĂ© du rock, jâavais dĂ©jĂ un pied dans le monde de lâart contemporain et de la vidĂ©o, et surtout, Ă ce moment, je nâavais pas vingt ans mais plutĂŽt vingt-six.
En Allemagne, la techno a Ă©tĂ© vĂ©cue comme la musique de la rĂ©unification, un vrai engouement populaire et de masse. Alors quâen France, jâai lâimpression que ça a dâabord Ă©tĂ© une contre-culture vĂ©cue dâabord sur le mode de la clandestinité⊠Parce que la presse a refusĂ© de sâen faire lâĂ©cho ?*
CĂŽtĂ© radio, il y a eu une radio privĂ©e qui sâappelait Maximum et qui a passĂ© un peu ce genre de programmes, mais elle a pas durĂ© trĂšs longtemps. Radio Nova avait elle-aussi quelques Ă©missions ponctuelles et spĂ©cialisĂ©es, notamment Docteur Beat. Ensuite, Ă partir du dĂ©but des annĂ©es 1990, ça sâest surtout passĂ© chez Radio FG. Puis Nova lui a emboĂźtĂ© le pas avec une couverture plus rĂ©guliĂšre et en invitant des DJs Ă lâantenne. CĂŽtĂ© radio, câĂ©tait surtout ces deux-lĂ , avec ensuite quelques Ă©missions spĂ©cialisĂ©es sur les FM locales, rĂ©gionales ou indĂ©pendantes. CĂŽtĂ© presse papier, le premier magazine dĂ©diĂ© Ă la cause, ça a Ă©tĂ© le mensuel Coda. Jâai Ă©crit dedans dĂšs le premier numĂ©ro : Jean-Philippe Renoult Ă©tait rĂ©dacteur en chef, et moi rĂ©dacteur en chef adjoint. Mon premier article Ă©tait une chronique assez nĂ©gative sur un album ambient de Sven VĂ€th vraiment pas bon â mais je nâai pas osĂ© relire mes papiers dedans depuis. On continuĂ© lâaventure jusquâen 1998. Il y a avait aussi un petit magazine qui sâappelait Zipper mais qui nâa pas survĂ©cu trĂšs longtemps, et quelques fanzines papiers. A cela, il faut ajouter deux sites Minitel : le 3615 FG et le 3615 RAVE de LibĂ©ration, qui transmettait des infos sur les rave party. Il y avait donc effectivement une certaine raretĂ© de lâinformation.
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Retrouvez lâintĂ©gralitĂ© de lâinterview sur le site des Inrocks
âDigeste et passionnantâ. Ellen Ichters sĂ©lectionne quelques livres pour vous accompagner cet Ă©tĂ©.
Ce livre raconte le voyage du son Ă©lectrique et les relations tĂ©nues qui ont toujours existĂ© entre les derniĂšres innovations technologiques et la musique. Il sâagit du catalogue de lâexposition Electrosound: Machines, musiques et cultures, prĂ©sentĂ©e Ă lâEspace Fondation EDF, Ă Paris. Cet ouvrage synthĂ©tique Ă©voque les artistes qui ont mis en avant les instruments, mais aussi leurs crĂ©ateurs. Les illustrations, nombreuses et colorĂ©es, font de ce livre un excellent compagnon de vacances.
Ăcoutez lâĂ©mission sur le site de Pl3in le poste
âLa jeunesse actuelle est Ă©rudite et elle est trĂšs en demande de mise en perspective.â Pour plonger dans lâhistoire de la musique Ă©lectronique, de ses instruments et de son esthĂ©tique, lâEspace Fondation EDF Ă Paris prĂ©sente lâexposition Electrosound. Un livre accompagne ce panorama. âLâidĂ©e Ă©tait de rĂ©aliser un ouvrage qui fasse Ă©cho Ă lâexposition mais qui fonctionne aussi seulâ, prĂ©cise le journaliste Jean-Yves Leloup, commissaire de lâexposition avec lâagence NoDesign. Le recueil est dĂ©coupĂ© en diffĂ©rentes parties, des laboratoires dâaprĂšs-guerre Ă la culture populaire actuelle (sous lâĆil de lâami photographe Jacob Khrist), en passant par les annĂ©es synthĂ©tiques et lâavĂšnement du PC. âNous voulions crĂ©er une continuitĂ© entre les Ă©poques, avec une articulation Ă©ditoriale.â En fouillant dans les archives, Leloup a trouvĂ© des clichĂ©s rares et une Ă©pique de journalistes spĂ©cialistes lâentoure dans la rĂ©daction de ce livre pĂ©dagogique et historique.