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Parution : 18/08/2016
ISBN : 9782360542093
240 pages (14,8 x 21 cm)

Easy listening

Exotica et autres musiques légÚres

Nous, nous voulons Ă©tablir une musique faite pour satisfaire les besoins « utiles ». L’Art n’entre pas dans ces besoins. La « Musique d’ameublement » crĂ©e de la vibration ; elle n’a pas d’autre but ; elle remplit le mĂȘme rĂŽle que la lumiĂšre, la chaleur et le confort sous toutes ses formes.

Erik Satie Ă  son ami Jean Cocteau

La musique easy listening erre au-dessus de tous les styles musicaux qui existent depuis le XVIII^e^ siĂšcle jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1970. C’est une musique large, sans ƓillĂšres, qui va puiser son inspiration Ă  des sources bien dissemblables comme les compositeurs de musique classique, les big bands amĂ©ricains des annĂ©es 1940, les ensembles gamelan balinais folkloriques, les Beatles, la bossa-nova ou la musique hawaĂŻenne traditionnelle. Elle rassemble des personnages aussi diffĂ©rents que l’illustre Burt Bacharach, l’hypnotique pseudo-Indien Korla Pandit, la diva pĂ©ruvienne Yma Sumac, le Français Roger Roger, auteur de pastilles musicales pour l’ORTF et de son compĂšre Nino Nardini, ou encore Ennio Morricone, c’est dire la difficultĂ© de recenser tous les reprĂ©sentants de cette famille musicale qui a servi de base de donnĂ©es infinie et de source d’inspiration pour des artistes tels que les Beastie Boys, le Wu-Tang Clan, Stereolab, The Avalanches, Portishead, The Cramps etc. Des ascenseurs et supermarchĂ©s au salon des clubs lounge, de l’exotica qui envahit l’AmĂ©rique d’aprĂšs-guerre aux bandes-son des films d’exploitation, cet ouvrage dĂ©finit les contours d’un genre musical omniprĂ©sent et pourtant mal connu.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Livres de la semaine Olivier Valerio Radio P.FM // Easy Rider 6 novembre 2016
- Easy listening Franck Cochon 90bpm 22 septembre 2016
- Entretien avec Erwann Pacaud et playlist Fred Landier The Drone 8 septembre 2016
- The Party Emmanuel Dosda Poly 8 septembre 2016

- Livres de la semaine

L’équipe de Easy Rider a choisi Easy Listening et Indie pop cette semaine pour vous donner de quoi lire en cette fin d’annĂ©e.

Rendez-vous sur le site de Easy Rider pour réécouter l’émission

Olivier Valerio
Radio P.FM // Easy Rider 6 novembre 2016

- Easy listening

Easy Listening, un terme grossier sans l’ĂȘtre franchement, plein de sous-entendus mĂ©prisants quant Ă  la qualitĂ© musicale. Faut dire que tout est dans le titre : une musique qui ne demande aucun effort d’attention, un bon fond sonore destinĂ© Ă  occuper les oreilles, de la partoche au kilomĂštre.

Dans les faits, on n’est pas toujours trĂšs loin de la vĂ©ritĂ© mais, pour qui voudra bien ouvrir le tiroir et fouiller un peu dedans, l’étiquette, comme toutes les Ă©tiquettes, renferme un tas de sous-genres : exotica, space age pop , exploitation, mood, library. Des caisses dĂ©bordantes de productions improbables promettant la bande-son idĂ©ale pour un barbecue rĂ©ussi ou celle d’une soirĂ©e de cĂ©libataires ; un voyage dans l’espace pour explorer la galaxie ou un aller-retour express en AmĂ©rique du Sud ou en Afrique. Des disques qui flattent le matos stĂ©rĂ©ophonique et d’autres d’une kitscherie sans limites, oeuvres de compositeurs productifs et de producteurs avant-gardistes parfois connus des seuls initiĂ©s, samplĂ©s par des beatmakers capables de trouver la boucle en or dans une tonne de vinyles aseptisĂ©s.

VoilĂ  de quoi y voir plus clair, une bougie dans une mine immense que Erwann Pacaud met Ă  la disposition des curieux, avec la bonne dose d’humour rĂ©glementaire.
Pas un mot en revanche sur les risques bravĂ©s par l’auteur, lui qui, pour sa sĂ©lection, a fatalement dĂ» gaver ses tympans d’albums aussi passionnants qu’un dĂ©compte de charges de co-propriĂ©té 

Lire la chronique sur 90bpm.fr

Franck Cochon
90bpm 22 septembre 2016

- Entretien avec Erwann Pacaud et playlist

On a parlé Muzak et Easy Listening avec le journaliste et écrivain Erwann Pacaud.

Depuis le premier grand “retour de mode” de ce qu’on appelait alors easy listening tout au long des annĂ©es 90, avec tous ces groupes et labels dans le vent qui actualisaient le genre en citant respectueusement leurs rĂ©fĂ©rences (de Tricatel Ă  Stereolab aux livres et compiles RE/Search, de Pizzicato Five Ă  la redĂ©couverte de Martin Denny, Esquivel ou Les Baxter, de Mike Flowers Pop, Katerine ou Tipsy aux compilations Ultra Lounge), l’apparente lĂ©gĂšretĂ© de la muzak et de l’exotica des annĂ©es 50 et 60 est retournĂ©e peu Ă  peu dans les mĂ©andres de l’underground des connaisseurs dans les annĂ©es 2000, comme une marotte de spĂ©cialistes pointus, un comble pour une musique au dĂ©part vouĂ©e Ă  ambiancer les ascenseurs, les supermarchĂ©s ou les aprĂšs-midi de desperate housewifes amĂ©ricaines.
Le livre d’Erwann Pacaud qui vient de sortir chez Le Mot et Le Reste, sobrement titrĂ© Easy Listening, exotica et autres musiques lĂ©gĂšres va dans le sens d’un possible deuxiĂšme “retour de mode” qui flotte dans l’air du temps, au moment oĂč la nouvelle vague garage et psychĂ© mondiale actuelle commence Ă  lever le pied sur les drogues dures pour redĂ©couvrir le kirsch et le martini dry en (rĂ©)Ă©coutant les disques fĂ©tiches des Cramps ou de Spacemen 3, les deux principaux artisans de la premiĂšre redĂ©couverte de l’avant-garde qui se cachait dans les disques d’apparence kitch vendus Ă  l’époque au kilo sur les vide-greniers de campagne. Ajoutons Ă  ça l’absurde mais nĂ©cessaire folie de la réédition de masse, la concurrence sauvage des diggers aux quatre coins du globe, WikipĂ©dia et Discogs : tout semble en place pour un nouveau ras-de-marĂ©e exotique et chaloupĂ©. Les chemises hawaĂŻennes sont mĂȘme dĂ©jĂ  en vente chez Celio et les congas, les bongos et les timbales se voient de plus en plus sur les scĂšnes de concerts.

Mais quand les moins curieux se contenteront de dĂ©corer leur salon (ou leur bar Ă  vin) avec les pochettes de disques Command Records en Ă©coutant une playlist Deezer de reprises de Caravan, d’autres applaudiront des deux mains l’exercice pĂ©rilleux d’Erwann Pacaud qui, en sĂ©lectionnant (prĂ©texte Ă  raconter des histoires) 100 disques du genre dans son livre, nous offre pour la premiĂšre fois en français un panorama de cet univers musical aux innombrables galaxies jalonnĂ©es de personnalitĂ©s hautes en couleurs, de musiciens gĂ©niaux Ă  la valeur reconnue Ă  posteriori et d’essentielles trouvailles formelles, sonores et techniques souvent cachĂ©es par la gentille candeur imposĂ©e par l’objet mĂȘme de ce “genre” : ĂȘtre une musique de fond, une musique d’ambiance. Car ces disques “pour les parents” des annĂ©es 50 Ă©taient bien loin d’ĂȘtre si mauvais que pouvaient le penser les jeunes qui dĂ©couvraient “leur” rock’n roll. De Sun Ra Ă  Throbbing Gristle, des Cramps Ă  Jello Biaffra, de Dj Shadow Ă  Pete Kember et Ă©videmment de A Tribe Called Quest, De La Soul et Jungle Borthers aux Beastie Boys, l’easy listening aura marquĂ© un gros paquet des musiciens les plus radicaux, innovateurs et avant-gardistes de leur temps : inutile de dire qu’on attendait ce livre depuis longtemps. Et Erwann Pacaud, comme tout bon passeur, est intarissable sur le sujet, en vrai spĂ©cialiste qu’il est. Son livre devient d’ailleurs la rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre qui manquait invraisemblablement au corpus des essais sur la musique (pas de mauvais esprit s’il vous plait, oui c’est le seul livre en français sur le sujet, mais c’est surtout une vraie encyclopĂ©die, et bien Ă©crite en plus).
Et si en plus il vous fallait la preuve que M. Pacaud maßtrisait son sujet, on lui a posé des questions difficiles, exprÚs. Interview.

Faut-il ĂȘtre passionnĂ© pour Ă©crire un livre pareil ?
Erwann Pacaud : C’est clair que pour Ă©couter l’intĂ©grale de Mantovani ou de Ray Conniff quasiment tous les jours, il faut un tant soit peu ĂȘtre passionnĂ©. Non seulement passionnĂ© de cette musique apparemment facile d’écoute mais Ă©galement des compositeurs eux-mĂȘmes et essayer de comprendre par quel biais ils en sont arrivĂ©s lĂ . C’est ça qui me fascine dans cette musique, c’est qu’en surface, c’est du miel pour les oreilles mais quand on se penche sur la vie de ces compositeurs et qu’on on Ă©coute comment ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s ces albums, ce sont de vĂ©ritables pionniers qui n’hĂ©sitent pas Ă  aller au-delĂ  de leurs parcours classique (que ce soit dans la musique classique ou le jazz) pour se consacrer et accompagner la crĂ©ation du format Long Play (LP) puis l’évolution de la stĂ©rĂ©o et d’expĂ©rimenter. Je pense Ă  Esquivel, doux-dingue de la stĂ©rĂ©o et du son en sonorama qu’il a rĂ©ussi Ă  dĂ©velopper, ou encore Enoch Light et son label Command Records mais aussi Andre Popp, Jean-Jacques Perrey, Raymond Scott etc.

Quand je regarde avec le recul les compositeurs que j’ai choisis, ce sont pour la plupart des aventuriers, sĂ»rs de leur coup et qui ne demandent rien Ă  personne. Ils tracent leur route seuls et tant pis s’il ne resteront pas dans l’histoire officielle de la musique du XX^e^ siĂšcle. J’ai un trĂšs grand faible pour les outsiders de cette histoire officielle et je prĂ©fĂšre 100 fois plus la dĂ©marche d’Eden Ahbez, de Korla Pandit ou de Chaino que celle des Beatles ou des Rolling Stones, dont la vie et les albums ont Ă©tĂ© maintes et maintes fois dĂ©cortiquĂ©s.

Je suis Ă©galement Ă©bahi et encore fascinĂ© par le succĂšs de la muzak aux États-Unis qui a quand mĂȘme rĂ©ussi Ă  refourguer son concept de musique d’ascenseur Ă  de millions de sociĂ©tĂ©s et des millions d’amĂ©ricains. Imbattables sur le plan marketing ces amĂ©ricains. Faire vendre un album de musique spĂ©cialement composĂ©e pour passer un excellent barbecue en famille, c’est trĂšs fort. C’est marrant car l’objectif des plateformes de streaming comme Spotify ou Deezer et de leurs innombrables compilations n’est pas trĂšs Ă©loignĂ© de ceux de la sociĂ©tĂ© Muzak Ă  l’époque, celle d’accompagner tous les moments de la journĂ©e.

MĂȘme chose pour l’exotica, un phĂ©nomĂšne unique et typiquement amĂ©ricain qui a durĂ© quelques annĂ©es dans les annĂ©es cinquante qui n’a Ă©tĂ© “rĂ©vĂ©lĂ©â€ et mise en avant en France par l’exposition de Sven Kirsten au MusĂ©e du Quai Branly, Tiki Pop. Et cela fait partie de l’histoire de la sous-culture amĂ©ricaine car l’influence des mĂ©lodies polynĂ©siennes ne s’est pas seulement fait sentir dans la musique mais Ă©galement dans l’architecture, le cinĂ©ma, les bars et les cocktail parties
 Donc historiquement, pour quelqu’un qui s’intĂ©resse aux sous-cultures, il n’y a pas eu que la rĂ©volution du rock’n‘roll et de la musique psychĂ©dĂ©lique mais Ă©galement une autre rĂ©volution, beaucoup plus douce, pas du tout rebelle et qui, techniquement, n’a vraiment rien Ă  envier aux compositeurs de musiques Ă©lectroniques actuels ou de la musique pop.

Rendez-vous sur le site de The Drone pour lire toute l’interview d’Erwann Pacaud

Fred Landier
The Drone 8 septembre 2016

- The Party

De la Musique d’ameublement d’Erik Satie (1918) Ă  Ritornano Quelli Di
. Calibro 35 de Calibro 35 (2010), Erwann Pacaud explore l’Easy listening, l’exotica et autres musiques lĂ©gĂšres. En avant la muzak !
La moumoute blonde, le costard blanc et le sourire ultra brite de Mike Flowers Pops reprenant le Wonderwall des mauvais garçons d’Oasis. Les compilations The Sound Spectrum ou Get Easy !, s’écoutant un verre de Vodka Martini Ă  la main. Les soirĂ©es lounge de chez Madame Jojo’s Ă  Londres oĂč l’on danse accoutrĂ© comme Austin Powers
 Au milieu des annĂ©es 1990, impossible d’échapper Ă  la vague du revival easy listening sĂ©vissant un peu partout, mĂȘme en France (l’album de ValĂ©rie Lemercier, Philippe Katerine
).

Une mode. Un mode de vie pour certains prĂ©fĂ©rant se prĂ©lasser que travailler. Un style aux contours flous, sensĂ© ĂȘtre light, sans saveur, inoffensif, mais qui irrigue encore aujourd’hui la production musicale.

Erwann Pacaud rappelle que, dans les annĂ©es 1950, il fallait choisir son camp, entre l’easy listening de Les Baxter et le rock’n’roll d’Elvis : « Les parents optent pour la gĂ©nĂ©ration cocktail qui vĂ©nĂšre le raffinement de ces mĂ©lodies lĂ©gĂšres opposĂ©es Ă  leur progĂ©niture subjuguĂ©e par cette musique rebelle et envoĂ»tĂ©e par le pelvis du King. » Et bing, fracture gĂ©nĂ©rationnelle.

Erwann Pacaud rappelle que, dans les annĂ©es 1950, il fallait choisir son camp, entre l’easy listening de Les Baxter et le rock’n’roll d’Elvis : « Les parents optent pour la gĂ©nĂ©ration cocktail qui vĂ©nĂšre le raffinement de ces mĂ©lodies lĂ©gĂšres opposĂ©es Ă  leur progĂ©niture subjuguĂ©e par cette musique rebelle et envoĂ»tĂ©e par le pelvis du King. » Et bing, fracture gĂ©nĂ©rationnelle.

Les annĂ©es 1930 : la sociĂ©tĂ© Muzak façonne de la musique d’ascenseur au km, sensĂ©e ĂȘtre « utilitaire », « dĂ©corative », dont le but « purement marketing » est « de faire consommer plus dans les galeries marchandes » et « d’accroĂźtre la productivitĂ© » dans les entreprises. Avec l’arrivĂ©e du 33 tours, les demeures modernes des familles modĂšles amĂ©ricaines peuvent, dans les fifties, s’équiper et diffuser de la Music for Reading, Relaxing ou mĂȘme pour le Barbecue entre amis.

Les plus coquins s’essayeront mĂȘme au strip-tease sur des rythmes jazzy, tandis que d’autres s’apprĂȘteront Ă  voyager dans les Andes d’Yma Sumac ou Ă  HawaĂŻ, chemise Ă  fleurs sur le dos, grĂące aux sonoritĂ©s lointaines de l’exotica mĂȘlant mambo et calypso, congas et bongos. L’easy listening sort dĂ©finitivement des intĂ©rieurs middle classe lorsqu’elle nous met en orbite, comme y parvient la space pop de Ron Goodwin et son orchestre.

Avec Mancini, Schiffrin ou Barry, l’exotica, les « musiques lĂ©gĂšres » s’immisceront dans les BO de films d’espionnage ou de sexploitation
 le genre gagnant ses lettres de noblesses. Les producteurs de hip-hop, musiciens pop et artistes Ă©lectroniques des dĂ©cennies Ă  venir n’auront aucun complexes Ă  piller la musique easy, aussi esthĂštes soient-ils, mĂȘme lorsqu’ils se nomment Stereolab ou Aphex Twin (le projet Mike & Rich).

Retrouvez l’article et la sĂ©lection musicale de l’auteur sur le site de Poly

Emmanuel Dosda
Poly 8 septembre 2016