Carte de séjour
UN GROUPE ROCK DANS LA âDOUCE FRANCEâ DES ANNĂES 80
Histoire et mĂ©moires dâun groupe rock engagĂ© dans les combats Ă©mancipateurs de son temps.
Coups de cĆur de libraires :
âMenĂ© par le charismatique Rachid Taha Carte de sĂ©jour a laissĂ© une trace indĂ©lĂ©bile sur lâhistoire du rock hexagonal.TrĂšs documentĂ© et incarnĂ©, le livre de Philippe Hanus est une mine qui rend hommage aux membres de ce groupe pionnier qui a ouvert le rock français aux musiques du Maghrebâ
Maxime, Librairie e Paris (17Ăš)
FormĂ© en 1980 par Mohammed et Mokhtar Amini Ă Rillieux-la-Pape, dans lâagglomĂ©ration lyonnaise, rejoints par le chanteur Rachid Taha puis divers autres musiciens, Carte de sĂ©jour dĂ©fend un rock mĂ©tissĂ©, engagĂ© contre le racisme et pour la justice sociale. Le braconnage de la langue (un arabe de banlieue mĂątinĂ© dâanglicismes et de parlers populaires lyonnais baptisĂ© « rhorho ») et des sons est au coeur de lâaventure de cet ensemble musical mĂȘlant sonoritĂ©s Ă©lectriques et instrumentations traditionnelles du Maghreb. Contemporain des luttes des descendants dâimmigrĂ©s, telles que la Marche pour lâĂ©galitĂ© et contre le racisme de 1983, Carte de SĂ©jour exprime, durant la dĂ©cennie 1980-1990, une forme originale de crĂ©ation musicale et de rĂ©sistance aux assignations identitaires. Il est en outre lâambassadeur dâune certaine culture cosmopolite, en Europe et au Maghreb, qui influencera nombre dâartistes de la scĂšne internationale pop-rock et rap.
Revue de presse
Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980 Carlos Pardo Monde diplomatique Février 2026
Philippe Hanus, Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980 Véronique Servat Mondes & Migrations janvier 2026
Spéciale Carte de séjour en compagnie de Philippe Hanus JérÎme Colin Entrez sans frapper | RTBF 25 décembre 2025
"Carte de séjour" de Philippe Hanus : Douce France ? Maya Ouabadi En attendant Nadeau 10 octobre 2025
CARTE DE SĂJOUR par Philippe HANUS GĂ©rard Bar-David Gonzo music 12 aoĂ»t 2025
Sélection livre : "Carte de séjour" de Philippe Hanus Sam Olivier FrancoFans n°116 décembre 2025
La chronique sur "Carte de séjour" de Philippe Hanus Hervé Devallan Bretagne Actuelle 20 novembre 2025
Carte de SĂ©jour: « le groupe a produit un authentique acte de rĂ©sistance » ClĂ©mentine MĂ©tĂ©nier RFI â Musique 27 octobre 2025
Littérature et rock : Carte de séjour, une biographie monstre pour un groupe lyonnais mythique Kevin Muscat Lyon Capitale 8 octobre 2025
Carte de séjour, la folle épopée de l'arab rock Zoé Sfez France Culture // La Série musicale 20 septembre 2025
Carte de séjour, le rock engagé à la casbah raconté dans un livre Jean-Marc Pinson Ouest-France 26 septembre 2025
Carte de séjour, casbah électrique JérÎme Provençal Politis 20 septembre 2025
CARTE DE SĂJOUR : QUAND LE ROCK RĂĂCRIT LA DOUCE FRANCE Vladimir Max Le Petit Journal 8 septembre 2025
De Beck à Gojira : les artistes dont on parle (trop) peu souvent Frédéric Vandecasserie RTBF // Classic 21 6 septembre 2025
PHILIPPE HANUS / CARTE DE SEJOUR Vincent Caffiaux Star Wax 25 août 2025
Carte de séjour, une histoire française Benoßt Carretier Libération 30 août 2025
« Lâarab rock de Carte de SĂ©jour, une expression musicale nourrie de contestation » JP Zanolo Le ProgrĂšs 1 septembre 2025
« Carte de Séjour », le livre qui métisse des liens Anis Hajjam L'Opinion 27 août 2025
Sélection trente cadeaux de Noël : "Carte de séjour" de Philippe Hanus Télérama 30 novembre 2025
Ă lâoccasion de la fĂȘte de la musique, Rue89Lyon est revenu Ă Rillieux-la-Pape avec Mokhtar Amini, membre fondateur du groupe Carte de sĂ©jour. NĂ© dans la Ville nouvelle en 1980, il a gagnĂ© une renommĂ©e internationale et marquĂ© les esprits par son identitĂ© musicale singuliĂšre â le « rock arab », et par son fort engagement politique, y compris local. Retour sur une histoire lyonnaise, une histoire de quartier(s).
Au 16, avenue de lâEurope, prĂšs de lâĂ©glise et des espaces verts oĂč il jouait enfant, Mokhtar Amini se remĂ©more, visiblement Ă©mu : « Je crois que ça fait 40 ans que je nâĂ©tais pas venu ici ». Câest lĂ , au 2á” Ă©tage de cet immeuble de la ZUP de Rillieux-la-Pape, que les frĂšres Amini ont grandi et créé le groupe Carte de sĂ©jour.
« Carte », câest une mĂ©tĂ©orite musicale de 1980 Ă 1990, qui a rapidement dĂ©passĂ© les frontiĂšres de Rillieux. Un style singulier â du rock imprĂ©gnĂ© de musique arabe, chantĂ© dans un mĂ©lange dâarabe, de français et dâanglais â emmenĂ© par Mohammed (guitare) et Mokhtar Amini (basse), Rachid Taha (chant), Djamel Dif et JĂ©rĂŽme Savy (batteur) pour le noyau dur.
« Leur rayonnement en fait le plus grand groupe lyonnais, estime Philippe Hanus, historien et anthropologue Ă lâethnopole Migrations, frontiĂšres, mĂ©moires du CPA de Valence, auteur de Carte de sĂ©jour, un groupe rock dans la « douce France » des annĂ©es 1980 (Le mot et le reste). Ils ont jouĂ© dans le monde entier et Ă©taient considĂ©rĂ©s Ă lâĂ©tranger comme les ambassadeurs dâune certaine idĂ©e de la France. »
âCréé en 1980 par Mohammed et Mokhtar Amini dans la banlieue lyonnaise, le groupe Carte de sĂ©jour a en une pĂ©riode trĂšs brĂšve transformĂ© le rock français. Lâhistorien et anthropologue Philippe Hanus ne sâest pas contentĂ© de se plonger dans les archives, il est Ă©galement allĂ© Ă la rencontre de deux anciens membres de la formation, reconstituant ainsi ce qui fut une vĂ©ritable aventure collective, que la personnalitĂ© du chanteur Rachid Taha et sa carriĂšre internationale en solo ont quelque peu Ă©clipsĂ©e. Si la composition du groupe Ă©tait mĂ©tissĂ©e, les inspirations musicales et esthĂ©tiques lâĂ©taient tout autant, qui donnĂšrent naissance Ă lâarab rock, fusion de punk, de funk, de chaabi ou encore de flamenco, quâaccompagnait une langue propre au groupe, la rhorho, issue de la darja, parler populaire du Maghreb et combinĂ©e au français, Ă lâargot lyonnais et Ă lâanglais. Carte de sĂ©jour bĂ©nĂ©ficia de lâessor des radios libres, des fanzines et des petites salles de concert, et participa aux principales mobilisations politiques et sociales de lâĂ©poque, dont la fameuse Marche pour lâĂ©galitĂ© et contre le racisme de 1983.â
âPhilippe Hanus nous donne accĂšs Ă une riche histoire des annĂ©es 1980, vue depuis la cause immigrĂ©e et mue par lâagentivitĂ© de ses filles et de ses fils nĂ©s et/ou ayant grandi en France. Une France pas si douce, mais dont le bouillonnement culturel a permis de faire feu de tout bois pour porter de nouvelles revendications en faveur de lâĂ©galitĂ© et de lâantiracisme.â
âSpĂ©ciale Carte de sĂ©jour avec Philippe Hanus, qui publie âCarte de sĂ©jour : Un groupe rock dans le feu dans la âDouce Franceâ des annĂ©es 80â (Le Mot et le Reste)â
Interview à écouter sur toutes les plateformes
âDans ce livre, Philippe Hanus retrace la trajectoire des membres du groupe Carte de sĂ©jour, en mĂȘme temps quâil revient sur lâhistoire de la France pas si douce des annĂ©es 1980. Il parvient Ă dresser un portrait sensible qui rend autant hommage aux qualitĂ©s musicales du groupe quâĂ leur rĂŽle dans les luttes antiracistes de lâĂ©poque.â
âTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Carte de sĂ©jour, lâincroyable aventure du groupe beur punk funk fondĂ© par Rachid Taha et les frĂšres Amini, Mohamed et Mokhtar, bientĂŽt rejoints par JĂ©rome Savy et Djamel Dif, dans ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 » signĂ© Philippe Hanus, soit la premiĂšre biographie extensive consacrĂ©e Ă cette formation aussi fascinante que proteĂŻforme, originaire de la banlieue lyonnaise, et au son qui nâavait nul autre son pareil. PrĂšs de 400 pages, des dizaines et des dizaines de rĂ©fĂ©rences Ă travers publications, articles de presse et documents divers, câest un travail de Titan rĂ©alisĂ© par lâuniversitaire Phillipe Hanus, qui a menĂ© une vĂ©ritable enquĂȘte pour sâinscrire pas Ă pas dans lâaventure Carte de sĂ©jour sans jamais rien omettre. 1980 Ă 1990, dix annĂ©es dâune intensitĂ© maximale se dĂ©roulent ainsi de la maniĂšre la plus informĂ©e, y compris mes propres articles de BEST et de Gonzomusic, lâauteur est parvenu Ă tout retrouver : chaque concert, chaque entretien radiophonique ou tĂ©lĂ©visuel, chaque rĂ©compense dĂ©cernĂ©e, comme le Bus dâAcier Prix du Rock Français en 1987, chaque pĂ©ripĂ©tie de lâĂ©popĂ©e Carte de sĂ©jour se retrouve ainsi analysĂ© par lâauteur. Et tant pis si cette minutie, cette prĂ©cision extrĂȘme pĂšse quelque peu sur le style narratif de ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 », on reste scotchĂ© par le destin de ce combo rock tant chargĂ© dâespoir qui ne ressemblait Ă aucun autre. Je suis bien placĂ© pour le savoir, puisque jâai dĂ» publier dans BEST le second article hexagonal jamais consacrĂ© Ă Carte, avant de documenter intensivement la carriĂšre de Rachid Taha. A la lecture de ce livre, on comprend la double importance cruciale, Ă la fois musicale par son cocktail inĂ©dit de rock, de punk, de funk et de son orientalisme inĂ©dit, et aussi politique et sociale par tout lâespoir mais aussi le militantisme Ă©clairĂ© de Carte. Soit Ă la fois le Clash et James Brown, Elvis Presley et Trenet et lâesprit rebelle de Mai 68, sans oublier le contexte « beur » dâune culture arabe qui osait enfin sortir de lâinvisibilitĂ© dans laquelle elle se trouvait depuis toujours. Lâauteur sâattache Ă©galement au pouvoir linguistique de cette langue, le « rhoro » qui mĂ©lange arabe, français et argot et qui a inspirĂ© le titre du tout premier 33 tours de Carte de sĂ©jour, tout comme la personnalitĂ© si charismatique de Rachid. Groupe novateur dans tous les sens du terme, groupe-charniĂšre qui annonce la carriĂšre internationale dâun Rachid Taha devenu ambassadeur de cette sono mondiale Ă la Française qui a su si bien conquĂ©rir notre PlanĂšte Rock, pour la toute premiĂšre fois un livre retrace ce parcours hors-normes car tellement chargĂ© dâespoirs, câest dire toute lâimportance de ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 » Ă lire Ă tout prix, sept annĂ©es aprĂšs la triste disparition de Rachid et six ans aprĂšs celle de Mohamed Amini.â
âOn ne peut que se rĂ©jouir de cette premiĂšre biographie sociologique de Carte de SĂ©jour, sous-titrĂ©e « Un groupe de rock dans la Douce France des annĂ©es 80 ». FormĂ© par les frĂšres Amini, Djamel Dif, JĂ©rĂŽme Savy et Rachid Taha Ă Rillieux-la-Pape au dĂ©but des annĂ©es 80, il a fait bouger les lignes et inspirĂ© tant dâartistes raĂŻ, pop-rock et rap aprĂšs lui. Philippe Hanus, docteur en anthropologie historique, Ă©crit son rĂ©cit Ă la premiĂšre personne, façon gonzo. IllustrĂ© par une iconographie inĂ©dite, cet ouvrage qui fera date est Ă©tayĂ© judicieusement par des extraits de mĂ©dias de lâĂ©poque. Lors de son enquĂȘte au long cours, lâauteur a interrogĂ© les principaux instigateurs et recueilli leurs inestimables tĂ©moignages. Militant contre le racisme et la bĂȘtise, Carte de SĂ©jour, avec sa musique plutĂŽt festive et mĂ©tissĂ©e, prĂŽne la tolĂ©rance et lâintĂ©gration, Ă lâimage du club Au refoulĂ© ouvert par Rachid Taha Ă Lyon.â
âMais ce que souligne parfaitement Philippe Hanus dans son livre, câest le parallĂšle de deux trajectoires : celle des mouvements sociaux contre le racisme (marches de 1983, SOS Racisme de 1985, etc.) et celle dâun combo dĂ©fendant un rock original qui va connaĂźtre un succĂšs dâestime en Grande Bretagne et un vrai succĂšs populaire en Allemagne, en EspagneâŠ. Pas mal pour du rock français ! Aujourdâhui, la banlieue vibre au rythme du rap, accompagnĂ© dâune vraie radicalitĂ© islamique. Ce qui nâĂ©tait pas le cas dans les annĂ©es 80, mĂȘme si le FN et le racisme Ă©taient dĂ©jĂ lĂ .â
Extrait de lâentretien avec Philippe Hanus :
âPour moi, ce que Carte de sĂ©jour a produit est un authentique acte de rĂ©sistance, porteur dâun principe dâespĂ©rance : la rencontre des mondes a Ă©tĂ© possible ! Les artistes lyonnais ont rĂ©ussi Ă produire une identitĂ© collective mĂ©tissĂ©e et joyeuse Ă partir de la musique pop-rock et des hĂ©ritages maghrĂ©bins, partagĂ©e avec des publics dâhorizons variĂ©s : arabes, juifs, fĂ©ministes, gays, prolos et intellos se sont ainsi trouvĂ©s mĂȘlĂ©s dans leur « Maniâfestive Rhorhomanie ». Je pense quâil est important dans le contexte actuel de donner en partage cette histoire Ă nos contemporains. Câest pourquoi ce livre se prĂ©sente comme un antidote au poison vĂ©hiculĂ© par certains idĂ©ologues identitaires qui fantasment une France monochrome.â
âInvraisemblable car fruit dâun travail de fourmi (et sans doute de longue haleine) qui nâoublie pas le moindre dĂ©tail, le moindre tĂ©moignage de lâĂ©poque, des membres du groupe bien sĂ»r mais aussi ceux qui lâont accompagnĂ© ou croisĂ©.â
âRetour sur lâhistoire du groupe Carte de sĂ©jour, dont les membres, pour beaucoup enfants dâimmigrĂ©s, ont grandi dans la banlieue lyonnaise et inventĂ© un genre, lâarab rock.
Carte de sĂ©jour, câest ce groupe de fils dâimmigrĂ©s algĂ©riens, marocains, mais aussi de Lyonnais ayant grandi dans la banlieue ouvriĂšre de Lyon et qui se nomment Mohamed, Brahim, Mokhtar, JĂ©rĂŽme, Ăric ou encore Rachid. Avant leur sĂ©paration au terme de dix ans, ils ont complĂštement changĂ© lâhistoire du rock français et inventĂ© un genre, lâarab rock. Carte de sĂ©jour a de fait donnĂ© une place Ă celles et ceux que lâon dit de la âdeuxiĂšme gĂ©nĂ©rationâ dans une France qui voyait pour la premiĂšre fois, au cours de cette dĂ©cennie 1980-1990, les idĂ©es extrĂȘme-droite fleurir avec beaucoup de force depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce groupe sâest avĂ©rĂ© pionnier, non pas vraiment dâun style, mais sans doute dâune conversation infinie et jamais terminĂ©e sur ce quâest lâidentitĂ© quand on est nĂ© en France et que lâon a plusieurs cultures Ă dĂ©fendre. Le tout dans cette Ă©poque rĂ©volue des annĂ©es 1980 qui ont vu la gauche au pouvoir, la marche contre le racisme ou encore le mouvement âblack-blanc-beurâ. La musique de cette formation survit en partie grĂące au charisme de Rachid Taha, devenu presque lâunique porte-parole de Carte de sĂ©jour. Ayant ensuite entamĂ© une carriĂšre internationale, il a sans doute laissĂ© dans lâombre les autres membres du groupe, les frĂšres Amini, Mokhtar et Mohamed, mais aussi JĂ©rĂŽme Savy, Djamel Dif, Brahim MâSahel, Ăric Vaquer, qui dĂ©voilent une histoire en fait beaucoup plus collective. Une histoire enfin racontĂ©e aujourdâhui par lâanthropologue et historien Philippe Hanus, spĂ©cialiste des luttes des travailleurs immigrĂ©s, qui signe le livre Carte de sĂ©jour : un groupe rock dans la douce France des annĂ©es 1980 paru aux Ă©ditions Le mot et le reste.â
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âRillieux-la-Pape (RhĂŽne), dans la banlieue lyonnaise, est le berceau dâun groupe qui va bercer toute une gĂ©nĂ©ration avec son rock antiraciste. Ils se prĂ©nomment Mohammed, Brahim, Mokhtar, JĂ©rĂŽme, Ăric et Rachid. Ils sont fils dâimmigrĂ©s algĂ©riens, marocains et de Lyonnais de la banlieue. Nous sommes dans les annĂ©es 1980. Lâaventure Carte de sĂ©jour va durer une dĂ©cennie. Rachid Taha devient le leader du groupe en chantant le « rhorho » un mĂ©lange dâargot lyonnais, dâarabe et de français. Il se dit que le groupe â qui a croisĂ© le temps dâune soirĂ©e les Clash â a inspirĂ© le titre Rock the Casbah Ă la bande de Joe Strummer. Dans un contexte social et politique agitĂ©, avec la montĂ©e de lâextrĂȘme droite, le groupe est le porte-drapeau dâune jeunesse multiraciale en reprenant Douce France de Charles Trenet. Scandale disent certains, quand dâautres applaudissent des deux mains. Le ministre de la Culture, Jack Lang, va jusquâĂ distribuer le disque Ă lâAssemblĂ©e nationale. Carte de sĂ©jour est associĂ© Ă toutes les manifestations, marche contre le racisme, mouvement black-blancbeur. Le groupe tacle les mariages arrangĂ©s chez les musulmans avec Zoubida. Ă Lyon, Rachid Taha (dĂ©cĂ©dĂ© en 2018), qui aura ensuite une belle carriĂšre solo, a mĂȘme ouvert une boĂźte, la bien nommĂ©e Le RefoulĂ©, en rĂ©action aux dĂ©lits de faciĂšs des Ă©tablissements de nuit. Philippe Hanus, historien et anthropologue, retrace ici lâhistoire de ce groupe de façon chronologique. Mais câest aussi le portrait dâune Ă©poque, dâune sociĂ©tĂ© qui lutte contre la discrimination. Carte de sĂ©jour trouve encore un Ă©cho aujourdâhui dans le combat contre le racisme. Au-delĂ de lâengagement, il reste aussi et surtout leur musique qui a influencĂ© bon nombre dâartistes pop, rock et rap, en France comme Ă lâĂ©tranger.â
âUn livre passionnant retrace lâĂ©popĂ©e de Carte de sĂ©jour, groupe de rock mĂ©tissĂ© emblĂ©matique de la France des annĂ©es 1980 et ardent contre-feu Ă la flamme mortifĂšre de lâextrĂȘme droite alors en plein essor. ImpulsĂ© en 1980, Carte de sĂ©jour a atteint son pic de popularitĂ© en 1986-1987 grĂące Ă sa reprise iconoclaste de « Douce France », fameuse rengaine nostalgico-patriotique de Charles TrĂ©net. Petite soeur de « La Marseillaise » version reggae (« Aux armes etcetera ») de Serge Gainsbourg, cette chanson occulte hĂ©las le reste de la discographie â mince mais substantielle â du groupe. Incarnant les vertus du mĂ©tissage dans la musique comme dans la sociĂ©tĂ©, Carte de sĂ©jour apparaĂźt aujourdâhui toujours aussi actuel et nĂ©cessaire mais semble pourtant un peu oubliĂ©. TrĂšs complet, richement documentĂ©, fruit dâun travail de longue haleine lancĂ© en 2013, lâouvrage de lâhistorien et anthropologue Philippe Hanus, Carte de sĂ©jour. Un groupe rock dans la « douce France » des annĂ©es 1980, se rĂ©vĂšle aussi instructif quâagrĂ©able Ă lire et invite Ă une (re) dĂ©couverte en profondeur de la formation. DâemblĂ©e, lâauteur affirme son choix de ne pas se focaliser sur Rachid Taha, chanteur ĂŽ combien charismatique (appelĂ© ensuite Ă une faste carriĂšre solo), pour mieux apprĂ©hender la dimension collective de cette belle aventure musicale. Il rend ainsi ce qui leur appartient aux deux principaux instigateurs du groupe, Mohamed et Mokhtar Amini. NĂ©s au Maroc, ces deux frĂšres ont grandi en France durant les annĂ©es 1960, dans une « ville nouvelle » en construction, Rillieux-la-Pape, en pĂ©riphĂ©rie de Lyon, oĂč leur pĂšre â ouvrier en bĂątiment â est venu sâinstaller en 1958 pour travailler. FrappĂ©s par la foudre rĂ©vĂ©latrice (via lâalbum Black & Blue des Rolling Stones) durant lâadolescence, ils ont embrassĂ© fiĂ©vreusement la cause du rock, Ă©cumant les salles de concert locales et apprivoisant chacun un instrument â la guitare pour Mohamed, la basse pour Mokhtar. En mai 1979 a lieu la rencontre avec un certain Rachid Taha, celui-ci sâimprovisant chanteur avec Ă©clat durant une jam session dĂ©cisive. Le trio est ensuite rejoint par deux autres musiciens du sĂ©rail lyonnais : Djamel Dif (batterie) et Ăric Vacquer (guitare). Carte de sĂ©jour â dont la composition va un peu fluctuer au fil des annĂ©es â prend vie officiellement sur scĂšne durant lâĂ©tĂ© 1980 et gagne rapidement en notoriĂ©tĂ©. « Il se passe quelque chose dâintĂ©ressant du cĂŽtĂ© de la banlieue lyonnaise, oĂč une bande de ârebeus contestatairesâ diffuse un son nouveau, bricole un look dĂ©calĂ© et Ă©labore des postures scĂ©niques qui cassent les rĂšgles conventionnelles de la rock attitude », analyse a posteriori Philippe Hanus.
Paru en mai 1982, leur premier maxi â sur lequel figurent notamment « Zoubida » et « La Moda », deux chansons phares de leurrĂ©pertoire â rencontre un beau succĂšs critique et attrapemĂȘme les oreilles affĂ»tĂ©es du lĂ©gendaire animateur radio anglais John Peel. Peu aprĂšs la sortie du disque, Ăric Vacquer est remplacĂ© par JĂ©rĂŽme Savy. BĂ©nĂ©ficiant dâun large soutien mĂ©diatique, de la tĂ©lĂ© nationale aux fanzines underground, Carte de sĂ©jour poursuit son ascension avec son
premier album, Rhorhomanie (1984). On y entend un puissant rock arabisant, mĂątinĂ© de reggae et de funk, souvent proche de The Clash. VĂ©ritable manifeste, le titre fait rĂ©fĂ©rence au « rhorho », langage hybride propre au groupe, qui mĂȘle arabe, français et argot. AltĂ©rĂ© par une production un peu trop lisse, le deuxiĂšme â et dernier â album, 2 1/2 (1987), traduit une baisse relative dâintensitĂ© mais reste nĂ©anmoins consistant. En 1990, lâalbum BarbĂšs marque le dĂ©but de la carriĂšre solo de Rachid Taha et signe la fin de Carte de sĂ©jour, le groupe Ă©tant minĂ©
par des dissensions internes. Suivant un fil chronologique, Philippe Hanus relate en dĂ©tail cette Ă©popĂ©e intimement liĂ©e aux annĂ©es 1980 et en resitue bien le contexte global. Ăvoquant notamment lâeffervescence de la scĂšne musicale lyonnaise et lâexplosion du rock alternatif, il rappelle aussi lâĂ©mergence du Front national dans le paysage politique dâalors et les diffĂ©rentes luttes â plus ou moins mĂ©diatiques â menĂ©es contre le racisme et les violences policiĂšres. Quarante ans aprĂšs, le combat (rock) continue.â
âLes annĂ©es 80⊠Une dĂ©cennie charniĂšre. Entre rigueur Ă©conomique, chĂŽmage de masse et montĂ©e du Front national, la France vit alors une mutation idĂ©ologique profonde. Le nĂ©olibĂ©ralisme sâimpose, ses secousses traversent la sociĂ©tĂ©, et les immigrĂ©s deviennent souvent les boucs Ă©missaires dâune crise qui les dĂ©passe. Câest dans ce climat Ă©lectrique quâĂ©merge un groupe au nom symbolique : Carte de SĂ©jour. Rock nerveux aux accents orientaux, paroles engagĂ©es, Ă©nergie brute⊠Les Lyonnais bousculent les codes et, trĂšs vite, sâimposent comme la voix dâune jeunesse issue de lâimmigration qui refuse de rester en marge. Leur reprise explosive de Douce France, hymne patrimonial de Charles Trenet, rĂ©sonne comme un uppercut en pleine montĂ©e des thĂšses xĂ©nophobes. Quand Rachid Taha et ses camarades revisitent ce classique, ce nâest plus une carte postale nostalgique mais un cri dâappartenance : cette France est aussi la leur. En 1983, leur participation au grand concert de la Bastille, clĂŽture de la Marche pour lâĂ©galitĂ© et contre le racisme â dite âMarche des Beursâ â les installe dĂ©finitivement comme porte-drapeaux artistiques et politiques dâune gĂ©nĂ©ration. âDouce Franceâ devient lâhymne mĂ©tissĂ© et combatif dâune Ă©poque qui donnera naissance au slogan âTouche pas Ă mon poteâ. Dans son ouvrage Carte de sĂ©jour â Un groupe rock dans la âdouce Franceâ des annĂ©es 80 (Ăditions Le Mot et le Reste), lâhistorien Philippe Hanus revient sur ce moment de musique et de sociĂ©tĂ©. Entre anecdotes, archives et portraits, il retrace lâaventure dâun groupe inclassable, menĂ© par un Rachid Taha charismatique, mĂ©langeant arabe dialectal, anglicismes et argot lyonnais, ce fameux âRhorhoâ qui Ă©lectrisait la scĂšne. Plus quâun livre de mĂ©moire, câest aussi un hommage vibrant Ă Rachid Taha, disparu en 2018 Ă 59 ans. Une façon de rappeler que derriĂšre la fureur du rock se cachait une vision : celle dâune France multiple, bruyante, fiĂšre et mĂ©tissĂ©e.â
âDans un autre genre, on obliquera vers Carte de sĂ©jour, formĂ© en 1980 autour du charismatique chanteur Rachid Taha et des frĂšres Mokhtar et Mohamed Amini. Ce groupe a Ă©tĂ© lâun des premiers Ă fusionner le rock avec les sonoritĂ©s du raĂŻ et dâautres musiques mĂ©diterranĂ©ennes. Le nom du groupe, choisi en rĂ©fĂ©rence au document administratif portĂ© par les immigrĂ©s en France, reflĂ©tait leur identitĂ© et leur volontĂ© de revendiquer leur place dans la sociĂ©tĂ© française. Leur musique, tout en Ă©tant Ă©nergique, Ă©tait aussi un puissant vecteur de messages politiques et sociaux. Ils ont rĂ©ussi Ă crĂ©er un son qui a sĂ©duit aussi bien les amateurs de rock que les jeunes issus de lâimmigration, en parlant Ă la fois de leur double culture et des difficultĂ©s rencontrĂ©es dans la France de lâĂ©poque. Si le groupe a sorti des albums notables tels que Rhorhomanie (1984) et 2 œ (1986), leur single le plus cĂ©lĂšbre reste sans conteste la reprise de â Douce France â de Charles Trenet en 1986. Ce titre, initialement une chanson patriotique et nostalgique, a Ă©tĂ© transformĂ© par Carte de SĂ©jour en un hymne Ă la fois ironique et poignant pour les enfants dâimmigrĂ©s. Ce choix musical a suscitĂ© un dĂ©bat national, illustrant lâĂ©volution de la sociĂ©tĂ© française et la montĂ©e de lâantiracisme. Câest retracĂ© avec hauteur dans le livre ! Le groupe se sĂ©pare en 1990, Rachid Taha lançant par la suite une carriĂšre solo Ă succĂšs qui le mĂšnera Ă une reconnaissance internationale. Bien que leur parcours ait Ă©tĂ© relativement court, lâinfluence de Carte de SĂ©jour est indĂ©niable. Ils ont ouvert la voie Ă un rock multiculturel et mĂ©tissĂ© en France, et leur musique reste un tĂ©moignage puissant de lâhistoire sociale et culturelle des annĂ©es 80.â
âCarte de SĂ©jour est une formation clĂ© des annĂ©es quatre-vingt. Et cette premiĂšre biographie du groupe lyonnais par Philippe Hanus souligne cette rĂ©alitĂ©. Historien et anthropologue, celui-ci passe en revue les dĂ©buts de ces fils dâimmigrĂ©s sur la ZUP de Rillieux-la-Pape, les performances incandescentes du regrettĂ© Rachid Taha, ou bien encore le succĂšs populaire via la reprise de « Douce France » de Charles Trenet. Dense, lâouvrage dĂ©crit notamment cette propension Ă mĂȘler les rĂ©pertoires orientaux, reggae ou new wave (Ă©coutez donc « This Is A RaĂŻ Song » et son intitulĂ© aux faux airs de Public Image Limited). Face Ă une production hexagonale souvent dans lâombre du registre anglo-saxon, cette dimension cosmopolite fait le distinguo. PrĂ©figuration des expĂ©riences du jour dont les boucles dâAmmar 808 ou les riffs dâAl-Qasar, la courte discographie de Carte de SĂ©jour est Ă©pluchĂ©e, Ă commencer par le caustique « Rhorhomanie ». De ce premier Lp se dĂ©tachent la plage titulaire et ses allures de manifeste, ou bien encore « Ouadou », une transe chaĂąbi dâaprĂšs ce rĂ©pertoire fait par et pour les migrants. ĂditĂ© par Le Mot Et Le Reste, ce livre offre, en perspective, une plongĂ©e lucide dans la France de la fin du XXĂšme siĂšcle, une pĂ©riode marquĂ©e par la prĂ©sidence de François Mitterrand oĂč transparaissent certaines avancĂ©es sociales ou un ambitieux ministĂšre de la culture mais Ă©galement la progression inquiĂ©tante de lâextrĂȘme droite et une prise de conscience salutaire comme La marche pour lâĂ©galitĂ© et contre le racisme.â
âOn peut avoir brillamment reprĂ©sentĂ© la banlieue, cet espace invisible, au dĂ©but des annĂ©es 1980, portĂ© la voix des descendants dâimmigrĂ©s, inventĂ© un rock entre Ă©lectricitĂ© et sonoritĂ©s du Maghreb, bousculĂ© la France conservatrice, inspirĂ© le cĂ©lĂ©brissime Rock The Casbah de The Clash⊠et rester cantonnĂ© dans la mĂ©moire collective Ă sa reprise du Douce France de Charles Trenet. En une dĂ©cennie, Carte de SĂ©jour aura tout connu : les luttes, la gloire, un parcours classique (un groupe grandit, puis implose, car son chanteur, en lâoccurrence Rachid Taha, prĂ©fĂšre briller en solo) et une destinĂ©e unique, du rock qui connaĂźtra un succĂšs international, avec un chant mĂȘlant argot lyonnais, arabe et emprunts Ă lâanglais. La mondialisation musicale avant lâheure, racontĂ©e notamment via des entretiens avec les membres survivants du groupe par lâanthropologue et historien Philippe Hanus, spĂ©cialiste des combats des travailleurs immigrĂ©s et de leurs descendants. Une histoire française, cosmopolite et riche et une Ă©popĂ©e musicale hors du commun.â
âChercheur dans le domaine des migrations, anthropologue et historien, mais aussi fan de rock, Philippe Hanus consacre un livre trĂšs documentĂ© et passionnant, paru fin aoĂ»t, Ă lâhistoire du groupe lyonnais fondĂ© Ă Rillieux, Carte de SĂ©jour, qui a marquĂ© les annĂ©es 80 en mĂȘlant punk rock et influences orientales. Au dĂ©part de Carte de SĂ©jour, on trouve les deuxfrĂšres Amini, qui vivent Ă Rillieux et sont aimantĂ©s par le rock, rejoints par Rachid Taha. Comment cela se met-il en place ? « Comme pour la plupart des jeunes Français de cette gĂ©nĂ©ration, il y a la variĂ©tĂ© Ă la radio. Puis dâun coup, le rock. Avec lâĂ©mergence du punk. Il y a une rencontre, Ă Rillieux, entre les frĂšres Mokhtar et Mohammed Amini (basse et guitare) et Rachid Taha (chant). Une alliance se noue autour de la possibilitĂ© dâune expression musicale nourrie de la contestation. Au trio fondateur, se joignent alors Djamel Dif, un batteur expĂ©rimentĂ©, puis le guitariste Eric Vacquer. Câest la premiĂšre matrice du groupe qui va ensuite trouver sa forme dĂ©finitive avec lâarrivĂ©e de JĂ©rĂŽme Savy, Ă la guitare oĂč, paradoxe, il amĂšne les esthĂ©tiques orientalisantes de ce quâon appellera âarab rockâ. » Il y a aussi une langue le « rhorho » qui mixe le français, lâanglais, le langage des banlieues, les expressions lyonnaises et lâarabe dialectal⊠« Le ârhorhoâ câest une maniĂšre ironique de se mettre en scĂšne dans une forme de crĂ©olisation, de mĂ©tissage du langage. Des gars des quartiers qui parlent une langue inventĂ©e vont incarner lâesprit français. Ils deviennent, au sein de lâEurope des cultures, une certaine idĂ©e du mĂ©tissage français. » Leur Ă©mergence est-elle liĂ©e Ă la scĂšne lyonnaise trĂšs active de lâĂ©poque, Lyon Ă©tant mĂȘme surnommĂ©e « capitale du rock français » ? « Ce groupe sâinscrit dans ce terroir extrĂȘmement riche et dynamique des annĂ©es 75-85. Ils sont issus de ces univers-lĂ , et ils ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette Ă©mergence. Et leur ascension se fait trĂšs vite, des premiers concerts en 1980 Ă la premiĂšre re connaissance deux ans aprĂšs. » Le groupe a perdurĂ© jusquâĂ quand ? « La derniĂšre date de concert de Carte de SĂ©jour, câest novembre 1989 Ă Berne et le dernier grand moment , câest quand le groupe est prĂ©sent pour jouer, hasard des calendriers, au moment de la chute
du mur Ă Berlin. » Moment marquant de leur carriĂšre, le succĂšs de leur reprise du Douce France de Charles Trenet. Une rĂ©ponse de ces jeunes de banlieue au racisme et au rejet ? « Ăa dit quâil y a ces âRhorhoâ, quâil va falloir intĂ©grer au grand rĂ©cit de la sociĂ©tĂ© française. Dans un contexte oĂč les enfants immigrĂ©s dans les annĂ©es 75-80, sont pris dans un rejet, sont stigmatisĂ©s, ils rĂ©pondent : âVous allez entendre notre voix et on va vous montrer quâon nâest pas que des voyousâ. Mais ils vont le faire avec ironie, et la chanson Douce France qui dit quelque chose de la France Ă©ternelle, ils la reprennent Ă leur compte en la retournant, dans un rock punk un peu ironique. » Plusieurs membres du groupe sont aujourdâhui dĂ©cĂ©dĂ©s. Hormis Rachid Taha qui a poursuivi une belle carriĂšre jusquâĂ sa mort, que sont devenus les membres de Carte de sĂ©jour ? « Cer tains ont poursuivi lâaventure musicale professionnelle. Câest le cas de Djamel Dif, qui sâest beaucoup intĂ©ressĂ© au raĂŻ. JĂ©rĂŽme Savy a poursuivi sa carriĂšre dans diffĂ©rentes formations et comme enseignant dans des Ă©coles de musique et au conservatoire. Et dâautres sont retournĂ©s travailler en usine, câest le cas de Mokhtar Amini. »â
âLâĂ©crit, une biographie parue aux Ă©ditions « Le Mot et le reste », emprunte pour sa couve la photo de la pochette du premier album du groupe « Rhorhomanie » paru en 1984. Un livre essentiel pour lever quelques lieux communs, des erreurs dâapprĂ©ciation, des Ă©tiquettes farfelues. Il fallait bien ranger ces nouveaux venus dans une case ! Malheureusement, le raĂŻ sâoffre Ă lâapproximation sans peine. Rock the Casbah, pourtant ! Lâauteur de lâouvrage, Philippe Hanus, docteur en anthropologie historique est coordinateur de lâethnopĂŽle « Migrations, FrontiĂšres, MĂ©moires » au CPA (Centre du patrimoine armĂ©nien-Valence Romans Agglo) et chercheur associĂ© au LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique RhĂŽne-Alpes, spĂ©cialisĂ© en histoire et histoire de lâart pour les pĂ©riodes moderne et contemporaine). Voici en condensĂ© ce qui ressort de « Carte de SĂ©jour, un groupe rock dans la douce France des annĂ©es 1980 » : « FormĂ© par Mohammed et Mokhtar Amini Ă Rillieux-la-Pape, dans lâagglomĂ©ration lyonnaise, rejoints par le chanteur Rachid Taha puis par JĂ©rome Savy et divers autres musiciens, Carte de sĂ©jour dĂ©fend un âârock mĂ©tissĂ©ââ, engagĂ© contre le racisme et pour la justice sociale. Le braconnage de la langue (un arabe de banlieue mĂątinĂ© dâanglicismes et de parlers populaires lyonnais baptisĂ© âârhorhoââ) et des sons est au cĆur de lâaventure de cet ensemble musical mĂȘlant sonoritĂ©s Ă©lectriques et instrumentations traditionnelles du Maghreb. Contemporain des luttes des descendants dâimmigrĂ©s, telles que la Marche pour lâĂ©galitĂ© et contre le racisme de 1983, Carte de sĂ©jour exprime, durant la dĂ©cennie 1980, une forme originale de crĂ©ation musicale et de rĂ©sistance aux assignations identitaires. Ce livre retrace, grĂące Ă de nombreux tĂ©moignages et archives inĂ©dites, lâhistoire dâun groupe qui fut aussi lâambassadeur dâune certaine culture cosmopolite, en Europe et au Maghreb et qui influencera nombre dâartistes de la scĂšne internationale pop-rock et rap. » ParallĂšlement, Taha ouvre en militant inconsolable « Au RefoulĂ© », un club de nuit dĂ©diĂ© Ă tous ceux quâon refoule des dancings pour dĂ©lit de faciĂšs. Dans la foulĂ©e sort le single « Zoubida » dĂ©nonçant les mariages arrangĂ©s chez les musulmans. Deux ans plus tard parait un premier album, « Rhorhomanie » suivi en 1986 de « 2 et œ ». Cette annĂ©e, Carte de SĂ©jour plaisent et dĂ©concertent avec la reprise de « Douce France » rĂ©alisĂ©e dans les annĂ©es 1940 par Charles Trenet. Le 45 Tours est distribuĂ© aux dĂ©putĂ©s de lâassemblĂ©e nationale française sollicitant une prise de conscience face Ă la discrimination et les prĂ©jugĂ©s : « Il revient Ă ma mĂ©moire des souvenirs familiers Je revois ma blouse noire lorsque jâĂ©tais Ă©colier. Sur le chemin de lâĂ©cole je chantais Ă pleine voix Des romances sans paroles, vieilles chansons dâautrefois. Douce France, cher pays de mon enfance, bercĂ©e de tendre insouciance, je tâai gardĂ©e dans mon cĆur ! » Lâaventure Carte de SĂ©jour prend fin en 1989 lors dâun concert donnĂ© en Allemagne Ă lâoccasion de la dĂ©molition du mur de Berlin. Câest la veille du dĂ©part en solo de Rachid Taha.
« Le nom de ce groupe de musique est emblĂ©matique du contexte socio-politique dans lequel il a pris naissance en 1980. En rĂ©action aux textes restrictifs sur lâimmigration (loi Bonnet et circulaire StolĂ©ru) et aux expulsions des Ă©trangers, se forment des groupes politiques et musicaux (comme le groupe Factory Ă Givors) qui rĂ©sistent par la non-violence et la musique (de lâorganisation de concerts alternatifs Ă la production de chansons et de disques). Le groupe Carte de SĂ©jour est une structure musicale originale formĂ©e autour de Rachid Taha qui chante, Djamel Dif Ă la batterie, Mokhtar Amini Ă la basse, Mohamed Amini, Eric Vacquer/JĂ©rĂŽme Savy Ă la guitare et Steve aux claviers et Ă la guitare. Ils ont produit ensemble du rock avec des chansons en français et en arabe. Ce groupe mixte prĂŽne la tolĂ©rance et soutient les revendications des immigrĂ©s pour les papiers, (la ââ carte de sĂ©jourââ), actions qui ont pris parfois la forme de la grĂšve de la faim (comme en avril 1981 Ă Lyon). Un premier disque et une premiĂšre Ă©mission de tĂ©lĂ©vision en 1982 font connaĂźtre Carte de sĂ©jour dans des cercles restreints Ă Lyon. Le succĂšs de la Marche pour lâĂgalitĂ© de dĂ©cembre 1983 â pour laquelle le groupe joue place de la Bastille le soir de lâarrivĂ©e Ă Paris â et parallĂšlement les premiers succĂšs Ă©lectoraux du Front National Ă Dreux sont le contexte politique contrastĂ© dans lequel est produit leur premier album dans les studios de Rennes. » Ce tĂ©moignage est signĂ© Michelle Zancarini, historienne française. Elle est professeure Ă©mĂ©rite dâhistoire contemporaine Ă lâuniversitĂ© Claude Bernard-Lyon-I, et ancienne codirectrice de la revue Clio. Elle publie des ouvrages et de nombreux articles dans diffĂ©rentes revues et consacre ses recherches Ă lâhistoire des milieux populaires. Elle est spĂ©cialiste dâhistoire des femmes et du genre, ainsi que de Mai 68.
Lâhistoire de Carte de SĂ©jour est truffĂ©e dâĂ©bahissements. Paradoxalement, câest le guitariste JĂ©rĂŽme Savy qui amĂšne les consonances arabes Ă la musique, câest comprĂ©hensible, personne ne veut faire la musique de ses parents dans la post-adolescence. JĂ©rĂŽme nâa pas de lien avec le Maghreb. La jonction de la musique arabe dans la composition se fait par le rock. Par cet exemple on comprend que toutes les problĂ©matiques dâintĂ©gration ne sont pas rĂ©elles. Ă lâadolescence, tous les jeunes veulent faire du rock quâils viennent dâAsie ou dâAfrique, ils sont attirĂ©s par les mĂȘmes musiques. Il nây a pas besoin de loi pour que les mĂ©langes se fassent. « La musique rock va donc sâenrichir aux sons des percussions de Brahim MâSahel (mort en 2024) et du Oud de Jalal Jallane. Le groupe installe son local de rĂ©pĂ©tition, place Tolozan, sur les pentes du quartier cosmopolite de la Croix Rousse, oĂč se produisent des rencontres fĂ©condes entre âârhorhosââ (jeunes immigrĂ©s du Maghreb) et âârockersââ branchĂ©s du centre-ville. Carte de sĂ©jour y Ă©labore une musique festive et engagĂ©e, dĂ©nonçant le racisme quotidien, la difficultĂ© dâaccĂšs au logement ou les violences faites aux femmes et prĂŽnant dans ce contexte identitaire difficile lâintĂ©gration et les fondements de la tolĂ©rance. » Joli programme pour un groupe des annĂ©es 1980.â
âLâanthropologue retraverse la « douce France » raillĂ©e par Rachid Taha et son groupe de rock dans les annĂ©es 1980 : une aventure collective dont il fait le rĂ©cit vivant et documentĂ©, vrai plaidoyer contre les assignations identitaires.â