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Parution : 22/08/2025
ISBN : 9782384316755
312 pages (148 x 210)

24 €

Carte de séjour

UN GROUPE ROCK DANS LA “DOUCE FRANCE” DES ANNÉES 80

Histoire et mĂ©moires d’un groupe rock engagĂ© dans les combats Ă©mancipateurs de son temps.

Coups de cƓur de libraires :

“MenĂ© par le charismatique Rachid Taha Carte de sĂ©jour a laissĂ© une trace indĂ©lĂ©bile sur l’histoire du rock hexagonal.TrĂšs documentĂ© et incarnĂ©, le livre de Philippe Hanus est une mine qui rend hommage aux membres de ce groupe pionnier qui a ouvert le rock français aux musiques du Maghreb“
Maxime, Librairie e Paris (17Ăš)

FormĂ© en 1980 par Mohammed et Mokhtar Amini Ă  Rillieux-la-Pape, dans l’agglomĂ©ration lyonnaise, rejoints par le chanteur Rachid Taha puis divers autres musiciens, Carte de sĂ©jour dĂ©fend un rock mĂ©tissĂ©, engagĂ© contre le racisme et pour la justice sociale. Le braconnage de la langue (un arabe de banlieue mĂątinĂ© d’anglicismes et de parlers populaires lyonnais baptisĂ© « rhorho ») et des sons est au coeur de l’aventure de cet ensemble musical mĂȘlant sonoritĂ©s Ă©lectriques et instrumentations traditionnelles du Maghreb. Contemporain des luttes des descendants d’immigrĂ©s, telles que la Marche pour l’égalitĂ© et contre le racisme de 1983, Carte de SĂ©jour exprime, durant la dĂ©cennie 1980-1990, une forme originale de crĂ©ation musicale et de rĂ©sistance aux assignations identitaires. Il est en outre l’ambassadeur d’une certaine culture cosmopolite, en Europe et au Maghreb, qui influencera nombre d’artistes de la scĂšne internationale pop-rock et rap.

Revue de presse

Carte de séjour : quand Rillieux-la-Pape vibrait au son des possibles Marie Albessard Rue89Lyon 21 juin 2026
Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980 Carlos Pardo Monde diplomatique Février 2026
Philippe Hanus, Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980 Véronique Servat Mondes & Migrations janvier 2026
Spéciale Carte de séjour en compagnie de Philippe Hanus JérÎme Colin Entrez sans frapper | RTBF 25 décembre 2025
"Carte de séjour" de Philippe Hanus : Douce France ? Maya Ouabadi En attendant Nadeau 10 octobre 2025
CARTE DE SÉJOUR par Philippe HANUS GĂ©rard Bar-David Gonzo music 12 aoĂ»t 2025
Sélection livre : "Carte de séjour" de Philippe Hanus Sam Olivier FrancoFans n°116 décembre 2025
La chronique sur "Carte de séjour" de Philippe Hanus Hervé Devallan Bretagne Actuelle 20 novembre 2025
Carte de SĂ©jour: « le groupe a produit un authentique acte de rĂ©sistance » ClĂ©mentine MĂ©tĂ©nier RFI — Musique 27 octobre 2025
Littérature et rock : Carte de séjour, une biographie monstre pour un groupe lyonnais mythique Kevin Muscat Lyon Capitale 8 octobre 2025
Carte de séjour, la folle épopée de l'arab rock Zoé Sfez France Culture // La Série musicale 20 septembre 2025
Carte de séjour, le rock engagé à la casbah raconté dans un livre Jean-Marc Pinson Ouest-France 26 septembre 2025
Carte de séjour, casbah électrique JérÎme Provençal Politis 20 septembre 2025
CARTE DE SÉJOUR : QUAND LE ROCK RÉÉCRIT LA DOUCE FRANCE Vladimir Max Le Petit Journal 8 septembre 2025
De Beck à Gojira : les artistes dont on parle (trop) peu souvent Frédéric Vandecasserie RTBF // Classic 21 6 septembre 2025
PHILIPPE HANUS / CARTE DE SEJOUR Vincent Caffiaux Star Wax 25 août 2025
Carte de séjour, une histoire française Benoßt Carretier Libération 30 août 2025
« L’arab rock de Carte de SĂ©jour, une expression musicale nourrie de contestation » JP Zanolo Le ProgrĂšs 1 septembre 2025
« Carte de Séjour », le livre qui métisse des liens Anis Hajjam L'Opinion 27 août 2025
Sélection trente cadeaux de Noël : "Carte de séjour" de Philippe Hanus Télérama 30 novembre 2025

Carte de séjour : quand Rillieux-la-Pape vibrait au son des possibles

À l’occasion de la fĂȘte de la musique, Rue89Lyon est revenu Ă  Rillieux-la-Pape avec Mokhtar Amini, membre fondateur du groupe Carte de sĂ©jour. NĂ© dans la Ville nouvelle en 1980, il a gagnĂ© une renommĂ©e internationale et marquĂ© les esprits par son identitĂ© musicale singuliĂšre – le « rock arab », et par son fort engagement politique, y compris local. Retour sur une histoire lyonnaise, une histoire de quartier(s).

Au 16, avenue de l’Europe, prĂšs de l’église et des espaces verts oĂč il jouait enfant, Mokhtar Amini se remĂ©more, visiblement Ă©mu : « Je crois que ça fait 40 ans que je n’étais pas venu ici ». C’est lĂ , au 2ᔉ Ă©tage de cet immeuble de la ZUP de Rillieux-la-Pape, que les frĂšres Amini ont grandi et créé le groupe Carte de sĂ©jour.

« Carte », c’est une mĂ©tĂ©orite musicale de 1980 Ă  1990, qui a rapidement dĂ©passĂ© les frontiĂšres de Rillieux. Un style singulier – du rock imprĂ©gnĂ© de musique arabe, chantĂ© dans un mĂ©lange d’arabe, de français et d’anglais – emmenĂ© par Mohammed (guitare) et Mokhtar Amini (basse), Rachid Taha (chant), Djamel Dif et JĂ©rĂŽme Savy (batteur) pour le noyau dur.

« Leur rayonnement en fait le plus grand groupe lyonnais, estime Philippe Hanus, historien et anthropologue Ă  l’ethnopole Migrations, frontiĂšres, mĂ©moires du CPA de Valence, auteur de Carte de sĂ©jour, un groupe rock dans la « douce France » des annĂ©es 1980 (Le mot et le reste). Ils ont jouĂ© dans le monde entier et Ă©taient considĂ©rĂ©s Ă  l’étranger comme les ambassadeurs d’une certaine idĂ©e de la France. »

À lire ici

Marie Albessard
Rue89Lyon 21 juin 2026

Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980

“Créé en 1980 par Mohammed et Mokhtar Amini dans la banlieue lyonnaise, le groupe Carte de sĂ©jour a en une pĂ©riode trĂšs brĂšve transformĂ© le rock français. L’historien et anthropologue Philippe Hanus ne s’est pas contentĂ© de se plonger dans les archives, il est Ă©galement allĂ© Ă  la rencontre de deux anciens membres de la formation, reconstituant ainsi ce qui fut une vĂ©ritable aventure collective, que la personnalitĂ© du chanteur Rachid Taha et sa carriĂšre internationale en solo ont quelque peu Ă©clipsĂ©e. Si la composition du groupe Ă©tait mĂ©tissĂ©e, les inspirations musicales et esthĂ©tiques l’étaient tout autant, qui donnĂšrent naissance Ă  l’arab rock, fusion de punk, de funk, de chaabi ou encore de flamenco, qu’accompagnait une langue propre au groupe, la rhorho, issue de la darja, parler populaire du Maghreb et combinĂ©e au français, Ă  l’argot lyonnais et Ă  l’anglais. Carte de sĂ©jour bĂ©nĂ©ficia de l’essor des radios libres, des fanzines et des petites salles de concert, et participa aux principales mobilisations politiques et sociales de l’époque, dont la fameuse Marche pour l’égalitĂ© et contre le racisme de 1983.”

Carlos Pardo
Monde diplomatique Février 2026

Philippe Hanus, Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980

“Philippe Hanus nous donne accĂšs Ă  une riche histoire des annĂ©es 1980, vue depuis la cause immigrĂ©e et mue par l’agentivitĂ© de ses filles et de ses fils nĂ©s et/ou ayant grandi en France. Une France pas si douce, mais dont le bouillonnement culturel a permis de faire feu de tout bois pour porter de nouvelles revendications en faveur de l’égalitĂ© et de l’antiracisme.”

À lire en ligne

Véronique Servat
Mondes & Migrations janvier 2026

Spéciale Carte de séjour en compagnie de Philippe Hanus

“SpĂ©ciale Carte de sĂ©jour avec Philippe Hanus, qui publie “Carte de sĂ©jour : Un groupe rock dans le feu dans la ‘Douce France’ des annĂ©es 80” (Le Mot et le Reste)”

Interview à écouter sur toutes les plateformes

JérÎme Colin
Entrez sans frapper | RTBF 25 décembre 2025

"Carte de séjour" de Philippe Hanus : Douce France ?

“Dans ce livre, Philippe Hanus retrace la trajectoire des membres du groupe Carte de sĂ©jour, en mĂȘme temps qu’il revient sur l’histoire de la France pas si douce des annĂ©es 1980. Il parvient Ă  dresser un portrait sensible qui rend autant hommage aux qualitĂ©s musicales du groupe qu’à leur rĂŽle dans les luttes antiracistes de l’époque.”

Lire l’article en entier

Maya Ouabadi
En attendant Nadeau 10 octobre 2025

CARTE DE SÉJOUR par Philippe HANUS

“Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Carte de sĂ©jour, l’incroyable aventure du groupe beur punk funk fondĂ© par Rachid Taha et les frĂšres Amini, Mohamed et Mokhtar, bientĂŽt rejoints par JĂ©rome Savy et Djamel Dif, dans ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 » signĂ© Philippe Hanus, soit la premiĂšre biographie extensive consacrĂ©e Ă  cette formation aussi fascinante que proteĂŻforme, originaire de la banlieue lyonnaise, et au son qui n’avait nul autre son pareil. PrĂšs de 400 pages, des dizaines et des dizaines de rĂ©fĂ©rences Ă  travers publications, articles de presse et documents divers, c’est un travail de Titan rĂ©alisĂ© par l’universitaire Phillipe Hanus, qui a menĂ© une vĂ©ritable enquĂȘte pour s’inscrire pas Ă  pas dans l’aventure Carte de sĂ©jour sans jamais rien omettre. 1980 Ă  1990, dix annĂ©es d’une intensitĂ© maximale se dĂ©roulent ainsi de la maniĂšre la plus informĂ©e, y compris mes propres articles de BEST et de Gonzomusic, l’auteur est parvenu Ă  tout retrouver : chaque concert, chaque entretien radiophonique ou tĂ©lĂ©visuel, chaque rĂ©compense dĂ©cernĂ©e, comme le Bus d’Acier Prix du Rock Français en 1987, chaque pĂ©ripĂ©tie de l’épopĂ©e Carte de sĂ©jour se retrouve ainsi analysĂ© par l’auteur. Et tant pis si cette minutie, cette prĂ©cision extrĂȘme pĂšse quelque peu sur le style narratif de ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 », on reste scotchĂ© par le destin de ce combo rock tant chargĂ© d’espoir qui ne ressemblait Ă  aucun autre. Je suis bien placĂ© pour le savoir, puisque j’ai dĂ» publier dans BEST le second article hexagonal jamais consacrĂ© Ă  Carte, avant de documenter intensivement la carriĂšre de Rachid Taha. A la lecture de ce livre, on comprend la double importance cruciale, Ă  la fois musicale par son cocktail inĂ©dit de rock, de punk, de funk et de son orientalisme inĂ©dit, et aussi politique et sociale par tout l’espoir mais aussi le militantisme Ă©clairĂ© de Carte. Soit Ă  la fois le Clash et James Brown, Elvis Presley et Trenet et l’esprit rebelle de Mai 68, sans oublier le contexte « beur » d’une culture arabe qui osait enfin sortir de l’invisibilitĂ© dans laquelle elle se trouvait depuis toujours. L’auteur s’attache Ă©galement au pouvoir linguistique de cette langue, le « rhoro » qui mĂ©lange arabe, français et argot et qui a inspirĂ© le titre du tout premier 33 tours de Carte de sĂ©jour, tout comme la personnalitĂ© si charismatique de Rachid. Groupe novateur dans tous les sens du terme, groupe-charniĂšre qui annonce la carriĂšre internationale d’un Rachid Taha devenu ambassadeur de cette sono mondiale Ă  la Française qui a su si bien conquĂ©rir notre PlanĂšte Rock, pour la toute premiĂšre fois un livre retrace ce parcours hors-normes car tellement chargĂ© d’espoirs, c’est dire toute l’importance de ce « Carte de sĂ©jour : un groupe de rock dans la « Douce France » des annĂ©es 1980 » Ă  lire Ă  tout prix, sept annĂ©es aprĂšs la triste disparition de Rachid et six ans aprĂšs celle de Mohamed Amini.”

Lire en intégralité

Gérard Bar-David
Gonzo music 12 août 2025

Sélection livre : "Carte de séjour" de Philippe Hanus

“On ne peut que se rĂ©jouir de cette premiĂšre biographie sociologique de Carte de SĂ©jour, sous-titrĂ©e « Un groupe de rock dans la Douce France des annĂ©es 80 ». FormĂ© par les frĂšres Amini, Djamel Dif, JĂ©rĂŽme Savy et Rachid Taha Ă  Rillieux-la-Pape au dĂ©but des annĂ©es 80, il a fait bouger les lignes et inspirĂ© tant d’artistes raĂŻ, pop-rock et rap aprĂšs lui. Philippe Hanus, docteur en anthropologie historique, Ă©crit son rĂ©cit Ă  la premiĂšre personne, façon gonzo. IllustrĂ© par une iconographie inĂ©dite, cet ouvrage qui fera date est Ă©tayĂ© judicieusement par des extraits de mĂ©dias de l’époque. Lors de son enquĂȘte au long cours, l’auteur a interrogĂ© les principaux instigateurs et recueilli leurs inestimables tĂ©moignages. Militant contre le racisme et la bĂȘtise, Carte de SĂ©jour, avec sa musique plutĂŽt festive et mĂ©tissĂ©e, prĂŽne la tolĂ©rance et l’intĂ©gration, Ă  l’image du club Au refoulĂ© ouvert par Rachid Taha Ă  Lyon.”

Sam Olivier
FrancoFans n°116 décembre 2025

La chronique sur "Carte de séjour" de Philippe Hanus

“Mais ce que souligne parfaitement Philippe Hanus dans son livre, c’est le parallĂšle de deux trajectoires : celle des mouvements sociaux contre le racisme (marches de 1983, SOS Racisme de 1985, etc.) et celle d’un combo dĂ©fendant un rock original qui va connaĂźtre un succĂšs d’estime en Grande Bretagne et un vrai succĂšs populaire en Allemagne, en Espagne
. Pas mal pour du rock français ! Aujourd’hui, la banlieue vibre au rythme du rap, accompagnĂ© d’une vraie radicalitĂ© islamique. Ce qui n’était pas le cas dans les annĂ©es 80, mĂȘme si le FN et le racisme Ă©taient dĂ©jĂ  lĂ .”

Lire la chronique

Hervé Devallan
Bretagne Actuelle 20 novembre 2025

Carte de Séjour: « le groupe a produit un authentique acte de résistance »

Extrait de l’entretien avec Philippe Hanus :

“Pour moi, ce que Carte de sĂ©jour a produit est un authentique acte de rĂ©sistance, porteur d’un principe d’espĂ©rance : la rencontre des mondes a Ă©tĂ© possible ! Les artistes lyonnais ont rĂ©ussi Ă  produire une identitĂ© collective mĂ©tissĂ©e et joyeuse Ă  partir de la musique pop-rock et des hĂ©ritages maghrĂ©bins, partagĂ©e avec des publics d’horizons variĂ©s : arabes, juifs, fĂ©ministes, gays, prolos et intellos se sont ainsi trouvĂ©s mĂȘlĂ©s dans leur « Mani’festive Rhorhomanie ». Je pense qu’il est important dans le contexte actuel de donner en partage cette histoire Ă  nos contemporains. C’est pourquoi ce livre se prĂ©sente comme un antidote au poison vĂ©hiculĂ© par certains idĂ©ologues identitaires qui fantasment une France monochrome.”

À lire en intĂ©gralitĂ©

Clémentine Méténier
RFI — Musique 27 octobre 2025

Littérature et rock : Carte de séjour, une biographie monstre pour un groupe lyonnais mythique

“Invraisemblable car fruit d’un travail de fourmi (et sans doute de longue haleine) qui n’oublie pas le moindre dĂ©tail, le moindre tĂ©moignage de l’époque, des membres du groupe bien sĂ»r mais aussi ceux qui l’ont accompagnĂ© ou croisĂ©.”

À lire en intĂ©gralitĂ©

Kevin Muscat
Lyon Capitale 8 octobre 2025

Carte de séjour, la folle épopée de l'arab rock

“Retour sur l’histoire du groupe Carte de sĂ©jour, dont les membres, pour beaucoup enfants d’immigrĂ©s, ont grandi dans la banlieue lyonnaise et inventĂ© un genre, l’arab rock.
Carte de sĂ©jour, c’est ce groupe de fils d’immigrĂ©s algĂ©riens, marocains, mais aussi de Lyonnais ayant grandi dans la banlieue ouvriĂšre de Lyon et qui se nomment Mohamed, Brahim, Mokhtar, JĂ©rĂŽme, Éric ou encore Rachid. Avant leur sĂ©paration au terme de dix ans, ils ont complĂštement changĂ© l’histoire du rock français et inventĂ© un genre, l’arab rock. Carte de sĂ©jour a de fait donnĂ© une place Ă  celles et ceux que l’on dit de la “deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration” dans une France qui voyait pour la premiĂšre fois, au cours de cette dĂ©cennie 1980-1990, les idĂ©es extrĂȘme-droite fleurir avec beaucoup de force depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce groupe s’est avĂ©rĂ© pionnier, non pas vraiment d’un style, mais sans doute d’une conversation infinie et jamais terminĂ©e sur ce qu’est l’identitĂ© quand on est nĂ© en France et que l’on a plusieurs cultures Ă  dĂ©fendre. Le tout dans cette Ă©poque rĂ©volue des annĂ©es 1980 qui ont vu la gauche au pouvoir, la marche contre le racisme ou encore le mouvement “black-blanc-beur”. La musique de cette formation survit en partie grĂące au charisme de Rachid Taha, devenu presque l’unique porte-parole de Carte de sĂ©jour. Ayant ensuite entamĂ© une carriĂšre internationale, il a sans doute laissĂ© dans l’ombre les autres membres du groupe, les frĂšres Amini, Mokhtar et Mohamed, mais aussi JĂ©rĂŽme Savy, Djamel Dif, Brahim M’Sahel, Éric Vaquer, qui dĂ©voilent une histoire en fait beaucoup plus collective. Une histoire enfin racontĂ©e aujourd’hui par l’anthropologue et historien Philippe Hanus, spĂ©cialiste des luttes des travailleurs immigrĂ©s, qui signe le livre Carte de sĂ©jour : un groupe rock dans la douce France des annĂ©es 1980 paru aux Ă©ditions Le mot et le reste.”

Lire et écouter en intégralité

Zoé Sfez
France Culture // La Série musicale 20 septembre 2025

Carte de séjour, le rock engagé à la casbah raconté dans un livre

“Rillieux-la-Pape (RhĂŽne), dans la banlieue lyonnaise, est le berceau d’un groupe qui va bercer toute une gĂ©nĂ©ration avec son rock antiraciste. Ils se prĂ©nomment Mohammed, Brahim, Mokhtar, JĂ©rĂŽme, Éric et Rachid. Ils sont fils d’immigrĂ©s algĂ©riens, marocains et de Lyonnais de la banlieue. Nous sommes dans les annĂ©es 1980. L’aventure Carte de sĂ©jour va durer une dĂ©cennie. Rachid Taha devient le leader du groupe en chantant le « rhorho » un mĂ©lange d’argot lyonnais, d’arabe et de français. Il se dit que le groupe – qui a croisĂ© le temps d’une soirĂ©e les Clash – a inspirĂ© le titre Rock the Casbah Ă  la bande de Joe Strummer. Dans un contexte social et politique agitĂ©, avec la montĂ©e de l’extrĂȘme droite, le groupe est le porte-drapeau d’une jeunesse multiraciale en reprenant Douce France de Charles Trenet. Scandale disent certains, quand d’autres applaudissent des deux mains. Le ministre de la Culture, Jack Lang, va jusqu’à distribuer le disque Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Carte de sĂ©jour est associĂ© Ă  toutes les manifestations, marche contre le racisme, mouvement black-blancbeur. Le groupe tacle les mariages arrangĂ©s chez les musulmans avec Zoubida. À Lyon, Rachid Taha (dĂ©cĂ©dĂ© en 2018), qui aura ensuite une belle carriĂšre solo, a mĂȘme ouvert une boĂźte, la bien nommĂ©e Le RefoulĂ©, en rĂ©action aux dĂ©lits de faciĂšs des Ă©tablissements de nuit. Philippe Hanus, historien et anthropologue, retrace ici l’histoire de ce groupe de façon chronologique. Mais c’est aussi le portrait d’une Ă©poque, d’une sociĂ©tĂ© qui lutte contre la discrimination. Carte de sĂ©jour trouve encore un Ă©cho aujourd’hui dans le combat contre le racisme. Au-delĂ  de l’engagement, il reste aussi et surtout leur musique qui a influencĂ© bon nombre d’artistes pop, rock et rap, en France comme Ă  l’étranger.”

Lire en ligne

Jean-Marc Pinson
Ouest-France 26 septembre 2025

Carte de séjour, casbah électrique

“Un livre passionnant retrace l’épopĂ©e de Carte de sĂ©jour, groupe de rock mĂ©tissĂ© emblĂ©matique de la France des annĂ©es 1980 et ardent contre-feu Ă  la flamme mortifĂšre de l’extrĂȘme droite alors en plein essor. ImpulsĂ© en 1980, Carte de sĂ©jour a atteint son pic de popularitĂ© en 1986-1987 grĂące Ă  sa reprise iconoclaste de « Douce France », fameuse rengaine nostalgico-patriotique de Charles TrĂ©net. Petite soeur de « La Marseillaise » version reggae (« Aux armes etcetera ») de Serge Gainsbourg, cette chanson occulte hĂ©las le reste de la discographie – mince mais substantielle – du groupe. Incarnant les vertus du mĂ©tissage dans la musique comme dans la sociĂ©tĂ©, Carte de sĂ©jour apparaĂźt aujourd’hui toujours aussi actuel et nĂ©cessaire mais semble pourtant un peu oubliĂ©. TrĂšs complet, richement documentĂ©, fruit d’un travail de longue haleine lancĂ© en 2013, l’ouvrage de l’historien et anthropologue Philippe Hanus, Carte de sĂ©jour. Un groupe rock dans la « douce France » des annĂ©es 1980, se rĂ©vĂšle aussi instructif qu’agrĂ©able Ă  lire et invite Ă  une (re) dĂ©couverte en profondeur de la formation. D’emblĂ©e, l’auteur affirme son choix de ne pas se focaliser sur Rachid Taha, chanteur ĂŽ combien charismatique (appelĂ© ensuite Ă  une faste carriĂšre solo), pour mieux apprĂ©hender la dimension collective de cette belle aventure musicale. Il rend ainsi ce qui leur appartient aux deux principaux instigateurs du groupe, Mohamed et Mokhtar Amini. NĂ©s au Maroc, ces deux frĂšres ont grandi en France durant les annĂ©es 1960, dans une « ville nouvelle » en construction, Rillieux-la-Pape, en pĂ©riphĂ©rie de Lyon, oĂč leur pĂšre – ouvrier en bĂątiment – est venu s’installer en 1958 pour travailler. FrappĂ©s par la foudre rĂ©vĂ©latrice (via l’album Black & Blue des Rolling Stones) durant l’adolescence, ils ont embrassĂ© fiĂ©vreusement la cause du rock, Ă©cumant les salles de concert locales et apprivoisant chacun un instrument – la guitare pour Mohamed, la basse pour Mokhtar. En mai 1979 a lieu la rencontre avec un certain Rachid Taha, celui-ci s’improvisant chanteur avec Ă©clat durant une jam session dĂ©cisive. Le trio est ensuite rejoint par deux autres musiciens du sĂ©rail lyonnais : Djamel Dif (batterie) et Éric Vacquer (guitare). Carte de sĂ©jour – dont la composition va un peu fluctuer au fil des annĂ©es – prend vie officiellement sur scĂšne durant l’étĂ© 1980 et gagne rapidement en notoriĂ©tĂ©. « Il se passe quelque chose d’intĂ©ressant du cĂŽtĂ© de la banlieue lyonnaise, oĂč une bande de “rebeus contestataires” diffuse un son nouveau, bricole un look dĂ©calĂ© et Ă©labore des postures scĂ©niques qui cassent les rĂšgles conventionnelles de la rock attitude », analyse a posteriori Philippe Hanus.
Paru en mai 1982, leur premier maxi – sur lequel figurent notamment « Zoubida » et « La Moda », deux chansons phares de leurrĂ©pertoire – rencontre un beau succĂšs critique et attrapemĂȘme les oreilles affĂ»tĂ©es du lĂ©gendaire animateur radio anglais John Peel. Peu aprĂšs la sortie du disque, Éric Vacquer est remplacĂ© par JĂ©rĂŽme Savy. BĂ©nĂ©ficiant d’un large soutien mĂ©diatique, de la tĂ©lĂ© nationale aux fanzines underground, Carte de sĂ©jour poursuit son ascension avec son
premier album, Rhorhomanie (1984). On y entend un puissant rock arabisant, mĂątinĂ© de reggae et de funk, souvent proche de The Clash. VĂ©ritable manifeste, le titre fait rĂ©fĂ©rence au « rhorho », langage hybride propre au groupe, qui mĂȘle arabe, français et argot. AltĂ©rĂ© par une production un peu trop lisse, le deuxiĂšme – et dernier – album, 2 1/2 (1987), traduit une baisse relative d’intensitĂ© mais reste nĂ©anmoins consistant. En 1990, l’album BarbĂšs marque le dĂ©but de la carriĂšre solo de Rachid Taha et signe la fin de Carte de sĂ©jour, le groupe Ă©tant minĂ©
par des dissensions internes. Suivant un fil chronologique, Philippe Hanus relate en dĂ©tail cette Ă©popĂ©e intimement liĂ©e aux annĂ©es 1980 et en resitue bien le contexte global. Évoquant notamment l’effervescence de la scĂšne musicale lyonnaise et l’explosion du rock alternatif, il rappelle aussi l’émergence du Front national dans le paysage politique d’alors et les diffĂ©rentes luttes – plus ou moins mĂ©diatiques – menĂ©es contre le racisme et les violences policiĂšres. Quarante ans aprĂšs, le combat (rock) continue.”

Lire en intégralité

JérÎme Provençal
Politis 20 septembre 2025

CARTE DE SÉJOUR : QUAND LE ROCK RÉÉCRIT LA DOUCE FRANCE

“Les annĂ©es 80
 Une dĂ©cennie charniĂšre. Entre rigueur Ă©conomique, chĂŽmage de masse et montĂ©e du Front national, la France vit alors une mutation idĂ©ologique profonde. Le nĂ©olibĂ©ralisme s’impose, ses secousses traversent la sociĂ©tĂ©, et les immigrĂ©s deviennent souvent les boucs Ă©missaires d’une crise qui les dĂ©passe. C’est dans ce climat Ă©lectrique qu’émerge un groupe au nom symbolique : Carte de SĂ©jour. Rock nerveux aux accents orientaux, paroles engagĂ©es, Ă©nergie brute
 Les Lyonnais bousculent les codes et, trĂšs vite, s’imposent comme la voix d’une jeunesse issue de l’immigration qui refuse de rester en marge. Leur reprise explosive de Douce France, hymne patrimonial de Charles Trenet, rĂ©sonne comme un uppercut en pleine montĂ©e des thĂšses xĂ©nophobes. Quand Rachid Taha et ses camarades revisitent ce classique, ce n’est plus une carte postale nostalgique mais un cri d’appartenance : cette France est aussi la leur. En 1983, leur participation au grand concert de la Bastille, clĂŽture de la Marche pour l’égalitĂ© et contre le racisme – dite “Marche des Beurs” – les installe dĂ©finitivement comme porte-drapeaux artistiques et politiques d’une gĂ©nĂ©ration. “Douce France” devient l’hymne mĂ©tissĂ© et combatif d’une Ă©poque qui donnera naissance au slogan “Touche pas Ă  mon pote”. Dans son ouvrage Carte de sĂ©jour – Un groupe rock dans la “douce France” des annĂ©es 80 (Éditions Le Mot et le Reste), l’historien Philippe Hanus revient sur ce moment de musique et de sociĂ©tĂ©. Entre anecdotes, archives et portraits, il retrace l’aventure d’un groupe inclassable, menĂ© par un Rachid Taha charismatique, mĂ©langeant arabe dialectal, anglicismes et argot lyonnais, ce fameux “Rhorho” qui Ă©lectrisait la scĂšne. Plus qu’un livre de mĂ©moire, c’est aussi un hommage vibrant Ă  Rachid Taha, disparu en 2018 Ă  59 ans. Une façon de rappeler que derriĂšre la fureur du rock se cachait une vision : celle d’une France multiple, bruyante, fiĂšre et mĂ©tissĂ©e.”

Lire en ligne

Vladimir Max
Le Petit Journal 8 septembre 2025

De Beck Ă  Gojira : les artistes dont on parle (trop) peu souvent

“Dans un autre genre, on obliquera vers Carte de sĂ©jour, formĂ© en 1980 autour du charismatique chanteur Rachid Taha et des frĂšres Mokhtar et Mohamed Amini. Ce groupe a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  fusionner le rock avec les sonoritĂ©s du raĂŻ et d’autres musiques mĂ©diterranĂ©ennes. Le nom du groupe, choisi en rĂ©fĂ©rence au document administratif portĂ© par les immigrĂ©s en France, reflĂ©tait leur identitĂ© et leur volontĂ© de revendiquer leur place dans la sociĂ©tĂ© française. Leur musique, tout en Ă©tant Ă©nergique, Ă©tait aussi un puissant vecteur de messages politiques et sociaux. Ils ont rĂ©ussi Ă  crĂ©er un son qui a sĂ©duit aussi bien les amateurs de rock que les jeunes issus de l’immigration, en parlant Ă  la fois de leur double culture et des difficultĂ©s rencontrĂ©es dans la France de l’époque. Si le groupe a sorti des albums notables tels que Rhorhomanie (1984) et 2 œ (1986), leur single le plus cĂ©lĂšbre reste sans conteste la reprise de “ Douce France “ de Charles Trenet en 1986. Ce titre, initialement une chanson patriotique et nostalgique, a Ă©tĂ© transformĂ© par Carte de SĂ©jour en un hymne Ă  la fois ironique et poignant pour les enfants d’immigrĂ©s. Ce choix musical a suscitĂ© un dĂ©bat national, illustrant l’évolution de la sociĂ©tĂ© française et la montĂ©e de l’antiracisme. C’est retracĂ© avec hauteur dans le livre ! Le groupe se sĂ©pare en 1990, Rachid Taha lançant par la suite une carriĂšre solo Ă  succĂšs qui le mĂšnera Ă  une reconnaissance internationale. Bien que leur parcours ait Ă©tĂ© relativement court, l’influence de Carte de SĂ©jour est indĂ©niable. Ils ont ouvert la voie Ă  un rock multiculturel et mĂ©tissĂ© en France, et leur musique reste un tĂ©moignage puissant de l’histoire sociale et culturelle des annĂ©es 80.”

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Frédéric Vandecasserie
RTBF // Classic 21 6 septembre 2025

PHILIPPE HANUS / CARTE DE SEJOUR

“Carte de SĂ©jour est une formation clĂ© des annĂ©es quatre-vingt. Et cette premiĂšre biographie du groupe lyonnais par Philippe Hanus souligne cette rĂ©alitĂ©. Historien et anthropologue, celui-ci passe en revue les dĂ©buts de ces fils d’immigrĂ©s sur la ZUP de Rillieux-la-Pape, les performances incandescentes du regrettĂ© Rachid Taha, ou bien encore le succĂšs populaire via la reprise de « Douce France » de Charles Trenet. Dense, l’ouvrage dĂ©crit notamment cette propension Ă  mĂȘler les rĂ©pertoires orientaux, reggae ou new wave (Ă©coutez donc « This Is A RaĂŻ Song » et son intitulĂ© aux faux airs de Public Image Limited). Face Ă  une production hexagonale souvent dans l’ombre du registre anglo-saxon, cette dimension cosmopolite fait le distinguo. PrĂ©figuration des expĂ©riences du jour dont les boucles d’Ammar 808 ou les riffs d’Al-Qasar, la courte discographie de Carte de SĂ©jour est Ă©pluchĂ©e, Ă  commencer par le caustique « Rhorhomanie ». De ce premier Lp se dĂ©tachent la plage titulaire et ses allures de manifeste, ou bien encore « Ouadou », une transe chaĂąbi d’aprĂšs ce rĂ©pertoire fait par et pour les migrants. ÉditĂ© par Le Mot Et Le Reste, ce livre offre, en perspective, une plongĂ©e lucide dans la France de la fin du XXĂšme siĂšcle, une pĂ©riode marquĂ©e par la prĂ©sidence de François Mitterrand oĂč transparaissent certaines avancĂ©es sociales ou un ambitieux ministĂšre de la culture mais Ă©galement la progression inquiĂ©tante de l’extrĂȘme droite et une prise de conscience salutaire comme La marche pour l’égalitĂ© et contre le racisme.”

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Vincent Caffiaux
Star Wax 25 août 2025

Carte de séjour, une histoire française

“On peut avoir brillamment reprĂ©sentĂ© la banlieue, cet espace invisible, au dĂ©but des annĂ©es 1980, portĂ© la voix des descendants d’immigrĂ©s, inventĂ© un rock entre Ă©lectricitĂ© et sonoritĂ©s du Maghreb, bousculĂ© la France conservatrice, inspirĂ© le cĂ©lĂ©brissime Rock The Casbah de The Clash
 et rester cantonnĂ© dans la mĂ©moire collective Ă  sa reprise du Douce France de Charles Trenet. En une dĂ©cennie, Carte de SĂ©jour aura tout connu : les luttes, la gloire, un parcours classique (un groupe grandit, puis implose, car son chanteur, en l’occurrence Rachid Taha, prĂ©fĂšre briller en solo) et une destinĂ©e unique, du rock qui connaĂźtra un succĂšs international, avec un chant mĂȘlant argot lyonnais, arabe et emprunts Ă  l’anglais. La mondialisation musicale avant l’heure, racontĂ©e notamment via des entretiens avec les membres survivants du groupe par l’anthropologue et historien Philippe Hanus, spĂ©cialiste des combats des travailleurs immigrĂ©s et de leurs descendants. Une histoire française, cosmopolite et riche et une Ă©popĂ©e musicale hors du commun.”

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BenoĂźt Carretier
Libération 30 août 2025

« L’arab rock de Carte de SĂ©jour, une expression musicale nourrie de contestation »

“Chercheur dans le domaine des migrations, anthropologue et historien, mais aussi fan de rock, Philippe Hanus consacre un livre trĂšs documentĂ© et passionnant, paru fin aoĂ»t, Ă  l’histoire du groupe lyonnais fondĂ© Ă  Rillieux, Carte de SĂ©jour, qui a marquĂ© les annĂ©es 80 en mĂȘlant punk rock et influences orientales. Au dĂ©part de Carte de SĂ©jour, on trouve les deuxfrĂšres Amini, qui vivent Ă  Rillieux et sont aimantĂ©s par le rock, rejoints par Rachid Taha. Comment cela se met-il en place ? « Comme pour la plupart des jeunes Français de cette gĂ©nĂ©ration, il y a la variĂ©tĂ© Ă  la radio. Puis d’un coup, le rock. Avec l’émergence du punk. Il y a une rencontre, Ă  Rillieux, entre les frĂšres Mokhtar et Mohammed Amini (basse et guitare) et Rachid Taha (chant). Une alliance se noue autour de la possibilitĂ© d’une expression musicale nourrie de la contestation. Au trio fondateur, se joignent alors Djamel Dif, un batteur expĂ©rimentĂ©, puis le guitariste Eric Vacquer. C’est la premiĂšre matrice du groupe qui va ensuite trouver sa forme dĂ©finitive avec l’arrivĂ©e de JĂ©rĂŽme Savy, Ă  la guitare oĂč, paradoxe, il amĂšne les esthĂ©tiques orientalisantes de ce qu’on appellera “arab rock”. » Il y a aussi une langue le « rhorho » qui mixe le français, l’anglais, le langage des banlieues, les expressions lyonnaises et l’arabe dialectal
 « Le “rhorho” c’est une maniĂšre ironique de se mettre en scĂšne dans une forme de crĂ©olisation, de mĂ©tissage du langage. Des gars des quartiers qui parlent une langue inventĂ©e vont incarner l’esprit français. Ils deviennent, au sein de l’Europe des cultures, une certaine idĂ©e du mĂ©tissage français. » Leur Ă©mergence est-elle liĂ©e Ă  la scĂšne lyonnaise trĂšs active de l’époque, Lyon Ă©tant mĂȘme surnommĂ©e « capitale du rock français » ? « Ce groupe s’inscrit dans ce terroir extrĂȘmement riche et dynamique des annĂ©es 75-85. Ils sont issus de ces univers-lĂ , et ils ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette Ă©mergence. Et leur ascension se fait trĂšs vite, des premiers concerts en 1980 Ă  la premiĂšre re connaissance deux ans aprĂšs. » Le groupe a perdurĂ© jusqu‘à quand ? « La derniĂšre date de concert de Carte de SĂ©jour, c’est novembre 1989 Ă  Berne et le dernier grand moment , c’est quand le groupe est prĂ©sent pour jouer, hasard des calendriers, au moment de la chute
du mur Ă  Berlin. » Moment marquant de leur carriĂšre, le succĂšs de leur reprise du Douce France de Charles Trenet. Une rĂ©ponse de ces jeunes de banlieue au racisme et au rejet ? « Ça dit qu’il y a ces “Rhorho”, qu’il va falloir intĂ©grer au grand rĂ©cit de la sociĂ©tĂ© française. Dans un contexte oĂč les enfants immigrĂ©s dans les annĂ©es 75-80, sont pris dans un rejet, sont stigmatisĂ©s, ils rĂ©pondent : “Vous allez entendre notre voix et on va vous montrer qu’on n’est pas que des voyous”. Mais ils vont le faire avec ironie, et la chanson Douce France qui dit quelque chose de la France Ă©ternelle, ils la reprennent Ă  leur compte en la retournant, dans un rock punk un peu ironique. » Plusieurs membres du groupe sont aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©s. Hormis Rachid Taha qui a poursuivi une belle carriĂšre jusqu’à sa mort, que sont devenus les membres de Carte de sĂ©jour ? « Cer tains ont poursuivi l’aventure musicale professionnelle. C’est le cas de Djamel Dif, qui s’est beaucoup intĂ©ressĂ© au raĂŻ. JĂ©rĂŽme Savy a poursuivi sa carriĂšre dans diffĂ©rentes formations et comme enseignant dans des Ă©coles de musique et au conservatoire. Et d’autres sont retournĂ©s travailler en usine, c’est le cas de Mokhtar Amini. »”

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JP Zanolo
Le ProgrĂšs 1 septembre 2025

« Carte de Séjour », le livre qui métisse des liens

“L’écrit, une biographie parue aux Ă©ditions « Le Mot et le reste », emprunte pour sa couve la photo de la pochette du premier album du groupe « Rhorhomanie » paru en 1984. Un livre essentiel pour lever quelques lieux communs, des erreurs d’apprĂ©ciation, des Ă©tiquettes farfelues. Il fallait bien ranger ces nouveaux venus dans une case ! Malheureusement, le raĂŻ s’offre Ă  l’approximation sans peine. Rock the Casbah, pourtant ! L’auteur de l’ouvrage, Philippe Hanus, docteur en anthropologie historique est coordinateur de l’ethnopĂŽle « Migrations, FrontiĂšres, MĂ©moires » au CPA (Centre du patrimoine armĂ©nien-Valence Romans Agglo) et chercheur associĂ© au LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique RhĂŽne-Alpes, spĂ©cialisĂ© en histoire et histoire de l’art pour les pĂ©riodes moderne et contemporaine). Voici en condensĂ© ce qui ressort de « Carte de SĂ©jour, un groupe rock dans la douce France des annĂ©es 1980 » : « FormĂ© par Mohammed et Mokhtar Amini Ă  Rillieux-la-Pape, dans l’agglomĂ©ration lyonnaise, rejoints par le chanteur Rachid Taha puis par JĂ©rome Savy et divers autres musiciens, Carte de sĂ©jour dĂ©fend un ‘’rock mĂ©tissé’’, engagĂ© contre le racisme et pour la justice sociale. Le braconnage de la langue (un arabe de banlieue mĂątinĂ© d’anglicismes et de parlers populaires lyonnais baptisĂ© ‘’rhorho’’) et des sons est au cƓur de l’aventure de cet ensemble musical mĂȘlant sonoritĂ©s Ă©lectriques et instrumentations traditionnelles du Maghreb. Contemporain des luttes des descendants d’immigrĂ©s, telles que la Marche pour l’égalitĂ© et contre le racisme de 1983, Carte de sĂ©jour exprime, durant la dĂ©cennie 1980, une forme originale de crĂ©ation musicale et de rĂ©sistance aux assignations identitaires. Ce livre retrace, grĂące Ă  de nombreux tĂ©moignages et archives inĂ©dites, l’histoire d’un groupe qui fut aussi l’ambassadeur d’une certaine culture cosmopolite, en Europe et au Maghreb et qui influencera nombre d’artistes de la scĂšne internationale pop-rock et rap. » ParallĂšlement, Taha ouvre en militant inconsolable « Au RefoulĂ© », un club de nuit dĂ©diĂ© Ă  tous ceux qu’on refoule des dancings pour dĂ©lit de faciĂšs. Dans la foulĂ©e sort le single « Zoubida » dĂ©nonçant les mariages arrangĂ©s chez les musulmans. Deux ans plus tard parait un premier album, « Rhorhomanie » suivi en 1986 de « 2 et œ ». Cette annĂ©e, Carte de SĂ©jour plaisent et dĂ©concertent avec la reprise de « Douce France » rĂ©alisĂ©e dans les annĂ©es 1940 par Charles Trenet. Le 45 Tours est distribuĂ© aux dĂ©putĂ©s de l’assemblĂ©e nationale française sollicitant une prise de conscience face Ă  la discrimination et les prĂ©jugĂ©s : « Il revient Ă  ma mĂ©moire des souvenirs familiers Je revois ma blouse noire lorsque j’étais Ă©colier. Sur le chemin de l’école je chantais Ă  pleine voix Des romances sans paroles, vieilles chansons d’autrefois. Douce France, cher pays de mon enfance, bercĂ©e de tendre insouciance, je t’ai gardĂ©e dans mon cƓur ! » L’aventure Carte de SĂ©jour prend fin en 1989 lors d’un concert donnĂ© en Allemagne Ă  l’occasion de la dĂ©molition du mur de Berlin. C’est la veille du dĂ©part en solo de Rachid Taha.
« Le nom de ce groupe de musique est emblĂ©matique du contexte socio-politique dans lequel il a pris naissance en 1980. En rĂ©action aux textes restrictifs sur l’immigration (loi Bonnet et circulaire StolĂ©ru) et aux expulsions des Ă©trangers, se forment des groupes politiques et musicaux (comme le groupe Factory Ă  Givors) qui rĂ©sistent par la non-violence et la musique (de l’organisation de concerts alternatifs Ă  la production de chansons et de disques). Le groupe Carte de SĂ©jour est une structure musicale originale formĂ©e autour de Rachid Taha qui chante, Djamel Dif Ă  la batterie, Mokhtar Amini Ă  la basse, Mohamed Amini, Eric Vacquer/JĂ©rĂŽme Savy Ă  la guitare et Steve aux claviers et Ă  la guitare. Ils ont produit ensemble du rock avec des chansons en français et en arabe. Ce groupe mixte prĂŽne la tolĂ©rance et soutient les revendications des immigrĂ©s pour les papiers, (la ‘’ carte de sĂ©jour’’), actions qui ont pris parfois la forme de la grĂšve de la faim (comme en avril 1981 Ă  Lyon). Un premier disque et une premiĂšre Ă©mission de tĂ©lĂ©vision en 1982 font connaĂźtre Carte de sĂ©jour dans des cercles restreints Ă  Lyon. Le succĂšs de la Marche pour l’ÉgalitĂ© de dĂ©cembre 1983 – pour laquelle le groupe joue place de la Bastille le soir de l’arrivĂ©e Ă  Paris – et parallĂšlement les premiers succĂšs Ă©lectoraux du Front National Ă  Dreux sont le contexte politique contrastĂ© dans lequel est produit leur premier album dans les studios de Rennes. » Ce tĂ©moignage est signĂ© Michelle Zancarini, historienne française. Elle est professeure Ă©mĂ©rite d’histoire contemporaine Ă  l’universitĂ© Claude Bernard-Lyon-I, et ancienne codirectrice de la revue Clio. Elle publie des ouvrages et de nombreux articles dans diffĂ©rentes revues et consacre ses recherches Ă  l’histoire des milieux populaires. Elle est spĂ©cialiste d’histoire des femmes et du genre, ainsi que de Mai 68.
L’histoire de Carte de SĂ©jour est truffĂ©e d’ébahissements. Paradoxalement, c’est le guitariste JĂ©rĂŽme Savy qui amĂšne les consonances arabes Ă  la musique, c’est comprĂ©hensible, personne ne veut faire la musique de ses parents dans la post-adolescence. JĂ©rĂŽme n’a pas de lien avec le Maghreb. La jonction de la musique arabe dans la composition se fait par le rock. Par cet exemple on comprend que toutes les problĂ©matiques d’intĂ©gration ne sont pas rĂ©elles. À l’adolescence, tous les jeunes veulent faire du rock qu’ils viennent d’Asie ou d’Afrique, ils sont attirĂ©s par les mĂȘmes musiques. Il n’y a pas besoin de loi pour que les mĂ©langes se fassent. « La musique rock va donc s’enrichir aux sons des percussions de Brahim M’Sahel (mort en 2024) et du Oud de Jalal Jallane. Le groupe installe son local de rĂ©pĂ©tition, place Tolozan, sur les pentes du quartier cosmopolite de la Croix Rousse, oĂč se produisent des rencontres fĂ©condes entre ‘’rhorhos’’ (jeunes immigrĂ©s du Maghreb) et ‘’rockers’’ branchĂ©s du centre-ville. Carte de sĂ©jour y Ă©labore une musique festive et engagĂ©e, dĂ©nonçant le racisme quotidien, la difficultĂ© d’accĂšs au logement ou les violences faites aux femmes et prĂŽnant dans ce contexte identitaire difficile l’intĂ©gration et les fondements de la tolĂ©rance. » Joli programme pour un groupe des annĂ©es 1980.”

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Anis Hajjam
L'Opinion 27 août 2025

Sélection trente cadeaux de Noël : "Carte de séjour" de Philippe Hanus

“L’anthropologue retraverse la « douce France » raillĂ©e par Rachid Taha et son groupe de rock dans les annĂ©es 1980 : une aventure collective dont il fait le rĂ©cit vivant et documentĂ©, vrai plaidoyer contre les assignations identitaires.”

Télérama 30 novembre 2025