Bob Dylan
Modern times
Bob Dylan est le seul auteur-compositeur-interprÚte du monde de la pop à avoir obtenu un prix Nobel de littérature, en 2016.
Si Bob Dylan est un sujet de fascination, câest que ses chansons sont en prise avec lâinconscient collectif de lâOccident, avec sa civilisation, dâHomĂšre Ă la Bible en passant par le blues, le folk, lâAntiquitĂ© et la Beat Generation, nâen omettant presque aucune source culturelle, religieuse ou historique. Depuis les annĂ©es 1960, Bob Dylan ne sâest pas contentĂ© dans ses albums et ses concerts de rĂ©unir Elvis et Shakespeare, les Beatles et Rimbaud, le rock et la poĂ©sie, la chanson et la littĂ©rature, il a aussi inventĂ© des images et des aphorismes qui ont transcendĂ© lâexpression du XXĂšme siĂšcle. Cet ouvrage met en lumiĂšre lâapport des chansons de Bob Dylan au regard de la musique,
de la littérature et de la culture modernes.
Revue de presse
Un oeil sur la musique Hervé Devallan Vinyle & Audio avril 2025
Bob Dylan, Modern Times Noé Gaillard Daily Passions 31 mars 2025
Nos choix de livres sur la musique : Tonton David, Rihanna, Bob Dylan et Pierre Boulez Stéphanie Binet, Pierre Gervasoni et Sylvain Siclier Le Monde_Musiques 24 février 2025
Au cinéma, sur scÚne et surtout en livre, l'année 2025 sera celle de Bob Dylan Olivier Monssens Radio Caroline // Classic 21 15 février 2025
[A lire] Bob Dylan, Modern Times Mathieu Soulas Widoobiz 14 février 2025
«Bob Dylan, modern times», lumiÚre sur l'icÎne de la folk Nathalie Amar, Marjorie Bertin RFI_Sur le pont des arts 12 février 2025
La reco d'Ambre Ambre Chalumeau Le Quotidien Newsletter Janvier 2025
Personne nâĂ©chappera Ă Bob Dylan en 2025 François Barras 24heures 26 janvier 2025
Les choix de François : un chat aventurier, le diable et Bob Dylan François de Brigode RTBF 24 janvier 2025
Cinéma : «Un parfait inconnu» sur Bob Dylan avec Timothée Chalamet est-il proche de la réalité ? 6 scÚnes passées au crible Elise Neyret Historia 30 janvier 2024
Yves Bigot : pourquoi Bob Dylan reste le prophÚte intemporel de notre époque Ludovic Perrin Le JDD 28 janvier 2025
L'oeil de Pierre Lescure CĂ vous 29 janvier 2025
Dylan sous influence Sophie Rosemont Rolling Stone Janvier 2025
CULTURE Bob Dylan : bientÎt un nouveau livre par Yves Bigot La Rédaction Rolling Stone 15 janvier 2025
Yves Bigot : âDylan mĂ©rite dâĂ©vidence le Nobel" Belkacem Bahlouli Rolling Stone Janvier 2025
Yves Bigot analyse l'oeuvre de Bob Dylan JF Convert TEXTES, BLOG & ROCKâNâROLL 11 dĂ©cembre 2024
âYves Bigot, journaliste musical et directeur de mĂ©dias aime Bob Dylan inconditionnellement. Câest ma conclusion en refermant son copieux Modern Times (297 pages, bibliographie et remerciements compris) des Editions Le Mot et Le Reste qui dĂ©coupe la vie et lâoeuvre du barde-troubadour Robert Zimmerman (guitare en bandouliĂšre, harmonica au cou dans Freewheelinâ Bob Dylan, 1963 ) en treize chapitres-titres de chansons parmi les plus connues. Celles quâil faut avoir Ă©coutĂ©es et comprises ( ceci nâest pas lâun des moindres problĂšmes) pour les non-anglophones. Soulignons au passage le mĂ©rite dâHugues Auffray, vĂ©ritable « Mr Tambourine Man » adoubĂ© par le maĂźtre qui a fait connaĂźtre Dylan en France en le traduisant dans ses chansons. De ses dĂ©buts anonymes dans les cafĂ©s de Greenwich Village en 1961 Ă son ascension fulgurante avec un passage Ă lâĂ©lectricitĂ© huĂ© Ă Newport en 1965, voilĂ le thĂšme du biopic rĂ©ussi de James Mangold (A perfect Unknown ) avec un Ă©poustouflant camĂ©lĂ©on-acteur proche de la MĂ©thode, TimothĂ©e Chalamet.
Dylan le traĂźtre, reniant le dĂ©pouillement puriste des folkeux ou Dylan le mĂ©tĂ©ore ? « Times were changinâ » et il fut un tournant dĂ©cisif dans lâhistoire de la musique. Avec Highway 1961 (« Desolation Row » « Ballad Of a Thin Man » « Highway 61 Revisited » « From a Buick 6 » « « Like a Rolling Stone » « Tombstone Blues ») Dylan lance une vĂ©ritable rĂ©volution musicale et ne sâarrĂȘtera pas en si bon chemin.
Le livre dâYves Bigot fait le point sur un parcours devenu lĂ©gendaire par le dĂ©cryptage de textes rimĂ©s cousus avec soin. Chaque chapitre est prĂ©cĂ©dĂ© dâun « chapeau », paragraphe introductif qui donne une ossature Ă cet essai qui nâest ni une biographie (ce serait difficile vu le soin jaloux avec lequel Dylan a protĂ©gĂ© sa vie privĂ©e depuis des annĂ©es) ni une hagiographie ( encore que⊠quand Bigot reconnaĂźt certains ratĂ©s et passages (vraiment) Ă vide, il sâemballe sur les sommets « insurpassables »). Bigot sort du champ codifiĂ© de la dĂ©monstration magistrale mais il ne fait pas pour autant en improvisant. Son essai est trĂšs documentĂ©. La thĂšse quâil dĂ©fend est que Dylan mĂ©rite son Nobel de LittĂ©rature obtenu en 2016 ( il a pris son temps pour aller chercher son Prix profitant dâune tournĂ©e en SuĂšde mais il avait donnĂ© auparavant donnĂ© une confĂ©rence de 27 minutes et quatre mille huit mots en juin 2017 Ă Los Angeles). En mettant surtout en relief la primautĂ© du texte sur la musique, les jeux de sonoritĂ©s et dâimages, Yves Bigot sâefforce de nous montrer en quoi toutes les critiques formulĂ©es Ă lâannonce de ce prix ne sont pas vraiment fondĂ©es tout en citant les nombreux hommages du monde politique ou artistique. Deleuze lui mĂȘme sây est collĂ© dans Dialogues: Je voudrais arriver Ă faire un cours comme Dylan une chanson». Leonard Cohen lui mĂȘme a avouĂ© non pas sa dette mais son admiration. Modern Times sâinscrit Ă la suite de nombreuses exĂ©gĂšses consacrĂ©es Ă Bob Dylan, loin par exemple du savoir incantatoire de Richard F. Thomas (Why Bob Dylan Matters, 2017) ou de la thĂšse mythologique de Greil Marcus qui a lu Dylan comme un hĂ©ritier de Virgile (Invisible Republic : Bob Dylanâs Basement Tapes,1997). Bigot propose une traversĂ©e sensible et incarnĂ©e, une maniĂšre de conversation musicale. Il est du sĂ©rail, connaĂźt parfaitement le milieu musical-il a mĂȘme pu rencontrer et interviewer lâartiste en 1981, il veut faire entendre une voix Ă son lecteur-auditeur, comme sâil Ă©tait derriĂšre le micro de la radio dans le partage en concert mais⊠avec une certaine Ă©rudition tout de mĂȘme. Il dissĂšque les chansons de Dylan qui a importĂ© la littĂ©rature dans la country de Hank Williams, le folk engagĂ© du pionnier Woody Guthrie ou de Pete Seeger et au rock mal Ă©levĂ©, rebelle, individualiste (It Ainât Me Babe). Avec une auto-dĂ©rision tranquille, il demeure attentif Ă la musique des autres, dans une forme dâhumilitĂ© rare, pĂ©tri de la tradition noire amĂ©ricaine du blues dĂ©chirant dâOdetta à « Nobody can sing the blues like Blind Willie McTell.â(enregistrĂ©e 1983, publiĂ©e 1991) mais sensible Ă dâautres hĂ©rauts de la « protest song » comme Neil Young :« Iâm listening to Neil Young, I gotta turn up the sound / Someoneâs always yelling âTurn it down!â (« Highlands », 1997 ).
Bob Dylan with Johnny Cash â Girl from the North Country (Official Audio) ft. Johnny Cash
Quelle est la place de Dylan dans la littĂ©rature, sa contribution Ă notre Ă©poque ? GĂ©nial forgeur ou prophĂšte intemporel ? Ses chansons lyriques ou grivoises, ironiques, amĂšres ou rageuses qui parlent de la sociĂ©tĂ© comme de lâamour (« The girl from the North », « All I really want to do »âŠ) peuvent-elles ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des poĂšmes aux rimes travaillĂ©es et Ă la riche rythmique sĂ©mantique quand il assimile toutes les influences, rĂ©conciliant Elvis et Shakespeare, les Beatles et Rimbaud ? Consacre-t-on avec lui la poĂ©sie de toujours ou la reconnaissance dâun art mineur par une noble acadĂ©mie pas toujours coincĂ©e alors que lâon a sacralisĂ© depuis le XIXĂšme le Roman Ă la recherche dâun nouveau Flaubert ou du Great American Novel ? Il est le seul auteur-compositeur-interprĂšte Ă ĂȘtre nobellisĂ© alors que dâautres artistes ont aussi une Ćuvre Ă eux, Leonard Cohen et surtout en France Brassens ⊠Sans oublier les FerrĂ©, Brel, Barbara, Anne Sylvestre dont les chansons demeurent dans le patrimoine national. Ce qui laisse songeur-on nâest plus Ă un paradoxe prĂšs dans son cas, Dylan lui mĂȘme reconnaissait « Mes chansons sont faites pour ĂȘtre chantĂ©es pas lues »⊠Yves Bigot souligne le pouvoir de la chanson comme forme littĂ©raire et justifie le Nobel de Dylan par le partage vĂ©cu dâune expĂ©rience poĂ©tique collective, en prise avec lâinconscient collectif de lâOccident, plus que par ses rĂ©fĂ©rences Ă HomĂšre, Shakespeare, Keats, Rimbaud, la Beat Generation ou la Bible, dissĂ©quĂ©es pour en rĂ©vĂ©ler le sens cachĂ© en filigrane. Ce nâest pas sa voix nasillarde tant moquĂ©e mais sa capacitĂ© Ă phraser comme les plus grands jazzmen ou les monstres sacrĂ©s ( pensons Ă Artaud), sa capacitĂ© Ă tenir encore debout, dĂ©sengagĂ© mais pas indiffĂ©rent, Ă plus de quatre-vingt ans par la seule force de la parole chantĂ©e, dâune prosodie parfois bancale et heurtĂ©e quâil dĂ©clame dans la ronde sans fin de tournĂ©es.
Un regard de passeur pas de gardien du temple? Câest peut-ĂȘtre lĂ que rĂ©side lâoriginalitĂ© du livre, dans cette volontĂ© de ne pas faire de Dylan un hĂ©ros de poĂ©sie pure mais de le relier Ă son Ă©poque, tĂ©moin de lâAmĂ©rique fracturĂ©e, celle des marginaux authentiques, hobos losers du rĂȘve déçu. Conscience vivante, il a toujours eu une maniĂšre particuliĂšre de se laisser traverser par le vacarme du monde dĂšs lâinaugural et accrocheur Blowin in the wind, une chanson littĂ©ralement « woke » Ă savoir « qui provoque lâĂ©veil », allĂ©geance au folk ? Ăcrite en dix minutes, rĂ©utilisant ce qui Ă©tait transmis : « Combien dâoreilles un seul homme doit-il avoir avant dâentendre les gens pleurer ?âŠEt combien de fois un homme peut il tourner la tĂȘte, en prĂ©tendant quâil ne voit rien ? » La rĂ©ponse nâest pas donnĂ©e, elle souffle dans le vent avec un doute constant mais porte une cause : ces possibles meilleurs sont des utopies dĂ©sirables.
Ă ceux qui aiment Dylan, loin de tout comprendre, doutant du sens Ă donner, Modern Times est un livre qui accompagne, qui sâĂ©coute autant quâil se lit, le corps autant que la mĂ©trique. Les extraits nombreux relevĂ©s parmi les quelques cinq cents chansons ne sont pas seulement illustratifs. DĂšs ses dĂ©buts, il inscrit sa poĂ©sie dans lâHistoire dans « A Hard Rainâs A-Gonna Fall » (1963) :âI saw guns and sharp swords in the hands of young children.â Lâinnocence est dĂ©truite avant dâavoir existĂ©.En Ă©voquant « Desolation Row » (1965), il Ă©voque avec une ironie amĂšre les faux semblants de la sociĂ©tĂ© du spectacle⊠dont il fait partie :âTheyâre selling postcards of the hanging / Theyâre painting the passports brown.â « Not Dark Yet » (1997) serait un psaume moderne dâune fin qui avance dans une lumiĂšre crĂ©pusculaire : âItâs not dark yet, but itâs getting there.âOu encore dans « Things Have Changed » (2000):âPeople are crazy and times are strange / Iâm locked in tight, Iâm out of rangeâ Yves Bigot consacre une lecture attentive Ă Modern Times (2006) dans le blues amer de « Workingmanâs Blues #2 » : Some people never worked a day in their life, donât know what work even means. Les chansons de Dylan sont devenues malgrĂ© ses efforts pour dĂ©sorganiser et bousculer, des hymnes que lâon reprend dans une communion non plus religieuse mais populaire. Cela peut ne pas ĂȘtre suffisant mais ce nâest dĂ©jĂ pas si malâŠâ
âDylan est un personnage complexe. Multiple mĂȘme, et câest peu de le dire. Câest lâart dâYves Bigot que de le dĂ©montrer dans ce nouvel ouvrage consacrĂ© Ă ce monstre sacrĂ©. Oui, un nouveau livre, mais une approche rĂ©ellement originale du nobĂ©lisĂ©. Certes, on apprend quâil est nĂ© Ă Duluth dans le Minnesota, mais lĂ nâest pas le plus important. Yves Bigot cherche Ă comprendre cet homme qui a rĂ©inventĂ© la culture amĂ©ricaine en mettant Ă plat ses nombreuses et riches influences. Autant dâhommes (essentiellement) et de femmes (parfois) qui ont jouĂ© un rĂŽle dans ses nombreux tourments et ses gĂ©nies crĂ©atifs. Ă commencer par Woody Guthrie, figure emblĂ©matique des fameux hobos et du folk dâaprĂšs-guerre. Câest lui quâil vient visiter Ă
New York. Mais dâun chapitre lâautre, lâauteur poursuit son enquĂȘte et nous invite Ă suivre les nombreuses muses de Robert Zimmerman. Des artistes country aux chanteurs de blues, de Rimbaud Ă Shakespeare, des tragĂ©diens grecs aux apĂŽtres de la Bible, de la Beat Generation (Kerouac et Allen Ginsberg en tĂȘte), aux stars du cinĂ©ma en noir et blanc, Bob Dylan sâest appropriĂ© le monde qui lâa entourĂ© pour mieux crĂ©er sa propre fulgurance et son propre univers Ă la fois singulier et universel.â
âComme je suis un vieil inconditionnel du prix Nobel, je vous dirai que jâaime beaucoup lâillustration de couverture qui, si je ne mâabuse, âdessineâ une vieille photo du poĂšte-musicien. Jâen entends qui grognent et maugrĂ©ent Ă coup de âencoreâ et âyenamarreâ du Dylan⊠Peut-ĂȘtre ! Mais cela fait plus de soixante ans quâil tourne et en 2016 il est sacrĂ© âPrix Nobel de LittĂ©ratureâ ⊠Je ne suis pas sĂ»r que les publics et les jurĂ©s du Prix soient fous ou dĂ©biles. Il doit bien y avoir une raison. Yves Bigot nous en propose au moins une. Dylan est un âpasseurâ, un âsynthĂ©tiseurâ. Quelquâun qui saisit lâessentiel du monde et le retransmet tout en restant lui-mĂȘme. Demandez-vous quelle chanson de Dylan vous a Ă©mu, touchĂ© et analysez son contenu. Vous y reconnaitrez sans doute des images dĂ©jĂ vues, des rĂ©fĂ©rences connues, des influences mais leur agencement, leur rythme leur ont donnĂ© une nouvelle vigueur. De la Bible Ă la Beat Generation en passant par Shakespeare et Rimbaud â pour le dĂ©tail et les prĂ©cisions voir justement le Yves Bigot â vous trouverez Dylan. Ma formulation est volontaire et vous avez compris quâil suffit de lâĂ©couter âphraserâ pour les entendre. Pour entendre lâĂ©cho du monde dans les mots de Dylan. Et je vous avouerai que câest parce quâil chante ou dit cette multitude et non parce quâil se fait le chantre dâune idĂ©e ou dâun individu quâil est intĂ©ressant. Alors pour Ă©viter de rĂąler inutilement, dĂ©gustez le Bigot, lentement en Ă©coutant Dylan. Et prenez le temps dâĂ©couter Dylan en faisant autre chose, sans chercher Ă lâentendre et puis notez les phrases que votre esprit retiendra⊠Vous risquez dâavoir des surprises. En complĂ©ment au programme je ne saurais trop vous recommander de regarder trois films : Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah, No direction home de Martin Scorsese et Iâm not there de Todd Haynes.â
âCette semaine, nous vous proposons plusieurs lectures autour de la musique : une biographie de Tonton David, prince du raggamuffin ; une rĂ©flexion sur le compositeur et chef dâorchestre Pierre Boulez ; une prĂ©sentation en photographies de la chanteuse Rihanna et, pour accompagner la sortie du film Un parfait inconnu, plusieurs ouvrages sur Bob Dylan, nouveautĂ©s ou remise dans les bacs de libraires de livres dĂ©jĂ publiĂ©s.â
âDifficile dâĂ©chapper aux commentaires trĂšs positifs qui ont accompagnĂ©, dĂšs janvier 2025, le film de James Mangold, qui raconte les premiĂšres annĂ©es de Bob Dylan Ă New York entre 1961 et 1965, pĂ©riode qui le fait passer de lâanonymat Ă celui de prophĂšte de la musique folk dans un premier temps. Puis dĂšs le festival folk de Newport en juillet 65 et la mutation Ă©lectrique de Dylan en star du rock. CâĂ©tait il y a 60 ans. Cet anniversaire est aussi accompagnĂ© par plusieurs livres qui en profitent pour apporter des Ă©clairages diffĂ©rents sur cette sĂ©quence et au-delĂ sur lâartiste, Ă commencer par ââBob Dylan. Electric Newport, 1965 Histoire dâun coup dâEtatââ Ă©crit par Elijah Wood, qui ressort chez Rivages Rouge aprĂšs ĂȘtre paru en 2015 et avoir inspirĂ© le film en question. Elijah Wood, guitariste amĂ©ricain de folk et de blues, passait dâailleurs un temps par Anvers avec un groupe de swing, mais aussi journaliste et historien du blues et de la pop. Autres publications passionnantes autour de Dylan, mais sous des angles Ă chaque fois distincts. ââBob Dylan Modern Timesââ signĂ© Yves Bigot, paru aux Ă©ditions Le Mot et le Reste ou encore ââMy Backpage Dylanââ par François Gorin aux Ă©ditions du Boulon. Ouvrage dont je vais vous livrer quelques savoureux passages, illustrĂ©s, bien sĂ»r, dâextraits et dâarchives, ainsi dâailleurs que deux petits messages que nous a laissĂ© lâami Yves Bigot. â- â Radio Caroline â, passionnant rĂ©cit Ă©clairĂ© dâarchives qui sillonne chaque semaine les vagues houleuses et rafraĂźchissantes de mouvements, Ă©vĂ©nements ou personnalitĂ©s synonymes de contestations ou rĂ©volutions artistiques, politiques, sexuelles⊠ââRadio Carolineââ avec Olivier Monssens de midi Ă 13h tous les samedis sur Classic 21, la radio RockânâPop.â
âOn croyait tout savoir sur Dylan depuis toujours. Mais ça câĂ©tait avant 2025. Car lâactualitĂ© dylanienne est particuliĂšrement riche en ce dĂ©but dâannĂ©e. Entre la sortie dâun biopic saluĂ© par la critique, la reprise de la tournĂ©e Rough and roudy ways au printemps et une littĂ©rature toujours importante, Bob Dylan est redevenu un sujet dâactualitĂ©. Qui sâen plaindra ? Avec son Bob Dylan, Modern Times publiĂ© aux Ă©ditions le Mot et le Reste, Yves Bigot apporte sa pierre Ă cette quĂȘte Ă©ternelle : percer les secrets dâun des personnages les plus retors de notre modernitĂ©. Prix Nobel de littĂ©rature, Prix Pulitzer, Oscar, Grammy, Bob Dylan interroge autant quâil fascine. GĂ©nie pour les uns, faussaire pour les autres (ce qui nâest finalement pas si incompatible), chacun Ă sa vision de Dylan, sa lecture du mythe. Dans cette vĂ©ritable recherche, Yves Bigot a pris un parti aussi salutaire que passionnant, revenir Ă la source, au texte. DissĂ©quer les phrases, passer au peigne fin les milliers de lignes, pour retrouver les rĂ©fĂ©rences, les origines, et, dâune certaine façon, rĂ©vĂ©ler le sens (ou tout du moins un sens) de cet Ćuvre assez inclassable. Câest une lecture en palimpsestes oĂč se cĂŽtoient les racines blues de lâAmĂ©rique profonde et les Ă©vangiles, Rimbaud et Whitman, jeux de mots grivois et envolĂ©es lyriques.â
âGuitare en bandouliĂšre harmonica au cou, câest un troubadour devenu prix Nobel de littĂ©rature. Combien, en 2016, ont vraiment compris ce choix de la prestigieuse acadĂ©mie suĂ©doise. En tout cas, beaucoup sâen sont Ă©tonnĂ©s. Bob Dylan est devenu cette annĂ©e-lĂ et Ă ce jour, le seul musicien et chanteur Ă se voir ainsi distinguĂ©. Bob Dylan auquel le rĂ©alisateur James Mangold vient de consacrer un Biopic «A complete unknown», un parfait inconnu avec, pour incarner le roi de la folk, un TimothĂ©e Chalamet extrĂȘmement convaincant. Le film ne raconte que 4 annĂ©es de la vie de Dylan, ses dĂ©buts Ă New York avant quâil ne devienne une star. Avant quâil nâaccompagne en musique toute une gĂ©nĂ©ration. Notre invitĂ© est un de ses plus grands fans, il est aussi lâun des rares journalistes français Ă avoir pu lâinterviewer. Yves Bigot est lâinvitĂ© de Sur le pont des arts. Il a publiĂ© Bob Dylan, Modern Times, aux Ă©ditions le Mot et le Reste.â
âAvec le lancement du film âUn parfait inconnuâ, on assiste Ă une flopĂ©e de sorties de livres et de beaux livres sur le cĂ©lĂšbre chanteur amĂ©ricain Ă la voix nasale et Ă la tignasse hirsute. Parmi eux, je tenais particuliĂšrement Ă vous prĂ©senter cet ouvrage publiĂ© par lâexpert rock Yves Bigot. En 2016, Bob Dylan est entrĂ© dans lâHistoire en devenant, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, le premier musicien Ă gagner le Prix Nobel de LittĂ©rature. CâĂ©tait hallucinant et ça a ouvert la porte Ă une question : pourquoi lui plutĂŽt quâun autre? Eh bien, ce livre y rĂ©pond en se proposant dâexpliquer les spĂ©cificitĂ©s de lâĂ©criture de Dylan, ses inspirations et ses Ă©volutions⊠et câest passionnant. Bob Dylan : Modern Times, Yves Bigot, Le Mot et le Reste. 24 euros.â
âAu cinĂ©ma, en livres et sur scĂšne, lâannĂ©e 2025 sera celle du plus vivant mystĂšre dâune AmĂ©rique morte. Portrait par la bande. (âŠ) Il existe Ă peine moins de livres sur Dylan que dâhermĂ©neutes de la Bible. Premier sur le calendrier francophone, Yves Bigot sâinterroge sur lâapport Ă la culture populaire du Nobel 2016 de littĂ©rature, quâil situe en hĂ©ritier dâHomĂšre, seul homme Ă avoir rĂ©conciliĂ© Elvis et Shakespeare, les Beatles et Rimbaud (Bob Dylan, Modern Times). Pourquoi pas.â
â(âŠ) Et enfin, quelques pages de lâhistoire du rock avec un livre consacrĂ© Ă Bob Dylan Ă©crit par Yves Bigot et publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste. Cet ouvrage met en lumiĂšre lâapport des chansons de Dylan aux temps modernes et restitue son Ćuvre dans lâhistoire culturelle rĂ©cente. Le livre sâintitule Modern Times. Vive la culture !â
âLe rĂ©alisateur James Mangold pointe son projecteur vers une sĂ©quence clef de la vie de Bob Dylan, ses premiĂšres annĂ©es Ă New York, entre 1961 et 1965, qui le font passer du statut dâinconnu Ă celui de star de la musique. Cette Ćuvre de fiction est-elle proche de la vĂ©ritĂ© historique ? DĂ©cryptage de six scĂšnes avec Yves Bigot, auteur dâun rĂ©cent essai sur le chanteur.
1 â La rencontre entre Bob Dylan et Woody Guthrie
La scĂšne â Bob Dylan, Ă peine arrivĂ© Ă New York, se rend Ă lâhĂŽpital pour rendre visite au cĂ©lĂšbre chanteur de folk Woody Guthrie et rencontre Pete Seeger Ă cette occasion.
La rĂ©alitĂ© â Yves Bigot : « Bob Dylan vient rĂ©ellement Ă New York pour rencontrer Woody Guthrie, atteint de la maladie de Huntington â incurable et paralysante. Il se rend Ă lâhĂŽpital quelques jours seulement aprĂšs son arrivĂ©e et continuera Ă y aller toutes les semaines pendant plusieurs mois. Câest probablement au cours de ces semaines quâil Ă©crit Song to Woody et quâil la lui chante ensuite. En revanche, Pete Seeger ne se trouve pas au chevet de Guthrie lors de sa premiĂšre rencontre avec Dylan. Son importance dans la vie du chanteur est trĂšs exagĂ©rĂ©e dans le film. Ce personnage est un archĂ©type, qui amalgame un grand nombre de musiciens de la scĂšne folk de Greenwich Village de lâĂ©poque, Ramblinâ Jack Elliott, Dave Van Ronk ou Fred Neil. Il faut bien rappeler que ce film est une fiction et pas un documentaire, contrairement au remarquable No direction home, de Martin Scorsese (2005).â
âRare Français Ă avoir interviewĂ© Bob Dylan, le journaliste Yves Bigot a vu et aimĂ© le film de James Mangold sur le chanteur avec TimothĂ©e Chalamet. Et si Dylan nâĂ©tait plus lĂ ? « Câest un monde sans boussole que nous connaĂźtrions », nous assure Yves Bigot, lâun des rares journalistes Ă lâavoir interviewĂ© en 1981 pour la station Europe 1, auteur ces jours-ci dâun ouvrage de prĂ©cision, Bob Dylan. Modern Times. « Sa disparition correspondrait Ă la fin dâun monde tel quâon lâa connu et tel quâil lâa prophĂ©tisĂ© dans ses chansons. Nous entrerions dans un nouveau stade de la civilisation dont nous ne savons pas jusquâĂ quel point elle serait civilisĂ©e. »â
âAprĂšs un excellent Manu Dibango (Le Mot et le Reste, 2023), le prolifique Yves Bigot reprend la plume pour un sujet qui lui tient Ă coeur : Bob Dylan. Mais sous un angle plus singulier quâune simple biographie, dâautant quâon en a beaucoup lu et que son sujet reste insaisissable. âCâest un art Ă part, exceptionnel, qui transfigure Robert Allen Zimmerman en passeur de lâhistoire, de la sagesse, de lâhĂ©ritage et du talent de lâhumanitĂ©, dans le but dâen inspirer dâautres, de brouiller le prĂ©sent, le passĂ© et le futur en une connaissance qui seule peut nous aider Ă vivreâ, Ă©crit-il ici. Ce sont ses multiples inspirations que Bigot explore, folkiennes (la figure tutĂ©laire de Woody Guthrie), bibliques (tous testaments inclus), poĂ©tiques â en particulier rimbaldiennes (âJe est un autreâ, what else?). Sâouvrant sur la confĂ©rence Nobel prononcĂ©e par Dylan, enregistrĂ©e depuis Los Angeles, le 4 juin 2017, ce riche ouvrage dĂ©montre Ă quel point cette rĂ©compense Ă©tait mĂ©ritĂ©e. Car si le musicien rappelle que âles chansons sont destinĂ©es Ă ĂȘtre chantĂ©es, pas luesâ, la dextĂ©ritĂ© de ses rimes comme de sa rythmique sĂ©mantique font de son oeuvre un infatigable objet dâĂ©tudes.â
âRendez-vous le 24 janvier pour la sortie de Bob Dylan â Modern Times, qui se penche sur les inspirations culturelles et littĂ©raires du Zim.
Figure essentielle du 20e siĂšcle, Bob Dylan continue de bĂ©nĂ©ficier dâune aura incomparable qui dĂ©passe le monde de la musique. Il sâagit notamment du seul artiste issu du monde de la musique populaire Ă avoir obtenu le prix nobel de littĂ©rature. Yves Bigot, collaborateur de longue date de Rolling Stone, se prĂ©pare Ă sortir un livre qui se penche sur la plume du Zim, intitulĂ© Bob Dylan â Modern Times (en rĂ©fĂ©rence Ă son album de 2006). Lâauteur sâintĂ©resse Ă aux inspirations et rĂ©fĂ©rences culturelles du musicien, quâelles soient issues de la poĂ©sie antique ou de la littĂ©rature moderne, sans oublier les musiques populaires.
Ci-dessous le synopsis :
Si Bob Dylan est un sujet de fascination, câest que ses chansons sont en prise avec lâinconscient collectif de lâOccident, avec sa civilisation, dâHomĂšre Ă la Bible en passant par le blues, le folk, lâAntiquitĂ© et la Beat Generation, nâen omettant presque aucune source culturelle, religieuse ou historique. Depuis les annĂ©es 1960, Bob Dylan ne sâest pas contentĂ© dans ses albums et ses concerts de rĂ©unir Elvis et Shakespeare, les Beatles et Rimbaud, le rock et la poĂ©sie, la chanson et la littĂ©rature, il a aussi inventĂ© des images et des aphorismes qui ont transcendĂ© lâexpression du XXĂšme siĂšcle. Cet ouvrage met en lumiĂšre lâapport des chansons de Bob Dylan au regard de la musique, de la littĂ©rature et de la culture modernes. Ce livre sera disponible en librairie le 24 janvier, aux Ă©ditions Le Mot et le reste. Lâauteur-compositeur-interprĂšte va Ă©galement faire lâobjet dâun biopic, Un Parfait inconnu, avec TimothĂ©e Chalamet dans le rĂŽle principal. Ce dernier est en couverture de notre numĂ©ro 169, disponible en prĂ©commande.
âAvec Bob Dylan : Modern Times, le journaliste signe un ouvrage montrant comment le âZimâ est entrĂ© dans lâhistoire de la littĂ©rature par la grande porte. Quoi quâen disent ses dĂ©tracteurs !
- Vous ĂȘtes tombĂ© dans la marmite de Dylan trĂšs jeune : quâest-ce qui vous fascine dans
ce personnage atypique ?
Je lâai dĂ©couvert Ă 12 ans, en 1967, avec lâirrĂ©futable Greatest Hits chez CBS, dix titres imparables. Jâadorais dĂ©jĂ les Beatles et les Stones du Swinging London superbement dĂ©corĂ©s par Brian Jones, mais jây entendais soudain quelque chose dâindĂ©finissable, de plus transcendant encore, sans pour autant comprendre tout ce quâil disait. Par la suite, jâai intĂ©grĂ©, comme le dit si bien Leonard Cohen qui sait de quoi il parle, quâun phĂ©nomĂšne prophĂ©tique comme Dylan ne se manifestait que tous les trois ou quatre siĂšcles. Il sâex-prime pour le temps gĂ©ologique, lâĂ©ternitĂ©, tout en Ă©tant essentiel pour son Ă©poque. Je suis heureux, comme Patti Smith, dâavoir vĂ©cu au temps de Dylan.
- Lui décerner le Nobel a été pour vous un choc ? Une agréable surprise ?
Le Nobel, Allen Ginsberg et dâautres avaient soumis son nom depuis 1996. Je lâavais rĂ©clamĂ© dans un article pour le JDD Ă lâoccasion de sa remise de la LĂ©gion dâhon-neur, qui avait Ă©tĂ© contestĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Georgelin. Par ignorance, comme toujours. Dylan mĂ©rite dâĂ©vidence le Nobel, mais pour autant, oui, ce fut une surprise plus quâagrĂ©able, parce quâelle rĂ©veillait le grand public quant Ă la pertinence dâun artiste essen-tiel qui Ă©tait en train dâĂȘtre marginalisĂ©.
- Vous avez donc Ă©crit un essai sur cet Ă©vĂ©nement unique en son genre : un chanteur populaire primĂ© par le plus prestigieux des prix. Vous avez publiĂ© en 2016, dans Rolling Stone, un article saignant, notamment Ă propos de ceux qui nâavaient pas compris quâon puisse ainsi dĂ©cerner un tel âlabel de qualitĂ©â Ă âun simple chanteurâ. Vous aviez vu rouge ?
DĂ©jĂ je persiste et signe. Jâavais Ă©tĂ© â et suis toujours â furieux et navrĂ© de constater ce mĂ©lange pernicieux de prĂ©tention bouffie et dâignorance crasse qui caractĂ©rise une grande partie de nos Ă©lites, larguĂ©es depuis les annĂ©es 1960, justement parce quâelles ont Ă©tĂ© aveugles Ă Dylan, au rock, au monde et aux temps qui changent. En France, mais câest diffĂ©rent en Belgique dĂ©jĂ , Mai 68 a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme une rĂ©volution politique alors quâil sâagissait en rĂ©alitĂ© dâune rĂ©volution culturelle, spirituelle, philosophique. ConsidĂ©rer Dylan comme la rencontre de Brassens et de Cohn-Bendit, câest ne rien comprendre, et câest cet aveu-glement qui provincialise la France depuis soixante ans, cette illusion de supĂ©rioritĂ© acadĂ©mique qui castre tous les crĂ©ateurs de ce pays magnifique. Ici, le rock, la majoritĂ© pense que câest Johnny et Goldman, au mieux les gentils TĂ©lĂ©phone, pas Hendrix ou Led Zeppelin ! Pourtant, on est capable de nommer la rockânâroll attitude, mais ça, câest incarnĂ© par le Dylan 1965-1966, Ray Ban Carribean, cuir, jabot, Beatle boots, Fender en bandouliĂšre, Kerouac, Rimbaud et Robert Johnson syncrĂ©tisĂ©s, hallucinĂ© et bĂ©ni. Qui se souviendra de ses contempteurs ?
- Câest aussi ce qui vous a poussĂ© Ă Ă©crire cet essai ? Vous aviez lâidĂ©e depuis longtemps ?
Oui mais non. On me tarabuste pour que jâĂ©crive sur Dylan depuis mon interview de lui en 1981 et en raison de la relation personnelle que jâavais Ă lâĂ©poque avec Joan Baez. Mais Ă quoi bon, autrement que des articles dans LibĂ©ration et Rolling Stone ? Il y a tellement dâexcellents auteurs anglophones qui Ă©crivent des centaines dâouvrages Ă son sujet, avec un accĂšs trĂšs supĂ©rieur Ă lui comme Ă ses proches. Et puis la bonne approche est venue dâune conversation lors dâun dĂ©jeuner au soleil, Ă Marseille, avec Yves Jolivet, le patron de Le Mot et le Reste, il y a un an.
- Vous allez trÚs loin dans cet essai, écrit avec force références, est-ce une justification sur le mérite de Dylan à se voir décerner ce prix ?
Si câĂ©tait en partie lâidĂ©e de dĂ©part, je suis vite passĂ© Ă plus important, ou en tout cas plus intĂ©ressant. Montrer comment Dylan sâinscrit dans lâhistoire de la culture de lâhumanitĂ©, dâHo-mĂšre Ă Shakespeare en passant par Ovide, la Bible, Rimbaud, Blake, Byron et Shelley, Edgar Poe, Sleepy John Estes, Robert Johnson, Woody Guthrie, Hank Williams et Chuck Berry. Et sâil sâen inspire, comment il en fait autre chose, dâessentiel, par-faitement original, pour nous et pour toujours.
- Dylan est pour vous un nouveau âquoiâ ou âquiâ ? Shakespeare ? Le premier punk ? Un oracle ?
Une référence ? Une conscience ? Un ménestrel ?
Lâoracle de Delphes lisant les nouvelles du soir, comme lâa dit un des membres du comitĂ© Nobel. Mais ça, câĂ©tait pour la pĂ©riode couverte par A Complete Unknown et notre compa-triote TimothĂ©e. Le Shakespeare Ă©lectrique, âRimbaud sous amphĂ©taminesâ, comme ça a Ă©tĂ© Ă©crit. La conscience de lâhu-manitĂ©, si elle en avait une. Dylan is Dylan. Je pense quâil est dans la lignĂ©e des prophĂštes de la Bible pour lâĂąge atomique, le personnel assumĂ© et le fun en plus !
- Vous ĂȘtes aussi trĂšs assidu Ă ses concerts et vous lâavez vu Ă de trĂšs nombreuses reprises ? Ses spectacles sont-ils, comme on le prĂ©tend parfois, des moments Ă©sotĂ©riques rĂ©servĂ©s aux seuls initiĂ©s ? Car les broncas Ă la sortie des concerts sont nombreusesâŠ
Dylan en concert a toujours fait scandale ou créé la polĂ©mique, de Newport 1965 Ă la tournĂ©e 1978 puis Ă la pĂ©riode JĂ©sus, et interroge depuis les annĂ©es 1990. La vĂ©ritĂ©, câest que Dylan nâest pas un entertainer. Pour autant que certains veuillent chanter en chĆur âHow does it feelâ et taper dans les mains, ça nâest pas le but. Comme Miles Davis, Dylan ne âputasseâ pas avec son public. Comme Miles, il cherche tous les soirs Ă creuser ses mĂ©lodies, Ă affiner ses rythmes, Ă trouver un sens nouveau Ă ses chansons. Donc si on aime la musique, ou lâart, on ne sera jamais déçu. Câest le seul artiste au monde qui joue depuis trois ans tous les soirs la totalitĂ© de son dernier album (âMurder Most Foulâ constitue le second volet du double Rough and Rowdy Ways) et ses morceaux Ă©voluent de soir en soir rythmiquement, mĂ©lodiquement. Lors des deux concerts de la Seine musicale, fin octobre, il Ă©tait particuliĂšre-ment enjouĂ© et son interaction avec Jim Keltner passionnante, mĂȘme quand ils se rataient ! Seuls ceux qui nâessaient pas⊠Dylan considĂšre, comme Miles, que câest Ă son public de le trouver, pas Ă lui de le flatter. On va le voir comme on se rend au Rijksmuseum, au MoMA ou Ă la Fondation Vuitton, câest de lâart contemporain, mas en permanente Ă©volutionâŠ
- On sait depuis Bruce quâElvis a bousculĂ© les corps et Dylan les esprits, quelle sera la prochaine rĂ©volution du rock ? Les artistes faisant rĂ©fĂ©rence Ă Dylan sont nombreux, mais a-t-il rĂ©ellement un hĂ©ritier Ă votre avis ?
Ă part lâIA, je ne vois malheureusement pas. Les circonstances et les prĂ©occupations ont changĂ©. JâespĂšre me tromper. Dylan nâa pas dâhĂ©ritier, non, câest impossible, mais tous sont ses disciples : Lennon, Jagger, Townshend, Ray Davies, Paul Simon, Lou Reed, Neil Young, Leonard Cohen, Joni Mitchell, Marvin Gaye, Kristofferson, Stevie Wonder, Springsteen, Bowie, Tom Waits, Bob Marley, Strummer, Patti Smith, Costello, Petty, Bono, Alpha Blondy, Nick Cave, Jason Isbell, Taylor Swift, Sturgill Simpson, Zach Bryan⊠la mĂ©daille prĂ©sidentielle de la LibertĂ©, la distinction la plus haute des Ătats-Unis. Ne parlons pas de son Oscar et de son Golden Globe 2001 (pour âThings Have Changedâ), de ses onze Grammy Awards, etc. Ce serait revenir Ă la musique, le rĂ©duire Ă ses quatre trilogies, The Freewheelinâ Bob Dylan/The Times They Are A-Changinâ/Another Side of Bob Dylan, Bringing It All Back Home/Highway 61 Revisited/Blonde on Blonde, Blood on the Tracks/Desire/Street Legal, Time Out of Mind/Love and Theft/Modern Times, qui, dâĂ©vidence, MaĂźtre Assouline en votre arbre perchĂ© de #La LittĂ©raturePourTous, ne constituent pas une Ćuvre⊠Si vous nâentendez pas sa voix, celle de âLove Minus Zero/No Limitâ ou de âSad-Eyed Lady of the Lowlandsâ pour commencer doucement, câest que vous ĂȘtes sourd, et je ne parle pas lĂ que de votre conduit audi-tif gavĂ© de flatteries.
Ne perdons pas de temps Ă Ă©voquer Tarantula (McMillan & Scribner, 1971), exercice mineur bĂąclĂ© sous la contrainte dans une frĂ©nĂ©sie de cut-ups beat, ni mĂȘme lâexcellent Chronicles, vol.1 (Simon & Schuster, 2004 ; Fayard, 2005), universellement saluĂ© par la cri-tique littĂ©raire avec son style unique Ă©voquant tantĂŽt Steinbeck, Faulkner, Hemingway, tous rĂ©cipiendaires du Nobel de littĂ©rature avant lui. Procurez-vous donc Bob Dylan Lyrics 1962-1985 (Knopf, 1985), pour commencer si lâentendre vous Ă©corche les neurones.
Dylan, gagnons du temps et de lâespace, câest le Shakespeare du XXe siĂšcle. Dans ses chansons, on entendra William Blake, Percy Shelley, William Butler Yeats, Byron, Swinburne, Milton, T.S. Eliot, Robert Downing, les symbolistes français, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Apollinaire, Nerval, mais aussi Walt Whitman, Fitzgerald, la Beat Generation (Kerouac, Burroughs, Ginsberg, Corso, Snyder, etc.), les philosophes athĂ©niens (Thucydide notam-ment, son favori), les Ă©crivains russes, japonais, que certains lâaccu-seront de caviarder, mais aussi des dialogues de westerns hollywoo-diens, Chuck Berry, Gene Vincent, Hank Williams, Woody Guthrie, Jimmie Rodgers, John Lee Hooker, Robert Johnson, Charlie Patton, la Bible, omniprĂ©sente, et toute cette tradition millĂ©naire des mythes des ballades anglo-irlandaises sur laquelle Shakespeare sâappuyait pareillement. Mais surtout, on y entend Dylan, qui a rĂ©volutionnĂ© la maniĂšre dâexprimer lâintime, de questionner lâexistence, avec incandescence, distance et intĂ©gritĂ©, cherchant soir aprĂšs soir, Ă la maniĂšre de Miles Davis ou de John Coltrane, Ă trouver un sens dif-fĂ©rent, nouveau, appropriĂ©, Ă des morceaux comme âTangled Up in Blueâ, âJust Like Tom Thumbâs Bluesâ, âDesolation Rowâ, âChimes of Freedomâ, âMr. Tambourine Manâ, âItâs All Over Now, Baby Blueâ, âItâs Alright, Ma (Iâm Only Bleeding)â, âVisions of Johannaâ, âI Want Youâ, âLike a Rolling Stoneâ ou âAll Along the Watchtowerâ, comme il le faisait encore devant deux fois 80 000 personnes ces derniers jours lors du festival Desert Trip, en Californie du Sud. Et si certains de ses textes tiennent sur la page seule, ils ne lui sont pas destinĂ©s. Ils sont le vĂ©hicule dont il a besoin pour chanter, et doit donc les sou-mettre Ă ses nĂ©cessitĂ©s mĂ©lodiques, rythmiques, mĂ©triques, donner du sens au son autant quâĂ celui des mots, des rimes, de sa posture vocale et de son altĂ©ritĂ©, cette fameuse rockânâroll attitude Ă©lectrisĂ©e quâil a incarnĂ©e â et inventĂ©e â en 1965.
Je suis dâaccord, Philip Roth, Milan Kundera ou Ngugi wa Thiongâo (que jâai lu, oui, grĂące Ă Linton Kwesi Johnson qui mâa offert Wizard of the Crow, Random House, 2006) mĂ©ritent aussi leur Nobel, mais rien nâempĂȘche de le leur donner dans les annĂ©es qui viennent, ni nâempĂȘchait de leur donner auparavant, dâailleurs. Salman Rushdie, Alain Mabanckou, Joyce Carol Oates, Stephen King, Leonard Cohen, pour ne citer que ceux-lĂ , des gens dont le talent est avĂ©rĂ©, eux, se rĂ©jouissent de cette transgression du train-train du Nobel de littĂ©ra-ture quâAssouline aimerait voir attribuer, comme le Goncourt, entre copains du triptyque Lipp/Flore/Deux Magots Ă©tendu Ă la MĂ©diterranĂ©e et Ă la SociĂ©tĂ©. Need I say more?â
âIl y a dĂ©jĂ eu de nombreux ouvrages sur Bob Dylan, le seul auteur-compositeur-interprĂšte du monde de la pop Ă avoir obtenu un prix Nobel de littĂ©rature, en 2016. Dans celui-ci intitulĂ© Bob Dylan â Modern Times, Yves Bigot sâintĂ©resse au rapport de lâartiste Ă ses inspirations et rĂ©fĂ©rences culturelles issues de la poĂ©sie antique comme de la littĂ©rature moderne et des musiques populaires. Lâauteur montre lâapport que constitue la poĂ©sie chantĂ©e de Bob Dylan et resitue son Ćuvre dans lâhistoire culturelle rĂ©cente. Comme disait Leonard Cohen : « Bob Dylan est un personnage comme il nâen apparaĂźt que tous les trois ou quatre cents ans. Il reprĂ©sente et incarne toutes les plus hautes aspirations de lâĂąme humaine. »