Basse Fidélité
Philippe Dumez est un chic type. Cet homme discret vient de sortir le meilleur livre de lâannĂ©e sur la musique.
Olivier Nuc â Le Figaro
« Je me souviens que, parmi la collection de 45-tours quâune amie mâoffre, figure un disque de Nirvana un peu bizarre, genre pochette photocopiĂ©e. Quelques annĂ©es plus tard, je me rends compte que câest le pressage original du premier single du groupe. » Philippe Dumez est un insatiable Ă©couteur de disques, un Ă©cumeur de concerts et un fan par dĂ©finition. Afin de donner vie Ă ses souvenirs, il dĂ©cide de les coucher sur le papier, utilisant la mĂȘme forme fragmentaire que Georges Perec dans Je me souviens. En rĂ©sulte une compilation dâinstants de vie, des bribes de souvenirs intimes qui parlent pourtant Ă tous. Le premier vinyle achetĂ©, les concerts marquants, les concerts manquĂ©s, lâĂ©volution des formats dâĂ©coute, les bacs dâoccasions, la mort des idoles etc. Avec humour, dĂ©rision et Ă©motion, cet exercice dresse des ponts entre la mĂ©moire personnelle et collective, dĂ©montrant, sâil le faut, que la musique parle Ă tout un chacun et rassemble unilatĂ©ralement ceux quâelle fait vibrer.
Revue de presse
- Basse Fidélité AgnÚs Leglise Rock&Folk Mars 2016
- Basse Fidélité Noé Gaillard daily-books.com 12 février 2016
- Random access memories Thibaut Allemand Magic Novembre 2015
- L'indie-rock mode d'emploi. Stephane Davet Le Monde 18 décembre 2015
- Chronique du livre Basse Fidélité, de Philippe DUMEZ Gérald Petitjean ljspoplife.eklablog.fr 5 Décembre 2015
- Interview Philippe Dumez David Blot Nova Club 21 janvier 2016
- Basse Fidélité Anne-Vanessa Prévost France Culture // Les Bonnes Feuilles 28 décembre 2015
- Basse Fidélité Paskal Larsen Foutraque.com 13 janvier 2016
- Jona Lewie, se souvenir du mec Ă la cuisine dans les fĂȘtes François Gorin TĂ©lĂ©rama // Les disques rayĂ©s 23 novembre 2015
- Classements, anthologies, chronologies... Notre sélection de livres rock pour listomaniaques Hugo Cassavetti Télérama 22 décembre 2015
- La mélodie du bonheur - Nous sommes tous des Philippe Dumez ! Olivier Nuc Le Figaro 3 décembre 2015
- Sélection fin d'année - mélomaniaque JérÎme Provençal Les Inrockuptibles 25 novembre 2015
- Hourrah Gorey ! - Lecture Richard Gaitet Radio Nova // Nova Book Box 19 novembre 2015
Basse FidĂ©litĂ© est une version enrichie et remodelĂ©e de 39 Ans 1/2 pour tous sorti en 2011 chez In My Bed, construit de chroniques commençant par âJe me souviensâ. Philippe Dumez raconte ses souvenirs Ă la premiĂšre personne, ses instants de vie liĂ©s Ă sa passion pour la musique. Disques, concerts, rencontres, rĂ©flexions diverses, tout est relatĂ© dans lâhumeur et lâhumour avec un regard plus intĂ©ressĂ© par le dĂ©tail, le poil Ă gratter, la petite tĂąche qui coule, le bouton mal placĂ©. Philippe Dumez nâa pas dĂ©couvert cette façon dâĂ©crire avec le livre Je me souviens de Georges Perec, mais en lisant Je me souviens du rock de Gilles Verlant. A noter que Georges Perec sâĂ©tait inspirĂ© du I Remember de lâĂ©crivain amĂ©ricain Joe Brainard. Avec une belle Ă©criture Ă la fois lĂ©gĂšre, pop et Ă©rudite, proche du vĂ©cu de chacun (pour les fans de musique indĂ© en particulier), les souvenirs de Philippe Dumez nous parlent immĂ©diatement. PassionnĂ© jusquâĂ lâobsession, il raconte ses achats de vinyles puis de CD, jusquâĂ ses ventes intĂ©grales de vinyles, CD et t-shirts, pour faire le vide le temps dâun instant, car le besoin dâempiler reprend vite fait le dessus. A travers ses chroniques, câest toute la pĂ©riode musicale des annĂ©es 80, 90 et 2000 qui dĂ©file sous nos yeux. Des noms de groupes quâon avait oubliĂ© qui ressurgissent dans notre mĂ©moire, comme si tout sâĂ©tait passĂ© la veille. On prend un malin plaisir Ă dĂ©vorer ses instants de vie. Ce livre est un bon mĂ©dicament pour nous rassurer que lâon est pas seul Ă ĂȘtre boulimique de la musique. Bref, si vous voulez passer du bon temps, ce livre est un bon remĂšde, un anti-dĂ©prime.
Les lecteurs de ces pages en conviendront, notre mĂ©moire joue un rĂŽle immense dans nos histoires personnelles dâamour avec le rock. Les disques quâĂ©coutaient nos parents, nos premiers albums, les bons ou les mauvais concerts, les morceaux sur lesquels on a dansĂ© comme ceux sur lesquels on a distillĂ© les pires cafards ne sâoublient jamais. Cette fidĂ©litĂ©-IĂ , dĂ©jĂ cĂ©lĂ©brĂ©e dans le dĂ©licieux âHigh Fidelityâ de Nick Hornby, est ici aussi hautement revendiquĂ©e et loin, malgrĂ© son titre âBasse FidĂ©litĂ©â, dâĂȘtre Ă bas bruit. Car Dumez, auteur prolixe et blogueur gĂ©nĂ©reux, enthousiaste amateur, tombant littĂ©ralement amoureux de groupes comme dâautres le sont de filles, fan successif et cumulatif de dizaines de musiciens, Dumez, en grand obsessionnel, nâĂ©chappe Ă©videmment jamais Ă sa folie et sa vie toute entiĂšre en montre la grande influence. InspirĂ© par le cher Gilles Verllant, lui-mĂȘme inspirĂ© du grand PĂ©rec â qui nâen avait mĂȘme pas eu lâidĂ©e le premier, nous apprend-il â il a repris ce cĂ©lĂšbre principe du souvenir Ă©grainĂ©, sans contexte, sans stricte chronologie et nous entraĂźne, au fil des rĂ©surgences, visiter les traces profondes de sa riche vie musicale. Anecdotes personnelles sâentremĂȘlent ainsi avec des considĂ©rations technico-sentimentales sur la vie des cassettes ou le son pourri des disques de Joy Division, le collectionneur y converse avec le jeune fan quâil fut quand il rĂ©vait dâĂȘtre Philippe Manoeuvre (sic), le pĂšre de famille avec lâamateur frustrĂ© de demi-bibliothĂšques Billy, le danseur clopinant sur les dancefloors avec le fouineur aux genoux usĂ©s pour avoir trop fouillĂ© dans des bacs de disques bon marchĂ© sous les tables des conventions. Le truc bien câest que la plupart de ces souvenirs-lĂ , dĂ©risoires ou essentiels, sont aussi les nĂŽtres : tout amateur de musique a connu les mĂȘmes interrogations sur le sens de pochettes mystĂ©rieuses, les mĂȘmes joies en dĂ©couvrant un disque rare, les mĂȘmes incertitudes sur lâavenir dâun musicien ou dâun genre et la mĂȘme stupĂ©faction devant le succĂšs ou lâinsuccĂšs dâun groupe chĂ©ri ou dĂ©testĂ©. Ajoutez Ă ce cocktail, lâhumour, lâexpertise, le style et une putain de bonne mĂ©moire et vous comprendrez aisĂ©ment pourquoi ce livre est un tel dĂ©lice de charme et dâingĂ©nue rĂ©gression et comment cette vie filtrĂ©e par le prisme de la musique constitue un subtil roman dont nous sommes tous les hĂ©ros.
Un vieux slogan de 68 stipule « Il est interdit dâinterdire »⊠On ne peut donc interdire Ă quelquâun dâutiliser un mot ou une formule telle que « je me souviens » mais il me semble que lâutiliser Ă la maniĂšre de celle « inaugurĂ©e » par Georges PĂ©rec mĂ©riterait dâĂȘtre signalĂ©. Or ici je nâai trouvĂ© nulle trace dâun quelconque souvenir de Georges PĂ©rec et encore moins de Serge Valletti (qui lui Ă propos de ses « Je mâen rappelle » nâoubliait pas lâĂ©crivain).
Le principe est simple : dresser le portrait dâune Ă©poque, dâun sujet au travers dâune sĂ©rie de « je me souviens » sensĂ©s en rendre compte. Philippe Dumez, Ă travers six chapitres, trace le portrait de sa relation Ă la musique. Et je suis prĂȘt Ă parier que beaucoup de lecteurs se souviendront avoir partagĂ© les mĂȘmes Ă©motions. Avant de vous donner quelque exemples, je veux signaler que vous trouverez au moins deux types de « je me souviens », ceux qui concernent directement lâauteur et ceux qui concernent plus directement la musique.
FlorilÚge et Chapitres pour vous donner une idée (mes choix sont totalement arbitraires)
Les annĂ©es vinyle : Je me souviens que dans la jungle, le lion est mort ce soir et quâHenri Salvador chante ça dâun air presque guilleret. Le Salvador, terre de contrastes.
Les annĂ©es laser : Je me souviens que Bernard Lenoir prend un malin plaisir Ă matraquer « Kill your television » du groupe anglais Nedâs Atomic Dustbin : la radio, Ă lâaube des annĂ©es quatre-vingt-dix, nâa pas baissĂ© les bras.
Le retour inattendu des annĂ©es vinyle : Je me souviens dâun artiste amĂ©ricain comparant Catherine Ribeiro + Alpes Ă du Brigitte Fontaine accompagnĂ©e par Pink Floyd. Jâen achĂšte un par hasard, et je constate quâil nâa pas complĂštement tort. Comme quoi les AmĂ©ricains connaissent mieux nos bacs dâoccasion que nous.
Les annĂ©es MP3 : Je me souviens de tous les substituts de new wave sur lesquels je me jette Ă corps perdu : Junior Boys, Chromatics, Dsire, Superpitcher⊠Jâadore les groupes Canada Dry.
Le retour encore plus inattendu des annĂ©es laser : Je me souviens du jour de la disparition dâAmy Winehouse comme du jour de la disparition de Jeff Buckley ou de Kurt Cobain. Au XXIe siĂšcle comme au XXe, lâinĂ©luctable a toujours de beaux jours devant lui.
Les annĂ©es streaming : Je me souviens de Frank Fairfield, le sosie amĂ©ricain du jeune Georges Brassens, qui prend un malin plaisir Ă dĂ©poussiĂ©rer des musiques obsolĂštes : bluegrass, cajun, musette. Ses disques devraient ĂȘtre Ă©ditĂ©s en 78 tours.
Bonne écoute.
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Une collection de disques en rĂ©vĂšle toujours plus sur soi que tous les beaux discours. Partant de ce principe, de nombreux mĂ©lomanes se sont racontĂ©s Ă travers leurs Ă©tagĂšres. Ces jours-ci deux auteurs en particulier se livrent et content lâhistoire de la pop moderne Ă travers leurs (petites) histoires dâauditeurs.
PHILIPPEDUMEZ est lâauteur de fanzines (Plus Jamais Malade En Auto), de nombreux blogs (citons Les Ăcumeurs sur Tumblr) et de _39 Ans 1/2 PourTous_(2011), recueil de souvenirs contĂ©s en quelques lignes, inspirĂ© par le procĂ©dĂ© de Georges Perec dans _Je Me Souviens_(1978). Des concerts, des disques, la dĂ©saffection du vinyle et le retour de la cire. Une adolescence. Une vie, en fait.
Sans hiĂ©rarchie apparente, Dumez Ă©voque des oeuvres, des chansons, abat des monuments (Bob Dylan par exemple) ou rĂ©habilite des rĂ©ussites mĂ©connues â on partage sans rĂ©serve son avis sur Trans_(1982) de Neil Young. Dâessence volatile, les souvenirs se mĂȘlent Ă dâautres, ne se narrent pas toujours de la mĂȘme façon, et câest pourquoi Dumez (un pseudonyme au fait) propose une Ă©dition rĂ©visĂ©e de cet ouvrage Ă©puisĂ© et aujourdâhui rebaptisĂ© _Basse FidelitĂ©_- clin dâoeil Ă©vident Ă Nick Hornby. OĂč lâon croise Silvain Vanot, Guided By Voices, Pelle Carlberg et⊠des _tote bags.
A la croisĂ©e de Georges Perec et de Nick Hornby, Basse fidĂ©litĂ© de Philippe Dumez Ă©grĂšne des fragments de souvenirs, scandĂ©s Ă chaque paragraphe par un « Je me souviens » empruntĂ© Ă lâauteur de La Vie mode dâemploi. Il dresse un autoportrait de fan de musique pop, tendance « pervers polymorphe », petit frĂšre français du hĂ©ros de Haute FidĂ©litĂ©, un des best-sellers du romancier britannique.
Longtemps rĂ©dacteur de fanzines singuliers. critique rock occasionnel et toujours blogueur impĂ©nitent (Les Ă©cumeurs). Dumez avait « auto-produit » une premiĂšre version de ce livre, 39 ans 1/2 pour tous (aujourdâhui retravaillĂ©e) augmentĂ© de chapitres bonus et distribuĂ© Ă une plus large Ă©chelle par un Ă©diteur, Le Mot et le reste, au catalogue aussi prĂ©cieux (Girl in a Band de Kim Gordon, Wild Tales de Graham Nash, Music Sounds Better With You de RaphaĂȘl Malkln ⊠) que ceux des labels discographiques lndĂ©pendants vĂ©nĂ©rĂ©s par ce mĂ©lomaniaque.
EntremĂȘlant biographie, obsessions et coups de coeur musicaux, Dumez fait ressurgir dĂ©tails et mĂ©lodies du quotidien arrachĂ©s inconsciemment de lâoubli ou semblait les avoir condamnĂ©s leur insignifiance. Loin des jugements sentencieux des professionnels de la critique, ces rĂ©miniscences dessinent avec une subjectivitĂ© assumĂ©e et une drĂŽlerie, la bande-son dâune vie et dâune esthĂ©tique (celle de lâindie-rock des annĂ©es post-punk). Tout en donnant envie de réécouter- ou de dĂ©couvrir â Guided by Voices, Trisomie 21 ou The Chameleons, ces bouffĂ©es nostalgiques Ă©voquent une gĂ©nĂ©ration pour qui cette musique nâest plus synonyme dâĂ©mancipation collective, mais de repli intime et de petits tas de secrets.
Basse FidĂ©litĂ©, de Philippe DUMEZ, est assurĂ©ment un des meilleurs livres de lâannĂ©e 2015, et probablement un des meilleurs livres sur la musique. Ici, pas dâĂ©rudition plombante, pas de technicitĂ© assommante. Non. Juste lâessentiel : des souvenirs, plus ou moins prĂ©cis, plus ou moins flous, de moments musicaux et des fragments dâintime emmĂȘlĂ©s, rĂ©digĂ©s Ă la premiĂšre personne, Ă la façon de PĂ©rec dans « Je me souviens ».
Ce livre parle Ă tous les fans de musique en gĂ©nĂ©ral et de pop indĂ© en particulier, en soulignant avec humour, autodĂ©rision, et aussi beaucoup dâĂ©motion, le lien obsessionnel avec un style de musique, un groupe ou un artiste (Dominique A et Daniel Johnston entre autres), et en faisant ressentir de maniĂšre trĂšs juste les caractĂšres magique et quasi sacrĂ© des concerts.
Parmi les fans de pop indĂ©, les quadras, comme moi, auront lâimpression de lire un peu de leur propre histoire : les souvenirs dâenfance liĂ©s Ă Chantal Goya ou Ă Dave, lâĂ©ducation musicale faite par Bernard Lenoir Ă la radio ou par Les Inrockuptibles en version mensuelle, les questions mĂ©taphysiques sur lâachat dâune premiĂšre paire de Creepers Ă plus de 40 ans, la quĂȘte sans fin et probablement vaine de nouvelles Ă©tagĂšres pouvant supporter la collection de disques Ă lâexpansion incontrĂŽlĂ©e et probablement incontrĂŽlable.
« Basse FidĂ©litĂ© » est aussi un hommage au temps long, aujourdâhui si dĂ©modĂ© par internet et les plateformes de streaming : lâattente de la sortie dâun album, presque aussi importante que la premiĂšre Ă©coute ; la recherche dâun album ou dâune chanson, Ă©coutĂ©s il y a longtemps, et dont on ne connaĂźt parfois pas le titre ni le nom de lâartiste ; le suivi fidĂšle dâun groupe pendant plusieurs annĂ©es, avec des phases dâenthousiasme et dâautres de lassitude. Un temps long et une attente qui nous permettent de graver, mĂȘme de façon imparfaite, des sillons dans notre mĂ©moire, de fabriquer et de patiner des souvenirs. A lâopposĂ© de la haute fidĂ©litĂ© numĂ©rique et de lâimmĂ©diatetĂ© dâinternet qui nous condamnent Ă la saturation, Ă la paresse, au bruit de fond perpĂ©tuel, et finalement Ă lâoubli.
Extraits :
« Je me souviens de la sortie de âHaute FidĂ©litĂ©â de Nick Hornby. Ce nâest pas un grand roman, mais câest par contre un grand message adressĂ© Ă tous les fans de musique tendance « pervers polymorphes » dont je fais partie : vous nâĂȘtes plus seuls. »
« Je me souviens de Daniel Johnston, accompagnĂ© par un groupe composĂ© de fans, rendant enfin justice Ă son rĂ©pertoire lors dâun concert qui ne ressemble pas pour une fois Ă un supplice. Il mâaura fallu quinze ans pour voir un bon concert de Daniel Johnston, mais je pourrai dire : jây Ă©tais. »
« Je me souviens des Black Sessions, concerts organisĂ©s dans le cadre de lâĂ©mission de Bernard Lenoir sur France Inter qui ont lâavantage de tenir pile sur une face de cassette audio de quatre-vingt-dix minutes. »
« Je ne me souviens pas du premier fichier mp3 que jâai tĂ©lĂ©chargĂ©. Contrairement Ă mon premier 45-tours, ça fait longtemps que je lâai perdu. »
Un dernier point pour finir cette chronique : bravo et merci aux Ă©ditions Le Mot Et Le Reste (http://lemotetlereste.com/mr) qui, en 2015, ont encore sorti de magnifiques livres sur la musique pop : « Le Renoncement de Howard Devoto » de Benjamin Fogel, « Indie Pop 1979 â 1997 » de Jean-Marie POTTIER, et bien sĂ»r « Basse FidĂ©litĂ© » de Philippe DUMEZ ».
On vous conseille aussi dâaller faire un tour sur le blog de Philippe DUMEZ, « Les Ăcumeurs » (http://lesecumeurs.tumblr.com/), galerie de portraits de passionnĂ©s de musique et de concerts.
Retrouvez cette chronique sur le site de Little johnâs Pop Life
Ce jeudi, David Blot se plongeait dans les souvenirs du collectionneur, journaliste, photographe et Ă©crivain Philippe Dumez, auteur de Basse fidĂ©litĂ© publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste. Dans ce livre, cet Ă©cumeur de concerts revient sur les souvenirs de sa vie de âfanâ et couche sur papier les mille et une anecdotes de sa vie :
âJe me souviens du soir oĂč Bernard Lenoir prend lâantenne en diffusant le morceau dâun complet inconnu : « Va tâen » de Dominique A. Il est obligĂ© de le rediffuser Ă la fin de lâheure devant le raz-de-marĂ©e provoquĂ©.â
Jean Rouzaud se chargeait dâintroduire ce moment de dĂ©licieuse nostalgie.
Chaque jour, un auteur lit les premiĂšres pages de son dernier livre. Aujourdâhui, il sâagit de Philippe Dumez qui lit les premiĂšres pages de son livre.
âParfois, un marchĂ© secret se conclut entre lâauteur et le lecteur dĂšs le premier paragraphe, Ă lâinsu des personnages qui ignorent que lâauteur et son lecteur Ă©changent un clin dâoeil amusĂ© derriĂšre leur dosâ. Amos Oz, LâHistoire commence (Ă©ditions Calmann-Levy)
Réécouter lâĂ©mission sur le site de France Culture
Basse FidĂ©litĂ© est une version enrichie et remodelĂ©e de_ 39 ans œ pour tous_ sorti en 2011 chez In My Bed (1). Comme jâai chroniquĂ© ce livre ici , je vous laisse dĂ©couvrir qui est lâauteur Philippe Dumez.
Basse FidĂ©litĂ© est construit de chroniques qui commencent par « Je me souviens ». Philippe Dumez raconte ses souvenirs Ă la premiĂšre personne, ses instants de vie liĂ©s Ă sa passion pour la musique. Disques, concerts, rencontres, rĂ©flexions diverses, tout est relatĂ© dans lâhumeur et lâhumour avec un regard plus intĂ©ressĂ© par le dĂ©tail, le poil Ă gratter, la petite tache qui coule, le bouton mal placĂ©. Les chroniques sont rĂ©parties en 6 chapitres : Les annĂ©es vinyle, Les annĂ©es laser, Le retour inattendu des annĂ©es vinyle, Les annĂ©es MP3, Le retour encore plus inattendu des annĂ©es laser et Les annĂ©es streaming.
Philippe Dumez nâa pas dĂ©couvert cette façon dâĂ©crire ces chroniques en lisant le livre Je me souviens de Georges Perec, mais en lisant Je me souviens du rock de Gilles Verlant (chronique page 127). Ă noter que Georges Perec câĂ©tait inspirĂ© du livre I Remember de lâĂ©crivain amĂ©ricain Joe Brainard.
Avec une belle Ă©criture Ă la fois lĂ©gĂšre, pop et Ă©rudite, proche du vĂ©cu de chacun (pour les fans de musique indĂ© en particulier), les souvenirs de Philippe Dumez nous parlent immĂ©diatement. PassionnĂ© jusquâĂ lâobsession, il raconte ses achats de vinyles puis de CD, jusquâĂ ses ventes intĂ©grales de vinyles, CD et t-shirts, pour faire le vide le temps dâun instant, car le besoin dâempiler reprend vite fait le dessus. Ă travers ses chroniques, câest toute la pĂ©riode musicale des annĂ©es 80, 90 et 2000 qui dĂ©filent sous nos yeux. Des noms de groupes quâon avait oubliĂ© qui ressurgissent dans notre mĂ©moire, comme si tout câĂ©tait passĂ© la veille. On prend un malin plaisir Ă dĂ©vorer ses instants de vie. Fan de musique depuis notre adolescence, on se sent moins seul, moins malade, face Ă notre passion dĂ©vorante avec des achats convulsifs de disques (notamment pendant les soldes) et dans le besoin dâĂ©cumer des concerts plusieurs jours par semaine. Ce livre est un bon mĂ©dicament pour nous rassurer que lâon est pas seul Ă ĂȘtre boulimique de la musique. Bref, si vous voulez passer du bon temps, ce livre est un bon remĂšde, un anti-dĂ©prime.
(1) La dĂ©marche de cette réévaluation est prĂ©cisĂ©e Ă la fin du livre : « Je me souviens, cinq ans aprĂšs la sortie de 39 ans et œ pour tous, avoir ressenti le besoin de retailler dans ce livre exactement comme jâai retaillĂ© dans ma collection de disques : en enlevant le trop et en rajoutant le mieux. Cette Ă©dition remastĂ©risĂ©e selon des normes Ă mĂȘme de sĂ©duire les les plus exigeants fait donc figure dâĂ©dition dĂ©finitive. DĂ©finitive, bien entendu, jusquâĂ la prochaine. »
Lire la chronique sur le site Foutraque
Je me souviens de nâavoir jamais lu le livre de Georges Perec portant ce titre. Je me souviens quâun soir Ă la tĂ©lĂ©, jâai vu un extrait du spectacle oĂč Sami Frey pĂ©dalait sur un vĂ©lo fixe en rĂ©citant le texte de Perec. Je me souviens dâavoir trouvĂ© ça ridicule. Je me souviens dâavoir lu jusquâau bout un petit ouvrage autoproduit sur le mĂȘme principe que celui de Perec. Il sâappelait 39 ans 1/2 pour tous et le fait que jâen connaisse lâauteur nâĂ©tait pas la seule raison de cette performance. Philippe Dumez a profitĂ© de la formule pour faire au moins deux choses intĂ©ressantes : se dĂ©crire dans des situations peu flatteuses, ce qui nâest pas le cas de tous les romanciers autofictionnels ; assumer toutes ses fautes de goĂ»t, ce que sâinterdisent les critiques professionnels. Je me souviens dâavoir pensĂ© en le lisant que la critique rock aurait toujours dĂ» rester un truc dâamateurs â Ă©clairĂ©s, ça va de soi â, puis je suis retournĂ© au turbin. Ces jours-ci paraĂźt en librairie Basse FidĂ©litĂ©, par Philippe Dumez. Câest 39 ans 1/2 pour tous sous un nouvel habit, remixĂ©, augmentĂ©, chapitrĂ© mĂȘme. Je ne me souviens pas assez de ma lecture de lâancien pour savoir si le nouveau lui est radicalement supĂ©rieur. Bien peu de ses lecteurs se souviendront, je crois, que lâauteur a confondu Sting avec Mark Knopfler Ă la page 26. Je ne comprendrai jamais sa passion pour The Chameleons, mais je lui suis au moins reconnaissant de mâavoir incitĂ© Ă réécouter une chanson de Jona Lewie que jâai toujours trouvĂ© fort sympathique : âYouâll Always Find Me In The Kitchen At Partiesâ. Le titre en est long mais lâargument plutĂŽt simple. Il sâagit dâun type qui nâa pas de chance avec les filles et se retrouve Ă la cuisine dans les soirĂ©es, jusquâau jour oĂč il en rencontre une avec qui il bavarde, rigole, et danse in a new way. Alors il sort de la cuisine. Jona Lewie Ă©tait un peu le Dean Martin du pub-rock, il est devenu lâexcentrique anglais de la pop vaguement new wave.
Ă suivre
Lire le billet sur le blog de François Gorin
Les livres musicaux se dĂ©clinent souvent sous forme de listes forcĂ©ment plus subjectives quâobjectives. SĂ©lection parmi les derniĂšres parutions.
Lâamateur de rock, en particulier, est friand de listes : playlists thĂ©matiques, anthologies exhaustives de lâĆuvre plĂ©thorique de certains artistes, classements conventionnels ou subjectifs en tous genres (les 100 meilleurs ci ou meilleurs ça), recueils commĂ©moratifs institutionnels ou individualistes⊠Dans la marĂ©e dâouvrages consacrĂ©s Ă la musique populaire (un vertigineux phĂ©nomĂšne dâĂ©dition qui conduit la majoritĂ© des publications vers les solderies ou le pilon), en voici cinq, parus rĂ©cemment, qui pourraient combler lâinĂ©vitable listomaniaque qui sommeille en vous ou sĂ©vit dans votre entourage.
[âŠ]
Le plus savoureusement nombriliste
Le systĂšme de PĂ©rec peut paraĂźtre convenu ou usĂ© mais, mĂȘme sâil est loin dâĂȘtre le premier Ă lâavoir repris, le maniaco affectif Philippe Dumez en a depuis longtemps fait un exercice bien Ă lui que les habituĂ©s Ă ses confidentielles auto-fictions connaissent bien : les confessions dâun obsessionnel gravement atteint par le virus de la collectionnite et de la quĂȘte sans fin de mesurer lâĂ©motion que lui procurerait le moindre artiste pop, rock ou autre existant ou ayant existĂ©. Mince programme que le garçon devenu homme mĂ»r (quoique) a recensĂ© dans une suite de courts textes, sur le mode consacrĂ© du souvenir aussi fugace quâindĂ©lĂ©bile, les innombrables Ă©mois associĂ©s Ă la musique qui ont jalonnĂ© sa vie, du jour de sa naissance (le mĂȘme que Jean Ferrat ou RĂ©gine, la mĂȘme annĂ©e que la fin du Velvet Underground), jusquâĂ sa dĂ©couverte tardive, Ă 44 ans (aujourdâhui, donc) du premier album de Dylan qui le sĂ©duit (la BO quasi instrumentale de Pat GarrettâŠ). Entre les deux, des centaines dâinstantanĂ©s, ponctuĂ©s par lâĂ©volution des supports et des modes de consommation (vinyle, cassette, CD, MP3, re-vinylâŠ), liĂ©s Ă des disques, des concerts, des rencontres, des dĂ©ceptions ou des rĂ©vĂ©lations qui, Ă un moment ou Ă un autre, feront sens, rejoindront une expĂ©rience ou une Ă©motion partagĂ©es par le lecteur, pour peu quâil soit aussi contaminĂ© par le sujet que lâauteur.
Voir la sélection sur le site de Télérama
Philippe Dumez est un chic type. Cet homme discret vient de sortir le meilleur livre de lâannĂ©e sur la musique. Pourtant, ce passionnĂ© nâa pas besoin de se draper des oripeaux du spĂ©cialiste pour nous captiver dĂšs la premiĂšre ligne de son savoureux Basse fidĂ©litĂ©. Pas de liste des meilleurs disques Ă Ă©couter lorsque vous aurez le temps, foin de trĂ©sors cachĂ©s connus comme des secrets de Polichinelle dans sa prose. Lâauteur nâest pas un encyclopĂ©diste, mĂȘme pas un wikipĂ©diste ni encore un spĂ©cialiste, puisquâil ne parle ici que de lui-mĂȘme. De lui et, par extension, de nous. Chacune de ses Ă©vocations de boulimique de musique fait mouche. Cet ouvrage modeste et Ă©rudit, construit Ă la façon dâun inventaire Ă la Perec, illustre lâadage selon lequel on nâest jamais aussi universel que lorsquâon parle de soi.
[âŠ]
Lâarticle dâOlivier Nuc en intĂ©gralitĂ©
Façon Perec (Georges, pas Marie-JosĂ©) et puzzle 5000 piĂšces, le lĂ©gendaire scripte (fanzine et blogueur) Philippe Dumez glane, ordonne et dĂ©roule le film de a vie qui sâavĂšre ĂȘtre un disque (ou un MP3, ou un concert, ou un vieux t-shirt de groupe)! Vitaux ou dĂ©risoires, tendres et drĂŽles, ses souvenirs de quadra mĂ©lomaniaque (on en partage un certain nombre) dessinent un autoportrait Ă la fois intime et Ă©pique. Indi(e)sensible.
Richard Gaitet lit un extrait de lâouvrage Ă lâantenne et en musique Ă 2h19.
Ăcoutez lâĂ©mission sur le site de Radio Nova