Alan Stivell
Un livre au cĆur dâune aventure musicale unique⊠Une tranche de vie fondamentale.
Philippe KrĂŒmm, Trad magazine
Alan Stivell est Ă lâorigine dâune formidable modernisation de la musique bretonne (et celtique) quâil a su ouvrir sur le folk, le rock, lâĂ©lectro, et les musiques trad du monde entier. Chanteur, compositeur, multi-instrumentiste exigeant, concepteur de harpes, dĂ©fenseur infatigable de la poĂ©sie, de la culture et de la langue bretonnes, il a su Ă la fois sâenraciner et sâouvrir sur lâuniversel. Son succĂšs, qui a initiĂ© dans les annĂ©es soixante-dix une vĂ©ritable « vague », est devenu planĂ©taire et a suscitĂ© de nombreuses vocations de nouveaux musiciens et mĂȘme de luthiers. Avant et avec dâautres, il a contribuĂ© Ă valoriser la Bretagne et a donnĂ© envie Ă beaucoup de (re)dĂ©couvrir son histoire et sa culture. De nombreuses anecdotes Ă©maillent ce travail qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© de prĂ©cieuses informations communiquĂ©es par Alan Stivell et par les tĂ©moins de son parcours, privĂ© comme professionnel, tout au long de sa rĂ©daction.
Revue de presse
- Alan Stivell Bretons Hors-Série printemps 2018
- Alan Stivell par Laurent Bourdelas Jean-Guilaume Lanuque Big Bang Février 2018
- Alan Stivell par Laurent Bourdelas Maiwenn Raynaudon-Kerzerho BRETONS Février 2018
- Tout Alan Stivell Le Populaire du Centre 26 décembre 2017
- Interview Laurent Bourdelas AnnaĂŻck Demars France 3 Limousin 2 janvier 2018
- Interview de Laurent Bourdelas Véronique Henry France Bleu Limousin // Les Spécialistes 19 décembre 2017
- Interview de Laurent Bourdelas - Ils sont fous ces bretons Axel Perret France Bleu Breizh 8 décembre 2017
- Alan Stivell, la biographie de Laurent Bourdelas Hervé Devallan Bretagne Actuelle 27 novembre 2017
- Fan dâAlan Stivell, il devient son biographe LĂ©a Duperrin Ouest-France 25 aoĂ»t 2017
LâĂ©crivain et poĂšte Laurent Bourdelas est lâinvitĂ© dâhonneur de la FĂȘte de lâhuĂźtre, dimanche. Il dĂ©dicacera le livre quâil a consacrĂ© Ă Alan Stivell dont il est fan depuis 1974.
Quâest ce qui pousse un Limousin Ă Ă©crire une biographie dâAlan Stivell ?
Je suis de Limoges et je vis Ă Limoges, oĂč je suis professeur dâhistoire-gĂ©ographie. Je suis docteur en histoire mĂ©diĂ©vale et jâĂ©cris des livres dâhistoire et aussi de la poĂ©sie⊠Depuis tout petit, jâai passĂ© mes vacances Ă Port-Louis, et jây ai trouvĂ© lâinspiration. Mais mon intĂ©rĂȘt pour la culture bretonne date de ma rencontre avec Alan Stivell et sa musique. Ce fut une vraie rĂ©vĂ©lation. En 1974, jâĂ©tais Ă Lorient pour le Festival interceltique oĂč il sâest produit. Jâavais seulement 14 ans. Mais Ă partir de lĂ , jâai commencĂ© Ă me passionner pour tout ce qui Ă©tait breton : musique, culture, mouvements politiques, Plogoff, etc..
Comment sâest faite la rencontre avec le musicien breton ?
En 2012, jâai vraiment eu envie dâĂ©crire sa biographie. Jâai pris contact avec lui. Il sâest dâabord montrĂ© froid et rĂ©ticent, pas intĂ©ressĂ© : « On a racontĂ© tellement de bĂȘtises Ă mon sujet. » Jâai malgrĂ© tout commencĂ© Ă travailler, cherchĂ© des documents, trouvĂ© des informations sur sa famille maternelle dâorigine ukrainienne⊠Finalement, Alan Stivell mâa pris au sĂ©rieux et jâai eu le feu vert pour toutes les informations : par lui, ses frĂšres, sa famille, son entourage professionnel. Câest la seule vĂ©ritable biographie complĂšte et il lâa approuvĂ©e. Le livre est finalement sorti en novembre 2017 aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Quels sont vos liens avec Alan Stivell ?
Nous avons nouĂ© des liens dâamitiĂ©. En 2015, il mâa fait lâhonneur de mettre en musique et interprĂ©ter un de mes poĂšmes tirĂ© du recueil Amer et profond sillon ; la chanson est intitulĂ©e âPurple Moonâ ; elle est en français. Nous nous rencontrons aujourdâhui par exemple Ă lâoccasion du Festival interceltique, auquel je suis fidĂšle annĂ©e aprĂšs annĂ©e. Je sĂ©journe Ă Sainte-HĂ©lĂšne pendant lâĂ©tĂ© depuis plusieurs annĂ©es.
Dimanche 19 aoĂ»t, je serai prĂ©sent Ă la FĂȘte de lâhuĂźtre que je connais bien et qui fait vivre la culture bretonne. Je serai heureux de prĂ©senter et dĂ©dicacer la biographie dâAlan Stivell qui a initiĂ© le renouveau celtique.
Retrouvez lâentretien sur le site de Ouest-France
Ăcrite par un professeur dâhistoire limougeaud, fan dâAlan Stivell, cette biographie retrace lâitinĂ©raire de ce Breton de Paris, tombĂ© amoureux de la harpe fabriquĂ©e par son pĂšre, qui va rĂ©volutionner la musique bretonne, entraĂźnant avec lui le revival de tout un pays.
Laurent Bourdelas, qui avait dĂ©jĂ , en 2012, livrĂ© une premiĂšre biographie dâAlan Stivell aux Ă©ditions _Le TĂ©lĂ©gramme (curieusement jamais Ă©voquĂ©e, mĂȘme en bibliographie), lâa retravaillĂ©e afin de proposer un aperçu trĂšs descriptif, mais factuellement trĂšs complet, de la carriĂšre de ce Breton internationaliste. Il faut dire que le biographe a Ă©troitement collaborĂ© avec lâartiste, en totale opposition Ă la dĂ©marche dâun Philippe Gonin pour Magma. A dĂ©faut dâune vraie rĂ©trospective que Big Bang publiera peut-ĂȘtre un jour (trois chroniques furent toutefois proposĂ©es entre 1995 et 2002, dans nos n°12, 26 et 49), voilĂ une excellente porte dâentrĂ©e afin de dĂ©couvrir la discographie dâun artiste pleinement inscrit dans lâesprit des musiques progressives.
AprĂšs un rappel sur les efforts de renaissance culturelle et musicale dĂ©ployĂ©s tout au long du XXe siĂšcle, le rĂ©cit se centre sur les Cochevelou, le vĂ©ritable patronyme dâAlan Stivell (par sa mĂšre, ses origines plongent vers lâempire russe). Câest son pĂšre, en effet, qui fabriqua la harpe celtique que son fils, nĂ© en 1944, allait rendre si cĂ©lĂšbre. Sa carriĂšre dĂ©bute dĂšs la fin des annĂ©es 1950, entre spectacles et enregistrements studio dans un registre de musique traditionnelle. TrĂšs vite se distingue son goĂ»t du mĂ©tissage, lui qui Ă©coute Ă©galement du jazz et du rock (les premiers King Crimson semblent lâavoir particuliĂšrement marquĂ©), et son projet visant Ă moderniser lâutilisation de la harpe. Il est en particulier trĂšs influencĂ© par la dĂ©marche du folk amĂ©ricain, et manifeste Ă©galement un engagement politique appuyĂ© (en faveur de lâautonomie bretonne, mais Ă©galement du socialisme et du tiers-monde). Son pseudonyme de Stivell â source jaillissante â apparaĂźt en 1966, et Ă partir de son album Reflets (1970), la harpe se mĂȘle Ă la guitare et Ă lâorgue Ă©lectriques.
Avec le concert de lâOlympia en 1972, câest le dĂ©but dâun large succĂšs populaire, et dâune vague portant le renouveau de lâidentitĂ© bretonne. Dans le groupe qui lâaccompagne sur scĂšne, on trouve dâailleurs Gabriel Yacoub, futur fondateur de Malicorne, et Dan Ar Braz, lui aussi promis Ă une belle carriĂšre. Les expĂ©riences suivantes dâAlan Stivell confirmeront cette transversalitĂ©, que ce soit lâincorporation du mellotron dans sa musique (lâalbum Chemins De Terre, 1973), lâallongement de certains titres (un quart dâheure pour un poĂšme mis en musique sur Trema ân lnis, 1976) ou le Live Ă Dublin (1975, vĂ©ritable modĂšle de fusion entre tradition et Ă©lectricitĂ©). Il est Ă noter Ă©galement que certains des musiciens avec lesquels il collabora sont issus, Ă des degrĂ©s divers, du courant zeuhl : le guitariste Marc Perru, ancien des Cruciferius, groupe prĂ© Magma de Christian Vander, Klaus Basquiz, Jannick Top et Claude Engel sur le disque Terre Des Vivants (1981). Mais dans son entourage, on trouve Ă©galement, durant les annĂ©es 1970 des musiciens de Soft Machine ou de Gryphon. Enfin, il convient de signaler sa proximitĂ© avec Kate Bush, qui en plus dâapprĂ©cier sa musique, lâinvita sur son album de 1989 The Sensual World.
LâapogĂ©e de ses recherches progressives, câest la Symphonie Celtique de 1980, prĂ©curseur parmi dâautres de la world music, et qui contient certains des plus beaux thĂšmes instrumentaux de lâartiste. Autre sommet, une dizaine dâannĂ©es plus tard, The Mist Of Avalon, adaptation plus prog-pop des romans arthuriens de Marion Zimmer Bradley, Les Brumes dâAvalon (oĂč Kate Bush aurait dĂ» chanter sur un titre). Jamais lâartiste nâabandonnera cette volontĂ© de recherche et de renouvellement, sâouvrant tantĂŽt Ă lâAfrique (I Douar en 1998), tantĂŽt Ă lâĂ©lectro (Explore en 2006) ou au Japon (AMzer en 2014, qui se permet Ă©galement des expĂ©rimentations audacieuses sur les sons).
Ainsi quâil le dĂ©clare rĂ©cemment, «Comme depuis le dĂ©but, je montre avec cet album comment on peut Ă la fois rester fidĂšle Ă ses racines et aller trĂšs loin au-delĂ ; le but nâest pas de demeurer proche du modĂšle traditionnel, mais dâaller le plus loin possible ; le but du crĂ©ateur, câest de crĂ©er.» (p. 224). Seul regret pour ce livre prĂ©cieux car couvrant toute la carriĂšre et la discographie dâAlan Stivell, lâoubli, dans lâensemble des groupes rĂ©cents pratiquant le mĂȘme genre dâouverture celtique, de Seven Reizh ou de Brieg GuervenoâŠ
Entretien avec lâauteur Laurent Bourdelas
« Alan Stivell est Ă lâorigine du revival des cultures minoritaires en France »
PROFESSEUR DâHISTOIRE, LAURENTBOURDELASVIENT DE SIGNERUNEBIOGRAPHIE DâALANSTIVELL. HABITANTPOURTANTLOIN DE LA BRETAGNE, Ă LIMOGES, IL SâESTPASSIONNĂPOUR LE MUSICIEN ET CHANTEURQUI A JOUĂ UN RĂLEDĂTERMINANT, DANSLESANNĂES 1970, DANS LA RĂAPPROPRIATION DE LA FIERTĂBRETONNEâŠ
BRETONS : Pourquoi un Limougeaud comme vous sâest passionnĂ© pour Alan Stivell ?
LAURENT BOURDELAS : Mes parents aimaient aller en vacances en Bretagne. En 1972, je me souviens trĂšs bien du moment, on se promĂšne Ă Saint-Goustan et jâentends Tri martolod Ă la radio. Je trouve ça â et mes parents aussi â super ! Ă NoĂ«l, mes parents mâoffrent le vinyle du concert Ă lâOlympia. Jâai 10 ans. Jâai un coup de foudre pour cette musique. Ă partir de ce moment-lĂ , je deviens un fan de Stivell. Je vais avoir tous ses disques. En 1976, je vois pour la premiĂšre fois Alan Stivell sur scĂšne, au Festival Interceltique. Jâai trouvĂ© ça gĂ©nial. Je me suis dâabord intĂ©ressĂ© Ă la musique, Ă la culture, Ă la poĂ©sie et Ă la littĂ©rature bretonnes â Per-Jakez HĂ©lias, Xavier Grall⊠â et câest ce qui mâa conduit par ailleurs Ă mâintĂ©resser Ă la culture occitane et limousine ensuite. Câest paradoxal, mais câest comme ça que ça sâest passĂ©.
Comment est né ce livre ?
En 2010, jâai constatĂ© quâil nây avait pas grand-chose de sĂ©rieux Ă©crit sur Alan Stivell. Moi, jâai une formation dâhistorien et je voulais envisager les choses comme ça. Jâai pris contact avec lui, en lui disant que je voulais Ă©crire une biographie Ă son sujet. Il mâa rĂ©pondu de façon trĂšs froide : Je vous prĂ©viens, on a Ă©crit beaucoup de choses pas trĂšs justes sur moi, je nâai pas beaucoup de temps, je suis toujours en train de travailler, je vais avoir des difficultĂ©s Ă vous aider. Jâai dĂ©cidĂ© de commencer Ă travailler quand mĂȘme. Jâai retrouvĂ© aux archives nationales, Ă Paris, tout le dossier de naturalisation de son grand-pĂšre maternel. Sa mĂšre vient de ce qui Ă©tait lâEmpire russe Ă lâĂ©poque, dâUkraine. Je lui ai envoyĂ©. Il ne lâavait jamais vu. Ă partir de ce moment-lĂ , il mâa fait confiance, il mâa beaucoup aidĂ©, il mâa ouvert la porte. Jâai beaucoup travaillĂ© du cĂŽtĂ© des archives de presse, des maisons de disque. Lui mâa donnĂ© Ă©normĂ©ment dâinformations, il sâest rendu trĂšs disponible. On sâest rencontrĂ©s Ă plusieurs reprises et on est devenus amis. Pour le petit garçon fan depuis ses 10 ans⊠CâĂ©tait fabuleux !
Alan Stivell grandit dans le milieu breton de ParisâŠ
Exactement. Il sâest passĂ© un peu la mĂȘme chose avec le mouvement occitan : les gens qui sont expatriĂ©s Ă Paris sont animĂ©s dâune espĂšce de nostalgie du pays dâorigine. Il y a des associations actives, on rĂ©invente la culture et la musique bretonnes Ă Paris. Câest ce que va faire le pĂšre de Stivell, qui est nostalgique de la Bretagne, et qui, aprĂšs beaucoup de recherches, le soir Ă la maison, va rĂ©inventer ce quâil pense ĂȘtre la harpe celtique des origines. Alan voit ça et il est complĂštement Ă©merveillĂ©. On lâavait obligĂ© Ă faire du piano, mais il dĂ©testait ça. Son pĂšre destinait plutĂŽt son instrument Ă son Ă©pouse, mais câest Stivell qui va sâen emparer. Parfois, il travaille jusquâĂ deux ou trois heures par jour, jusquâĂ sâen faire saigner les doigts. Câest un coup de foudre total.
Sa mĂšre est dâune famille juive franco-russe. Il nâen parle pourtant pas. Câest lâidentitĂ© bretonne qui a pris toute la place ?
Il y a plusieurs choses. Dâabord sa mĂšre elle-mĂȘme nâen parlait pas. Elle sâest complĂštement rattachĂ©e Ă la Bretagne par son mari. Elle lâa encouragĂ© dans toutes ses entreprises. Pour Alan, câest la partie bretonne qui lâa emportĂ©. Et jusquâĂ ce que je lui donne le dossier de naturalisation trĂšs prĂ©cis, il y a beaucoup de choses quâil ne savait pas sur ses origines et sur lâitinĂ©raire de sa famille. Ce cĂŽtĂ© un peu flou dans les origines maternelles, il le rĂ©interprĂšte en disant que ça le relie Ă la world music, au reste du monde.
Il naĂźt en Auvergne, en 1944, mais ce sont les hasards de la guerreâŠ
Ses parents et ses deux frĂšres, Jean et Yves, ont fui durant lâexode. Il naĂźt sur la route de lâexode.
Son pĂšre est trĂšs Breton, il lit les publications de Taldir Jaffrennou, la Bretagne Ă ParisâŠ
Il est complĂštement rattachĂ© à ça. Ils ont de la famille Ă La TrinitĂ© et Ă Gourin, son pĂšre a des contacts avec le mouvement druidique, et câest peut-ĂȘtre ce qui lui donne lâenvie de recrĂ©er cette harpe.
La harpe celtique avait donc disparu, mĂȘme en Irlande ?
Elle sâest maintenue un peu en Irlande mais elle a disparu au moment du baroque au profit de la harpe classique. Il restait des documents, des tĂ©moignages Ă©crits, des sculptures. Il a essayĂ© de se rĂ©approprier tout ça pour recrĂ©er une harpe celtique. Quant Ă la façon de jouer, il a demandĂ© Ă une professeure de harpe classique, Denise MĂ©gevand, de donner des cours Ă Alan, enjouant des airs du rĂ©pertoire breton. Le pĂšre dâAlan est de tradition catholique, il a fait ses Ă©tudes Ă Vannes et Ă©tait proche du catholicisme breton.
Dans le milieu breton de Paris, beaucoup dâassociations sont aussi proches du catholicisme. Câest le cas des scouts Bleimor, auxquels Stivell va appartenir?
Câest le deuxiĂšme moment dĂ©terminant pour lui. Dans ce mouvement scout, en rĂ©action Ă cette Ă©poque oĂč on interdisait de parler breton, on demandait Ă lâinverse aux jeunes de parler la langue. On se rĂ©approprie la culture, il y a une revue Ă laquelle Stivell participe, on y pratique la musique, la danse. MĂȘme Ă Paris, cela va donner Ă Stivell lâenvie dâapprendre la langue. Dans le mĂ©tro, quand il rentre chez lui, il suit des cours, il note des mots de vocabulaire. Il va apprendre le breton comme ça. Câest le mouvement Bleimor qui va lui donner cette armature culturelle.
Vous Ă©crivez que câest presque une identitĂ© surjouĂ©e. Il sây jette Ă fond et il lâexplique par le fait quâil a Ă©tĂ© dĂ©racinĂ©âŠ
Oui. Il est dĂ©racinĂ© de plusieurs façons. GĂ©ographiquement, par rapport Ă la Bretagne, donc par rapport Ă la langue. Il ne se sent pas bien du tout dans lâhistoire officielle française, il a des joutes rĂ©guliĂšres au lycĂ©e avec son prof dâhistoire. Et il dit quâil est aussi dĂ©racinĂ© sur le plan gĂ©nĂ©rationnel, parce que ses parents sont ĂągĂ©s par rapport Ă lui. Câest une sorte de refuge, mais un refuge quâil veut moderniser. Pour moi, ce parcours, cet attachement sont quasiment romantiques. Il Ă©crit des poĂšmes, il idĂ©alise la Bretagne. Ce qui lâĂ©nerve, quand il va en vacances en Bretagne, câest dâentendre la variĂ©tĂ© française de lâĂ©poque, or il aimerait que les Bretons se rĂ©approprient leur propre musique.
Car Ă lâinverse, parmi les jeunes, il entend le folksong et y trouve des accents celtiquesâŠ
Le folk amĂ©ricain reprend du traditionnel mais le modernise. Ce sera son modĂšle. Il entend lâĂ©lectrification des guitares, parce que câest aussi le dĂ©ferlement du rock. Ce sont les deux biais par lesquels il va moderniser la musique bretonne. Lâautre moment important, câest quand il va rejoindre les Hootenannies au Centre amĂ©ricain de Paris, Ă Montparnasse. Ce sont des soirĂ©es oĂč des gens viennent jouer du folk. Eux jouent de la guitare, lui vient avec sa harpe. Il chante en breton quand eux chantent en anglais. Stivell est extrĂȘmement timide, toujours aujourdâhui. Il ne sait pas sâil se lance, mais il est poussĂ© Ă le faire et il va tout de suite rencontrer une Ă©coute attentive, les gens vont aimer ça et câest ce qui va lâencourager Ă continuer.
Ăa lui permet de raccrocher sa musique Ă un mouvement de mode mondialâŠ
Câest ça qui est gĂ©nial. Il a lâintuition quâil faut rendre vivante cette musique en faisant comme les AmĂ©ricains. La musique traditionnelle amĂ©ricaine vient en partie dâIrlande, il fait le parallĂšle. Au dĂ©but, il trouve quâil nâest pas Ă la hauteur, alors il dit que ce serait bien quâune jeune chanteuse bretonne fasse cela. Finalement, câest lui qui y va. Et ça va ĂȘtre le succĂšs.
Ă cette pĂ©riode-lĂ , il choisit son pseudoâŠ
Il choisit un pseudo dâabord parce quâil veut sĂ©parer sa carriĂšre qui commence et sa vie familiale. Pour lui, Stivell (qui signifie source en breton, ndlr), câest lâidĂ©e de la source, de la rĂ©gĂ©nĂ©ration.
La date clĂ© est celle du concert de lâOlympia, le 28 fĂ©vrier 1972 ?
Juste avant, il avait Ă©tĂ© invitĂ© au Pop Club de JosĂ© Artur avec les Moody Blues, qui lâavaient trouvĂ© gĂ©nial et qui lâavaient emmenĂ© avec eux en tournĂ©e en Angleterre en premiĂšre partie. Mais 1972, câest ce premier Olympia mythique. Le concert est retransmis en direct Ă la radio. Lui fait un pari : Est-ce que ça va marcher auprĂšs des Bretons ? Car il sâadresse aux jeunes Bretons, avec lâidĂ©e quâil faut se rĂ©approprier cette culture et cette fiertĂ©. Et en fait, ça va complĂštement dĂ©passer les frontiĂšres bretonnes. Il va devenir un chanteur reconnu, Ă succĂšs, en France. Câest le tournant. Câest Ă©norme.
Et ce concert a un retentissement national ?
Oui. Et il amorce en mĂȘme temps le mouvement de revival des cultures minoritaires en France. Il va illustrer ça. Câest aussi un combat pour les langues, un combat politique, Ă©cologique. Câest un mouvement important.
Et qui dépasse le champ artistique, qui est politique ?
Oui. Par rapport au mouvement breton, cela va faire ressurgir un mouvement modernisĂ©, dĂ©gagĂ© de certaines compromissions pendant la guerre. Il va, avec dâautres, rĂ©orienter ce militantisme vers la gauche, vers lâuniversalisme, lâĂ©cologie, le socialisme, au sens de mouvement, pas de parti. Il va accompagner lâUDB, lâUnion dĂ©mocratique bretonne, qui va organiser des concerts de Stivell Ă travers la Bretagne. Oui, câest aussi un mouvement politique.
« Il a lâintuition quâil faut rendre vivante cette musique en faisant comme les AmĂ©ricains. La musique traditionnelle amĂ©ricaine vient en partie dâIrlande, il fait le parallĂšle. »
Dans votre livre, Ă plusieurs reprises, il explique avoir fait cela pour la Bretagne, pour faire avancer lâidĂ©e bretonne⊠Plus que pour la musique en elle-mĂȘme ?
Oui. Je crois quâau dĂ©but, câest dâabord ça. La langue bretonne aussi, il a toujours militĂ© pour elle. La rĂ©unification de la Bretagne, Ă©videmment, aussi. Câest un projet politique au sens large, se rĂ©approprier la fiertĂ© dâĂȘtre Breton. Câest un chanteur engagĂ©. Il a une chanson, DĂ©livrance, qui est trĂšs emblĂ©matique de ça, oĂč il fait aussi du peuple breton le frĂšre des peuples opprimĂ©s Ă travers le monde, y compris les Palestiniens.
Alan Stivell continue à publier des albums, mais quel est son principal héritage ?
Je pense quâil y en a plusieurs. Sur le plan musical et mĂȘme culturel, câest quelquâun de trĂšs important traditionnelle. Il a toujours reliĂ© la musique traditionnelle Ă toutes les innovations musicales, y compris aujourdâhui lâĂ©lectro. Il y a Ă©galement la dĂ©fense de la langue bretonne. Et la harpe. En entendant Stivell, des artistes ont eu la vocation : CĂ©cile Corbel, Loreena McKennitt et dâautres se sont mises Ă jouer de la harpe parce quâelles ont entendu Stivell.
Beaucoup de luthiers sont devenus facteurs de harpe, y compris aux Ătats-Unis, parce quâils ont entendu Renaissance de la harpe celtique. Ă Limoges, il y a un concours national de harpe qui est organisĂ©. Et, tous les ans, des partitions de Stivell sont au concours. Le pari de son pĂšre de recrĂ©er cette harpe et de la faire vivre, son fils lâa gagnĂ©.
Est-ce quâon ne lui doit pas tout simplement le concept de musique celtique ?
Bien sĂ»r. Câest lui qui a le plus popularisĂ© le concept de cette musique celtique. Il lâa fait en liaison avec le Festival Interceltique. Les deux se sont Ă©paulĂ©s. Stivell doit au festival et le festival doit Ă Stivell. Cette identitĂ© de musique et de culture celtiques doit beaucoup Ă Stivell.
Auteur prolifique et historien avisĂ©, le Limougeaud Laurent Bourdelas a une autre corde Ă son arc moins connue. Il est lâun des spĂ©cialistes, sinon le spĂ©cialiste, dâAlan Stivell. Il consacre ici un livre au musicien breton, fer de lance de la musique celte et grand dĂ©fenseur de la culture et de la langue bretonnes. Un livre sur et avec Alan Stivell qui a repris un poĂšme de Bourdelas sur son album Amzer. Aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Laurent Bourdelas est invitĂ© sur le plateau du 12/13h sur France 3 Limousin pour parler de la réédition de sa biographie dâAlan Stivell.
Ă partir de 7â20 sur le site de France 3
Laurent Bourdelas est interviewé par Véronique Henry pour Les Spécialistes afin de présenter la nouvelle édition de son Alan Stivell.
Une émission à réécouter sur *le site de France Bleu Limousin*
Axel Perret interview Laurent Bourdelas Ă lâoccasion de la sortie de sa biographie sur Alan Stivell.
Réécouter lâinterview sur le site de France Bleu
Laurent Bourdelas connait son Alan Stivell sur le bout des doigts. Sur la base de ses interviews, ses Ă©changes Ă©pistolaires, son blog et lâensemble des Ă©crits dĂ©jĂ parus sur lâartiste, lâauteur nous fait revivre la folle aventure du barde breton.
Folle aventure en effet, tant la culture bretonne Ă©tait tombĂ©e bien bas dans le cĆur de nos meilleurs ennemis aprĂšs la seconde guerre mondiale. Alain Cochevelou a redonnĂ© sa fiertĂ© Ă tout un peuple, crĂ©ant et inventant sur la base des chants ancestraux, quâils soient bretons ou celtiques. Mieux, il a rendu moderne tout un pan de notre culture, la propulsant hors des marches de Bretagne, arrivant mĂȘme Ă la rendre au goĂ»t du jour chez les rĂ©publicains jacobins parisiens. Il faut dire que le mouvement folk de la fin des annĂ©es 60 avait dĂ©jĂ propulsĂ© le compositeur sur les scĂšnes amĂ©ricaines, europĂ©ennes et asiatiques. Paris ne pouvait plus lâignorer Et puis nâoublions pas la rĂ©surgence de la harpe celtique dĂ©veloppĂ©e par son pĂšre, George Cochevelou et qui depuis, fait vivre de nombreux ateliers en Bretagne et ailleurs.
Oui, câest cette histoire que nous revivons Ă travers cette biographie oĂč lâauteur a choisi la discographie dâAlan Stivell pour ponctuer les moments importants de sa vie. Et de disques en concerts, on croise ainsi la route de ceux qui lâon bien connu et le raconte. Des musiciens aux producteurs, de ses amis scouts aux joueurs du Bagad de son enfance, les tĂ©moins multiplient les interventions. On dĂ©couvre alors un professionnel exigent, un militant (de la cause bretonne bien sĂ»r) engagĂ© et un artiste qui a initiĂ© la premiĂšre vague culturelle bretonne dans les annĂ©es 60 et domine toujours la troisiĂšme vague, celle des annĂ©es 2010 avec Nolwenn Leroy. Sans jamais se renier â et sĂ»rement grĂące Ă cela -, il reste le phare qui guide tous les bretons de Nantes Ă Brest. A commencer par Laurent Bourdelas qui conclu son ouvrage en Ă©tant trĂšs fier dâavouer quâun de ses poĂšmes a mĂȘme Ă©tĂ© choisi par Alan Stivell sur une de ses derniĂšres chansons.
Lire la chronique sur le site de Bretagne Actuelle
Laurent Bourdelas est tombĂ© trĂšs jeune dans le chaudron de la culture bretonne. Originaire du Limousin, il ne manque jamais de faire escale Ă Lorient. Il est lâauteur dâune nouvelle biographie du chanteur Alan Stivell, Ă paraĂźtre en novembre.
Laurent Bourdelas a aimĂ© la culture bretonne avant mĂȘme de connaĂźtre la sienne. « Je reviens presque chaque annĂ©e, je ne manque jamais le Festival interceltique de Lorient. » LâĂ©crivain nâa pas 12 ans quand il dĂ©couvre la musique dâAlan Stivell.
« Briser la glace »
LâidĂ©e lui vient dâĂ©crire une biographie sur la vie du chanteur, mais cela prend du temps. « Il a fallu briser la glace. Beaucoup de faussetĂ©s ont Ă©tĂ© Ă©crites sur Alan Stivell. »
Une nouvelle version de la biographie lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par la maison dâĂ©dition Le mot et le reste, Ă paraĂźtre en novembre prochain. Dans cet ouvrage tout rĂ©novĂ©, lâĂ©crivain promet davantage de photos inĂ©dites et surtout, de prĂ©cieux tĂ©moignages. « Chacun raconte le Stivell quâil connaĂźt. »
Lire lâarticle sur le site de Ouest-France