Africa 100
la traversée sonore d'un continent
De son impressionnante collection, il a extrait cent pĂ©pites quâil prĂ©sente et commente avec autant de passion que dâĂ©rudition.
Bernard Loupias â Nouvel Observateur
Il est toujours dĂ©licat de circonscrire un style musical Ă une liste de disques, a fortiori lorsquâil sâagit de musiques africaines. Le caractĂšre subjectif de cet exercice est ici renforcĂ© par la pluralitĂ© des sources musicales et les dizaines de milliers dâĆuvres enregistrĂ©es sur le continent africain au cours du xxe siĂšcle et du dĂ©but de ce nouveau siĂšcle. Il convient donc ici de trouver un Ă©quilibre naturel entre ces diffĂ©rents musiciens en provenance du continent africain et la grande quantitĂ© des musiques enregistrĂ©es et diffusĂ©es.
Du Cap-Vert Ă Madagascar, de lâAfrique du Sud au Mali, en passant par les Congo, la GuinĂ©e, le SĂ©nĂ©gal, le Kenya, lâĂthiopie, le Soudan, la Gambie, la CĂŽte dâIvoire, le Ghana, le Nigeria, le BĂ©nin, lâAngola, le Burkina Faso, la Mauritanie, la GuinĂ©e-Bissau, le Cameroun ou le Gabon, ce livre rassemble des Ćuvres musicales issues en majoritĂ© de pays dâAfrique noire. Elles se distinguent avant tout par leur originalitĂ©, leur profondeur et leur sincĂ©ritĂ© dâexĂ©cution, mais aussi par une excellence musicale rarement entendue dans dâautres musiques populaires.
Si certains de ces choix sont aisĂ©s, dâautres reflĂštent une connaissance empirique de ces albums publiĂ©s souvent dans lâindiffĂ©rence de lâOccident ou des mĂ©dias de masse, il est vrai peu enclins Ă sâintĂ©resser Ă la rumba congolaise, Ă la cithare malgache, aux lamentos marxistes angolais, au tezeta Ă©thiopien, au jazz sud-africain, aux musiques de cour malienne, aux hommes Ă la guitare burkinabĂ© ou Ă la kora gambienne.
Ce panorama musical offre ainsi un voyage Ă©clairĂ© autour de classiques et de chef-dâĆuvre mĂ©connus Ă une Ă©poque oĂč lâoffre de disques africains nâa jamais Ă©tĂ© aussi abondante, par le biais dâexhumations de vinyles originaux, de CDS contemporains ou de compilations variĂ©es. Loin dâĂȘtre exhaustive, subjective et assumĂ©e comme telle, cette liste de disques contient Ă la fois des albums vinyles, des rééditions, des productions actuelles et des anthologies cernant les Ćuvres des artistes africains les plus prolifiques.
La seule rĂšgle est quâun artiste soit reprĂ©sentĂ© par une entrĂ©e unique, que ce soit un album original ou une compilation. LâĆuvre immense de Franco et de lâOK Jazz, sans doute le musicien africain le plus important du dernier siĂšcle, mĂ©riterait un ouvrage Ă elle seule. Il en est de mĂȘme pour de nombreux orchestres, musiciens et courants musicaux africains jusquâici peu ou mal reprĂ©sentĂ©s dans la littĂ©rature musicale. Ce panorama Afro Top 100 nâest donc que le prĂ©lude Ă dâautres voyages musicaux sur le continent africain, oĂč les oreilles grandes ouvertes, les Ă©motions brutes et la curiositĂ© sont les seuls maĂźtres mots.
Revue de presse
- Black Bazar Elizabeth Tchoungui France Culture // Sur écoute 02 novembre 2013
- Africa 100 Bernard Loupias Nouvel Observateur 14 février 2013
- Musiques de toutes les couleurs (noires) Stéphane Pichet Librairie Pantoute 22 janvier 2013
- Vinyl diggers : les aventuriers du vinyle perdu Carole Boinet Les inrockuptibles 10 décembre 2012
- Africa 100 Jordan Saïsset Ventilo n°308 13 novembre 2012
- La Matinale du Mouv. Invité culture Amaelle Guitton Le Mouv 2 novembre 2012
- La Grande Traversée Laurent Hoebrechts Focus Vif 19 octobre 2012
- Voyage musical Pascal Airault Jeune Afrique 23 - 29 septembre 2012
La musique africaine a toujours suscitĂ© beaucoup dâadmiration dans de nombreux genres (rock, hip-hop, soul). Elle en a inspirĂ© plus dâun (Damon Albarn, David Byrne) et ne cesse de continuer de se dĂ©velopper (on pense notamment au groupe BCUC).
Florent Mazzoleni a regroupĂ© dans son ouvrage, Africa 100, la traversĂ©e sonore dâun continent, 100 albums permettant de sâinitier Ă la musique africaine et de plonger dans un patrimoine musical dâune richesse exceptionnelle. Du Burkina Faso au Niger ou encore au Cap-Vert, il y en a pour tous les goĂ»ts (afrobeat, musique localeâŠ). On retrouvera les classiques Fela Kuti, Manu Dibango mais aussi dâautres artistes mĂ©connus comme African Brothers Band ou Guelewar.
Ă dĂ©couvrir aussi : Bobo YĂ©yĂ©: Belle Ăpoque in Upper Volta
Lire la chronique sur The Gin Genie
Florent Mazzoleni Ă©tait invitĂ© par Elizabeth Tchoungui pour parlĂ© de son ouvrage sur Nina Simone mais aussi dâAfrica 100, en prĂ©sence dâAlain Mabanckou et de Vieux Farka TourĂ©.
à réécouter ICI
Ce fin connaisseur des musiques du continent africain arpente ce dernier Ă la recherche de trĂ©sors discographiques. De son impressionnante collection, il a extrait cent pĂ©pites quâil prĂ©sente (pochettes originales comprises) et commente avec autant de passion que dâĂ©rudition. Triste clin dâoeil Ă lâactualitĂ© : page 131, lâauteur chronique un album de 1977 du MystĂšre Jazz de Tombouctou, ornĂ© dâune photo de la mosquĂ©e de SankorĂ© (illustration), merveille architecturale en partie dĂ©truites par les fanatiques dâAnsar Dine.
Jâai fait ici Ă lâoccasion lâĂ©loge des excellentes et marseillaises Ă©ditions Le Mot et le reste. PoĂ©tique, esthĂ©tique, crĂ©ation littĂ©raire mais, surtout, musique sont les jalons de son superbe catalogue. Musiques, devrais-je dire; musiques savantes ou populaires, « ethniques » Ă©lectroniques ou acoustiques dâavant-garde⊠Toutes les musiques, ou presque, quoi.
La collection « Formes », en particulier, fait le bonheur du mĂ©lomane en mal de dĂ©couvertes; si vous ĂȘtes comme moi, vous trouverez lĂ plusieurs discographies commentĂ©es qui sont autant de chemins musicaux pour joyeusement se perdre en terre de Musique, pour continuer de se former la jeunesse avant que les oreilles ne nous sĂšchent. DerniĂšrement sont parus deux de ces guides discographiques quâĂ premiĂšre vue on pourrait croire opposĂ©s, mais qui au fond ont des liens bien enracinĂ©s (il nây a pas si longtemps on aurait dit « organiques »). Je parle ici de Africa 100, de Florent Mazzoleni, et de Rap, hip-hop : trente annĂ©es en 150 albums, de Kurtis Blow Ă Odd Future, de Sylvain Bertot.
Les deux me plaisent tout autant, mais diffĂ©remment. Quand Africa 100 me rappelle les rares soirĂ©es de mes annĂ©es dâĂ©tudiant oĂč jâai tentĂ© dâapprivoiser le soukous tant bien que mal (plus mal que bien), Rap, hip-hop mâaide Ă ne pas devenir un vieux grincheux de mĂ©lomane, dont le discours consisterait en des variations sur le thĂšme de « câĂ©tait mieux avant et puis câest mĂȘme pas des musiciens ».
« Primitive », la musique africaine, vous croyez? Si elle est en quelque sorte la mĂšre des musiques populaires mondiales, nâoublions pas quâelle sâest constamment actualisĂ©e, rĂ©intĂ©grant mĂȘme souvent en son sein les grands courants de la musique noire hors Afrique (rumba, jazz, reggae), inventant ainsi mille fusions modernes. La « traversĂ©e sonore dâun continent » que nous propose Mazzoleni est intrigante, enrichissante, mais parfois frustrante : plusieurs disques seront difficiles Ă trouver. Mais cette façon trĂšs XXe siĂšcle de faire des dĂ©couvertes musicales, oĂč on ne peut pas tĂ©lĂ©charger immĂ©diatement une chanson quâon aimerait bien entendre, a son charme. Il nây a pas que Sting dans la vie!
Eh non! le hip-hop nâĂ©tait pas quâun mode passagĂšre des annĂ©es 1980! (Avouez que vous lâavez pensĂ©, vous aussi.) Son importance dans lâhistoire populaire ne fait plus de doute aujourdâhui; non seulement comme phĂ©nomĂšne purement musical, mais aussi, peut-ĂȘtre surtout, par la lecture sociohistorique quâon peut (et quâon devrait) en faire. Le rap, lâimprovisation vocale et poĂ©tique, lâĂ©chantillonnage (sampling) ont forgĂ©, de concert avec la « dĂ©mocratisation » des moyens techniques qui le permettaient, une façon « futuriste » de faire de la musique. Ce fut une vĂ©ritable rĂ©volution du D.I.Y. (do it yourself â faites-le vous-mĂȘme). Mais je mâĂ©gare : pour aborder les enjeux sociologiques et musicologiques du hip-hop voyez Canât stop, wonât stop, de Jeff Chang, chez Allia.
Mais revenons au livre de Sylvain Bertot. Avec son introduction trĂšs intĂ©ressante, qui fait 70 pages, et son glossaire, Rap, hip-hop a une certaine portĂ©e pĂ©dagogique en dĂ©mystifiant le phĂ©nomĂšne. Mais le cĆur du livre est ici aussi sa riche discographie. Lâauteur rĂ©ussit Ă couvrir lâessentiel du terrain, incluant mĂȘme un Canadien (blanc), lâexcellent Buck 65, qui serait ma recommandation personnelle, si vous en vouliez une. Non seulement parvient-il en quelques paragraphes Ă mettre chaque Ćuvre en contexte, mais il nâoublie pas, en vĂ©ritable critique, de nous parler de la musique elle-mĂȘme (styles, moyens de production, sons) et des paroles.
Dans les deux cas, il sâagit dâinstruments de navigation musicale efficaces bien que subjectifs, ou plutĂŽt parce que subjectifs, qui vous en feront connaĂźtre assez pour avoir envie dâen connaĂźtre plus. VoilĂ un beau programme!
Ă consulter:
â Florent Mazzoleni, Africa 100, Le Mot et le reste.
â Sylvain Bertot, Rap, hip-hop : trente annĂ©es en 150 albums, de Kurtis Blow Ă Odd Future, Le Mot et le reste.
â Jeff Chang, Canât stop, wonât stop, Allia.
Ils sont une poignĂ©e de mĂ©lomanes Ă sillonner la planĂšte Ă la recherche de pĂ©pites de funk ghanĂ©en, dâĂ©thio-jazz ou de groove cambodgien. On les appelle les vinyl diggers. Mais qui sont donc ces orpailleurs du son ?
âIl mâest arrivĂ© de faire trois cents kilomĂštres dans la brousse pour trouver un disque.â Cela fait neuf ans maintenant que Florent Mazzoleni sillonne sans relĂąche le continent africain, sâinvitant chez lâhabitant ou explorant des entrepĂŽts infestĂ©s de cafards Ă la recherche de vinyles rares. Entre deux disques rongĂ©s par lâhumiditĂ© ou sous une pile de vieux albums de Michel Sardou, il dĂ©niche parfois une pĂ©pite.
Mazzoleni est un âvinyl diggerâ, un de ces orpailleurs mĂ©lomanes pour qui âun bolĂ©ro de Franco (musicien congolais â ndlr) de 1962 a autant de valeur quâun Picasso !â On situe gĂ©nĂ©ralement lâapparition des diggers (du verbe anglais âto digâ, creuser) Ă la naissance du hip-hop, dans les annĂ©es 80. Producteurs ou DJ fouillent les bacs de vinyles en quĂȘte de morceaux Ă sampler. La pratique, baptisĂ©e crate digging, ne dure pas, avec lâarrivĂ©e des beats Ă©lectroniques â et la multiplication des juristes spĂ©cialisĂ©s dans la reconnaissance des samples.
(âŠ)
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MĂȘme si lâon a Ă peu prĂšs tout et surtout rien entendu sur la musique africaine subsaharienne, cette derniĂšre manque cruellement de diffusion sur notre continent. DâoĂč lâimportance dâun pareil ouvrage, qui permet de guider aussi bien le nĂ©ophyte que le fin connaisseur Ă travers une sĂ©lection subjective de cent albums. Ecrivain aguerri, Florent Mazzoleni fait partie des diggers, ces collectionneurs de vinyles de lâextrĂȘme que lâon croise sur le terrain les mains sales, Ă lâaffĂ»t du moindre morceau de cire. Il lui arrive mĂȘme de monter des expos avec ses trouvailles, bien loin de la culture Wikipedia. La maison dâĂ©dition marseillaise Le Mot et le Reste nâen est pas Ă son premier fait dâarme en matiĂšre de sĂ©lection discographique. AprĂšs sâĂȘtre penchĂ©e sur le krautrock, la musique savante ou le hip-hop, elle sâaffirme une nouvelle fois comme une rĂ©fĂ©rence, tous styles confondus.
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Le 2 novembre 2012, Florent Mazzoleni Ă©tait lâinvitĂ© culture de la matinale du Mouv. Il prĂ©sente son dernier ouvrage, Africa 100.
Ămission Ă réécouter ICI
Dans la listomania actuelle (les 100 meilleursâŠ, les 50 destinations deâŠ, le top desâŠ), les Ă©ditions Le Mot et le Reste enfile les rĂ©fĂ©rences, aussi sobres (bichromie de rigueur) quâintĂ©ressantes et documentĂ©es. AprĂšs le rap (30 annĂ©es en 150 albums) et avant les fields recordings (en 100 albums), Africa 100 confirme. En quelque 100 albums, Mazzoleni propose une âtraversĂ©e sonoreâ du continent africain. Chaque disque y est commentĂ© sur deux pages. Entre grands classiques (Fela, Cesaria Evora, Franco et lâOK Jazz, Mahmoud AhmedâŠ), compilations savantes et oeuvres plus obscures, le journaliste rĂ©ussit toujours Ă susciter au minimum la curiositĂ©.
Reste Ă©videmment la question: âComment rĂ©sumer plusieurs dĂ©cennies de productions musicales africaines en 100 disques?â, se demande-t-il en prĂ©lude. La tĂąche est Ă©videmment impossible. Mais Mazzoleni assume sa subjectivitĂ© et ses biais. En se concentrant notamment sur lâAfrique noire, zappant lâAfrique du Sud (âLâAfrique du Nord et lâAfrique du Sud possĂšdent des styles musicaux riches et complexes qui mĂ©riteraient un livre Ă eux seulsâ). En laissant Ă©galement de cĂŽtĂ© les derniĂšres tendances, Ă©lectroniques notamment. Soit. La matiĂšre est ici dĂ©jĂ assez foisonnante, perles Ă (re)dĂ©couvrir de toute urgence.
Dans son dernier ouvrage, Florent Mazzoleni rĂ©sume plusieurs dĂ©cennies de productions musicales africaines en 100 disques. De lâocĂ©an Indien Ă lâAfrique du Sud en passant par lâouest et le centre du continent, lâĂ©crivain et mĂ©lomane bordelais, auteur dâune vingtaine de livres sur la musique africaine, offre un panorama de grands classiques et Ćuvres mĂ©connues. Il sâest intĂ©ressĂ© aussi bien Ă la rumba congolaise quâĂ la cithare malgache, aux lamentos marxistes angolais quâaux musiques de cours maliennes, aux mornas cap-verdiennes quâĂ lâafrobeat nigĂ©rian, au makossa camerounais quâaux mbalax sĂ©nĂ©galaisâŠ