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Parution : 20/10/2016
ISBN : 9782360542291
360 pages (14,8 X 21 cm)

2PAC

Me Against The World

L’histoire paraissait pourtant Ă©crite d’avance : un jeune noir issu des quartiers les plus pauvres des États-Unis, constamment rattrapĂ© par son environnement, parvient Ă  le dĂ©passer pour devenir une superstar du rap. Sauf que, dĂšs le dĂ©part, il y a quelque chose de diffĂ©rent chez Tupac. Quelque chose de franchement touchant.

Tupac Shakur est l’un des plus cĂ©lĂšbres rappeurs amĂ©ricains dont le succĂšs a largement contribuĂ© Ă  l’explosion commerciale mondiale du rap dans les annĂ©es 1990. Vingt ans aprĂšs sa disparition Ă  l’ñge de vingt-cinq ans, le 13 septembre 1996, suite Ă  une fusillade six jours plus tĂŽt, il continue d’inspirer de nombreux rappeurs et de susciter tous les fantasmes par une Ɠuvre, musicale et cinĂ©matographique, aussi foisonnante et politique que viscĂ©ralement attachĂ©e Ă  la rue. DerriĂšre les scandales qui ont jalonnĂ© son parcours et les multiples rumeurs qui planent au-dessus de sa mort ce livre vise Ă  comprendre l’Ɠuvre de 2Pac, sa conception, ses angles morts, sa plume mĂ©ticuleuse, ses obsessions, ses perspectives ou les similitudes qu’elle entretient avec son Ă©volution personnelle. De Harlem Ă  Los Angeles, de Marin City Ă  Atlanta et Baltimore, ces pages, soucieuses de recontextualiser les travaux du rappeur, abordent Ă©galement de front la cruautĂ© des gangs aux États-Unis, la guerre entre West-Coast et East-Coast, le militantisme de la famille Shakur, l’émergence du gangsta rap Ă  la fin des annĂ©es 1980 et l’aventure du label Death Row Records.

• Lire un extrait

Revue de presse

- L'assassinat de Tupac Shakur Fabrice Drouelle Radio France Affaires sensibles 9 décembre 2022
- Six biographies rock'n'roll (ou pas) à lire cet été Sophie Rosemont Glamour 28 juillet 2017
- "La vie de 2PAC a tout d'un roman noir" Robin Berthelot SURL 21 mars 2017
- Lecture : 2Pac, Me Against The World Nadsat Reaphit 28 novembre 2016
- 'Me Agains The World', le premier livre français à analyser l'Ɠuvre de 2pac Matthieu Choquet Mowno 8 novembre 2016
- Interview - Maxime Delcourt : « 2PAC est la figure centrale du rap» Basqui The Backpackerz 28 octobre 2016
- "Me against the world", un nouveau livre sur Tupac Mouv' 22 octobre 2016
- New Book: “2PAC – Me Against The World“ by Maxime Delcourt (French) 2pacLegacy 2pacLegacy.net 2 novembre 2016
- 2Pac, 20 ans déjà Julien Broquet Focus Vif 12 septembre 2016

- L'assassinat de Tupac Shakur

Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, retour sur l’un des cold-case les plus cĂ©lĂšbres d’AmĂ©rique : l’assassinat du rappeur Tupac Shakur.

À Ă©couter ici

Fabrice Drouelle
Radio France Affaires sensibles 9 décembre 2022

- Six biographies rock'n'roll (ou pas) à lire cet été

“DĂšs le dĂ©part, il y a quelque chose de diffĂ©rent chez Tupac. Quelque chose de franchement touchant”. NĂ© sous le nom de Lesane Parish Crooks (vite renommĂ© Tupac en hommage au dernier Inca quechua TĂșpac Amaru), le 16 juin 1971 Ă  Brooklyn, l’artiste a trĂšs vite Ă©tĂ© engagĂ© – sans doute parce que sa mĂšre, Afeni Shakur, faisait partie des Black Panthers. Et, avant de disparaĂźtre brutalement, assassinĂ© le 13 septembre 1996, il rĂ©ussit Ă  inscrit sa marque de fabrique sur le hip hop amĂ©ricain. Maxime Delcourt nous plonge dans les batailles sans pitiĂ© menĂ©es par les gangs (West Coast versus East Coast) et le gangsta rap des annĂ©es 90 tout en analysant la fine plume de 2 Pac, dont l’apport artistique est souvent mĂ©sestimĂ©.

Retrouvez la sélection estivale sur le site de Glamour.fr

Sophie Rosemont
Glamour 28 juillet 2017

- "La vie de 2PAC a tout d'un roman noir"

C’est une histoire que mĂȘme les moins de 20 ans ne peuvent que connaĂźtre. Celle d’un jeune homme au bandana sur le crĂąne, dont la disparition prĂ©maturĂ©e continue de fasciner, plus de 20 ans aprĂšs les faits. Celle racontĂ©e par l’écrivain et journaliste Maxime Delcourt dans son ouvrage 2Pac, Me Against The World paru l’an dernier. On a rencontrĂ© l’auteur pour discuter de Tupac Amaru Shakur, de mythologie et de place dans l’Histoire.

Journaliste ayant fait ses gammes – entre autres – chez Les Inrocks, Noisey, Brain Magazine ou Slate, Maxime Delcourt est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur la musique au sens large. Sa collaboration avec la maison d’édition Le Mot Et Le Reste avait ainsi dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ© cette polyvalence sur des bouquins dĂ©diĂ©s au jazz ou Ă  la variĂ©tĂ© française. Mais lorsqu’il s’est emparĂ© du sujet de 2pac, on imagine aisĂ©ment la pression qui a dĂ» rapidement s’installer sur ses Ă©paules. VĂ©ritables cultes dĂ©passant largement le cadre du hip-hop, la vie et l’oeuvre du gangsta parti trop tĂŽt ont guidĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations sur la voie du rap et de sa culture.

Les aficionados et hip-hop heads avertis pouvaient sans doute se targuer de dĂ©jĂ  tout connaĂźtre de la vie de l’auteur des classiques “Dear Mama” ou “California Love”. Sorti en octobre dernier, le roman 2Pac, Me Against The World est pourtant rapidement devenu une rĂ©fĂ©rence francophone sur le sujet, croquant sans fausse note ni romantisme mal placĂ© la vie d’un rappeur ayant traumatisĂ© tout un genre musical, tout en assurant involontairement des dĂ©cennies d’affaires qui roulent pour les vendeurs d’articles dĂ©rivĂ©s. Mythes fondateurs, hĂ©ros d’une Ă©poque et Ă©mancipation de la jeunesse noire amĂ©ricaine : on a fait le point avec Maxime Delcourt sur ce que lui a rĂ©vĂ©lĂ© son travail minutieux sur ce sujet brĂ»lant Ă  jamais.

SURL : Au-delĂ  de ce qui est parfois une nĂ©cessitĂ© de romancer une vie rĂ©elle pour en faire une fiction prenante, on sent dans le livre qu’il y a en fait trĂšs peu de choses qui semblent “exacerbĂ©es”. C’est parce que la vie de Tupac est elle-mĂȘme une histoire “plus grande que la fiction” ? Toi-mĂȘme, tu fais le parallĂšle avec la mythologie grecque et les rĂ©cits de Shakespeare.

Maxime Delcourt : Bien sĂ»r ! On parle quand mĂȘme d’un artiste qui est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  seulement 25 ans et qui semble avoir vĂ©cu la vie d’un mec de 60 ou 70 ans. Sa vie tient du scĂ©nario presque parfait : il est issu d’une famille trĂšs portĂ©e sur l’engagement, notamment au sein des Black Panthers. Il a grandi dans le New York des annĂ©es 1970, au moment oĂč les aides sociales ont Ă©tĂ© coupĂ©es et oĂč le crack a fait son apparition. Il a ensuite emmĂ©nagĂ© Ă  Baltimore, qu’il considĂ©rait comme le fond des chiottes mais qui, paradoxalement, va lui donner envie d’ĂȘtre artiste. D’ailleurs, c’est quand mĂȘme marrant de se dire qu’il a eu trĂšs tĂŽt conscience de son potentiel charismatique. À Oakland, alors qu’il n’a pas encore vingt ans, il annonce quand mĂȘme Ă  Leila Steinberg, une femme qui va beaucoup l’aider Ă  ses dĂ©buts et lui permettra d’intĂ©grer le Digital Underground, “vous ne me connaissez pas, mais je vais devenir une star”. Un peu comme s’il avait conscience du destin qui lui Ă©tait rĂ©servĂ©. Un peu comme s’il savait ĂȘtre ce “Prince noir” censĂ© sauver la “Nation noire”, comme l’aurait prĂ©tendu sa mĂšre Ă  sa naissance.

Quant Ă  Shakespeare, c’est vrai que, au-delĂ  du simple fait d’avoir jouĂ© dans quelques piĂšces du dramaturge, 2Pac lui vouait une grande admiration. Son professeur d’art dramatique Ă  Baltimore le disait : “il avait Shakespeare dans la peau.” Et c’est vrai que, Ă  l’instar des personnages de Shakespeare, 2Pac semblait constamment tiraillĂ© entre le bien et le mal. L’un de ses potes d’enfance a mĂȘme rĂ©alisĂ© un tableau nommĂ© Shakurspeare.

Pour rester sur cette idĂ©e de mythologie, l’histoire de Tupac et Biggie avec ses pĂ©riphĂ©riques (Suge Knight, Faith Evans partagĂ©e entre les deux) a tout de la tragĂ©die grecque. Est ce que c’est un des premiers mythes fondateurs du hip-hop ?

Je pense en tout cas que c’est sans doute le mythe le plus populaire, mais il y a eu avant 2Pac, et surtout avant son conflit avec Biggie, des histoires trĂšs fortes au sein du hip-hop. Je pense notamment Ă  N.W.A., pour cette façon qu’ont eu des Blacks issus des quartiers pauvres amĂ©ricains de s’imposer au sein de l’industrie musicale avec violence et intransigeance. Mais on peut remonter Ă©galement jusqu’à Afrika Bambaataa, dont l’histoire et la richesse des prĂ©ceptes participent Ă  quelque chose qui va dĂ©jĂ  au-delĂ  du hip-hop.

Aujourd’hui, les liens entre hip-hop et cinĂ©/tĂ©lĂ© sont abondants. Tupac fut l’un des premiers Ă  avoir compris les ponts qui pouvaient ĂȘtre jetĂ©s entre les deux, non seulement Ă  s’y illustrer mais Ă  y appliquer une exigence digne de l’Actor’s Studio. Finalement, est-il assez logique qu’aujourd’hui, Tupac soit lui-mĂȘme devenu un personnage de fiction ? Et y a-t-il un danger pour un acteur Ă  interprĂ©ter un homme rĂ©el qui a accordĂ© lui-mĂȘme autant d’importance au storytelling, dans sa vie et sa carriĂšre ?

Comme on le disait, la vie de 2Pac a tout d’un roman noir. Donc il est assez logique que les cinĂ©astes ou les scĂ©naristes s’intĂ©ressent Ă  son profil, au-delĂ  du simple gage de rentabilitĂ© qu’un projet cinĂ©matographique autour de sa vie puisse engendrer. Cela dit, c’est un terrain assez dangereux : 2Pac Ă©tait quelqu’un de trĂšs charismatique. Toutes les personnes que j’ai eu l’occasion de rencontrer pour le livre me l’ont dit : quand ils Ă©taient dans une piĂšce, mĂȘme quand il Ă©tait jeune, c’est lui que l’on Ă©coutait et qui captait l’attention. Et ça, c’est quelque chose qu’il faut savoir retranscrire. Ça n’était malheureusement pas le cas dans les biopics de N.W.A. et Biggie, oĂč 2Pac passait pour un type simplement nerveux et arrogant, donc j’espĂšre que le biopic Ă  paraĂźtre en juin sera fidĂšle Ă  cet aspect de sa personnalitĂ©. Ainsi qu’à toutes les nuances du bonhomme.

Ton livre est une biographie – ni Ă  charge ni Ă  dĂ©charge – de Tupac, mais pas seulement. C’est aussi une rĂ©flexion sur un pays (les Etats-Unis) Ă  une Ă©poque de son histoire cruciale, pour le hip-hop mais aussi de façon plus vaste encore : socialement, Ă©conomiquement, politiquement
 Finalement, Tupac, sa vie sans concession et sa fin tragique, sont-ils aussi un symbole de cette Ă©poque ? Sa mort et celle, quasi-simultanĂ©e, de Biggie, a-t-elle marquĂ© la fin de certaines utopies ?

C’est marrant parce qu’Oxmo Puccino, dans le cadre d’une interview, me disait que, pour lui, le hip-hop Ă©tait en quelque sorte mort aprĂšs les dĂ©cĂšs de 2Pac et Biggie. Je ne pense pas du tout que cela soit vrai, mais on ne peut pas nier non plus que la disparition de ces figures iconiques a marquĂ© la fin d’une Ă©poque. La fin de Death Row, dĂ©jĂ , qui ne parviendra jamais Ă  se relever de la mort de 2Pac et du dĂ©part de Dr. Dre et Snoop Dogg. Mais aussi, par la mĂȘme occasion, la fin du premier Ăąge d’or du rap californien, qui perd peu Ă  peu la bataille face aux scĂšnes venues de New York et d’Atlanta. AprĂšs la mort de ces deux icĂŽnes, c’est quand mĂȘme l’émergence d’un rap beaucoup plus street, plus sombre encore, et sans doute moins festif, Ă  l’image de Mobb Deep ou du crew Ruff Ryders qui va tout dĂ©foncer au croisement des annĂ©es 1990/2000.

Dans ton livre, tu conclus en citant l’influence inquantifiable de Tupac sur le hip-hop et la sphĂšre sociale dans sa totalitĂ©. Un rappeur semble se distinguer des autres pour reprendre le flambeau laissĂ© par Pac, c’est Kendrick Lamar. Penses-tu pour autant qu’il soit possible, pour un rappeur aujourd’hui, de prendre une ampleur similaire, et d’accomplir autant de choses qui sorte autant du cadre du hip-hop que Pac ? Ou est-ce quelque chose qui est devenu plus difficile pour eux ?

On voit aujourd’hui que des rappeurs comme Kendrick Lamar ou Kanye West arrivent Ă  atteindre des statuts rĂ©ellement importants, que ce soit purement musical ou non. Ça prouve bien qu’il est encore possible, Ă  l’heure oĂč les modes changent trĂšs rapidement, d’avoir une carriĂšre pĂ©renne et d’avoir une ampleur assez forte aujourd’hui. Cela dit, les Ă©poques ont changĂ© et, il faut bien l’avouer, le monde est quand mĂȘme moins politisĂ© : Kanye West profite surtout de sa cĂ©lĂ©britĂ© pour expĂ©rimenter son langage musical et s’afficher dans les mĂ©dias, tandis que Kendrick Lamar, derriĂšre ses propos trĂšs engagĂ©s, semblent plus enclin que les artistes des annĂ©es 90 Ă  jouer le jeu de l’entertainment. Concernant 2Pac, on parle quand mĂȘme d’un mec qui, en 25 ans Ă  peine, a systĂ©matiquement cherchĂ© Ă  aider les siens, que ce soit Ă  travers le mouvement Thug Life ou ses albums, qu’il voulait vendre en masse pour avoir suffisamment d’argent afin de subvenir aux besoins de sa communautĂ©. On parle aussi d’un rappeur dĂ©cĂ©dĂ© Ă  un Ăąge oĂč des poids lourds du hip-hop comme Jay-Z et Kanye West n’avaient pas encore enregistrĂ© leur premier album. C’est donc trĂšs difficile de savoir si un tel comportement est encore possible aujourd’hui Ă  un niveau aussi populaire. Je l’espĂšre, en tout cas.

Shakespeare disait : “Ce qui est passĂ© est prologue.” L’histoire de Tupac, c’est aussi ça : une histoire qui commence aprĂšs sa mort ?

Disons qu’il a vraiment pris une autre dimension aprĂšs sa mort. Quelque chose qui lui permet d’inspirer aujourd’hui encore des dizaines d’artistes – Bishop Nehru qui doit son nom au personnage de Tupac dans Juice, Lucio Bukowski qui nomme un de ses titres “2Pac, MoliĂšre Et Les Licornes” -, d’ĂȘtre le premier artiste mort Ă  avoir eu le droit Ă  son concert en hologramme, d’ĂȘtre l’artiste le plus Ă©coutĂ© dans les prisons anglaises ou d’ĂȘtre une icĂŽne au mĂȘme titre que Bob Marley ou Kurt Cobain. Paradoxalement, sa mort a vraiment permis Ă  son Ɠuvre – qu’elle soit musicale ou sociale – de passer Ă  la postĂ©ritĂ©. En France, on ne s’en rend peut-ĂȘtre pas compte, tant tous les articles le concernant semblent revenir en permanence sur ses coups de sang ou sa rivalitĂ© avec Biggie, mais on parle vraiment ici d’un rappeur admirĂ© par une trĂšs grande majoritĂ© des rappeurs amĂ©ricains. Tous se reconnaissent dans son legs. Et il est trĂšs important de noter, d’ailleurs, que 2Pac a Ă©galement trĂšs bien gĂ©rĂ© la mythologie autour de sa mort. Ce n’était pas conscient, attention, mais il y a tant de titres qui parlent ou qui mettent en scĂšne sa disparition, que sa mort – qu’il savait proche – ne pouvait que le projeter dans de nouvelles dimensions.

Vous pouvez retrouver l’interview de Maxime Delcourt sur le site de SURL

Robin Berthelot
SURL 21 mars 2017

- Lecture : 2Pac, Me Against The World

Des articles, des documentaires, des livres plus ou moins pertinents, et mĂȘme un futur biopic : il existe aujourd’hui beaucoup de documentation sur 2Pac. Sortir un nouveau livre sur le sujet paraĂźt donc pĂ©rilleux, mais lorsque l’éditeur s’appelle Le Mot et le Reste, il y a de quoi ĂȘtre curieux. RĂ©dacteur pour Noisey, les Inrocks et Brain Magazine, Maxime Delcourt, l’auteur de Me Against the World, n’en est pas Ă  son premier ouvrage. Il Ă©tait en effet dĂ©jĂ  derriĂšre un livre sur le free jazz, et un autre sur les chansons expĂ©rimentales, parus chez le mĂȘme Ă©diteur.

Maxime Delcourt commence ici par la fin, en retraçant de maniĂšre dĂ©taillĂ©e la derniĂšre journĂ©e de 2Pac. La prĂ©cision des descriptions et la maniĂšre de dĂ©peindre les dĂ©cors et les personnages nous mettent de suite dans l’ambiance. Ne reste ensuite qu’à remonter le fil d’Ariane pour retracer toute la carriĂšre de l’homme en s’agrippant Ă  ses racines. Ses racines familiales tout d’abord, tout un pan de l’ouvrage Ă©tant consacrĂ© Ă  la vie de Afeni Shakur, et Ă  l’enfance de Pac, chapitre de sa vie qui se trouve ĂȘtre assez peu documentĂ© et qui apparaĂźt pourtant comme particuliĂšrement pertinent si l’on dĂ©sire mieux comprendre l’évolution de l’artiste amĂ©ricain. On s’attarde ensuite beaucoup sur la jeunesse de 2Pac, et notamment Ă  son rapport Ă  l’acting, autre Ă©lĂ©ment fondateur du mythe. DĂšs la prĂ©-adolescence, Pac passe dĂ©jĂ  son temps Ă  rejouer les scĂ©nettes qu’il voit Ă  la tĂ©lĂ© avant de pousser le curseur plus loin en rejoignant les planches. C’est la naissance du 2Pac « gourou », de l’agitateur, parvenant toujours Ă  s’en sortir par le haut, tirant parti de son identitĂ© morcelĂ©e.

En replaçant systĂ©matiquement son sujet dans son contexte social et historique, Maxime Delcourt en dit long sur l’AmĂ©rique noire des annĂ©es 80 et 90 dont 2Pac est l’une des figures artistiques les plus importantes. Soyons clair, il ne s’agit pas lĂ  d’une pure biographie. Si l’auteur travaille autant la question, ce n’est que pour mieux parler de l’Ɠuvre de 2Pac. Les arcs biographiques et les petites scĂ©nettes viennent ainsi alimenter les dĂ©veloppements sur la musique et le cinĂ©ma. L’auteur nous dĂ©livre alors tout le processus crĂ©atif du rappeur, avant d’aboutir Ă  des analyses poussĂ©es de ses disques, mettant parfaitement en corrĂ©lation mĂ©thodes de travail, contexte social, entourage, et produit fini. On visualise ainsi beaucoup mieux Ă  quoi pouvait ressembler une sĂ©ance de studio avec l’artiste. On comprend mieux son exigence, et sa volontĂ© de spontanĂ©itĂ© qui Ă©tait poussĂ©e si loin que les artistes qui enregistraient avec lui n’avaient le droit qu’à une seule prise.

En s’accrochant de prùs à la vie de 2Pac, Maxime Delcourt passe au crible toute son ascension dans l’industrie, des premiers succùs à la paranoïa totale de sa fin de vie, en passant par l’impact qu’a pu avoir sa signature chez Death Row sur son parcours de vie.

Fait assez rare, la question du 2Pac acteur est aussi particuliĂšrement travaillĂ©e par le biais de nombreux tĂ©moignages de personnes l’ayant cĂŽtoyĂ© sur les plateaux. Le potentiel dramatique dingue de 2Pac est ainsi mieux mis en avant, car malgrĂ© une carriĂšre limitĂ©e, et un nombre de rĂ©ussites assez restreintes, l’on sentait clairement quelque chose chez le jeune homme, Ă  tel point qu’il Ă©tait parfois comparĂ© Ă  James Dean. Neil H. Moritz lui-mĂȘme lui promettait qu’il serait une grande star s’il patientait une dizaine d’annĂ©es, ce Ă  quoi Tupac Shakur avait rĂ©pondu qu’il ne serait plus en vie Ă  ce moment lĂ . Me Against the World fourmille de petites anecdotes de ce style.

À moins que vous soyez un expert total sur la question, vous en apprendrez forcĂ©ment beaucoup sur 2Pac. Mais ce qu’il y a de particuliĂšrement marquant, et qui fait l’un des intĂ©rĂȘts majeurs de ce livre, c’est la maniĂšre dont Maxime Delcourt raconte son histoire. Son sens du storytelling et sa maniĂšre de resituer l’action font de cet ouvrage un vĂ©ritable page turner, sans que jamais cela ne tombe dans la gratuitĂ©. Ce parti pris permet rĂ©ellement d’apporter un autre niveau de lecture sur la question. Si l’on ajoute Ă  cela une documentation particuliĂšrement fournie, et des analyses musicales Ă©rudites, on a Ă  faire Ă  un ouvrage essentiel pour quiconque s’intĂ©resse Ă  l’histoire de 2Pac, tout en apportant un vrai regard sur l’histoire intime des Etats Unis des annĂ©es 80 et 90.

Lire la chronique sur le site de Reaphit

Nadsat
Reaphit 28 novembre 2016

- 'Me Agains The World', le premier livre français à analyser l'Ɠuvre de 2pac

Le 13 septembre 1996, le cĂ©lĂ©brissime 2Pac disparaissait Ă  l’ñge de 25 ans, succombant Ă  une fusillade l’ayant frappĂ© quelques jours plus tĂŽt. Un triste anniversaire qui donne l’occasion Ă  bon nombre de mĂ©dias d’y aller de leur hommage, mais aussi Ă  quelques fines plumes de revenir plus en profondeur sur un personnage, un parcours et une oeuvre singuliĂšre. Parmi elles, Maxime Delcourt, un temps passĂ© par notre rĂ©daction. Avec ‘Me Against The World’, ouvrage de 352 pages rĂ©cemment paru aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, l’auteur offre Ă  la France un premier livre analysant la carriĂšre du californien jusque dans ses angles morts, en passant par son Ă©criture, ses obsessions, les scandales qui ont jalonnĂ© son parcours, la rivalitĂ© des gangs comme des scĂšnes hip hop des deux cĂŽtes des Etats Unis, l’émergence du gangsta rap Ă  l’époque, le militantisme familial, et mĂȘme les rumeurs qui entourent sa mort. Un livre indispensable pour mesurer le rĂŽle que Tupac Shakur a pu tenir au sein de l’évolution de la musique rap, et l’impact que le personnage a pu avoir sur la musique en gĂ©nĂ©ral.Disponible dans toutes les bonnes librairies, ‘Me Against The World’ est Ă  ajouter au plus vite sur votre liste de cadeaux de fin d’annĂ©e.

Lire la chronique sur Mowno

Matthieu Choquet
Mowno 8 novembre 2016

- Interview - Maxime Delcourt : « 2PAC est la figure centrale du rap»

Tupac Amaru Shakur. Il Ă©tait temps qu’un livre soit Ă©crit en France sur lui. Maxime Delcourt, journaliste indĂ©pendant et Ă©crivain, publie aux Ă©ditions Le mot et le reste, Me Against The World. L’Ɠuvre de celui qu’on appelait aussi Makaveli sera analysĂ©e dans sa globalitĂ©, en dĂ©terminant son influence dans le Gangsta Rap, sa mĂšre Afeni Shakur (qui a perdu la vie il y a quelques mois), ainsi que le label Death Row Records. Entretien avec son auteur.

The BackPackerz : Peux-tu nous présenter un peu ton parcours?

Maxime Delcourt : A la base, je viens de Lille. J’ai donc commencĂ© par Ă©crire pour des mĂ©dias lillois. En 2011, j’ai commencĂ© Ă  faire des piges pour Les Inrocks, et Ă  partir de lĂ  il y a eu Brain Magazine, New Noise, Slate. Plusieurs mĂ©dias qui m’ont vraiment permis d’écrire sur diffĂ©rents sujets, car j’aime par exemple autant le Rock, le Hip-Hop, la Pop et l’Electro. En ce moment, j’écris plus sur le Hip-Hop car les mĂ©dias sont trĂšs demandeurs. Il y a actuellement un vrai intĂ©rĂȘt pour le Hip-Hop. Sinon, cela fait maintenant 2 annĂ©es que je collabore avec Le Mot Et Le Reste (Ă©galement Ă©diteur du livre Regarde ta Jeunesse dans les yeux). 2Pac, c’était vraiment l’occasion d’écrire sur un sujet qui me plait car si je dois remonter Ă  l’adolescence, c’est le premier artiste que j’ai Ă©coutĂ©. J’ai une rĂ©elle passion pour lui.

Quand tu parles d’écrire sur diffĂ©rents sujets, j’ai vu que tu as Ă©crit sur des artistes aussi diffĂ©rents que Kanye West, Miles Davis, Arcade Fire, Ry X mais aussi sur la chanson française. Comment s’est faite ton entrĂ©e dans le monde du Hip-Hop ?

Je suis trĂšs Ă©clectique dans mes goĂ»ts, mais je viens du Hip-Hop. Le premier artiste que j’ai vraiment aimĂ©, c’est 2Pac. De 13 Ă  18 ans, je n’écoutais que ça. J’avais une culture Pop ou chanson française par mes parents ou mon frĂšre, mais ça a toujours Ă©tĂ© le Hip-Hop avant tout. J’ai d’abord Ă©crit sur l’Indie Rock, la Pop ou l’Electro. Concernant le Hip-Hop, je n’avais pas les mĂ©dias pour m’exprimer. Cela fait maintenant 2-3 ans que je peux vraiment Ă©crire tout ce qui me passe par la tĂȘte niveau Hip-Hop, ça me permet aussi d’assouvir mes premiĂšres passions (rires) !

Avant ce livre, tu as Ă©cris Free Jazz. Un livre qui revenait sur l’avĂšnement de cette approche du Jazz qui tendait Ă  s’émanciper des nombreux codes inhĂ©rents au genre. Quel regard portes-tu sur le succĂšs qu’a connu le disque The Epic, de Kamasi Washington, sorti l’annĂ©e derniĂšre ?

Une excellente nouvelle ! Cela montre que le Free Jazz n’est pas une musique d’intellos et que le Jazz, dans sa globalitĂ©, n’est pas une musique de vieux. Il y a tout un passĂ©, toute une histoire dans cette musique
 Et la maniĂšre dont Kamasi Washington l’ouvre Ă  des styles musicaux comme le Hip-Hop, je trouve cela hyper intĂ©ressant. Le fait qu’il collabore aussi avec des artistes comme Kendrick Lamar, c’est hyper important pour montrer que le Jazz, avec ce que font aujourd’hui des gars comme Flying Lotus, est une musique qui continue d’évoluer. Il y a encore plein de choses Ă  montrer. Aussi, il y a un vrai hĂ©ritage Afro-amĂ©ricain dans cette musique, qui est trĂšs intĂ©ressant.

Qu’est ce qui t’a donnĂ© envie d’écrire ce livre ?

La premiĂšre raison, c’est qu’en toute objectivitĂ©, 2Pac est la figure centrale du Rap. Je ne dis pas qu’il est le meilleur rappeur de tous les temps, mais c’est la figure centrale du Rap. Bizarrement, il n’y a pas de livres sur lui en France. Les seuls livres disponibles en français sont des traductions issues des USA. La plupart du temps sur les scandales ayant Ă©maillĂ© sa vie et les diffĂ©rentes thĂ©ories autour de sa mort. Mais rien sur son oeuvre. Je trouvais cela assez fou sur un tel rappeur, aussi influent. On ne parle jamais de son oeuvre alors que 2Pac Ă©tait un acharnĂ© de travail, qui a enregistrĂ© des tonnes de morceaux. Mon idĂ©e, est vraiment de replonger dans son oeuvre, ses films, retracer sa vie car c’est obligatoire, voir un peu comment ça se dĂ©roulait pour lui en studio, sur les plateaux, comprendre comment il travaillait. C’est vraiment ce qui m’a donnĂ© envie d’écrire ce bouquin. Je ne voulais pas me focaliser sur les thĂ©ories qui existent autour de sa mort. Etant Lillois, je pense que je n’ai rien Ă  apporter de plus sur le sujet (rires). Et puis, les scandales m’intĂ©ressent peu.

Tu étais fasciné et par sa carriÚre de rappeur/acteur et par son personnage, son militantisme.

Ce qui m’a vraiment plus chez 2Pac quand je l’ai dĂ©couvert Ă  l’adolescence, car je ne comprenais pas les paroles Ă  l’époque, c’est vraiment son histoire. Son histoire me fascinait, l’hĂ©ritage de sa mĂšre, les Black Panthers, la mise au point du code Thug Life. Je trouvais ça hyper intĂ©ressant. Le Rap Ă©tait reconnu comme mouvement engagĂ© mais je trouve qu’il a amenĂ© le truc encore plus loin. C’est pas le seul, mais il a apportĂ© le truc vraiment loin. Cela faisait beaucoup de poids Ă  porter, il n’est decĂ©dĂ© qu’a 25 ans, ce qui est trĂšs jeune, mais on a l’impression qu’il a vĂ©cu une vie d’un mec de 70 ans. L’hĂ©ritage politique de 2Pac est de fait assez important. On parlait tout Ă  l’heure du Free Jazz, s’il y a un lien entre ces deux livres, il est lĂ  : la volontĂ© de dĂ©fendre la cause noire aux USA ou Ă  l’international. C’est quelque chose de trĂšs intĂ©ressant.

Il y a eu beaucoup de théories liées à sa mort. Laquelle te semble la plus crédible ?

C’est difficile Ă  dire, car il y a toujours l’opinion personnelle. Je pense que plusieurs personnes sont impliquĂ©es dans ce crime. Suge Knight par exemple, il y est pour quelque chose. Il y a des preuves qui montrent qu’il pouvait ĂȘtre impliquĂ© de prĂšs ou de loin. Je pense que la police est impliquĂ©e aussi. DĂ©jĂ , le fait que des flics Ă©taient employĂ©s comme gardes du corps chez Death Row, illĂ©galement, couplĂ© Ă  celui que 2Pac n’était pas trĂšs aimĂ© par les services de police
 Si je devais croire une thĂ©orie, ce serait celle selon laquelle Suge Knight + services de police = mort de 2Pac. Suge avait trop Ă  perdre dans cette histoire. 2Pac voulait quitter Death Row. MĂȘme s’ils Ă©taient en bons termes, le fait de se retrouver sans le catalogue de 2Pac Ă  disposition Ă©tait trĂšs risquĂ© pour son business. Et puis, tout le monde voulait quitter Death Row Ă  cette Ă©poque. Cela n’engage que moi, mais je pense que c’est la thĂ©orie la plus crĂ©dible. Surtout lorsque l’on sait que le policier Russell Poole a Ă©tĂ© licenciĂ© parce qu’il creusait un peu trop dans cette affaire. Pourquoi licencier quelqu’un qui ne fait que son travail ? Et ce n’est pas le seul. Beaucoup ont reçu des menaces de mort ou autre. Il y a un rĂ©el intĂ©rĂȘt Ă  cacher la vĂ©ritĂ© dans cette histoire. Pourquoi ? je ne saurais pas rĂ©ellement le dire.

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Basqui
The Backpackerz 28 octobre 2016

- "Me against the world", un nouveau livre sur Tupac

SignĂ© par un français, l’ouvrage revient sur l’histoire et l’aura unique du rappeur devenu lĂ©gende.
Il y a dans l’histoire de la musique des personnages incontournables et en ce qui concerne le rap, Tupac Shakur en fait incontestablement partie. C’est pourquoi un nouveau livre est sorti le 21 octobre, plus prĂ©cisĂ©ment une analyse qui revient sur ce qui a conduit Tupac Ă  devenir ce qu’il est : une icĂŽne.

IntitulĂ© Me Against The World, le livre revient avant tout sur le contexte qui permet de mieux comprendre l’Ɠuvre du rappeur, de sa vie privĂ©e Ă  sa famille en passant par son environnement et son succĂšs grandissant.

Le livre est écrit par Maxime Delcourt, journaliste indépendant spécialisé dans la musique et déjà auteur de livres sur le Free Jazz ou encore les chansons expérimentales, et paraßt aux éditions Le mot et le reste, qui ont déjà publié plusieurs ouvrages centrés sur la musique, du rock au rap en passant par la pop.

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Mouv' 22 octobre 2016

- New Book: “2PAC – Me Against The World“ by Maxime Delcourt (French)

Tupac Shakur is one of the most famous American rappers whose success has contributed to the global commercial explosion of rap in the 1990s. Twenty years after his death at the age of twenty-five years, he continues to inspire many rappers and generate all the phantasms through a work, musical and cinematographic, as abundant and political as viscerally attached to the street.

Behind the scandals that have marked his career and the many rumors hovering over his death, this book has the ambition to understand the work of 2Pac, his conception, its blind spots, his meticulous pen, her obsessions, her prospects or similarities she has with his personal evolution. From Harlem to Los Angeles, from Marin City to Atlanta and Baltimore, these pages, anxious to re-contextualize the work of the rapper, also speak about cruelty of gangs in the United States, the war between West Coast and East Coast, the militancy of the Shakur family, the emergence of gangsta rap in the late 1980s and the adventure of Death Row Records.

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2pacLegacy
2pacLegacy.net 2 novembre 2016

- 2Pac, 20 ans déjà

Le 13 septembre 1996, Tupac Shakur, 25 piges, dĂ©cĂ©dait de blessures par balles dans un hĂŽpital de Las Vegas. Portrait d’un rappeur brillant, prolifique, violent, nĂ©buleux et militant, ardent dĂ©fenseur non sans grabuge de la cause afro-amĂ©ricaine.

Pour cĂ©lĂ©brer son transfert Ă  Oakland chez les Golden State Warriors, Kevin Durant, l’une des stars de la NBA, s’est fait tatouer il y a quelques semaines son imposant portrait sur la jambe. Il a sorti plus d’albums mort que vivant. Et un biopic dont il est le hĂ©ros, All Eyez on Me, sortira le 11 novembre dans les salles obscures amĂ©ricaines. Devenu une figure mythique, un symbole, une icĂŽne mĂȘme, Ă  l’image d’un Jim Morrison, d’un Bob Marley ou d’un Kurt Cobain, Tupac Shakur hante encore tous les esprits 20 ans aprĂšs sa disparition. Flash-back funeste. Le 7 septembre 1996, aprĂšs avoir assistĂ© Ă  un combat de boxe entre Mike Tyson et Bruce Seldon puis lattĂ© un membre des Crips, gang de South Central, qui avait volĂ© quelques mois plus tĂŽt l’un de ses proches dans un Foot Locker, Tupac se rend en voiture au Club 662 et se fait tirer dessus Ă  un feu rouge. Soudain mais prĂ©visible Ă©pilogue (pourtant jamais Ă©clairci) d’un rappeur afro-amĂ©ricain militant au parcours chaotique, au discours engagĂ© et Ă  la vie tragiquement courte.

Tout chez Tupac semble prĂ©coce et compliquĂ©. Fils de deux Black Panthers, le gamin naĂźt Lesane Parish Crooks le 16 juin 1971 Ă  Harlem mais est rapidement rebaptisĂ© Tupac Amaru Shakur en hommage Ă  un chef inca, ennemi des conquistadors, qui a menĂ© une guĂ©rilla fĂ©roce contre les Espagnols et fini
 exĂ©cutĂ©. Tupac sĂ©journe dĂ©jĂ  en prison avant mĂȘme sa naissance. En cloque au pĂ©nitencier, sa mĂšre accusĂ©e de “complot contre le gouvernement des États-Unis et les monuments de New York” se dĂ©fend elle-mĂȘme sans notion de droit et est acquittĂ©e un mois avant l’accouchement.

Entre sa tante condamnĂ©e pour l’assassinat d’un policier, son beau-pĂšre arrĂȘtĂ© pour avoir orchestrĂ© son Ă©vasion et braquĂ© un fourgon, ou encore son parrain, membre fondateur des Black Panthers qui a pris perpĂ©tuitĂ© pour meurtre (il ne sera innocentĂ© et libĂ©rĂ© qu’en 1997), l’environnement familial laisse quelque peu Ă  dĂ©sirer. Il n’en deviendra pas moins le terreau fertile d’un artiste terriblement engagĂ©.

Dans les quartiers noirs de New York oĂč le crack est bien plus facile Ă  dĂ©gotter que les aides sociales, les slogans Black Power lui servent de berceuses. FauchĂ©e comme c’est pas permis, la petite famille dĂ©mĂ©nage sans cesse et dort Ă  l’occasion dans la rue. Afeni n’a pas un rond et s’absente souvent pour le parti, mais elle n’en nĂ©glige pas pour autant l’éducation de son fiston. DĂšs qu’il fait une bĂȘtise, sa punition est de lire de bout en bout un exemplaire du New York Times. D’en faire un compte-rendu dĂ©taillĂ© et rĂ©flĂ©chi.

“Tupac a grandi dans un environnement on ne peut plus militant et possĂšde de nombreux points communs avec sa mĂšre, explique Maxime Delcourt, auteur de 2Pac Me Against the World, Ă  paraĂźtre le 21 octobre chez Le Mot et Le Reste. Les meetings en uniforme, le maniement des armes et les discours politiques font partie de sa routine. Sa famille lui transmet une certaine conscience du monde, le goĂ»t de la rĂ©volte et de l’engagement. Au-delĂ  de ces antĂ©cĂ©dents activistes, Tupac va nourrir trĂšs tĂŽt un vĂ©ritable amour des mots et afficher de vraies capacitĂ©s d’orateur. Il Ă©crit sa premiĂšre piĂšce de théùtre Ă  dix ans, entre dans une troupe Ă  douze et Ă  treize, joue dans A Raisin in the Sun pour financer la campagne prĂ©sidentielle d’un sĂ©nateur noir
 “

Fan de Jim Carrey dont il raffole des sketches dans le Saturday Night Live et du personnage d’Arnold dans Arnold et Willy, Tupac entre Ă  quinze ans Ă  la Baltimore School for the Arts oĂč il dĂ©couvre la poĂ©sie, le jazz et l’art dramatique. Il est restĂ© en contact avec ses cousins new-yorkais et suit l’évolution du hip hop mais aime Kate Bush, SinĂ©ad O’Connor, Culture Club et U2. Puis surtout, il joue du Shakespeare qui le passionne et lui permet de devenir quelqu’un d’autre. “Cette Ă©cole lui a offert, comme il le dira lui-mĂȘme, la possibilitĂ© de faire du théùtre, du ballet et de baiser des Blanches. Elle lui a ouvert les yeux sur l’art et sur le monde, et lui a montrĂ© que tous les Blancs n’étaient pas comme les politiciens et les flics.”

2Pac, 20 ans déjà
© DR

East Side Crew, Born Busy
 Tupac, le rappeur, monte ses premiers projets, enregistre ses premiĂšres dĂ©mos et se verrait bien mener parallĂšlement des carriĂšres dans la musique et le cinĂ©ma. Parti s’installer avec sa famille en Californie, il Ă©crit sur les inĂ©galitĂ©s raciales, la pauvretĂ© et les tensions sociales. AprĂšs avoir arrĂȘtĂ© ses Ă©tudes et dĂ©mĂ©nagĂ© prĂšs d’Oakland, il dort sur des canapĂ©s ou dans des maisons abandonnĂ©es. Il deale du crack (que sa mĂšre consomme depuis longtemps), livre des pizzas et joue briĂšvement les proxĂ©nĂštes. “J’ai dealĂ© pendant quinze jours, mais j’étais vraiment nul. En fait, les vendeurs de drogue, se rendant compte que je n’étais pas fait pour ça, sont devenus mes sponsors. Ils m’ont juste dit: “Fais un album et mentionne mon nom.”“
“L’un des moments dĂ©terminants dans la carriĂšre de Tupac, c’est la rencontre en 1989 du Digital Underground, reprend Maxime Delcourt. Tupac avait dĂ©jĂ  montĂ© l’un ou l’autre petit projet mais c’est ce groupe qui va lui permettre de se professionnaliser. Il est engagĂ© pour porter les bagages, monter la scĂšne et danse torse nu en slip lĂ©opard en simulant l’acte sexuel avec une poupĂ©e gonflable. Mais le crew lui laisse prendre le micro quand il descend dans les clubs et lui offre un couplet de Same Song enregistrĂ© pour la BO de Nothing But Trouble de Dan Aykroyd. La signature sur le label Interscope et la sortie de son premier album 2Pacalypse Now lanceront vĂ©ritablement la machine.”

2Pacalypse Now ou les rĂ©cits d’un jeune Noir qui dĂ©crit la douleur de son enfance, parle de brutalitĂ© policiĂšre, d’addictions, de grossesses adolescentes. Des sujets qu’il connaĂźt sur le bout des doigts pour une entrĂ©e Ă  la 64e place du Billboard et au final un disque d’or. Deux ans plus tard, le rappeur en remet une couche avec Strictly 4 My N.I.G.G.A. Z. “Ces deux albums sont trĂšs engagĂ©s. À l’époque, Public Enemy et N. W. A. disent dĂ©jĂ  que ça va pĂ©ter. Mais Tupac a plutĂŽt le cĂŽtĂ© rap conscient des premiers. Il propose une remise en cause intelligente de l’AmĂ©rique blanche. Dans ses textes et la vie de tous les jours, il a mĂȘme un cĂŽtĂ© social. Il prend l’avion pour aller voir un gamin malade juste avant son dĂ©cĂšs. Il crĂ©e une Ligue de baseball dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s et veut donner des concerts dans les Ă©coles, mais seulement pour ceux qui ont la moyenne et n’appartiennent pas Ă  un gang.”

Vie de voyou

BoostĂ© par ses dĂ©buts au cinĂ©ma dans Juice d’Ernest Dickerson et Poetic Justice de John Singleton qui voulait faire de lui son De Niro (“Shakur est le premier vrai rappeur Ă  ĂȘtre devenu acteur”), 2Pac crĂ©e en 1993 le groupe Thug Life auquel est censĂ© se joindre Notorious B.I.G., qui prĂ©fĂšre finalement signer sur le label de Puff Daddy. Thug Life (“Vie de voyou”), c’est Ă  la base un code de conduite qu’il a rĂ©digĂ© avec d’anciens membres du Black Panther Party Ă  la suite de sa dissolution. Une espĂšce de guide rĂ©sumant une certaine philosophie de vie. Un discours brouillĂ© qui rĂ©gule le banditisme, interdit la vente de drogues aux enfants et aux femmes enceintes, la violence gratuite et les victimes innocentes. “C’est compliquĂ© et lourd Ă  porter Ă  22-23 ans de devenir le porte-parole d’une communautĂ©. Il en a marre qu’on le tienne pour responsable de tout ce qui se passe dans le ghetto. Il y croit encore mais il prĂ©fĂ©rera abandonner les rĂȘnes Ă  quelqu’un d’autre.”

AprĂšs s’ĂȘtre fait agresser et tirer dessus pour ses bijoux dans le hall d’un studio d’enregistrement Ă  Manhattan, Tupac devient complĂštement parano. Reconnu coupable d’attouchements sexuels, il purge en 1995 une peine de huit mois de prison pendant lesquels il lit Machiavel et devient le premier artiste Ă  se classer numĂ©ro 1 des charts de derriĂšre les barreaux. “Kanye West n’est pas le premier rappeur Ă  montrer ses faiblesses et ses blessures. Tupac avait dĂ©jĂ  un cĂŽtĂ© trĂšs mĂ©lancolique. Une capacitĂ© Ă  Ă©crire des morceaux trĂšs intimes et profonds. Me Against the World en est la preuve. Il y prie Dieu pour qu’il le libĂšre de son malaise et consacre un titre super Ă©mouvant Ă  sa mĂšre (Dear Mama), c’est pour le moins rare dans le milieu Ă  l’époque.”

Sorti de taule par le margoulin et dangereux Suge Knight contre deux disques sur son label Death Row (sans doute la plus grosse erreur de sa tumultueuse existence), Shakur change totalement d’attitude. Il sort en 1996 avec All Eyez on Me le premier double album de rap amĂ©ricain uniquement composĂ© de titres originaux. Il enregistrera quasiment 200 morceaux pendant les quatre derniers mois de sa vie.

“Tupac venait de New York et a incarnĂ© le gangsta rap West Coast. Il a Ă©crit des textes trĂšs poĂ©tiques et conscients et d’autres franchement vulgaires et sexuels. Il a militĂ© pour la clause black et critiquĂ© une sociĂ©tĂ© inĂ©galitaire avant de s’enfermer dans l’imagerie Death Row qui jetait Ă  la face du monde ses liasses de billets. Il Ă©tait plein de contradictions mais des contradictions logiques eu Ă©gard Ă  son jeune Ăąge et Ă  son histoire. On parle d’un mec qui a tout connu en 25 ans. L’extrĂȘme pauvretĂ©, la richesse, le succĂšs, les plus belles femmes, les problĂšmes judiciaires et la prison
 À l’ñge oĂč il s’en est allĂ©, Kanye et Jay-Z n’avaient encore rien enregistrĂ©â€Šâ€

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Julien Broquet
Focus Vif 12 septembre 2016