2PAC
Me Against The World
Lâhistoire paraissait pourtant Ă©crite dâavance : un jeune noir issu des quartiers les plus pauvres des Ătats-Unis, constamment rattrapĂ© par son environnement, parvient Ă le dĂ©passer pour devenir une superstar du rap. Sauf que, dĂšs le dĂ©part, il y a quelque chose de diffĂ©rent chez Tupac. Quelque chose de franchement touchant.
Tupac Shakur est lâun des plus cĂ©lĂšbres rappeurs amĂ©ricains dont le succĂšs a largement contribuĂ© Ă lâexplosion commerciale mondiale du rap dans les annĂ©es 1990. Vingt ans aprĂšs sa disparition Ă lâĂąge de vingt-cinq ans, le 13 septembre 1996, suite Ă une fusillade six jours plus tĂŽt, il continue dâinspirer de nombreux rappeurs et de susciter tous les fantasmes par une Ćuvre, musicale et cinĂ©matographique, aussi foisonnante et politique que viscĂ©ralement attachĂ©e Ă la rue. DerriĂšre les scandales qui ont jalonnĂ© son parcours et les multiples rumeurs qui planent au-dessus de sa mort ce livre vise Ă comprendre lâĆuvre de 2Pac, sa conception, ses angles morts, sa plume mĂ©ticuleuse, ses obsessions, ses perspectives ou les similitudes quâelle entretient avec son Ă©volution personnelle. De Harlem Ă Los Angeles, de Marin City Ă Atlanta et Baltimore, ces pages, soucieuses de recontextualiser les travaux du rappeur, abordent Ă©galement de front la cruautĂ© des gangs aux Ătats-Unis, la guerre entre West-Coast et East-Coast, le militantisme de la famille Shakur, lâĂ©mergence du gangsta rap Ă la fin des annĂ©es 1980 et lâaventure du label Death Row Records.
Revue de presse
- Six biographies rock'n'roll (ou pas) à lire cet été Sophie Rosemont Glamour 28 juillet 2017
- "La vie de 2PAC a tout d'un roman noir" Robin Berthelot SURL 21 mars 2017
- Lecture : 2Pac, Me Against The World Nadsat Reaphit 28 novembre 2016
- 'Me Agains The World', le premier livre français Ă analyser l'Ćuvre de 2pac Matthieu Choquet Mowno 8 novembre 2016
- Interview - Maxime Delcourt : « 2PAC est la figure centrale du rap» Basqui The Backpackerz 28 octobre 2016
- "Me against the world", un nouveau livre sur Tupac Mouv' 22 octobre 2016
- New Book: â2PAC â Me Against The Worldâ by Maxime Delcourt (French) 2pacLegacy 2pacLegacy.net 2 novembre 2016
- 2Pac, 20 ans déjà Julien Broquet Focus Vif 12 septembre 2016
Aujourdâhui dans Affaires Sensibles, retour sur lâun des cold-case les plus cĂ©lĂšbres dâAmĂ©rique : lâassassinat du rappeur Tupac Shakur.
âDĂšs le dĂ©part, il y a quelque chose de diffĂ©rent chez Tupac. Quelque chose de franchement touchantâ. NĂ© sous le nom de Lesane Parish Crooks (vite renommĂ© Tupac en hommage au dernier Inca quechua TĂșpac Amaru), le 16 juin 1971 Ă Brooklyn, lâartiste a trĂšs vite Ă©tĂ© engagĂ© â sans doute parce que sa mĂšre, Afeni Shakur, faisait partie des Black Panthers. Et, avant de disparaĂźtre brutalement, assassinĂ© le 13 septembre 1996, il rĂ©ussit Ă inscrit sa marque de fabrique sur le hip hop amĂ©ricain. Maxime Delcourt nous plonge dans les batailles sans pitiĂ© menĂ©es par les gangs (West Coast versus East Coast) et le gangsta rap des annĂ©es 90 tout en analysant la fine plume de 2 Pac, dont lâapport artistique est souvent mĂ©sestimĂ©.
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Câest une histoire que mĂȘme les moins de 20 ans ne peuvent que connaĂźtre. Celle dâun jeune homme au bandana sur le crĂąne, dont la disparition prĂ©maturĂ©e continue de fasciner, plus de 20 ans aprĂšs les faits. Celle racontĂ©e par lâĂ©crivain et journaliste Maxime Delcourt dans son ouvrage 2Pac, Me Against The World paru lâan dernier. On a rencontrĂ© lâauteur pour discuter de Tupac Amaru Shakur, de mythologie et de place dans lâHistoire.
Journaliste ayant fait ses gammes â entre autres â chez Les Inrocks, Noisey, Brain Magazine ou Slate, Maxime Delcourt est lâauteur de nombreux articles et ouvrages sur la musique au sens large. Sa collaboration avec la maison dâĂ©dition Le Mot Et Le Reste avait ainsi dĂ©jĂ Ă©prouvĂ© cette polyvalence sur des bouquins dĂ©diĂ©s au jazz ou Ă la variĂ©tĂ© française. Mais lorsquâil sâest emparĂ© du sujet de 2pac, on imagine aisĂ©ment la pression qui a dĂ» rapidement sâinstaller sur ses Ă©paules. VĂ©ritables cultes dĂ©passant largement le cadre du hip-hop, la vie et lâoeuvre du gangsta parti trop tĂŽt ont guidĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations sur la voie du rap et de sa culture.
Les aficionados et hip-hop heads avertis pouvaient sans doute se targuer de dĂ©jĂ tout connaĂźtre de la vie de lâauteur des classiques âDear Mamaâ ou âCalifornia Loveâ. Sorti en octobre dernier, le roman 2Pac, Me Against The World est pourtant rapidement devenu une rĂ©fĂ©rence francophone sur le sujet, croquant sans fausse note ni romantisme mal placĂ© la vie dâun rappeur ayant traumatisĂ© tout un genre musical, tout en assurant involontairement des dĂ©cennies dâaffaires qui roulent pour les vendeurs dâarticles dĂ©rivĂ©s. Mythes fondateurs, hĂ©ros dâune Ă©poque et Ă©mancipation de la jeunesse noire amĂ©ricaine : on a fait le point avec Maxime Delcourt sur ce que lui a rĂ©vĂ©lĂ© son travail minutieux sur ce sujet brĂ»lant Ă jamais.
SURL : Au-delĂ de ce qui est parfois une nĂ©cessitĂ© de romancer une vie rĂ©elle pour en faire une fiction prenante, on sent dans le livre quâil y a en fait trĂšs peu de choses qui semblent âexacerbĂ©esâ. Câest parce que la vie de Tupac est elle-mĂȘme une histoire âplus grande que la fictionâ ? Toi-mĂȘme, tu fais le parallĂšle avec la mythologie grecque et les rĂ©cits de Shakespeare.
Maxime Delcourt : Bien sĂ»r ! On parle quand mĂȘme dâun artiste qui est dĂ©cĂ©dĂ© Ă seulement 25 ans et qui semble avoir vĂ©cu la vie dâun mec de 60 ou 70 ans. Sa vie tient du scĂ©nario presque parfait : il est issu dâune famille trĂšs portĂ©e sur lâengagement, notamment au sein des Black Panthers. Il a grandi dans le New York des annĂ©es 1970, au moment oĂč les aides sociales ont Ă©tĂ© coupĂ©es et oĂč le crack a fait son apparition. Il a ensuite emmĂ©nagĂ© Ă Baltimore, quâil considĂ©rait comme le fond des chiottes mais qui, paradoxalement, va lui donner envie dâĂȘtre artiste. Dâailleurs, câest quand mĂȘme marrant de se dire quâil a eu trĂšs tĂŽt conscience de son potentiel charismatique. Ă Oakland, alors quâil nâa pas encore vingt ans, il annonce quand mĂȘme Ă Leila Steinberg, une femme qui va beaucoup lâaider Ă ses dĂ©buts et lui permettra dâintĂ©grer le Digital Underground, âvous ne me connaissez pas, mais je vais devenir une starâ. Un peu comme sâil avait conscience du destin qui lui Ă©tait rĂ©servĂ©. Un peu comme sâil savait ĂȘtre ce âPrince noirâ censĂ© sauver la âNation noireâ, comme lâaurait prĂ©tendu sa mĂšre Ă sa naissance.
Quant Ă Shakespeare, câest vrai que, au-delĂ du simple fait dâavoir jouĂ© dans quelques piĂšces du dramaturge, 2Pac lui vouait une grande admiration. Son professeur dâart dramatique Ă Baltimore le disait : âil avait Shakespeare dans la peau.â Et câest vrai que, Ă lâinstar des personnages de Shakespeare, 2Pac semblait constamment tiraillĂ© entre le bien et le mal. Lâun de ses potes dâenfance a mĂȘme rĂ©alisĂ© un tableau nommĂ© Shakurspeare.
Pour rester sur cette idĂ©e de mythologie, lâhistoire de Tupac et Biggie avec ses pĂ©riphĂ©riques (Suge Knight, Faith Evans partagĂ©e entre les deux) a tout de la tragĂ©die grecque. Est ce que câest un des premiers mythes fondateurs du hip-hop ?
Je pense en tout cas que câest sans doute le mythe le plus populaire, mais il y a eu avant 2Pac, et surtout avant son conflit avec Biggie, des histoires trĂšs fortes au sein du hip-hop. Je pense notamment Ă N.W.A., pour cette façon quâont eu des Blacks issus des quartiers pauvres amĂ©ricains de sâimposer au sein de lâindustrie musicale avec violence et intransigeance. Mais on peut remonter Ă©galement jusquâĂ Afrika Bambaataa, dont lâhistoire et la richesse des prĂ©ceptes participent Ă quelque chose qui va dĂ©jĂ au-delĂ du hip-hop.
Aujourdâhui, les liens entre hip-hop et cinĂ©/tĂ©lĂ© sont abondants. Tupac fut lâun des premiers Ă avoir compris les ponts qui pouvaient ĂȘtre jetĂ©s entre les deux, non seulement Ă sây illustrer mais Ă y appliquer une exigence digne de lâActorâs Studio. Finalement, est-il assez logique quâaujourdâhui, Tupac soit lui-mĂȘme devenu un personnage de fiction ? Et y a-t-il un danger pour un acteur Ă interprĂ©ter un homme rĂ©el qui a accordĂ© lui-mĂȘme autant dâimportance au storytelling, dans sa vie et sa carriĂšre ?
Comme on le disait, la vie de 2Pac a tout dâun roman noir. Donc il est assez logique que les cinĂ©astes ou les scĂ©naristes sâintĂ©ressent Ă son profil, au-delĂ du simple gage de rentabilitĂ© quâun projet cinĂ©matographique autour de sa vie puisse engendrer. Cela dit, câest un terrain assez dangereux : 2Pac Ă©tait quelquâun de trĂšs charismatique. Toutes les personnes que jâai eu lâoccasion de rencontrer pour le livre me lâont dit : quand ils Ă©taient dans une piĂšce, mĂȘme quand il Ă©tait jeune, câest lui que lâon Ă©coutait et qui captait lâattention. Et ça, câest quelque chose quâil faut savoir retranscrire. Ăa nâĂ©tait malheureusement pas le cas dans les biopics de N.W.A. et Biggie, oĂč 2Pac passait pour un type simplement nerveux et arrogant, donc jâespĂšre que le biopic Ă paraĂźtre en juin sera fidĂšle Ă cet aspect de sa personnalitĂ©. Ainsi quâĂ toutes les nuances du bonhomme.
Ton livre est une biographie â ni Ă charge ni Ă dĂ©charge â de Tupac, mais pas seulement. Câest aussi une rĂ©flexion sur un pays (les Etats-Unis) Ă une Ă©poque de son histoire cruciale, pour le hip-hop mais aussi de façon plus vaste encore : socialement, Ă©conomiquement, politiquement⊠Finalement, Tupac, sa vie sans concession et sa fin tragique, sont-ils aussi un symbole de cette Ă©poque ? Sa mort et celle, quasi-simultanĂ©e, de Biggie, a-t-elle marquĂ© la fin de certaines utopies ?
Câest marrant parce quâOxmo Puccino, dans le cadre dâune interview, me disait que, pour lui, le hip-hop Ă©tait en quelque sorte mort aprĂšs les dĂ©cĂšs de 2Pac et Biggie. Je ne pense pas du tout que cela soit vrai, mais on ne peut pas nier non plus que la disparition de ces figures iconiques a marquĂ© la fin dâune Ă©poque. La fin de Death Row, dĂ©jĂ , qui ne parviendra jamais Ă se relever de la mort de 2Pac et du dĂ©part de Dr. Dre et Snoop Dogg. Mais aussi, par la mĂȘme occasion, la fin du premier Ăąge dâor du rap californien, qui perd peu Ă peu la bataille face aux scĂšnes venues de New York et dâAtlanta. AprĂšs la mort de ces deux icĂŽnes, câest quand mĂȘme lâĂ©mergence dâun rap beaucoup plus street, plus sombre encore, et sans doute moins festif, Ă lâimage de Mobb Deep ou du crew Ruff Ryders qui va tout dĂ©foncer au croisement des annĂ©es 1990/2000.
Dans ton livre, tu conclus en citant lâinfluence inquantifiable de Tupac sur le hip-hop et la sphĂšre sociale dans sa totalitĂ©. Un rappeur semble se distinguer des autres pour reprendre le flambeau laissĂ© par Pac, câest Kendrick Lamar. Penses-tu pour autant quâil soit possible, pour un rappeur aujourdâhui, de prendre une ampleur similaire, et dâaccomplir autant de choses qui sorte autant du cadre du hip-hop que Pac ? Ou est-ce quelque chose qui est devenu plus difficile pour eux ?
On voit aujourdâhui que des rappeurs comme Kendrick Lamar ou Kanye West arrivent Ă atteindre des statuts rĂ©ellement importants, que ce soit purement musical ou non. Ăa prouve bien quâil est encore possible, Ă lâheure oĂč les modes changent trĂšs rapidement, dâavoir une carriĂšre pĂ©renne et dâavoir une ampleur assez forte aujourdâhui. Cela dit, les Ă©poques ont changĂ© et, il faut bien lâavouer, le monde est quand mĂȘme moins politisĂ© : Kanye West profite surtout de sa cĂ©lĂ©britĂ© pour expĂ©rimenter son langage musical et sâafficher dans les mĂ©dias, tandis que Kendrick Lamar, derriĂšre ses propos trĂšs engagĂ©s, semblent plus enclin que les artistes des annĂ©es 90 Ă jouer le jeu de lâentertainment. Concernant 2Pac, on parle quand mĂȘme dâun mec qui, en 25 ans Ă peine, a systĂ©matiquement cherchĂ© Ă aider les siens, que ce soit Ă travers le mouvement Thug Life ou ses albums, quâil voulait vendre en masse pour avoir suffisamment dâargent afin de subvenir aux besoins de sa communautĂ©. On parle aussi dâun rappeur dĂ©cĂ©dĂ© Ă un Ăąge oĂč des poids lourds du hip-hop comme Jay-Z et Kanye West nâavaient pas encore enregistrĂ© leur premier album. Câest donc trĂšs difficile de savoir si un tel comportement est encore possible aujourdâhui Ă un niveau aussi populaire. Je lâespĂšre, en tout cas.
Shakespeare disait : âCe qui est passĂ© est prologue.â Lâhistoire de Tupac, câest aussi ça : une histoire qui commence aprĂšs sa mort ?
Disons quâil a vraiment pris une autre dimension aprĂšs sa mort. Quelque chose qui lui permet dâinspirer aujourdâhui encore des dizaines dâartistes â Bishop Nehru qui doit son nom au personnage de Tupac dans Juice, Lucio Bukowski qui nomme un de ses titres â2Pac, MoliĂšre Et Les Licornesâ -, dâĂȘtre le premier artiste mort Ă avoir eu le droit Ă son concert en hologramme, dâĂȘtre lâartiste le plus Ă©coutĂ© dans les prisons anglaises ou dâĂȘtre une icĂŽne au mĂȘme titre que Bob Marley ou Kurt Cobain. Paradoxalement, sa mort a vraiment permis Ă son Ćuvre â quâelle soit musicale ou sociale â de passer Ă la postĂ©ritĂ©. En France, on ne sâen rend peut-ĂȘtre pas compte, tant tous les articles le concernant semblent revenir en permanence sur ses coups de sang ou sa rivalitĂ© avec Biggie, mais on parle vraiment ici dâun rappeur admirĂ© par une trĂšs grande majoritĂ© des rappeurs amĂ©ricains. Tous se reconnaissent dans son legs. Et il est trĂšs important de noter, dâailleurs, que 2Pac a Ă©galement trĂšs bien gĂ©rĂ© la mythologie autour de sa mort. Ce nâĂ©tait pas conscient, attention, mais il y a tant de titres qui parlent ou qui mettent en scĂšne sa disparition, que sa mort â quâil savait proche â ne pouvait que le projeter dans de nouvelles dimensions.
Vous pouvez retrouver lâinterview de Maxime Delcourt sur le site de SURL
Des articles, des documentaires, des livres plus ou moins pertinents, et mĂȘme un futur biopic : il existe aujourdâhui beaucoup de documentation sur 2Pac. Sortir un nouveau livre sur le sujet paraĂźt donc pĂ©rilleux, mais lorsque lâĂ©diteur sâappelle Le Mot et le Reste, il y a de quoi ĂȘtre curieux. RĂ©dacteur pour Noisey, les Inrocks et Brain Magazine, Maxime Delcourt, lâauteur de Me Against the World, nâen est pas Ă son premier ouvrage. Il Ă©tait en effet dĂ©jĂ derriĂšre un livre sur le free jazz, et un autre sur les chansons expĂ©rimentales, parus chez le mĂȘme Ă©diteur.
Maxime Delcourt commence ici par la fin, en retraçant de maniĂšre dĂ©taillĂ©e la derniĂšre journĂ©e de 2Pac. La prĂ©cision des descriptions et la maniĂšre de dĂ©peindre les dĂ©cors et les personnages nous mettent de suite dans lâambiance. Ne reste ensuite quâĂ remonter le fil dâAriane pour retracer toute la carriĂšre de lâhomme en sâagrippant Ă ses racines. Ses racines familiales tout dâabord, tout un pan de lâouvrage Ă©tant consacrĂ© Ă la vie de Afeni Shakur, et Ă lâenfance de Pac, chapitre de sa vie qui se trouve ĂȘtre assez peu documentĂ© et qui apparaĂźt pourtant comme particuliĂšrement pertinent si lâon dĂ©sire mieux comprendre lâĂ©volution de lâartiste amĂ©ricain. On sâattarde ensuite beaucoup sur la jeunesse de 2Pac, et notamment Ă son rapport Ă lâacting, autre Ă©lĂ©ment fondateur du mythe. DĂšs la prĂ©-adolescence, Pac passe dĂ©jĂ son temps Ă rejouer les scĂ©nettes quâil voit Ă la tĂ©lĂ© avant de pousser le curseur plus loin en rejoignant les planches. Câest la naissance du 2Pac « gourou », de lâagitateur, parvenant toujours Ă sâen sortir par le haut, tirant parti de son identitĂ© morcelĂ©e.
En replaçant systĂ©matiquement son sujet dans son contexte social et historique, Maxime Delcourt en dit long sur lâAmĂ©rique noire des annĂ©es 80 et 90 dont 2Pac est lâune des figures artistiques les plus importantes. Soyons clair, il ne sâagit pas lĂ dâune pure biographie. Si lâauteur travaille autant la question, ce nâest que pour mieux parler de lâĆuvre de 2Pac. Les arcs biographiques et les petites scĂ©nettes viennent ainsi alimenter les dĂ©veloppements sur la musique et le cinĂ©ma. Lâauteur nous dĂ©livre alors tout le processus crĂ©atif du rappeur, avant dâaboutir Ă des analyses poussĂ©es de ses disques, mettant parfaitement en corrĂ©lation mĂ©thodes de travail, contexte social, entourage, et produit fini. On visualise ainsi beaucoup mieux Ă quoi pouvait ressembler une sĂ©ance de studio avec lâartiste. On comprend mieux son exigence, et sa volontĂ© de spontanĂ©itĂ© qui Ă©tait poussĂ©e si loin que les artistes qui enregistraient avec lui nâavaient le droit quâĂ une seule prise.
En sâaccrochant de prĂšs Ă la vie de 2Pac, Maxime Delcourt passe au crible toute son ascension dans lâindustrie, des premiers succĂšs Ă la paranoĂŻa totale de sa fin de vie, en passant par lâimpact quâa pu avoir sa signature chez Death Row sur son parcours de vie.
Fait assez rare, la question du 2Pac acteur est aussi particuliĂšrement travaillĂ©e par le biais de nombreux tĂ©moignages de personnes lâayant cĂŽtoyĂ© sur les plateaux. Le potentiel dramatique dingue de 2Pac est ainsi mieux mis en avant, car malgrĂ© une carriĂšre limitĂ©e, et un nombre de rĂ©ussites assez restreintes, lâon sentait clairement quelque chose chez le jeune homme, Ă tel point quâil Ă©tait parfois comparĂ© Ă James Dean. Neil H. Moritz lui-mĂȘme lui promettait quâil serait une grande star sâil patientait une dizaine dâannĂ©es, ce Ă quoi Tupac Shakur avait rĂ©pondu quâil ne serait plus en vie Ă ce moment lĂ . Me Against the World fourmille de petites anecdotes de ce style.
Ă moins que vous soyez un expert total sur la question, vous en apprendrez forcĂ©ment beaucoup sur 2Pac. Mais ce quâil y a de particuliĂšrement marquant, et qui fait lâun des intĂ©rĂȘts majeurs de ce livre, câest la maniĂšre dont Maxime Delcourt raconte son histoire. Son sens du storytelling et sa maniĂšre de resituer lâaction font de cet ouvrage un vĂ©ritable page turner, sans que jamais cela ne tombe dans la gratuitĂ©. Ce parti pris permet rĂ©ellement dâapporter un autre niveau de lecture sur la question. Si lâon ajoute Ă cela une documentation particuliĂšrement fournie, et des analyses musicales Ă©rudites, on a Ă faire Ă un ouvrage essentiel pour quiconque sâintĂ©resse Ă lâhistoire de 2Pac, tout en apportant un vrai regard sur lâhistoire intime des Etats Unis des annĂ©es 80 et 90.
Lire la chronique sur le site de Reaphit
Le 13 septembre 1996, le cĂ©lĂ©brissime 2Pac disparaissait Ă lâĂąge de 25 ans, succombant Ă une fusillade lâayant frappĂ© quelques jours plus tĂŽt. Un triste anniversaire qui donne lâoccasion Ă bon nombre de mĂ©dias dây aller de leur hommage, mais aussi Ă quelques fines plumes de revenir plus en profondeur sur un personnage, un parcours et une oeuvre singuliĂšre. Parmi elles, Maxime Delcourt, un temps passĂ© par notre rĂ©daction. Avec âMe Against The Worldâ, ouvrage de 352 pages rĂ©cemment paru aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, lâauteur offre Ă la France un premier livre analysant la carriĂšre du californien jusque dans ses angles morts, en passant par son Ă©criture, ses obsessions, les scandales qui ont jalonnĂ© son parcours, la rivalitĂ© des gangs comme des scĂšnes hip hop des deux cĂŽtes des Etats Unis, lâĂ©mergence du gangsta rap Ă lâĂ©poque, le militantisme familial, et mĂȘme les rumeurs qui entourent sa mort. Un livre indispensable pour mesurer le rĂŽle que Tupac Shakur a pu tenir au sein de lâĂ©volution de la musique rap, et lâimpact que le personnage a pu avoir sur la musique en gĂ©nĂ©ral.Disponible dans toutes les bonnes librairies, âMe Against The Worldâ est Ă ajouter au plus vite sur votre liste de cadeaux de fin dâannĂ©e.
Tupac Amaru Shakur. Il Ă©tait temps quâun livre soit Ă©crit en France sur lui. Maxime Delcourt, journaliste indĂ©pendant et Ă©crivain, publie aux Ă©ditions Le mot et le reste, Me Against The World. LâĆuvre de celui quâon appelait aussi Makaveli sera analysĂ©e dans sa globalitĂ©, en dĂ©terminant son influence dans le Gangsta Rap, sa mĂšre Afeni Shakur (qui a perdu la vie il y a quelques mois), ainsi que le label Death Row Records. Entretien avec son auteur.
The BackPackerz : Peux-tu nous présenter un peu ton parcours?
Maxime Delcourt : A la base, je viens de Lille. Jâai donc commencĂ© par Ă©crire pour des mĂ©dias lillois. En 2011, jâai commencĂ© Ă faire des piges pour Les Inrocks, et Ă partir de lĂ il y a eu Brain Magazine, New Noise, Slate. Plusieurs mĂ©dias qui mâont vraiment permis dâĂ©crire sur diffĂ©rents sujets, car jâaime par exemple autant le Rock, le Hip-Hop, la Pop et lâElectro. En ce moment, jâĂ©cris plus sur le Hip-Hop car les mĂ©dias sont trĂšs demandeurs. Il y a actuellement un vrai intĂ©rĂȘt pour le Hip-Hop. Sinon, cela fait maintenant 2 annĂ©es que je collabore avec Le Mot Et Le Reste (Ă©galement Ă©diteur du livre Regarde ta Jeunesse dans les yeux). 2Pac, câĂ©tait vraiment lâoccasion dâĂ©crire sur un sujet qui me plait car si je dois remonter Ă lâadolescence, câest le premier artiste que jâai Ă©coutĂ©. Jâai une rĂ©elle passion pour lui.
Quand tu parles dâĂ©crire sur diffĂ©rents sujets, jâai vu que tu as Ă©crit sur des artistes aussi diffĂ©rents que Kanye West, Miles Davis, Arcade Fire, Ry X mais aussi sur la chanson française. Comment sâest faite ton entrĂ©e dans le monde du Hip-Hop ?
Je suis trĂšs Ă©clectique dans mes goĂ»ts, mais je viens du Hip-Hop. Le premier artiste que jâai vraiment aimĂ©, câest 2Pac. De 13 Ă 18 ans, je nâĂ©coutais que ça. Jâavais une culture Pop ou chanson française par mes parents ou mon frĂšre, mais ça a toujours Ă©tĂ© le Hip-Hop avant tout. Jâai dâabord Ă©crit sur lâIndie Rock, la Pop ou lâElectro. Concernant le Hip-Hop, je nâavais pas les mĂ©dias pour mâexprimer. Cela fait maintenant 2-3 ans que je peux vraiment Ă©crire tout ce qui me passe par la tĂȘte niveau Hip-Hop, ça me permet aussi dâassouvir mes premiĂšres passions (rires) !
Avant ce livre, tu as Ă©cris Free Jazz. Un livre qui revenait sur lâavĂšnement de cette approche du Jazz qui tendait Ă sâĂ©manciper des nombreux codes inhĂ©rents au genre. Quel regard portes-tu sur le succĂšs quâa connu le disque The Epic, de Kamasi Washington, sorti lâannĂ©e derniĂšre ?
Une excellente nouvelle ! Cela montre que le Free Jazz nâest pas une musique dâintellos et que le Jazz, dans sa globalitĂ©, nâest pas une musique de vieux. Il y a tout un passĂ©, toute une histoire dans cette musique⊠Et la maniĂšre dont Kamasi Washington lâouvre Ă des styles musicaux comme le Hip-Hop, je trouve cela hyper intĂ©ressant. Le fait quâil collabore aussi avec des artistes comme Kendrick Lamar, câest hyper important pour montrer que le Jazz, avec ce que font aujourdâhui des gars comme Flying Lotus, est une musique qui continue dâĂ©voluer. Il y a encore plein de choses Ă montrer. Aussi, il y a un vrai hĂ©ritage Afro-amĂ©ricain dans cette musique, qui est trĂšs intĂ©ressant.
Quâest ce qui tâa donnĂ© envie dâĂ©crire ce livre ?
La premiĂšre raison, câest quâen toute objectivitĂ©, 2Pac est la figure centrale du Rap. Je ne dis pas quâil est le meilleur rappeur de tous les temps, mais câest la figure centrale du Rap. Bizarrement, il nây a pas de livres sur lui en France. Les seuls livres disponibles en français sont des traductions issues des USA. La plupart du temps sur les scandales ayant Ă©maillĂ© sa vie et les diffĂ©rentes thĂ©ories autour de sa mort. Mais rien sur son oeuvre. Je trouvais cela assez fou sur un tel rappeur, aussi influent. On ne parle jamais de son oeuvre alors que 2Pac Ă©tait un acharnĂ© de travail, qui a enregistrĂ© des tonnes de morceaux. Mon idĂ©e, est vraiment de replonger dans son oeuvre, ses films, retracer sa vie car câest obligatoire, voir un peu comment ça se dĂ©roulait pour lui en studio, sur les plateaux, comprendre comment il travaillait. Câest vraiment ce qui mâa donnĂ© envie dâĂ©crire ce bouquin. Je ne voulais pas me focaliser sur les thĂ©ories qui existent autour de sa mort. Etant Lillois, je pense que je nâai rien Ă apporter de plus sur le sujet (rires). Et puis, les scandales mâintĂ©ressent peu.
Tu étais fasciné et par sa carriÚre de rappeur/acteur et par son personnage, son militantisme.
Ce qui mâa vraiment plus chez 2Pac quand je lâai dĂ©couvert Ă lâadolescence, car je ne comprenais pas les paroles Ă lâĂ©poque, câest vraiment son histoire. Son histoire me fascinait, lâhĂ©ritage de sa mĂšre, les Black Panthers, la mise au point du code Thug Life. Je trouvais ça hyper intĂ©ressant. Le Rap Ă©tait reconnu comme mouvement engagĂ© mais je trouve quâil a amenĂ© le truc encore plus loin. Câest pas le seul, mais il a apportĂ© le truc vraiment loin. Cela faisait beaucoup de poids Ă porter, il nâest decĂ©dĂ© quâa 25 ans, ce qui est trĂšs jeune, mais on a lâimpression quâil a vĂ©cu une vie dâun mec de 70 ans. LâhĂ©ritage politique de 2Pac est de fait assez important. On parlait tout Ă lâheure du Free Jazz, sâil y a un lien entre ces deux livres, il est lĂ : la volontĂ© de dĂ©fendre la cause noire aux USA ou Ă lâinternational. Câest quelque chose de trĂšs intĂ©ressant.
Il y a eu beaucoup de théories liées à sa mort. Laquelle te semble la plus crédible ?
Câest difficile Ă dire, car il y a toujours lâopinion personnelle. Je pense que plusieurs personnes sont impliquĂ©es dans ce crime. Suge Knight par exemple, il y est pour quelque chose. Il y a des preuves qui montrent quâil pouvait ĂȘtre impliquĂ© de prĂšs ou de loin. Je pense que la police est impliquĂ©e aussi. DĂ©jĂ , le fait que des flics Ă©taient employĂ©s comme gardes du corps chez Death Row, illĂ©galement, couplĂ© Ă celui que 2Pac nâĂ©tait pas trĂšs aimĂ© par les services de police⊠Si je devais croire une thĂ©orie, ce serait celle selon laquelle Suge Knight + services de police = mort de 2Pac. Suge avait trop Ă perdre dans cette histoire. 2Pac voulait quitter Death Row. MĂȘme sâils Ă©taient en bons termes, le fait de se retrouver sans le catalogue de 2Pac Ă disposition Ă©tait trĂšs risquĂ© pour son business. Et puis, tout le monde voulait quitter Death Row Ă cette Ă©poque. Cela nâengage que moi, mais je pense que câest la thĂ©orie la plus crĂ©dible. Surtout lorsque lâon sait que le policier Russell Poole a Ă©tĂ© licenciĂ© parce quâil creusait un peu trop dans cette affaire. Pourquoi licencier quelquâun qui ne fait que son travail ? Et ce nâest pas le seul. Beaucoup ont reçu des menaces de mort ou autre. Il y a un rĂ©el intĂ©rĂȘt Ă cacher la vĂ©ritĂ© dans cette histoire. Pourquoi ? je ne saurais pas rĂ©ellement le dire.
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Lire lâinterview en intĂ©gralitĂ© sur le site de The Backpackerz
SignĂ© par un français, lâouvrage revient sur lâhistoire et lâaura unique du rappeur devenu lĂ©gende.
Il y a dans lâhistoire de la musique des personnages incontournables et en ce qui concerne le rap, Tupac Shakur en fait incontestablement partie. Câest pourquoi un nouveau livre est sorti le 21 octobre, plus prĂ©cisĂ©ment une analyse qui revient sur ce qui a conduit Tupac Ă devenir ce quâil est : une icĂŽne.
IntitulĂ© Me Against The World, le livre revient avant tout sur le contexte qui permet de mieux comprendre lâĆuvre du rappeur, de sa vie privĂ©e Ă sa famille en passant par son environnement et son succĂšs grandissant.
Le livre est écrit par Maxime Delcourt, journaliste indépendant spécialisé dans la musique et déjà auteur de livres sur le Free Jazz ou encore les chansons expérimentales, et paraßt aux éditions Le mot et le reste, qui ont déjà publié plusieurs ouvrages centrés sur la musique, du rock au rap en passant par la pop.
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Tupac Shakur is one of the most famous American rappers whose success has contributed to the global commercial explosion of rap in the 1990s. Twenty years after his death at the age of twenty-five years, he continues to inspire many rappers and generate all the phantasms through a work, musical and cinematographic, as abundant and political as viscerally attached to the street.
Behind the scandals that have marked his career and the many rumors hovering over his death, this book has the ambition to understand the work of 2Pac, his conception, its blind spots, his meticulous pen, her obsessions, her prospects or similarities she has with his personal evolution. From Harlem to Los Angeles, from Marin City to Atlanta and Baltimore, these pages, anxious to re-contextualize the work of the rapper, also speak about cruelty of gangs in the United States, the war between West Coast and East Coast, the militancy of the Shakur family, the emergence of gangsta rap in the late 1980s and the adventure of Death Row Records.
Le 13 septembre 1996, Tupac Shakur, 25 piges, dĂ©cĂ©dait de blessures par balles dans un hĂŽpital de Las Vegas. Portrait dâun rappeur brillant, prolifique, violent, nĂ©buleux et militant, ardent dĂ©fenseur non sans grabuge de la cause afro-amĂ©ricaine.
Pour cĂ©lĂ©brer son transfert Ă Oakland chez les Golden State Warriors, Kevin Durant, lâune des stars de la NBA, sâest fait tatouer il y a quelques semaines son imposant portrait sur la jambe. Il a sorti plus dâalbums mort que vivant. Et un biopic dont il est le hĂ©ros, All Eyez on Me, sortira le 11 novembre dans les salles obscures amĂ©ricaines. Devenu une figure mythique, un symbole, une icĂŽne mĂȘme, Ă lâimage dâun Jim Morrison, dâun Bob Marley ou dâun Kurt Cobain, Tupac Shakur hante encore tous les esprits 20 ans aprĂšs sa disparition. Flash-back funeste. Le 7 septembre 1996, aprĂšs avoir assistĂ© Ă un combat de boxe entre Mike Tyson et Bruce Seldon puis lattĂ© un membre des Crips, gang de South Central, qui avait volĂ© quelques mois plus tĂŽt lâun de ses proches dans un Foot Locker, Tupac se rend en voiture au Club 662 et se fait tirer dessus Ă un feu rouge. Soudain mais prĂ©visible Ă©pilogue (pourtant jamais Ă©clairci) dâun rappeur afro-amĂ©ricain militant au parcours chaotique, au discours engagĂ© et Ă la vie tragiquement courte.
Tout chez Tupac semble prĂ©coce et compliquĂ©. Fils de deux Black Panthers, le gamin naĂźt Lesane Parish Crooks le 16 juin 1971 Ă Harlem mais est rapidement rebaptisĂ© Tupac Amaru Shakur en hommage Ă un chef inca, ennemi des conquistadors, qui a menĂ© une guĂ©rilla fĂ©roce contre les Espagnols et fini⊠exĂ©cutĂ©. Tupac sĂ©journe dĂ©jĂ en prison avant mĂȘme sa naissance. En cloque au pĂ©nitencier, sa mĂšre accusĂ©e de âcomplot contre le gouvernement des Ătats-Unis et les monuments de New Yorkâ se dĂ©fend elle-mĂȘme sans notion de droit et est acquittĂ©e un mois avant lâaccouchement.
Entre sa tante condamnĂ©e pour lâassassinat dâun policier, son beau-pĂšre arrĂȘtĂ© pour avoir orchestrĂ© son Ă©vasion et braquĂ© un fourgon, ou encore son parrain, membre fondateur des Black Panthers qui a pris perpĂ©tuitĂ© pour meurtre (il ne sera innocentĂ© et libĂ©rĂ© quâen 1997), lâenvironnement familial laisse quelque peu Ă dĂ©sirer. Il nâen deviendra pas moins le terreau fertile dâun artiste terriblement engagĂ©.
Dans les quartiers noirs de New York oĂč le crack est bien plus facile Ă dĂ©gotter que les aides sociales, les slogans Black Power lui servent de berceuses. FauchĂ©e comme câest pas permis, la petite famille dĂ©mĂ©nage sans cesse et dort Ă lâoccasion dans la rue. Afeni nâa pas un rond et sâabsente souvent pour le parti, mais elle nâen nĂ©glige pas pour autant lâĂ©ducation de son fiston. DĂšs quâil fait une bĂȘtise, sa punition est de lire de bout en bout un exemplaire du New York Times. Dâen faire un compte-rendu dĂ©taillĂ© et rĂ©flĂ©chi.
âTupac a grandi dans un environnement on ne peut plus militant et possĂšde de nombreux points communs avec sa mĂšre, explique Maxime Delcourt, auteur de 2Pac Me Against the World, Ă paraĂźtre le 21 octobre chez Le Mot et Le Reste. Les meetings en uniforme, le maniement des armes et les discours politiques font partie de sa routine. Sa famille lui transmet une certaine conscience du monde, le goĂ»t de la rĂ©volte et de lâengagement. Au-delĂ de ces antĂ©cĂ©dents activistes, Tupac va nourrir trĂšs tĂŽt un vĂ©ritable amour des mots et afficher de vraies capacitĂ©s dâorateur. Il Ă©crit sa premiĂšre piĂšce de théùtre Ă dix ans, entre dans une troupe Ă douze et Ă treize, joue dans A Raisin in the Sun pour financer la campagne prĂ©sidentielle dâun sĂ©nateur noir⊠â
Fan de Jim Carrey dont il raffole des sketches dans le Saturday Night Live et du personnage dâArnold dans Arnold et Willy, Tupac entre Ă quinze ans Ă la Baltimore School for the Arts oĂč il dĂ©couvre la poĂ©sie, le jazz et lâart dramatique. Il est restĂ© en contact avec ses cousins new-yorkais et suit lâĂ©volution du hip hop mais aime Kate Bush, SinĂ©ad OâConnor, Culture Club et U2. Puis surtout, il joue du Shakespeare qui le passionne et lui permet de devenir quelquâun dâautre. âCette Ă©cole lui a offert, comme il le dira lui-mĂȘme, la possibilitĂ© de faire du théùtre, du ballet et de baiser des Blanches. Elle lui a ouvert les yeux sur lâart et sur le monde, et lui a montrĂ© que tous les Blancs nâĂ©taient pas comme les politiciens et les flics.â
2Pac, 20 ans dĂ©jĂ
© DR
East Side Crew, Born Busy⊠Tupac, le rappeur, monte ses premiers projets, enregistre ses premiĂšres dĂ©mos et se verrait bien mener parallĂšlement des carriĂšres dans la musique et le cinĂ©ma. Parti sâinstaller avec sa famille en Californie, il Ă©crit sur les inĂ©galitĂ©s raciales, la pauvretĂ© et les tensions sociales. AprĂšs avoir arrĂȘtĂ© ses Ă©tudes et dĂ©mĂ©nagĂ© prĂšs dâOakland, il dort sur des canapĂ©s ou dans des maisons abandonnĂ©es. Il deale du crack (que sa mĂšre consomme depuis longtemps), livre des pizzas et joue briĂšvement les proxĂ©nĂštes. âJâai dealĂ© pendant quinze jours, mais jâĂ©tais vraiment nul. En fait, les vendeurs de drogue, se rendant compte que je nâĂ©tais pas fait pour ça, sont devenus mes sponsors. Ils mâont juste dit: âFais un album et mentionne mon nom.ââ
âLâun des moments dĂ©terminants dans la carriĂšre de Tupac, câest la rencontre en 1989 du Digital Underground, reprend Maxime Delcourt. Tupac avait dĂ©jĂ montĂ© lâun ou lâautre petit projet mais câest ce groupe qui va lui permettre de se professionnaliser. Il est engagĂ© pour porter les bagages, monter la scĂšne et danse torse nu en slip lĂ©opard en simulant lâacte sexuel avec une poupĂ©e gonflable. Mais le crew lui laisse prendre le micro quand il descend dans les clubs et lui offre un couplet de Same Song enregistrĂ© pour la BO de Nothing But Trouble de Dan Aykroyd. La signature sur le label Interscope et la sortie de son premier album 2Pacalypse Now lanceront vĂ©ritablement la machine.â
2Pacalypse Now ou les rĂ©cits dâun jeune Noir qui dĂ©crit la douleur de son enfance, parle de brutalitĂ© policiĂšre, dâaddictions, de grossesses adolescentes. Des sujets quâil connaĂźt sur le bout des doigts pour une entrĂ©e Ă la 64e place du Billboard et au final un disque dâor. Deux ans plus tard, le rappeur en remet une couche avec Strictly 4 My N.I.G.G.A. Z. âCes deux albums sont trĂšs engagĂ©s. Ă lâĂ©poque, Public Enemy et N. W. A. disent dĂ©jĂ que ça va pĂ©ter. Mais Tupac a plutĂŽt le cĂŽtĂ© rap conscient des premiers. Il propose une remise en cause intelligente de lâAmĂ©rique blanche. Dans ses textes et la vie de tous les jours, il a mĂȘme un cĂŽtĂ© social. Il prend lâavion pour aller voir un gamin malade juste avant son dĂ©cĂšs. Il crĂ©e une Ligue de baseball dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s et veut donner des concerts dans les Ă©coles, mais seulement pour ceux qui ont la moyenne et nâappartiennent pas Ă un gang.â
Vie de voyou
BoostĂ© par ses dĂ©buts au cinĂ©ma dans Juice dâErnest Dickerson et Poetic Justice de John Singleton qui voulait faire de lui son De Niro (âShakur est le premier vrai rappeur Ă ĂȘtre devenu acteurâ), 2Pac crĂ©e en 1993 le groupe Thug Life auquel est censĂ© se joindre Notorious B.I.G., qui prĂ©fĂšre finalement signer sur le label de Puff Daddy. Thug Life (âVie de voyouâ), câest Ă la base un code de conduite quâil a rĂ©digĂ© avec dâanciens membres du Black Panther Party Ă la suite de sa dissolution. Une espĂšce de guide rĂ©sumant une certaine philosophie de vie. Un discours brouillĂ© qui rĂ©gule le banditisme, interdit la vente de drogues aux enfants et aux femmes enceintes, la violence gratuite et les victimes innocentes. âCâest compliquĂ© et lourd Ă porter Ă 22-23 ans de devenir le porte-parole dâune communautĂ©. Il en a marre quâon le tienne pour responsable de tout ce qui se passe dans le ghetto. Il y croit encore mais il prĂ©fĂ©rera abandonner les rĂȘnes Ă quelquâun dâautre.â
AprĂšs sâĂȘtre fait agresser et tirer dessus pour ses bijoux dans le hall dâun studio dâenregistrement Ă Manhattan, Tupac devient complĂštement parano. Reconnu coupable dâattouchements sexuels, il purge en 1995 une peine de huit mois de prison pendant lesquels il lit Machiavel et devient le premier artiste Ă se classer numĂ©ro 1 des charts de derriĂšre les barreaux. âKanye West nâest pas le premier rappeur Ă montrer ses faiblesses et ses blessures. Tupac avait dĂ©jĂ un cĂŽtĂ© trĂšs mĂ©lancolique. Une capacitĂ© Ă Ă©crire des morceaux trĂšs intimes et profonds. Me Against the World en est la preuve. Il y prie Dieu pour quâil le libĂšre de son malaise et consacre un titre super Ă©mouvant Ă sa mĂšre (Dear Mama), câest pour le moins rare dans le milieu Ă lâĂ©poque.â
Sorti de taule par le margoulin et dangereux Suge Knight contre deux disques sur son label Death Row (sans doute la plus grosse erreur de sa tumultueuse existence), Shakur change totalement dâattitude. Il sort en 1996 avec All Eyez on Me le premier double album de rap amĂ©ricain uniquement composĂ© de titres originaux. Il enregistrera quasiment 200 morceaux pendant les quatre derniers mois de sa vie.
âTupac venait de New York et a incarnĂ© le gangsta rap West Coast. Il a Ă©crit des textes trĂšs poĂ©tiques et conscients et dâautres franchement vulgaires et sexuels. Il a militĂ© pour la clause black et critiquĂ© une sociĂ©tĂ© inĂ©galitaire avant de sâenfermer dans lâimagerie Death Row qui jetait Ă la face du monde ses liasses de billets. Il Ă©tait plein de contradictions mais des contradictions logiques eu Ă©gard Ă son jeune Ăąge et Ă son histoire. On parle dâun mec qui a tout connu en 25 ans. LâextrĂȘme pauvretĂ©, la richesse, le succĂšs, les plus belles femmes, les problĂšmes judiciaires et la prison⊠à lâĂąge oĂč il sâen est allĂ©, Kanye et Jay-Z nâavaient encore rien enregistrĂ©âŠâ
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