Voyage du cÎté de chez moi
Un petit prĂ©cis dâescargotisme pour lecteurs en manque de grands voyages !
Câest dans un esprit similaire Ă celui de Thoreau que Jean-Luc Muscat apprĂ©hende le monde. Il ouvre la porte de sa maison et lâaventure est lĂ . Sept jours de marche et de flĂąnerie lâemmĂšnent des forĂȘts du SĂ©gala au Causse du Quercy aprĂšs avoir traversĂ© et retraversĂ© Lot et CĂ©lĂ©. Il emprunte les sentiers forestiers, suit des bribes du chemin de Saint Jacques, observe la nature dâun Ćil attentif mais plisse aussi les yeux pour se crĂ©er des tableaux impressionnistes, se reposant dans des gĂźtes dĂ©sertĂ©s ou Ă la belle Ă©toile. Cet ancien forestier imprĂ©gnĂ© de nature se rĂ©clame de lâescargotisme, rĂ©flĂ©chit sur cette mobilitĂ© effrĂ©nĂ©e oĂč lâon veut dĂ©couvrir des mondes lointains avant de connaĂźtre la proximitĂ© de son jardin. Il Ă©crit pour nous faire voyager avec lui, si loin, quâon en oublierait ĂȘtre si proches.
Revue de presse
- Interview - Plus c'est lent plus c'est bon Catherine Robin ELLE Zen mai 2019
- Voyage du cÎté de chez moi Nathalie Glorion Les Passions de Chinouk 23 mars 2019
- Il voyage en solitaire Jean-Marc Pinson Ouest-France 15 mars 2019
- Voyage du cÎté de chez moi Pierre Ahnne Le blog littéraire de Pierre Ahnne 28 février 2019
Au milieu dâune production littĂ©raire, quoi quâon en dise, de plus en plus calibrĂ©e et obĂ©issant Ă un cahier des charges imposĂ© par on ne sait exactement qui, il arrive que des Ă©diteurs discrets (lâexpression « petits Ă©diteurs » ne rend pas compte de leur rĂŽle important : aprĂšs tout, eux seuls prennent des risques en sortant des sentiers battus) fassent paraĂźtre des titres dignes de retenir lâattention. Câest le cas de la maison marseillaise, Le Mot et le Reste, avec ce Voyage du cĂŽtĂ© de chez moi. Dans lâesprit du lecteur lettrĂ©, qui connaĂźt ses classiques, ce titre Ă©voque le Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre, admirable texte mineur, si lâon veut, mais quâon peut relire chaque annĂ©e sans se lasser. En ce qui le concerne, Jean-Luc Muscat est sorti de sa chambre et mĂȘme de sa maison. Ă une Ă©poque oĂč les compagnies aĂ©riennes Ă bas prix emmĂšnent leur clientĂšle Ă lâautre bout du monde pour un tarif minimal et un inconfort maximal, Muscat sâest satisfait dâutiliser le plus vieux moyen de locomotion qui existe. Si lâon admet quâaprĂšs leur apparition en Afrique, les ancĂȘtres des ĂȘtres humains ont progressivement colonisĂ© les zones les moins inhospitaliĂšres de la planĂšte, ils ne lâont fait quâen marchant.
Jean-Luc Muscat est donc parti de « chez lui », quelque part prÚs de Figeac, département du Lot (depuis la Révolution française), province du Quercy (auparavant) ; terre de pierres et de soleil (une minéralité et une lumiÚre qui ne sont pas celles de la Provence), de riviÚres qui disparaissent sous les montagnes, puis ressurgissent.
« Partir Ă pied de son lieu dâhabitation signifie quâil nây a pas de transition entre le bouclage du sac et le premier pas sur le chemin, pas de voiture, aucun train, aucun avion. Point dâintermĂšde, ni anticipation, ni crainte, ni trac. LâimmensitĂ© du monde est lĂ , lâimmensitĂ© de la libertĂ© » (p.8).
Dans un pays lacĂ©rĂ© par des autoroutes, qui permettent dâaller au plus vite du point A au point B en ne voyant rien, sinon la route elle-mĂȘme, les autres vĂ©hicules et les pĂ©ages ; dans un pays striĂ© par des voies ferrĂ©es Ă grande vitesse dont les gares se dressent au milieu de nulle part ; dans un pays oĂč, Ă la mode amĂ©ricaine, les gens qui disposent dâune voiture sâen servent pour parcourir cinquante mĂštres, le fait de voyager Ă pied suffit Ă faire de vous un hurluberlu. Marcher, câest accepter une part de hasard, de rencontres, dâimprĂ©vus heureux ou malheureux (quand on voyage en avion ou par lâautoroute, lâimprĂ©vu est en gĂ©nĂ©ral tragique). Marcher est aussi une maniĂšre de rĂ©apprendre « lâusage du monde », de se rappeler que ce qui nous entoure nâest pas un hypermarchĂ© livrĂ© au pillage, un endroit oĂč lâĂȘtre humain peut faire nâimporte quoi (il ne sâen est pas privĂ©), mais un lieu oĂč lâon doit se comporter de maniĂšre civilisĂ©e, en suivant certains « usages ».
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La chronique intégrale est en lecture sur La Cause littéraire
LâESCARGOTISME ? UN DROLE DE NOMPOURUNEVRAIEPHILOSOPHIE DE VIE, QUENOUSPRESENTE LâAUTEURJEAN-LUCMUSCAT, ANCIENFORESTIER. UNESALUTAIREINVITATION A RALENTIRAFIN DE REPRENDRE LE CONTROLE DE SONTEMPS ET DE SA VIE.
Pour se rendre du cĂŽtĂ© de chez lui, le chemin est long. Depuis Paris, il sâouvre au petit matin dans une gare dâAusterlitz dĂ©serte oĂč un train lntercitĂ©s sâapprĂȘte Ă tortiller pendant quatre bonnes heures jusquâĂ Brive-La-Gaillarde. lĂ , un autocar poursuit le chemin omnibus pendant plus de deux heures jusquâĂ Figeac, charmante bourgade du lot, berceau de Champollion et terre dâadoption de Jean-luc Muscat. Forestier de formation, cet homme de 65 ons a exercĂ© mille mĂ©tiers avant de signer son premier livre Voyage du cĂŽtĂ© de chez moi, aux Ă©ditions le mot et le reste. Sa philosophie ? Une reconnexion avec le rythme nourrissant de la nature. Le point de dĂ©part ? Sa maison, situĂ©e dans le SĂ©gala, terre acide au carrefour de lâAveyron, du Cantal et du Lot. De lĂ , il nous invite Ă le suivre « pendant sept jours de marche pour se crĂ©er un monde ». Non sur le modĂšle divin, mais plutĂŽt dans le but de composer une ode Ă la nature, de nous convier Ă ralentir. Une aventure intĂ©rieure aussi gourmande que frugale, aux portes de chez soi.
ELLE. Vous vous revendiquez de lâescargotisme, un nĂ©ologisme de votre cru. De quoi sâagit-il ?
JEAN-LUCMUSCAT. Quand on me demande mon signe astrologique, je dis toujours que je suis du signe de lâescargot. Depuis que je suis gosse, jâai toujours dessinĂ© des spirales quand je mâennuyais. A lâĂ©cole dâabord, puis dons les rĂ©unions de travail. Cette escargotisme procĂšde chez moi dâune revendication pour le droit Ă la lenteur. La lenteur, câest sâhabiter, prendre possession de soi-mĂȘme. Câest le mouvement qui vous permet dâapprĂ©hender votre environnement proche, d âen retenir les dĂ©tails, dâimprimer en vous ce qui vous entoure. Dons notre monde moderne, la marche en solitaire est la discipline idĂ©ale pour sâadonner Ă la lenteur.
ELLE. Pourtant, notre Ă©poque ne valorise pas spĂ©cialement la lenteurâŠ
J.-L.M. Le monde est devenu frĂ©nĂ©tique. On veut construire vite, se dĂ©placer vite, gagner toujours plus de temps â mais du temps pour quoi ? On veut toujours anticiper, se projeter dans ce que lâon imagine forcĂ©ment meilleur. Câest Ă©puisant.
ELLE. Est-ce que ralentir, câest vieillir?
J.-L.M. Non, ou contraire. Moi, jâai toujours Ă©tĂ© lent. On mâappelait âle Bouddhaâ, âle rĂȘveurâ. JâĂ©tais toujours en contemplation. Je suis extrĂȘmement lent depuis toujours. Je prends mon temps.
ELLE. En quoi la marche est-elle le pendant de la lenteur?
J.-L.M. Marcher, câest toucher terre. Jâai le mal des transports. Quand je suis dans un bus, un train ou un avion, ce que je dĂ©sire le plus, câest loucher terre. Câest indispensable. La marche est un refuge, je trouve la paix, je remets en place tous mes dĂ©sordres, psychiques, physiques, je me rĂ©aligne, je me remets droit. Câest une forme de mĂ©ditation.
ELLE. Est-ce un mécanisme conscient ou inconscient ?
J.L.M. les deux. Parfois, jâai des sujets trĂšs concrets en tĂȘte, que je vois mâemployer Ă traiter en marchant : le prochain voyage, un problĂšme affectif, un livre Ă terminer, une obsession⊠je vais chercher le pourquoi de la chose. Dâautres fois, cela advient comme ça, Ă la façon de lâinspecteur Bourrel â âBon Dieu, mois câest bien sĂ»r!â.
ELLE. Le voyage Ă cĂŽtĂ© de chez soi est-il possible lorsque lâon vit dans un environnement trĂšs urbain ?
J.-L.M. Marcher, câest ĂȘtre ouvert aux sensations. Jâai grandi Ă Paris et aujourdâhui encore, quand jây reviens, lâodeur des troĂšnes mâemballe. Mon enfance est lĂ , au pied des platanes, des catalpas, des marronniers. Je pense que, mĂȘme si on habite une grande ville, on peut partir en voyage du cĂŽtĂ© de chez soi. Suivre la Seine et voir oĂč cela nous mĂšne ; se perdre dans la vallĂ©e de Chevreuse ; aller vers lâouest, vers le nord⊠Tout est possible. La nature est lĂ , la libertĂ© est lĂ . Il suffit de laisser tomber sa voiture et de se mettre en marche pour ĂȘtre plus attentif Ă ce qui est Ă notre portĂ©e. Quel que soit notre environnement, je pense que lâon peul pratiquer cela. MĂȘme si je nâoublie pas que la marche est, pour moi, un luxe de riche occidental, quand elle est dâune nĂ©cessitĂ© vitale pour dâautres, ailleurs.
ELLE. Vous dites quâil manque aux jeunes une expĂ©rience initiatique, comme des marches dans la nature ou des nuits Ă la belle Ă©toileâŠ
J.-L.M. Quand jâĂ©tais formateur en insertion sociale, jâemmenais des jeunes de quartiers populaires en stage Ă la campagne, et beaucoup ne voulaient pas rester. Ils avaient peur. Ăa les effrayait dâĂȘtre loin du quartier. lis nâavaient plus leurs repĂšres. La nature leur faisait peur, parce quâelle Ă©tait absente de leur vie. Lâurbanisation croissante de la sociĂ©tĂ© contribue Ă cette montĂ©e de la peur. Voyager seul, marcher seul, se retrouver seul dans la nature, ça fait peur. Face Ă cela, nous avons dĂ©veloppĂ© des rĂ©flexes dâhyperprotection. On veut se garantir de tout, du mol, de la nuit, des bĂȘtes, des araignĂ©es⊠On voudrait sâassurer de tout. Vous achetez quelque chose, on vous vend une assurance â on ne sait jamais, si vous cassiez votre Smartphone ou vos lunettes⊠Cette anticipation morbide permanente est, Ă mes yeux, une forme de dĂ©cadence de la sociĂ©tĂ©.
ELLE. Et vous, vous nâavez jamais peur la nuit, dans votre hamac ?
J.-L.M. Non, pas vraiment. Mais ça peul mâarriver en plein jour dans un massif dĂ©sertique. Je me dis alors de me calmer et jâinvoque ce quâil y a de meilleur en moi. Je mĂąche le temps, comme jâĂ©cris dans le livre. Je ne suis pas pressĂ© dâarriver. La peur arrive toujours quand on anticipe sur les choses, sur le danger, sur ce qui peut arriver. La peur, câest lâennemi de lâinstant prĂ©sent. La marche est une Ă©cole pour dompter cela : on se forme Ă ne plus avoir peur. On muscle sa respiration dans la cadence. On prend de lâĂ©lan et de lâallant. On cale sa foulĂ©e, son pas, sur la respiration. Câest finalement trĂšs proche du yoga. En marchant, on expĂ©rimente des choses, comme la sensation dâĂȘtre ultra-lĂ©ger. Jâai parfois lâimpression que je serais capable de voler, que lâeffort nâexiste pas, que je suis comme aspirĂ© par la pente qui est devant moi. Jâagis comme ces moines bouddhistes du Tibet qui expĂ©rimentent et essaient de repousser leurs limites : celle de ne plus avoir froid, celle de marcher le plus vite possible⊠Je travaille lĂ -dessus : je me mets dans cet Ă©tat mental oĂč les choses sont faciles. Je le visualise, je le ressens, je lâexpĂ©rimente complĂštement.
ELLE. Marcher, est-ce une dissidence ?
J*.-L.M.* Câest une forme de revendication. On est Ă contre-courant. Il suffit dâarriver Ă un point culminant et de regarder toute lâagitation en dessous de nous. Moi, je marche Ă pied. Et, oui, câest une forme de rĂ©volte. Un programme politique, je dirais mĂȘme.
ELLE. Mais le développement du tourisme ne contribue-t-il à la domestication et à la commercialisation de la nature ?
J.-L.M. II existe encore des chemins de traverse, fort heureusement. Mais je suis toujours fascinĂ© par le fait que les gens ont besoin de se regrouper pour se rassurer, sĂ»rement. li y a deux ans, jâai fait de la randonnĂ©e dons les PyrĂ©nĂ©es, jâĂ©tais affolĂ© de voir la foule au-dessus du cirque de Gavarnie. Les gens arrivent en voiture, ils font deux, trois kilomĂštres Ă pied, les uns sur les autres. Aujourdâhui, on apprĂ©hende la nature comme une chose Ă consommer. Certains ne prennent dâailleurs mĂȘme pas la peine de sâarrĂȘter. Ils baissent la vitre, clic-clac, et ils repartent. Ces gens-lĂ oublient quâon est satellisĂ© autour du soleil, quâon file Ă des milliers de kilomĂštres heure dans le cosmos. La dĂ©connexion avec la nature est totale. Par ailleurs, il est vrai que les marcheurs sont aujourdâhui surĂ©quipĂ©s. Moi, je marche beaucoup Ă lâinstinct. Bien sĂ»r, je regarde les cartes, mais je ne me promĂšne pas avec un GPS sous le nez, comme ceux que je vois parfois embarquĂ©s dons de drĂŽles de chorĂ©graphies, Ă la recherche de rĂ©seau. Avec ces outils, on perd lâinstinct, cette capacitĂ© Ă faire confiance Ă sa boussole intĂ©rieure. Or, il y a des dĂ©tails qui vous mettent sur la voie. ll faut juste prendre le temps de les observer. Un jour, je me suis perdu en Auvergne, entre Clermont-Ferrand et Aurillac. Jâai dĂ©cidĂ© de rebrousser chemin et de rĂ©flĂ©chir Ă la marche Ă suivre. Tout Ă coup, un renard est apparu, sâest engouffrĂ© dons une sente, et je me suis dit : câest par lĂ quâil faut aller. Jâai pris la sente et retrouvĂ© mon chemin. li faut se faire confiance, et lâunivers vous parle.
ELLE. Pourquoi préférez-vous marcher seul ?
J.-L.M. Les randonneurs solitaires sont finalement plutĂŽt rares. Je marche seul pour ĂȘtre maĂźtre de mes dĂ©cisions. Marcher Ă plusieurs peut ĂȘtre agrĂ©able, renforcer lâamitiĂ©, mais cela contraint aussi car il faut sans arrĂȘt sâen remettre Ă lâavis de chacun sur lâitinĂ©raire, les pauses, le rythmeâŠ
ELLE. Vous Ă©voquez beaucoup le passĂ© dans votre livre. CâĂ©tait mieux avant?
J.-L.M. Câest vrai que jâai un peu tendance Ă le dire. Câest le propre des gens qui ont un certain Ăąge, peut-ĂȘtre. Mais câest aussi liĂ© Ă la disparition rĂ©elle des sons et des odeurs qui ont de tout temps accompagnĂ© la vie rurale et nourri nos imaginaires. le paysage rural actif, celui qui existait pleinement il y a trente ou quarante ons, qui survit çà et lĂ Ă travers le chant du coq et les exhalaisons de fumier, sâest transformĂ© en une sorte de village idĂ©al, un Kodachrome bien lĂ©chĂ© duquel lâauthentique sauvagerie a disparu.
ELLE. Pourquoi avez-vous dĂ©missionnĂ© des Eaux et ForĂȘts ?
J.-L.M. Ă lâOffice national des forĂȘts, on Ă©tait dons une logique quasi industrielle, il fallait que les arbres poussent bien droits pour rationaliser leur utilisation future. Jâai une fibre sensible : tous les arbres mâinspiraient de la poĂ©sie et je nâarrivais pas Ă me rĂ©signer Ă les abattre uniquement parce
quâils Ă©taient tordus ou poussaient de travers.
ELLE. Que ressentez-vous auprĂšs dâun arbre ?
J.-L.M. Je ne sais pas, il y a une connexion. Je ne veux pas avancer de thĂ©ories fumeuses, mais ça me fait tout simplement du bien. Quand jâĂ©tais gamin, ma premiĂšre expĂ©rience mystique sâest dĂ©roulĂ©e un jour oĂč, avec mon frĂšre, on cherchait des arbres pour y monter. On a trouvĂ© un peuplement de pins sylvestres. On en a pris un chacun pour faire la course, Ă celui qui monterait le plus haut, le plus vite Au fur et Ă mesure que je grimpais jâai ressenti comme une extase. Un immense bonheur mâa envahi. JâĂ©tais en fusion avec lâarbre. Câest un souvenir ancien, mais qui est encore ancrĂ© en moi. Ăa a orientĂ© le reste de mon existence.
PremiĂšres phrases
Sept jours de marche pour se crĂ©er un monde, un monde Ă la fois hors du temps, mais aussi dans le temps maĂźtrisĂ©. Le temps sâĂ©coule doucement, Ă condition dâĂ©riger la lenteur en systĂšme et dâinstaurer un espace entre les Ă©vĂ©nements, les rencontres, les Ă©motions et soi-mĂȘme. Le temps peut sâapprivoiser, devenir un ami, un alliĂ©. Le tout est de lâimprĂ©gner de lâinstant et de se nourrir tant du dĂ©tail que de lâensemble de ce que lâon dĂ©couvre Ă chaque pas.
Pourquoi ce livre
Un jour de juin, ouvrir la porte de la maison et partir Ă lâaventure. VoilĂ la premiĂšre phrase de la quatriĂšme de couverture de « Voyage du cĂŽtĂ© de chez moi ». Vous pensez que je peux rĂ©sister Ă une telle phrase ? La promesse de lire un rĂ©cit un peu semblable Ă Thoreau a fini de me convaincre.
Résume
Câest dans un esprit similaire Ă celui de Thoreau que Jean-Luc Muscat apprĂ©hende le monde. Il ouvre la porte de sa maison et lâaventure est lĂ . Sept jours de marche et de flĂąnerie. Il emprunte les sentiers forestiers, suit des bribes du chemin de Saint-Jacques, observe la nature dâun Ćil attentif, mais plisse aussi les yeux pour se crĂ©er des tableaux impressionnistes, se reposant dans des gĂźtes dĂ©sertĂ©s ou Ă la belle Ă©toile. Cet ancien forestier imprĂ©gnĂ© de nature se rĂ©clame de lâescargotisme, rĂ©flĂ©chit sur cette mobilitĂ© effrĂ©nĂ©e oĂč lâon veut dĂ©couvrir des mondes lointains avant de connaĂźtre la proximitĂ© de son jardin. Il Ă©crit pour nous faire voyager avec lui, si loin, quâon en oublierait ĂȘtre si proches.
Mon avis sur Voyage du cÎté de chez moi de Jean-Luc Muscat
Jean-Luc Muscat adepte de âlâescargotismeâ dĂ©cide de partir en randonnĂ©e autour de chez lui dans sa belle rĂ©gion du Lot et du causse du Quercy. Une boucle de 7 jours quâil va nous conter Ă raison dâun chapitre par jour. Une randonnĂ©e pendant laquelle il va nous partager ses impressions, ses rencontres et ses dĂ©couvertes.
âVoyage du cĂŽtĂ© de chez moiâ est un tout petit livre de 85 pages, mais câest une grande bouffĂ©e de fraĂźcheur. Ce rĂ©cit mâa fait lâeffet dâune douce brise de printemps (il faut dire que je lâai lu en profitant des premiers beaux jours de lâannĂ©e, ça aide).
Jâai adorĂ© lâĂ©criture de lâauteur que jâai trouvĂ© belle, descriptive et dĂ©licate. Ce rĂ©cit mâa rappelĂ© ce que jâaime chez Thoreau : la simplicitĂ© et la dĂ©licatesse des mots.
Le fait dâapprĂ©cier ce qui nous entoure, prendre le temps, regarder, laisser son esprit vagabonder au rythme lent de nos pas.
Lâauteur a pris des chemins de traverse, mais aussi des portions du Chemin de Compostelle (deux salles, deux ambiances comme dirait lâautre :)
Le rĂ©cit est accompagnĂ© dâune chouette carte oĂč figurent les rencontres marquantes de son voyage.
Jâai ouĂŻ dire quâun autre livre de Jean-Luc Muscat devrait voir le jour, pour nous conter son chemin de Compostelle, jâai vraiment hĂąte de retrouver lâĂ©criture de lâauteur !
VoilĂ un petit livre qui met du baume au cĆur au sortir de lâhiver, impossible de ne pas se projeter et dâavoir, nous aussi, envie dâattraper son sac Ă dos et de franchir le pas de notre porte ! Vous me suivez ?
Lisez la chronique sur Les Passions de Chinouk
La chanson de GĂ©rard Manset colle parfaitement Ă la dĂ©marche de Jean-Luc Muscat. Un beau jour, il est parti Ă lâaventure, seul⊠à cĂŽtĂ© de chez lui. Il a marchĂ© pendant sept jours, des bois du SĂ©gala au Causse du Quercy en traversant le Lot et le CĂ©lĂ©. « Je me rĂ©clame de lâescargotisme. Ce nĂ©ologisme baveux procĂšde chez moi dâune revendication pour le droit Ă la lenteur. » Lâancien forestier nous entraĂźne sur des sentiers quâil connaĂźt, une nature quâil apprĂ©cie oĂč lâon croise des animaux sauvages. Le lecteur prend plaisir Ă cheminer tranquillement dans les pas du marcheur. « Si je marche seul si rĂ©guliĂšrement, le plus souvent sur les chemins et les sentiers câest certainement parce que je crains de mâĂ©loigner de la vĂ©ritable nature de lâhomme, dont les racines sont indĂ©niablement ancrĂ©es dans la terre, comme le sont celles des arbres. » Un livre qui donne envie de prendre lâair et de se mettre au vert.
« Le mot et le reste » est une maison marseillaise, qui publie des choses diverses, avec deux centres dâintĂ©rĂȘt plus apparents : la musique (plutĂŽt populaire et anglo-saxonne) et la nature comme thĂšme littĂ©raire (Thoreau figure au catalogue). Câest la seconde de ces deux prĂ©occupations quâillustre le petit livre de Jean-Luc Muscat. Cet ancien garde forestier (avant bien dâautres mĂ©tiers) est parti un 8 juin de chez lui, prĂšs de Figeac, Ă pied, pour une longue randonnĂ©e en forme de boucle, entre Lot et CĂ©lĂ©, riviĂšres et causses, avec retour le 14 juin.
7 chapitres, un par jour, pour nous raconter son aventure pĂ©destre, dans lâordre chronologique et gĂ©ographique. Rien de plus simple. Et cette simplicitĂ© est la premiĂšre vertu dâun ouvrage plein de charme.
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Retrouvez lâintĂ©gralitĂ© de la chronique sur le nouveau blog littĂ©raire de Pierre Ahnne