Voisins animaux
5 février 1854
Jâai si longtemps suivi ces traces que mes pensĂ©es se sont enrenardĂ©es ; bien que cheminant en sens inverse du renard, chaque pas me rapprochait davantage de lui. Aussi Ă©trange que cela puisse paraĂźtre, jâai cru plusieurs fois repĂ©rer son odeur, sans mĂȘme me baisser.
Sélection de Michel Granger
Traduit de lâamĂ©ricain par Brice Matthieussent
Naturaliste amateur mais passionnĂ©, Thoreau offre une multitude dâobservations stimulantes sur plus dâune soixantaine dâanimaux et un questionnement foisonnant par lequel il compte Ă©largir le champ de lâexpĂ©rience humaine. Ă partir de la sĂ©lection du volumineux Journal de Thoreau (1837-1861) et de Walden (1854), Michel Granger a composĂ© un recueil des principaux textes dans lesquels le philosophe amĂ©ricain de la nature interroge son rapport aux animaux. Alors quâils sont dissĂ©minĂ©s dans son Ćuvre, le regroupement de ces extraits prĂ©sente un panorama cohĂ©rent de sa rĂ©flexion sur lâanimalitĂ© ; lâanthologie rĂ©vĂšle un intĂ©rĂȘt, tout au long de sa vie, pour ceux que Thoreau (1817-1862) appelle ses « voisins », ses « co-habitants », voire ses « amis » ; elle montre la persĂ©vĂ©rance de sa quĂȘte mĂ©thodique dâinformation sur ceux quâil perçoit comme des semblables. Il faut bien entendre la provocation anticonformiste qui sous-tend la prĂ©fĂ©rence pour les « voisins animaux » et le rejet des habitants de Concord auxquels il reproche dâĂȘtre engluĂ©s dans le culte de lâargent et les traditions.
Revue de presse
Une sĂ©lection de 63 observations dâanimaux rĂ©alisĂ©es par Henry D. Thoreau pendant son sĂ©jour Ă Walden. Et une certaine façon de voir le monde que le titre nous donne dĂ©jĂ Ă comprendre. En effet, en considĂ©rant les animaux comme nos voisins, Thoreau nous propose implicitement dâessayer de vivre avec eux comme nous vivons avec nos voisins : « en bonne intelligence ».
On notera ensuite que les animaux sont prĂ©sentĂ©s par ordre alphabĂ©tique â ce qui implique Ă mon sens quâils peuvent ĂȘtre lus Ă la convenance de chacun â et que le premier est â Ă tout seigneur, tout honneur â lâabeille (on se souviendra dâun proverbe qui dit que lâhomme disparaĂźtra lorsquâil nây aura plus dâabeille). Le dernier animal prĂ©sentĂ© est le vison, il est simplement dĂ©crit et lâon note la maniĂšre dâobserver de Thoreau : immobilitĂ© et patience. Jâai pour ma part relevĂ© le nom dâun animal que je ne connaissais pas : la Barbotte brune⊠câest un poisson â avec un nom pareil, jâaurais pu mâen douter !. Et un des premiers que je suis allĂ© lire est le cheval, avec le chat, le chien, le coq et le cochon, le bĆuf et la vache il fait partie des « civilisĂ©s ». Lâobservation est particuliĂšre parce quâelle sâappuie sur le rapport entre lâagriculteur qui utilise la force de lâanimal sans avoir passĂ© de « contrat » avec lui. Comme dit Thoreau, lâhomme nâĂ©duque pas le cheval, il lâutilise.
Pour tous ceux qui observent des animaux soit occasionnellement en des endroits prĂ©cis, soit rĂ©guliĂšrement parce quâils habitent un lieu de nature, ce livre ne peut ĂȘtre que passionnant. Pour les autres, on peut souhaiter quâil leur donne envie dâobserver Ă leur tour⊠commencez par les araignĂ©es et leurs toiles ou les fourmis, si les oiseaux sont trop loin⊠Et puis vous avez peut-ĂȘtre un chat, un chien ou un poisson rouge Ă domicile (la fausse immobilitĂ© des poissons dâaquarium est fascinante).
Bonne lecture.
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