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Parution : 06/09/2018
ISBN : 9782360548101
208 pages (148x210)

Un court instant de grĂące

AndrĂ© Bucher dit l’éveil et la fiertĂ© Ă  dĂ©fendre sa terre, dans un rĂ©cit somptueux de maĂźtrise et de poĂ©sie
 C’est beau
 IntensĂ©ment beau!

Mathieu Lartaud – Decitre Grenoble

Avec la complicitĂ© des saisons et des Ă©lĂ©ments qui ne comptent pas se plier aux rĂšgles que les hommes croient leur imposer, Émilie s’occupe tant bien que mal d’une terre qui se mĂ©rite, derniĂšre gardienne des lieux depuis la mort de son mari et le dĂ©part de son fils. Ce quotidien solitaire bascule avec le retour providentiel de son amour d’enfance, Victor, et l’arrivĂ©e d’entrepreneurs bien dĂ©cidĂ©s Ă  dĂ©cimer la forĂȘt environnante pour nourrir un gargantuesque projet de centrale Ă  biomasse ironiquement louĂ© comme Ă©cologique. S’ensuivra une lutte, un rĂ©veil de la vallĂ©e et de ses protagonistes qui se pensaient endormis, entre intĂ©rĂȘts politiques, prises de conscience, paresse intellectuelle et rĂ©sistances acharnĂ©es. Chacune et chacun jouera son rĂŽle et donnera au rĂ©cit sa force, Ă  l’image de l’indomptable montagne de Palle qui domine les lieux et tire sa beautĂ© de ses contrastes.

Revue de presse

- Un cours instant de grĂące : montagne et forĂȘts sous la menace Mimiche ActuaLittĂ© 1 fĂ©vrier 2019
- Lectures hivernales Paul La Feuille Charbinoise 27 janvier 2019
- Interview - André Bucher à la Foire bio Sans transition ! 16 octobre 2018
- Voyage au bout du livre Daniel Raphalen Alternantes.fm 5 janvier 2019
- Un court instant de grĂące : pourtant que la montagne est belle Marie-Laure Soetaert Le Suricate 6 janvier 2019
- Chronique de Marc Gaucherand Radio Zinzine // Un livre un jour 16 décembre 2018
AndrĂ© Bucher, Ă©crivain entre terre et ciel, raconte le combat Ă©cologique d’une femme montagne BenoĂźt Pupier Reporterre 24 octobre 2018
L’écrivain et paysan AndrĂ© Bucher Ă©tait derniĂšrement de passage Ă  la librairie Le Millefeuille La rĂ©daction Le Journal du Centre 27 octobre 2018
- Le batailleur du bois Sans Transition octobre 2018
- Un court instant de grĂące Nathalie Glorion - Les passions de Chinouk 16 octobre 2018
- Interview - Balade dans la DrÎme en compagnie de l'écrivain et paysan écolo André Bucher Denis Cheissoux France Inter // CO2 mon amour Samedi 13 octobre
- Les coups de cƓur des libraires et les bibliothĂ©caires La rĂ©daction La DĂ©pĂȘche 15 octobre 2018
- Un court instant de grĂące Patrick Beguinel Litzic.com 9 octobre 2018
- Un court instant de grùce Yvon Bouëtté Eireann Yvon 17 juillet 2018

- Un cours instant de grĂące : montagne et forĂȘts sous la menace

ROMANFRANCOPHONE – On ne peut plus considĂ©rer ces quelques maisons en ruine autour du petit cimetiĂšre comme un hameau. MĂȘme s’il y reste quand mĂȘme au moins une personne avec quelques animaux, un jardin et des terres cultivĂ©es. Seule depuis maintenant trois annĂ©es. Depuis que son mari est dĂ©cĂ©dĂ© en tentant d’éteindre l’incendie qui avait pris dans la grange.

Depuis Emilie s’occupe seule de la ferme et de ses dĂ©pendances, son fils, Serge, parti depuis des annĂ©es dans le Nord, ne revenant la voir qu’épisodiquement.

Mais elle est nĂ©e lĂ , y a vĂ©cu tant de temps avec Edouard, et aime cette vie remplie de tĂąches prenantes, cette terre dure et exigeante. EntourĂ©e par une nature vivante oĂč elle continue de braconner quelques lapins Ă  l’occasion, de pĂȘcher quelques truites dans le ruisseau, ou d’aller vendre au marchĂ© du village voisin quelques confitures et autres produits de son jardin, elle ne voit pas le temps passer entre deux visites de Roger, l’épicier, qui vient rĂ©guliĂšrement terminer sa tournĂ©e chez elle et lui apporter des provisions et le courrier.

Au-dessus d’elle, la montagne de Palle, avec son immense forĂȘt, la surplombe de toute cette splendeur verte que traversent, au printemps et Ă  l’automne, les bergers et leurs troupeaux qui montent lĂ -haut, dans les zones d’estive. LĂ  oĂč la forĂȘt leur laisse la place et de bonnes pĂątures.

La montagne de Palle, c’est une lĂ©gende vivante. Au fond de ses vallĂ©es profondĂ©ment creusĂ©es, les arbres ont poussĂ©. La masse de la montagne accumule les nuages et le brouillard, aussi bien que la neige en hiver. Et le vent y souffle fort.

Cette forĂȘt attise quelques convoitises d’ailleurs : une Ă©norme centrale thermique projette d’exploiter cette manne Ă©nergĂ©tique pour produire de l’électricitĂ©. Des dizaines et des dizaines d’hectares sont promis Ă  des coupes rases pour alimenter cette consommatrice vorace. Et si certains y voient l’occasion de gagner quelques sous en vendant leurs terrains, dĂ©jĂ , d’autres s’insurgent devant une exploitation irresponsable autant qu’imprĂ©voyante de ses consĂ©quences.

Soutenu par un maire professionnellement impliquĂ© dans la filiĂšre bois – et donc Ă  la fois juge et partie – et par une administration des Eaux et ForĂȘts qui abandonne ses responsabilitĂ©s, l’industriel dĂ©roule son projet pour exploiter cette manne forestiĂšre. Mais, devant passer sur les terrains d’Emilie pour Ă©vacuer la plus grande partie du bois qui sera coupĂ©, il va se heurter de front avec celle-ci qui n’entend pas abandonner sa conception de la gestion raisonnĂ©e de la forĂȘt : l’affrontement est inĂ©vitable.

Surfant sur les mouvements toujours plus nombreux et structurĂ©s d’opposition Ă  des projets trop souvent bien peu prĂ©occupĂ©s par les considĂ©rations de dĂ©veloppement durable, AndrĂ© Bucher, autour d’un discours fondamentalement militant, construit une histoire de retrouvailles entre deux enfants que la vie a sĂ©parĂ©s dans leurs toutes jeunes annĂ©es.

Indéniablement, il convient de lui reconnaßtre un art consommé pour parler de sa montagne et de ses attraits avec une conviction et une qualité tout à fait remarquable.

En revanche, en ce qui concerne le suspense, c’est un peu moins rĂ©ussi ! Ayant, dĂšs les premiĂšres pages, fait affirmer Ă  l’un de ses personnages un « pas de sexe entre nous », il n’y a dĂšs lors plus beaucoup de doutes quant Ă  la façon dont cela va se terminer


Quant Ă  l’activisme industriel, aux actions de lobbying et aux manƓuvres qu’il dĂ©ploie, pour avoir un peu cĂŽtoyĂ© ces circuits, c’est un peu caricatural. Et le point final qui est portĂ© au projet manque diablement de rĂ©alisme.

Du coup, je ne retiendrai de ce livre, mĂȘme si c’est dommage, que cet amour semble-t-il viscĂ©ral, qu’AndrĂ© Bucher voue Ă  la nature qui l’entoure et dont il parle avec plus de chaleur que de tout autre sentiment qui aurait pu participer de son rĂ©cit.

Les pages oĂč il dĂ©crit les changements de physionomie de sa montagne sont tout simplement magnifiques. Sa façon de parler des couleurs, du vent, du brouillard ou d’un ruisseau permettent d’ĂȘtre dans le dĂ©cor, de sentir les flocons de neige s’écraser sur notre visage, d’entendre une biche dĂ©taler dans un sous bois ou encore de humer les exhalaisons de la terre aprĂšs la pluie.

C’est la connivence rĂ©ciproque d’Emilie (d’AndrĂ© Bucher, bien sĂ»r !) avec la terre nourriciĂšre qui leur donne Ă  toutes deux cette joie du vivre ensemble, cet enthousiasme et qui fournit tout son relief Ă  ce livre. Encore une fois, il me paraĂźt dommage que le contexte dans lequel il s’inscrit soit un peu trop cousu de fil blanc.

Lire la chronique sur ActuaLitté

Mimiche
ActuaLitté 1 février 2019

- Lectures hivernales

Le temps est propice Ă  la lecture ; le froid n’est pas intense mais omniprĂ©sent ; le gris est la couleur dominante de la palette et le vent du Nord ne se fait pas oublier. Je lis beaucoup, deux ou trois livres par semaine peut-ĂȘtre et je ne vais pas tous les Ă©voquer ici ! Je prĂ©fĂšre vous parler des ouvrages que j’ai placĂ©s en haut du panier. Je n’aime pas parler des livres que je n’ai pas apprĂ©ciĂ©s. Il s’agit parfois d’ouvrages que je n’ai pas lus au bon moment et mon rendez-vous ratĂ© n’est pas un prĂ©texte suffisant pour tirer sur l’auteur Ă  boulets rouges.

Fin du palabre d’introduction ; je me lance !

[
]

Je termine ce premier inventaire hivernal, par un livre d’AndrĂ© Bucher, notre « Ă©crivain naturaliste » national (dĂ©solĂ©, je n’aime pas le terme « nature writing » qui me paraĂźt venir d’une autre langue
), « Un court instant de grĂące » publiĂ© chez l’excellent Ă©diteur « Le mot et le reste ». Chaque annĂ©e je dĂ©couvre un ou deux volumes supplĂ©mentaires de l’Ɠuvre plutĂŽt consĂ©quente de cet auteur. C’est une valeur sĂ»re de ma bibliothĂšque et je suis rarement déçu. Ça n’a toujours pas Ă©tĂ© le cas avec ce livre qui raconte l’accouchement difficile d’un amour entre deux fortes personnalitĂ©s d’un certain Ăąge et d’un Ăąge certain. Tout cela est emballĂ© de main de maĂźtre dans un dĂ©cor de montagne somptueux : forĂȘts, torrents, chemins sinueux
 Au cƓur du roman, une de ces forĂȘts que nos technocrates investisseurs modernes rĂȘvent Ă  tout prix de « normaliser » et de « rentabiliser ». Bien entendu, ces pourfendeurs d’archaĂŻsmes Ă©conomiques sont handicapĂ©s dans leur valeureuse entreprise par les menĂ©es d’une Ă©cologiste vĂ©nĂ©rable ; l’une de ces grands-mĂšres que l’on rencontre de plus en plus souvent dans les manifestations, pour lesquelles la « qualitĂ© de vie » passe bien avant les profits et la courbe ascendante du CACA 40. Je ne vous dis pas qui gagne Ă  la fin mais sachez que l’histoire m’a profondĂ©ment touchĂ© et tirez-en un indice grĂące Ă  votre perspicacitĂ©. En attendant ma prochaine lecture de ce grand Monsieur drĂŽmois, prenez bien soin de votre petite personne et admirez les flocons plus que les flacons ! En tout cas, tous ces livres et bien d’autres peuvent ĂȘtre consommĂ©s sans modĂ©ration.

Lisez la chronique sur La Feuille Charbinoise

Paul
La Feuille Charbinoise 27 janvier 2019

- Interview - André Bucher à la Foire bio

Il se prĂ©sente comme un Ă©crivain-paysan. Nous avons rencontrĂ© AndrĂ© Bucher, durant la derniĂšre foire bio de Montfroc (26), les 6 et 7 octobre derniers. Dans une sĂ©rie de trois interviews vidĂ©os, l’homme de la vallĂ©e du Jabron nous a parlĂ© de son dernier roman, Un court instant de grĂące (octobre 2018 – Le mot et le reste). Roman dans lequel l’évocation du projet de mĂ©ga-centrale Ă  bois de Gardanne (13) et ses potentiels impacts dĂ©vastateurs sur la forĂȘt ne serait que fortuite


#1

#2

#3

Retrouver le tout sur le site de Sans transition !

Sans transition ! 16 octobre 2018

- Voyage au bout du livre

Daniel Raphalen vous recommandes les livres de André Bucher et de Patrice Gain (Terres fauves). De belles chroniques à réécouter ICI

Daniel Raphalen
Alternantes.fm 5 janvier 2019

- Un court instant de grĂące : pourtant que la montagne est belle

Depuis la mort de son mari et le dĂ©part de son fils, Emilie vit seule dans sa ferme sur les hauteurs du massif de Palle. Entre la traite des vaches, l’élevage des poules et le travail des terres, le labeur ne manque pas. Mais Emilie ne se lasse pas pour autant d’admirer le ciel et les oiseaux, de mĂȘme que les paysages sans cesse renouvelĂ©s par la ronde des saisons. Un jour, son quotidien solitaire est perturbĂ© par des Ă©chos inquiĂ©tants qui lui parviennent de la vallĂ©e : un projet de centrale Ă  biomasse menace la forĂȘt environnante. L’arrivĂ©e d’entrepreneurs, dĂ©terminĂ©s Ă  dĂ©cimer les arbres de la forĂȘt domaniale de la montagne de Palle, coĂŻncide avec le retour providentiel de Victor, un amour de jeunesse, embauchĂ© pour labourer et moissonner les cĂ©rĂ©ales sur ses terres. Face Ă  la pugnacitĂ© des chargĂ©s de mission, Emilie n’est pas du genre Ă  s’en laisser compter : elle entre en rĂ©sistance et apparaĂźt comme l’ultime rempart contre cette absurditĂ© Ă©cologique.

Dans son roman engagĂ©, AndrĂ© Bucher dĂ©crit avec rĂ©alisme et ĂąpretĂ©, les manƓuvres des prĂ©dateurs des temps modernes mais aussi la vie des gens d’une vallĂ©e, partagĂ©s tour Ă  tour entre intĂ©rĂȘts politiques, Ă©conomiques et prises de conscience Ă©cologiques. L’écrivain-paysan interroge notre rapport Ă  la nature Ă  travers le prisme des luttes territoriales et des attachements entre les ĂȘtres. Son histoire n’est pas sans rappeler le triste feuilleton de la centrale Ă  bois de Gardanne dans les Bouches-du-RhĂŽne dont la conversion rĂ©cente Ă  la biomasse soulĂšve bon nombre d’oppositions.

PortĂ© par une grĂące tellurique et poĂ©tique, Un court instant de grĂące fait souffler un vent de rĂ©volte, balayant les contre-sens environnementaux, appelant Ă  l’éveil d’une conscience plus Ă©cologique et citoyenne. MalgrĂ© la pertinence du propos, on aurait aimĂ© plus de chair fictionnelle, plus d’amplitude frondeuse. Il manque, çà et lĂ , des pĂ©ripĂ©ties et des tensions pour donner plus de force Ă  ce rĂ©cit ourlĂ© d’images Ă  la beautĂ© inquiĂ©tante.

Lire la chronique sur Le Suricate

Marie-Laure Soetaert
Le Suricate 6 janvier 2019

- Chronique de Marc Gaucherand

Marc Gaucherand, le propriĂ©taire de la cĂ©lĂšbre librairie de Banon, Le Bleuet, chronique le dernier roman d’AndrĂ© Bucher pour les auditrices et les auditeurs de Radio Zinzine.

À réécouter ici

Radio Zinzine // Un livre un jour 16 décembre 2018

AndrĂ© Bucher, Ă©crivain entre terre et ciel, raconte le combat Ă©cologique d’une femme montagne

Dans « Un court instant de grĂące », l’écrivain-planteur d’arbres AndrĂ© Bucher livre le rĂ©cit d’une vallĂ©e aux prises avec la voracitĂ© dĂ©voreuse d’une centrale Ă  biomasse. De ce conflit naĂźt une communautĂ©, emmenĂ©e par Émilie, qui a « toujours vĂ©cu d’air, d’eau, de silence et de vent ».

Benoit Pupier est un ami d’AndrĂ© Bucher. « DĂ©claration d’intĂ©rĂȘts : j’ai Ă©tĂ© nourri aux lĂ©gumes bio du jardin cet Ă©tĂ© lors de mon passage Ă  la ferme de Grignon dans la vallĂ©e du Jabron.» _Benoit Pupier a rĂ©alisĂ© un documentaire sur le travail d’AndrĂ© Bucher et publiĂ© une conversation avec lui dans La revue critique de Fixxtion contemporaine.

AndrĂ© Bucher, Ă©crivain des grands espaces et de la nature sauvage, gĂ©ologue des sentiments, citoyen engagĂ© du dĂ©veloppement durable et de l’imaginaire, dĂ©crivait, Ă  l’automne 2009 dans Vivre au Jabron, son geste de planteur d’arbre :
Je vis sur le versant sud, dans le haut de la vallĂ©e, sur une terre qui comprend 200 hectares de surface totale, dont 30 hectares dĂ©frichĂ©s et cultivables. Le reste est en landes, puis il faut compter 87 hectares de bois existants dont, principalement, des chĂȘnes, hĂȘtres, sorbiers, frĂȘnes et Ă©rables. Seulement, il y avait pas mal d’endroits trĂšs Ă©rodĂ©s et des parcelles de forĂȘt trop clairsemĂ©es, d’oĂč l’idĂ©e de reboiser. La motivation premiĂšre Ă©tant de pĂ©renniser cet endroit en luttant aussi contre l’érosion, afin de constituer « un chĂąteau d’eau » et d’absorber le CO2.

À partir de 1985, nous (quatre personnes) avons plantĂ© 20.000 arbres en deux ans. (
) Nous avons pu ainsi acheter les plants, ouvrir une piste (utilisĂ©e dans le cadre de la lutte contre les incendies) et financer la construction d’une retenue collinaire. Nous avons dĂ» nĂ©gocier avec la DDA_[direction dĂ©partementale de l’agriculture]_, maĂźtre d’Ɠuvre, dont la politique en matiĂšre de boisement consistait Ă  planter sĂ©parĂ©ment des carrĂ©s de pins noirs, de mĂ©lĂšzes ou de cĂšdres et donc prĂŽnant l’exploitation Ă  court terme, en privilĂ©giant les rĂ©sineux plutĂŽt que les feuillus. Pour nous, les arbres s’apparentent Ă  la sociĂ©tĂ©, plus elle est mĂ©tissĂ©e plus elle se rĂ©gĂ©nĂšre.

Par consĂ©quent, nous voulions mĂ©langer les espĂšces, qui ainsi se stimuleraient et s’autoprotĂ©geraient. Cela impliquait Ă©galement de modifier les pratiques en sous-solant seulement et d’éviter de dĂ©caper la faible couche d’humus Ă  la surface du sol. Surtout, nous ne voulions pas dĂ©boiser le couvert existant sous prĂ©texte de reboisement. Nous avons eu finalement gain de cause et ce projet fait dĂ©sormais figure de jurisprudence pour les futurs plans ou programmes de reboisement.
(
) Dans ces endroits trĂšs pierreux, nous avons souvent creusĂ© des trous Ă  la barre Ă  mine et plantĂ© Ă  la pioche Ă  40 × 50 cm, comme pour les fruitiers. Ensuite, pendant deux ans, il a fallu les biner. DĂ©sormais, il faut Ă©laguer (pour les rĂ©sineux) toutes les branches basses afin que le fĂ»t pousse bien droit et, dans un an ou deux, pratiquer une premiĂšre Ă©claircie. Enfin, chaque annĂ©e, je continue de planter de nouvelles espĂšces, je fais des essais en introduisant des aulnes, cormiers, noisetiers, chĂątaigniers et noyers, pour la diversitĂ© et pour garder la forme. »

AndrĂ© Bucher habite la ferme de Grignon, Ă  1.100 mĂštres, face Ă  la montagne de Lure, dans la vallĂ©e du Jabron (Alpes-de-Haute-Provence). C’est un ami. Son nouveau roman, Un court instant de grĂące, aux Ă©ditions Le mot et le reste, vient de paraĂźtre.

Émilie, personnage-montagne, « femme de soleil et de vent »

La montagne empiĂ©tait sur l’horizon, sa masse inerte accaparait le paysage. Une entitĂ© dure mais Ă©galement fragile, avec la forĂȘt pour territoire, que l’on ne saurait dompter et modeler Ă  sa guise. On s’interrogeait sur son devenir. Que penser de ce pays ? »
Dans un premier chapitre saisissant, ouvert au vent, Ă  l’immobilitĂ© minĂ©rale de la montagne de Palle, double de fiction du lieu existant Ă  la frontiĂšre de la DrĂŽme et des Alpes-de-Haute-Provence, AndrĂ© Bucher dresse le portrait — c’est un chant — d’un territoire perdu. L’usage du pronom indĂ©fini (« On s’en remettait [
] » ; « On Ă©prouvait [
] » ; « On se consolait [
] ») fait entendre une complainte. De ce peuple des montagnes ne resterait que la voix. Ce monde-lĂ  retourne-t-il au tombeau ? Une vie fragile semble subsister : « (
) sur le flanc cĂŽtĂ© sud, on remarquait une grange rĂ©cemment construite (
). »

Émilie, personnage-montagne, « elle Ă©tait grande et forte », habite ce pays. La soixantaine, elle a « toujours vĂ©cu d’air, d’eau, de silence et de vent ». ConfrontĂ©e aux Ă©lĂ©ments, en ces hautes solitudes, elle converse avec Édouard, son mari, l’absent. Le feu l’a emportĂ©. Le cri des cauchemars, le souffle de la nuit et le brame du cerf habitent les songes d’Émilie. Des territoires de l’enfance surgit un premier amour, Victor, « son courant d’air ». C’est un mĂ©nage Ă  trois. Le fils, Serge, est parti dans le nord de la France. Dans cette gĂ©ologie des sentiments, l’écrivain avance pas Ă  pas (feutrĂ©s), par touches prĂ©cises et imagĂ©es, pour dessiner les hĂ©sitations («_ Victor, le cƓur en roue libre, cafouillait_ »), la violence intĂ©rieure, les fuites et les retours, la sensualitĂ© maladroite. Une rĂ©surgence des sentiments. La rĂ©surgence est en gĂ©ographie la rĂ©apparition Ă  l’air libre, sous forme de grosse source, d’une nappe d’eau ou d’une riviĂšre souterraine. Chez AndrĂ© Bucher, sur le plateau Ă  1.460 mĂštres, l’eau remonte par capillaritĂ©. Les bergers autrefois y avaient maçonnĂ© un puits pour avoir un point d’eau sur les estives.

« Elle veut croire que les corbeaux, les poissons, le hĂ©ron, les cervidĂ©s veillent tour Ă  tour sur elle. Que leurs ailes et nageoires, leurs becs et leurs bois d’ordinaire dĂ©volus Ă  l’air, la forĂȘt, le ciel et la riviĂšre, la protĂšgent. La lune complice confirme, elle salue puis lui sourit tandis que les Ă©toiles envahissent le firmament, semblables Ă  des oies de neige. »

Un petit monde partage la peine d’Émilie. Un bestiaire habite toujours les livres d’AndrĂ© Bucher. Dans Le Cabaret des oiseaux, Tristan a deux compagnons de mĂ©lancolie : « Je n’avais pas encore appris-apprivoisĂ© le merle et sa corneille. » La VallĂ©e seule (qui ressort en poche) est une parabole autour de la figure d’un vieux cerf confrontĂ© Ă  son ombre dans un royaume intermĂ©diaire, entre terre et ciel. Bruissements des vies fragiles et silencieuses. HypersensibilitĂ© de l’animal. « (
) comme une onde qui s’élĂšve, il s’engouffra par le couloir de la dĂ©verse, lĂ  oĂč elle n’était pas encore prise, puis il ressentit l’eau rouler, un faisceau de nerfs irriguant la terre tels des fils conducteurs liĂ©s entre ses jambes. » La vie Ă  la ferme, donc, rythme les jours. Émilie, « farouche et forte comme un ours », a deux vaches laitiĂšres, des poules et des lapins, prĂ©pare le plan d’assolement, organise les labours et « l’emblavement de quelques parcelles en orge de printemps ». Émilie a le souci de la diversitĂ© : orge, sorgho, maĂŻs, blĂ©, mĂ©teil
 Les travaux des champs et le cosmos s’unissent. Terre et ciel ne sont pas des univers sĂ©parĂ©s. « La nuit, parmi le ciel labourĂ©, la lune agrenait son semis d’étoiles filantes, qui germaient en luisant l’une aprĂšs l’autre, avant de chavirer et de s’abĂźmer dans l’immensitĂ©. » Victor aide, Ă©lague, conduit les engins — il cherche sa place aussi. Émilie affourage « les cornadis ». Le rĂ©cit est une ronde. Les personnages sont « arrimĂ©s au mouvement des saisons ».

« On ne pouvait décemment, bûcherons et bergers réunis, se contenter de prélever. Encore fallait-il se soucier de réparer »

La deuxiĂšme ligne de force du rĂ©cit est un combat Ă©cologique. Une entreprise veut faire main basse sur la forĂȘt pour alimenter une centrale Ă  biomasse. Coupes blanches au programme. Il faut l’accord d’Émilie pour un droit de passage et pour pouvoir accĂ©der aux forĂȘts privĂ©es. Elle refuse. AndrĂ© Bucher aurait pu Ă©crire une tragi-comĂ©die avec sabordage au programme. Mais il a dĂ©jĂ  Ă©crit son Gang de la clĂ© Ă  molette. C’est Pays Ă  vendre. La baston y Ă©tait un mode d’expression. L’écriture dansait un rock and roll dĂ©jantĂ© tendance libertaire. Un court instant de grĂące raconte le rĂ©veil d’une vallĂ©e, secouĂ©e par le geste de rĂ©sistance d’Émilie, « farouche et tĂȘtue ». C’est un rĂ©cit au tempo lent, comme si le lieu — la montagne — imposait son rythme aux personnages et que l’on ne pouvait pas aller plus vite que la musique. Les habitants se confrontent les uns aux autres. Chacun réévalue sa position. « Chacun tĂątonnait, le plus souvent suivant les opportunitĂ©s ou ses propres insuffisances. » Le conflit crĂ©e la communautĂ©. Émilie dĂ©place la question du droit Ă  celle du sens. « La montagne n’est pas une scĂšne de théùtre (
). Chacun doit faire sa part lĂ  oĂč il est. » Prendre soin du lieu oĂč l’on vit. Cette histoire pose la question de la gestion des biens communs, des forĂȘts. Peut-on dĂ©lĂ©guer au privĂ© ? Peut-on faire confiance Ă  l’État (l’ONF) ? Faut-il crĂ©er des groupements forestiers citoyens ?

Il y a des militants « dĂ©guisĂ©s en sapin », Plantier, ingĂ©nieur Ă  l’ONF et Ernest, le maire et entrepreneur forestier. Un « perroquet teigneux » se moque du maire « daltonien ». Julien, le garde forestier, cherche le compromis et veut contrĂŽler la gestion « propre » de la coupe. « (
) il Ă©tait interdit d’incendier les rĂ©manents car ils brĂ»laient ainsi les insectes et les fourmis et entraĂźnaient l’exode des mammifĂšres. » Cela empĂȘche aussi les repousses. Vincent et ClĂ©mence, les bergers, sont liĂ©s (poings liĂ©s ?) par une convention avec la commune et l’ONF. Annie Leroux, une militante, veut fĂ©dĂ©rer les luttes. Sa relation sentimentale avec Julien n’est pas sans frictions. Rachel, la chargĂ©e de mission de la centrale, navigue entre lobbying rĂ©gional et admiration secrĂšte pour Émilie. Elle pose la question du dĂ©veloppement du territoire : « Que choisissons-nous Ă  la fin ? Une rĂ©serve d’Indiens, un site Natura 2000 sanctuarisĂ©, voire un parc d’attractions avec dĂ©bardage Ă  l’ancienne (
) ou une alternative Ă©nergĂ©tique visant Ă  conserver et mĂȘme crĂ©er des emplois ? » Émilie dĂ©fend une gestion durable des forĂȘts, des Ă©claircies rĂ©guliĂšres, la plantation dans le couvert existant, la pratique de la futaie jardinĂ©e. Elle refuse la monoculture et le remplacement des feuillus par des Ă©pineux Ă  croissance rapide. Elle alerte : les coupes franches, « la forĂȘt Ă©pluchĂ©e jusqu’au col », vont provoquer le lessivage des sols, un phĂ©nomĂšne de battance. Qu’adviendra-t-il en cas de violents orages ? Plus il y a de matiĂšre organique dans un sol, plus il est stable. « On Ă©tait en zone sensible. On ne pouvait dĂ©cemment, bĂ»cherons et bergers rĂ©unis, se contenter de prĂ©lever. Encore fallait-il se soucier de rĂ©parer. »
L’écrivain Ă  pattes d’ours ne se prive pas pour dĂ©gommer deux, trois bricoles (deux, trois chasseurs ! Mais pas seulement
). C’est dire la rĂ©alitĂ© avec humour, malice de la phrase, pour suggĂ©rer qu’il suffirait d’un rien de bon sens pour qu’un Ă©quilibre s’établisse.

La fiction est facĂ©tieuse et croise la rĂ©alitĂ© : voir le documentaire Le Temps des forĂȘts et les enquĂȘtes de Reporterre sur le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan (Lucienne Haese, sƓur de combat d’Émilie) ou sur la filiĂšre d’approvisionnement de la centrale Ă  biomasse de Gardanne (« L’ONF encourage la biomasse industrielle au dĂ©triment des forĂȘts et du climat »). « Toute ressemblance avec des personnes, organismes, groupes industriels existant ou ayant existĂ© serait purement fortuite », prĂ©cise l’éditeur du roman. Jeu littĂ©raire. Les oiseaux protestent devant la chute des arbres.

« Seul un grand corbeau — toujours le mĂȘme — sentinelle raide et vigilante sur sa branche, les dĂ©fiait, dĂ©sapprobateur, dans une transe immobile. Ses yeux injectĂ©s de colĂšre insinuaient toute une litanie de reproches. »

Une caresse météorologique des sentiments

Les Ă©lĂ©ments naturels s’animent, « (
) une branche qui dĂ©passait, l’air d’une main tendue », les frontiĂšres s’effacent : « Elle visualisa son mari dans le corps du corvidĂ© qui protestait. » Émilie et Victor dansent un slow rock sur Sweet Virginia, des Rolling Stones. Serge tombe dans l’eau en voulant attraper une truite arc-en-ciel. Il chemine, vers un geste de rĂ©conciliation avec sa mĂšre.
C’est un pays oĂč ciel et montagne sont emmĂȘlĂ©s, oĂč faune et flore, dans la phrase, se lient d’amitiĂ© : « Entre chien et loup, des fleurs sauvages ocre et fauve bondissaient Ă  l’improviste (
). » ; « fourrure ondulante des cĂšdres »  Il y a des liĂšvres et des tortues, une « effraie Ă  face blanche », un « quatuor de geais bleus », « des poissons mĂ©lancoliques », un monticule de roche, des mĂ©sanges noires, des martinets, des bergeronnettes. Il y a toujours un hĂ©ron. « Une conscience de veille ou le gardien des lieux », suggĂšre AndrĂ© Bucher dans À l’écart. Dans la tristesse bondit parfois un souvenir burlesque, une tentation onirique. L’écrivain travaille par alliance de plusieurs perceptions sensorielles et par glissements du sens, il lance dans l’espace des petites fusĂ©es surrĂ©alistes. « La lune aux allures de cygne au cou rentrĂ©, surprise en train de couver, se dĂ©pĂȘchait, elle godillait sur l’étang. » Il dĂ©construit l’anthropocentrisme. La description concrĂšte d’une premiĂšre neige devient un mouvement d’introspection : « (
) la neige parcimonieuse et lente se livrait avec rĂ©ticence. BientĂŽt la vallĂ©e, soudĂ©e Ă  la montagne, n’émettrait qu’un gĂ©missement souterrain, une douleur jugulĂ©e. » L’ñme d’Édouard se glisse dans « le vol anarchique » des engoulevents. Une description sur l’intelligence magnĂ©tique des oiseaux dialogue avec les interrogations spirituelles de Victor, bricolage de croyances amĂ©rindiennes et de mĂ©canique quantique. La description de la nature affecte littĂ©ralement les personnages. Le retour des souvenirs est comparĂ© au retour des oiseaux migrateurs. La description psychologique n’est pas celle d’un moi autocentrĂ©. Les Ă©motions sont perturbĂ©es, accompagnĂ©es, agrandies par l’extĂ©rieur. « Il Ă©prouvait du respect et de la reconnaissance envers cette montagne. » La nature n’est pas bienveillante ou idĂ©alisĂ©e. Elle est rude, sauvage, violente, magnifique, sensuelle. « Dans la nature, la force et la faiblesse s’apparentent Ă  la lumiĂšre et l’ombre. Elles se nourrissent l’une de l’autre. »
Un court instant de grĂące est un combat (Ă©cologique) sans chaos, une caresse mĂ©tĂ©orologique des sentiments, un magnifique portrait de femme, Émilie. C’est une ronde pour redevenir « jeune et fiĂšre », une annĂ©e partagĂ©e, un refus d’abandonner l’enfance. L’équilibre est fragile. Les sens sont en Ă©veil. Il s’agit de rester lucide, de provoquer douceur et beautĂ©.

« Dehors elle fit quelques pas, le ciel Ă©tait cafi d’étoiles lointaines, la nuit pleine de l’odeur du regain et de la senteur acidulĂ©e des pommes. »

Retrouvez la chronique du livre sur reporterre.net

BenoĂźt Pupier
Reporterre 24 octobre 2018

L’écrivain et paysan AndrĂ© Bucher Ă©tait derniĂšrement de passage Ă  la librairie Le Millefeuille

Redescendu de ses Alpes de Haute-Provence oĂč il rĂ©side, AndrĂ© Bucher Ă©tait Ă  la rencontre des lecteurs nivernais Ă  la librairie Le Millefeuille. Une entrevue avec d’autres ruraux pour lesquels les problĂ©matiques du monde paysan sont les mĂȘmes.

Venu parler littĂ©rature, AndrĂ© Bucher n’a pu occulter d’aborder le problĂšme des centrales Ă  biomasse qui cherchent Ă  s’implanter un peu partout en France. C’est d’ailleurs le sujet de son dernier roman, Un court instant de grĂące. Militant pour une “vraie” agriculture biologique, celle qu’il pratique depuis les annĂ©es 1970, pas celle qui enchĂ©rit l’économie et nourrit les “bobos” comme il le prĂ©cise, cet Ă©crivain paysan, comme il se dĂ©finit lui-mĂȘme, place la nature au cƓur de ses ouvrages. Cette nature qu’il dĂ©crit singuliĂšre pour mieux en transcender l’universalitĂ©, nature sauvage des plantes et des animaux, nature humaine qu’il dĂ©peint sans l’enjoliver ni la dramatiser.

Les trois extraits lus par la comĂ©dienne AmĂ©lie PrĂ©vost, lors de la soirĂ©e, commençaient tous par un drame. « Tous les ĂȘtres sont abĂźmĂ©s par des deuils violents », une façon peut-ĂȘtre pour l’auteur de dire que la nature est, elle aussi, sujette aux dĂ©bordements des hommes. Tout dans ses livres est Ă©motion, justesse des sentiments, des comportements, et fait ressortir la complexitĂ©, l’ambivalence de l’humanitĂ©. Un regard sur notre monde, sur ce que nous en avons fait, sur ce que les politiques cherchent Ă  en faire en oubliant souvent l’essentiel : la nature est belle.

L’auteur, imprĂ©gnĂ© de panthĂ©isme amĂ©rindien, de bouddhisme, sans en retenir le culte aux divinitĂ©s, nous transporte dans notre monde avec un regard attendrissant sur cet environnement que nous ne maĂźtrisons pas. « On vit sur une planĂšte Ă  crĂ©dit. »

Lire l’article sur le site Le Journal du Centre

La rédaction
Le Journal du Centre 27 octobre 2018

- Le batailleur du bois

Émilie vit sur les pentes de la montagne de Palle. Depuis la mort de son compagnon, elle cultive seule ses terres, avec force et dĂ©termination. Son existence est bousculĂ©e par un projet de centrale Ă  biomasse qui menace la forĂȘt. Mais aussi par Victor, ami (amour?) d’enfance, qui revient vers elle, sans crier gare
 Avec ce neuviĂšme roman, AndrĂ© Bucher fait rĂ©fĂ©rence Ă  la controversĂ©e centrale Ă©lectrique de Gardanne, dans les Bouches-du-RhĂŽne. Loin des images d’Épinal, l’auteur dĂ©crit, avec rĂ©alisme et sensibilitĂ©, le combat, les joies et les peines de celles et ceux qui vivent au quotidien une certaine ruralitĂ©. De la rĂ©sistance Ă  la complaisance, il donne Ă  voir le petit théùtre de la vie d’une vallĂ©e, confrontĂ©e aux impacts de ce que d’aucuns qualifient de “grand projet inutile”. Le tout sous le regard d’une nature imposante, qui semble n’en penser pas moins


Sans Transition octobre 2018

- Un court instant de grĂące

Note : 9.5/10

PremiĂšres phrases
La dĂ©nomination de cette montagne Ă©tait sujette Ă  bien des interprĂ©tations. L’on dĂ©nommait ainsi le site et suivant que l’on Ă©crivait PĂąle avec un accent circonflexe ou Palle en doublant la consonne, la montagne en question changeait de tonalitĂ©, elle variait dans sa signification. On s’en remettait alors Ă  la couleur, son teint hĂąve, sa lumiĂšre un rien souffreteuse. Le mot « palle » Ă©voquait Ă  l’origine un linge tendu sur un vase sacrĂ©. Une sorte de calice, dĂ©tenu dans ses plis secrets et ensuite dressĂ© en son sommet sur un autel, que venaient bĂ©nir les prĂȘtres suivis de lent cortĂšge des habitants de la vallĂ©e.

Pourquoi ce livre ?
Je suis tombĂ©e amoureuse de l’écriture et du style d’AndrĂ© Bucher avec son sublimissime titre DĂ©neiger le ciel. Comme je souhaite lire tous les livres de l’auteur, il Ă©tait Ă©vident que je me jetterais sur son dernier roman Un court instant de grĂące sorti pour la rentĂ©e littĂ©raire 2018. Vous noterez qu’AndrĂ© nous offre toujours des titres magnifiques.

Mon avis sur Un court instant de grùce de André Bucher
Dans Un court instant de grĂące, nous allons faire la connaissance d’Émilie, qui vit dans sa ferme familiale sur la montagne de Palle. Émilie a 60 ans et elle habite ici depuis toujours. Depuis 3 ans, suite Ă  un grave accident qui a coĂ»tĂ© la vie Ă  son mari, elle est seule au milieu de la forĂȘt. Son fils est parti dans le Nord pour exercer son mĂ©tier de garagiste. Cherchant un peu Ă  dĂ©velopper son activitĂ©, elle va devoir faire appel Ă  une aide extĂ©rieure pour labourer et moissonner ses rĂ©coltes. C’est Ă  Victor, son amour d’enfance, qu’elle va demander de l’aide.
Pendant ce temps, non loin de lĂ  une ancienne centrale Ă  charbon va ĂȘtre reconvertie en centrale Ă  biomasse. Une centrale biomasse produit de l’électricitĂ© grĂące Ă  la vapeur d’eau dĂ©gagĂ©e par la combustion de matiĂšres vĂ©gĂ©tales ou animales. Ici, c’est le bois qui va en grande partie servir de combustible. Les Ă©lus locaux et certains propriĂ©taires terriens veulent couper la forĂȘt. Émilie refuse et va se battre pour tenter de faire avorter ce projet catastrophique pour l’environnement et sauvegarder sa montagne.

J’ai commencĂ© la lecture cet Ă©tĂ©, mais je l’ai vite mise en pause, car avec les grandes chaleurs, je n’arrivais pas Ă  m’imprĂ©gner de l’histoire. Pour moi, un livre d’AndrĂ© Bucher se dĂ©guste en mode cocooning : ambiance cosy, chocolat chaud et plaid obligatoire. Il faut dire que les saisons et spĂ©cialement l’hiver sont assez prĂ©sentes dans les histoires de l’auteur et moi, je suis dans l’impossibilitĂ© d’apprĂ©cier une lecture qui se dĂ©roule en hiver en pleine chaleur. J’aime ĂȘtre en accord saisonnal avec mes lectures, sinon je ne me projette pas.
Je l’ai donc ressortie cette semaine, et quel bonheur de me plonger dans ce rĂ©cit. D’autant plus qu’il traite d’un sujet qui parle particuliĂšrement Ă  l’amoureuse des forĂȘts que je suis.

Le livre commence avec un magnifique premier chapitre oĂč AndrĂ© nous prĂ©sente la montagne de Palle, oĂč se dĂ©roule l’histoire. Avec des mots magnifiques et un style poĂ©tique, AndrĂ© Bucher pose le dĂ©cor.
L’auteur prĂ©cise que la montagne du livre est fictive mĂȘme si prĂšs de chez lui, dans la vallĂ©e du Jabron, une montagne de Palle existe vraiment.

Puis AndrĂ© nous prĂ©sente Émilie, la protagoniste fĂ©minine. Un sacrĂ© bout de femme, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds sans pour autant ĂȘtre « rustre ».
Un personnage qui m’a beaucoup parlĂ©, pour ses idĂ©es Ă©cologiques, mais aussi pour son caractĂšre. Elle se dĂ©brouille seule et se bat pour ses idĂ©es.

Ce livre parle d’un sujet d’actualitĂ© (la dĂ©forestation et les centrales biomasse), et j’ai trouvĂ© que l’auteur avait traitĂ© le sujet d’une maniĂšre trĂšs intelligente. Avec seulement 200 pages, l’auteur a rĂ©ussi Ă  bien ficeler son histoire.

J’ai retrouvĂ© dans ce livre la beautĂ© et la dĂ©licatesse des mots que j’aime tant chez l’auteur. AndrĂ© parle des sentiments humains et de la nature comme personne.
La relation entre Victor et Émilie est dĂ©crite tout en dĂ©licatesse. Cela fait du bien de lire de telles histoires d’amour. Les descriptions de la forĂȘt et de la montagne sont juste sublimes.

J’ai passĂ© une magnifique aprĂšs-midi en compagnie d’Un court instant de grĂące. Un roman (et un auteur) que je vous conseille trĂšs fortement. Un livre qui parlera Ă  tous les amoureux de la nature.

Rendez-vous sur Les Passions de Chinouk pour lire cette chronique et les autres

Nathalie Glorion
- Les passions de Chinouk 16 octobre 2018

- Interview - Balade dans la DrÎme en compagnie de l'écrivain et paysan écolo André Bucher

DĂ©fense de sa terre et de ses arbres
 Ce sont les mots d’ordre de nouvel opus d’AndrĂ© Bucher

Au menu

Une balade dans la DrĂŽme, Ă  Montfroc, sur les terres d’AndrĂ© Bucher, Ă©crivain et paysan Ă©colo.
Denis Cheissoux est allĂ© le rencontrer chez lui Ă  l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage joliment intitulĂ© Un court instant de grĂące (publiĂ© chez Le mot et le reste). La montagne de Lure et la montagne de Palle ne sont pas loin, et dĂ©jĂ  se dessine une rĂ©sistance pour prĂ©server les arbres et les forĂȘts environnants. Pionnier de l’agriculture bio en France, AndrĂ© Bucher nous conte son refus de dĂ©boiser pour replanter des pins.

Réécouter l’émission en podcast sur la page de CO2 mon amour

Denis Cheissoux
France Inter // CO2 mon amour Samedi 13 octobre

- Les coups de cƓur des libraires et les bibliothĂ©caires

La cinquiĂšme Ă©dition de la rentrĂ©e littĂ©raire d’automne s’est dĂ©roulĂ©e Ă  la MĂ©mo. PrĂšs de 600 romans sont attendus cette annĂ©e, le choix ne sera pas aisĂ©. Qui, mieux que les libraires de la Femme Renard, du Bateau Livre et les bibliothĂ©caires de la MĂ©mo, pour nous guider dans ce dĂ©dale ? Une centaine de lecteurs avertis ont participĂ© Ă  cette soirĂ©e, impatients de dĂ©couvrir les coups de cƓur de cette cuvĂ©e littĂ©raire automnale. En tout, 28 ouvrages trĂšs divers ont Ă©tĂ© mis en avant dont Un court instant de grĂące d’AndrĂ© Bucher.

Lire l’article sur le site de La DĂ©pĂȘche

La rédaction
La DĂ©pĂȘche 15 octobre 2018

- Un court instant de grĂące

Qui n’aime pas quand, lors de la coupe de France de football, le petit Poucet gagne contre l’ogre de 1Ă©re division ? Qui n’aime pas quand l’opprimĂ© se rĂ©volte et renverse un Ă©tat ? Nous avons tous une certaines propension Ă  dĂ©fendre la veuve et l’orphelin, mais dans la rĂ©alitĂ©, les Ă©vĂ©nements et leur conclusion ne donnent pas toujours gain de cause au plus faible des deux. Dans Un court instant de GrĂące d’ AndrĂ© Bucher (aux Éditions Le mot et le reste), nous suivons le combat d’un petit village contre l’implantation d’une centrale Ă  biomasse.

Émilie vit seule dans sa ferme, sur les contreforts de la montagne de Palle. Elle y est seule depuis la mort de son mari et voit d’un mauvais Ɠil l’ONF implanter une centrale Ă  biomasse Ă  proximitĂ©. Cette usine incinĂšre le bois des forĂȘts pour produire de l’énergie, sans se soucier du fait qu’elle dĂ©truise l’écosystĂšme. Entre Ă©cologistes fervents et industriels convaincus, la guerre est dĂ©clarĂ©e. Pourtant Émilie, elle, ne veut simplement pas que sa terre soit dĂ©truite en vertu du profit et d’une Ă©cologie bafouĂ©e.

Bon, ne vous attendez pas Ă  un combat de zadistes contre les forces de l’ordre ou autres incidents guerriers, mais plus Ă  un roman d’amour, de celui qu’un homme ou une femme, en l’occurrence, Ă©prouve pour sa terre, le lieu oĂč il a vĂ©cu toute sa vie, qu’il a apprise Ă  dompter et Ă  respecter.

Ce roman est trĂšs particulier dans sa forme car il est trĂšs poĂ©tique, possĂšde une rythme lent, comme implantĂ© dans la terre oĂč vit l’hĂ©roĂŻne, une terre qui vit au rythme des saisons, et haletant quant Ă  la finalitĂ© de cette implantation subie (et de l’histoire d’amour entre Émilie et son amour de jeunesse retrouvĂ© Ă©galement).

Nous sentons sous la plume d’AndrĂ© Bucher une Ă©norme tendresse pour ces lieux, loin de tout, oĂč les gens vivent de peu de choses. En usant de ce ton poĂ©tique, il tisse une ode Ă  la nature, Ă  sa beautĂ©, Ă  ce qu’elle donne Ă  l’homme et qu’il semble bien aveugle Ă  voir ou Ă  accepter. Il dĂ©crit aussi les relations entre les hommes, cupides ou bien totalement dĂ©sintĂ©ressĂ©, visant leurs intĂ©rĂȘts personnels ou le bien de la communautĂ©. Tout y est dĂ©crit avec finesse, sans pathos, avec une acuitĂ© moqueuse ou empathique. L’humour y est subtilement dissĂ©minĂ©, apportant un lĂ©ger relĂąchement dans tout le sĂ©rieux que vivent les diffĂ©rents protagonistes du roman.

Mais il vous faut absolument vous donner un exemple du ton utilisé par André Bucher pour que vous compreniez quelle est la poésie qui émane de ces presque 200 pages, car ainsi il vous sera plus facile de comprendre le style de cet auteur délicat :

« Un rire de neige masquait le chagrin hivernal des chĂȘnes toujours en dĂ©licatesse d’un futur feuillage.

Elle pensait Ă  un drap couleur crĂšme, tombĂ© du ciel en plein sommeil. Qui donc rendre responsable de ce prodige ? Tout ce blanc lui filait le tournis. Un coloris dĂ©licat qui Ă©touffait les taches d’encre de la mĂ©lancolie ? »

Au final, nous obtenons un roman romantique, bien campĂ© sur une rĂ©alitĂ© concrĂšte mais totalement originale dans son approche du sujet. Nous en ressortons comme d’un rĂȘve, lĂ©gĂšrement euphorique, abreuvĂ© par ses descriptions flamboyantes et son charme lĂ©ger comme une bulle de champagne.

Un court instant de grĂące est un livre Ă  conseiller aux amoureux de la vie, tout simplement.

Retrouvez la chronique du livre sur Litzic.com

Patrick Beguinel
Litzic.com 9 octobre 2018

- Un court instant de grĂące

Note : 4, 5 / 5.

Instant tellement rare

NeuviĂšme roman de cet auteur dont j’ai lu, il y a longtemps « DĂ©neiger le ciel » qui concourait Ă  l’époque pour le prix « Cezam ».
Nous sommes dans la France profonde, loin des villes et des lieux touristiques. La France des oubliĂ©s qui se dĂ©peuple et qui meure Ă  petit feu. Il y a une montagne parfois nommĂ©e « PĂąle » parfois « Palle ». Cette montagne boisĂ©e va devenir le sujet d’affrontement entre les rares habitants de ce hameau perchĂ© difficile d’accĂšs.
Nous sommes en dĂ©cembre 2015. Émilie est une femme du pays, elle vit seule depuis le dĂ©cĂšs d’Edouard, son Ă©poux, mort accidentellement. Leur fils Serge est parti voir ailleurs depuis 2009, loin dans le Nord. Il n’avait pas la vocation pour cette vie rude qui l’attendait en restant au pays. Le travail est rare, les hivers longs et froids, les femmes Ă  marier encore plus rares que le travail. Seule solution pour la jeunesse, l’exil.
Mais la situation pourrait changer, la forĂȘt intĂ©resse des hommes d’affaires. La crĂ©ation d’une centrale Ă  biomasse est envisagĂ©e. Pour cela il faut du bois, beaucoup de bois. Petit Ă  petit les arbres plusieurs fois centenaires seront abattus et la forĂȘt rasĂ©e. La rĂ©sistance s’organise, Émilie en devient le symbole, elle est aidĂ©e en cela par Victor, son tout premier amour
 ils avaient dix ans tous les deux. Dans le village deux clans s’affrontent, parfois au sein de la mĂȘme famille. Le maire est ouvertement pour, ses arguments sont toujours et partout pareils, la crĂ©ation de postes, du travail Ă  venir etc
etc
 sauf que souvent les gens embauchĂ©s ne sont pas de la rĂ©gion ! Il pense aussi Ă  sa réélection !
Les rĂ©unions publiques sont houleuses et les incidents se multiplient. Émilie est projetĂ©e Ă  terre et blessĂ©e. Une jeune femme venant de la ville et prĂȘte Ă  tout est dĂ©pĂȘchĂ©e sur place. Elle use de son charme mais sans grand rĂ©sultat. Serge revient pour tenter de convaincre sa mĂšre de ne pas s’opposer Ă  ce projet.
Émilie et Victor, aidĂ©s de quelques voisins, rĂ©sistent malgrĂ© les menaces et intimidations

Émilie, un personnage fĂ©minin lumineux. Humaniste et pleine de bontĂ© mais opiniĂątre pour dĂ©fendre sa forĂȘt et son monde. Une grande dame, un des plus beaux portraits de femme toute simple, une dĂ©couverte au cours de mes derniĂšres lectures. Beaucoup d’autres personnages dans cette fable moderne
 quel monde laisserons-nous Ă  nos enfants et petits-enfants ?
Une trĂšs belle Ă©criture que j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ©e, les descriptions de la nature sont particuliĂšrement rĂ©ussies. Un roman Ă©cologiste que je recommande. Le pot de terre contre le pot de fer. Parfois la dĂ©termination de certains fait reculer le massacre de la nature qui, lui est uniquement dictĂ© par le profit Ă  court terme.

Extraits :

  • « Les pĂątures du vent », plaisantaient les rares bergers qui venaient lĂ , sur le penchant, estiver leurs troupeaux.
  • Il fallait aussi compter avec un autre genre de paroissiens, les corbeaux. Des raconteurs d’histoires souvent tristes, quelquefois drĂŽles.
  • Émilie n’aspirait plus qu’à se mĂ©tamorphoser en ourse, enfouie dans le poudrin, avant de sombrer dans un grand tourbillon onirique.
  • À cet instant prĂ©cis, elle se sentait seule, vraiment seule et dĂ©semparĂ©e. À ne pouvoir se rĂ©pĂ©ter que des histoires sans paroles de peur que les mots de se gĂšlent.
  • Il accĂ©dait Ă  un autre continent, Ă  la fois dĂ©routant et familier.
  • Ce qui la dĂ©rangeait, chez eux, provenait du fait qu’ils n’étaient pas vraiment des militants.
  • Il n’avait donc d’autre solution que de la convaincre en lui faisant miroiter son propre intĂ©rĂȘt.
  • Il paraĂźt que dans le subconscient d’un chasseur existe un Ă©cologiste qui prend des somnifĂšres

  • Il avait dĂ©couvert la poĂ©sie sur les bancs de l’école mais comme de nombreux jeunes, il s’en Ă©tait dĂ©tournĂ© durant l’adolescence, avant de se mettre sur le tard Ă  la lecture et d’apprĂ©cier les Ɠuvres de Dylan Thomas, John Milton, Walt Whitman, William Butler Yates et e.e.cummings, pour ne citer qu’eux.

Lisez la chronique sur le blog de Yvon Bouëtté

Yvon Bouëtté
Eireann Yvon 17 juillet 2018