Un court instant de grĂące
AndrĂ© Bucher dit lâĂ©veil et la fiertĂ© Ă dĂ©fendre sa terre, dans un rĂ©cit somptueux de maĂźtrise et de poĂ©sie⊠Câest beau⊠IntensĂ©ment beau!
Mathieu Lartaud â Decitre Grenoble
Avec la complicitĂ© des saisons et des Ă©lĂ©ments qui ne comptent pas se plier aux rĂšgles que les hommes croient leur imposer, Ămilie sâoccupe tant bien que mal dâune terre qui se mĂ©rite, derniĂšre gardienne des lieux depuis la mort de son mari et le dĂ©part de son fils. Ce quotidien solitaire bascule avec le retour providentiel de son amour dâenfance, Victor, et lâarrivĂ©e dâentrepreneurs bien dĂ©cidĂ©s Ă dĂ©cimer la forĂȘt environnante pour nourrir un gargantuesque projet de centrale Ă biomasse ironiquement louĂ© comme Ă©cologique. Sâensuivra une lutte, un rĂ©veil de la vallĂ©e et de ses protagonistes qui se pensaient endormis, entre intĂ©rĂȘts politiques, prises de conscience, paresse intellectuelle et rĂ©sistances acharnĂ©es. Chacune et chacun jouera son rĂŽle et donnera au rĂ©cit sa force, Ă lâimage de lâindomptable montagne de Palle qui domine les lieux et tire sa beautĂ© de ses contrastes.
Revue de presse
- Lectures hivernales Paul La Feuille Charbinoise 27 janvier 2019
- Interview - André Bucher à la Foire bio Sans transition ! 16 octobre 2018
- Voyage au bout du livre Daniel Raphalen Alternantes.fm 5 janvier 2019
- Un court instant de grĂące : pourtant que la montagne est belle Marie-Laure Soetaert Le Suricate 6 janvier 2019
- Chronique de Marc Gaucherand Radio Zinzine // Un livre un jour 16 décembre 2018
AndrĂ© Bucher, Ă©crivain entre terre et ciel, raconte le combat Ă©cologique dâune femme montagne BenoĂźt Pupier Reporterre 24 octobre 2018
LâĂ©crivain et paysan AndrĂ© Bucher Ă©tait derniĂšrement de passage Ă la librairie Le Millefeuille La rĂ©daction Le Journal du Centre 27 octobre 2018
- Le batailleur du bois Sans Transition octobre 2018
- Un court instant de grĂące Nathalie Glorion - Les passions de Chinouk 16 octobre 2018
- Interview - Balade dans la DrÎme en compagnie de l'écrivain et paysan écolo André Bucher Denis Cheissoux France Inter // CO2 mon amour Samedi 13 octobre
- Les coups de cĆur des libraires et les bibliothĂ©caires La rĂ©daction La DĂ©pĂȘche 15 octobre 2018
- Un court instant de grĂące Patrick Beguinel Litzic.com 9 octobre 2018
- Un court instant de grùce Yvon Bouëtté Eireann Yvon 17 juillet 2018
ROMANFRANCOPHONE â On ne peut plus considĂ©rer ces quelques maisons en ruine autour du petit cimetiĂšre comme un hameau. MĂȘme sâil y reste quand mĂȘme au moins une personne avec quelques animaux, un jardin et des terres cultivĂ©es. Seule depuis maintenant trois annĂ©es. Depuis que son mari est dĂ©cĂ©dĂ© en tentant dâĂ©teindre lâincendie qui avait pris dans la grange.
Depuis Emilie sâoccupe seule de la ferme et de ses dĂ©pendances, son fils, Serge, parti depuis des annĂ©es dans le Nord, ne revenant la voir quâĂ©pisodiquement.
Mais elle est nĂ©e lĂ , y a vĂ©cu tant de temps avec Edouard, et aime cette vie remplie de tĂąches prenantes, cette terre dure et exigeante. EntourĂ©e par une nature vivante oĂč elle continue de braconner quelques lapins Ă lâoccasion, de pĂȘcher quelques truites dans le ruisseau, ou dâaller vendre au marchĂ© du village voisin quelques confitures et autres produits de son jardin, elle ne voit pas le temps passer entre deux visites de Roger, lâĂ©picier, qui vient rĂ©guliĂšrement terminer sa tournĂ©e chez elle et lui apporter des provisions et le courrier.
Au-dessus dâelle, la montagne de Palle, avec son immense forĂȘt, la surplombe de toute cette splendeur verte que traversent, au printemps et Ă lâautomne, les bergers et leurs troupeaux qui montent lĂ -haut, dans les zones dâestive. LĂ oĂč la forĂȘt leur laisse la place et de bonnes pĂątures.
La montagne de Palle, câest une lĂ©gende vivante. Au fond de ses vallĂ©es profondĂ©ment creusĂ©es, les arbres ont poussĂ©. La masse de la montagne accumule les nuages et le brouillard, aussi bien que la neige en hiver. Et le vent y souffle fort.
Cette forĂȘt attise quelques convoitises dâailleurs : une Ă©norme centrale thermique projette dâexploiter cette manne Ă©nergĂ©tique pour produire de lâĂ©lectricitĂ©. Des dizaines et des dizaines dâhectares sont promis Ă des coupes rases pour alimenter cette consommatrice vorace. Et si certains y voient lâoccasion de gagner quelques sous en vendant leurs terrains, dĂ©jĂ , dâautres sâinsurgent devant une exploitation irresponsable autant quâimprĂ©voyante de ses consĂ©quences.
Soutenu par un maire professionnellement impliquĂ© dans la filiĂšre bois â et donc Ă la fois juge et partie â et par une administration des Eaux et ForĂȘts qui abandonne ses responsabilitĂ©s, lâindustriel dĂ©roule son projet pour exploiter cette manne forestiĂšre. Mais, devant passer sur les terrains dâEmilie pour Ă©vacuer la plus grande partie du bois qui sera coupĂ©, il va se heurter de front avec celle-ci qui nâentend pas abandonner sa conception de la gestion raisonnĂ©e de la forĂȘt : lâaffrontement est inĂ©vitable.
Surfant sur les mouvements toujours plus nombreux et structurĂ©s dâopposition Ă des projets trop souvent bien peu prĂ©occupĂ©s par les considĂ©rations de dĂ©veloppement durable, AndrĂ© Bucher, autour dâun discours fondamentalement militant, construit une histoire de retrouvailles entre deux enfants que la vie a sĂ©parĂ©s dans leurs toutes jeunes annĂ©es.
Indéniablement, il convient de lui reconnaßtre un art consommé pour parler de sa montagne et de ses attraits avec une conviction et une qualité tout à fait remarquable.
En revanche, en ce qui concerne le suspense, câest un peu moins rĂ©ussi ! Ayant, dĂšs les premiĂšres pages, fait affirmer Ă lâun de ses personnages un « pas de sexe entre nous », il nây a dĂšs lors plus beaucoup de doutes quant Ă la façon dont cela va se terminerâŠ
Quant Ă lâactivisme industriel, aux actions de lobbying et aux manĆuvres quâil dĂ©ploie, pour avoir un peu cĂŽtoyĂ© ces circuits, câest un peu caricatural. Et le point final qui est portĂ© au projet manque diablement de rĂ©alisme.
Du coup, je ne retiendrai de ce livre, mĂȘme si câest dommage, que cet amour semble-t-il viscĂ©ral, quâAndrĂ© Bucher voue Ă la nature qui lâentoure et dont il parle avec plus de chaleur que de tout autre sentiment qui aurait pu participer de son rĂ©cit.
Les pages oĂč il dĂ©crit les changements de physionomie de sa montagne sont tout simplement magnifiques. Sa façon de parler des couleurs, du vent, du brouillard ou dâun ruisseau permettent dâĂȘtre dans le dĂ©cor, de sentir les flocons de neige sâĂ©craser sur notre visage, dâentendre une biche dĂ©taler dans un sous bois ou encore de humer les exhalaisons de la terre aprĂšs la pluie.
Câest la connivence rĂ©ciproque dâEmilie (dâAndrĂ© Bucher, bien sĂ»r !) avec la terre nourriciĂšre qui leur donne Ă toutes deux cette joie du vivre ensemble, cet enthousiasme et qui fournit tout son relief Ă ce livre. Encore une fois, il me paraĂźt dommage que le contexte dans lequel il sâinscrit soit un peu trop cousu de fil blanc.
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Le temps est propice Ă la lecture ; le froid nâest pas intense mais omniprĂ©sent ; le gris est la couleur dominante de la palette et le vent du Nord ne se fait pas oublier. Je lis beaucoup, deux ou trois livres par semaine peut-ĂȘtre et je ne vais pas tous les Ă©voquer ici ! Je prĂ©fĂšre vous parler des ouvrages que jâai placĂ©s en haut du panier. Je nâaime pas parler des livres que je nâai pas apprĂ©ciĂ©s. Il sâagit parfois dâouvrages que je nâai pas lus au bon moment et mon rendez-vous ratĂ© nâest pas un prĂ©texte suffisant pour tirer sur lâauteur Ă boulets rouges.
Fin du palabre dâintroduction ; je me lance !
[âŠ]
Je termine ce premier inventaire hivernal, par un livre dâAndrĂ© Bucher, notre « Ă©crivain naturaliste » national (dĂ©solĂ©, je nâaime pas le terme « nature writing » qui me paraĂźt venir dâune autre langueâŠ), « Un court instant de grĂące » publiĂ© chez lâexcellent Ă©diteur « Le mot et le reste ». Chaque annĂ©e je dĂ©couvre un ou deux volumes supplĂ©mentaires de lâĆuvre plutĂŽt consĂ©quente de cet auteur. Câest une valeur sĂ»re de ma bibliothĂšque et je suis rarement déçu. Ăa nâa toujours pas Ă©tĂ© le cas avec ce livre qui raconte lâaccouchement difficile dâun amour entre deux fortes personnalitĂ©s dâun certain Ăąge et dâun Ăąge certain. Tout cela est emballĂ© de main de maĂźtre dans un dĂ©cor de montagne somptueux : forĂȘts, torrents, chemins sinueux⊠Au cĆur du roman, une de ces forĂȘts que nos technocrates investisseurs modernes rĂȘvent Ă tout prix de « normaliser » et de « rentabiliser ». Bien entendu, ces pourfendeurs dâarchaĂŻsmes Ă©conomiques sont handicapĂ©s dans leur valeureuse entreprise par les menĂ©es dâune Ă©cologiste vĂ©nĂ©rable ; lâune de ces grands-mĂšres que lâon rencontre de plus en plus souvent dans les manifestations, pour lesquelles la « qualitĂ© de vie » passe bien avant les profits et la courbe ascendante du CACA 40. Je ne vous dis pas qui gagne Ă la fin mais sachez que lâhistoire mâa profondĂ©ment touchĂ© et tirez-en un indice grĂące Ă votre perspicacitĂ©. En attendant ma prochaine lecture de ce grand Monsieur drĂŽmois, prenez bien soin de votre petite personne et admirez les flocons plus que les flacons ! En tout cas, tous ces livres et bien dâautres peuvent ĂȘtre consommĂ©s sans modĂ©ration.
Lisez la chronique sur La Feuille Charbinoise
Il se prĂ©sente comme un Ă©crivain-paysan. Nous avons rencontrĂ© AndrĂ© Bucher, durant la derniĂšre foire bio de Montfroc (26), les 6 et 7 octobre derniers. Dans une sĂ©rie de trois interviews vidĂ©os, lâhomme de la vallĂ©e du Jabron nous a parlĂ© de son dernier roman, Un court instant de grĂące (octobre 2018 â Le mot et le reste). Roman dans lequel lâĂ©vocation du projet de mĂ©ga-centrale Ă bois de Gardanne (13) et ses potentiels impacts dĂ©vastateurs sur la forĂȘt ne serait que fortuiteâŠ
Retrouver le tout sur le site de Sans transition !
Daniel Raphalen vous recommandes les livres de André Bucher et de Patrice Gain (Terres fauves). De belles chroniques à réécouter ICI
Depuis la mort de son mari et le dĂ©part de son fils, Emilie vit seule dans sa ferme sur les hauteurs du massif de Palle. Entre la traite des vaches, lâĂ©levage des poules et le travail des terres, le labeur ne manque pas. Mais Emilie ne se lasse pas pour autant dâadmirer le ciel et les oiseaux, de mĂȘme que les paysages sans cesse renouvelĂ©s par la ronde des saisons. Un jour, son quotidien solitaire est perturbĂ© par des Ă©chos inquiĂ©tants qui lui parviennent de la vallĂ©e : un projet de centrale Ă biomasse menace la forĂȘt environnante. LâarrivĂ©e dâentrepreneurs, dĂ©terminĂ©s Ă dĂ©cimer les arbres de la forĂȘt domaniale de la montagne de Palle, coĂŻncide avec le retour providentiel de Victor, un amour de jeunesse, embauchĂ© pour labourer et moissonner les cĂ©rĂ©ales sur ses terres. Face Ă la pugnacitĂ© des chargĂ©s de mission, Emilie nâest pas du genre Ă sâen laisser compter : elle entre en rĂ©sistance et apparaĂźt comme lâultime rempart contre cette absurditĂ© Ă©cologique.
Dans son roman engagĂ©, AndrĂ© Bucher dĂ©crit avec rĂ©alisme et ĂąpretĂ©, les manĆuvres des prĂ©dateurs des temps modernes mais aussi la vie des gens dâune vallĂ©e, partagĂ©s tour Ă tour entre intĂ©rĂȘts politiques, Ă©conomiques et prises de conscience Ă©cologiques. LâĂ©crivain-paysan interroge notre rapport Ă la nature Ă travers le prisme des luttes territoriales et des attachements entre les ĂȘtres. Son histoire nâest pas sans rappeler le triste feuilleton de la centrale Ă bois de Gardanne dans les Bouches-du-RhĂŽne dont la conversion rĂ©cente Ă la biomasse soulĂšve bon nombre dâoppositions.
PortĂ© par une grĂące tellurique et poĂ©tique, Un court instant de grĂące fait souffler un vent de rĂ©volte, balayant les contre-sens environnementaux, appelant Ă lâĂ©veil dâune conscience plus Ă©cologique et citoyenne. MalgrĂ© la pertinence du propos, on aurait aimĂ© plus de chair fictionnelle, plus dâamplitude frondeuse. Il manque, çà et lĂ , des pĂ©ripĂ©ties et des tensions pour donner plus de force Ă ce rĂ©cit ourlĂ© dâimages Ă la beautĂ© inquiĂ©tante.
Lire la chronique sur Le Suricate
Marc Gaucherand, le propriĂ©taire de la cĂ©lĂšbre librairie de Banon, Le Bleuet, chronique le dernier roman dâAndrĂ© Bucher pour les auditrices et les auditeurs de Radio Zinzine.
Dans « Un court instant de grĂące », lâĂ©crivain-planteur dâarbres AndrĂ© Bucher livre le rĂ©cit dâune vallĂ©e aux prises avec la voracitĂ© dĂ©voreuse dâune centrale Ă biomasse. De ce conflit naĂźt une communautĂ©, emmenĂ©e par Ămilie, qui a « toujours vĂ©cu dâair, dâeau, de silence et de vent ».
Benoit Pupier est un ami dâAndrĂ© Bucher. « DĂ©claration dâintĂ©rĂȘts : jâai Ă©tĂ© nourri aux lĂ©gumes bio du jardin cet Ă©tĂ© lors de mon passage Ă la ferme de Grignon dans la vallĂ©e du Jabron.» _Benoit Pupier a rĂ©alisĂ© un documentaire sur le travail dâAndrĂ© Bucher et publiĂ© une conversation avec lui dans La revue critique de Fixxtion contemporaine.
AndrĂ© Bucher, Ă©crivain des grands espaces et de la nature sauvage, gĂ©ologue des sentiments, citoyen engagĂ© du dĂ©veloppement durable et de lâimaginaire, dĂ©crivait, Ă lâautomne 2009 dans Vivre au Jabron, son geste de planteur dâarbre :
Je vis sur le versant sud, dans le haut de la vallĂ©e, sur une terre qui comprend 200 hectares de surface totale, dont 30 hectares dĂ©frichĂ©s et cultivables. Le reste est en landes, puis il faut compter 87 hectares de bois existants dont, principalement, des chĂȘnes, hĂȘtres, sorbiers, frĂȘnes et Ă©rables. Seulement, il y avait pas mal dâendroits trĂšs Ă©rodĂ©s et des parcelles de forĂȘt trop clairsemĂ©es, dâoĂč lâidĂ©e de reboiser. La motivation premiĂšre Ă©tant de pĂ©renniser cet endroit en luttant aussi contre lâĂ©rosion, afin de constituer « un chĂąteau dâeau » et dâabsorber le CO2.
Ă partir de 1985, nous (quatre personnes) avons plantĂ© 20.000 arbres en deux ans. (âŠ) Nous avons pu ainsi acheter les plants, ouvrir une piste (utilisĂ©e dans le cadre de la lutte contre les incendies) et financer la construction dâune retenue collinaire. Nous avons dĂ» nĂ©gocier avec la DDA_[direction dĂ©partementale de lâagriculture]_, maĂźtre dâĆuvre, dont la politique en matiĂšre de boisement consistait Ă planter sĂ©parĂ©ment des carrĂ©s de pins noirs, de mĂ©lĂšzes ou de cĂšdres et donc prĂŽnant lâexploitation Ă court terme, en privilĂ©giant les rĂ©sineux plutĂŽt que les feuillus. Pour nous, les arbres sâapparentent Ă la sociĂ©tĂ©, plus elle est mĂ©tissĂ©e plus elle se rĂ©gĂ©nĂšre.
Par consĂ©quent, nous voulions mĂ©langer les espĂšces, qui ainsi se stimuleraient et sâautoprotĂ©geraient. Cela impliquait Ă©galement de modifier les pratiques en sous-solant seulement et dâĂ©viter de dĂ©caper la faible couche dâhumus Ă la surface du sol. Surtout, nous ne voulions pas dĂ©boiser le couvert existant sous prĂ©texte de reboisement. Nous avons eu finalement gain de cause et ce projet fait dĂ©sormais figure de jurisprudence pour les futurs plans ou programmes de reboisement.
(âŠ) Dans ces endroits trĂšs pierreux, nous avons souvent creusĂ© des trous Ă la barre Ă mine et plantĂ© Ă la pioche Ă 40 Ă 50 cm, comme pour les fruitiers. Ensuite, pendant deux ans, il a fallu les biner. DĂ©sormais, il faut Ă©laguer (pour les rĂ©sineux) toutes les branches basses afin que le fĂ»t pousse bien droit et, dans un an ou deux, pratiquer une premiĂšre Ă©claircie. Enfin, chaque annĂ©e, je continue de planter de nouvelles espĂšces, je fais des essais en introduisant des aulnes, cormiers, noisetiers, chĂątaigniers et noyers, pour la diversitĂ© et pour garder la forme. »
AndrĂ© Bucher habite la ferme de Grignon, Ă 1.100 mĂštres, face Ă la montagne de Lure, dans la vallĂ©e du Jabron (Alpes-de-Haute-Provence). Câest un ami. Son nouveau roman, Un court instant de grĂące, aux Ă©ditions Le mot et le reste, vient de paraĂźtre.
Ămilie, personnage-montagne, « femme de soleil et de vent »
La montagne empiĂ©tait sur lâhorizon, sa masse inerte accaparait le paysage. Une entitĂ© dure mais Ă©galement fragile, avec la forĂȘt pour territoire, que lâon ne saurait dompter et modeler Ă sa guise. On sâinterrogeait sur son devenir. Que penser de ce pays ? »
Dans un premier chapitre saisissant, ouvert au vent, Ă lâimmobilitĂ© minĂ©rale de la montagne de Palle, double de fiction du lieu existant Ă la frontiĂšre de la DrĂŽme et des Alpes-de-Haute-Provence, AndrĂ© Bucher dresse le portrait â câest un chant â dâun territoire perdu. Lâusage du pronom indĂ©fini (« On sâen remettait [âŠ] » ; « On Ă©prouvait [âŠ] » ; « On se consolait [âŠ] ») fait entendre une complainte. De ce peuple des montagnes ne resterait que la voix. Ce monde-lĂ retourne-t-il au tombeau ? Une vie fragile semble subsister : « (âŠ) sur le flanc cĂŽtĂ© sud, on remarquait une grange rĂ©cemment construite (âŠ). »
Ămilie, personnage-montagne, « elle Ă©tait grande et forte », habite ce pays. La soixantaine, elle a « toujours vĂ©cu dâair, dâeau, de silence et de vent ». ConfrontĂ©e aux Ă©lĂ©ments, en ces hautes solitudes, elle converse avec Ădouard, son mari, lâabsent. Le feu lâa emportĂ©. Le cri des cauchemars, le souffle de la nuit et le brame du cerf habitent les songes dâĂmilie. Des territoires de lâenfance surgit un premier amour, Victor, « son courant dâair ». Câest un mĂ©nage Ă trois. Le fils, Serge, est parti dans le nord de la France. Dans cette gĂ©ologie des sentiments, lâĂ©crivain avance pas Ă pas (feutrĂ©s), par touches prĂ©cises et imagĂ©es, pour dessiner les hĂ©sitations («_ Victor, le cĆur en roue libre, cafouillait_ »), la violence intĂ©rieure, les fuites et les retours, la sensualitĂ© maladroite. Une rĂ©surgence des sentiments. La rĂ©surgence est en gĂ©ographie la rĂ©apparition Ă lâair libre, sous forme de grosse source, dâune nappe dâeau ou dâune riviĂšre souterraine. Chez AndrĂ© Bucher, sur le plateau Ă 1.460 mĂštres, lâeau remonte par capillaritĂ©. Les bergers autrefois y avaient maçonnĂ© un puits pour avoir un point dâeau sur les estives.
« Elle veut croire que les corbeaux, les poissons, le hĂ©ron, les cervidĂ©s veillent tour Ă tour sur elle. Que leurs ailes et nageoires, leurs becs et leurs bois dâordinaire dĂ©volus Ă lâair, la forĂȘt, le ciel et la riviĂšre, la protĂšgent. La lune complice confirme, elle salue puis lui sourit tandis que les Ă©toiles envahissent le firmament, semblables Ă des oies de neige. »
Un petit monde partage la peine dâĂmilie. Un bestiaire habite toujours les livres dâAndrĂ© Bucher. Dans Le Cabaret des oiseaux, Tristan a deux compagnons de mĂ©lancolie : « Je nâavais pas encore appris-apprivoisĂ© le merle et sa corneille. » La VallĂ©e seule (qui ressort en poche) est une parabole autour de la figure dâun vieux cerf confrontĂ© Ă son ombre dans un royaume intermĂ©diaire, entre terre et ciel. Bruissements des vies fragiles et silencieuses. HypersensibilitĂ© de lâanimal. « (âŠ) comme une onde qui sâĂ©lĂšve, il sâengouffra par le couloir de la dĂ©verse, lĂ oĂč elle nâĂ©tait pas encore prise, puis il ressentit lâeau rouler, un faisceau de nerfs irriguant la terre tels des fils conducteurs liĂ©s entre ses jambes. » La vie Ă la ferme, donc, rythme les jours. Ămilie, « farouche et forte comme un ours », a deux vaches laitiĂšres, des poules et des lapins, prĂ©pare le plan dâassolement, organise les labours et « lâemblavement de quelques parcelles en orge de printemps ». Ămilie a le souci de la diversitĂ© : orge, sorgho, maĂŻs, blĂ©, mĂ©teil⊠Les travaux des champs et le cosmos sâunissent. Terre et ciel ne sont pas des univers sĂ©parĂ©s. « La nuit, parmi le ciel labourĂ©, la lune agrenait son semis dâĂ©toiles filantes, qui germaient en luisant lâune aprĂšs lâautre, avant de chavirer et de sâabĂźmer dans lâimmensitĂ©. » Victor aide, Ă©lague, conduit les engins â il cherche sa place aussi. Ămilie affourage « les cornadis ». Le rĂ©cit est une ronde. Les personnages sont « arrimĂ©s au mouvement des saisons ».
« On ne pouvait décemment, bûcherons et bergers réunis, se contenter de prélever. Encore fallait-il se soucier de réparer »
La deuxiĂšme ligne de force du rĂ©cit est un combat Ă©cologique. Une entreprise veut faire main basse sur la forĂȘt pour alimenter une centrale Ă biomasse. Coupes blanches au programme. Il faut lâaccord dâĂmilie pour un droit de passage et pour pouvoir accĂ©der aux forĂȘts privĂ©es. Elle refuse. AndrĂ© Bucher aurait pu Ă©crire une tragi-comĂ©die avec sabordage au programme. Mais il a dĂ©jĂ Ă©crit son Gang de la clĂ© Ă molette. Câest Pays Ă vendre. La baston y Ă©tait un mode dâexpression. LâĂ©criture dansait un rock and roll dĂ©jantĂ© tendance libertaire. Un court instant de grĂące raconte le rĂ©veil dâune vallĂ©e, secouĂ©e par le geste de rĂ©sistance dâĂmilie, « farouche et tĂȘtue ». Câest un rĂ©cit au tempo lent, comme si le lieu â la montagne â imposait son rythme aux personnages et que lâon ne pouvait pas aller plus vite que la musique. Les habitants se confrontent les uns aux autres. Chacun réévalue sa position. « Chacun tĂątonnait, le plus souvent suivant les opportunitĂ©s ou ses propres insuffisances. » Le conflit crĂ©e la communautĂ©. Ămilie dĂ©place la question du droit Ă celle du sens. « La montagne nâest pas une scĂšne de théùtre (âŠ). Chacun doit faire sa part lĂ oĂč il est. » Prendre soin du lieu oĂč lâon vit. Cette histoire pose la question de la gestion des biens communs, des forĂȘts. Peut-on dĂ©lĂ©guer au privĂ© ? Peut-on faire confiance Ă lâĂtat (lâONF) ? Faut-il crĂ©er des groupements forestiers citoyens ?
Il y a des militants « dĂ©guisĂ©s en sapin », Plantier, ingĂ©nieur Ă lâONF et Ernest, le maire et entrepreneur forestier. Un « perroquet teigneux » se moque du maire « daltonien ». Julien, le garde forestier, cherche le compromis et veut contrĂŽler la gestion « propre » de la coupe. « (âŠ) il Ă©tait interdit dâincendier les rĂ©manents car ils brĂ»laient ainsi les insectes et les fourmis et entraĂźnaient lâexode des mammifĂšres. » Cela empĂȘche aussi les repousses. Vincent et ClĂ©mence, les bergers, sont liĂ©s (poings liĂ©s ?) par une convention avec la commune et lâONF. Annie Leroux, une militante, veut fĂ©dĂ©rer les luttes. Sa relation sentimentale avec Julien nâest pas sans frictions. Rachel, la chargĂ©e de mission de la centrale, navigue entre lobbying rĂ©gional et admiration secrĂšte pour Ămilie. Elle pose la question du dĂ©veloppement du territoire : « Que choisissons-nous Ă la fin ? Une rĂ©serve dâIndiens, un site Natura 2000 sanctuarisĂ©, voire un parc dâattractions avec dĂ©bardage Ă lâancienne (âŠ) ou une alternative Ă©nergĂ©tique visant Ă conserver et mĂȘme crĂ©er des emplois ? » Ămilie dĂ©fend une gestion durable des forĂȘts, des Ă©claircies rĂ©guliĂšres, la plantation dans le couvert existant, la pratique de la futaie jardinĂ©e. Elle refuse la monoculture et le remplacement des feuillus par des Ă©pineux Ă croissance rapide. Elle alerte : les coupes franches, « la forĂȘt Ă©pluchĂ©e jusquâau col », vont provoquer le lessivage des sols, un phĂ©nomĂšne de battance. Quâadviendra-t-il en cas de violents orages ? Plus il y a de matiĂšre organique dans un sol, plus il est stable. « On Ă©tait en zone sensible. On ne pouvait dĂ©cemment, bĂ»cherons et bergers rĂ©unis, se contenter de prĂ©lever. Encore fallait-il se soucier de rĂ©parer. »
LâĂ©crivain Ă pattes dâours ne se prive pas pour dĂ©gommer deux, trois bricoles (deux, trois chasseurs ! Mais pas seulementâŠ). Câest dire la rĂ©alitĂ© avec humour, malice de la phrase, pour suggĂ©rer quâil suffirait dâun rien de bon sens pour quâun Ă©quilibre sâĂ©tablisse.
La fiction est facĂ©tieuse et croise la rĂ©alitĂ© : voir le documentaire Le Temps des forĂȘts et les enquĂȘtes de Reporterre sur le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan (Lucienne Haese, sĆur de combat dâĂmilie) ou sur la filiĂšre dâapprovisionnement de la centrale Ă biomasse de Gardanne (« LâONF encourage la biomasse industrielle au dĂ©triment des forĂȘts et du climat »). « Toute ressemblance avec des personnes, organismes, groupes industriels existant ou ayant existĂ© serait purement fortuite », prĂ©cise lâĂ©diteur du roman. Jeu littĂ©raire. Les oiseaux protestent devant la chute des arbres.
« Seul un grand corbeau â toujours le mĂȘme â sentinelle raide et vigilante sur sa branche, les dĂ©fiait, dĂ©sapprobateur, dans une transe immobile. Ses yeux injectĂ©s de colĂšre insinuaient toute une litanie de reproches. »
Une caresse météorologique des sentiments
Les Ă©lĂ©ments naturels sâaniment, « (âŠ) une branche qui dĂ©passait, lâair dâune main tendue », les frontiĂšres sâeffacent : « Elle visualisa son mari dans le corps du corvidĂ© qui protestait. » Ămilie et Victor dansent un slow rock sur Sweet Virginia, des Rolling Stones. Serge tombe dans lâeau en voulant attraper une truite arc-en-ciel. Il chemine, vers un geste de rĂ©conciliation avec sa mĂšre.
Câest un pays oĂč ciel et montagne sont emmĂȘlĂ©s, oĂč faune et flore, dans la phrase, se lient dâamitiĂ© : « Entre chien et loup, des fleurs sauvages ocre et fauve bondissaient Ă lâimproviste (âŠ). » ; « fourrure ondulante des cĂšdres »⊠Il y a des liĂšvres et des tortues, une « effraie Ă face blanche », un « quatuor de geais bleus », « des poissons mĂ©lancoliques », un monticule de roche, des mĂ©sanges noires, des martinets, des bergeronnettes. Il y a toujours un hĂ©ron. « Une conscience de veille ou le gardien des lieux », suggĂšre AndrĂ© Bucher dans Ă lâĂ©cart. Dans la tristesse bondit parfois un souvenir burlesque, une tentation onirique. LâĂ©crivain travaille par alliance de plusieurs perceptions sensorielles et par glissements du sens, il lance dans lâespace des petites fusĂ©es surrĂ©alistes. « La lune aux allures de cygne au cou rentrĂ©, surprise en train de couver, se dĂ©pĂȘchait, elle godillait sur lâĂ©tang. » Il dĂ©construit lâanthropocentrisme. La description concrĂšte dâune premiĂšre neige devient un mouvement dâintrospection : « (âŠ) la neige parcimonieuse et lente se livrait avec rĂ©ticence. BientĂŽt la vallĂ©e, soudĂ©e Ă la montagne, nâĂ©mettrait quâun gĂ©missement souterrain, une douleur jugulĂ©e. » LâĂąme dâĂdouard se glisse dans « le vol anarchique » des engoulevents. Une description sur lâintelligence magnĂ©tique des oiseaux dialogue avec les interrogations spirituelles de Victor, bricolage de croyances amĂ©rindiennes et de mĂ©canique quantique. La description de la nature affecte littĂ©ralement les personnages. Le retour des souvenirs est comparĂ© au retour des oiseaux migrateurs. La description psychologique nâest pas celle dâun moi autocentrĂ©. Les Ă©motions sont perturbĂ©es, accompagnĂ©es, agrandies par lâextĂ©rieur. « Il Ă©prouvait du respect et de la reconnaissance envers cette montagne. » La nature nâest pas bienveillante ou idĂ©alisĂ©e. Elle est rude, sauvage, violente, magnifique, sensuelle. « Dans la nature, la force et la faiblesse sâapparentent Ă la lumiĂšre et lâombre. Elles se nourrissent lâune de lâautre. »
Un court instant de grĂące est un combat (Ă©cologique) sans chaos, une caresse mĂ©tĂ©orologique des sentiments, un magnifique portrait de femme, Ămilie. Câest une ronde pour redevenir « jeune et fiĂšre », une annĂ©e partagĂ©e, un refus dâabandonner lâenfance. LâĂ©quilibre est fragile. Les sens sont en Ă©veil. Il sâagit de rester lucide, de provoquer douceur et beautĂ©.
« Dehors elle fit quelques pas, le ciel Ă©tait cafi dâĂ©toiles lointaines, la nuit pleine de lâodeur du regain et de la senteur acidulĂ©e des pommes. »
Retrouvez la chronique du livre sur reporterre.net
Redescendu de ses Alpes de Haute-Provence oĂč il rĂ©side, AndrĂ© Bucher Ă©tait Ă la rencontre des lecteurs nivernais Ă la librairie Le Millefeuille. Une entrevue avec dâautres ruraux pour lesquels les problĂ©matiques du monde paysan sont les mĂȘmes.
Venu parler littĂ©rature, AndrĂ© Bucher nâa pu occulter dâaborder le problĂšme des centrales Ă biomasse qui cherchent Ă sâimplanter un peu partout en France. Câest dâailleurs le sujet de son dernier roman, Un court instant de grĂące. Militant pour une âvraieâ agriculture biologique, celle quâil pratique depuis les annĂ©es 1970, pas celle qui enchĂ©rit lâĂ©conomie et nourrit les âbobosâ comme il le prĂ©cise, cet Ă©crivain paysan, comme il se dĂ©finit lui-mĂȘme, place la nature au cĆur de ses ouvrages. Cette nature quâil dĂ©crit singuliĂšre pour mieux en transcender lâuniversalitĂ©, nature sauvage des plantes et des animaux, nature humaine quâil dĂ©peint sans lâenjoliver ni la dramatiser.
Les trois extraits lus par la comĂ©dienne AmĂ©lie PrĂ©vost, lors de la soirĂ©e, commençaient tous par un drame. « Tous les ĂȘtres sont abĂźmĂ©s par des deuils violents », une façon peut-ĂȘtre pour lâauteur de dire que la nature est, elle aussi, sujette aux dĂ©bordements des hommes. Tout dans ses livres est Ă©motion, justesse des sentiments, des comportements, et fait ressortir la complexitĂ©, lâambivalence de lâhumanitĂ©. Un regard sur notre monde, sur ce que nous en avons fait, sur ce que les politiques cherchent Ă en faire en oubliant souvent lâessentiel : la nature est belle.
Lâauteur, imprĂ©gnĂ© de panthĂ©isme amĂ©rindien, de bouddhisme, sans en retenir le culte aux divinitĂ©s, nous transporte dans notre monde avec un regard attendrissant sur cet environnement que nous ne maĂźtrisons pas. « On vit sur une planĂšte Ă crĂ©dit. »
Lire lâarticle sur le site Le Journal du Centre
Ămilie vit sur les pentes de la montagne de Palle. Depuis la mort de son compagnon, elle cultive seule ses terres, avec force et dĂ©termination. Son existence est bousculĂ©e par un projet de centrale Ă biomasse qui menace la forĂȘt. Mais aussi par Victor, ami (amour?) dâenfance, qui revient vers elle, sans crier gare⊠Avec ce neuviĂšme roman, AndrĂ© Bucher fait rĂ©fĂ©rence Ă la controversĂ©e centrale Ă©lectrique de Gardanne, dans les Bouches-du-RhĂŽne. Loin des images dâĂpinal, lâauteur dĂ©crit, avec rĂ©alisme et sensibilitĂ©, le combat, les joies et les peines de celles et ceux qui vivent au quotidien une certaine ruralitĂ©. De la rĂ©sistance Ă la complaisance, il donne Ă voir le petit théùtre de la vie dâune vallĂ©e, confrontĂ©e aux impacts de ce que dâaucuns qualifient de âgrand projet inutileâ. Le tout sous le regard dâune nature imposante, qui semble nâen penser pas moinsâŠ
Note : 9.5/10
PremiĂšres phrases
La dĂ©nomination de cette montagne Ă©tait sujette Ă bien des interprĂ©tations. Lâon dĂ©nommait ainsi le site et suivant que lâon Ă©crivait PĂąle avec un accent circonflexe ou Palle en doublant la consonne, la montagne en question changeait de tonalitĂ©, elle variait dans sa signification. On sâen remettait alors Ă la couleur, son teint hĂąve, sa lumiĂšre un rien souffreteuse. Le mot « palle » Ă©voquait Ă lâorigine un linge tendu sur un vase sacrĂ©. Une sorte de calice, dĂ©tenu dans ses plis secrets et ensuite dressĂ© en son sommet sur un autel, que venaient bĂ©nir les prĂȘtres suivis de lent cortĂšge des habitants de la vallĂ©e.
Pourquoi ce livre ?
Je suis tombĂ©e amoureuse de lâĂ©criture et du style dâAndrĂ© Bucher avec son sublimissime titre DĂ©neiger le ciel. Comme je souhaite lire tous les livres de lâauteur, il Ă©tait Ă©vident que je me jetterais sur son dernier roman Un court instant de grĂące sorti pour la rentĂ©e littĂ©raire 2018. Vous noterez quâAndrĂ© nous offre toujours des titres magnifiques.
Mon avis sur Un court instant de grùce de André Bucher
Dans Un court instant de grĂące, nous allons faire la connaissance dâĂmilie, qui vit dans sa ferme familiale sur la montagne de Palle. Ămilie a 60 ans et elle habite ici depuis toujours. Depuis 3 ans, suite Ă un grave accident qui a coĂ»tĂ© la vie Ă son mari, elle est seule au milieu de la forĂȘt. Son fils est parti dans le Nord pour exercer son mĂ©tier de garagiste. Cherchant un peu Ă dĂ©velopper son activitĂ©, elle va devoir faire appel Ă une aide extĂ©rieure pour labourer et moissonner ses rĂ©coltes. Câest Ă Victor, son amour dâenfance, quâelle va demander de lâaide.
Pendant ce temps, non loin de lĂ une ancienne centrale Ă charbon va ĂȘtre reconvertie en centrale Ă biomasse. Une centrale biomasse produit de lâĂ©lectricitĂ© grĂące Ă la vapeur dâeau dĂ©gagĂ©e par la combustion de matiĂšres vĂ©gĂ©tales ou animales. Ici, câest le bois qui va en grande partie servir de combustible. Les Ă©lus locaux et certains propriĂ©taires terriens veulent couper la forĂȘt. Ămilie refuse et va se battre pour tenter de faire avorter ce projet catastrophique pour lâenvironnement et sauvegarder sa montagne.
Jâai commencĂ© la lecture cet Ă©tĂ©, mais je lâai vite mise en pause, car avec les grandes chaleurs, je nâarrivais pas Ă mâimprĂ©gner de lâhistoire. Pour moi, un livre dâAndrĂ© Bucher se dĂ©guste en mode cocooning : ambiance cosy, chocolat chaud et plaid obligatoire. Il faut dire que les saisons et spĂ©cialement lâhiver sont assez prĂ©sentes dans les histoires de lâauteur et moi, je suis dans lâimpossibilitĂ© dâapprĂ©cier une lecture qui se dĂ©roule en hiver en pleine chaleur. Jâaime ĂȘtre en accord saisonnal avec mes lectures, sinon je ne me projette pas.
Je lâai donc ressortie cette semaine, et quel bonheur de me plonger dans ce rĂ©cit. Dâautant plus quâil traite dâun sujet qui parle particuliĂšrement Ă lâamoureuse des forĂȘts que je suis.
Le livre commence avec un magnifique premier chapitre oĂč AndrĂ© nous prĂ©sente la montagne de Palle, oĂč se dĂ©roule lâhistoire. Avec des mots magnifiques et un style poĂ©tique, AndrĂ© Bucher pose le dĂ©cor.
Lâauteur prĂ©cise que la montagne du livre est fictive mĂȘme si prĂšs de chez lui, dans la vallĂ©e du Jabron, une montagne de Palle existe vraiment.
Puis AndrĂ© nous prĂ©sente Ămilie, la protagoniste fĂ©minine. Un sacrĂ© bout de femme, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds sans pour autant ĂȘtre « rustre ».
Un personnage qui mâa beaucoup parlĂ©, pour ses idĂ©es Ă©cologiques, mais aussi pour son caractĂšre. Elle se dĂ©brouille seule et se bat pour ses idĂ©es.
Ce livre parle dâun sujet dâactualitĂ© (la dĂ©forestation et les centrales biomasse), et jâai trouvĂ© que lâauteur avait traitĂ© le sujet dâune maniĂšre trĂšs intelligente. Avec seulement 200 pages, lâauteur a rĂ©ussi Ă bien ficeler son histoire.
Jâai retrouvĂ© dans ce livre la beautĂ© et la dĂ©licatesse des mots que jâaime tant chez lâauteur. AndrĂ© parle des sentiments humains et de la nature comme personne.
La relation entre Victor et Ămilie est dĂ©crite tout en dĂ©licatesse. Cela fait du bien de lire de telles histoires dâamour. Les descriptions de la forĂȘt et de la montagne sont juste sublimes.
Jâai passĂ© une magnifique aprĂšs-midi en compagnie dâUn court instant de grĂące. Un roman (et un auteur) que je vous conseille trĂšs fortement. Un livre qui parlera Ă tous les amoureux de la nature.
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DĂ©fense de sa terre et de ses arbres⊠Ce sont les mots dâordre de nouvel opus dâAndrĂ© Bucher
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Une balade dans la DrĂŽme, Ă Montfroc, sur les terres dâAndrĂ© Bucher, Ă©crivain et paysan Ă©colo.
Denis Cheissoux est allĂ© le rencontrer chez lui Ă lâoccasion de la sortie de son dernier ouvrage joliment intitulĂ© Un court instant de grĂące (publiĂ© chez Le mot et le reste). La montagne de Lure et la montagne de Palle ne sont pas loin, et dĂ©jĂ se dessine une rĂ©sistance pour prĂ©server les arbres et les forĂȘts environnants. Pionnier de lâagriculture bio en France, AndrĂ© Bucher nous conte son refus de dĂ©boiser pour replanter des pins.
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La cinquiĂšme Ă©dition de la rentrĂ©e littĂ©raire dâautomne sâest dĂ©roulĂ©e Ă la MĂ©mo. PrĂšs de 600 romans sont attendus cette annĂ©e, le choix ne sera pas aisĂ©. Qui, mieux que les libraires de la Femme Renard, du Bateau Livre et les bibliothĂ©caires de la MĂ©mo, pour nous guider dans ce dĂ©dale ? Une centaine de lecteurs avertis ont participĂ© Ă cette soirĂ©e, impatients de dĂ©couvrir les coups de cĆur de cette cuvĂ©e littĂ©raire automnale. En tout, 28 ouvrages trĂšs divers ont Ă©tĂ© mis en avant dont Un court instant de grĂące dâAndrĂ© Bucher.
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Qui nâaime pas quand, lors de la coupe de France de football, le petit Poucet gagne contre lâogre de 1Ă©re division ? Qui nâaime pas quand lâopprimĂ© se rĂ©volte et renverse un Ă©tat ? Nous avons tous une certaines propension Ă dĂ©fendre la veuve et lâorphelin, mais dans la rĂ©alitĂ©, les Ă©vĂ©nements et leur conclusion ne donnent pas toujours gain de cause au plus faible des deux. Dans Un court instant de GrĂące dâ AndrĂ© Bucher (aux Ăditions Le mot et le reste), nous suivons le combat dâun petit village contre lâimplantation dâune centrale Ă biomasse.
Ămilie vit seule dans sa ferme, sur les contreforts de la montagne de Palle. Elle y est seule depuis la mort de son mari et voit dâun mauvais Ćil lâONF implanter une centrale Ă biomasse Ă proximitĂ©. Cette usine incinĂšre le bois des forĂȘts pour produire de lâĂ©nergie, sans se soucier du fait quâelle dĂ©truise lâĂ©cosystĂšme. Entre Ă©cologistes fervents et industriels convaincus, la guerre est dĂ©clarĂ©e. Pourtant Ămilie, elle, ne veut simplement pas que sa terre soit dĂ©truite en vertu du profit et dâune Ă©cologie bafouĂ©e.
Bon, ne vous attendez pas Ă un combat de zadistes contre les forces de lâordre ou autres incidents guerriers, mais plus Ă un roman dâamour, de celui quâun homme ou une femme, en lâoccurrence, Ă©prouve pour sa terre, le lieu oĂč il a vĂ©cu toute sa vie, quâil a apprise Ă dompter et Ă respecter.
Ce roman est trĂšs particulier dans sa forme car il est trĂšs poĂ©tique, possĂšde une rythme lent, comme implantĂ© dans la terre oĂč vit lâhĂ©roĂŻne, une terre qui vit au rythme des saisons, et haletant quant Ă la finalitĂ© de cette implantation subie (et de lâhistoire dâamour entre Ămilie et son amour de jeunesse retrouvĂ© Ă©galement).
Nous sentons sous la plume dâAndrĂ© Bucher une Ă©norme tendresse pour ces lieux, loin de tout, oĂč les gens vivent de peu de choses. En usant de ce ton poĂ©tique, il tisse une ode Ă la nature, Ă sa beautĂ©, Ă ce quâelle donne Ă lâhomme et quâil semble bien aveugle Ă voir ou Ă accepter. Il dĂ©crit aussi les relations entre les hommes, cupides ou bien totalement dĂ©sintĂ©ressĂ©, visant leurs intĂ©rĂȘts personnels ou le bien de la communautĂ©. Tout y est dĂ©crit avec finesse, sans pathos, avec une acuitĂ© moqueuse ou empathique. Lâhumour y est subtilement dissĂ©minĂ©, apportant un lĂ©ger relĂąchement dans tout le sĂ©rieux que vivent les diffĂ©rents protagonistes du roman.
Mais il vous faut absolument vous donner un exemple du ton utilisé par André Bucher pour que vous compreniez quelle est la poésie qui émane de ces presque 200 pages, car ainsi il vous sera plus facile de comprendre le style de cet auteur délicat :
« Un rire de neige masquait le chagrin hivernal des chĂȘnes toujours en dĂ©licatesse dâun futur feuillage.
Elle pensait Ă un drap couleur crĂšme, tombĂ© du ciel en plein sommeil. Qui donc rendre responsable de ce prodige ? Tout ce blanc lui filait le tournis. Un coloris dĂ©licat qui Ă©touffait les taches dâencre de la mĂ©lancolie ? »
Au final, nous obtenons un roman romantique, bien campĂ© sur une rĂ©alitĂ© concrĂšte mais totalement originale dans son approche du sujet. Nous en ressortons comme dâun rĂȘve, lĂ©gĂšrement euphorique, abreuvĂ© par ses descriptions flamboyantes et son charme lĂ©ger comme une bulle de champagne.
Un court instant de grĂące est un livre Ă conseiller aux amoureux de la vie, tout simplement.
Retrouvez la chronique du livre sur Litzic.com
Note : 4, 5 / 5.
Instant tellement rareâŠ
NeuviĂšme roman de cet auteur dont jâai lu, il y a longtemps « DĂ©neiger le ciel » qui concourait Ă lâĂ©poque pour le prix « Cezam ».
Nous sommes dans la France profonde, loin des villes et des lieux touristiques. La France des oubliĂ©s qui se dĂ©peuple et qui meure Ă petit feu. Il y a une montagne parfois nommĂ©e « PĂąle » parfois « Palle ». Cette montagne boisĂ©e va devenir le sujet dâaffrontement entre les rares habitants de ce hameau perchĂ© difficile dâaccĂšs.
Nous sommes en dĂ©cembre 2015. Ămilie est une femme du pays, elle vit seule depuis le dĂ©cĂšs dâEdouard, son Ă©poux, mort accidentellement. Leur fils Serge est parti voir ailleurs depuis 2009, loin dans le Nord. Il nâavait pas la vocation pour cette vie rude qui lâattendait en restant au pays. Le travail est rare, les hivers longs et froids, les femmes Ă marier encore plus rares que le travail. Seule solution pour la jeunesse, lâexil.
Mais la situation pourrait changer, la forĂȘt intĂ©resse des hommes dâaffaires. La crĂ©ation dâune centrale Ă biomasse est envisagĂ©e. Pour cela il faut du bois, beaucoup de bois. Petit Ă petit les arbres plusieurs fois centenaires seront abattus et la forĂȘt rasĂ©e. La rĂ©sistance sâorganise, Ămilie en devient le symbole, elle est aidĂ©e en cela par Victor, son tout premier amour⊠ils avaient dix ans tous les deux. Dans le village deux clans sâaffrontent, parfois au sein de la mĂȘme famille. Le maire est ouvertement pour, ses arguments sont toujours et partout pareils, la crĂ©ation de postes, du travail Ă venir etcâŠetc⊠sauf que souvent les gens embauchĂ©s ne sont pas de la rĂ©gion ! Il pense aussi Ă sa réélection !
Les rĂ©unions publiques sont houleuses et les incidents se multiplient. Ămilie est projetĂ©e Ă terre et blessĂ©e. Une jeune femme venant de la ville et prĂȘte Ă tout est dĂ©pĂȘchĂ©e sur place. Elle use de son charme mais sans grand rĂ©sultat. Serge revient pour tenter de convaincre sa mĂšre de ne pas sâopposer Ă ce projet.
Ămilie et Victor, aidĂ©s de quelques voisins, rĂ©sistent malgrĂ© les menaces et intimidationsâŠ
Ămilie, un personnage fĂ©minin lumineux. Humaniste et pleine de bontĂ© mais opiniĂątre pour dĂ©fendre sa forĂȘt et son monde. Une grande dame, un des plus beaux portraits de femme toute simple, une dĂ©couverte au cours de mes derniĂšres lectures. Beaucoup dâautres personnages dans cette fable moderne⊠quel monde laisserons-nous Ă nos enfants et petits-enfants ?
Une trĂšs belle Ă©criture que jâai beaucoup apprĂ©ciĂ©e, les descriptions de la nature sont particuliĂšrement rĂ©ussies. Un roman Ă©cologiste que je recommande. Le pot de terre contre le pot de fer. Parfois la dĂ©termination de certains fait reculer le massacre de la nature qui, lui est uniquement dictĂ© par le profit Ă court terme.
Extraits :
- « Les pùtures du vent », plaisantaient les rares bergers qui venaient là , sur le penchant, estiver leurs troupeaux.
- Il fallait aussi compter avec un autre genre de paroissiens, les corbeaux. Des raconteurs dâhistoires souvent tristes, quelquefois drĂŽles.
- Ămilie nâaspirait plus quâĂ se mĂ©tamorphoser en ourse, enfouie dans le poudrin, avant de sombrer dans un grand tourbillon onirique.
- à cet instant précis, elle se sentait seule, vraiment seule et désemparée. à ne pouvoir se répéter que des histoires sans paroles de peur que les mots de se gÚlent.
- Il accédait à un autre continent, à la fois déroutant et familier.
- Ce qui la dĂ©rangeait, chez eux, provenait du fait quâils nâĂ©taient pas vraiment des militants.
- Il nâavait donc dâautre solution que de la convaincre en lui faisant miroiter son propre intĂ©rĂȘt.
- Il paraĂźt que dans le subconscient dâun chasseur existe un Ă©cologiste qui prend des somnifĂšresâŠ
- Il avait dĂ©couvert la poĂ©sie sur les bancs de lâĂ©cole mais comme de nombreux jeunes, il sâen Ă©tait dĂ©tournĂ© durant lâadolescence, avant de se mettre sur le tard Ă la lecture et dâapprĂ©cier les Ćuvres de Dylan Thomas, John Milton, Walt Whitman, William Butler Yates et e.e.cummings, pour ne citer quâeux.
Lisez la chronique sur le blog de Yvon Bouëtté