🔍
Parution : 16/05/2019
ISBN : 9782361390013
130 pages (14,8 x 21 cm)

Thoreau

Compagnon de route

CommencĂ©e dans les annĂ©es soixante, l’Ɠuvre multiple de Kenneth White non seulement renouvelle la lecture d’écrivains qu’il estime vraiment significatifs, dont Thoreau, mais ouvre Ă  travers eux un espace intellectuel et culturel inĂ©dit.

On sait l’influence grandissante qu’exercent en France les textes de Thoreau, dont les Ă©ditions Le mot et le reste se sont fait une spĂ©cialitĂ©. Or, l’auteur qui a peut-ĂȘtre contribuĂ© le plus Ă  cette influence souterraine depuis son installation en France Ă  la fin des annĂ©es soixante, est Kenneth White, lui-mĂȘme auteur d’une Ɠuvre considĂ©rable. Dans ce livre, il a rassemblĂ©, retravaillĂ©, en leur donnant un ordonnancement inĂ©dit, une dizaine de ses essais sur Thoreau les plus explorateurs. Le rĂ©sultat est un volume compact, constituant non seulement l’étude la plus pĂ©nĂ©trante qui soit sur l’auteur amĂ©ricain, mais qui, Ă  travers Thoreau, ouvre un espace de vie et de pensĂ©e dont le monde contemporain a, de plus en plus manifestement, besoin.

Revue de presse

- Thoreau Daniel Rolland Culture Hebdo septembre 2019
- Thoreau, transcendantaliste-descendantaliste, par Kenneth White, poÚte Fabien Ribery L'Intervalle 11 août 2019
- Thoreau, compagnon de route Noé Gaillard Daily Passions 30 juillet 2019

- Thoreau

Il est de ces hommes qui furent en avance sur leur Ă©poque. Tel Henry Thoreau qui, amĂ©ricain du XIXĂšme siĂšcle Ă©crivit sur la dĂ©sobĂ©issance civile et se fit le chantre de la nature, un Ă©cologiste avant l’heure. Ses contemporains le prenaient de haut, le considĂ©rant comme un arriĂ©rĂ©. Trop original. Il s’en prenait Ă  l’esclavage qu’il exĂ©crait. Mais ce n’était pas un militant pour autant. Sa pensĂ©e comme philosophe et scientifique, trouvĂšrent des Ă©mules en la personne d’un Gandhi, Martin Luther King et John F. Kennedy. Si vous avez envie d’explorer ce que fut ce grand intellectuel il y a un merveilleux livre qui sort en librairie Thoreau compagnon de route de Kenneth White. Il a beaucoup Ă©crit sur lui, et dans ces chapitres il nous raconte l’homme et l’Ɠuvre. Et pour la petite histoire, et plus prĂšs de nous, saviez-vous que notre auteur-compositeur-interprĂšte quĂ©bĂ©cois Richard SĂ©guin s’est inspirĂ© de Thoreau pour son album ayant pour titre « Retour Ă  Walden ». Un beau personnage Ă  dĂ©couvrir, hĂ©raut des droits et libertĂ©s de l’homme.

Lisez la chronique en ligne

Daniel Rolland
Culture Hebdo septembre 2019

- Thoreau, transcendantaliste-descendantaliste, par Kenneth White, poĂšte

« Ne serait-ce pas dĂ©licieux, Ă©crit Thoreau, de rester plongĂ© jusqu’au cou dans un marais solitaire pendant tout un jour d’étĂ©, embaumĂ© par les fleurs du myrica et de l’airelle ? Disons douze heures de conversation familiĂšre avec la grenouille tachetĂ©e
 »

Lire Kenneth White ne lave pas de tous les pĂ©chĂ©s – on en a trop -, mais Ă©largit le champ de la pensĂ©e, envoyant dinguer la fatigue par la puissance des idĂ©es, des noms, des lieux et des strates gĂ©opoĂ©tiques associĂ©es.
Thoreau, peut-ĂȘtre mieux compris en France qu’aux Etats-Unis, est ainsi pour l’auteur du Plateau de l’albatros un de ces phares nous guidant dans la nuit d’un Occident ayant oubliĂ© ses confins, et sa substance asiatique.

PrĂ©sentant dans Thoreau compagnon de route (Le Mot et le Reste, qui tend Ă  devenir l’éditeur princeps du Pic de la Mirandole franco-Ă©cossais) un auteur rapprochĂ© d’Etienne de la BoĂ©tie pour leur dĂ©fense fondamentale de la libertĂ© et de la possibilitĂ© de penser par soi-mĂȘme, loin des tuteurs et des tentations de la soumission volontaire, Kenneth White s’enchante : « Henry David Thoreau n’est pas « amĂ©ricain », il est prĂ©-amĂ©ricain. A un moment oĂč l’AmĂ©rique commençait Ă  se ruer en avant, Thoreau remonte en arriĂšre, jusqu’en Asie (il parle de s’ « indianiser »). Si Thoreau n’est pas « amĂ©ricain », il est encore plus Ă©vident qu’il n’a strictement rien en commun avec les Etats-Unis, cette entitĂ© psycho-socio-politique qui oscille entre l’utopie et le cauchemar, le milieu Ă©tant occupĂ© par une hystĂ©rie religieuse, une idĂ©ologie nationaliste, un moralisme sentimental, un commercialisme acharnĂ© et une brutalitĂ© primaire. Nomadisant, loin de tout cela, dans la nature et plus abstraitement dans l’Ouvert, Thoreau essaie de fonder, non pas un Nouveau Monde mais un monde autre. »

Thoreau est un esprit des marges, cherchant dans le dĂ©tail les points d’universel, reliant de façon incessante Ă  la façon de Glissant le petit contexte et le vaste monde, ne sĂ©parant pas la botanique de la mystique, la jouissance des sens de la fĂ©conditĂ© de la pensĂ©e, la solitude de la communion avec l’ordre naturel.

Recueil de six textes parus une premiĂšre fois dans d’autres ouvrages, Thoreau compagnon de route dĂ©crit un Ă©crivain, hĂ©ritier de Whitman et du transcendantalisme Ă©mersonien, puisant sa force de travail et sa spiritualitĂ© dans le contact avec le sol, les vĂ©gĂ©taux, les oiseaux, les poissons, la marche Ă  l’étoile.
Son ambition majeure : embrasser le grand dehors, disparaĂźtre dans la lumiĂšre blanche, telle une poudre d’ego emportĂ©e par le vent du large.

[
]

Lisez toute la chronique sur le blog de Fabien Ribery

Fabien Ribery
L'Intervalle 11 août 2019

- Thoreau, compagnon de route

Je vous ai, je crois, dĂ©jĂ  parlĂ© de Henry David Thoreau, je ne suis pas sĂ»r d’avoir lu du Kenneth White et je pense que, s’il y a filiation entre les deux auteurs, elle se situe dans la reconnaissance de l’importance du premier par le second. Nous sommes en prĂ©sence d’un livre hommage qui regroupe les textes de White sur Thoreau – cela peut expliquer certaines rĂ©pĂ©titions. Mais c’est surtout, je crois, une prodigieuse incitation Ă  lire Thoreau. Vous n’aurez aucun mal Ă  sentir combien White « aime » parce qu’il ne parle que de ce qui est aimable. Et il n’en fait pas une idole. Juste un prĂ©curseur intelligent qui, Ă  la suite des autres « penseurs » de son temps, s’évertue Ă  sortir de son monde et Ă  jeter les bases d’un monde autre. Quand on lit les deux auteurs, il me semble que l’écho – le plus Ă©vident – qu’ils ont dans notre monde actuel se serait Indignez-vous ! de StĂ©phane Hessel. Thoreau, tel que White le prĂ©sente, ne fustige pas, il explique et dĂ©montre l’intĂ©rĂȘt de vivre autrement. Et il en devient bougrement subversif. Est-il pensable, admissible, aujourd’hui de dire que l’homme devrait se contenter de travailler un jour par semaine et de ne rien faire – ou ce qu’il a envie de faire – les six jours restants ? Il me semble que l’on traite moins les chĂŽmeurs de parasites et de feignants mais cette sociĂ©tĂ© se verrait illico considĂ©rĂ©e comme utopie dangereuse, pour ne pas dire anarchiste.

White parle aussi du Thoreau Ă©crivain et poĂšte. Un homme qui dit chercher la phrase incomprĂ©hensible au commun des mortels et qui expliquerait le monde. Ne riez pas en pensant Ă  un tweet « cĂ©lĂšbre »  un tweet n’est pas une phrase, c’est un cri. Un homme qui a du mal Ă  percevoir une diffĂ©rence entre sa poĂ©sie et sa prose sur le monde
 non Ă  cause des mots mais parce qu’il perçoit les deux de la mĂȘme façon.

Je sais, il nous est aujourd’hui un peu difficile de jouer les Thoreau – les banques qui prĂȘtent veulent que cela rapporte -, de retourner Ă  la nature, mais je pense que si vous entrez dans ce livre vous pourrez avoir envie de changer d’air
 de prendre le temps de marcher.

Bonne lecture.

Lisez la chronique sur Daily Passions

Noé Gaillard
Daily Passions 30 juillet 2019