Sur le bout de la langue
Ahmed Kalouaz parvient une nouvelle fois Ă saisir, en quelques pages, le potentiel romanesque du quotidien dâhommes et de femmes, avec la franchise et la douceur qui caractĂ©risent son Ă©criture.
Anciens amoureux, amis de toujours, bergers du Vercors, rĂ©fugiĂ©s maliens, immigrĂ©s algĂ©riens, ouvriers syndiquĂ©s⊠dans ces nouvelles, chacun trimbale son passĂ©, avec plus ou moins de joie ou de tristesse, de regrets ou de nostalgie, mais toujours avec la certitude dâavoir Ă©tĂ© et dâĂȘtre encore. Il nâest pas question de sâapitoyer ici, le futur reste toujours Ă Ă©crire, pour plus ou moins longtemps. Pas de jugements non plus, mais un Ă©ventail prĂ©cieux de vies et de paysages dissemblables pour montrer la complexitĂ© humaine et la riche diversitĂ© qui en dĂ©coule.
Revue de presse
- Sur le bout de la langue Brigitte Aubonnet Encres vagabondes 14 octobre 2019
- La langue dans quelques-uns de ses états Lucie Cauwe LU cie & co 25 septembre 2019
Ahmed Kalouaz, auteur prolifique dâune trentaine de livres, sans distinction de public (adolescent ou adulte), ni de genre (nouvelles ou romans ou théùtre ou poĂ©sie) signe un recueil de nouvelles traversĂ©es par les alĂ©as de lâexistence. Câest un homme de mots Ă la langue directe et vivante, soutenue par un sens de la description et de la psychologie particuliĂšrement vif. Il parle des gens avec une tendresse profonde, les dĂ©crit avec ce regard doux et lucide qui marque sa plume, quel que soit le style de texte dans lequel il se dĂ©ploie. Ce recueil de 23 courtes nouvelles tisse un univers sensible et dĂ©licat, joyeux et nostalgique, mĂ©lancolique et vivant. ProfondĂ©ment vivant. Si le passĂ© et le prĂ©sent pĂšsent sur ces personnages un peu malmenĂ©s par la vie, le futur reste Ă portĂ©e de main, Ă esquisser, Ă aller chercher sans jĂ©rĂ©miades ni plaintes. Ils en ont vu dâautres, ces gens, touchants dans leur existence.
Ces nouvelles sont des esquisses, comme si Ahmed Kalouaz traçait les portraits pudiques des personnages quâil met en scĂšne sans jamais sâaventurer plus loin que ce quâil a pu observer. ImmigrĂ©s algĂ©riens, rĂ©fugiĂ©s maliens, anciens amoureux, jeunes, vieux, français, Ă©trangers⊠tous prennent, chacun leur tour, le devant de la scĂšne pour un bref instant, juste le temps de montrer un peu de leur vie, de leur singularitĂ© et puis repartent vers ce futur quâils attendent, malgrĂ© tout. InstantanĂ©s, ciselĂ©s, ces textes rappellent le talent de conteur dâAhmed Kalouaz.
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La langue est lâart dâallier et dâharmoniser les mots pour exprimer la vie. Avec beaucoup de dĂ©licatesse, de tendresse et de respect, nous voyageons au cĆur des Ă©motions humaines. MĂȘme sur des thĂšmes douloureux comme la perte des mots chez une vieille dame, le dĂ©cĂšs dâun ĂȘtre cher, la pauvreté⊠beaucoup de sensibilitĂ© et de beautĂ© Ă©mane de lâĂ©criture dâAhmed Kalouaz. Lâamour, lâamitiĂ© sâexpriment dans lâalliance poĂ©tique des mots pour Ă©voquer lâindicible au fil de vingt-trois courtes nouvelles :
Il nâest jamais facile de vieillir et de perdre lâusage fluide de la parole : « Reconstruire des phrases qui se lĂ©zardent. Quand je retrouve le fil, il est trop tard, lâoiseau volette, et jâai oubliĂ© lâenchaĂźnement. Câest venu doucement, comme des clĂ©s que lâon Ă©gare, des cheveux qui blanchissent. Et lâon se retrouve honteux dâĂȘtre surpris Ă chercher ce que lâon veut dire. »
Comment vivre aprĂšs la perte dâun proche ? « Je fais dix pas vers la rive du lac. Jâai dĂ©posĂ© lâurne sur une pierre, ouvert la bouteille. Les verres sont pleins. Câest la fin, nous sommes ensemble. Sans toi, je vais prendre patience. »
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Le racisme dans les stades de foot est un mal qui malheureusement perdure : « Si je te parle de cette histoire ancienne, câest que jâai vu hier Ă la tĂ©lĂ©, le malheur dâun joueur noir comme moi, Ă qui des spectateurs ont lancĂ© des cris de singe pendant un match. Le pauvre a pris le ballon dans ses mains pour arrĂȘter le match, sâest tournĂ© vers les arbitres et les dirigeants, avec lâair de demander de lâaide, dâimplorer mĂȘme, que ces gens aillent saisir lâindividu par la veste, le virer du stade. Mais comme dâhabitude, le match a repris. »
Voici des tranches de vie avec leurs bonheurs, leurs angoisses, leurs malheurs, leurs quĂȘtes, leurs deuils⊠qui nous permettent aussi de rĂȘver grĂące Ă l*âĂ©criture poĂ©tique dâAhmed Kalouaz qui ouvre les portes de lâespoir.*
La chronique intégrale est en ligne
On connaĂźt sans doute mieux Ahmed Kalouaz comme Ă©crivain pour la jeunesse. Il a notamment publiĂ© plus de dix romans pour ados au Rouergue. Mais lâĂ©crivain nĂ© en AlgĂ©rie en 1952 et arrivĂ© en France peu aprĂšs a aussi une Ćuvre considĂ©rable de dramaturge, de poĂšte, de romancier, dâauteur de rĂ©cits et de recueil de nouvelles en littĂ©rature gĂ©nĂ©rale chez divers Ă©diteurs, dont âLa bruneâ au Rouergue et Le mot et le reste. Justement, son dernier titre en date est un superbe recueil de nouvelles, âSur le bout de la langueâ (Le mot et le reste, 114 pages). Vingt-deux textes suivent celui qui donne son titre Ă lâouvrage.
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Toute la force de son Ă©criture prĂ©cise, descriptive sans excĂšs, est quâil leur donne vie. Ils rient ou ils sont tristes (âLe mot perdu, câest la lumiĂšre quâon nâarrive pas Ă retenir, la journĂ©e qui sâenfuitâ). Ils philosophent mais ne pleurent pas sur eux-mĂȘmes. Au contraire, ils ont de la force. Ils rĂ©sistent. Que ce soit dans une quĂȘte amoureuse, dans des rĂȘves, dans des histoires de leur passĂ© (âJe nâaime pas dormir sans toiâ), ils ont toujours lâidĂ©e quâil y a aujourdâhui (âMarceau rĂ©pondait tout en ne comprenant rien Ă ce qui se passait. Il ne connaissait pas de Cory, ni depuis huit jours ni depuis toujoursâ) et mĂȘme demain. LâĂ©crivain nous fait apprĂ©cier, aimer ses personnages qui ont souvent les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences que nous, que ce soit en cinĂ©ma ou en balades ou en actualitĂ©s, en prise avec leur vie qui est parfois un peu la nĂŽtre. Qui appartient en tout cas Ă notre paysage familier. Ahmed Kalouaz donne une trĂšs belle prĂ©sence Ă ces anonymes qui nous entourent et nous rappelle ainsi, par la vigueur de sa belle langue, combien peut ĂȘtre riche la diversitĂ© des humains. Comme lâĂ©nonce le grand-pĂšre de la derniĂšre nouvelle: âRegarde bien, ici, nous avons le monde sur le bout de la langue.â
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