Sans terre
Sans terre, aux Ă©ditions Le mot et le reste, aborde avec finesse la question du militantisme Ă©cologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusquâoĂč il est possible dâaller pour dĂ©fendre une cause.
Gilbert Chevalier â France Info
LâĂle dâOrlĂ©ans est un bout de terre fertile, baignĂ© des eaux du Saint-Laurent, qui fait face Ă QuĂ©bec. Alors que sur une des rives, lâactiviste Ă©cologiste Gabrielle Rochefort manifeste parmi de virulents militants contre la compagnie pĂ©troliĂšre Cliffline Energy, des flammes ravagent son chalet. Celle qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© condamnĂ©e pour ses idĂ©es ne peut y voir une coĂŻncidence. Lorsquâon retrouve, proche de lâincendie, le cadavre de Linares, un GuatĂ©maltĂšque employĂ© de la ferme oĂč travaille Gabrielle, les soupçons se portent plutĂŽt vers le contremaĂźtre, ouvertement raciste et dont le goĂ»t pour la violence nâest un secret pour personne. Lâactiviste, elle, soutient que la mort du jeune immigrĂ© nâest quâun dĂ©gĂąt collatĂ©ral dans un vaste complot qui impliquerait les hautes instances du gouvernement. Dans lâombre de lâenquĂȘte officielle, celui quâon surnomme « Chef », retraitĂ© de la police nationale, dĂ©voreur de polars Ă©chouĂ© sur un voilier et ancien amant de Rochefort, cherche Ă voir clair dans les eaux troubles du fleuve.
Revue de presse
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Dans ce premier thriller politique, la QuĂ©bĂ©coise Marie-Ăve SĂ©vigny interroge lâengagement Ă©cologique: jusquâoĂč aller pour dĂ©fendre sa cause ?
Il existe sur le fleuve Saint-Laurent, Ă proximitĂ© de la ville de QuĂ©bec, une Ăźle de paysages vallonnĂ©s et de cultures maraĂźchĂšres, un havre de paix en pleine nature⊠Câest dans ce cadre idyllique que Marie-Ăve SĂ©vigny, journaliste et directrice de la Promenade des Ăcrivains, a choisi de camper son premier roman. Intimiste, resserrĂ© autour de quelques personnages, il comprend tous les ingrĂ©dients du polar classique sans en ĂȘtre tout Ă fait un, puisque lâenquĂȘte policiĂšre frĂŽle le prĂ©texte pour parler de militantisme Ă©cologique et de corruption politique.
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ColĂšre face au monde
ImprĂ©gnĂ© du combat pour lâenvironnement de son hĂ©roĂŻne, le rĂ©cit de Marie-Ăve SĂ©vigny est empreint dâun sentiment dâinjustice et de colĂšre face au monde, lâĂźle devenant lâenjeu de la lutte contre Cliffline Energy, sociĂ©tĂ© sans pitiĂ© prĂȘte Ă ravager sa quiĂ©tude pour y installer un nouveau terminal pĂ©trolier.
SĂ©vigny sâinscrit dans la nouvelle veine du roman noir intĂ©ressĂ© par lâĂ©cologie, comme âLe Gang de la clef Ă moletteâ dâEdward Abbey ou âLe Zoo de Mengeleâ de Gert Nygardshaug. On pense aussi au âClub des miracles relatifsâ de Nancy Huston, dont lâintrigue se passe en Alberta, sur les sites dâextraction des sables bitumineux.
Ă la fois haletant, parfois drĂŽle et terriblement humain, âSans terreâ multiplie les personnages attachants, de Violette FortunĂ©, policiĂšre dĂ©terminĂ©e, Ă Marie-Louise Plante, patronne Ă la fois maternelle et exigeante. Mais la vraie voix du roman est finalement celle de Chef, ce vieux flic solitaire, ancien amant de Gabrielle, qui vit le plus souvent sur son bateau avec sa chienne pendant que sa femme vit pleinement sa sexualitĂ© de son cĂŽté⊠Son regard aiguisĂ© sur Gabrielle Rochefort nous entraĂźne dans les mĂ©andres de ce texte incisif et vivant, parfois dĂ©routant !
Une chronique Ă retrouver dans LâEcho
Gabrielle Rochefort a dĂ©jĂ Ă©tĂ© condamnĂ©e pour son activisme sans relĂąche contre les pollueurs en tout genre. Aussi, quand elle dĂ©couvre son chalet brĂ»lĂ© sur lâĂźle dâOrlĂ©ans, un coin du Canada baignĂ© par les eaux du Saint-Laurent, ses soupçons se portent forcĂ©ment vers la compagnie pĂ©troliĂšre Cliffline Energy contre laquelle elle lutte. La situation prend une tournure plus dramatique lorsquâĂ quelques pas de lâincendie la police retrouve le corps dâun GuatĂ©maltĂšque quâelle connaĂźt, employĂ© dâune ferme oĂč lâĂ©cologiste travaille aussi⊠Exploitation de la main-dâĆuvre venue des pays pauvres, Ă©cologie, corruption : ce roman a tant de traits communs avec les informations qui nous arrivent chaque jour quâil est impossible de ne pas le prendre comme un coup de gueule. Un coup de gueule drĂŽlement salutaire.
Câest la QuĂ©bĂ©coise Marie-Eve SĂ©vigny qui a choisi le classique de la guitare du trio Al Di Meola, John Mc Laughlin et Paco de Lucia pour accompagner la lecture de son roman. Il sâagit de Manha De Carnaval.
Sans Terre a tous les ingrĂ©dients du polar classique avec une hĂ©roine troublante, des morts, une enquĂȘte des policiers et un contexte oĂč les conflits sont nombreux.
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Marie-Eve SĂ©vigny nous permet de dĂ©couvrir un contexte Ă©tonnant oĂč cette Ăźle dâOrlĂ©ans devient un enjeu pour une grande compagnie qui veut y installer un terminal pĂ©trolier. Le roman nous parle aussi de corruption du milieu politique et du sort rĂ©servĂ© aux travailleurs mexicains qui viennent travailler dans les fermes de cette Ăźle encore trĂšs agricole, avec de nombreuses cultures maraichĂšres.
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MĂȘme si Sans terre est beaucoup plus intimiste, resserrĂ© autour des quelques personnages forts imaginĂ©s par Marie-Eve SĂ©vigny, son roman est Ă©cologique, voire politique. Sans terre, aux Ă©ditions Le mot et le Reste, aborde avec finesse la question du militantisme Ă©cologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusquâoĂč il est possible dâaller pour dĂ©fendre une cause.
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Lâactiviste Ă©cologique Gabrielle Rochefort, dont le chalet a Ă©tĂ© incendiĂ©, trouve de lâaide en la personne dâun ancien amant, policier Ă la retraiteâŠ
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En mĂȘlant Ă un rythme effrĂ©nĂ© Ă©cologie, politique et corruption, lâauteure quĂ©bĂ©coise signe un premier roman noir, addictif et intelligent.
On imagine un coin bucolique, une Ăźle quĂ©bĂ©coise, des riviĂšres, des forĂȘts : voici lâĂźle dâOrlĂ©ans, pas loin de la ville de QuĂ©bec. Selon le chef de la police locale, dĂ©sormais Ă la retraite, câest un endroit paisible oĂč les quelques crimes commis sont principalement des excĂšs de vitesse ou des querelles de voisinage. Clairement, ici, il ne se passe habituellement rien de bien palpitant.
Mais un matin, toute lâĂźle est en Ă©bullition : un chalet a pris feu et on cherche activement la trace dâun travailleur guatĂ©maltĂšque portĂ© disparu. EmployĂ© saisonnier dans lâune des plus grosses exploitations agricoles de la rĂ©gion, il est Ă©galement lâamant de Gabrielle Rochefort, une Ă©co-activiste, arrĂȘtĂ©e au mĂȘme moment Ă lâautre bout de lâĂźle, pendant une manifestation. Le chalet incendiĂ© est le sien. Un Ă un les Ă©lĂ©ments se mettent en place. Le disparu est retrouvĂ© mort, et on se demande si son meurtrier nâĂ©tait pas venu pour sâoccuper plutĂŽt de Gabrielle. Qui pourrait lui en vouloir, au point dâincendier sa maison et assassiner son amant ? Reste alors Ă dresser le portrait de Gabrielle, que le chef de la police retraitĂ© connait bien.
Progressivement, ce polar polyphonique et trĂšs bien menĂ© dĂ©noue tous les fils de lâintrigue pour sâintĂ©resser Ă la dimension sociale et politique de lâaffaire. Il est question de syndicalisme, de travailleurs immigrĂ©s, dâactivisme Ă©cologique, du combat dâune femme seule contre une sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre si puissante quâelle a rĂ©ussi Ă se mettre les politiques et certains ministres dans la poche.
Gabrielle Rochefort tente depuis des annĂ©es de faire tomber le ministre de lâEnergie, Sam Carapelli, le soupçonnant de faciliter le dĂ©veloppement et le financement des projets dâolĂ©oduc de la sociĂ©tĂ© Cliffline Energy. Et peu importe si ledit olĂ©oduc connait des dĂ©faillances, rejetant rĂ©guliĂšrement dans les riviĂšres des litres et des litres de pĂ©trole.
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Par les temps qui courent, un polar qui aborde si frontalement la question de la corruption et du dĂ©dain de lâenvironnement par ceux qui sont en charge de le sauver est salutaire. Câest pour cela que la lecture de ce roman est nĂ©cessaire, ne serait-ce que pour sâinformer et sâinterroger.
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Encore un bon roman quĂ©bĂ©cois, un roman policier dans lequel lâenquĂȘteur est retraitĂ© de la police, tous lâappellent « Chef » et il nâest pas censĂ© faire quoi que ce soit sur cette Ăle dâOrlĂ©ans quand on trouve le corps sans vie dâun ouvrier agricole guatĂ©maltĂšque, pas trĂšs loin du chalet en flammes de Gabrielle Rochefort.
Gabrielle Rochefort, cette blonde à casquette rouge, est une activiste écologiste, qualifiée de terroriste par certains pour ses actions virulentes auprÚs de la compagnie pétroliÚre Cliffline Energy en particulier. Elle a fait déjà de la prison et à sa sortie a été accueillie par Marie-Louise, sa cousine. Le Chef raconte:
« Ă sa sortie, Gabrielle a Ă©tĂ© recueillie Ă lâĂle par sa cousine, Marie-Louise Plante, une femme chaude et moelleuse comme une brioche du matin. « Plante », câest plutĂŽt heureux, pour un cultivateur. Mais si tous les Lacroix ne finissent pas curĂ©s, Ă lâĂle, planter sans sâappeler Plante, ça ne fait pas sĂ©rieux. Ils sont une trentaine dans le bottin Ă le croire de pĂšre en fils. Gabrielle sâest installĂ©e Ă la pointe est de lâĂle â Ă Saint-François, sur la grĂšve, dans lâancien chalet familial, qui avoisine le domaine de Marie-Louise. Selon ses conditions de libĂ©ration, elle devait se prĂ©senter une fois par semaine au poste de police que je dirigeais Ă Saint-Pierre. Du coup, mon long fleuve tranquille est devenu une Ă©popĂ©e en vingt volumes. Je ne mâen remettrai sans doute jamais. »
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Lâhistoire se dĂ©roule sur lâĂźle dâOrlĂ©ans sur le Saint Laurent et face Ă la ville de QuĂ©bec, oĂč Marie-Louise a son exploitation agricole; elle embauche des sud-amĂ©ricains pour travailler chez elle. Elle considĂšre quâelle les traite bien humainement, ils sont nourris et logĂ©s correctement, mais elle leur interdit de se syndiquer. Allez savoir pourquoiâŠMarie-Louise nâest pas une mauvaise femme, mais elle gĂšre son affaire Ă©paulĂ©e par un contremaĂźtre qui lui est un sale type, raciste et violent et quand Linares est retrouvĂ© mort, câest lui quâon envisage comme coupable. Gabrielle, devant cette mort et son chalet ravagĂ© par les flammes, pense, elle, Ă un complot du gouvernement qui veut la faire taire. Et câest parti pour une enquĂȘte assez compliquĂ©e pour le Chef.
De sacrés personnages ici, avec cette coriace Gabrielle, qui ne se démonte devant rien, Violette Fortuné qui ne donne pas sa part aux chiens cÎté répliques
« Plus que mon ancienne subalterne, Violette Ă©tait ma sĆur, ma fille, ma mĂšre, ma grande complice. Je savourais dâailleurs cette rare absence dâambiguĂŻtĂ©, moi qui avais le brevet des amours compliquĂ©es.«
et Marie-Louise; trois beaux portraits de femmes volontaires et indĂ©pendantes nĂ©anmoins avec de multiples nuances dans ces deux qualitĂ©s. Câest lĂ que se joue la personnalitĂ© du livre: pas dâangĂ©lisme.
Quant au Chef, luiâŠah je lâai adorĂ©, câest mon prĂ©fĂ©rĂ© ! Il frĂ©quente rĂ©guliĂšrement et parfois en urgence son psychothĂ©rapeute qui est⊠libraire.
« Câest mon thĂ©rapeute qui mâa fait dĂ©couvrir les aventures du commissaire Verhoeven, policier teigneux poursuivi par ses amours tragiques. « Mon thĂ©rapeute », câest ainsi que jâappelle mon libraire, petit homme aux t-shirts excentriques, capable de rĂ©unir dans une mĂȘme phrase Batman, les prĂ©romantiques allemands et les chansons de Johnny Cash, tout en griffonnant des on Ă©criture illisible da recette de chili. Il faudrait un jour arriver Ă tĂ©lĂ©charger ces cerveaux-lĂ pour les conserver dans la mĂ©moire collective. »
Il aime ses livres, les romans policiers, son voilier, sa chienne Karla avec laquelle il a de jolies conversations
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Jâai aimĂ© ici beaucoup ces personnages, et la qualitĂ© de lâĂ©criture pleine de second degrĂ© et dâhumour. Lâargument enquĂȘte sert de base pour Ă©voquer le sujet des travailleurs dĂ©placĂ©s et le traitement quâon leur impose, et bien sĂ»r lâĂ©cologie et ses combats. Mais câest sans jamais tomber dans la dĂ©monstration lourde. Tout le livre reste Ă hauteur dâhumanitĂ©, en nuances et sans emphase. Comme câest un roman quĂ©bĂ©cois Ă©crit par une quĂ©bĂ©coise, il nây a pas de scĂšnes dâextase devant les paysages ; ici, câest un territoire oĂč vivent et meurent des femmes et des hommes, ainsi que la nature, comme partout ailleurs dans le monde et câest sans concession. Câest ça que jâai aimĂ©.
DĂ©cidĂ©ment, pour ce que jâen explore pour le moment, la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise est une mine de trĂšs bons textes. Jâen apprĂ©cie particuliĂšrement le ton et lâhumour. Lecture trĂšs agrĂ©able, avec mention trĂšs bien aux clins dâĆil nombreux aux mordus de littĂ©rature, policiĂšre en particulier.
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Un inoubliable Sans terre.
AprĂšs sa lecture, jâavais « juste » envie dâune balade sur lâĂle dâOrlĂ©ans en compagnie de Marie-Ăve SĂ©vigny , histoire de retrouver et de ressentir les lieux du « Chef », retraitĂ© de la police nationale, Gabrielle, Ă©cologiste jusquâau-boutiste et Violette, inspectrice investie.
Câest un polar rondement menĂ©, sortant des sentiers battus, Ă©lectrique de bout en bout. Jâen suis ressortie complĂštement enthousiaste avec lâenvie de les retrouver pour une prochaine enquĂȘte, câest pour te dire lâattachement.
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Ce qui est bien avec Marie-Ăve SĂ©vigny, câest ce ton littĂ©raire, on la sent concernĂ©e, et parfois sur les crocs, câest ce qui est bon, en profonde empathie avec ses personnages principaux.
Au dĂ©tour dâun Ă©vĂ©nement, des phrases qui claquent au vent des mots.
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Ce qui est vraiment fort dans ce polar qui tient Ă ses rĂ©fĂ©rences comme Lemaitre, Manchette et Benacquista, câest lâintrigue qui ne sâembarrasse jamais de superflu. SĂ©vigny garde sa hargne contre la corruption Ă©tatique et laisse aller le militantisme de Gabrielle sur des points divers comme le social, lâĂ©conomie, lâĂ©cologie et le racisme ambiant.
Tout cela est diablement bien mené et bien écrit.
DĂ©cidĂ©ment, ces auteures de polar me ravissent de plus en plus, tant leur langage nâest pas de bois.
« Tu te crois intouchable, mais mĂȘme les mandarins dans ton genre finissent par se faire rattraper dans le dĂ©tour. Jâen ai ma claque, de vous voir promener vos masques respectables sur vos faces de voyous ! Et tu veux que je te dise? Je ne suis pas la seule ! Nous ne sommes plus capables, de vous entendre nous mentir en pleine face. »
Marie-Ăve SĂ©vigny signe lĂ un Ă©nergique et magnĂ©tique roman policier et pas que⊠ce qui en donne tout le sel.
*Sans terre est à découvrir et à partager. Va -chez ton thérapeute indépendant ;) et lis-le !
IndĂ©niable coup au cĆur.*
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La jolie découverte tout droit venue du Québec !
Lorsquâon pense polar, on pense rarement aux polars quĂ©bĂ©cois. Et pas forcĂ©ment aux polars Ă©cologiques non plusâŠ
Gabrielle est un petit bout de femme cinquantenaire qui va au bout de ses convictions Ă©cologiques et humaines. Peut importe que lâargent domine le monde, elle ne peut pas rester les bras ballants. Peu importe les menaces et les tentatives dâintimidation subies. Peut importe quâelle soit le pot de terre contre le pot de fer, Gabrielle a besoin dâagir Ă son niveau, de faire ce qui lui semble juste. Ce ne sont ni les flammes qui ont dĂ©vorĂ© sa maison, ni le sang versĂ© qui lâarrĂȘteront.
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Sans terre est portĂ© par une plume particuliĂšrement Ă©lĂ©gante qui nâa pas peur de nous amener dans le vif du sujet et de sâenduire de sang ou dâune certaine violence. Le contraste entre la soliditĂ© de la trame et la finesse de lâĂ©criture est donc remarquable. Mais ne vous y trompez pas, lâauteur sait appuyer sur la pĂ©dale quand il le faut et nâhĂ©site pas Ă raconter des scĂšnes plus sombres, voire macabres au moment opportun.
Enfin, le fait que ce soit un tiers qui raconte lâhistoire Ă©tait vraiment judicieux, puisque cela Ă©vite de tomber dans lâĂ©cueil du prosĂ©lytisme Ă©cologique (ce que je ne recherche pas dans un thriller).
AprĂšs Terres fauves qui fut une superbe dĂ©couverte, Sans terre est le second livre que je lis de la maison dâĂ©dition marseillaise Le mot et le reste et le moins que je puisse dire, câest que câest une nouvelle bonne surprise.
Marie-Ăve SĂ©vigny est journaliste et directrice de la Promenade des Ecrivains. Elle vit au QuĂ©bec. Sans terre est son premier polar.
A la rencontre dâune femme solaire, un petit bout de femme dâune Ă©nergie et dâune vitalitĂ© peu communes. Dâaucuns diraient quâelle est criminelle, que câest une terroriste mĂȘme, et quâelle a bien mĂ©ritĂ© son sĂ©jour en prison. Tout ça parce quâelle a dĂ©cidĂ© dâaller dĂ©verser des oiseaux engluĂ©s de pĂ©trole devant la belle et riche demeure du ministre de lâEcologie et des Ressources naturelles. Bon, elle y a mis le feu, câest vrai, mais le ministre lâavait bien cherchĂ© puisquâil nâa rien fait ni pour prĂ©venir la marĂ©e noire, ni pour punir les coupables. La vĂ©ritĂ©, câest que la compagnie pĂ©troliĂšre fait la pluie, le beau temps et tout le reste dans ce gouvernement, et que Gabrielle Rochefort nâest pas du genre Ă accepter avec fatalisme ce contre quoi elle peut se battre.
Femme caucasienne, Ă©crirais-je si je rĂ©digeais encore des rapports de police, mĂȘme si le vaste Caucase nâavait pas grand-chose Ă voir avec ce petit bout de femme de cinq pieds juste, aussi costaude quâun vĂ©lo dâenfant, et pourtant capable de vous botter le derriĂšre Ă vous envoyer sur la lune.
Une emmerdeuse.
Un front de bĆuf, une tĂȘte de cochon, qui vous Ă©moustille jusquâĂ ce que cela vous pourrisse lâexistence â pour moi, câest arrivĂ© plus tard que tĂŽt et, encore aujourdâhui, je nâarrive pas Ă savoir si jâen Ă©prouve du soulagement ou des regrets.
VoilĂ le genre de femme dont est tombĂ© amoureux le Chef, retraitĂ© de la police de lâĂźle dâOrlĂ©ans, petite terre situĂ©e face Ă QuĂ©bec au bord du Saint Laurent, qui vit le plus souvent sur son bateau avec sa chienne Karla â sa femme est trop occupĂ©e Ă vivre pleinement sa sexualitĂ© pour quâil trouve confortable de partager sa demeure avec elle -, grand lecteur des romans policiers que lui conseille son libraire, son « thĂ©rapeute », comme il lâappelle. Il a mĂȘme eu une liaison avec Gabrielle, mais ce nâest pas une femme quâon garde, il le sait bien, et il se contente dĂ©sormais dâĂȘtre un ami proche et attentif.
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Or, une nuit, la petite maison dans laquelle vit Gabrielle â heureusement absente â est incendiĂ©e, et on retrouve peu de temps aprĂšs le corps de Linares, un employĂ© guatĂ©maltĂšque de lâexploitation, son amant occasionnel.
Pour Gabrielle, câest on ne peut plus clair : on a dĂ©cidĂ© de lui faire suffisamment peur pour quâelle cesse ses activitĂ©s, mais câest mal la connaĂźtre, bien sĂ»r, puisquâelle est, au contraire, plus dĂ©terminĂ©e que jamais. Quant au meurtre de Carlos Linares, il sâagit sans doute dâun rĂšglement de compte avec le contremaĂźtre employĂ© par Marie-Louise sur la ferme, un sale type raciste, sadique, violent qui avait dĂ©jĂ frappĂ© Linares avec une pelle peu de temps avant.
Une enquĂȘte est diligentĂ©e, Ă laquelle Chef se mĂȘle, pas vraiment officiellement, pas tout Ă fait officieusement non plus, avec les intĂ©rĂȘts de Gabrielle Ă coeur, bien sĂ»r, mais surtout avec un esprit lucide et aiguisĂ©, un goĂ»t pour la vĂ©ritĂ© et un regard terriblement humain posĂ© sur ceux qui lâentourent.
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Câest lui, Ă mon sens, le personnage principal de ce rĂ©cit, cet homme Ă©pris de littĂ©rature et de solitude dont lâironie est censĂ©e contrebalancer sa sensibilitĂ© extrĂȘme. Ătre amoureux ne lâempĂȘche pas de voir Gabrielle, ses failles et ses faiblesses, sa gĂ©nĂ©rositĂ© pour autrui et son Ă©goĂŻsme cruel. Tout est soumis Ă son dessein de militante, câest sa raison dâĂȘtre, tout est subordonnĂ© Ă sa lutte, aussi gĂ©nĂ©reuse et altruiste quâelle soit, au service de laquelle absolument tous les moyens sont bons. Toujours pleine dâĂ©nergie, courageuse, bravant tous les dangers, ricanant au nez du pouvoir, animĂ©e dâune juste colĂšre, Gabrielle ne peut pas se permettre le luxe de lâamour, et Chef le sait bien.
Le roman parle aussi dâĂ©cologie et de la corruption qui touche les plus hauts dirigeants du QuĂ©bec pour qui le profit vaut bien quâon vende la nature Ă lâencan. Peu importe la destruction de notre environnement, aprĂšs eux le DĂ©luge, tout ce qui fait obstacle Ă sâen fourrer plein les poches est Ă Ă©craser, dĂ©finitivement si possible. Il en faut bien, des gens de la trempe de Gabrielle, pour dire non.
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TrĂšs noir et trĂšs actuel, ce roman est aussi nourri de personnages complexes et attachants comme Violette FortunĂ©, une policiĂšre maligne et dĂ©terminĂ©e, Marie-Louise Plante, maternelle et dĂ©vouĂ©e envers ses employĂ©s et cependant patronne exigeante et Eduardo, employĂ© saisonnier qui sâesquinte la santĂ© la moitiĂ© de lâannĂ©e, comme tous les autres employĂ©s, pour nourrir sa famille laissĂ©e au pays. Et malgrĂ© tout, chacun espĂšre ĂȘtre rĂ©embauchĂ© lâannĂ©e suivante et fait taire ses souffrances et ses plaintes.
Mondialisation de la misĂšre qui sâentretient Ă coups dâemplois mal payĂ©s et harassants.
â Si on est si bien traitĂ©s ici, pourquoi personne de ta race nâaccepte plus de faire notre travail ?
On est laissĂ© avec un sentiment dâinjustice et de colĂšre face au monde tel quâil est fort bien dĂ©crit par Marie-Ăve SĂ©vigny oĂč la nature et les hommes ne sont que des ressources Ă exploiter dont on cherche Ă tirer le maximum de profits.
Lisez la chronique complĂšte sur le blog de Flore Delain