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Parution : 09/06/2020
ISBN : 9782361393090
220 pages (14,8 x 21 cm)

Sans terre

Sans terre, aux Ă©ditions Le mot et le reste, aborde avec finesse la question du militantisme Ă©cologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusqu’oĂč il est possible d’aller pour dĂ©fendre une cause.

Gilbert Chevalier – France Info

L’Île d’OrlĂ©ans est un bout de terre fertile, baignĂ© des eaux du Saint-Laurent, qui fait face Ă  QuĂ©bec. Alors que sur une des rives, l’activiste Ă©cologiste Gabrielle Rochefort manifeste parmi de virulents militants contre la compagnie pĂ©troliĂšre Cliffline Energy, des flammes ravagent son chalet. Celle qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© condamnĂ©e pour ses idĂ©es ne peut y voir une coĂŻncidence. Lorsqu’on retrouve, proche de l’incendie, le cadavre de Linares, un GuatĂ©maltĂšque employĂ© de la ferme oĂč travaille Gabrielle, les soupçons se portent plutĂŽt vers le contremaĂźtre, ouvertement raciste et dont le goĂ»t pour la violence n’est un secret pour personne. L’activiste, elle, soutient que la mort du jeune immigrĂ© n’est qu’un dĂ©gĂąt collatĂ©ral dans un vaste complot qui impliquerait les hautes instances du gouvernement. Dans l’ombre de l’enquĂȘte officielle, celui qu’on surnomme « Chef », retraitĂ© de la police nationale, dĂ©voreur de polars Ă©chouĂ© sur un voilier et ancien amant de Rochefort, cherche Ă  voir clair dans les eaux troubles du fleuve.

Revue de presse

- Sans terre Aliénor Debrocq L'Echo 14 août 2020
- Sans terre Nicolas Aguirre Télé Star Jeux octobre
- Polars d'été Gilbert Chevalier France Info 7 juillet 2020
- Nos dix coups de cƓur Guillaume ChĂ©rel VSD 2 juillet 2020
- Sans terre Héloïse Goy Télé 7 Jours 10 août 2020
- Sans terre Alexandre Marechal Un dernier livre avant la fin du monde 27 août 2020
- Sans terre Simone Tremblay La Livrophage 7 août 2020
- Sans terre Fanny Nowak Aire(s) Libre(s) 13 juillet 2020
- Sans terre Elsa You Can Read 6 août 2020
- Sans terre Flore Delain En lisant, en écrivant 29 juin 2020

- Sans terre

Dans ce premier thriller politique, la QuĂ©bĂ©coise Marie-Ève SĂ©vigny interroge l’engagement Ă©cologique: jusqu’oĂč aller pour dĂ©fendre sa cause ?

Il existe sur le fleuve Saint-Laurent, Ă  proximitĂ© de la ville de QuĂ©bec, une Ăźle de paysages vallonnĂ©s et de cultures maraĂźchĂšres, un havre de paix en pleine nature
 C’est dans ce cadre idyllique que Marie-Ève SĂ©vigny, journaliste et directrice de la Promenade des Écrivains, a choisi de camper son premier roman. Intimiste, resserrĂ© autour de quelques personnages, il comprend tous les ingrĂ©dients du polar classique sans en ĂȘtre tout Ă  fait un, puisque l’enquĂȘte policiĂšre frĂŽle le prĂ©texte pour parler de militantisme Ă©cologique et de corruption politique.

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ColĂšre face au monde

ImprĂ©gnĂ© du combat pour l’environnement de son hĂ©roĂŻne, le rĂ©cit de Marie-Ève SĂ©vigny est empreint d’un sentiment d’injustice et de colĂšre face au monde, l’üle devenant l’enjeu de la lutte contre Cliffline Energy, sociĂ©tĂ© sans pitiĂ© prĂȘte Ă  ravager sa quiĂ©tude pour y installer un nouveau terminal pĂ©trolier.
SĂ©vigny s’inscrit dans la nouvelle veine du roman noir intĂ©ressĂ© par l’écologie, comme “Le Gang de la clef Ă  molette” d’Edward Abbey ou “Le Zoo de Mengele” de Gert Nygardshaug. On pense aussi au “Club des miracles relatifs” de Nancy Huston, dont l’intrigue se passe en Alberta, sur les sites d’extraction des sables bitumineux.

À la fois haletant, parfois drĂŽle et terriblement humain, “Sans terre” multiplie les personnages attachants, de Violette FortunĂ©, policiĂšre dĂ©terminĂ©e, Ă  Marie-Louise Plante, patronne Ă  la fois maternelle et exigeante. Mais la vraie voix du roman est finalement celle de Chef, ce vieux flic solitaire, ancien amant de Gabrielle, qui vit le plus souvent sur son bateau avec sa chienne pendant que sa femme vit pleinement sa sexualitĂ© de son cĂŽté  Son regard aiguisĂ© sur Gabrielle Rochefort nous entraĂźne dans les mĂ©andres de ce texte incisif et vivant, parfois dĂ©routant !

Une chronique à retrouver dans L’Echo

Aliénor Debrocq
L'Echo 14 août 2020

- Sans terre

Gabrielle Rochefort a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© condamnĂ©e pour son activisme sans relĂąche contre les pollueurs en tout genre. Aussi, quand elle dĂ©couvre son chalet brĂ»lĂ© sur l’üle d’OrlĂ©ans, un coin du Canada baignĂ© par les eaux du Saint-Laurent, ses soupçons se portent forcĂ©ment vers la compagnie pĂ©troliĂšre Cliffline Energy contre laquelle elle lutte. La situation prend une tournure plus dramatique lorsqu’à quelques pas de l’incendie la police retrouve le corps d’un GuatĂ©maltĂšque qu’elle connaĂźt, employĂ© d’une ferme oĂč l’écologiste travaille aussi
 Exploitation de la main-d’Ɠuvre venue des pays pauvres, Ă©cologie, corruption : ce roman a tant de traits communs avec les informations qui nous arrivent chaque jour qu’il est impossible de ne pas le prendre comme un coup de gueule. Un coup de gueule drĂŽlement salutaire.

Nicolas Aguirre
Télé Star Jeux octobre

- Polars d'été

C’est la QuĂ©bĂ©coise Marie-Eve SĂ©vigny qui a choisi le classique de la guitare du trio Al Di Meola, John Mc Laughlin et Paco de Lucia pour accompagner la lecture de son roman. Il s’agit de Manha De Carnaval.

Sans Terre a tous les ingrĂ©dients du polar classique avec une hĂ©roine troublante, des morts, une enquĂȘte des policiers et un contexte oĂč les conflits sont nombreux.

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Marie-Eve SĂ©vigny nous permet de dĂ©couvrir un contexte Ă©tonnant oĂč cette Ăźle d’OrlĂ©ans devient un enjeu pour une grande compagnie qui veut y installer un terminal pĂ©trolier. Le roman nous parle aussi de corruption du milieu politique et du sort rĂ©servĂ© aux travailleurs mexicains qui viennent travailler dans les fermes de cette Ăźle encore trĂšs agricole, avec de nombreuses cultures maraichĂšres.

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MĂȘme si Sans terre est beaucoup plus intimiste, resserrĂ© autour des quelques personnages forts imaginĂ©s par Marie-Eve SĂ©vigny, son roman est Ă©cologique, voire politique. Sans terre, aux Ă©ditions Le mot et le Reste, aborde avec finesse la question du militantisme Ă©cologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusqu’oĂč il est possible d’aller pour dĂ©fendre une cause.

Écoutez la chronique en musique sur le site de France Info

Gilbert Chevalier
France Info 7 juillet 2020

- Nos dix coups de cƓur

L’activiste Ă©cologique Gabrielle Rochefort, dont le chalet a Ă©tĂ© incendiĂ©, trouve de l’aide en la personne d’un ancien amant, policier Ă  la retraite


Guillaume Chérel
VSD 2 juillet 2020

- Sans terre

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En mĂȘlant Ă  un rythme effrĂ©nĂ© Ă©cologie, politique et corruption, l’auteure quĂ©bĂ©coise signe un premier roman noir, addictif et intelligent.

Héloïse Goy
Télé 7 Jours 10 août 2020

- Sans terre

On imagine un coin bucolique, une Ăźle quĂ©bĂ©coise, des riviĂšres, des forĂȘts : voici l’üle d’OrlĂ©ans, pas loin de la ville de QuĂ©bec. Selon le chef de la police locale, dĂ©sormais Ă  la retraite, c’est un endroit paisible oĂč les quelques crimes commis sont principalement des excĂšs de vitesse ou des querelles de voisinage. Clairement, ici, il ne se passe habituellement rien de bien palpitant.

Mais un matin, toute l’üle est en Ă©bullition : un chalet a pris feu et on cherche activement la trace d’un travailleur guatĂ©maltĂšque portĂ© disparu. EmployĂ© saisonnier dans l’une des plus grosses exploitations agricoles de la rĂ©gion, il est Ă©galement l’amant de Gabrielle Rochefort, une Ă©co-activiste, arrĂȘtĂ©e au mĂȘme moment Ă  l’autre bout de l’üle, pendant une manifestation. Le chalet incendiĂ© est le sien. Un Ă  un les Ă©lĂ©ments se mettent en place. Le disparu est retrouvĂ© mort, et on se demande si son meurtrier n’était pas venu pour s’occuper plutĂŽt de Gabrielle. Qui pourrait lui en vouloir, au point d’incendier sa maison et assassiner son amant ? Reste alors Ă  dresser le portrait de Gabrielle, que le chef de la police retraitĂ© connait bien.

Progressivement, ce polar polyphonique et trĂšs bien menĂ© dĂ©noue tous les fils de l’intrigue pour s’intĂ©resser Ă  la dimension sociale et politique de l’affaire. Il est question de syndicalisme, de travailleurs immigrĂ©s, d’activisme Ă©cologique, du combat d’une femme seule contre une sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre si puissante qu’elle a rĂ©ussi Ă  se mettre les politiques et certains ministres dans la poche.

Gabrielle Rochefort tente depuis des annĂ©es de faire tomber le ministre de l’Energie, Sam Carapelli, le soupçonnant de faciliter le dĂ©veloppement et le financement des projets d’olĂ©oduc de la sociĂ©tĂ© Cliffline Energy. Et peu importe si ledit olĂ©oduc connait des dĂ©faillances, rejetant rĂ©guliĂšrement dans les riviĂšres des litres et des litres de pĂ©trole.

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Par les temps qui courent, un polar qui aborde si frontalement la question de la corruption et du dĂ©dain de l’environnement par ceux qui sont en charge de le sauver est salutaire. C’est pour cela que la lecture de ce roman est nĂ©cessaire, ne serait-ce que pour s’informer et s’interroger.

Lisez la chronique intégrale en ligne

Alexandre Marechal
Un dernier livre avant la fin du monde 27 août 2020

- Sans terre

Encore un bon roman quĂ©bĂ©cois, un roman policier dans lequel l’enquĂȘteur est retraitĂ© de la police, tous l’appellent « Chef » et il n’est pas censĂ© faire quoi que ce soit sur cette Île d’OrlĂ©ans quand on trouve le corps sans vie d’un ouvrier agricole guatĂ©maltĂšque, pas trĂšs loin du chalet en flammes de Gabrielle Rochefort.

Gabrielle Rochefort, cette blonde à casquette rouge, est une activiste écologiste, qualifiée de terroriste par certains pour ses actions virulentes auprÚs de la compagnie pétroliÚre Cliffline Energy en particulier. Elle a fait déjà de la prison et à sa sortie a été accueillie par Marie-Louise, sa cousine. Le Chef raconte:

« À sa sortie, Gabrielle a Ă©tĂ© recueillie Ă  l’Île par sa cousine, Marie-Louise Plante, une femme chaude et moelleuse comme une brioche du matin. « Plante », c’est plutĂŽt heureux, pour un cultivateur. Mais si tous les Lacroix ne finissent pas curĂ©s, Ă  l’Île, planter sans s’appeler Plante, ça ne fait pas sĂ©rieux. Ils sont une trentaine dans le bottin Ă  le croire de pĂšre en fils. Gabrielle s’est installĂ©e Ă  la pointe est de l’Île – Ă  Saint-François, sur la grĂšve, dans l’ancien chalet familial, qui avoisine le domaine de Marie-Louise. Selon ses conditions de libĂ©ration, elle devait se prĂ©senter une fois par semaine au poste de police que je dirigeais Ă  Saint-Pierre. Du coup, mon long fleuve tranquille est devenu une Ă©popĂ©e en vingt volumes. Je ne m’en remettrai sans doute jamais. »

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L’histoire se dĂ©roule sur l’üle d’OrlĂ©ans sur le Saint Laurent et face Ă  la ville de QuĂ©bec, oĂč Marie-Louise a son exploitation agricole; elle embauche des sud-amĂ©ricains pour travailler chez elle. Elle considĂšre qu’elle les traite bien humainement, ils sont nourris et logĂ©s correctement, mais elle leur interdit de se syndiquer. Allez savoir pourquoi
Marie-Louise n’est pas une mauvaise femme, mais elle gĂšre son affaire Ă©paulĂ©e par un contremaĂźtre qui lui est un sale type, raciste et violent et quand Linares est retrouvĂ© mort, c’est lui qu’on envisage comme coupable. Gabrielle, devant cette mort et son chalet ravagĂ© par les flammes, pense, elle, Ă  un complot du gouvernement qui veut la faire taire. Et c’est parti pour une enquĂȘte assez compliquĂ©e pour le Chef.

De sacrés personnages ici, avec cette coriace Gabrielle, qui ne se démonte devant rien, Violette Fortuné qui ne donne pas sa part aux chiens cÎté répliques

« Plus que mon ancienne subalterne, Violette Ă©tait ma sƓur, ma fille, ma mĂšre, ma grande complice. Je savourais d’ailleurs cette rare absence d’ambiguĂŻtĂ©, moi qui avais le brevet des amours compliquĂ©es.«

et Marie-Louise; trois beaux portraits de femmes volontaires et indĂ©pendantes nĂ©anmoins avec de multiples nuances dans ces deux qualitĂ©s. C’est lĂ  que se joue la personnalitĂ© du livre: pas d’angĂ©lisme.

Quant au Chef, lui
ah je l’ai adorĂ©, c‘est mon prĂ©fĂ©rĂ© ! Il frĂ©quente rĂ©guliĂšrement et parfois en urgence son psychothĂ©rapeute qui est
 libraire.

« C’est mon thĂ©rapeute qui m’a fait dĂ©couvrir les aventures du commissaire Verhoeven, policier teigneux poursuivi par ses amours tragiques. « Mon thĂ©rapeute », c’est ainsi que j’appelle mon libraire, petit homme aux t-shirts excentriques, capable de rĂ©unir dans une mĂȘme phrase Batman, les prĂ©romantiques allemands et les chansons de Johnny Cash, tout en griffonnant des on Ă©criture illisible da recette de chili. Il faudrait un jour arriver Ă  tĂ©lĂ©charger ces cerveaux-lĂ  pour les conserver dans la mĂ©moire collective. »

Il aime ses livres, les romans policiers, son voilier, sa chienne Karla avec laquelle il a de jolies conversations

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J’ai aimĂ© ici beaucoup ces personnages, et la qualitĂ© de l’écriture pleine de second degrĂ© et d’humour. L’argument enquĂȘte sert de base pour Ă©voquer le sujet des travailleurs dĂ©placĂ©s et le traitement qu’on leur impose, et bien sĂ»r l’écologie et ses combats. Mais c’est sans jamais tomber dans la dĂ©monstration lourde. Tout le livre reste Ă  hauteur d’humanitĂ©, en nuances et sans emphase. Comme c’est un roman quĂ©bĂ©cois Ă©crit par une quĂ©bĂ©coise, il n’y a pas de scĂšnes d’extase devant les paysages ; ici, c’est un territoire oĂč vivent et meurent des femmes et des hommes, ainsi que la nature, comme partout ailleurs dans le monde et c’est sans concession. C’est ça que j’ai aimĂ©.

DĂ©cidĂ©ment, pour ce que j’en explore pour le moment, la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise est une mine de trĂšs bons textes. J’en apprĂ©cie particuliĂšrement le ton et l’humour. Lecture trĂšs agrĂ©able, avec mention trĂšs bien aux clins d’Ɠil nombreux aux mordus de littĂ©rature, policiĂšre en particulier.

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Simone Tremblay
La Livrophage 7 août 2020

- Sans terre

Un inoubliable Sans terre.

AprĂšs sa lecture, j’avais « juste » envie d’une balade sur l’Île d’OrlĂ©ans en compagnie de Marie-Ève SĂ©vigny , histoire de retrouver et de ressentir les lieux du « Chef », retraitĂ© de la police nationale, Gabrielle, Ă©cologiste jusqu’au-boutiste et Violette, inspectrice investie.

C’est un polar rondement menĂ©, sortant des sentiers battus, Ă©lectrique de bout en bout. J’en suis ressortie complĂštement enthousiaste avec l’envie de les retrouver pour une prochaine enquĂȘte, c’est pour te dire l’attachement.

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Ce qui est bien avec Marie-Ève SĂ©vigny, c’est ce ton littĂ©raire, on la sent concernĂ©e, et parfois sur les crocs, c’est ce qui est bon, en profonde empathie avec ses personnages principaux.
Au dĂ©tour d’un Ă©vĂ©nement, des phrases qui claquent au vent des mots.

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Ce qui est vraiment fort dans ce polar qui tient Ă  ses rĂ©fĂ©rences comme Lemaitre, Manchette et Benacquista, c’est l’intrigue qui ne s’embarrasse jamais de superflu. SĂ©vigny garde sa hargne contre la corruption Ă©tatique et laisse aller le militantisme de Gabrielle sur des points divers comme le social, l’économie, l’écologie et le racisme ambiant.

Tout cela est diablement bien mené et bien écrit.
DĂ©cidĂ©ment, ces auteures de polar me ravissent de plus en plus, tant leur langage n’est pas de bois.

« Tu te crois intouchable, mais mĂȘme les mandarins dans ton genre finissent par se faire rattraper dans le dĂ©tour. J’en ai ma claque, de vous voir promener vos masques respectables sur vos faces de voyous ! Et tu veux que je te dise? Je ne suis pas la seule ! Nous ne sommes plus capables, de vous entendre nous mentir en pleine face. »

Marie-Ève SĂ©vigny signe lĂ  un Ă©nergique et magnĂ©tique roman policier et pas que
 ce qui en donne tout le sel.

*Sans terre est à découvrir et à partager. Va -chez ton thérapeute indépendant ;) et lis-le !
IndĂ©niable coup au cƓur.*

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Fanny Nowak
Aire(s) Libre(s) 13 juillet 2020

- Sans terre

La jolie découverte tout droit venue du Québec !

Lorsqu’on pense polar, on pense rarement aux polars quĂ©bĂ©cois. Et pas forcĂ©ment aux polars Ă©cologiques non plus


Gabrielle est un petit bout de femme cinquantenaire qui va au bout de ses convictions Ă©cologiques et humaines. Peut importe que l’argent domine le monde, elle ne peut pas rester les bras ballants. Peu importe les menaces et les tentatives d’intimidation subies. Peut importe qu’elle soit le pot de terre contre le pot de fer, Gabrielle a besoin d’agir Ă  son niveau, de faire ce qui lui semble juste. Ce ne sont ni les flammes qui ont dĂ©vorĂ© sa maison, ni le sang versĂ© qui l’arrĂȘteront.

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Sans terre est portĂ© par une plume particuliĂšrement Ă©lĂ©gante qui n’a pas peur de nous amener dans le vif du sujet et de s’enduire de sang ou d’une certaine violence. Le contraste entre la soliditĂ© de la trame et la finesse de l’écriture est donc remarquable. Mais ne vous y trompez pas, l’auteur sait appuyer sur la pĂ©dale quand il le faut et n’hĂ©site pas Ă  raconter des scĂšnes plus sombres, voire macabres au moment opportun.

Enfin, le fait que ce soit un tiers qui raconte l’histoire Ă©tait vraiment judicieux, puisque cela Ă©vite de tomber dans l’écueil du prosĂ©lytisme Ă©cologique (ce que je ne recherche pas dans un thriller).

AprĂšs Terres fauves qui fut une superbe dĂ©couverte, Sans terre est le second livre que je lis de la maison d’édition marseillaise Le mot et le reste et le moins que je puisse dire, c’est que c’est une nouvelle bonne surprise.

La chronique intégrale

Elsa
You Can Read 6 août 2020

- Sans terre

Marie-Ève Sévigny est journaliste et directrice de la Promenade des Ecrivains. Elle vit au Québec. Sans terre est son premier polar.

A la rencontre d’une femme solaire, un petit bout de femme d’une Ă©nergie et d’une vitalitĂ© peu communes. D’aucuns diraient qu’elle est criminelle, que c’est une terroriste mĂȘme, et qu’elle a bien mĂ©ritĂ© son sĂ©jour en prison. Tout ça parce qu’elle a dĂ©cidĂ© d’aller dĂ©verser des oiseaux engluĂ©s de pĂ©trole devant la belle et riche demeure du ministre de l’Ecologie et des Ressources naturelles. Bon, elle y a mis le feu, c’est vrai, mais le ministre l’avait bien cherchĂ© puisqu’il n’a rien fait ni pour prĂ©venir la marĂ©e noire, ni pour punir les coupables. La vĂ©ritĂ©, c’est que la compagnie pĂ©troliĂšre fait la pluie, le beau temps et tout le reste dans ce gouvernement, et que Gabrielle Rochefort n’est pas du genre Ă  accepter avec fatalisme ce contre quoi elle peut se battre.

Femme caucasienne, Ă©crirais-je si je rĂ©digeais encore des rapports de police, mĂȘme si le vaste Caucase n’avait pas grand-chose Ă  voir avec ce petit bout de femme de cinq pieds juste, aussi costaude qu’un vĂ©lo d’enfant, et pourtant capable de vous botter le derriĂšre Ă  vous envoyer sur la lune.
Une emmerdeuse.
Un front de bƓuf, une tĂȘte de cochon, qui vous Ă©moustille jusqu’à ce que cela vous pourrisse l’existence – pour moi, c’est arrivĂ© plus tard que tĂŽt et, encore aujourd’hui, je n’arrive pas Ă  savoir si j’en Ă©prouve du soulagement ou des regrets.

VoilĂ  le genre de femme dont est tombĂ© amoureux le Chef, retraitĂ© de la police de l’üle d’OrlĂ©ans, petite terre situĂ©e face Ă  QuĂ©bec au bord du Saint Laurent, qui vit le plus souvent sur son bateau avec sa chienne Karla – sa femme est trop occupĂ©e Ă  vivre pleinement sa sexualitĂ© pour qu’il trouve confortable de partager sa demeure avec elle -, grand lecteur des romans policiers que lui conseille son libraire, son « thĂ©rapeute », comme il l’appelle. Il a mĂȘme eu une liaison avec Gabrielle, mais ce n’est pas une femme qu’on garde, il le sait bien, et il se contente dĂ©sormais d’ĂȘtre un ami proche et attentif.

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Or, une nuit, la petite maison dans laquelle vit Gabrielle – heureusement absente – est incendiĂ©e, et on retrouve peu de temps aprĂšs le corps de Linares, un employĂ© guatĂ©maltĂšque de l’exploitation, son amant occasionnel.

Pour Gabrielle, c’est on ne peut plus clair : on a dĂ©cidĂ© de lui faire suffisamment peur pour qu’elle cesse ses activitĂ©s, mais c’est mal la connaĂźtre, bien sĂ»r, puisqu’elle est, au contraire, plus dĂ©terminĂ©e que jamais. Quant au meurtre de Carlos Linares, il s’agit sans doute d’un rĂšglement de compte avec le contremaĂźtre employĂ© par Marie-Louise sur la ferme, un sale type raciste, sadique, violent qui avait dĂ©jĂ  frappĂ© Linares avec une pelle peu de temps avant.

Une enquĂȘte est diligentĂ©e, Ă  laquelle Chef se mĂȘle, pas vraiment officiellement, pas tout Ă  fait officieusement non plus, avec les intĂ©rĂȘts de Gabrielle Ă  coeur, bien sĂ»r, mais surtout avec un esprit lucide et aiguisĂ©, un goĂ»t pour la vĂ©ritĂ© et un regard terriblement humain posĂ© sur ceux qui l’entourent.

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C’est lui, Ă  mon sens, le personnage principal de ce rĂ©cit, cet homme Ă©pris de littĂ©rature et de solitude dont l’ironie est censĂ©e contrebalancer sa sensibilitĂ© extrĂȘme. Être amoureux ne l’empĂȘche pas de voir Gabrielle, ses failles et ses faiblesses, sa gĂ©nĂ©rositĂ© pour autrui et son Ă©goĂŻsme cruel. Tout est soumis Ă  son dessein de militante, c’est sa raison d’ĂȘtre, tout est subordonnĂ© Ă  sa lutte, aussi gĂ©nĂ©reuse et altruiste qu’elle soit, au service de laquelle absolument tous les moyens sont bons. Toujours pleine d’énergie, courageuse, bravant tous les dangers, ricanant au nez du pouvoir, animĂ©e d’une juste colĂšre, Gabrielle ne peut pas se permettre le luxe de l’amour, et Chef le sait bien.

Le roman parle aussi d’écologie et de la corruption qui touche les plus hauts dirigeants du QuĂ©bec pour qui le profit vaut bien qu’on vende la nature Ă  l’encan. Peu importe la destruction de notre environnement, aprĂšs eux le DĂ©luge, tout ce qui fait obstacle Ă  s’en fourrer plein les poches est Ă  Ă©craser, dĂ©finitivement si possible. Il en faut bien, des gens de la trempe de Gabrielle, pour dire non.

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TrĂšs noir et trĂšs actuel, ce roman est aussi nourri de personnages complexes et attachants comme Violette FortunĂ©, une policiĂšre maligne et dĂ©terminĂ©e, Marie-Louise Plante, maternelle et dĂ©vouĂ©e envers ses employĂ©s et cependant patronne exigeante et Eduardo, employĂ© saisonnier qui s’esquinte la santĂ© la moitiĂ© de l’annĂ©e, comme tous les autres employĂ©s, pour nourrir sa famille laissĂ©e au pays. Et malgrĂ© tout, chacun espĂšre ĂȘtre rĂ©embauchĂ© l’annĂ©e suivante et fait taire ses souffrances et ses plaintes.

Mondialisation de la misĂšre qui s’entretient Ă  coups d’emplois mal payĂ©s et harassants.

– Si on est si bien traitĂ©s ici, pourquoi personne de ta race n’accepte plus de faire notre travail ?

On est laissĂ© avec un sentiment d’injustice et de colĂšre face au monde tel qu’il est fort bien dĂ©crit par Marie-Ève SĂ©vigny oĂč la nature et les hommes ne sont que des ressources Ă  exploiter dont on cherche Ă  tirer le maximum de profits.

Lisez la chronique complĂšte sur le blog de Flore Delain

Flore Delain
En lisant, en écrivant 29 juin 2020