Sa Majesté Clodomir
Christian Casoni manie la langue aussi bien quâil ficelle ses intrigues. On croirait voir Audiard dĂ©barquer chez les bourgeois dĂ©chus de Chabrol.
Maniabosco a toujours eu le chic pour se foutre dans la merde en la remuant, et dâembarquer avec lui tous ceux qui se frottent de prĂšs ou de loin Ă ses enquĂȘtes qui puent fort la combine. Mais peut-on vraiment reprocher Ă ce vieux flic peinard dâattirer constamment les problĂšmes ? Câest certain, quand une ancienne indic pas nette lui a demandĂ© de la rencarder sur des trafiquants dâantiquitĂ©s, il aurait mieux fait de la boucler, mais « Bosco » est infoutu de refuser quoi que ce soit Ă une femme. Il Ă©tait pourtant loin dâimaginer quâil allait se fourrer au milieu dâune guerre de clans remontant au rĂšgne de Clovis et que cette tempĂȘte mĂ©rovingienne allait brasser les cadavres comme ses potes flics fument des Gitanes : sans compter. Il devra remonter la piste quâil a ouverte et frayer avec un gang de cambrioleurs, des Sopranos de banlieue, des hĂ©ritiers royaux pas franchement jouasses, une meurtriĂšre ex-Ă©crivaine et ses deux emmerdeuses de filles qui sont tout pour lui. Pauvre Maniabosco.
Revue de presse
- Sa Majesté Clodomir Les notes 15 mars 2022
- Sa Majesté Clodomir Elise Fischer Lili au fil des pages 26 février 2022
- Sa Majesté Clodomir Thierry Boillot L'Alsace 27 février 2022
- Sa Majesté Clodomir Jocelyne Hubert Fondu au noir 22 février 2022
- Interview de Christian Casoni Yann Leray Aire(s) Libre(s) 12 février 2022
- Sa Majesté Clodomir Jean-Michel Isebe Polarmaniaque janvier 2022
- Sa Majesté Clodomir, roman noir à papa Thomas Messias Slate 18 janvier 2022
âJe tâassure, Georges, tu seras mieux assis, parce que lĂ , on attaque une histoire de MĂ©rovingiens assez saugrenue.â Quand un personnage secondaire prend de telles pincettes avant de prĂ©senter Ă un autre le sac de nĆuds de lâintrigue en cours, impliquant deux familles rivales depuis des siĂšcles et une belle galerie dâhurluberlus hauts en couleur, on peut sans crainte parler de polar foisonnant. Pour son amerrissage en littĂ©rature, le journaliste rock et sexagĂ©naire Christian Casoni a optĂ© pour un efficace mĂ©lange de noir et de burlesque, dâold school et de sanglant, dans une aventure oĂč lâon ne compte pas moins de deux massacres, sans compter les exĂ©cutions sommaires. Son vieux flic rĂ©ac Ă la manĆuvre, Maniabosco, fan de Jane Birkin et de câĂ©tait mieux avant, emprunte autant Ă Dard quâĂ Audiard (pĂšre) pour naviguer en ces eaux bien troubles, en quĂȘte absurde, comme tout le monde, de âdeux vieilles ferrailles rouillĂ©esâ â reliques absurdes, inexorablement associĂ©es Ă des bains de sang. Si lâintrigue se dĂ©guste, malgrĂ© sa complexitĂ©, comme petit-lait, câest sans doute, ici, grĂące Ă un double procĂ©dĂ© diablement efficace : des effets dâannonce savamment distillĂ©s, couplĂ©s Ă lâadoption du point de vue interne des victimes en leurs derniers instants. Sous son apparente nonchalance, une mĂ©canique prĂ©cise, et un vĂ©ritable art du portrait.
Ce roman policier de Christian Casoni est une sorte de pastiche de sĂ©rie noire. On y trouve des personnages travaillĂ©s, des dialogues savoureux, autour dâune intrigue originale sur fond de rivalitĂ© et de vengeance ancestrale dâhĂ©ritiers royaux (la faide). Lâauteur utilise les ressorts du comique, sâappuyant sur une galerie de personnages secondaires truculents, autour dâun hĂ©ros Ă la personnalitĂ© bien calibrĂ©e, vĂ©ritable parodie de genre. Le rĂ©cit bien articulĂ© compte nombre de rebondissements dans une atmosphĂšre atypique alliant suspense et humour. Mais le foisonnement de personnages peut mener Ă la confusion ; le rĂ©pertoire Ă la fin du livre sâavĂšre indispensable. Un roman se distinguant des polars classiques, qui peut attirer des lecteurs non familiers du genre.
Une chronique Ă retrouver sur Les notes
Câest un polar contemporain que nous offre Christian Casoni qui a exercĂ© diffĂ©rents mĂ©tiers avant de signer ce premier roman. Un polar, dont on pense que, peut-ĂȘtre, il va nous emporter plus ou moins Ă lâĂ©poque mĂ©diĂ©vale⊠Certes, il y a quelques antiquitĂ©s qui apparaissent, mais ce sont des voyous dâaujourdâhui. Deux clans (mais hors du commun) sâaffrontent et de la plus belle façon qui soit⊠Les morts ne manquent pas. DĂšs le dĂ©but, ils gisent dans un pavillon aprĂšs un cambriolage qui nâa pas manquĂ© de piquant et dâhĂ©moglobine.
Qui sont ces voleurs prĂȘts Ă tout ? Qui sont ceux qui enquĂȘtent ? Les clans nous montrent des gens trĂšs comme il faut, issus de la noblesse (ça existe encore ?) face Ă la mafia calabraise. Et ceux qui enquĂȘtent ? Maniabosco, qui rĂȘvait de tranquillitĂ©, ne sâattendait pas Ă ce quâune telle histoire lui tombe sur la tĂȘte. Câest un flic qui a tout vu ou presque. Il a lâexpĂ©rience, mais Ă son Ăąge, faut-il tout recommencer ? LâenquĂȘte Ă laquelle il ne peut Ă©chapper nâa rien de simple. Et comment se remonter le moral ? En se souvenant de quelques histoires dâamours, de trahisons, de rĂ©conciliations ? Il nâa pas eu vraiment de chance dans ce domaine, et malgrĂ© sa bonne volontĂ©, a connu quelques filles plus ou moins enquiquineuses⊠qui reviennent des annĂ©es aprĂšs lui pourrir la vie en le gĂȘnant dans ses enquĂȘtes.
Lâhistoire, trĂšs Ă©quilibrĂ©e et surprenante, est bien Ă©crite, drĂŽle, fait rĂ©fĂ©rence Ă Gainsbourg et Ă sa Jane quâAdĂšle une copine du hĂ©ros maquillait. Il faut aussi se mĂ©fier des Ă©crivaines, certaines savent jouer de la gĂąchette ou de tout autre objet donnant la mort. Une ambiance Ă la fois chabrolienne avec les tournures drĂŽles et fleuries dâAudiard. Jouissif !
Une chronique à retrouver en intégralité sur le blog Lili au fil des pages
Flic dĂ©bonnaire mais entĂȘtĂ© et curieusement accro au rĂ©pertoire de Jane Birkin, Maniabosco aurait pu laisser courir cette affaire aux des-sous obscurs. Oui, mais⊠Pour commencer, un cambriolage tourne mal chez un antiquaire oĂč les malfrats sâĂ©liminent entre eux. Roseline, une connaissance venue dâun passĂ© trouble, oriente Bosco vers son ami Bec quâon retrouve derechef assassinĂ© dans son tabac de quartier. En fait, tout provient dâune querelle entretenue depuis le VIe siĂšcle par deux familles, les MannaquĂšre et les Rodan, aux souches mĂ©rovingiennes issues des rois Clotaire et Clodomir. Dans leur entourage, personne ne semble devoir faire de vieux os. Bosco cherche Ă enrayer lâhĂ©catombe mais lâapocalypse nâest pas loin.
Personnages hauts en couleur, nobles rĂ©fĂ©rences, dialogues folkânâroll, intrigue labyrinthique, humour fracassant : Christian Casoni signe un polar dâune haute mĂ©ticulositĂ© burlesque. Digne dâun festin pour tout insatiable liseur.
Une chronique Ă retrouver dans LâAlsace
La rĂ©fĂ©rence mĂ©rovingienne du titre sur fond de tapisserie dĂ©modĂ©e et de dĂ©tails connotant vaguement une vieille noblesse dâĂ©pĂ©e semblent annoncer un polar historique mĂ©diĂ©val. Mais lâĂ©pigraphe initiale indique une autre direction : un extrait du prologue de la loi salique (Vive le Christ qui aime les Francs, quâIl protĂšge leur royaume, quâIl Ă©claire leurs chefs de la lumiĂšre de Sa grĂące) est immĂ©diatement suivi dâun aphorisme empruntĂ© Ă Jane Birkin (Avant dâouvrir le gaz elle pense Ă son canari). Le ton est donnĂ©. Avec Sa MajestĂ© Clodomir de Christian Casoni nous sommes bien dans un polar contemporain, non dĂ©nuĂ© dâhumour.
Lâintrigue prĂ©sentĂ©e par lâĂ©diteur a pour ressort principal un trafic dâantiquitĂ©s dans lequel sâaffrontent violemment deux clans, dont les querelles remontent au Haut Moyen Ăąge. On sâattend Ă un joyeux pastiche dâEllis Peters. Erreur ! Si le style est plein dâhumour, lâintrigue est trĂšs sĂ©rieusement documentĂ©e et le voyage dans le temps et les terres australes parfaitement plausibles. CommencĂ©e dans un pavillon de banlieue par la dĂ©couverte des cadavres de ses occupants aprĂšs un cambriolage â fait-divers somme toute banal â lâhistoire prend une ampleur inattendue. Les cadavres sâaccumulent Ă un rythme soutenu. La vieille noblesse dâĂ©pĂ©e cĂŽtoie des petits dĂ©linquants, emploie des tueurs professionnels et traite avec la mafia calabraise.
CĂŽtĂ© police, la composition et lâĂ©volution des effectifs est tout aussi Ă©tonnante. Ă sa tĂȘte, chargĂ© de lâenquĂȘte sur les premiers meurtres, le commandant Victor Maniabosco, âBoscoâ pour les intimes. Ce monomaniaque nâĂ©coute que les chansons de Birkin et aime Ă citer Gainsbourg (Son Zip et son Zippo fendu de A jusquâĂ Zoo). Câest lui le âhĂ©rosâ du roman, pas un flic âatypiqueâ comme il y en a tant, un personnage dont lâĂ©paisseur romanesque surprend (on verrait bien Depardieu dans le rĂŽle). La plus grande qualitĂ© de ce premier (!) roman se trouve sans doute dans ce soin apportĂ© aux personnages, tous les personnages, le troisiĂšme couteau comme le chef de clan. Lâancien professeur dâhistoire, âĂ©rudit en dynastie mĂ©rovingienneâ comme le descendant du roi Clodomir. On attend avec impatience le prochain roman de Christian Casoni, conteur et styliste remarquable.
Une chronique Ă retrouver sur Fondu au noir
On avait rencontrĂ© Christian Casoni en juin 2020 pour discuter de Juke â 110 portraits de bluesmen. Il est de retour aujourdâhui avec tout autre chose et il nous semblait judicieux de le soumettre Ă la question avec, Ă nouveau, lâaide prĂ©cieuse du complice Didier Hubert (aka Raoul MĂ©jols sur les rĂ©seaux sociaux).
â Nous avons fait connaissance il y a deux ans, lors de la sortie de Juke, 110 portraits de bluesmen (Le Mot et Le Reste) qui avait donnĂ© lieu Ă un premier entretien. Vous voilĂ de retour aujourdâhui avec ce que je serais tentĂ© de qualifier de «polar mĂ©rovingien». Vous ĂȘtes un spĂ©cialiste du grand Ă©cart ?
Je conteste la qualification de « polar mĂ©rovingien », mais vous la nuancez vous-mĂȘme un peu plus bas. Clodomir est un polar tout court, qui met en scĂšne des descendants de rois mĂ©rovingiens. Les rois mĂ©rovingiens sont fascinants, car sujets Ă de terribles dĂ©nigrements depuis les Carolingiens. Ceux de la dynastie suivante ont fait de ces roitelets des personnages de comĂ©die italienne. Avant quâon ne commence Ă creuser le sujet et Ă dissiper certains prĂ©jugĂ©s les concernant, les MĂ©rovingiens câest un peu Affreux, Sales et MĂ©chants. Câest un bon dĂ©part ! Comme je vous le disais il y a deux ans, je ne procĂšde que par lubies. Le blues en est une, les MĂ©rovingiens en Ă©taient une autre. Et je fais tellement de grands Ă©carts dans mes lubies que je porte des couches-culottes. [âŠ]
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Ebouriffant, câest le qualificatif qui me viendrait le premier Ă lâesprit pour qualifier ce dĂ©routant premier opus. En premier lieu, son point fort est Ă©videmment sa trĂšs grande originalitĂ© , sa thĂ©matique dĂ©sarçonnante, en second lieu la richesse de sa langue, de son vocabulaire! Câest une vengeance qui traverse les siĂšcles, Ă ce niveau, elle ne se mange plus froid mais largement avariĂ©e, voire dessicĂ©e. Rendez vous compte, câest comme si le royaume des Francs surgissait du fin fond des Ăąges au milieu de votre salon, leurs chef de tribus, Clotaire, ChildĂ©ric et doncâŠâŠâŠ.Clodomir. Câest leur trĂšs ,trĂšs, trĂšs lointains descendants qui sâaffrontent, les Rodan, les MannaquĂšre, autour de la possession de reliques rĂ©duites Ă lâĂ©tat quasiment de poussiĂšre, bouffĂ©es par la rouille. Et toute cette bĂȘtise claironnante va se solder par une ribambelle de morts violentes, sanglantes. Au milieu de ce barnum, Victor Maniabosco, un flic atypique, fort difficile Ă dĂ©stabiliser mais lĂ quand mĂȘmeâŠâŠet Roseline, son amie ex/meurtriĂšre en sĂ©rie, sans compter une foultitude de personnages tous plus picaresques les uns que les autres, et vous comprendrez quâĂ la lecture de ce scĂ©nario, lâennui ne pourra ĂȘtre de mise! Cet ouvrage incroyablement foutraque peut dâores et dĂ©jĂ recevoir sans conteste la palme de âlâatypicitĂ©â 2022. âDans la poitrine de ce mec bat un oeuf dur.â âMingo sâarrangeait de son emploi de majordome comme un gorille dressĂ© Ă lâaquarelle.â âIl ombre dĂ©jĂ sa platitude de grandes alvĂ©oles et de cavitĂ©s, et commence Ă dessiner de gigantesques colonnes dâintestins.â
Une chronique Ă retrouver sur Polarmaniaque
Le titre sentait bon la langue française fleurie, quelque chose de lâordre de FrĂ©dĂ©ric Dard. Ăa nâest pas tout Ă fait Ă cela que ressemble le rĂ©sultat, et câest tant mieux: le livre de Christian Casoni, primo-romancier nĂ© en 1958, a un style qui nâappartient sans doute quâĂ lui. Partant du principe que câest dans les vieux pots quâon fait les meilleures soupes, lâauteur (qui semble avoir eu mille vies) prend pour hĂ©ros un commandant de police vieillissant nommĂ© Maniabosco, qui nâa pas son pareil pour sâattirer des ennuis.
Moins intĂ©ressĂ© par son intrigue pourtant salĂ©e que par ses personnages, Casoni borde un simili polar rond en bouche, se plaçant dans le sillage dâauteurs comme Jean-Bernard Pouy sans jamais perdre de sa singularitĂ©. Câest le genre de livre dans lequel on peut croiser des phrases comme «Elle lâappelle dâun rade et commence Ă lâassaisonner», et se sentir parfaitement chez soi. Comme dans des chaussons.
Bien que se dĂ©roulant de nos jours, lâintrigue âpas toujours limpide, mais quâimporteâ remonte jusquâĂ lâan de grĂące 523, qui marqua le dĂ©but de la guerre entre les Francs et les Burgondes. Câest bel et bien Ă une guerre des clans datant dâil y a seize siĂšcles que Casoni et Maniabosco tentent de mettre fin, ce qui nâest quâun Ă©lĂ©ment de lâĂ©cheveau touffu et plaisant quâest Sa majestĂ© Clodomir.
Un article Ă retrouver sur Slate