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Parution : 24/03/2011
ISBN : 9782360540204
88 pages (21 x 14,8 cm)

10 €

Résistance au gouvernement civil

et autres textes

EXTRAIT

En fait, je dĂ©clare tranquillement la guerre Ă  l’Etat Ă  ma maniĂšre, bien que je continue Ă  avoir recours autant que possible Ă  tous les avantages qu’il offre, comme il est d’usage en de pareils cas. (RĂ©sistance au gouvernement civil)

Je n’ai pas envie de tuer ni d’ĂȘtre tuĂ©, mais je peux envisager certaines circonstances oĂč je serais contraint inĂ©vitablement de le faire. Nous maintenons quotidiennement la prĂ©tendue paix de notre communautĂ© par des actes de violence mesquine. Regardez le policier avec sa matraque et ses menottes! Regardez les prisons! (Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown)

Introduction et notes de Michel Granger.
Traduit de l’anglais par Nicole Mallet.

Afin de protester ouvertement contre l’esclavage, Thoreau met en pratique une forme de « dĂ©sobĂ©issance civile » en refusant de payer des impĂŽts, ce qui lui vaut en 1846 de passer une nuit en prison et bien plus tard, d’obtenir l’admiration de Gandhi et de Martin Luther King. Il en fait l’exposĂ© dans un essai, RĂ©sistance au gouvernement civil (1849), plus connu sous le titre posthume de « La dĂ©sobĂ©issance civile », titre dont on n’a jamais pu prouver qu’il Ă©tait de lui.

La prĂ©sente Ă©dition de cet essai — accompagnĂ©e de larges extraits de « L’esclavage au Massachusetts » (1854), « La vie sans principe » (1854-1862), « Plaidoyer en faveur de John Brown » (1859) — vise Ă  montrer que sa pensĂ©e n’est pas restĂ©e figĂ©e aprĂšs 1849 ; ces textes permettent de saisir l’évolution considĂ©rable de la pensĂ©e politique de Thoreau entre 1849 et 1859. Face Ă  l’aggravation des tensions avec le Sud esclavagiste, il abandonne progressivement la dĂ©sobĂ©issance civile, conçue comme geste individuel d’objection de conscience. Il se rend compte que le simple non-respect de la loi par un citoyen ne suffira pas pour faire plier le gouvernement fĂ©dĂ©ral et qu’il faudra davantage qu’un geste « civil » isolĂ©. Thoreau en vient alors Ă  accepter l’idĂ©e d’une nĂ©cessaire violence et laisse poindre la tentation de « craquer une allumette » pour faire sauter le systĂšme ; lors de sa dĂ©fense publique de l’abolitionniste John Brown, il considĂšre mĂȘme que ses fusils ont Ă©tĂ© bien employĂ©s Ă  Harpers Ferry.

Bien plus que la « dĂ©sobĂ©issance » ponctuelle Ă  une loi injuste, c’est une « rĂ©sistance » farouche, aux objectifs variĂ©s, qui mobilise Thoreau en permanence et dĂ©finit sa philosophie de vie : elle reprĂ©sente une posture de lutte pied Ă  pied contre un gouvernement qui porte atteinte Ă  la libertĂ© de l’individu et contre les forces envahissantes de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, notamment la tyrannie du tout-Ă©conomique et l’emprise sur l’opinion publique d’une presse de piĂštre qualitĂ©. Oublier les derniers essais politiques et rĂ©duire Thoreau au “thĂ©oricien de la dĂ©sobĂ©issance civile” (M. Onfray) enlĂšve Ă  sa pensĂ©e, celle de la rĂ©sistance, son ampleur et sa complexitĂ©, Ă©mousse enfin sa force subversive : Thoreau est un rebelle qui conteste l’autoritĂ© de la Constitution et revendique le droit d’ingĂ©rence par la force dans les affaires des esclavagistes. Ne voir en lui qu’un « dĂ©sobĂ©issant » revient Ă  prĂ©server l’image de l’idĂ©aliste non-violent, comme si l’on voulait tenter d’apprivoiser ce penseur jugĂ© trop dĂ©rangeant.

Présentation de Michel Granger

Revue de presse

- Les Nouveaux chemins de la connaissance AdĂšle Van Reeth France Culture 20 octobre 2011
- dossier + interview GHZ Le Courrier 25 août 2011
- A propos d'Henry D. Thoreau Bernard Dumont Catholica juillet 2011
- Thoreau naturel résistant collectif (dossier) Philosophie Magazine Juillet/Août 2011
- Résistants d'hier et d'aujourd'hui Marion Rousset Regards 23 mai 2011
- Résistance au gouvernement civil et autres textes Didier Bazy La Cause littéraire 2 avril 2011
- De la vie dans les bois à la désobéissance civile Philippe Zibung et David Collin Radio Suisse Romande / émission Babylone 21 mars 2011
- Lectures buissonniÚre Martine Laval Télérama / blog de Martine Laval 17 mars 2011

- Les Nouveaux chemins de la connaissance

Jeudi 20 octobre Michel Granger, amĂ©ricaniste professeur Ă  l’universitĂ© de Lyon, auteur des appareils critiques de toutes nos Ă©ditions des textes de Thoreau Ă©tait l’invitĂ© d’AdĂšle Van Reeth. Cette Ă©mission Ă©tait la derniĂšre d’un cycle consacrĂ© Ă  la solitude, et Ă©voquait bien sĂ»r la notion de solitude chez H. D. Thoreau.

Pour réécouter l’émission :
Les Nouveaux chemins de la connaissance

AdĂšle Van Reeth
France Culture 20 octobre 2011

- dossier + interview

CONTESTATION ‱ De plus en plus de mouvements enfreignent la loi afin d’en dĂ©noncer une application injuste. Retour sur les fondamentaux thĂ©oriques et pratiques de la dĂ©sobĂ©issance civile.

Walden, Massachusetts, avril 1846. Des policiers se rendent au domicile d’un jeune homme afin de procĂ©der Ă  son arrestation. Le prĂ©venu doit six ans d’arriĂ©rĂ©s d’impĂŽts Ă  l’Etat. Il affirme ne pas vouloir verser un dollar Ă  un gouvernement dĂ©fendant l’esclavagisme et la guerre contre le Mexique. Sa mise au frais sera de courte durĂ©e. Un parent verse rapidement le montant dĂ». Henry David Thoreau est aussitĂŽt libĂ©rĂ©. Un peu malgrĂ© lui, sans doute.
Cette histoire constitue le mythe fondateur d’une pratique politique qui fait florĂšs aujourd’hui encore et qui rĂ©unit des mouvements aux causes trĂšs diffĂ©rentes. Enseignants français qui refusent d’appliquer les directives de l’Education nationale, artistes performers russes qui dessinent un phallus gĂ©ant juste en face d’un bĂątiment du FSB (ex-KGB), citoyens suisses qui cachent Ă  leur domicile des requĂ©rants d’asile dĂ©boutĂ©s, new-yorkais qui se donnent rĂ©guliĂšrement rendez-vous dans le mĂ©tro en simple slip : tous revendiquent une forme de dĂ©sobĂ©issance civile. Les rĂ©volutions arabes de ce printemps ont Ă©galement Ă©tĂ© menĂ©es au nom de valeurs et selon des mĂ©thodes pacifistes propre Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile.
Pourtant, les plans d’action et l’engagement politique des uns et des autres ne s’accordent pas forcĂ©ment, et la joyeuse cacophonie idĂ©ologique qui sert de terreau Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile rend ses contours un peu flous. La publication de quelques rĂ©cents essais permet d’y voir un peu plus clair.

Le droit de résistance
C’est sous la plume de l’écrivain amĂ©ricain du XIXe siĂšcle Henry David Thoreau que la « Civil Desobedience » apparaĂźt – non pas dans ses essais mais dans sa correspondance. On trouve Ă©videmment de nombreux prĂ©cĂ©dents historiques Ă  Thoreau. Le refus de se plier aux lois de la CitĂ© aux motifs que ces derniĂšres seraient injustes ou iniques est un leitmotiv dans certaines tragĂ©dies antiques. A la Renaissance, Etienne de La BoĂ©tie thĂ©orise les conditions d’opposition au pouvoir du tyran dans son Discours de la servitude volontaire.
Les philosophes anglais Thomas Hobbes puis John Locke se sont Ă©galement intĂ©ressĂ©s Ă  la nature du pouvoir et aux conditions de son acceptation par le plus grand nombre. Locke dĂ©finit mĂȘme un droit Ă  la rĂ©sistance : « Un droit de dĂ©sobĂ©issance aux ordres arbitraires et illĂ©gaux des gouvernements », note l’essayiste Jean-Marie Muller, auteur de L’ImpĂ©ratif de dĂ©sobĂ©issance (ed. le passager clandestion, 2011). Il voit Ă©galement dans le pacifisme chrĂ©tien de TolstoĂŻ un autre ferment de dĂ©sobĂ©issance civile : «L’Etat, affirme TolstoĂŻ, c’est la violence; le christianisme, c’est l’amour. (
) C’est pourquoi le chrĂ©tien ne doit prendre part ni aux violences, ni au service militaire.»

Civisme du dissentiment
Au cours du XXe siĂšcle, ce sont surtout les philosophes JĂŒrgen Habermas et John Rawls qui conceptualisent la dĂ©sobĂ©issance. Rawls dĂ©veloppe sa rĂ©flexion dans le cadre de sa thĂ©orie de la justice. Il en dĂ©finit quelques traits saillants qui servent de rĂ©fĂ©rence encore de nos jours : la dĂ©sobĂ©issance civile se conçoit comme un acte public, non violent, qui a pour but d’amener un changement dans la loi ou la politique du gouvernement. Les « dĂ©sobĂ©isseurs » se dĂ©marquent ainsi des objecteurs qui restent dans une dĂ©marche individuelle. « L’hypothĂšse de Rawls est que, dans une dĂ©mocratie constitutionnelle dans laquelle le pouvoir est considĂ©rĂ© comme lĂ©gitime, les citoyens partagent le mĂȘme sens de la justice », Ă©crit Jean Marie-Muller.
Habermas, emprunt de matĂ©rialisme et pourtant souvent opposĂ© Ă  Rawls, arrive aux mĂȘmes conclusions : tous deux considĂšrent que la dĂ©sobĂ©issance civile s’appuie sur un civisme du dissentiment et permet de renforcer la dĂ©mocratie.

Fonctionnaires récalcitrants
Mais c’est Ă©galement Ă  travers sa pratique et l’élaboration de ses stratĂ©gies qu’il faut aborder la dĂ©sobĂ©issance civile. Il est aisĂ© de retracer les moments importants et d’identifier les grandes figures qui jalonnent l’histoire de la dĂ©sobĂ©issance : Gandhi, Martin Luther King, les grands mouvements sociaux. La dĂ©sobĂ©issance civile accompagne de fait toutes les grandes actions pacifistes. Mais il est plus malaisĂ© d’en saisir les contours depuis la chute du Mur et la fin de la bipolarisation du monde pendant la guerre froide. C’est le constat de Sylvie Laugier et Albert Ogien dans Pourquoi dĂ©sobĂ©ir en dĂ©mocratie ? (Ed. La DĂ©couverte, 2011).
Ces deux sociologues pointent l’émergence de nouvelles formes de dĂ©sobĂ©issance civile dans les structures de l’appareil Ă©tatique. De nombreux fonctionnaires en butte aux politiques de leur administration opĂšrent des actes de dĂ©sobĂ©issance, Ă  l’instar d’Alain Refalo, un enseignant français qui a choisi de ne pas appliquer les rĂ©formes du gouvernement Sarkozy conduisant Ă  une Ă©cole « Ă©litiste ». Mais la rĂ©sistance peut parfois se montrer plus diffuse et moins visible. Jean-Marie Muller prĂ©sente «l’usurpation civile» comme une mĂ©thode indirecte de dĂ©sobĂ©issance: «PlutĂŽt que de refuser d’obĂ©ir aux directives du pouvoir, on feint de s’y soumettre en faisant secrĂštement en sorte de ne pas les exĂ©cuter et de les faire Ă©chouer.»

Spectaculaire et efficace
En France, le dĂ©bat autour de la dĂ©sobĂ©issance est particuliĂšrement houleux. La rĂ©ception de l’essai d’Elisabeth Weissman La DĂ©sobĂ©issance Ă©thique (Stock, 2010) a Ă©tĂ© l’occasion d’échanges parfois vifs. C’est que la pratique de la dĂ©sobĂ©issance semble dĂ©concerter tant l’appareil du pouvoir, peu habituĂ© Ă  voir ses directives sciemment dĂ©tournĂ©es, que les organisations syndicales souvent mal Ă  l’aise Ă  l’idĂ©e d’enfreindre des lois censĂ©es Ă©galement protĂ©ger les travailleurs.
En attendant, les arracheurs de maĂŻs transgĂ©nique, les dĂ©boulonneurs de MacDo, les dĂ©tourneurs de pub, les adeptes de la sieste sur rail avant passage d’un convoi nuclĂ©aire, les cacheurs de sans-papiers et les fonctionnaires appliquant l’usurpation civile sont en passe de fonder durablement de nouvelles pratiques contestataires joyeuses et spectaculaires, peut-ĂȘtre aussi efficaces que les classiques grĂšves et manifestations syndicales sur la place publique. De par leur caractĂšre illĂ©gal, ces actions tendent Ă  transformer les tribunaux en un nouvel espace propice Ă  un dĂ©bat politique colorĂ© et animĂ©.

«Thoreau est une provocation à penser»
L’amĂ©ricaniste Michel Granger a rĂ©uni et commentĂ© des essais de Henry David Thoreau dans RĂ©sistance au gouvernement civil et autres textes (Ed. Le mot et le reste, 2011). Il revient pour nous sur cette figure emblĂ©matique et fondatrice de la dĂ©sobĂ©issance civile. INTERVIEW

Quel sorte de «désobéisseur» est Henry David Thoreau?
A mon sens, il est un objecteur avant d’ĂȘtre un dĂ©sobĂ©isseur. D’ailleurs, je prĂ©fĂšre parler de «rĂ©sistance» plutĂŽt que de «dĂ©sobĂ©issance» quand je parle de Thoreau. La dĂ©sobĂ©issance a un caractĂšre un peu trop ponctuel par rapport Ă  la rĂ©sistance qui accompagne Thoreau tout au long de sa vie. Son acte de dĂ©sobĂ©issance (sa volontĂ© de ne pas payer ses impĂŽts, ndlr) s’inscrit dans une logique de rĂ©sistance plus globale au consumĂ©risme et Ă  l’idĂ©ologie dominante.

Comment expliquer l’engouement suscitĂ© par la pensĂ©e de Thoreau?
Il a beaucoup jouĂ© sur l’imaginaire amĂ©ricain et cela plaĂźt. Il s’est construit une image de pionnier en s’installant dans sa cabane en bois Ă  Walden. On a un peu tendance Ă  oublier qu’il s’était Ă©tabli dans une zone dĂ©jĂ  colonisĂ©e et qu’il n’était qu’à une heure de train d’Oxford. Les Ă©ditions des textes de Thoreau en anglais ne retiennent pas non plus certains aspects trĂšs irrĂ©vĂ©rencieux du personnage. Thoreau Ă©tait par exemple profondĂ©ment areligieux. Le centre de recherche qui s’est ouvert au Massachusetts a Ă©tĂ© inaugurĂ© par Bill Clinton. Pas sĂ»r que Thoreau eĂ»t apprĂ©ciĂ© la prĂ©sence d’un prĂ©sident amĂ©ricain comme invitĂ© d’honneur. Il a toujours cherchĂ© Ă  se situer loin de la sphĂšre du pouvoir. Pour lui, la Constitution, c’est le mal!

Que pensez vous de sa récupération par certains mouvements se réclamant de la désobéissance civile?
Thoreau a dĂ©veloppĂ© une pensĂ©e qui plaĂźt aux pacifistes. Mais il a clairement rejetĂ© la non-violence Ă  la fin de sa vie, notamment en prenant la dĂ©fense de l’abolitionniste John Brown qui avait utilisĂ© des armes pour libĂ©rer des esclaves. Cela dit, Thoreau est une vĂ©ritable provocation Ă  penser. Je suis enchantĂ© que cet Ă©crivain qui nous vient d’un lointain passĂ© et d’une culture diffĂ©rente Ă  la nĂŽtre puisse fĂ©conder et stimuler Ă  ce point notre rĂ©flexion. L’actualitĂ© de sa pensĂ©e se vĂ©rifie dans son utilisation par les mouvements Ă©cologistes et alternatifs par exemple.

PROPOSRECUEILLISPAR GHZ
EN SAVOIR PLUS
Bibliographie choisie d’ouvrages rĂ©cents sur la dĂ©sobĂ©issance civile.

Dans Pourquoi dĂ©sobĂ©ir en dĂ©mocratie? (La DĂ©couverte, 2011), les sociologues Albert Ogien et Sandra Laugier s’intĂ©ressent aux formes contemporaines de la dĂ©sobĂ©issance civile. Ils affirment que les nouvelles techniques de management poussent certains employĂ©s dans des mĂ©canismes de rĂ©sistance et de contournement qui confinent Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile.
RĂ©sistance au gouvernement civil et autres textes (Le Mot et le Reste, 2011) regroupe quelques essais de Thoreau rĂ©unis et introduits par Michel Granger. Ce dernier y prĂ©sente l’écrivain amĂ©ricain comme un rĂ©sistant provocateur plutĂŽt qu’un dĂ©sobĂ©isseur.
A bas la Guerre! A bas le gouvernement! (Ed. de l’Epervier, 2011) recense certains documents – correspondance, tracts, Ă©ditoriaux – de la ligue spartakiste autour du procĂšs Liebknecht. Ce socialiste allemand pacifiste refuse de prendre les armes lors de la PremiĂšre Guerre mondiale et organise avec Rosa Luxembourg des manifestations pour la paix.
L’ImpĂ©ratif de dĂ©sobĂ©issance (Ed. Le Passager clandestin, 2011) de Jean-Marie Muller est Ă  la fois un essai, un pensum et un manuel de dĂ©sobĂ©issance civile. Le philosophe qui est aussi un activiste, fondateur du Mouvement pour une alternative non-violente, y dispense une rĂ©flexion originale et des conseils prĂ©cieux.
La DĂ©sobĂ©issance Ă©thique (Stock, 2010) d’Elisabeth Weissman pointe l’émergence de la dĂ©sobĂ©issance dans les services dĂ©pendant de la fonction publique en France. L’ouvrage est aussi un manifeste critiquĂ© tant par les syndicats que les milieux patronaux.
Enfin, le site www.desobeir.net qui abrite le Manifeste des dĂ©sobĂ©issants propose un fil d’actualitĂ© liĂ© Ă  la dĂ©sobĂ©issance, des conseils pratiques et un agenda. Il est Ă©galement possible de s’inscrire Ă  des sĂ©minaires de formation Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile. GHZ

GHZ
Le Courrier 25 août 2011

- A propos d'Henry D. Thoreau

A propos de l’ouvrage d’Henry D. Thoreau, RĂ©sistance au gouvernement civil et autres textes, Ă©ditions Le mot et le reste, Marseille, fĂ©vrier 2011, 84 p., 9 €.

Thoreau est une grande rĂ©fĂ©rence en matiĂšre de grĂšve de l’impĂŽt, lui qui la pratiqua en signe de protestation contre l’esclavage au dĂ©but des annĂ©es 1850. L’introducteur des deux textes prĂ©sentĂ©s, Michel Granger – professeur de littĂ©rature amĂ©ricaine (Lyon II) – prĂ©cise que Thoreau n’avait rien d’un rĂ©volutionnaire. Tout juste jouait-il le rĂŽle d’un redresseur de torts en vue de corriger le gouvernement, considĂ©rant user ainsi de son droit civique (Ă  moins qu’il n’ait couvert son refus du fisc sous des apparences gĂ©néreuses). Il fit Ă©cole en matiĂšre de protestation illĂ©gale destinĂ©e Ă  forcer la main du lĂ©gislateur, mais sans jamais rejeter le systĂšme Ă©tabli, tout au contraire : curieux mĂ©lange de violation de la lĂ©galitĂ© et de loyautĂ© constitutionnelle, caractĂ©ristique des Etats-Unis. On pense aux activistes des « droits civiques », ou Ă  ceux que montre Michael Moore dans Bowling for Colombine, « intervenant » pour faire interdire les ventes d’armes dans les supermarchĂ©s, tout heureux de conclure par une poignĂ©e de mains en Ă©change de promesses. Il s’agit de faire pression pour obtenir le respect des principes de l’ordre tel qu’on l’interprĂšte, Ă©ventuellement associĂ© Ă  d’autres s’ils partagent la mĂȘme opinion. Il est difficile d’y voir d’emblĂ©e l’annonce du nĂ©o-zapatisme, et pourtant la distance n’est pas infinie entre deux formes de rĂ©bellion visant Ă  obtenir des amĂ©nagements sans pour autant dĂ©sirer le pouvoir.

Catholica

Bernard Dumont
Catholica juillet 2011

- Thoreau naturel résistant

Le numĂ©ro d’étĂ© de Philosophie magazine consacre un dossier spĂ©cial Ă  l’écrivain et philosophe amĂ©ricain Henry David Thoreau, avec des articles de Michel Granger (qui a rĂ©digĂ© l’appareil critique de nos Ă©ditions de Thoreau), Jim Harrison, JosĂ© Bové  et la reproduction d’extraits de notre Ă©dition de RĂ©sistance au gouvernement civil.

Introduction du dossier
Il est l’un des grands prĂ©curseurs de l’écologie, un critique fĂ©roce de la civilisation capitaliste et le pionnier de la dĂ©sobĂ©issance civile : imagine-t-on penseur plus actuel ? Pourtant Thoreau, philosophe amĂ©ricain du 19e s., demeure relativement mĂ©connu. Pour y remĂ©dier, il faut se plonger dans son existence et son oeuvre, indĂ©mĂȘlables comme le montre Michel Onfray : Thoreau considĂšre la philosophie comme un art de vivre, et la vie comme une expĂ©rience philosophique. Marcheur infatigable, il explore les forĂȘts et construit une cabane prĂšs d’un lac : ce retour Ă©merveillĂ© Ă  la nature est le support d’une quĂȘte de soi permanente. Son credo : se concentrer sur l’essentiel contre les aliĂ©nations de la sociĂ©tĂ© marchande, comme le soulignent Michel Granger et l’écrivain Jim Harrison, dans un entretien exclusif. Mais Thoreau est aussi cet insoumis qui refuse de payer l’impĂŽt et prĂŽne la rĂ©sistance contre les abus de l’Etat. Cette Ă©thique et cette politique de l’indignation constituent le second versant de sa modernitĂ©, ici prĂ©sentĂ© par Sandra Laugier et louĂ© par JosĂ© BovĂ©. Ainsi, que ce soient les randonnĂ©es estivales ou les manifestations automnales, Thoreau s’affirme comme un prĂ©cieux compagnon de route et de pensĂ©e


collectif (dossier)
Philosophie Magazine Juillet/Août 2011

- Résistants d'hier et d'aujourd'hui

Qui aurait imaginĂ© que l’opuscule de StĂ©phane Hessel deviendrait un best-seller ? L’incroyable succĂšs d’Indignez-vous !, qui a dĂ©passĂ© en quelques mois les deux millions d’exemplaires vendus en France, a surpris jusqu’à son Ă©diteur montpelliĂ©rain, IndigĂšne. Ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© de la personnalitĂ© de son auteur, diplomate nonagĂ©naire, rescapĂ© des camps, ce livre est l’arbre qui cache la forĂȘt.

Sur les tables des librairies, une multitude d’essais et de revues invitent Ă  une rĂ©sistance en actes – au-delĂ  d’une indignation perçue dans la tradition de Zola et de Sartre comme le motif premier –, de la dĂ©sobĂ©issance civile Ă  l’art de rĂ©sister, de l’insurrection pacifique au combat des juges contre le pouvoir. Plusieurs de ces publications interrogent le prĂ©sent au regard du passĂ©, tissant des liens troublants entre les rĂ©sistants d’hier et ceux d’aujourd’hui, pour mieux sonner l’état d’alerte.

(
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Face Ă  des lois injustes, il est un concept en vogue dont on prĂȘte la paternitĂ© Ă  Henry David Thoreau : la dĂ©sobĂ©issance civile. Un recueil rassemblant « RĂ©sistance au gouvernement civil », ainsi que d’autres textes moins connus, vient de paraĂźtre. On y (re)dĂ©couvre le poĂšte retirĂ© dans les forĂȘts du Massachusetts, qui avait refusĂ© de payer ses arriĂ©rĂ©s d’impĂŽts pour protester contre la guerre au Mexique. Loin des mouvements de masse qui ont agitĂ© l’Inde ou de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, Thoreau avait choisi l’action individuelle : « En fait, je dĂ©clare tranquillement la guerre Ă  l’Etat Ă  ma maniĂšre, bien que je continue Ă  avoir recours autant que possible Ă  tous les avantages qu’il offre. »

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Consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’article : REGARDS

Marion Rousset
Regards 23 mai 2011

- Résistance au gouvernement civil et autres textes

RĂ©sistance et non dĂ©sobĂ©issance. Quelle diffĂ©rence ? C’est d’abord la traduction littĂ©ralement exacte de l’essai qui a rendu Thoreau cĂ©lĂšbre. Le glissement de la rĂ©sistance vers la dĂ©sobĂ©issance est trĂšs fin. Aussi subtil que la notion de frontiĂšre qui Ă©maille les Ă©crits immenses de l’AmĂ©ricain, le dĂ©licat respect l’emporte sur les rĂ©cupĂ©rations obtuses, sources des foudres de la censure et de malentendus variĂ©s. Si dĂ©sobĂ©ir revient Ă  manquer de civilitĂ©, alors Thoreau n’est pas un dĂ©sobĂ©issant, encore moins un incitateur Ă  la violence gratuite.
La rĂ©sistance obĂ©it Ă  une Cause SupĂ©rieure. La rĂ©sistance met en Ɠuvre une participation Ă  une Cause (l’abolition de la peine de mort, l’abolition de l’esclavage, le refus de collaborer avec des gouvernants dĂ©voyĂ©s
) par la mise en Ɠuvre de moyens trĂšs concrets : oui, la violence des mots doit « susciter une insurrection des consciences contre l’injustice » selon la formule prĂ©cise de M. Granger.

Ces textes courts, pertinemment choisis, de Thoreau ressemblent Ă  des sources et Ă  des ruisseaux. Rien Ă  voir avec le grand fleuve lĂ©ninien. Le Russe emporte, l’AmĂ©ricain campe. Tels les chats. Contrairement au lieu commun, ils ne dĂ©sobĂ©issent pas, ils guettent, campent et rĂ©sistent sans peur aux serpents du ContrĂŽle. Silencieux, ils examinent les anneaux, s’en jouent, griffent et les abandonnent Ă  la fatalitĂ©.
Ils ne constituent pas un brĂ©viaire. Encore moins des lois rĂ©vĂ©lĂ©es. Ce sont des pistes et des sentiers. Grandeur de la marche. Solitaire Thoreau ? Nul plus que lui ne fut attentif aux faits de son temps. Nul plus que lui ne fut convaincu que la dĂ©mocratie doit ĂȘtre une dĂ©mopĂ©die (chĂšre Ă  Proudhon). Instruire et Ă©duquer, s’instruire et se former, relĂšvent du politiquement concret. Instituteur, confĂ©rencier, tailleur de crayons, gĂ©omĂštre, botaniste, Thoreau a rĂ©sistĂ© Ă  toutes les dĂ©terminations asservissantes. La seule obĂ©issance Ă  la loi qu’il s’était prescrite fut son travail d’écriture quotidienne. TrĂšs concrĂšte. Toujours politique. Sans cesse dans le monde. Loin des mondanitĂ©s. PrĂšs de nous.
Thoreau arpente les abords des riviĂšres. Il sait bien qu’elles gonflent jusqu’à la mer. LĂ  est le rivage, lĂ  est la poĂ©sie. Le plus audacieux navigateur aspire toujours au retour. Oui, il faut s’engager pour mieux trouver le port.

« Celui qui ne résiste pas du tout ne se rendra jamais ».

La Cause littéraire

Didier Bazy
La Cause littéraire 2 avril 2011

- De la vie dans les bois à la désobéissance civile

De la vie dans les bois à la désobéissance civile
Autour de Henry David Thoreau, Ă©crivain amĂ©ricain (1817-1862), considĂ©rĂ© comme l’un des pĂšres de l’écologie.
Avec Thierry Gillyboeuf, traducteur de “De la DĂ©sobeissance civile” (Ed.Mille et une nuits) et de nombreux autres textes de Henry David Thoreau, Christian Doumet, professeur de littĂ©rature française et d’esthĂ©tique musicale Ă  l’UniversitĂ© Paris-VIII, auteur de “Trois huttes” (Thoreau, Patinir, BashĂŽ), et Michel Granger, professeur de littĂ©rature amĂ©ricaine Ă  l’UniversitĂ© de Lyon II, spĂ©cialiste de “nature writing” (Thoreau, Henry Adams, John Muir, Rick Bass), auteur de nombreux livres et articles autour de Thoreau.

Une Ă©mission d’une heure avec David Collin et Philippe Zibung.

Pour Ă©couter l’émission, rendez-vous sur son site :
Babylone

Philippe Zibung et David Collin
Radio Suisse Romande / émission Babylone 21 mars 2011

- Lectures buissonniĂšre

Henry D. Thoreau s’invite le jour de l’ouverture du salon du livre porte de Versailles (à Paris).
AprÚs le Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, voici le : NON, lettres rouges sur fond violet.
Toute la gomme est dans le surtitre : RESISTANCE AU GOUVERNEMENTCIVIL ET AUTRESTEXTES.
Texte Ă©crit en 1849 et publiĂ© aujourd’hui par les Ă©ditions Le mot et le reste.
J’ai dit – retour sur d’autres blogs – de vilaines choses sur Thoreau (en particulier son cĂŽtĂ© ermite, Ă©colo, « brouteur d’herbes », etc). Mais j’ai une grande tendresse pour ce type qui osait ĂȘtre critique, rebelle, le tout avec une belle arrogance + une belle innocence. Presque un appel Ă  l’insurrection

Thoreau a Ă©crit cela il y a bien longtemps. C’est Ă©patant Ă  le lire maintenant. A mĂ©diter


Extraits :

« Comment un homme de nos jours doit-il se comporter Ă  l’égard du gouvernement amĂ©ricain ? Je rĂ©ponds qu’il ne peut pas s’y associer sans se dĂ©shonorer. Je ne peux pas un seul instant reconnaĂźtre comme mon gouvernement une organisation politique qui est aussi le gouvernement de l’esclave. »

« Parmi les mesures Ă  adopter, je suggĂšre d’attaquer la presse avec autant de sĂ©rieux et de vigueur qu’on l’a fait et, avec succĂšs, Ă  l’endroit de l’Eglise. L’Eglise s’est bien amĂ©liorĂ©e durant ces derniĂšres annĂ©es, mais la presse, sans exception, est au bord de la corruption. Je crois que dans ce pays, cette institution exerce une influence plus grande et plus pernicieuse que n’en eut jamais l’Eglise dans les pires moments de son histoire. »

Quand il nous raconte cela H. D. Thoreau, la Fox et autres mĂ©dias Ă  la solde des bandits & cie n’existaient pas encore. Que dirait notre bon vieux philosophe lĂ , maintenant ?

Encore un petit extrait (page 71) :

« Le seul gouvernement que je reconnaisse – peu importe le petit nombre de ses dirigeants, la taille rĂ©duite de son armĂ©e – est le pouvoir qui fait rĂ©gner la justice dans le pays, jamais celui qui Ă©tablit l’injustice. Que penser d’un gouvernement qui a pour ennemis tous les hommes braves et justes du pays qui s’interposent entre lui et ceux qu’il opprime ? Un gouvernement qui se targue d’ĂȘtre chrĂ©tien et qui chaque jour crucifie un million de Christ ? »

Je l’embrasse sur les deux joues ce bon vieux rĂȘveur d’un monde meilleur !

A tous (sauf les bandits & cie) : mon salut !

Télérama

Martine Laval
Télérama / blog de Martine Laval 17 mars 2011