Requiem sur roues
Le traducteur, la Saab et la SuĂšde
Je roule dans un requiem sur roues, un tombeau poĂ©tique Ă©crit Ă la mĂ©moire dâun pays, la SuĂšde, qui avait pourtant inventĂ© et incarnĂ© Ă mes yeux un modĂšle et une certaine idĂ©e du progrĂšs.
Au printemps 2024, Alain Gnaedig a entrepris un voyage en SuĂšde pour acheter une voiture trĂšs particuliĂšre â une Saab 900 de 1993 â, avec lâintention de la ramener en France. Il a surtout effectuĂ© un voyage particulier dans lâhistoire et lâĂąme suĂ©doises, Ă la poursuite dâun rĂȘve. Partant du microcosme, HöganĂ€s, une petite ville du sud de la SuĂšde, il a Ă©largi le champ de vision vers le macrocosme, la SuĂšde industrielle, lâEurope, le monde globalisĂ©, Ă bord dâun vĂ©hicule emblĂ©matique qui lui a servi de fil rouge dans cette histoire. Ăvidemment, lâexpĂ©rience est rĂ©vĂ©latrice Ă diffĂ©rents niveaux, au fil du voyage et des rencontres, des hasards, des coĂŻncidences et des retours du rĂ©el.
Revue de presse
Requiem sur roues, Alain Gnaedig Marc Malcor Etvdes septembre 2025
Dans le rĂ©troviseur de la Saab 900, lâauteur Alain Gnaedig prĂ©sente son dernier romain Ă Indre Ouest France 29 juin 2025
Requiem sur roues â Alain Gnaedig Patrice Et si on bouquinait 18 juin 2025
Requiem sur roues Alain Gnaedig Marc Verlynde La viduité 8 juillet 2025
Il raconte son odyssée suédoise en Saab Stéphane Pajot Presse Océan 9 juin 2025
_ Une Saab 900 pour remonter le fil du temps Ewen Berton actualitté 5 mai 2025
âCarnet de voyage, recueil dâanecdotes et de rĂ©flexions personnelles, Requiem sur roues interroge le prĂ©sent en le confrontant Ă lâimage, sans doute un peu idĂ©alisĂ©e, que sâest bĂąti lâauteur, dâun pays quâil connait depuis quarante ans maintenant. On y retrouve pĂȘle-mĂȘle des rĂ©flexions sur la dĂ©sindustrialisation de la SuĂšde â via ses chantiers navals, la faillite de Saab â mais Ă©galement le lent glissement du modĂšle suĂ©dois de social-dĂ©mocratie vers une sociĂ©tĂ© plus orientĂ©e Ă droite politiquement ou encore celui de la place de lâautomobile dans la sociĂ©tĂ© et lâimpact de celle-ci sur lâamĂ©nagement urbain.â
âUne main tenant la plume et lâautre le volant, lâauteur et traducteur spĂ©cialiste des langues scandinaves Alain Gnaedig nous transporte Ă bord de sa Saab 900 Ă travers les paysages et lâhistoire de la SuĂšde. Son attachement pour la culture nordique se double dâun amour vrai pour son vĂ©hicule, symbole du « modĂšle suĂ©dois », alliant style et rigueur. Les petites observations automobiles qui raviront les amateurs prennent un tour poĂ©tique et philosophique Ă mesure que lâauteur relie dans un mĂȘme geste lâĂ©vocation de paysages rappelant les vers de Tomas Tranströmer Ă la rĂ©flexion critique du monde moderne portĂ©e par Mathew B. Crawford. En effet, ce laboratoire de la modernitĂ© quâest la SuĂšde est hantĂ© par les fantĂŽmes dâune dĂ©sindustrialisation traumatisante. Dans la lignĂ©e des Ă©crivains voyageurs dâaujourdâhui, Gnaedig est dâabord sensible aux marges. Il ne sâagit pas de partir loin pour satisfaire ses dĂ©sirs dâailleurs. De sa prose amusĂ©e et ne reculant jamais devant un bon mot, lâauteur comprend que lâĂ©tonnement se trouve dans les zones liminaires de notre monde contemporain, dans ces zones industrielles et aires dâautoroute oĂč le temps sâest arrĂȘtĂ©. Lâexistence y est encore dĂ©licieusement analogique. On dĂ©couvre alors quâil existe un plaisir de la conduite, comme du texte. Roland Barthes parlait de la « dĂ©rive » crĂ©atrice du lecteur qui, suivant les chemins du texte quâil aime dans « un acte lĂ©ger, complexe, tĂ©nu, presque Ă©tourdi », a les meilleures pensĂ©es, les plus belles idĂ©es. Ainsi va le saabiste. PortĂ© par le ronflement des seize soupapes de son moteur Ă injection, il divague sur lâasphalte parfaitement lisse des routes de la Scanie ainsi que parmi ses souvenirs nostalgiques dâune SuĂšde rĂȘvĂ©e.â
âQue se passe-t-il lorsque lâon achĂšte une Saab 900 et que lâon roule autour dâHöganĂ€s, en SuĂšde ? Câest ce que lâon dĂ©couvre, en lisant Requiem sur roues, le nouveau roman dâAlain Gnaedig, prĂ©sentĂ© mercredi 25 juin, Ă la Librairie du quai, Ă Indre (Loire-Atlantique).â
âTraducteur du suĂ©dois (mais Ă©galement du danois, du norvĂ©gien et de lâanglais), comptant Ă son actif plus de 150 ouvrages traduits, Alain Gnaedig est lui-mĂȘme Ă©crivain. Dans Requiem sur roues, il nous emmĂšne dans un pays quâil aime tout particuliĂšrement, la SuĂšde : lâachat dâune voiture, une Saab 900, est prĂ©texte Ă une escapade nous conduisant sur les lieux qui furent naguĂšre ceux oĂč fut produite cette marque emblĂ©matique aujourdâhui disparue, mais plus largement nous offre une rĂ©flexion sur lâĂ©volution de notre continent. Alain Gnaedig est un passionnĂ© de la marque SAAB, dont il a dĂ©jĂ possĂ©dĂ© 7 exemplaires diffĂ©rents. PremiĂšres voitures Ă avoir Ă©tĂ© conçues et testĂ©es en soufflerie (SAAB ayant dâabord Ă©tĂ© constructeur aĂ©ronautique), elles ont fait la fiertĂ© de lâindustrie automobile suĂ©doise. Commençant son pĂ©riple dans le Nord-Ouest de la Scanie (le nom de la rĂ©gion rappellera quelque chose aux amoureux de lâinspecteur Wallander !), Ă HöganĂ€s, lâauteur nous montre les transformations qui ont Ă©tĂ© Ă lâoeuvre en SuĂšde, quâil sâagisse de la fermeture de chantiers navals, de la fin des travailleurs de la mer, dâune usine de production de cĂ©ramique fermĂ©e et dĂ©localisĂ©e en ThaĂŻlande⊠et bien sĂ»r de la fin des anciennes usines Saab, dont les immenses parkings sont dĂ©sormais vides ou nâaccueillent plus que des touristes souhaitant se remĂ©morer la marque sur lâun des sites. Cette certaine idĂ©e du progrĂšs, câest celle de la sociale-dĂ©mocratie suĂ©doise, ce « vent qui sentait bon, (âŠ) qui soufflait dans le sens du progrĂšs, et qui me portait », dit dâailleurs dâelle Alain Gnaedig, lorsquâil pose la premiĂšre fois le pied dans ce pays. Un concept Ă part, combinant un marchĂ© du travail rĂ©gulĂ© par les accords entre partenaires sociaux, des services publics trĂšs consĂ©quents et un haut niveau de protection sociale, mais qui fut dĂ©pecĂ© Ă partir des annĂ©es 90. Requiem sur roues est un livre court, dâun peu plus de 150 pages constituĂ©es de courts chapitres, et se lit relativement vite. Il nâen laisse pas moins une rĂ©elle trace dans lâesprit du lecteur ; il nous montre une SuĂšde frappĂ©e par la concurrence mondialisĂ©e, qui a dĂ» se sĂ©parer de certains joyaux de son industrie (Saab automobile fut rachetĂ© par General Motors avant dâĂȘtre mis en cessation dâactivitĂ© dans les annĂ©es 2010) ; au-delĂ de la SuĂšde, le livre interroge le lecteur sur la place de lâindustrie dans nos sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes, le dĂ©clin de notre modĂšle et de notre place dans le monde. Ce constat est livrĂ© sans le moindre misĂ©rabilisme, les faits dĂ©roulent sous nos yeux, comme les paysages de SuĂšde que jâimaginais lorsque la Saab 900 parcourait les routes du pays. Une trĂšs belle invitation au voyage qui ne se refuse pas !â
âMĂ©ditation mĂ©lancolique sur le mythe du modĂšle social suĂ©dois, sur celui insoutenable de la bagnole et sur la disparition de lâindustrie, de lâattachement Ă lâobjet manufacturĂ©, Ă lâendroit oĂč il est produit et surtout sur ce que lâensemble rĂ©vĂšle de nos sociĂ©tĂ©s. Avec une plume dĂ©licieusement ironique, moqueuse et attendrie, en traducteur attentif, Alain Gnaedig nous promĂšne dans son aventure, mi burlesque mi spĂ©culative, qui consiste Ă acheter un Saab 900 afin de la ramener en France, Ă explorer ainsi son lien avec la SuĂšde, avec une certaine vision de lâĂtat providence. Requiem sur roue sâavĂšre un joli portrait de nos attachements Ă ce que lâon perd, de nos lubies dans ce qui nous en dĂ©tache. On pourrait commencer par de lâanecdotique : pas si souvent que lâon entend parler, dans un livre de Basse-Indre, de son bassin industriel dont seul la Loire nous sĂ©pare. On Ă©voquera donc ce joli rĂ©cit en quasi voisin, attentif Ă la description des paysages dits sans histoires. MĂȘme si les colorĂ©es maisons de Basse-Indre montrent une gentrification assez ancienne et, parions, pĂ©renne, on sait que ces derniĂšres aciĂ©ries, aux mains dâun groupe indien mondialisĂ©, sans doute ne survivront pas Ă un processus de dĂ©localisation, de quĂȘte du profit et de la rentabilitĂ© dont il est grand temps de se passer. Nous sommes lĂ au centre du sujet de Requiem sur roues : quelle place laisser Ă une industrie en dĂ©shĂ©rence, pourquoi lâabandonner, comment en rĂ©inventer une Ă©cologique, câest-Ă -dire locale et la moins injuste possible. Le sujet, au dĂ©but, laisse un rien sceptique : on nây connaĂźt pas grand-chose, cycliste on pense le plus grand mal des voitures dont il faudra faire lâĂ©conomie, habitant dans une ancienne ville ouvriĂšre, pas encore entiĂšrement gentrifiĂ©e puisque pavillonnaire, on se mĂ©fie toujours un rien de la nostalgie ouvriĂšre. Câest Perec, je crois qui le premier Ă©voqua lâĂ©crivain comme lumpen prolĂ©taire au sens quâil nâest pas maĂźtre de ses moyens de productions. La mĂ©taphore me paraĂźt confortable. Nous sommes des cols blancs, de notre confort, sans doute de plus en plus prĂ©carisĂ©s, nous ignorons tout de la souffrance et lâaliĂ©nation dâun travail rĂ©pĂ©titif, parcellaire et dâune extrĂȘme pĂ©nibilitĂ© physique. Nous nâen savons rien. Ce qui nâempĂȘche pas de questionner la place de lâindustrie sans cĂ©der Ă sa mythification. Alain Gnaedig insiste sur la fiertĂ© de ceux qui produisaient un objet, une Saab. Ătait-ce aussi transparent, Ă©vident ? Pas en France me semble-t-il. Et pourtant, cette phrase, dans les doutes quâelle suscite, dit quelque chose de notre moment : « si lâon tourne le dos Ă lâindustrie et au labeur, reste le loisir. » Quelle horreur. Un Ă©ternel prĂ©sent, le tourisme⊠On serait tentĂ© dâajouter les scies de la nostalgie, lâĂ©cueil du câĂ©tait mieux avant dans lequel Requiem sur roues semble parfois bien proche de sombrer. (Qui parle encore de Loire-InfĂ©rieure?) Avant, fort heureusement, lâhumour : « Soudain, je me suis fait lâeffet du vieux schnock pitoyable qui sâaccroche au volant de sa bagnole, Ă tout prix. Alors que la maison brĂ»le. » Avant, aussi, une forme de dĂ©cence commune qui permet Ă lâauteur, entre pensĂ©e et mĂ©moire, dâĂ©voquer avec une belle justesse le modĂšle suĂ©dois, cette croyance au progrĂšs qui nous fait aujourdâhui dĂ©faut. Le progrĂšs serait-il, par essence, iconoclaste ? Nous rentrerons dans la carriĂšre quand nous aurons cassĂ© la gueule Ă nos aĂźnĂ©s. Faire table rase, pour le moins, dâune encombrante nostalgie. Et câest aussi cela que propose Requiem sur roues. Alain Gnaedig part acheter une Saab, un certain modĂšle, une certaine reprĂ©sentation de la SuĂšde qui assez mal continue pourtant Ă marcher. Il offre, au passage, une belle image de nos sociĂ©tĂ©s centrĂ©es sur la bagnole : « la vision du vide qui alterne avec la vision du nĂ©ant. » Le parking dâun centre-commercial, un monde mondialisĂ©. Une croyance qui jamais nâapparaĂźt quâabolie : « Et dans ces questions de foi, pourrait-on dire que les automobilistes sont une secte qui a rĂ©ussi ? » Sans doute. Lâauteur, en tout cas, parvient Ă nous promener dans ses souvenirs, comment il connaĂźt la SuĂšde par le dictionnaire, par ses traductions. Au passage, on se permet de rappeler que sur cette question, il faut lire les livre de Roy Jacobsen traduits par Alain Gnaedig comme il faut se laisser prendre Ă ce voyage dans un imaginaire finement auscultĂ©.â
â« Requiem sur roues » est un ouvrage Ă©crit au fil dâun pĂ©riple dans le sud de la SuĂšde Ă bord
dâune voiture mythique et disparue, une Saab 900 de 1993. Le Nantais Alain Gnaedig nous embarque avec lui. Traducteur, auteur et conducteur de Saab, Alain Gnaedig est de retour avec un ouvrage Ă©tonnant rĂ©alisĂ© Ă bord de la mythique voiture des SuĂ©dois, un «tombeau poĂ©tique»,
selon ses mots, «à la mĂ©moire dâun pays qui a incarnĂ© un modĂšle et une certaine idĂ©e du
progrÚs».
Pouvez-vous nous présenter ce dernier voyage littéraire?
Alain Gnaedig : « Requiem sur roues, câest le rĂ©cit dâun voyage dans une partie de la Scanie, une rĂ©gion du sud de la SuĂšde, autour de la petite ville de HöganĂ€s. Mon intention, câĂ©tait dâacheter une Saab 900, une des derniĂšres produites en 1993, et de raconter ce que je voyais sur place et dâĂ©largir lâangle de vue, sur lâEurope et le monde globalisĂ©. Il sâagissait de partir
dâune rĂ©alitĂ© vĂ©cue pour effectuer en mĂȘme temps un voyage dans lâhistoire et lâĂąme suĂ©doises. Avec cette voiture emblĂ©matique en guise de fil rouge et de prĂ©texte, il sâagissait de montrer
et dâexpliquer les changements dans ce pays que je connais depuis plus de quarante ans. Et puis, de rĂ©flĂ©chir sur le progrĂšs et la marche du monde, de montrer ses dĂ©routes en suivant la
route.»
Comment est né ce livre ?
« AprĂšs avoir Ă©crit un livre basĂ© sur le GR du Pays nantais â Le Grand Chemin nantais â, jâai eu besoin de me pencher sur une des autres rĂ©gions du monde qui est essentielle pour moi : la Scanie. Jâai eu envie de partager cette expĂ©rience, en racontant des histoires, petites et grandes, en partant du rĂ©el, sans jamais perdre de vue une intention littĂ©raire. »
De quelle façon avez-vous rédigé ce périple ?
« Je lâai rĂ©digĂ© en SuĂšde, au printemps 2024, en consignant beaucoup de notes dans un carnet. Je procĂšde toujours ainsi, avec des notes manuscrites qui constitueront le matĂ©riau premier du texte. Je prends aussi des photos. Une fois rentrĂ© sur les bords de la Loire maritime, jâai travaillĂ© et retravaillĂ© ces notes. Jâai vĂ©rifiĂ© certains faits via des sources Ă©crites diverses : cela va dâarticles de presse Ă des catalogues, en passant par des textes du XVIIIe siĂšcle, comme le rĂ©cit de voyage dans le sud de la SuĂšde effectuĂ© par LinnĂ©, le pĂšre de la botanique moderne. »
DâoĂč vous vient cet amour inconditionnel pour cette Saab 900 de 1993 ?
« Pour les Français, la voiture mythique, câest la 2 CV ou la DS, la 4L, la 504. Pour un SuĂ©dois, il y a de fortes chances que ce soit une Saab 900. Câest une voiture dâingĂ©nieurs pour un pays dâingĂ©nieurs, trĂšs en avance techniquement et au design unique, une voiture sĂ»re, qui protĂšge ses passagers. Câest cet intĂ©rĂȘt pour cette voiture si particuliĂšre qui est un des sujets du livre. MĂȘme si la marque Saab a disparu en 2011, je suis un fan. Jâen ai eu huit et je roule encore en Saab. Pour moi, la Saab 900 reste une des plus belles voitures jamais construites. »
Quâest-ce qui tâattire tant dans lâhistoire et lâĂąme suĂ©doises ?
« Il y a une quarantaine dâannĂ©es, jâai Ă©tĂ© attirĂ© par la SuĂšde pour son modĂšle social, trĂšs en avance en ce qui concernait les droits des femmes et des enfants, sur lâĂ©cologie et le partage des richesses. Il y avait surtout une exigence de justice sociale : dans la sociĂ©tĂ© suĂ©doise et son programme, on ne laissait tomber personne. Cela me semblait bien. Câest pour cela que jâai appris la langue et que je suis allĂ© lĂ -bas. Et puis, câest le pays qui consacre les grands Ă©crivains, nâest-ce pas ? Le Prix Nobel est dĂ©cernĂ© par lâAcadĂ©mie suĂ©doise. »â
Dans un rĂ©cit Ă la fois Ă©rudit et personnel, Alain Gnaedig prend le volant dâune Saab 900 pour retracer, au fil de la route, lâhistoire dâun pays, de son industrie, et de ses utopies sociales. Un carnet de bord singulier oĂč mĂ©canique et mĂ©lancolie se confondent.