Pensées sauvages - poche
Cette anthologie de PensĂ©es sauvages offre une excellente porte dâentrĂ©e pour apprĂ©hender lâĆuvre de Thoreau.
Pierre Thiesset â La DĂ©croissance
traduit de lâanglais (Ătats-Unis) par Nicolas Mallet et Brice Matthieussent
sélection de Michel Granger
Le parti pris de cette sĂ©lection Ă©tablie par Michel Granger a Ă©tĂ© de privilĂ©gier lâoriginalitĂ© et la radicalitĂ© du philosophe transcendantaliste : une critique impitoyable de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine du milieu du XIX^e^ siĂšcle, alliĂ©e Ă des propositions pour un mode de vie plus respectueux de la nature et de la vie de lâesprit. Henry D. Thoreau nâest pas un penseur tiĂšde, il sâefforce de provoquer la rĂ©flexion et dâĂ©branler les certitudes. Des pages choisies pour comprendre la pensĂ©e forte de Thoreau.
Revue de presse
- Thoreau l'insoumis Johann Addict Culture 15 décembre 2017
- Pensées sauvages Tanguy L'Aminot Rousseau Studies décembre 2017
- Pensées sauvages Walter Belis L'Oiseau Magazine Printemps 2017
- Thoreau Pierre Thiesset La Décroissance mars 2017
Trois chercheurs et des explorateurs. Il y a le promeneur qui ne rĂȘve de nul ciel sinon celui qui lâentoure. Et il y a ceux qui rĂȘvent dâenglober le monde et la voĂ»te cĂ©leste. Local contre global, perception contre reprĂ©sentation du monde, culture de soi contre utopies universelles. Une Ă©mission qui pourrait mettre dos Ă dos la philosophie de lâĂ©crivain amĂ©ricain Henry David Thoreau, dont on fĂȘte encore le bicentenaire de la naissance pour quelques jours et lâexposition qui dĂ©roule Ă la citĂ© de lâarchitecture Ă Paris une possible histoire des globes terrestre et cĂ©lestes. Avec Michel Granger pour Marcher et Teintes dâautomne, deux essais signĂ©s H.D Thoreau, qui paraissent aux Ă©ditions le mot et et le reste et avec Jean-Marc Besse et FrĂ©dĂ©rique AĂŻt-Touati pour leur collaboration au catalogue de Globes, architecture et sciences explorent le monde, aux Ă©ditions Norma.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de France Culture
Thoreau câest lâhomme insoumis par nature, magnifique et radical. Si la vie quâil dĂ©fend dans ses Ă©crits est celle quâil a choisie, il nâencourage pas nĂ©cessairement les autres Ă suivre cette voie, car câest sa voie Ă lui, mais il invite chacun Ă trouver son propre chemin, et pour cela lâencourage Ă se plonger dans lâinconnu qui sâoffre Ă lui. Chaque ĂȘtre est aussi face Ă lâinconnu qui sommeille en lui ou hors de lui, et qui ne demande quâĂ ĂȘtre Ă©veillĂ©.
« Je ne connais pas de fait plus encourageant que la capacitĂ© indiscutable de lâhomme Ă Ă©lever sa vie par un effort conscient. »
Se libĂ©rer des chaines de la mĂ©canique du monde qui placent les ĂȘtres en pilotage automatique, Thoreau invite le lecteur Ă ĂȘtre libre, de ses pensĂ©es, de ses mouvements, de la vie que lâon se choisit chaque jour qui passe. Un ĂȘtre radical aux yeux de ceux qui ne savent mĂȘme pas quâils vivent, alors quâau fond il est au plus prĂšs de la vĂ©ritĂ© fondamentale du sens de la vie, tournĂ© vers la nature et le vivant.
Jâavais toujours eu envie de lire Walden ou la vie dans les bois, livre de Thoreau publiĂ© en 1854, et dont est inspirĂ© le film Into The Wild Ă travers la citation directe par son hĂ©ros. Le livre raconte la vie de Thoreau pendant deux ans deux mois et deux jours dans une cabane prĂšs de lâĂ©tang de Walden dans le Massachusetts. Je ne lâai pas encore fait par manque de temps, et ce recueil de textes permet dâentrer dans lâunivers de lâauteur et dâen saisir la globalitĂ© de la pensĂ©e, que lâon sent foisonnante. Je suis toujours un peu sceptique sur cette dĂ©marche tant jâaime dĂ©couvrir lâĆuvre directement dâun auteur, mais Michel Granger qui a rassemblĂ© ici diffĂ©rents textes de diffĂ©rentes sources, nâen est pas Ă son premier ouvrage sur Thoreau, et sa mise en page est cohĂ©rente. Il avait dĂ©jĂ publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Journal (2014), une sĂ©lection en 700 pages du journal quâa tenu Thoreau entre 1837 et 1861 qui reprĂ©sente 7000 pages de notes ou de pensĂ©es consignĂ©es. Au sein du monde des lettres et de lâhistoire des idĂ©es, Thoreau restera pour la postĂ©ritĂ© comme lâinventeur de la « dĂ©sobĂ©issance civile » Ă laquelle il consacrera un essai en 1849, aprĂšs avoir purgĂ© une courte peine de prison par suite de son refus de payer lâimpĂŽt en signe dâopposition Ă lâesclavage et Ă la guerre contre le Mexique. Il inspirera, en outre, lâĂ©cologisme radical et le courant dĂ©croissant, qui lui doivent le concept de « pauvretĂ© volontaire ».
Il y a un siĂšcle et demi, Thoreau, philosophe non conformiste, naturaliste prĂ©curseur de lâĂ©cologie, Ă©crivait dĂ©jĂ ce qui allait devenir tous les thĂšmes urgentistes en ce dĂ©but de siĂšcle malade de son alimentation, de son air, de son industrie, il nâa jamais Ă©tĂ© aussi contemporain, le relire aujourdâhui est une nĂ©cessitĂ© absolue. Et sortir un recueil de ses textes est une belle idĂ©e pour partager cette pensĂ©e inspirante, il a posĂ© sans le savoir ce qui serait la problĂ©matique moderne de notre Ă©poque, et de lâĂ©volution du monde des hommes et du vivant. Une anthologie remarquable dans laquelle chacun peut puiser au grĂ© de ses humeurs, de ses inspirations ou de ses centres dâintĂ©rĂȘt.
« Il nâest jamais trop tard pour renoncer aux prĂ©jugĂ©s. On ne peut se fier sans preuve Ă aucune maniĂšre de penser ni dâagir, aussi ancienne soit-elle. Ce que tous rĂ©pĂštent ou transmettent tacitement comme Ă©tant la vĂ©ritĂ© dâaujourdâhui peut demain se rĂ©vĂ©ler mensonge, simple fumĂ©e de lâopinion, que certains ont prise pour une nuĂ©e capable dâarroser dâune pluie fertilisante leurs champs. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez pas faire, en lâessayant vous dĂ©couvrez que vous le pouvez. Laissons lâancien temps aux anciens, et que les nouveaux venus sâoccupent des temps nouveaux. »
Lire la chronique sur Addict Culture
M. Granger poursuit son entreprise de faire connaĂźtre Thoreau Ă travers des anthologies thĂ©matiques. AprĂšs un volume regroupant des textes de cet auteur sur les animaux, il donne Ă prĂ©sent un recueil des « pensĂ©es sauvages » qui sont sans doute moins Ă©videntes au lecteur habituĂ© Ă voir seulement chez lâermite de Walden un poĂšte de la forĂȘt et de la nature. Ici, prĂ©cise-t-il, « les longues descriptions minutieuses des bois, des riviĂšres, de la faune et de la flore ont Ă©tĂ© omises, au profit dâextraits rĂ©vĂ©lateurs de la richesse de sa rĂ©flexion. Ils ont Ă©tĂ© ordonnĂ©s de maniĂšre Ă offrir au lecteur un parcours dans le cĆur des principales idĂ©es qui structurent sa recherche dâune âvie naturelleËź : lâattirance pour tout ce qui est sauvage ; la critique de la modernitĂ© au temps de la RĂ©volution industrielle ; lâexposĂ© de son art de vivre selon le principe de âpauvretĂ© volontaireËź ». Le choix de M. Granger est donc Ă rebours des valeurs du capitalisme triomphant et de ses chantres du moment et il rejoint en maints endroits la pensĂ©e de R. qui se prĂȘte mal aux contorsions universitaires qui en font un Ă©conomiste avant lâheure et un partisan du libĂ©ralisme Ă la mode. Il a Ă©tĂ© orientĂ© « par le dĂ©sir de prĂ©senter un Thoreau original, radical dans la forme de ses opinions, celui dont la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine du milieu du 19e siĂšcle ne voulait pas entendre les pensĂ©es âsauvagesËź ». Est-il utile de dire que celles-ci sont en rĂ©sonance avec les prĂ©occupations de notre Ă©poque â la rĂ©sistance Ă lâautoritarisme et Ă la tyrannie de lâĂ©conomie, lâimportance de la nature, la prĂ©occupation Ă©cologique, la perspective de la dĂ©croissance » ? Ces thĂšmes sont malheureusement tant malmenĂ©s et vidĂ©s de leur contenu par les mĂ©dias et les philosophes beaux parleurs quâon peut douter de leur sauvagerie. Thoreau le dit fort bien : « Il est vain de rĂȘver dâun monde sauvage Ă©loignĂ© de nous. Car il nây en a pas. Câest le bourbier de notre cerveau et de nos entrailles, la vigueur primitive de la Nature en nous, qui inspire ce rĂȘve ». Ce nâest quâun rĂȘve pour les citadins qui le lisent, un sujet de colloque ou de dĂ©bat mondain. Le sauvage est toujours celui qui ne va pas dans la direction prise par la sociĂ©tĂ©, lâen dehors qui nâa que faire des mots dâordre citoyens, mais qui ose encore tourner le dos et repousser les chaĂźnes qui nous accablent, renoncer Ă internet, Ă la tĂ©lĂ©vision abrutissante, Ă lâactualitĂ© mise au service de la propagande, au formatage qui fait que tout le monde pense pareillement ? OĂč est le sauvage, oĂč est la sauvagerie, la rusticitĂ©, lâimpolitesse et la rugositĂ© de lâen dehors ? Certainement pas parmi les moutons bien dociles et bien reconnaissants que nous croisons dans les rues et les couloirs.
Dans ce sympathique livre, traduit de lâamĂ©ricain par Nicole Mallet et Brice Matthieussent, Michel Granger a effectuĂ© une sĂ©lection dans lâĆuvre de Thoreau. Lâobjectif Ă©tait de prĂ©server lâoriginalitĂ©, mais aussi la radicalitĂ© de sa philosophie, qui est une critique impitoyable de la sociĂ©tĂ© du milieu du 19^e^ siĂšcle amĂ©ricain. Ce qui nous frappe Ă chaque lecture, câest la modernitĂ© de Thoreau. Il fait table rase des certitudes, rompt avec les traditions, Ă©veille les consciences⊠mais toujours dans un esprit positif. Au fil du temps, son approche est devenue de plus en plus systĂ©matique, scientifique. Tout se pense et se construit Ă travers lâamour et le respect de la nature quâil transmet aux lecteurs. Il nâest pas Ă©tonnant que son Ćuvre soit devenue une source dâinspiration constante pour les naturalistes amateurs et les Ă©cologistes, tout autant que ses idĂ©es Ă©conomiques et politiques intĂ©ressent les activistes sociaux et les adeptes de la simplicitĂ© volontaire.
Michel Granger, lâun des plus grands connaisseurs francophones de lâĆuvre de Henry David Thoreau, publie avec le recueil PensĂ©es sauvagesune passionnante sĂ©lection de textes du philosophe transcendantaliste amĂ©ricain. DĂšs lâintroduction, le partisan de la dĂ©croissance comprend pourquoi il se doit de lire Thoreau, ce penseur anti-industriel qui rejette la civilisation mercantile, pourfend la religion du progrĂšs, appelle Ă gagner les bois et Ă vivre la pauvretĂ© volontaire : âIl sâagit dâune pauvretĂ© philosophique qui se nourrit de contemplation, de spiritualitĂ©. Elle requiert de ne pas se laisser distraire par des biens matĂ©riels que lâon achĂšte au prix fort, au moyen dâun travail dâesclave : il ne faut pas gaspiller sa vie pour de la consommation futile, mais la dĂ©penser sans compter pour de prĂ©cieux biens immatĂ©rielsâ, explique Michel Granger. Sâensuivent des rĂ©flexions pĂ©nĂ©trantes sur la nature, la libertĂ©, la rĂ©sistance au gouvernement et Ă la frĂ©nĂ©sie des affaires. Cette anthologie de PensĂ©es sauvages offre une excellente porte dâentrĂ©e pour apprĂ©hender lâĆuvre de Thoreau. Une petite citation pour le plaisir : âĂtre philosophe, ce nâest pas simplement avoir des pensĂ©es subtiles, ni mĂȘme fonder une Ă©cole, mais aimer la sagesse au point de vivre selon ses prĂ©ceptes, une vie de simplicitĂ©, dâindĂ©pendance, de magnanimitĂ© et de confiance. Câest rĂ©soudre quelques-uns des problĂšmes de la vie, non pas de maniĂšre thĂ©orique, mais pratique.â Que tous les nouveaux philosophes mĂ©diatiques en prennent de la graine.