Passages
Cela fait trois heures que lâon parle ainsi
Dans la cuisine
Personne nâallume la lumiĂšre
On ne doit plus pouvoir se voir
On ne peut plus se voir
(Je suis trĂšs mal assis)
Pour meubler son trajet de mĂ©tro quotidien, Pascal Bouaziz sâoffre un jour un recueil de haĂŻkus, Natsume SĂŽseki, Kenshin Sumitaku, Kobayashi Issa, Masaoka Chiki : il nâen reviendra pas. Passages, le livre tĂ©moin de cette pĂ©riode, en porte la trace marquante. InspirĂ© par leur libertĂ©, lâauteur en propose sa version : humour noir, dĂ©bris de souvenir, petite morale dĂ©sespĂ©rĂ©e. Au fil dâune centaine de formes brĂšves, un couple se brise, une histoire prend fin et la lumiĂšre disparaĂźt avant de renaĂźtre timidement au contact dâune nouvelle rencontre et une annĂ©e sâĂ©coule, en trois « passages ». Comment Ă©crire un haĂŻku, un tanka en français aujourdâhui ? Ces vieilles formes ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© bousculĂ©es et rĂ©inventĂ©es au XX^e^ siĂšcle par toute une gĂ©nĂ©ration de poĂštes qui, sâĂ©loignant des codes contraignants, nâont voulu en garder que lâesprit, la vitesse, la force, la fulgurance et câest dans cette lignĂ©e que sâinscrit le recueil incisif de Pascal Bouaziz.
En parallÚle de la sortie de Passages, Pascal Bouaziz a composé son premier disque solo Haïkus.
Entre les deux objets, la résonance est forte et les textes, souvent, se retrouvent et se croisent.
Vous pouvez dĂ©couvrir lâunivers de HaĂŻkus et prĂ©-commander le disque sur le site deIci dâailleursâŠ
Revue de presse
- Passages (en force) pour Pascal Bouaziz Karine Grouhel GonzaĂŻ 15 juin 2016
- Interview de Pascal Bouaziz - "Les gens trop bien assis sont dangereux" Nicolas Clément Focus Vif 7 juin 2016
TĂȘte pensante de Mendelson et Bruit Noir, deux des projets les plus excitants de la scĂšne rock hexagonale, Pascal Bouaziz signe avec Passages son entrĂ©e en poĂ©sie. Une poĂ©sie Ă lâimage des textes de ses chansons : lapidaire, pĂ©remptoire et presque vĂ©nĂ©neuse.
La forme ramassĂ©e, proche du haĂŻku, distille une souffrance nue, celle du deuil amoureux : dâabord un choc, qui plonge dans lâhĂ©bĂ©tude (Gestes amputĂ©s/ Mots blanchis/ Langue coupĂ©e/ TĂȘte pourrie/ Ă nettoyer de lâintĂ©rieur), ensuite lâapathie (Ătre moi/ Moins souvent/ Je passerais bien ma vie/ Ă mi-temps). Pour parer les coups, Bouaziz dĂ©gaine sa misanthropie presque proverbiale: Une fourmi/ Il est simple de savoir Ă quoi elle sert : ça se voit/ Mais toi ?/ AccrochĂ©e Ă ton tĂ©lĂ©phone. Câest dans ce registre ironique et dĂ©licieusement dĂ©sabusĂ© quâil excelle, et quâon jubile. Au zoo avec mon fils/ Je regarde les gens/ Quelle espĂšce.
Petit Ă petit, Ă mesure quâon avance dans le livre, le ton sâĂ©claircit (Maintenant tu sais/ Câest bĂȘte Ă dire/ Mais je suis mieux), Ă la faveur dâune nouvelle rencontre (Je me laisse aller avec toi/ Tu me ferais presque croire/ En lâĂȘtre humain). Tout en retenue, le texte laisse place sur la fin Ă un peu de lyrisme (Excuse-moi/ Je ne tâĂ©coute plus/ Jâenregistre des souvenirs), salutaire au terme dâune traversĂ©e secouĂ©e.
Notons pour terminer que la parution du livre sâaccompagne dâun excellent disque (logiquement) intitulĂ© HaĂŻkus, sur le label Ici dâAilleurs.
Lire la chronique sur le site du magazine de lâuniversitĂ© de LiĂšge
Dans son recueil âPassagesâ paru aux Ăditions du Mot et le reste, Pascal Bouaziz sâinspire de la lecture dâHaĂŻku pour filer des kicks Ă la neurasthĂ©nie. RĂ©sultat de kilomĂštres de mĂ©tro quotidiennement avalĂ©s pour se rendre Ă son vrai boulot, le livre est cette alternative poĂ©tique Ă Candy Crush Saga qui devrait ravir le misanthrope qui sommeille en vous sur la ligne 13.
Comme avec Mendelson ou encore son projet Bruit Noir, Pascal Bouaziz manie le verbe avec simplicitĂ© et incision pour dĂ©ployer ses Ă©tats dâĂąme et Ă©touffer avec force lâallĂ©gresse. Entrer dans un morceau comme dans un livre de Bouaziz, câest retrouver la brutalitĂ© de lâimpuissance et de lâabsurde avec son habituel humour noir et son sarcasme. Extraits :
« Bizarre
Aucun syndicat nâa jamais rĂ©clamĂ©
Le droit Ă lâhibernation »
« Le nombre de fois oĂč tu croyais que je te mĂ©prisais
Alors que je pensais tout simplement
à autre chose »
« Sur la route
Je fais toujours attention aux motards
Ce nâest pas tellement eux que je protĂšge
Je ne pourrai pas supporter un gramme en plus
De culpabilité »
Lire la chronique sur le site de GonzaĂŻ
AprĂšs une Ă©chappĂ©e grinçante et en tandem sous le nom de Bruit Noir, le chanteur lettrĂ© et faussement misanthrope de Mendelson publie un recueil de haĂŻkus doublĂ© dâun premier disque solo. Avant un album de reprises trĂšs personnelles de son groupe aussi culte quâĂ©hontĂ©ment infrĂ©quentĂ© attendu pour la rentrĂ©e. 2016, lâannĂ©e Pascal Bouaziz.
Laissez la prose de Pascal Bouaziz infiltrer un jour les recoins les plus impĂ©nĂ©trables de votre quotidien et vous trouverez lĂ le compagnon de toute une vie. Pas moins. Depuis plus de 20 ans, il est sans doute en effet le secret le mieux gardĂ© de ce que lâon a un peu paresseusement appelĂ©, au mitan des annĂ©es 90 et dans la foulĂ©e des tout premiers disques de Dominique A, la ânouvelle scĂšne françaiseâ. Alors compagnon de label, chez Lithium, du Nantais, mais aussi de Diabologum, Françoiz Breut, JĂ©rĂŽme MiniĂšre ou Bertrand Betsch, Bouaziz pose avec son groupe, Mendelson, les bases dâune musique inconfortable et radicale qui se donne comme horizon des sujets malaimĂ©s, difficiles et dâĂ©vidence fort peu arpentĂ©s dans le paysage rĂ©solument attentiste de la chanson: le poids de lâexistence, la duretĂ© du travail, lâaliĂ©nation, la honte, le dĂ©samour, lâennui, lâĂ©chec, les ratĂ©s, les rĂ©sidus frustes de souvenirs blessĂ©s arrosĂ©s dâhumour noir et dâune implacable luciditĂ©. Comme dans ce petit Himalaya âtudesqueâ, ou presque, qui intervient en 2007: 1983 (Barbara), flambĂ©e de dĂ©sespĂ©rance crĂšve-coeur Ă la fulgurance sans doute jamais Ă©galĂ©e dans lâhistoire rĂ©cente de la chanson française.
Au fond, ce fan transi de Pialat pratique la chanson du rĂ©el comme dâautres le cinĂ©ma du rĂ©el. Avec lui, chaque disque est une nouvelle proposition. Il nây a pas de systĂšme Pascal Bouaziz. âTu me ferais presque croire en lâĂȘtre humainâ, chante-t-il ainsi aujourdâhui dans un splendide Ă©lan de renaissance Ă lui-mĂȘme sur son premier disque solo, HaĂŻkus, objet frĂšre dâun recueil de haĂŻkus, Passages, quâil publie chez Le mot et le reste et qui chronique en jaillissements parfois cruels, toujours vivaces, la fin dâune histoire, puis le dĂ©but de quelque chose.
Autant de bonnes raisons pour aller rendre visite Ă lâanimal dans sa taniĂšre un aprĂšs-midi dâavril. Au pied de son appartement du XXe arrondissement, la sonnette indique sobrement âMonsieur Bouazizâ. âOn va prendre un cafĂ©?â Certes. Puis la conversation, passionnĂ©e, se prolonge au parc. Morceaux choisis.
Chaque jour, tu prends le mĂ©tro pour aller travailler. Et câest lĂ quâun matin, tu te piques de curiositĂ© pour la forme poĂ©tique du haĂŻkuâŠ
Oui, sur le cinquiĂšme album de Mendelson, en 2013, il y avait cette chanson-fleuve qui sâintitule Les Heures et que jâai mis plusieurs annĂ©es Ă Ă©crire. Avec ces 54 minutes de texte ininterrompu, jâai vraiment eu le sentiment dâaller au bout de quelque chose en termes dâĂ©criture. A la sortie du disque, jâai ressenti une espĂšce de vide et jâai pensĂ©: âQuâest-ce que je vais faire Ă prĂ©sent?â Ecrire un autre texte de 58 minutes, ça nâavait aucun sens. Alors, par esprit de contradiction et dans lâidĂ©e de me trouver une nouvelle rampe de lancement, je me suis dit quâil fallait que jâaille vers le plus court possible. Le dĂ©clic est venu dâun bouquin du Japonais Natsume SĂŽseki oĂč le rĂ©cit de sa propre convalescence est traversĂ© de surgissements poĂ©tiques trĂšs soudains. Il raconte par exemple quâil sâest levĂ©, quâil a eu une nuit atroce et puis, pouf, il se fend dâun poĂšme comme tombĂ© du ciel, avec tous les effets de fulgurance, de saisissement et de beautĂ© que cela suppose. Câest lĂ que je voulais aller. Je ne vis pas de ma musique. Je prends le mĂ©tro deux heures par jour pour le boulot, une heure le matin et une autre le soir, avec mon petit carnet: la contrainte de vie trouvait lĂ une contrainte formelle dâĂ©criture idoine. LâidĂ©e du haĂŻku, au dĂ©part, câest une saison, un Ă©tat dâesprit et une sorte de retournement, de petite surprise. Je voulais raconter tout autant quâen 54 minutes, mais en trois lignes. Ou, pour la version chanson, en 1 minute 30.
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DĂ©couvrez lâintĂ©gralitĂ© de lâinterview sur le site de Focus Vif