Oboles ordinaires
« Le monde ne nous attendait pas.
De lâĂ©tang taciturne, nous recueillons dans la main une goutte
il nâen sent presque rien.
De lâarbre nous dĂ©tachons une brindille
il nâen sait presque rien.
Mais nous en voici plus sages, dâune eau plus claire, de meilleur bois.
Câest lâobole du matin.
Nous météorites incongrus lancés par la paume arbitraire
Au cĆur du monde inconnu poussĂ© par le caprice et le malin
Nous nâobtenons le droit dâagir que de seconde main,
Mais cet octroi de lâaube
Consenti presque Ă son insu
Est notre bien
Le monde ne nous attendait pas
Ni ce millier dâondes qui le dissout Ă lâaube comme on feuillette un livre
Du choc de nous trouver,
Attentifs à le goûter
Il sâoffre.
Câest en retour notre unique cadeau
Que cette façon de lâapprendre Ă lui-mĂȘme,
Le prendre Ă son jeu,
Qui nâen est pas un.
***
Obole
de chaque jour
consentie dans la faussetĂ© de lâaube
lâange au grand front
glisse une piĂšce au creux des mains
mais fondue dans du mercure
et le sou glisse de ma paume
vif argent sur la page du jour
brindille de feu, sur la plage lâazur
laissant des flaques étoilées
de filigranes bizarres »
Xavier Galmiche nous livre un regard oĂč un presque rien devient lâessence du monde et le quotidien une obole ordinaire au jour qui commence.