Marcher sur la diagonale du vide
Un voyage plein de poésie sur les routes de la désertification.
Câest en rĂȘvant devant la carte de France que lâidĂ©e est venue Ă Jean-Luc Muscat : commencer une randonnĂ©e au long cours, de VĂ©zelay Ă Figeac. Une traversĂ©e pĂ©destre de ce que les dĂ©mographes appellent Diagonale du vide. Ce cheminement de 660 km sâentortille de maniĂšre alĂ©atoire, entre les chemins balisĂ©s, ou non, les routes hostiles aux piĂ©tons ou celles destinĂ©es aux pĂšlerins. En suivant cet itinĂ©raire de la solitude, notre observateur traverse des zones Ă trĂšs basse densitĂ© de population ; peu de commerces, peu de services de proximitĂ©, câest Ă la fois tranquille et austĂšre, poĂ©tique et triste, ordinaire et beau. Au plaisir de la marche, se mĂȘle la dĂ©couverte dâune rĂ©alitĂ© que le randonneur ne peut ignorer et câest avec beaucoup de sensibilitĂ© quâil dĂ©peint son expĂ©rience Ă la fois sensorielle et sociale.
Revue de presse
- Marcher sur la diagonale du vide Cathy Garcia La Cause littéraire juin 2020
- Marcher sur la diagonale du vide Chinouk Les Passions de Chinouk 26 juillet 2020
Les coups de cĆur d'Erik Poulet-Reney Erik Poulet-Reney Triage FM // Couleur Papier 16 septembre 2020
« Marcher sur la Diagonale du vide » est le livre à glisser dans votre sac à dos pour un périple au grand air. De Vézélay à Figeac, Jean-Luc Muscat collecte les fragments, pas aprÚs pas. Nourricier, empreint de la nature, brassées salvatrices et généreuses, la marche assigne une renaissance en devenir. Révélation, carte postale qui prend vie subrepticement.
Illustration parfaite de ce que les gĂ©ographes ont nommĂ© « Diagonale du vide » et que le politiquement correct sâest empressĂ© de rebaptiser « Diagonale des faibles densitĂ©s ». Illustration aussi de lâignorance voire du mĂ©pris des Ă©lites parisiennes dorlotĂ©es dans le confort rĂ©publicain Ă la française. »
DĂ©ambuler carte en main, empreinte sociologique, certifiĂ©e. Retenir les frontons, les passages glorieux. Ressentir et prendre Ă pleines brassĂ©es lâoffrande symbolique de lâeffort parchemin. Le temps Ă©tire son pictural frĂ©missement. Lâhorizon altier, alliance avec la solitude.
« Sur un pilier de voĂ»te, une mĂ©lusine Ă deux queues incarne attrait de la chair et fĂ©conditĂ©, interpelle le visiteur et remplit son bagage au mĂȘme titre que lâeau et du pain. »
« Marcher sur la Diagonale du vide » fil Ă©sotĂ©rique qui Ă©tale son arborescence dans le plein du midi, mouvements, habitants, 660 kms dâĂ©preuves et de cueillettes paraboliques.
« Il est des moments oĂč il faut sâactiver, faire circuler lâĂ©nergie pour trouver lâaccord, se mettre au diapason de soi. »
A chaque jour, son rituel. Le pĂ©riple chante sur les toits, la verdoyance en contre-bas, sueur perlĂ©e, lâeffort Ă©change le droit de passage.
« La rĂ©gion est par endroits telle que lâa aimĂ©e Georges Sand. Câest une palette pastelliste. »
Lâhomme est socle. Pas aprĂšs pas, lâidiosyncrasie est une toile de maĂźtre. La Diagonale est salutaire, reconnaissante envers les siens. Le dĂ©sert rural nâest plus. Car, câest ici, que resurgit le macrocosme. Il suffit dâĂȘtre respectueux, attentif aux bruissements, signatures qui confirment la venue du marcheur de lumiĂšre. Et tout change alors.
« De sombres allĂ©es humides mâont emmenĂ© dans un ailleurs digne de Murakami oĂč lâon dĂ©bouche, aprĂšs de longues heures de marche, sur lâenvers du monde. »
Le monde trĂ©pidant, lâĂ©phĂ©mĂšre et le futile, mauvaises herbes de lâautre cĂŽtĂ© du chemin, « Marcher sur la Diagonale du vide » hĂ©doniste et humble est une cascade qui ne se donne pas au premier regard. La gĂ©ographie est une poĂ©sie. Les hĂŽtes, des rĂ©fugiĂ©s contrant lâurbanisme Ă outrance. Et comme ils ont raison ! Jean-Luc Muscat est un observateur. Les entrelacs dĂ©voilent les mystĂšres pour ce marcheur en fiançailles avec les aurores. La randonnĂ©e nâest plus. Jean-Luc Muscat est lâarbre et le caillou. Le randonneur migrant sur une diagonale qui nâa de crainte que lâhostilitĂ©. VĂ©zĂ©lay Ă Figeac⊠Le soleil en diapason, guide spirituel. LâHistoire du monde sur la carte de France. Ce rĂ©cit est une cartographie bienfaisante. AprĂšs le point final, un dĂ©sir celui de marcher dans les empreintes de Jean-Luc Muscat.
AprĂšs avoir Ă©crit Voyage du cĂŽtĂ© de chez moi, sorti chez le mĂȘme Ă©diteur en fĂ©vrier 2019, Jean-Luc Muscat rĂ©cidive avec Marcher sur la diagonale du vide. Dans le premier, lâauteur partait Ă pied de chez lui, dans le second, il part de VĂ©zelay pour revenir Ă pied jusquâĂ chez lui, prĂšs de Figeac dans le Lot. Un trajet qui sâinscrit dans un rectangle que gĂ©ographes et dĂ©mographes appellent « diagonale du vide » et que lâauteur requalifie de diagonale de la dĂ©prise, « pour exprimer le dĂ©clin de la population et des services de proximitĂ©, eu Ă©gard aux habitants de ces rĂ©gions qui ne vivent pas en Ă©tat dâapesanteur ». Un trajet dâenviron 660 km, que lâauteur va parcourir en 25 journĂ©es dâavril.
Il est difficile de transcrire la marche, car lâacte dâĂ©crire se fait Ă lâarrĂȘt, au moment des pauses ; si la marche est inspiration, alors lâĂ©criture en serait lâexpiration, une expiration qui laisse des traces. Ainsi Marcher sur la diagonale du vide, en invitant le lecteur Ă marcher avec lâauteur, le dĂ©place en une succession de tableaux mĂȘlĂ©e dâimpressions, de rĂ©flexions, dâanecdotes.
La mĂ©moire a dĂ©jĂ commencĂ© Ă travailler le matĂ©riau â paysages, rencontres, sensations â captĂ© par les sens lors de la marche, mais Jean-Louis Muscat sait le rendre suffisamment vivant pour que le lecteur se sente marcher lui aussi et quâil ait lâimpression de dĂ©couvrir au mĂȘme moment que lâauteur, ce que le chemin dĂ©roule de beautĂ©, dâobstacles, de surprises agrĂ©ables et de dĂ©convenues et lâacte physique mĂȘme de la marche.
La marche nous fait renouer avec nous-mĂȘmes et avec nos origines : de mĂ©moire dâhomme, nous avons toujours marchĂ©. En ramenant les choses Ă lâessentiel et en prise directe avec le rĂ©el, la marche amĂšne Ă dĂ©velopper une forme de sagesse, pour peu que le marcheur ne soit pas juste intĂ©ressĂ© par la performance. Prendre le temps de voir, de sentir les lieux traversĂ©s, dâĂȘtre rĂ©ellement prĂ©sent avec cette lenteur obligĂ©e, comparativement Ă tout autre mode de transport, peut ouvrir lâesprit tout autant que tous les autres sens. Le marcheur est confrontĂ© physiquement Ă lui-mĂȘme et aux Ă©lĂ©ments : ici souvent la pluie, le vent et mĂȘme le gel, le froid, et lâeffort que la marche demande oblige Ă lĂącher prise sur toute prĂ©occupation autre que celle de lâinstant prĂ©sent.
Jean-Louis Muscat nâest pas un poĂšte, mais il est sensible Ă la poĂ©sie ou au manque de poĂ©sie des lieux. On comprend trĂšs vite que la sensation de dĂ©crĂ©pitude qui pĂšse sur les milieux encore habitĂ©s de cette « diagonale du vide » et la laideur et lâennui des zones pĂ©riphĂ©riques des quelques villes traversĂ©es, lui donne hĂąte de retrouver les champs, les prĂ©s, les bois, les milieux plus sauvages oĂč les rencontres se font plus animales, vĂ©gĂ©tales et oĂč la solitude devient lĂ©gĂšretĂ© et jouissance. Jean-Louis Muscat adore les arbres et il en connaĂźt un bout Ă leur propos, sa formation originelle Ă©tant celle de forestier, aussi la façon dont on les traite le touche trĂšs directement. Et la façon dont on traite un arbre, une forĂȘt, est trĂšs reprĂ©sentative de la façon dont on traite la nature en gĂ©nĂ©ral et lâhumain en particulier qui, mĂȘme sâil lâa oubliĂ©, en fait partie intĂ©grante. Il nây a de sĂ©paration que dans un mythe de modernitĂ© qui ne cesse de prouver ses limites et ses effets dĂ©lĂ©tĂšres.
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En lisant Marcher sur la diagonale du vide, jâai aimĂ© partager cette expĂ©rience de marche de VĂ©zelay Ă Figeac, marcher dans lâĂ©criture dâun autre, non seulement parce que la destination finale est un pays que je connais bien et oĂč je vis depuis bientĂŽt vingt ans, mais parce que marcher et Ă©crire sont deux activitĂ©s qui me sont, Ă moi aussi, essentielles et que câest exactement ce que je voudrais faire : ce genre de livres-lĂ , et cela mâen a donnĂ© une envie encore plus forte. Je peux parfaitement comprendre cette addiction, comprendre combien il peut ĂȘtre malaisĂ© de retourner Ă un mode de vie plus statique, plus encombrĂ©. Le corps aime marcher et lâesprit aime cette dĂ©couverte lente et profonde des choses, des gens et des lieux.
Ce livre qui naĂźt du mouvement, a tissĂ© ensemble la marche et le message que cette marche a infusĂ© dans le marcheur, un message important Ă transmettre : Ă©loge de la lenteur, Ă©loge de la simplicitĂ©, Ă©loge du naturel, Ă©loge du vivant et dâun tissu social vivant, alors que dans ces rĂ©gions traversĂ©es, il sâest tellement dĂ©litĂ© quâil nâest plus que haillons. Des lambeaux se soulĂšvent cependant, sâagitent encore au souffle provoquĂ© par le dĂ©placement du marcheur et dĂ©voilent quelques couleurs, quelques sourires, quelques gestes dâhospitalitĂ©, de gĂ©nĂ©rositĂ©, comme des braises encore vives dâun autre temps, mais aussi exposent leur aigreur, leur colĂšre, la fermeture des ĂȘtres comme rĂ©ponse Ă celles des lieux.
Marcher oui, marcher pour rester humain, câest peut-ĂȘtre la clĂ©, nâen dĂ©plaise Ă la vitesse exponentielle de nos sociĂ©tĂ©s lancĂ©es Ă toute allure vers un dĂ©sert du sens, des sens et au final dâessence⊠Ce qui nous obligera peut-ĂȘtre au final Ă marcher de nouveau, toutes et tous !
âLa chronique intĂ©grale est sur La Cause littĂ©raireâ:
AprĂšs avoir marchĂ© autour de chez lui Jean-Luc Muscat dĂ©cide, pour notre plus grand plaisir, de renouveler lâexpĂ©rience et cette fois-ci de partir pour une randonnĂ©e un peu plus longue. Il dĂ©cide de dĂ©buter sa marche dans la ville de VĂ©zelay et parcourir ce que les gĂ©ographes appellent « la diagonale du vide » pour rentrer chez lui Ă Figeac.
Par des chemins de traverse, qui couperont parfois le célÚbre chemin de Compostelle, il va traverser des villages vides de commerces et de vies. Avec son récit, Jean-Luc Muscat met en exergue la désertification des villages et donc la mort des campagnes avec la fermeture des écoles et des commerces.
Il faudra 25 jours Ă lâauteur pour relier ces deux villes, au rythme de âlâescargotismeâ quâil apprĂ©cie, 25 jours de presque solitude. Trouver un gĂźte et de quoi se ravitailler ne sera pas chose aisĂ©e dans ces villages oĂč il nây a plus rien. Il ne faudra surtout pas louper le coche et se ravitailler quand, oh miracle, on croise un village avec un commerce !
Suivre les pĂ©rĂ©grinations de Jean-Luc Muscat a Ă©tĂ© un pur bonheur, car comme lors de son premier rĂ©cit, jâai retrouvĂ© la langueur et la fraĂźcheur de ses mots. Son Ă©criture est douce et appelle Ă la contemplation. Je regrette seulement que ce petit livre ne fasse que 120 pages, et en mĂȘme temps il se suffit Ă lui-mĂȘme.
Marcher sur la diagonale du vide est un petit récit tout doux et dépaysant que je vous recommande fortement pour cet été.
La chronique complÚte est à découvrir sur Les Passions de Chinouk
Ceux qui ont la passion des randonnĂ©es pĂ©destres, connaissent sans doute le terme de la « Diagonale du vide ». Jean-Luc Muscat lui a donnĂ© le titre de son livre. Il suffit de cheminer sur plusieurs centaines de kilomĂštres selon son inspiration, lĂ oĂč ce que la France dite profonde, rĂ©vĂšle aux marcheurs. Une expĂ©rience solitaire oĂč tous les sens sont exacerbĂ©s selon ce que la nature offre Ă observer ou Ă sentir. Jean-Luc Muscat explore une terre dĂ©sertĂ©e par lâhomme, souvent parti sâexiler en ville en laissant derriĂšre lui des murs dĂ©labrĂ©s, des jardins en friches ou des commerces dĂ©saffectĂ©s. De ce constat nostalgique, Ă©mane du marcheur des vagues de poĂ©sie traduites par le silence et inscrites dans les temps passĂ©s. Un esprit selon les rĂȘveries du promeneur solitaire de Rousseau. De VĂ©zelay Ă Figeac, il a foulĂ© les chemins, les routes, dĂ©rangĂ© les pierres et les herbes folles sous ses semelles de vent, juste le temps de faire UN avec la terre, de lui rendre hommage, lâaccompagner de sa sensibilitĂ©, de son souffle pour le plaisir de respirer ailleurs et pour mettre Ă la lumiĂšre, ce qui, chez certains, ne serait quâindiffĂ©rence. A souligner un style dâĂ©criture dense et raffinĂ© !
Un petit ouvrage Ă glisser dans son sac Ă dos et Ă lire Ă lâombre dâun arbre !