Le violon de Scarlet
Au fil de ces nouvelles, Ahmed Kalouaz allie sa plume délicate et son style imagé à son amour des découvertes, humaines et géographiques.
Avec cette vingtaine de nouvelles, le lecteur part Ă la rencontre du monde et des autres, Ă SĂšte, dans le Vercors, Ă la Pointe du Raz, en Aveyron et mĂȘme Ă New York, Ă la recherche de Scarlet Rivera, la violoniste de Bob Dylan. Ahmed Kalouaz entremĂȘle habilement autobiographie et romance, câest ainsi quâon dĂ©couvre avec plaisir quelques expĂ©riences dâĂ©crivain, lors dâateliers auprĂšs de collĂ©giens ou au dĂ©tour de rĂ©sidences plus aventureuses, puis quâon bascule doucement dans la vie dâun jeune prisonnier de retour Ă Ouessant ou aux cĂŽtĂ©s dâune femme qui fait le deuil de son pĂšre dans la maison familiale. Ahmed Kalouaz aime bourlinguer et nous transmet son envie, on ressort de ce recueil le cĆur gonflĂ© de ses rendez-vous manquĂ©s ou rĂ©ussis, de ce que la vie peut nous apporter de tendre, dâapaisĂ© ou de sombre.
Revue de presse
- Le Violon de Scarlet Noé Gaillard Daily Passions 5 avril 2021
- Le Violon de Scarlet Ronan Manuel Radio Rennes // Si on parlait de lire mars 2021
- Le Violon de Scarlet T.R et A.-M.D. Les notes 25 mars 2021
- Le Violon de Scarlet Brigitte Aubonnet Encres vagabondes 19 mars 2021
- Le Violon de Scarlet Joel Born Centre Presse 28 février 2021
- Le Violon de Scarlet Tawfiq Belfadel Lecture Monde 24 février 2021
A la rencontre du monde et des autres
Lâexpression âcitoyen du mondeâ est assez galvaudĂ©e tant les montĂ©es de nationalismes un peu partout sur la planĂšte, teintĂ©es de xĂ©nophobie Ă divers degrĂ©s, limitent les individus qui peuvent sâen revendiquer. Il reste de beaux spĂ©cimens comme Ahmed Kalouaz un vĂ©ritable nomade. En quatriĂšme de couverture de son recueil de nouvelles Le violon de Scarlett on peut lire fort Ă propos de lui quâil va âĂ la rencontre du monde et des autresâ. Et câest bien vrai. Curieux comme trois petits capucins. Il se dĂ©place rapidement le mec, au point de penser quâil a des dons dâubiquitĂ©. Câest quâil a peut-ĂȘtre la prescience que le temps lui Ă©chappe et quâil faut faire vite afin dâen savoir un peu plus sur les us et coutumes des lieux quâil visite. La premiĂšre nouvelle qui donne son titre Ă lâopuscule, fait rĂ©fĂ©rence Ă Scarlet Rivera, la violoniste de Bob Dylan, Ă ses yeux une figure de musicienne mythique. Comme tout excellent nouvelliste, il a un sens de lâobservation aiguisĂ©. Et il rend ce quâil voit, comme les Ă©crivains de jadis, dâavant la photographie, qui livrait un luxe de dĂ©tails pour que nous puissions nous-mĂȘmes nous faire des images. Il y a au fait de trĂšs belles images Ă se faire dans ces pages.
Une chronique Ă retrouver sur Culture Hebdo
Avec une assez belle illustration photographique en couverture qui, Ă mon sens, correspond assez au contenu. Je ne sais pas si vous ĂȘtes comme moi mais je trouve trĂšs courageux les Ă©crivains qui « parlent » de musique dans leur rĂ©cit. Ils ont beau faire, on nâentend pas vraiment ce quâon lit. Pourtant, de temps Ă autre, il y en a que nous entendons, jâai dans lâoreille un passage de Sur la route de Jack Kerouac oĂč un saxophoniste nous emporte. LĂ il sâagit du violon de Scarlet Rivera qui dans le film Ă propos de la Rolling Thunder Revue (Bob Dylan en tournĂ©e, avec dâautres artistes) accompagne le chanteur. Le morceau mâest revenu en mĂ©moire et jâai lu « en anglais » une des phrases de la chanson pourtant traduite dans le texte (une tasse de cafĂ© de plus pour la route)âŠ
En couverture, un personnage seul sur une route dĂ©serte qui sâen va ou qui sâen vient exactement comme celui qui nous raconte des Ă©cailles, des Ă©clats de vie, des prĂ©sences dâĂȘtres, des sentiments estompĂ©s par les souvenirs. Des saisons, des paysages habitĂ©s, des gares, des trains, des bouts de rues. Des choses et des gens qui pourraient aussi bien peupler nos souvenirs. Alors, me direz-vous, pourquoi les lire ? Tout simplement pour goĂ»ter deux choses. Dâabord la maĂźtrise de la langue dont fait preuve lâauteur et, ensuite, la force, lâintensitĂ© de son Ă©criture poĂ©tique. Imaginez « un veilleur des livres » en charge de ceux abandonnĂ©s dans les boĂźtes Ă livres. Un vagabond, un homme des rues sauvĂ© par une phrase lue au hasard : « Demain, la lune brillera dans les yeux dâun chat. ».
Si chaque livre a sa petite musique personnelle, celle de celui-ci tient de la mélodie enchanteresse.
A lire lentement, comme on déguste, à la petite cuillÚre. Et pourquoi pas en laisser un exemplaire dans une boßte à livres.
Une chronique Ă retrouver sur Daily Passions
Dans Si on parlait de lire sur Radio Rennes, Ronan Manuel parle du Violon de Scarlet dâAhmed Kalouaz !
[âŠ]
Des amours perdues, des amitiĂ©s suspendues. Parfois un fait divers minuscule mais poignant, ou un petit miracle dĂ©risoire. En ambiance musicale, de la bonne chanson française, du fado⊠La part autobiographique afeure par endroits mais ne sâimpose jamais. LâĂ©criture dâAhmed Kalouaz est classique, poĂ©tique, avec de belles descriptions dâimmensitĂ©s oĂč se perdent les faibles appels au secours de ses personnages. Une collection de moments fragiles marquĂ©s par le sentiment du temps qui passe, de la vieillesse qui vient.
Une chronique à retrouver en intégralité sur Les notes
Les vingt-trois courtes nouvelles sont de petites tranches de vie emplies dâĂ©motions, de voyages, de rencontres, de sentiments qui naissent, de fulgurances qui parfois bouleversent le cours dâune vie. La nature est prĂ©sente et joue aussi un rĂŽle essentiel.
LâĂ©criture trĂšs poĂ©tique, emplie de douceur et de tendresse, crĂ©e une harmonie apaisante au recueil mĂȘme si parfois les souffrances existent comme les pertes, les sĂ©parations, les problĂšmes de santĂ©.
« La vie, câest de la tendresse qui se consume. »
Les mots en suspens rĂ©vĂšlent toute la force des non-dits. Beaucoup dâimplicite au fil des textes tĂ©moigne de la complexitĂ© des relations.
La musique, lâĂ©criture, les livres, le théùtre, les concerts, les librairies sont prĂ©sents et peuvent ĂȘtre lâoccasion de rencontres. Les bords de lâArdĂšche peuvent aussi mener Ă une balade en canoĂ« et peut-ĂȘtre Ă plus⊠Ătre berger est lâĂąme de toute une vie oĂč le rĂȘve prend aussi sa part. Se mobiliser pour dĂ©fendre une femme violentĂ©e par son compagnon, retrouver le lieu dâun premier amour ou se situer dans les prĂ©mices dâune rupture, sâoccuper des autres pour les soigner, se sentir attirĂ© par le luxe dâun restaurant et de ses paillettes, se retrouver face Ă une classe pour parler littĂ©rature, assister au dĂ©samour de ses parents, suivre des acrobates avec tous les risques du mĂ©tier, une chute qui peut aussi permettre de rencontrer une infirmiĂšre, les problĂšmes de santĂ© qui sâinvitent et insistent parfois sont « La beautĂ© du monde » offerte par Ahmed Kalouaz. Ces thĂšmes du quotidien prennent vie dâune façon trĂšs poĂ©tique sous sa plume.
[âŠ]
La nature, lâamitiĂ©, lâamour, la solidaritĂ© sont des Ă©lĂ©ments essentiels de la vie, et mĂȘme si la nostalgie sâimmisce au cĆur des lignes lâespoir ne disparaĂźt jamais. Est-il nĂ©cessaire de tout dire pour se faire comprendre ? Le lecteur a son rĂŽle Ă jouer dans ce trĂšs dĂ©licat recueil de nouvelles.
Une chronique à retrouver en intégralité sur Encres vagabondes
De New York Ă lâAveyron
Changement de style, dâambiance et de dĂ©cor avec lâĂ©crivain franco-algĂ©rien Ahmed Kalouaz, dont une trilogie sur lâhistoire de sa famille ainsi que plusieurs romans jeunesse ont Ă©tĂ© publiĂ©s par Le Rouergue. Avec Le Violon de Scarlet, qui vient de sortir chez Le Mot et le Reste, au fil dâune vingtaine de nouvelles servies par un style trĂšs poĂ©tique, entre romance et auto-biographie, rencontres et rendez-vous manquĂ©s, lâauteur qui vit dans le Gard nous transporte de SĂšte Ă la pointe du Raz, de lâArdĂšche au
plateau du Vercors, et de New York,sur les traces de la violoniste de Bob Dylan, Ă lâAveyron, en compagnie dâun vieux berger du causse. Son chien, le dernier, vient de mourir, mais le vieil homme
continue de promener son bĂąton, sans ses brebis. Peut-ĂȘtre pour lui donner lâimpression quâil est encore utile. Il aimerait bien Ă©crire comme avant. Maisil ne sait plus vraiment Ă qui. Tout un monde est parti dans les plaines et les villes. Les autres sont au cimetiĂšreâŠ
Il sâagit du tout nouveau livre de lâĂ©crivain Ahmed Kalouaz ; recueil de nouvelles intitulĂ© Le violon de Scarlet.
Le recueil comprend une dizaine de courtes nouvelles. Les fictions racontĂ©es sont diverses : de ce passionnĂ© qui va Ă New York sur les traces de Scarlet Rivera et son violon, jusquâĂ ce patient qui comble son sĂ©jour Ă lâhĂŽpital par la musique, en passant par ce veilleur de livres qui installe des petites bibliothĂšques dans les rues, et ces nombreuses rencontres amoureusesâŠÂ« Son violon (Scarlet) est une ligne plantĂ©e dans les veines, elle court de la paume des mains pour sâaccrocher aux cimaises des yeux » (p10).
Alors, quels sont les points communs entre ces nouvelles ? Quâest ce qui caractĂ©rise les mots de ce recueil ?
Le recueil peint des thĂšmes sensibles qui explorent la condition humaine dans sa profondeur. Dâabord, il y a la mĂ©lancolie due Ă la solitude, Ă lâabsence dâamis et de proches, au poids des souvenirsâŠLes personnages sont souvent isolĂ©s, mĂȘme en compagnie des gens : solitude dĂ©sirĂ©e. « Solitaires, nous le sommes souvent, avec nos singuliĂšres vies » (p106).
Ensuite, il y a les rencontres nĂ©es du hasard, du miracle. Lâamour est omniprĂ©sent. Un voyageur rencontre une femme dans une gare ; un autre rencontre une touriste arnaquĂ©e par une agence de voyage ; des personnages rencontrent dâanciennes amantesâŠÂ« La nostalgie, le destin, lâamour, celui qui a posĂ© son front sur mon Ă©paule un soir dâĂ©tĂ© » (p80).
Si les rencontres dissipent la mĂ©lancolie, la solitude reprend le dessus souvent. Par exemple, un homme rencontre son ancienne amante aprĂšs des dĂ©cennies mais passent la nuit chacun dans sa chambre. « (âŠ) il Ă©tait temps de regagner lâhĂŽtel, pour mâoffrir une soirĂ©e promise Ă la solitude » (p33).
Enfin, il y a la nature qui est une alternative, un refuge pour les personnages. Les fictions ont lieu, presque toutes, dans la campagne française, dans des villages Ă la belle nature avec comme Ă©lĂ©ments de dĂ©cor : montagnes, champs, fermes, animaux, riviĂšresâŠParmi les lieux rĂ©els citĂ©s : Vosges, ArdĂšche, AnnecyâŠLa nature permet ainsi aux personnages de panser leur mĂ©lancolie, dâĂȘtre en paix avec eux-mĂȘmes, dâexister dans ce monde imprĂ©gnĂ© de solitude. «(âŠ) ils se glissent entre le court goulet de roches, et pour avoir enfin vue sur le plateau, et juste en face, miracle de la journĂ©e lumineuse, le collier de la chaine des Alpes⊠» (p44).
LâĂ©criture est poĂ©tique. Des phrases et des passages sont des poĂšmes en prose insĂ©rĂ©s dans les nouvelles. Certains personnages expriment leur passion pour la poĂ©sie en Ă©voquant Aragon, MallarmĂ© et dâautres poĂštes. Cela embellit davantage le recueil et attire le lecteur par la beautĂ© des mots ; ce qui compte câest le comment dire et non quoi raconter. « Un amoureux du paysage et de la marche qui portait toutes les terres du monde sous ses semelles » (p24).
Les nouvelles ont un Ă©cho universel, bien quâelles aient lieu pour la majoritĂ© en France. Les personnages sont souvent dĂ©signĂ©s par des mots gĂ©nĂ©riques (homme, femme, infirmiĂšreâŠ) ou des pronoms personnels.
Lâauteur a glissĂ© des Ă©lĂ©ments autobiographiques sans faire de lâautobiographie ; il vit en Villeneuve-lĂšs-Avignon connue par sa belle nature (dĂ©cor des nouvelles) ; enfant dĂ©jĂ , il a grandi au sud de lâIsĂšre ; sa passion pour la poĂ©sie ; hommage au pĂšre ancien tirailleur et travailleur du bĂątiment⊠« Mon pĂšre mâavait appris de belles choses Ă faire de mes mains, ce quâil avait du connaitre pour pouvoir vivre dĂ©cemment sur la Causse » (pp63-64)
Ce qui constitue le point faible des nouvelles est lâabsence de chutes attirantes, le pilier du genre de la nouvelle. Elles se prĂ©sentent comme des anecdotes, des textes Ă©crits en un trait. Lâauteur donne davantage dâimportance aux mots pleins de poĂ©sie et moins dâintĂ©rĂȘt Ă la construction. Cependant, ce petit point faible nâaltĂšre en rien la qualitĂ© et la beautĂ© du livre.
Bref et sensible, Ă©crit avec une belle poĂ©sie, ce recueil de nouvelles peint la condition humaine dans ce monde mutilĂ© par la mĂ©lancolie. Câest aussi un grand hommage Ă la nature et Ă la poĂ©sie !
Une chronique Ă retrouver sur Lecture-Monde